Faites comme chez vous

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mercredi 15 janvier 2014

Le goût, une histoire d'égo - (Fleurs au Fusil)

Un égo se ramène souvent à une question de goût. Un égo a tel goût, l'autre égo a un goût différent. Quel égo est le mieux, lequel a le plus raison, lequel a le meilleur des goûts ?

Quand je participe au webzine La Recrue pour un repêchage, ça va, je ne suis pas directement confrontée. Je suis sur mon île et mon île m'envoie pour écho, ma voix. Quand je participe à la chronique "Recrue du mois", où nous sommes au moins quatre à commenter le même livre, c'est différent. On ne se consulte pas avant la sortie de nos commentaires, on apprend donc l'avis de l'autre égo, le 15 du mois. Aujourd'hui.

Pour Fleurs au fusil, nous étions quatre. Deux égos ont beaucoup aimé, deux autres ont peu aimé. Je suis dans cette dernière catégorie avec Marie-Jeanne Leduc. J'ai lu les avis de Lucie Renaud et Maud Lemieux, et j'ai été troublée. Elles avaient certes lu le même roman que moi, mais avaient vécu des émotions tellement différentes. Ça m'avait déjà frappé mais ça m'a frappée plus que jamais. Ça te ramène à l'essentiel. Tu n'es qu'un goût, un égo qui s'adresse à d'autres égos. Ma participation régulière à La Recrue me permet de ne jamais l'oublier.

Fleurs au fusil - Marjolaine Deschênes

L’histoire de Viviane Videloup se découpe en épisodes. Le premier tourne autour de sa relation avec le père qu’elle s’est choisi : Louis Leloup. Par contre, c’est la relation avec son père de sang, Janvier, qui l’a marquée pour la vie. Ce père rustre, perdant la tête quand il boit, pourchassant alors femme et enfants avec une carabine, a un dada : empailler des animaux pour leur donner une vie artificielle. Cette activité obsessive de son père a frappé l’imaginaire de la fillette et amène la femme de maintenant 36 ans à remettre en question le romantisme, auquel elle reproche de donner l’apparence du vivant aux morts.

Le deuxième épisode se déroule en compagnie de Laurent, un ami qu’elle va retrouver en Belgique durant sa sabbatique. Ensuite, viendra l’épisode de Fleure, une amie d’enfance providentiellement retrouvée à Bruxelles. Ces deux relations ont su capter mon intérêt, et en ce sens-là, j’aurais aimé qu’elles soient fouillées plus avant.

Année sabbatique rime avec bilan. Tout est prétexte à voir filer sa vie dans le rétroviseur : maternité, absences, départs, brisures, chocs, accidents. L’homme n’occupe pas la belle part ; les bons disparaissent ou veulent disparaitre (père d’adoption, père de sa fille, frère) mais les monstres perdurent. Dans un tel contexte, la femme est facile à porter aux nues, mais sans trace de romantisme, tient à préciser Viviane. La relation avec sa fille est idyllique; ce sont vraiment les hommes qui écorchent le cœur et le corps des femmes.

J’ai été dérangée par la violence insolente des pères et l’image traîtresse des hommes, probablement parce que l’auteure ne la creuse pas, elle l’expose, point. Ma lecture a manqué de fluidité, le roman s’entrecoupant de relations effleurées, que j’oubliais aussi vite que l’auteure les mettait de côté. L’épilogue de 17 pages, se présentant en 5 chapitres, m’a donné l’impression d’un sac dans lequel on empile les conclusions.

J’ai relu le roman et dois admettre que j’ai mieux apprécié ma deuxième lecture que la première. Qui sait, si une troisième ….

vendredi 13 décembre 2013

Longue immortalité à Dany !

Est-ce que vous arrivez à voir Dany Laferrière, revêtu de ce costume ? Difficilement pour ma part. Et voilà pourquoi ça me fait tant plaisir. Dany Laferrière se différencie. Je n’ai jamais pris la mesure de son ambition, peut-être que lui non plus après tout, mais la vie a décidé que son talent serait récompensé. Pourtant, du talent, plusieurs écrivains en ont, mais c’est Dany Laferrière qui occupera le fauteuil numéro 2, autrefois occupé par Montesquieu, plus tard Alexandre Dumas fils et très récemment Hector Bianciotti, décédé en 2012.

Je rêve que l’on me dise à 60 ans, vous êtes la jeunesse, madame ! Eh bien, c’est ce qu’on dit déjà de notre globe-trotter. C’est la secrétaire perpétuelle (notion de durée) de l'Académie française, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse qui a sollicité sa candidature. J’ai trouvé très amusante l’anecdote racontée par Dany. Il lui avait été dit qu’il devait écrire une lettre à l’Académie pour poser sa candidature. Et il en a écrit 37 ! Il croyait qu’il devait en écrire une à chacun des immortels, nom donné aux Académiciens (encore une notion de durée). Exercice périlleux, écrire à ces illustres que tu ne connais parfois ni d'Ève, ni d'Adam. On n'a pas de peine à croire qu'il doit régner en ces lieux une susceptibilité à vif. Il les a écrites, dit-il, dans un état second, tellement il était fatigué, chez lui entouré du dérangement bruyant de rénovations majeures.

J’ai eu la surprise d’apprendre que c’est pour ainsi dire un emploi à temps partiel que Dany occupera puisqu'ils se rencontrent aussi souvent qu'une journée par semaine. Ce n’est sûrement pas pour l’argent qu’on convoite cette position car elle est rétribuée à 5,524 $ par année. J’espère que l’on défraie les déplacements car ils ne vivent évidemment pas à la porte et en ce sens-là, je ne crois pas me tromper en disant que Dany sera celui qui fera le plus de millages. Notre écrivain philosophe a déjà fait l’annonce : il n’est pas question qu’il aille vivre à Paris. Il se dit un citoyen de l’Amérique, vivant en alternance à Montréal, New York, Miami où vivent sa femme et ses trois filles. Je rajouterais Port-au-Prince d’où il a d’ailleurs appris la nouvelle. Je le soupçonne de s’être posté dans cette ville pour deux raisons : fuir les assauts de la meute de journalistes et accorder le plaisir à sa mère d’être à ses côtés lors de l’annonce. *** J'apprends que j'ai tout faux, se tient en ce moment le premier Salon du livre dans sa ville natale :-) ***

Un premier Québécois, une première ronde de vote, le plus jeune, dès la première requête, ça fait plusieurs premières. Quand on pense qu’Émile Zola s’y est pris à 24 fois... et en vain.

Qu’est-ce qu’ils font une fois par semaine, ces membres de L’Académie Française ? Sont-ils plus occupés que nos sénateurs ? J’adorais être un mouche volant au-dessus de leur breuvage du matin autour d’une table qu'on imagine magistrale, de bois lourd et lustré. Comme je ne suis pas une fine mouche, je ne sais pas qu’est-ce qu’ils font exactement dans la pratique, par contre, officiellement, on sait qu'ils sont les gardiens de la langue française et qu'ils nous mijotent le Dictionnaire.

Et elle sera bien gardée, cette langue.... ils ont chacun une épée à leur ceinture ! Un apparat qui vient avec le costume. Décidément, j’ai appris bien des choses aujourd’hui.

Je suis contente pour Dany Laferrière. De sa verve, de son esprit vif et surtout de par son absence totale de snobisme, il va sûrement arriver à dépoussiérer quelques fauteuils et les personnes qui y sont assises. Cette Académie comprend des poètes, des écrivains, des hommes de théâtre, des historiens, des scientifiques, des philosophes et comme Dany Laferrière a l'intelligence de parler tous ces langages, il se fera comprendre.

Je lui souhaite de battre un autre record, celui de siéger le plus longtemps (on ne remplace pas un membre avant sa mort), ses chances sont importantes, vu qu’il y entre à un si bas âge.... 

jeudi 29 novembre 2012

Chez Alto : Pont entre le numérique et le livre

C’est innovateur. Quand j’ai pris connaissance de cette idée de la maison d’édition Alto, la fervente du livre sous forme de livre a été ébranlée. Et je le suis encore maintenant que la nouvelle sort.

Il s’agit de cartes/clés USB contenant 3 à 5 livres et ces clés se détaillent pour la plupart 29.95 $. Ça ne revient pas à bien cher le roman ! Il y a présentement cinq cartes/clés disponibles pour le temps des fêtes – en quantité limitée, dit-on. Mais j’imagine qu'il y a des possibilités que le produit continue son bout de chemin après les fêtes, ça dépendra de l’enthousiasme de la réception. Encore là, j'imagine.

