vendredi 17 juillet 2009

Réflexion - cinéaste au service de l'auteur

Les commentaires laissés sur mon dernier billet me font réfléchir. Faut dire que j’y réfléchissais déjà. La prise de position de É., m’a poussé à me questionner. