mercredi 26 novembre 2008

Il faudrait pouvoir tout dire

Il y a de belles et grandes histoires qui commencent et sont marquées à jamais par les mots. Eh bien, je vais vous en raconter une et j’espère qu’elle va vous intéresser. Les fidèles du Passe-Mot ont sûrement constaté que Christian Mistral le fréquente, mais comment notre échange a-t-il commencé, vous l’êtes-vous déjà demandé ? Disons que oui, pour toute la beauté de l’histoire.

Tout a commencé entre nous avec le mot « sémantique ». Je suis une femme qui aime les mots, c’est vrai, mais jamais, jamais, jamais autant que Christian Mistral ! Je n’ai jamais vu, de ma sainte vie vu, quelqu’un autant aspirer les mots, les savourer, les avaler, les recracher, le tout avec un appétit vorace. En cachette, dans ma tête, je l’affuble du titre « archéologue ». Il fouille, creuse la terre des mots, jusqu’à ce qu’elle revole et qu’il trouve sa source, le menant au bon mot, la bonne référence, la bonne expression. Et sa mémoire s’en empare dans l’instant parce qu’il n’est pas écrivain le jour où il ouvre son ordi pour mettre en branle sa prochaine œuvre, il l’est jour et nuit. Il n’écrit pas, il est écriture. C’est son air, son inspiration, son expiration. Sa vie !

Alors, imaginez bien le tableau, c’est pour ce grandiloquent écrivain que la vie, le temps qui presse, un peu de négligence sûrement ont fait en sorte que plusieurs grossières fautes d’orthographe se retrouvent sur le compte-rendu de son dernier-né, Léon, Coco et Mulligan. Pour tout dire, j’avais même inversé le titre en le classant. Alors le jour où, toute en innocence, je visite son blogue Vacuum II et que j’écris dans un commentaire : « ce n’est qu’une question de sémantique » : Boum ! Ça a explosé ! Après un échange assez tumultueux, disons-le, il a fini par gentiment m’offrir de les corriger, me promettant que ça resterait entre nous !!! Ce qu’il ne savait pas encore est que son « Il faudrait pouvoir tout dire », cette citation de James Joyce, bien assise sur sa page d’accueil, je la faisais mienne également.

Aujourd’hui, nous échangeons de mieux en mieux. Nous sommes très différents dans notre manière de réagir, et de dire, deux planètes, en fait. Nous avons donc intérêt à huiler nos vaisseaux pour se visiter et nous le faisons de bon cœur. En tout cas, j’y ais mis du mien, pour ce désir vibrant d’être comprise de lui et, inévitablement, l’avez-vous déjà remarqué, qu’en donnant beaucoup, on recueille souvent tout autant.

Il y a aussi, j’imagine, le fait que je me sois ouverte à son style, par Valium, oui, que j’ai avalé comme une affamée, mais surtout lu et relu ce qu’il écrit dans l’abondance folle de son inspiration débridée, pesant ses mots ou les faisant sauter du poêlon. Ceci dit, c’est sans compter (il faudrait justement pas les compter !!!), ces courriels échangés auxquels je devais répondre. J’ai été acculée à une seule issue, m’exprimer avec courage et hardiesse, afin qu’il me saisisse mieux que bien. Cela m’a obligé à affronter les mots de mes maux. Au frôlement de son contact, de son énergie de gaillard guerrier, j’ai senti s’ouvrir en moi une vaste vanne et je les vu déferler, ces mots, se faire leur place d’eux-mêmes, se bousculant les uns les autres. Il m’a entouré, encouragé, mais pas trop, juste ce qu’il faut pour que je continue à pousser mes limites. De toutes manières, y a-t-il tant à rajouter qu’être lui-même, l’écrivain qu’il est, bouillant de sa fougueuse écriture ?

Jusqu’à aujourd’hui, nous appelions notre amitié, la clandestine. Mais pourquoi clandestine, me suis-je tout à coup demandé ? Il y a certaines fréquentions qui méritent de prendre l’air rafraîchissant du jour.

Et s’en est une, incontestablement s’en est une.