En attendant, avez-vous pensé au beau cadeau de Noël que cela peut faire ? À glisser dans un bas de Noël par exemple ! Sous forme de jolie carte, quatre ou cinq livres voyagent léger jusqu'à vos amis résidant sur d’autres continents. Éviter des frais postaux exorbitants ! Je pense à tous les blogueurs, autrement dit, les clubs de lectures virtuels qui s’échangent couramment des colis qui contiennent un minimum de 4 à 5 livres. Bienvenue à la petite caisse de livres qui tient dans une poche !

Et rien ne se perd, Alto a pensé à tout, la clé peut également être utilisée pour stocker jusqu’à 250 fichiers lisibles sur à peu près tout : tablettes numériques, téléphones intelligents ou ordinateurs (Mac et PC). Et, bien sûr, pour qui connaît la maison d’édition et leur souci de l’image sauront que cette clé a pris l’apparence d’une carte qui est esthétique. Allez-y voir sur le site Rue des Libraires, ils exposent les 5 accompagnés des oeuvres et leurs prix respectifs. 

Facile, il s'agissait juste d'y penser ! C’est ce que l’on dit après qu’un individu ait eu une bonne idée avant nous. Avoir l’idée est une chose mais bellement la concrétiser est une autre. Bravo à Alto pour cette idée, et la prophète de bonheur que je suis, déclare qu’elle va faire du chemin !
Illustrateur chouchou des éditions Alto
Cet illustrateur est nul autre que Matte Stephens. C’est cet Américain, paraitrait-il sympathique, qui a illustré chaque couverture des romans de Lori Larsen traduits chez Alto. Si je vous en parle, c’est que de ses œuvres convoitées et à tirage limitée sont offertes à la Librairie Phylactère, spécialisée en bande dessinée.

Une exposition organisée conjointement avec les Éditions Alto agrémente les murs de cette libraire sise au 685, rue St-Joseph Est à Québec du 25 novembre au 23 décembre. Et là, ce n’est pas moi qui le dit mais des admirateurs de son œuvre : «Son univers graphique unique, parfumé de nostalgie, de surréalisme et de modernisme, saura séduire l’enfant qui sommeille en nous et l’adulte qui sommeille en nos enfants. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, un album d'extraits de son oeuvre vient de sortir. Devinez chez qui ? Je vous le donne en mille : Alto.

Tenez, voici qui donne une idée de son style :






Propriété des photos : Librairie Phylactère à Québec. 

vendredi 19 octobre 2012

Attaquer gratuitement une librairie

La librairie, un lieu qui se veut plus qu’un lieu où l’on vend des livres. Des endroits où l’on vend des livres, il en pullule, à la pharmacie, au dépanneur de la gare, chez Loblaws, Wal-Mart, Costco. La libraire, la vraie, celle née par vocation me donne une émotion peu commune quand je pénètre en son antre.

Hier, Marsi a eu un coup de foudre pour la librairie Le Port de Tête. J’en étais toute heureuse car c’est moi qui la lui ai présentée. Je n’y avais jamais mis les pieds et j’étais curieuse de la visiter. À chaque fois que j’en entendais parler, j’y sentais, même de loin, de l’effervescence. Plusieurs lancements y ont cours et je comprends maintenant pourquoi, elle m’a fait sentir ce quelque chose qui ressemble à s’y sentir chez soi, par affinité. Deux grandes pièces éclairées, rayonnantes de rayonnages, des planchers de bois blond qui craquent, des libraires qui déballent les livres devant nous, balaient les feuilles d’automne qui entrent en même temps que le client devant nous. Mais surtout une énergie qui ressemblent à « on est heureux d’être là, on croit à ce que l’on fait ». Le neuf côtoie le déjà lu, ce dernier à l’apparence si soignée que l’on distingue difficilement un de l’autre. J’ai aimé cette confrérie.  

Dans ma région (l’Estrie), il a été instauré récemment les Cafés de village, pour souligner ces établissements où le client se sent chez lui. Il y aurait pour moi des librairies de village. Pareil au journal qui a son identité, une maison d’édition, son éditorial, la librairie a sa couleur. Elle porte un message par sa sélection de livres. La bouquinerie n’est pas là pour offrir le plus de titres possibles dans le plus d’espace possible. Le libraire n’est pas qu’un vendeur de livres, il cause en connaissance de cause, avec cœur et passion, guide le lecteur qui arrive avec un sujet, parfois sans titre et sans auteur. C’est un lieu commercial, mais on l’oublie. On s’y sent libre de feuilleter, d’hésiter et de repartir avec aucun livre sous l’aisselle. Hum .... l’aisselle, ceux qui ont lu récemment Pierre Flogia me voient venir.

C’est connu dans le milieu, si Foglia dit d’un livre « C’est bon », une vague du succès déferle. Les libraires commandent le titre, la maison d’édition est heureuse, l’écrivain exulte. L’éditeur va même jusqu’à faire imprimer un bandeau rouge pour y inscrire une exclamation de monsieur Foglia. Quelle responsabilité, que dis-je, quel pouvoir donne-t-on à cet homme parmi tous les hommes !

En est-il conscient ? Je me le demande le plus sérieusement du monde. Il est facile d’en arriver à rouler sur le pilote automatique, c’est pas mal moins exigeant que se poser à chaque fois des questions sur la portée de nos écrits ou nos humeurs. Facile de revêtir son rôle de chroniqueur sans plus réfléchir à l’effet que nos écrits peuvent avoir sur les institutions, les gens, les événements, les mentalités, les livres ... les librairies.

Dans une récente chronique, monsieur Foglia a encensé «La fiancée américaine » d’Éric Dupont – Marchand de feuilles, roman qu’il a reçu en service de presse avec ce mot de l’éditrice, Mélanie Vincelette : «Monsieur, voici un roman dans lequel une jeune fille tue son frère avec une tarte au sirop. Si vous ne l'aimez pas, déchirez-le en mille miettes et donnez-le à bouffer à vos ratons.» Tant mieux si en fine mouche qu’elle est, l’éditrice a su amadouer l’ours avec du sirop. Ce roman sera lu par plus de personnes. Mais ce qui m’a jeté à terre (j’y suis encore) est qu’en plein cœur de sa critique élogieuse, il a décoché une baffe à la librairie Le Port de tête. Y avait-il un lien avec sa critique ? Aucun. Absolument rien, pantoute ne justifiait cette sortie. Un geste gratuit, juste parce que ça lui tentait.

Il est déplorable, lamentable même, qu’un chroniqueur n’ait plus le temps, ni l’énergie, ni la motivation de se poser des questions sur la portée de ses humeurs, de ses paroles, de son pouvoir. Et s’il a du pouvoir ce Foglia, c’est parce qu’on en lui donne.

J’espère que son geste mesquin aura l’effet contraire ; attirer l’attention sur cette librairie qui se dévoue pour la littérature, et je fais tout pour ça. Sur la Toile, ils ont été quelques uns à s’offusquer, ressort du lot, Michel Vézina, un fidèle lecteur* des textes du « puissant » chroniqueur. Il l’a amicalement traité de vieux con pour le 10 % de ses chroniques qui sont du « n’importe quoi ». Perso, aucune envie ne me vient de le traiter de vieux con, mais j’ai énormément de difficulté à continuer à gober le 90% de sa substance qui ne serait pas conne. En fait, Foglia m’a retirée toute envie de lui donner du pouvoir. Dans mon livre à moi (je vous jure que je n’abuse pas de cette expression !), quand on commence à abuser du pouvoir, notre règne devrait s’achever.

