samedi 21 février 2009

Être d'Éric Simard

Est-ce que vous aimez lire dans un état de passivité non troublé ? Lire, et ne pas être dérangé ? Alors, « Être » n’est pas pour vous ! On n’est pas seulement au cœur de la littérature mais au cœur même de la vie qui bat au rythme du verbe fait chair.

Chacune de ces quinze nouvelles fait son effet et en ce sens-là, ce n’est pas une lecture de tout repos. En déposant le recueil, parce qu’il faut le déposer de temps en temps pour assimiler ces consistantes bouchées de vie, je me suis inévitablement passé la remarque ; pour arriver à faire autant réagir les lecteurs, Marc et moi en l'occurrence, par des personnages qui ne vivent que quelques pages, il faut le talent de les d’écrire, je dirais même de les décrier. Je parlerais d’efficacité, aucune perte de temps par le mot superflu, tout pour cerner un message. Un message pour chaque verbe.

Évidemment, je ne les ai pas toutes aimées également, mais j’ai cependant réagi à toutes. Marc aussi. Si vous êtes en manque de sujets de discussion entre amis, lisez-en une et je prédis que tout le monde va se couper la parole pour s’exprimer sur le sujet. C’est une impression, c’est à vérifier ! Par exemple, la tendance nouvelle des parents à surprotéger, empêchant les enfants d’Être, deux nouvelles en font le sujet « Apprendre » et « Craindre ». Apprendre, nous a beaucoup fait réagir, Marc et moi, peut-être pas dans le sens que l’auteur l’a voulu, si je me fis à ce qu'en a dit Éric à l'entrevue ... Craindre, voilà une nouvelle poussée au bout, et qui nous pousse à bout ! L’absurdité prend beaucoup de place et, pour moi, le message en a presque été escamoté, tellement la forme m'a captivée. Elle frappe, je la vois encore et, à mon sens, c’est la plus imaginative.

Je dois dire que j’ai nettement préféré les nouvelles où il est question d'adulte. « Partager » est ma préférée, pour son message très fort d’un homme qui aimerait partager sa vie avec une femme. L’ironie est décapante. Haïr est un cri scandé, j’ai senti le courage de descendre plus bas que bas, dans le vil et le hideux, comme si on devait mettre le bras en entier pour aller déboucher un évier rempli de merde. C’est insupportable de magnétisme. J’ai aimé « Penser », je me souviens clairement de la sensation de ne pas savoir où l’on m’amène, même si on ne va pas très loin. Avec Mentir, un suspense dense, j’étais moins étonnée que dans les autres, ça m’a un peu détendue. J’ai aimé Mourir (c’est rare que l’on dit ça !), cet hommage à Pauline Julien, c’est la plus poétique, la plus évocatrice, la moins terre à terre. Et Marc a particulièrement aimer Croire et Souffrir.

Ce n’est pas facile de ramasser l'ensemble pour donner une idée générale et pour le faire je vais passer par l’émotion. Je me suis continuellement sentie étonnée et inconfortable. Étonnée par la noirceur, et la manière de rendre cette noirceur, de par la crudité du direct. Avec une complète absence de complaisance dans le ton, aucune trace de déprime pourtant assez souvent le sentiment mère quand il est question de la face sombre de la nature humaine. Cela en fait la particularité du style, son originalité même. Ça fesse. Ça ne fait pas dans l’eau de rose, mon dieu non, et ma surprise vient de là aussi, car en arrière de l’ombre des mots, je ne pouvais m'empêcher de voir l’homme joyeux qu’est l’auteur. Je n’ai pas trouvé ma zone de confort et je vais jusqu'à penser que ces nouvelles ne sont pas là pour nous en offrir.

Des verbes qui ciblent si bien l’être, qu’ils se tiennent près du paraître.
Des histoires à penser, à partager, à souffrir aussi.

Je vous invite à lire la critique de Suzanne Giguère du Devoir
Celle de Jules, et Virge.

Être – Recueil de nouvelles d’Éric Simard. Collection Hamac.

7 commentaires:

Virge a dit...

Hen!! Tu l'as déjà fini!!! J'ai pas encore réussi à mettre la main dessus dans ma nouvelle campagne. Mais là, tu me fais trépigner encore plus. Arggg!!

Karine :) a dit...

Je ne l'ai pas encore trouvé non plus... mais c'est certain que je le lirai, même si je ne suis pas très "nouvelles" au départ!! J'aime bien être dérangée par mes lectures.

Danaée a dit...

Le lancement est mercredi, j'attends pour le procurer mon exemplaire et le faire signer!

Tu décris bien, je crois, l'univers d'Éric. Du moins, son univers imaginaire. Un peu noir et certainement pas dans une zone de confort!

Suzanne a dit...

Que quelques mots: je note et espère le lire très bientôt.

Venise a dit...

Trois personnes en attente de Être. Virge et Karine, un peu moins favorisées à cause de l'éloignement des grands centres. Vous allez bien finir par mettre la main dessus, après tout, il est sorti le 17 février en librairie. Ça doit être à cause de l'accumulation de neige par les chemins (mettons tout sur le dos de la neige !). En tout cas, j'ai extrêmement hâte d'avoir vos avis.

Les livres qui brassent plusieurs idées (quasiment 15 !), donnent matière à plusieurs réactions et ici, je trouve qu'il est facile de confondre message et messager.
Je veux dire que le message derrière les mots est si fort, qu'on en oublie un peu la forme.

Euh ... remplacez "on" par "je" ...

Venise a dit...

Ah, Suzanne se rajoute. Quatre femmes ... je sais pas qu'est-ce que ça veut dire.

Je m'en vais réfléchir à ça ...
:-)

helenablue a dit...

" Trois personnes en attente d'Etre " , euh non , quatre , cinq en fait ! Et toutes des femmes ...

Watson , la matière grise , utiliser votre matière grise !
:-)
Hum , si déjà chez vous , Etre se fait attendre par neige excessive alors quand Etre sera t-il possible par icitte !
:-)