Invitation : Allez visiter l’archéologue directement en ses terres où il a récemment débroussailler dans un foisonnant billet le mot « étriver ». Vous allez constater par vous-même ce que je veux dire.

20 commentaires:

Mistral a dit...

Si tu te figures que ça t'exempte de corvée de tarte aux pommes, Ven!

Bon. M'as arrêter de brailler comme un grand veau pis aller m'horizontaliser.

Love, Fée Cannelle.

Venise a dit...

@ Mistral : Je sais, je t'attrape en grand état de fatigue, mais je t'attrape quand même. Bons rêves !

Suzanne a dit...

C'est ce que je me disais, t'as une sacrée plume Venise.

Venise a dit...

@ Suzanne : Tu comprends mieux maintenant, une vanne, ça peut s'ouvrir n'importe quand, en autant que l'on s'ouvre à ce qu'elle s'ouvre (ah là,là que d'ouverture tout va entrer, c'est sûr !).

Je me suis ouverte au contact de Christian Mistral et mon style s'en porte drôlement mieux. Il a pris du fringuant.

Mistral a dit...

C'est pour ça que j'dors pas stie. Faut que j'checke la compétition!

Ça pis la psychose paranoïde. Y a deux raisons.

Venise a dit...

@ Mistral : Ici, c'est pas comme par chez vous, ça tombe bien tranquille en approchant la frontière du minuit. Tout va dormir bien dur, ici :-)

Mistral a dit...

Je l'sais, femme. J'essaie de t'accompagner comme d'hab jusqu'à 00:01, mais je pique du pif vers mon clavier...

Venise a dit...

T'es vraiment trop cute >!

Mais je voudrais pas que tu te blesses le pif en piquant du nez. Des fois que ça aurait un rapport avec ton flair.

Mistral a dit...

In a way. Boucle vicieuse. Besoin de mes narines pour renifler, de renifler pour pas piquer du nez, du clavier pour gagner de quoi renifler pour taper sur le clavier, tchétéra tchétéra!

Méthane Alyze a dit...

Chère Venise,

Ton billet décrit avec justesse ''l'effet Mistral'' sur la vie de ses amis et de ses amours.

Le mister est de loin le meilleur professeur que j'ai eu - surtout par sa manière holiste, voir occulte, d'encourager le dévellopement intellectuel. Je dis ''occulte'' car, sur le coup, je n'ai pas entièrement saisi l'ampleur du jardin de raison qu'il semait dans mon petit encéphale. C'est quand j'ai dépassé mes manières habituelles de penser et que la rigueur dans l'écriture est devenue pour moi une drogue dure que j'ai pu apprécier la qualité de son enseignement.

Je me rappelle de cette nuit ou il m'a dit, gravement, ''Les mots sont gratuits, mais ils ne sont pas cheap.''

Oui, les mots sont puissants et Mistral partage volontier ce pouvoir avec ceux qu'il aime. C'est une âme capricieuse parfois, soit, mais sa générosité et cet entêtement a obtenir le meilleur niveau dans ses échanges avec les autres font que nous nous sentons presque aussi précieux, dans son regard, que tout le contenu du dictionnaire. ;-)

Merci Venise.

Mistral a dit...

Vraiment chien, ça, Meth. Vais encore passer pour un cas d'asile. T'es censée être dingue et ingrate et sans coeur et l'UltraBitch des géhennes rimbaldiennes, pis tu dropes ce superbe et rationnel mot, my love, old woman, jute pour me faire passer pour un fou, c'est indigne d'une personne civilisée, c'est...c'est...

C'est Mélissa, people. Told her not an hour ago not to write here, and of course not only was she sure to defy me but she had to fuck me over by writing from her honest tender lucid brilliant place. It ain't fair, I tell ya.

Beaux rêves, ma Fée Cannelle.

helenablue a dit...

une rencontre avec Christian Mistral ne peut laisser indifférent ... et je rejoins Venise sur cet amour des mots inconditionnels , et il les fait frémir , gémir et il les sonde , en extirpe la séve ... et tout cela remue et désaltére mon âme qui a soif et qui cherche à s'exprimer et à progresser ... A sa maniére , c'est un passeur , franc du collier , sans détour , lucide et agitateur ...

et je n'ai pas encore ouvert un livre ...là , probable que toute entiére , alors je soit traversée !

on sent tellement qu'il fait corps avec son art ...mais son art l'ouvre à autrui , à l'autre , et s'en nourrit ...