= @ =
* Pourquoi donc t’en prendre au Port de tête, Pierre? Une librairie? Que tu l’aimes ou non, ça reste une petite librairie qui fait son travail de librairie en assumant ses choix et en entretenant avec ses lecteurs une vraie relation littéraire, non? Ce n’est peut-être pas TA librairie, mais ça reste UNE librairie, une vraie. Et une bonne. Tes 450 exemplaires d’un livre en vitrine, c’est peut-être justement qu’il y était lancé le soir même, le livre. Et c’est bien qu’une librairie fasse des lancements, tu ne crois pas?
Michel Vézina, Avec le temps va ...

dimanche 7 octobre 2012

La gueule des dictionnaires

Il y a une journée des dictionnaires et c'était le 4 octobre ***. Je m’étais promise de prendre cette journée pour honorer mes dictionnaires, ces alliés, ces amis. Je leur accorde si souvent la parole, ouvrant leur gueule largement, même quand je n'ai pas de questions à leur poser. Il y a de grands gueules, de plus petites et, de certaines, sortent des images. À ma famille de dictionnaires s’est récemment ajouté quatre membres :

1) Multi-conjugueur : nouveau membre de la famille des Multidictionnaires qui fête ses 20 ans cette année. En plus, à l’achat de ce conjugueur (14.95 $), vous est fourni un code qui permet d’accéder sur le net à la conjugaison complète, à tous les modes et à tous les temps, des 5 000 verbes du répertoire de verbes + 111 exercices.
J’avoue le faible que j'ai toujours eu pour le Multidictionnaire pour son auteure Marie-Èva de Villers, dont se sent la passion de la langue. Son essai « Le vif désir de durer » en est une belle démonstration. Le Multi, plus qu’une encyclopédie énumérative, se veut un mode d’emploi de la langue française.

2) Le Mini Visuel français-anglais : Pour celui-là, je craque pour l’aspect visuel, efficace et économique (19.95$). Il est petit et lourd de sens : 13,500 entrées dans chaque langue, 5000 illustrations, 500 sujets. J’aime le tenir dans ma main pour tourner les pages épaisses et glacées, c'est sensuel ! C’est un petit prodige de condensé, d’un seul coup d’œil, le regard englobe une illustration claire et sa description dans les deux langues. Je m’amuse à mémoriser de nouveaux mots anglais, l'apprentissage devient plus aisé pour les personnes visuelles plus qu’auditives.


3) Le dictionnaire visuel + : Version du Visuel version 2011 mais avec un +.
Ce + est l’ajout de définitions et de notices encyclopédiques. Plus je le feuillète et plus je réalise qu’il est une encyclopédie bénie en ce sens que tu trouve un mot, sans le connaître, contrairement au dictionnaire « ordinaire » où il faut absolument connaître le mot pour trouver sa définition. C’est là l’atout majeur d’un dictionnaire visuel, et maintenant avec le +, les définitions sont bonifiées au point de ressembler à une encyclopédie. Nous avions acheté une édition en 2006 mais des images, ça devient désuètes plus rapidement que des définitions. Le look est maintenant modernisé et ça lui donne encore plus de gueule. J’aime le choix d’un volcan comme illustration frontispice, ça change des fleurs déjà abondamment utilisées. Le papier est maintenant glacé et les couleurs en général plus éclatantes et celles utilisées pour identifier les thèmes mieux définies (sur la tranche). Et je ne sais pas comment Québec-Amérique est arrivé à ce qu'il contienne + , en étant plus compact qu'en 2006.

4) Le Grand druide des cooccurrences : Alors là, ce volumineux membre de la famille est un ami intime ! Il couche à côté de mon clavier et je le dérange souvent. Pour trouver les compagnons d’un mot, merveilleux outil pour préciser une pensée floue ou un peu paresseuse. J’avais reçu Le Grand dictionnaire des cooccurrences de Guérin en cadeau, jolie brique verte et attrayante, le début de notre relation fut émoustillant, c’est à la longue qu’elle s’est gâtée. J’ai tout d’abord pensé que c’était moi qui lui demandais l’impossible et puis, j’ai fini par comprendre que son contenu était limité, que je m'étais laissé séduire par son apparence (typo grossie, pages épaisses et glacées).

Maintenant que j’ai ce grand Druide des cooccurrences, je ne pourrais plus m’en passer. Son couvercle bleu et l'illustration d'engrenage du mot "passion" s’ouvre sur 450,000 cooccurrences. Lorsque je cherche, je trouve, sauf en de rares exceptions où le mot est absent parce que rare. Tout à l’heure, j’ai cherché feuille (partie d’une plante), on m’a donné des compagnons épithètes, noms, sujets, compléments de verbe. Feuille (de papier) est une entrée distincte, pour plus de clarté. C’est imprimé en petites lettres, le papier est mince et mat, mais notre relation est riche, parce que ce grand Druide a du contenu (1,448 p) !

Druide est une toute nouvelle maison d’édition qui offre également des romans. Auparavant, seul Druide informatique existait (créateur du logiciel Antidote), ils ont donc mis le paquet pour cette arrivée sur le marché imprimé de la cooccurrence ! On sait combien la première impression est déterminante, c’est pleinement réussi et Livresquement boulimique, une des premières à le découvrir, est d'accord avec moi.

* * *

Puisque c’est la première fois que l'on cause « dictionnaire », j’aimerais vous connaître sur ce volumineux chapitre :
Quand jetez-vous ou donnez-vous votre dictionnaire, autrement dit, le sacrez-vous un jour désuet ? En avez-vous plus qu’un ?
Est-ce que celui que vous possédez est le meilleur d’après vous ?
Est-ce un cadeau que vous aimeriez recevoir ?
Que pensez-vous des dictionnaires électroniques ?

*** Clavier tempéré (Lucie) a rédigé un sympathique compte-rendu du colloque.

mardi 3 janvier 2012

2012 : Bilan & Top 10

J'ai tout d'abord pensé dresser un Top 5, pour cette impression de ne pas avoir assez de titres qui m'ont emballée cette année. Mais à partir du moment où j’ai reculé dans le temps, sans grand enthousiasme je l’avoue, ma mémoire m'a rapidement donnée des secousses « celui-ci, ah oui, et celui-là, aille, c’est vrai, je l’avais oublié ... » Incroyable jusqu’à quel point la mémoire à court terme supplante celle à moyen terme ! Et sans l’ombre d’un soupçon de scrupule.

Je suis toujours un peu effrayé par les bilans, ces miroirs qui renvoient l’heure juste. L’heure se présente en chiffres, ces vérités non discutables. Tout ce qui est non discutable se passe de mots. Et je n’aime pas me passer de mots, ni des miens ni de ceux des autres. Cette fois, les chiffres sont venus s’accorder avec mes mots, j’avais lu suffisamment pour un Top 10.

Comment ai-je procédé pour arriver à ce Top ? (plus un 3)
Essentiellement, j’y ai été avec le souvenir. De un, le souvenir de mon intérêt et, de deux, le souvenir de mon plaisir. Pour l’intérêt, premier critère : il fallait me souvenir le plus parfaitement possible de l’histoire. Qu’elle ait laissé ses empreintes sur moi. Que l'histoire se tienne dans ma main de lectrice, qu’elle fasse maintenant partie intégrante de ma vie.

Le plaisir maintenant. Là, on entre dans le carrément personnel. Vous le savez ceux qui fréquentez ce vaste club de lecture qu’est le Net et ses ramifications de blogues littéraires, le plaisir est chose intime. Ça se discute à peine et ça s’échange énormément. Un plaisir contre un autre peut mener à des plaisirs contagieux.
Ne disons surtout pas non à une contagion qui entretient la santé de notre milieu littéraire ! En parlant de santé, on s'en souhaite en 2012, de la santé comme dans sentez-vous bien avec vous-même, vos aimés, vos proches et ... vos lectures !
Top 10 de mes lectures 2012
1. La Petite et le vieux – Marie-Renée Lavoie - XYZ, Collection Romanichel
2. Il pleuvait des oiseaux – Jocelyne Saucier - XYZ, Collection Romanichel
3. L’homme blanc – Perrine Leblanc - Le Quartanier
4. Les cœurs tigrés – Yves Morin - Hamac (Classique)
5. DRAGONVILLE – t.1 Porcelaine – Michèle Plomer - Marchand de feuilles
6. Le temps qui m’est donné – J. François Beauchemin - Québec AmériqueLien
7. La marche en forêt – Catherine Leroux - Alto

8. Déjà - Nicolas Bertrand - Hamac
9. Je compte les morts – Geneviève Lefebvre - Libre Expression, collection Expression noire
10. L’escapade sans retour de Sophie Parent – Mylène Gilbert-Dumas - VLB Éditeur

Romans illustrés - - - J'en ai lus peu, ce sera donc un Top 3 - - -
Ben - Danse toujours ! - Daniel Shelton - Les 400 Coups.
Pour en finir avec le sexe - Caroline Allard & Iris Boudreau - Septentrion - Collection Hamac-Carnet.
Le cristal qui pousse - Steve Proulx - Trécarré

mercredi 5 janvier 2011

10 coups de cœur ... et plus !

Je me suis décidé finalement. Je fais une femme de moi-même, j’ai dressé le bilan de mon année de lecture par dix coups de cœur. Je vous avoue m’être dit, ça va être facile. Oh que non, détrompez-vous, j’ai réalisé combien c'est un casse-tête. Bon exercice pour mieux comprendre la torture que peuvent vivre certains comités de sélection.

Pourtant mes critères étaient des plus subjectifs. Je ne suis pas un comité de lecture, je ne m’appuie donc pas sur des critères de sélection serrées poursuivant le but ultime de cerner la qualité. J’y ai été en mesurant l’intensité de mon plaisir de lecture. Ce fut mon critère premier, mais on s’entend qu’en bout de ligne, ça accroche au passage la qualité du produit final.

L’exercice étant déjà assez périlleux, je ne me suis pas imposé un palmarès, vous pouvez me traiter de lâche, je vous le permets. Je me suis pas soumise à l’ordre de mes préférences, plutôt à l'ordre du temps. J’ai ramené les vieux titres commentés devant les jeunes. J’ai un penchant de ramener les « vieux » en avant des « jeunes », allez savoir, c'est peut-être ma manière de contrer l’impitoyable règle des libraires qui mettent au rancart les « vieux » titres pour faire rapidement place aux "jeunes". Encore récemment, j’entendais dire une auteure que son livre était disparu de sa librairie de quartier deux mois après la sortie.

Bon, assez tergiverser, la voici cette fameuse liste coup de coeur :

1. La Renarde et le mal peigné – Pauline Julien et Gérald Godin
2. Cette année s’envole ma jeunesse – Jean-François Beauchemin
3. Miss Pissenlit – Andrée Poulin
4. Tout bouge autour de moi – Dany Laferrière
5. Ru – Kim Thùy
6. Les larmes de saint-laurent – Dominique Fortier
7. Agaguk – Yves Thériault
8. Monsieur Julot – Marie-Christine Bernard
9. Je ne veux pas mourir seul – Gil Courtemanche
10. Une vie à aimer – Michel Jean


En m’auto-analysant, j’ai réalisé que ma tendance va pour le biographique ou l’autofictif ; 6 œuvres sur 10 (1, 2, 4, 5, 8, 9). Je n’ai pas calculé le titre 10, même si je devine une grande influence autofictive, sans que ce soit officiellement affichée.

Il reste donc 3 titres purement fictif ; (3, 6, 7).

Si je vous en fait part, la raison est simple, plus vous connaitrez mes goûts et tendances, plus vous pourrez faire la part des choses lorsque je commente un livre !



Récapitulatif
Le défi « Plume Québécoise » est terminée, Suzanne en présente le récapitulatif.
Passez par ici, pour piquer de bonnes idées à mettre dans votre chapeau.


Le Cercle
Je pense vous avoir aiguillé en 2010, Marc et moi avons auditionné pour devenir participants à l’émission « Le Cercle ». Eh bien voilà, samedi, Marsi enregistre cinq émissions. Journée qui commence à 8 h 00 et se termine vers 18 h 30. Oui, oui, j’entends votre question « Quelles dates seront présentées ces 5 émissions ? ». Nous le saurons samedi. Je me souviens vous avoir promis de vous en parler, et pas seulement la veille comme dans le cas de Pyramide.

De mon côté, on m’a appelé avant-hier pour me dire que c’est le 22 janvier que j’enregistrerais 5 émissions. J'étais très fières, inquiète un peu, je n'ai pas la culture générale de mon mari, j'ai de grosses lacunes, en cinéma et musique américaines et en sports. Et en culture populaire comme les téléréalité par exemple. Donc, gagner, je ne sais pas, mais m’amuser oui ! Et j’espère que ça va paraître.

À suivre ...

samedi 1 janvier 2011

01-01-11

Avant que mon titre n’ait plus aucun sens, je me lance !

C’est que le temps des fêtes, c’est beaucoup plus des fêtes que du temps. Conclusion, je n’ai pas manqué de fêtes mais de temps. Et ça parait ici. Je voulais pourtant ! Les plus observateurs auront remarqué que j’ai terminé « Le Cafard » depuis presque trois semaines. On a beau se dire que dans le temps des fêtes, la vie continue, je n’avais pas le goût de parler de ce roman assez cafardeux en plein temps de réjouissance et d'insouciance.

On apprécie la lumière en ces jours où elle se fait rare à éclairer notre sol. Assez, que je finis par me faire croire que les lumières de Noël sont juste là pour éclairer ces derniers sombres jours. Pourtant, je n’en installe pas autour de ma maison, mais à Eastman, du haut de mon sommet, on s’éclaire à l’étoile.

Je suis une femme de bilan. Je suis attirée vers ces listes qui nous aident, par des chiffres et des mots, à voir plus clair. Des chiffres qui projettent un faisceau lumineux vers l’avant, l’idée étant de savoir où l’on va poser les pieds, en 2011 par exemple. J’ai lu attentivement le bilan qu'a dressé Phil sur son blogue. J’en suis sortie admirative devant cet alignement de chiffres qui parlent. Admirative et envieuse un peu, j’étais confrontée ; quels sont mes chiffres à moi ?

J’ai fourragé un peu dans ma bibliothèque virtuelle ; quelles étaient mes lectures marquantes ? Certains titres bondissaient vers mes yeux, mais je devais aller vérifier ; est-ce que cette lecture est de 2010 ? Quand tu en es là, c’est que l'exercice sent le forcé. J’ai réalisé que des bilans, ça se préparent au fil des jours où tu t'es aménagé des tiroirs, triant au fur et à mesure. Je ne l'ai pas du tout fait. Peut-être que je devrais, je vais régler cette question en 2011. Mais en attendant, il me faut un bilan, entendez-vous, il me faut un bilan !

Il n’a pas été si difficile de trouver un semblant de bilan ressemblant plus à une conclusion : l’histoire me manque. Je réalise que je suis presque arrivée à l’étape de l'exaspération devant les histoires sans histoire. Je sais, ça mérite explication. Je fais allusion aux histoires nombrilistes où le « je » se contente de se relater. Un peu comme l’invité qui prend le plancher sans même laisser les autres s’exprimer, tout simplement parce qu’il ne sait pas qu’ils ont quelque chose à dire. Je me sais pas fabuleusement claire en ce moment, l'idée avancée mériterait une thèse ou une démonstration à tout le moins. Je tenterais d'y faire allusion quand un tel roman (de plus en plus !) me tombera entre les mains.

Je ne désirais pourtant pas un bilan controverse, plutôt une mesure de mes besoins et élans pour continuer à avoir le goût de lire du fictif en 2011. En contrepoids, j’ai réalisé que la lecture plus « documentaire » me manque.

Voilà, c'est là que j'en suis en ce 01-01-11 qui part au galop.

Cette 2011, emparez-vous d’elle, faites-en jour après jour une année qui vous ressemble, c’est mon souhait, en même temps que celui que vous continuiez de lire ... et de me lire !

lundi 5 juillet 2010

Lectures rafraichissantes

L’idée m’est venue comme ça, j’sais pas pourquoi (clin d’oeil), de parler de lectures rafraichissantes.

Premièrement, est-ce que ça existe ?
Deuxièmement, est-ce que ça existe pour vous ?

Même si c’est un sujet léger (donc rafraichissant ?), je me pose vraiment ces questions. À chaque année, on voit arriver les journalistes, et surtout tout bon magazine très colorée, avec des suggestions de lectures estivales. J’imagine qu’ils entendent par là des livres d’où glissent des grains de sable de plage. J’imagine qu’il y a dans cette notion de lectures rafraichissantes, une part d’idéal où les êtres humains pourraient mettre une pause sur tout ce qui se fabrique d’horrible dans le monde. Pourtant, pour certains, le polar ou l'horreur sont des lectures rafraichissantes, c’est dire que la définition dépend de chacun. Mais ... mais ... le chacun n’a pas nécessairement la cote dans les journaux et magazines, il y aurait donc une définition du rafraichissant sur laquelle on s’entendrait comme pour l’effet d’un verre d’eau avant de plonger dans un lac quand la chaleur est torride.

Je réponds à mes questions du mieux que je peux, car si je les pose, c’est que je me les pose et je n’ai donc pas toutes les réponses et bien évidemment encore moins le « deuxièmement » : est-ce que ça existe pour vous ? Qu’est-ce que pour vous une lecture d’été !