Hum ...

je l'appelle le vent des globe ... le vent qui décoiffe , qui inspire , qui déstabilise et vous rattrape d'un jet poétique ...
rarement rencontré homme d'une générosité aussi directe et d'une sincérité aussi déconcertante ...

c'est d'ailleurs grâce à lui , que j'ai découvert , ici , toute cette recherche et cette appétit de découverte ...

Venise , je t'embrasse ...
Blue

une force de la nature , non ! un titan !! en plus il ne dort pas .... pas de temps à perdre , je suppose ...

Venise a dit...

helenablue : Bais non, y dort jamais ! Ça fait encore plus de vent qui décoiffe. La nuit, il faut se tenir le bonnet de nuit. Pas ta nuit à toi qui est notre jour à nous (pour ceux qui ne le savent pas helenablue est à Paris, la ville lumière, même de nuit).

Il n'y a pas de doute, le sujet t'inspire. Ton message est poétique, sucré, inspiré, enlevant. Toujours le vent.

Et tu en profites pour déposer une brise sur mes mots, alors, je te fais la bise, helenablue, pour toute la grandeur d'âme qui t'habite.

s.gordon a dit...

Venise, je me permets de te dire (sur ce billet consacré à Mistral) que ton blog est d'une rare qualité. Il fait l'effet d'un bouillon de poulet (attends, j'ai pas fini) mijoté amoureusement et avec belle finesse. Tes mots sont ceux d'une amante, sans le fluorescent criard d'une groupie insistante, et c'est un plaisir de parcourir tes élans qui sont intuitifs et exempts de pudeur. Bref, il fait bon lire ici. Mes hommages sincères.

Euh. Pourquoi Cristian ne dort pas?

Goth s'en vient?

Venise a dit...

s.Gordon : Ton premier commentaire ici est comme un tonique directement injecté dans les veines de l'écrivaine de billets. Et je te confie, qu'il arrive à point.

Un peu d'essoufflement, peut-être, bien nourri de toujours la fameuse question : Aurais-je encore l'énergie ? Était-ce autant d'accidents de parcours ? Quel sera ce billet à offrir demain, pas plus tard que demain ?

Merci beaucoup à toi, j'espère que tu reviendras ... et tu n'es pas obligée de toujours apporter ton flacon de tonique !

Mistral a dit...

Sandy sans sa flasque, c'est comme moi sans ma rigidité.

Michèle a dit...

Bravo. Et chapeau bas.

Des commentaires, témoignages qui vont me droit au coeur et qui résonnent, en ce moment précis où j'en suis à apprivoiser l'oeuvre de l'ogre.

Page par page, mot à mot, lentement, très lentement. A l'endroit, à l'envers, à voix haute même.

C'est très beau tout cela.

Bises

Mistral a dit...

Vais finir par l'avoir, ma tarte aux pommes.

Inukshuk a dit...

Sur l'amour de la littérature, je retiens ce mot de Philippe Sollers (je ne suis pas un fan absolu, je signale):

"Un écrivain ne se repose jamais. Il pense constamment à ce qu'il va écrire. Son stylo, il le tient même sous l'oreiller."

J'ai paraphrasé son propos, mais l'esprit est à peu près là.

Venise a dit...

@ Inukshuk : Ah, c'est ici que tu t'es déposé ? J'aurais dû m'en douter quand tu m'as dit que tu venais me visiter.

Si tu as cherché mes compte-rendus de lecture des essais VLB, ils ne sont pas répertoriés puisque ce sont des lectures avant son début. J'ai lu "Les mots des autres - La passion d'éditer", Deux sollicitudes - entretien avec Margaret Atwood et Docteur Ferron (pas complété, j'ai dû le remettre à la biblio).

Et maintenant, pour l'amour de la littérature, c'est le clavier que l'écrivain tient sous son oreiller :-D