Les lectures rafraichissantes convenues auraient de l’humour, des drames aux fins heureuses, quelque chose qui ne ferait pas trop réfléchir. Ou futiles, pour ne prendre aucune chance de se casser la tête. Est-ce des lectures avec plus d'images ? Ou qui auraient un rapport direct avec les thèmes de l’été ? Plus j'énumère et plus je me sens un peu comme un cliqué sur deux pattes !

Deuxième question maintenant. Je vais décevoir mon hypothétique définition générale (rajoutez-y du vôtre, si je suis à côté), y a pas de doute. Je ne fais pas vraiment de spécial entre mes lectures d’été ou d’automne. La chaleur ne change pas mes goûts, le seul élément qui influe est le temps. En vacances, j’ai plus de temps et je lis autre chose que du roman, et autre chose aussi que du roman québécois. Bientôt, je vais lire "La mort attendra" - souvenirs de guerre d'André Malavoy et suivra (peut-être pas de près !), "Je ne veux pas mourir seul" , autofiction de Gil Courtemanche. Je change de routine, quoi, et il me semble que c’est la définition même des vacances !

Quel a été le déclencheur à mon questionnement ? Le renard bleu d’Yves Beauchemin, ce roman que j’achève en me posant encore la question "à qui il est destiné". Par contre, je me suis dit, voici ce que l’on nomme, je crois bien, une lecture estivale. Je suis donc, veut ou veut pas, en plein dans la vague ... de chaleur !

mercredi 13 janvier 2010

Festival "Étonnants Voyageurs" en Haïti

Je sais qu’on en parle partout et beaucoup de cette catastrophe qui donne envie de crier sa révolte. Mais se révolter contre quoi ? Mère nature ? On le sait bien que ça fait peu de sens. Ça ne fait que nourrir le sentiment d’impuissance.

Je ne sais pas si vous saviez que plusieurs de nos écrivains devaient partir tôt ce matin pour Port-au-Prince, entre autres : Nicolas Dickner, Michel Vézina, Stanley Péan. Ils se joignaient à un Festival littéraire : Étonnants Voyageurs. TV5 Monde titre ... Un Festival littéraire pour projeter une autre image du pays. Aujourd’hui, cet article sonne un glas pathétique :
Environ 50 écrivains haïtiens et étrangers, dont le prix Médicis 2009 le Canadien d'origine haïtienne Dany Laferrière, prendront part aux activités qui se dérouleront dans onze villes du pays du 14 au 17 janvier..

Pour la responsable de la Direction nationale du livre Emely Prophète, la deuxième édition en Haïti de cet événement littéraire "prolonge l'enthousiasme des prix littéraires décrochés par près de dix écrivains haïtiens en 2009".


Le président du festival, l'écrivain français Michel Lebris, voit ces distinctions comme "les signes d'une reconnaissance par le reste du monde de la formidable créativité littéraire d'Haïti, de sa diversité, de sa capacité à parler au monde entier".


"Le festival littéraire permet d'imposer Haïti dans les salles de rédaction de la Francophonie", croit encore Emely Prophète poétesse. "

C'est une occasion pour les auteurs consacrés et les écrivains d'avenir de faire rayonner Haïti, mal connu à l'étranger", estime pour sa part le journaliste-poète Dominique Batraville.


... si vous voulez l'article au complet, passez par ici.

Chantal Guy, ma journaliste littéraire préférée (bof ... j’envoie promener la diplomatie !), engagée, d’une intelligence qui va au-delà du convenu, nantie d’un humour qui me réjouit, était déjà à Port-au-Prince. Je lui avais même souhaité bon voyage sur Facebook, lui conseillant d’en profiter (!!!), à la suite de sa déclaration (qu’on appelle statut) disant qu’elle éprouvait un certain trac. La veille du séisme, elle disait avoir fait un tour touristique de la ville avec un guide merveilleux : Dany Laferrière. Alors, imaginez-moi sur Facebook, environ une heure après la catastrophe, inquiète au point d’être incapable de penser à autre chose, jusqu’à ce que Patrick Lagacé nous rassure. Toujours sur Facebook. Dans le cas de Nicolas Dickner, c’est lui-même qui est venu nous rassurer, nous disant qu'il était toujours à Montréal, et Stanley Péan, quelques heures plus tard.
Rajout : Soudain, le chaos (reportage de Chantal Guy - 13-01)
Vidéo où les écrivains Ivanoh Demers et Chantal Guy expriment leur désarroi, en attente d'aide.

On a le choix des malaises autour d’une telle horreur : se sentir mesquin de s’inquiéter à ce point pour une poignée de personnes « en visite » pendant que les habitants, eux, vont rester avec leurs pertes insoutenables, leurs deuils cruels, éprouver du malaise de parler d’autre chose, de rire ou de se plaindre. Ou de donner l’impression de ne pas être assez affecté. Ou de ne pas donner de l'argent sonnant. La liste est longue.

Aujourd’hui, les statuts Facebook ont repris à peu près leur cours normal, on reparle de sa propre vie qui n’attend rien d’autre que de continuer son (long ?) cours. On peut aller déposer quelques dollars à La Croix Rouge, pour s’en donner la permission. Ça peut sonner amer ce que je dis là, je ne le suis pas pourtant, je me sens plutôt triste, pour mon impuissance, mais en même temps remplie d’indulgence, au nom de la liberté de réagir comme on l'entend. Ma réaction est de m’attacher plus que jamais à l’indulgence, une forme d’amour de la vie dans ce qu’elle a de plus humain. L’indulgence est un fleuve à la vague forte qui mène sûrement à la compassion. Et la compassion n’est pas un sentiment que l’on endosse comme un vêtement du dimanche pour certaines Causes avec de grands C, pour s’en dévêtir aussitôt revenu à sa vie « normale ».

Je nous souhaite la compassion, un état d’esprit à temps plein pour son voisin, près et lointain.

lundi 28 décembre 2009

Palmarès Plaisir de lecture

Éric Simard l'a fait le premier (à mon su et vu en tout cas), Catherine l'a suivi de près. Intéressant. Le palmarès situe, englobe, synthétise, cerne. Il me semble que tout à coup, je comprenais mieux leurs lectures.

Je me suis alors dit, pourquoi pas moi !

Je ne m'attendais pas à ce que l'exercice soit si difficile ! Si difficile que je me serais bien échappé du casse-tête par plusieurs ex aequo. Finalement, quand j'aimais également, j'ai devancé le titre qui avait reçu le moins d'attention. Entendons-nous bien, je n'ai pas tenu compte du niveau de difficulté du roman, je laisse ce critère aux juges des hautes instances littéraires, j'ai seulement jaugé mon plaisir de lecture.

1 33, Chemin de la Baleine - Myriam Beaudoin
Parce que rarement une lecture m'empêche de dormir. Je me suis levé la nuit pour le lire. Le coeur m'arrêtait de battre à certains passages. J'ai pris à coeur l'attente de cette femme qui aime trop d'une manière qui m'a moi-même surprise.

2 HKPQ - Michèle Plomer
Il m'a tenu sur une vague d'ambiance douce, sensuelle, spirituelle et j'aurais voulu à jamais qu'elle se poursuivre. Je lisais lentement et relisais de peur que le roman se termine trop vite.

3 Mademoiselle Personne – Marie Christine Bernard
Le souffle court, béate d'admiration, les yeux écarquillés devant tant d'intensité autour d'un personnage. Tant d'ingéniosité aussi pour la structure du roman. Et quel style rythmé !

4 Les filles - Lori Lansens
Je refuse qu'elles n'existent pas, elles m'accompagnent encore. Se sont des amies, ces filles jumelles par la tête mais pas du tout par le coeur. Le plus grand traquenard de faux vrai que j'ai lu jusqu'à date.

5 La louée – Françoise Bouffière
Une histoire qui m'a enfiévrée. Éprise par le coeur d'un trop-plein d'émotions devant cette femme forte traitée en victime. Pour ma compassion à toutes les femmes qui ont un jour vécu de ce pareil au même de voir leur corps loué, au nom de la maternité.

6 Almanach des exils – Stéphanie Filion et Isabelle Décarie
Pour mes haussements de sourcils devant le charme de ces écritures féminines. Tant de soin à écrire la poésie qui sort par les pores du quotidien. Un bel échange d'amitié, à travers les antipodes de deux pays, le Canada et le Brésil.

7 Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri
Pour m'avoir fait entrer dans un village sans contours précis où la folie rode sans contour précis, avec une écriture précise à couper au couteau.

8 Paul à Québec – Michel Rabagliati
Pour une histoire qui sent le Québec. Pour une histoire qui repose sur la progression de l'attachement. Pour cet art rare de raconter par la complémentarité parfaite entre le mot et l'image. Parce que j'ai éclaté en sanglot, ce qui ne m'arrive jamais en lisant.

9 La traversée du continent – Michel Tremblay
Pour avoir voyager à travers les yeux d'une gamine de 12 ans et d'avoir éprouvé toutes ses frousses, tous ses espoirs. Pour me reconnaître par la voie du passé de ma mère.

10 Tarmac – Nicolas Dickner
Pour le contrôle du dit, pour la divulguation de l'histoire avec une maîtrise esthétique. Pour ses personnages qui survivent à la fin du monde et au point final. Pour l'admiration du concept des 99 chapitres titrés. Pour un style unique, identifiable.

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Avez-vous fait le vôtre ?

mercredi 16 décembre 2009

"C'est trop littéraire"

Il commence à flotter un air de vacances, écoutez ... écoutez, même dans le silence de ma montagne, je l’entends.

Alors, jasons.

Avant tout, un rappel. Un rappel de textes. Vous aimez vous exprimer par l’écrit et vous aimez Léonard Cohen, je vous rappelle que la date pour remettre vos textes est fin janvier. Les détails donnés dans le billet « Vous aimez Léonard Cohen ». N’hésitez pas, l’équipe Septentrion est clair, ils attendent encore vos textes. L’inspiration vous attend au pied de votre arbre de Noël, ça peut être le cadeau que vous vous faites. Ça fait vacances, avoir du temps pour écrire !

Je m’dis aussi que c’est beau lire, c’est se remplir lire, mais un moment donné, personnellement, j’éprouve le besoin d’évacuer. Alors, j’écris. Cela n’a pas besoin d’être estampillé « excellent », sinon, c’est le blocage. Enfant, nos parents, nous donnaient une feuille blanche et disaient « dessine ! ». L’enfant ne se disait pas, mais voyons, je ne sais pas dessiner ». Écrire, c’est s’exprimer en pouvant effacer sans que l’autre nous voit ! De vive-voix, c’est plus difficile de dire, attention tout le monde, je recommence ma phrase, elle était maladroite !

Ça m’amène à une de mes réflexions cette semaine qui ressemble à une question ; qu’est ce que ça veut dire un texte littéraire et donc, TROP littéraire ! Ceux qui me suivent de près, se souviendront qu’une personne s’est fait refuser un manuscrit sous le prétexte qu’il était trop littéraire. Ça parait insensé à prime abord. Quand je suis perplexe devant des expressions et leur côté péjoratif qui arrive dans notre langue sans crier « attention, j’arrive ! », je vais frapper à la porte du Petit Robert, un monsieur spécialiste de la base et il dit à ce sujet : expression littéraire : opposé à courant, familier, populaire, didactique.

Ça démêle un peu mes cartes. Hier, j’ai commencé à lire un roman en me posant cette question : est-il littéraire ? Ben voyons, Venise, tombes pas dans ce piège ! C’est de la littérature, c’est donc littéraire, non ? On dirait que trop simple. Ce que je voulais me signifier, c’est que l’écriture était familière, avec de l’humour, à la va comme je te parle, ça coulait, c’était amusant, l’histoire avançait. Dernièrement, j’ai dit à une amie, de la littérature légère. D’ailleurs, toute une discussion a suivi, il y aurait un côté péjoratif accolé à « léger ». Mais je reviens au roman « trop littéraire », j’imagine, (remarquez bien, j’ai dit j’imagine), on doit vouloir dire par là ; texte verbeux, lourd, parsemé, comme disaient nos aïeux, de mots à 30¢ placés là pour épater la galerie et, j’ose rajouter, une inertie dans l’action. Voilà mon interprétation du « trop littéraire » ... est-ce la vôtre, ça c’est une toute autre histoire. Le côté péjoratif a le désavantage que chacun y ajoute son interprétation et ça finit par faire un consensus tacite, dont on ne retrouve nulle part des traces (qui aura l’idée un jour de colliger un dictionnaire des mots à sens péjoratif ?)

Mais où je m’en vais avec mes cliques et mes claques moi là ? Je vous assure que je n’ai pas d’endroit précis où me rendre, je réfléchis à verbe haut devant vous, en ne sachant même pas d’ailleurs si c’est littéraire.

La Femme fragment et Le discours sur la tombe de l’idiot, ces deux derniers romans lus, je les ai trouvés très littéraires (pas trop, très), dans le meilleur sens du mot. Mais je me dis qu’un mot qui a son meilleur a sûrement son pire. Donc, trop littéraire, ça existe pour moi. Dans ma tête. En dehors de ma tête, je me demande qu’est-ce que ça a l’air ?

Comme pour vous, par exemple ...

vendredi 17 juillet 2009

Réflexion - cinéaste au service de l'auteur

Les commentaires laissés sur mon dernier billet me font réfléchir. Faut dire que j’y réfléchissais déjà. La prise de position de É., m’a poussé à me questionner. Une remarque m’a tout de suite traversé l’esprit : ça dépend des auteurs. Il est important de respecter l’auteur pour qui, enregistrer une vidéo est de l’ordre de l’horripilante corvée.

J’ai fait une recherche sur Robert Maltais, il est comédien autant qu'auteur, l’exercice de la vidéo ne peut que lui plaire. Ce n’est vraiment pas le cas de tous. Seront-ils pénalisés ? Ils refuseront de se prêter à l’exercice, et la maison d’édition, motivée à la vente, concevra la vidéo sans l’écrivain. J’imagine que celui-ci aura droit de regard sur l’œuvre promotionnelle. Je l’espère en tout cas.

Je parle de la maison d’édition motivée à vendre, c’est vrai, mais qui est le plus motivé, entre la maison d’édition et l’écrivain ? L’écrivain, bien sûr. Pour lui, il n’est pas question que d’argent. Il est animé du vif désir d’être lu et qui plus est, c’est lui qui a investi le plus de temps. Et de l’énergie, on n’en parle même pas tellement ce n’est pas comparable !

Si je pense juste à Marsi, ce cas si connu de moi !, qui a consacré trois années pour le croquis, la maquette à proposer aux éditeurs, le dessin sur 60 pages, l’encrage, la colorisation, le texte, le graphisme, et dans le cas de cet album, le dessin de la couverture et les pages de garde. Nous avons même dû s’équiper d’un nouvel ordinateur et de Photoshop. Vous pensez bien qu’il a le goût qu’elle soit vue, lue, sourie, rie cette BD ! Marsi est un être très discret, ce n’est pas mêlant, il déteste être à l’avant-plan. Il s’apprête à faire de réels efforts pour la promotion. Il se prépare psychologiquement, mais ce n’est pas naturel pour lui.

Quand on y pense sous un angle logique, c’est tout de même curieux, c’est l’écrivain, celui qui initie tout dans l’aventure d’un livre, qui se retrouve au bout de la chaîne commerciale en touchant 10% du prix du produit. Pour la promo, il s’investit au niveau personnel. De plus en plus : séances de signature, entrevues, salons, blogues, et maintenant, vidéos.
Librairies : 30% à 40%
Diffuseur-distributeur : 17 % à 27 %
Éditeur 11 % dont l’impression 22 %
Droits d'auteurs 10 %

Chiffres relevés de la page de Patrimoine canadien.


L’auteur est le seul pour qui ce n’est pas seulement un commerce. C’est sa chair créative qui est en jeu. La matière du jeu ? Son œuvre et sa personnalité. Imaginez, il ne faut pas seulement aimer son œuvre, s’aimer, et aimer se mettre en avant-plan !

N’empêche que s’il y avait une seule conclusion à tirer, et je pense que vous allez être d’accord avec moi, nos écrivains méritent toute notre admiration !

Photo ci-dessus : pub de Saatchi & Saatchi. Elle a plus ou moins rapport avec mon propos, mais j'en ai été si charmée que tous les prétextes étaient bons pour l'éditer dans Le Passe-Mot.

jeudi 19 février 2009

Que le grand Vrac me croque !

Vous allez peut-être le trouver échevelé, découetté, ébouriffé mon propos pêle-mêle mais je vous assure qu’il y a un fil, ténu, alors tenez-le serré entre vos pinces de mains.
Indice : La ligne est ma ligne de conduite.

Les premières lignes
Voici le match parfait des incipits avec leurs auteurs :

Incipit 14 Gaétan Soucy – La petite fille qui aimait trop les allumettes
Incipit 13 Gilles Archambault – Un après-midi de septembre
Incipit 2 François Gravel – Vous êtes ici
Incipit 1 Alexandre Bourbaki – Grande plaine IV
Incipit 12 François Bégaudeau (Français) Entre les murs
Incipit 6 Annie Ernaux – Les années (Français)
Incipit 5 Michel Tremblay – La traversée de la ville
Incipit 4 Neil Bissoondath – Cartes postales de l’enfer
Incipit 3 Johanne Alice Côté – Mégot mégo petite mitaine (nouvelles)
Incipit 7 Dominique Demers – Marie Tempête (tome 1)
Incipit 10 Dominique Demers – Pour rallumer les étoiles (tome 2)
Incipit 11 Louise Desjardins – Le fils du che
Incipit 9 Marie-Claire Blais – Le jour est noir suivi de L’Insoumise
Incipit 8 Victor-Lévy Beaulieu – Race de monde
Incipit 15 Roxanne Bouchard – Whisky et Paraboles

Les lignes du facteur
Damnation que je suis jalouse de l’initiative de Lapin blanc ! Blanche de jalousie, et je le lui ai dit, écoutez-le nous parler du blog par la poste :
"… c’est l’ironie de se souvenir qu’il y a à peine quelques années, les gens ne bloguaient pas, ils correspondaient. Le blog par la poste, c’est de donner un espoir aux facteurs pour qu’ils ne perdent pas leur emploi trop rapidement. Le blog par la poste, c’est du partage d’écriture comme dans le bon vieux temps. Le principe est simple ! Je prends la liste des inscrits, je vais un jumelage, et vous avez une semaine pour envoyer à votre correspondant une lettre (carte postale? amusez-vous!) avec un petit cadeau de votre choix (musique, artisanat, dessin, photo, laissez-vous aller! Moi j’ai reçu par le passé une vraie serre de Harpie!). Simple, joyeux, et les facteurs ont du boulot".

J’ai sauvé l’honneur du village des Correspondances en m’inscrivant (je suis la soixantième), c’est possible jusqu’au 28 février sur le site de Lapin blanc. Ça s'annonce l’happening de la lettre dans de la boîte aux lettres qui gèle les doigts ... argument de persuasion un peu faible, je me reprends, c’est le fun, trouver une joyeuse et inventive lettre à travers l’amas de comptes, circulaires, dépliants, cartons d’agent d’immeubles … bonyenne, il y en a plus que de maisons !

La meilleure ligneLa Joute s'en donne à coeur joie ce vendredi 20, à 20 h 00
Des lignes tirées par la bouche de canons connus :
Jean Barbe, Sheila Copps, Yvy
Me semble que ça va barber fort
À vos pronostics, prêts, votez ...

La ligne sans frontières

Une envie d’ateliers d’écriture sans frontières qui vous dégourdissent l’inspiration, qui vous ratissent l’intérieur, qui vous enhardissent le dire ? Il y a l'écrivain Denise Neveu qui donne des ateliers d’écriture depuis des dizaines d’années, c’est une voisine, elle en donne régulièrement à Eastman et, en avril, elle revient à ses anciens amours : Montréal.
Au fil de cette expérience d’écriture sans frontières, nous passerons de nos volutes individuelles à la spirale collective en accueillant les inspirations des autres et en leur offrant généreusement les nôtres. Chemin faisant, nous dialoguerons avec ces scribes millénaires qui ont tracé la première spirale des écritures humaines.
Les lignes courent les concours
J’ai parlé du concours L'Aventure des mots à ma belle-maman, elle a tout de suite été emballée et s’est mise au travail. Et le beau-papa s’est dit pourquoi pas moi. Je trouve ça beau. Ça me fait penser au dessin quand on est enfant, on se lance sur les feuilles blanches sans complexe, on les remplit de couleurs, de lignes. Pour l’écriture, ça devrait être la même chose !

L’aventure des mots
(50 ans et plus)
Organisé par le centre Berthiaume-Du Tremblay
Thème « Ma mère avait pour son dire … »
5ième édition - 5 gagnants : 300 $ chacun

Et je me donne la dernière ligne
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lundi 16 février 2009

Le jeu de l'Incipit

J’ai été gâtée pour ma fête, j’ai reçu quinze romans ; trois de seconde main et douze flambants neufs. Comment arriver à me donner des titres qui ne se chevauchent pas, ou que je n'ai PAS déjà lus ? Toute qu’une entreprise qui a été laborieusement gérée par Marc, document à l’appui ! Les documents en question étant une liste d'auteurs québécois jamais lus, plus une liste de titres. Je m’attendais à ce que mes amis tombent dans la première liste, et c’est exactement ce qu’ils ont fait, exception d’une personne qui a des ailes pour le zèle, s’impliquant au point de faire des recherches systématiques sur l’Internet (Vous trouverez des astérisques accolés devant ses choix).

La nature humaine étant ainsi faite qu’elle aime avoir le dernier mot, nous nous sommes obstinés sur un mot qui annonce des premiers mots, l’incipit. Je pensais que l’incipit comprenait les citations avant le début du premier chapitre, et bien non, l’incipit englobe les premières phrases d’un roman. Un ami (Pierre-Greg) a alors eu une idée pour Le Passe-Mot ; au lieu de vous dévoiler mes titres dans une banalité des plus totales, je vous donne l’incipit et à vous d’essayer de trouver l’auteur. Si vous en avez un, tant mieux, deux, c’est encore mieux, tous ? Je tombe dans les pommes … euh, dans les congères !

Titres et auteurs :
Gaétan Soucy – La petite fille qui aimait trop les allumettes
Gilles Archambault – Un après-midi de septembre
François Gravel – Vous êtes ici
Alexandre Bourbaki – Grande plaine IV
François Bégaudeau (Français) Entre les murs (le livre avant le film)
Annie Ernaux – Les années (Français)
Michel Tremblay – La traversée de la ville
Neil Bissoondath – Cartes postales de l’enfer
Johanne Alice Côté – Mégot mégo petite mitaine (recueil de nouvelles)
*Dominique Demers – Marie Tempête (tome 1)
*Dominique Demers – Pour rallumer les étoiles (tome 2)
Louise Desjardins – Le fils du che
Marie-Claire Blais – Le jour est noir suivi de L’Insoumise
Victor-Lévy Beaulieu – Race de monde
Roxanne Bouchard – Whisky et Paraboles

Les Incipits
1) Que ferait un être universel, omniscient et omnipotent, si on lui rayait le côté de sa voiture avec une clé ? Intentionnellement, je veux dire, par pure malice et sans espoir de profit personnel. Il visionnerait la cassette de la nuit du crime, identifierait le coupable, puis, selon son humeur, ajouterait une note dans son dossier en attendant le Jugement Dernier.

2) - ILS SONT PARTIS PAR LÀ, regardez, ils ont enlevé oune touile et ils ont pris la fuite dans lé tounnel.
C’est une histoire sans dessus dessous, pense aussitôt Viateur, une histoire qui commence avec trop de « ou »

3) - Je suis désolée, on n’aurait pas dû insister. Mais tout a été tellement vite ! Ce matin, elle était bien.
- Ne vous en faites pas. Vous avez bien fait. C’était important pour elle qu’on la coiffe.

4) Tout le monde a des secrets. J’en ai un, moi. Pas vous ? Loin, très loin, un secret enfoui au tréfonds de votre âme, comme on dit.
Oui, bien sûr. Le paquet de chewing-gum que vous avez piqué au magasin du coin, la bière que vous avez descendue par un après-midi dans un recoin du sous-sol, le magasine porno que vous cachiez sous votre matelas pour égayer vos mornes soirées.

5) Le matin où elle s’est rendue compte qu’elle était sans doute enceinte pour une quatrième fois, Maria Rathier n’est pas rentrée travailler à la manufacture de coton, Nicholson File où elle gagnait – à peine – sa vie depuis près de cinq ans.

6) Toutes les images disparaîtront.
la femme accroupie qui urinait en plein jour derrière un baraquement servant de café, en bordure des ruines, à Yvetot, après la guerre, se renculottait debout, jupe relevée, et s’en retournait au café.

7) Ma mère a les cheveux bleus, elle n’est pas complètement marteau, ni même un peu Martienne, mais simplement coloriste, au Salon Charmante, rue Principale à Ste-Jovite. La semaine dernière, ses cheveux étaient « or cuivré ».

8) Jos, 27 ans; Charles-U, 26 ans ; Jean-Maurice, 24 ans ; Gisabella, 22 ans ; Ernest, 21 ans ; Abel dit Bibi Gomm, 20 ans; Steven, 19 ans; Félix, 17 ans; Gabriella, 15 ans; Élizabeth, 14 ans; Jocelyne, 13 ans; Colette; 10 ans.
Je suis le sixième de cette belle famille québécoise d’avant la pilule.

9) – Et lui qui est-il ? demanda Raphaël.
- Josué, c’est Josué, dit Marie-Christine.
Marie-Christine regarde Raphaël debout, un pied dans l’ombre du cerisier. Elle pense qu’elle l’aimait mieux l’autre été. Il n’avait pas ces poings cruels et ces lèvres boudeuses. Elle pense aussi qu’elle s’ennuie à cueillir des cerises.

10) Marie Lune versa l’eau bouillante sur les feuilles de menthe poivrée, replaça le couvercle sur la théière, puis s’arrêta un moment pour contempler le lac. Sa surface était de velours sombre, délicatement chatoyante dans la luminosité de cette fin de jour d’été.

11) En revenant de l’école, Alex trouve l’appartement vide. Pas normal, sa mère n’a jamais été absente sans avertissement. Pas de mot sur la table, ni ailleurs, rien. Alex s’installe devant son ordinateur. Elle pourrait au moins appeler, se dit Alex, qui se met à jouer frénétiquement au Pacman.

12) Le jour venu, débouchant du métro, je me suis arrêté à la brasserie pour ne pas être en avance. Au comptoir en cuivre, le serveur en livrée n’écoutait que d’une oreille un quadragénaire dont les yeux à lunettes glissaient en Z sur un article.
- Quinze mille vieux en moins, place aux jeunes !

13) Quand une personne meurt, elle emporte avec elle tant de secrets qu’elle apparaît avec le temps comme de plus en plus impénétrable. Ma mère est morte, l’automne dernier. Elle s’en est allée avec une partie de ma mémoire.

14) Nous avons dû prendre l’univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l’aube papa rendit l’âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait plus que l’écorce, ses décrets si subitement tombés en poussière, tout ça gisait dans la chambre de l’étage d’où papa nous commandait tout, la veille encore.

15) 3 juillet
M’enfuir. J’ai claqué toutes les portes pour aller m’échouer dans mon auto et j’ai grignoté les routes du Québec, kilomètre par kilomètre, conduisant mon désarroi fugitif sur les chiffres, la 31, la 40, la 55, la 138. J’y suis allée comme à la Loto, gagnant pour gros lots des noms de village qui baptiseraient ma tourmente de cette poésie qui a convaincu Maria Chapdelaine de s’établir à Péribonka

Juste à accoler le chiffre à l'auteur ! ... et j'ajoute la question de Réjean :
Parmi les incipits proposés, lequel pique suffisamment votre curiosité pour vous inciter à lire le livre ?

vendredi 2 janvier 2009

Du bilanisme

Bilanisme est un comportement pathologique, la manie de dresser des bilans imaginaires, d’après mon dictionnaire de synonymes. Je ne sais pas s’il y a un mot pour quelqu’un qui n’en fait pas suffisamment ? Tout se nomme maintenant. Même l’innommable. Je vais tenter que le mien, mon bilan, ne soit pas imaginaire, cependant, vous n’en aurez aucune preuve. Dans la sphère errante du virtuel, jamais de preuve, et Le Petit Robert reste catégorique sur le sujet : « le virtuel : qui concerne la simulation de la réalité … ».

Une utilisation à outrance des dictionnaires pour s’adresser à ses lecteurs, comment s’appellerait ce comportement pathologique ? Dictionnarisme. Aucun dictionnaire va appuyer mon dire puisque je viens de l’inventer, je ne suis donc pas atteinte. Et bla-bla-bla … Tout pour ne pas faire de bilan ! Trop près peut-être des résolutions que je me refuse de faire publiquement pour la très bonne raison de ne pas les avoir tenues l’année passée ! Mon bilan ressemblera donc à un ramassis de réflexions.

Ce qui ressort de 2008 est une prise de conscience de ne plus lire de la même manière. Je me suis offert une preuve tangible : Nikolski. Je l’ai relu et je ne l’aborde plus du tout de la même manière. Ceci était une bande annonce … compte-rendu de lecture bientôt sur vos écrans, chez vous ou près de chez vous. J’ai le bilan humoristique. Je ne savais pas qu’il s’écrirait sur ce ton. Savons-nous vraiment quel humeur nous habite avant de s’emparer de notre clavier ? Non. Pendant que nous y sommes, parlons-en de ma prise de clavier ! Je ne le prends plus de la même manière, lui non plus. Il s’empare de moi, je le laisse beaucoup plus aller, je retiens moins la bride et il me fait des surprises. J’aime être surprise quand je lis, alors pourquoi pas quand je ME lis.

Mon année a aussi été marquée par le sceau indélébile des liens. Pour être lu, il faut savoir s’attacher à la grande chaîne des liens et ne nous faisons pas croire que nous écrivons un blogue avec l’idée que c’est seulement écrire qui compte. Surtout quand un des objectifs qui nous anime est d’être lu pour que les gens lisent encore plus … de québécois. Il fallait que la sorte celle-là. J’y reviens toujours pour toute son importante matière à réflexion. N’empêche que mon option de lire que du québécois fait encore se questionner plusieurs : ne serait-ce pas se fermer, ne serait-ce pas se priver des autres genres afin de mieux comprendre le québécois par la suite ? L’identité vient du geste de se poser à côté de l’autre, et de voir la différence, de cela je reste consciente. En 2009, mon projet est de continuer dans le québécois, incluant de temps en temps les exceptions qui font la règle. C’est sûr, l’envie de goûter à nouveau la littérature française est là et je ne peux passer à côté, l’idée n’est pas de m’offrir en sacrifice, surtout que je ne crois pas vraiment au bienfait du sacrifice. Mais je crois à l’exprès, à l’excès même, pour accentuer un mouvement. Si nous n’avions pas « excessivement » pris conscience qu’il faille parler le français le plus souvent possible au Québec, en « s’affichant » en français, en commettant ce que certains pourraient appeler un excès, aurions-nous pris conscience de la disparition du fait français de notre carte visuelle et auditive?

Je lis québécois, par exprès, par excès, pour amplifier le mouvement de conscience. À commencer par développer la mienne, pour qu’elle rejaillisse sur celles des autres. Voilà qui explique que, comme Suzanne si j’ai un livre à donner, il sera d’un auteur québécois. Et ce n’est pas parce que ce sont les meilleurs, mais pour la seule et si bonne raison d’être « nous ».

Bon, fini l’éditorial politique … ouf, sortie complètement de l’humour là ! Est-ce que j’ai fini avec l’an 2008 ? Je reviens à ce qui m’a frappé, le ou les débats, pour mon désir que ce blogue soit un carrefour d’opinions, en gardant cependant le ton du Passe-Mot. Que les lecteurs assidus s'y sentent chez eux, parce que ce sont mes visiteurs virtuels et à des visiteurs, on avance un fauteuil pour qu’il s’assoit confortablement. J’apprécie à tous les jours ma décision de modération des commentaires, je ne trouve pas l’habitude astreignante comme je le croyais à prime abord.

Mon doux, mon billet bilan est long sans bon sens ! Êtes-vous toujours là ?! Bon, ceux qui sont toujours là, eh bien, je vous annonce de nouvelles couleurs. Une forme artistique renouvelée, une apparence du Passe-Mot de Venise beaucoup plus à mon image, vous allez comprendre pourquoi si je vous laisse ce mot magique : MARSI.

En attendant, on entame cette 2009 avec appétit ?
Hum … pas le bon mot ces temps-ci, hein ?
Je recommence : on entame cette 2009 avec l’enthousiasme de l’espoir ?
Et si vous en manquez, un jour, une heure, une seconde, suivez-moi, j’en ais toujours un petit surplus juste pour vous !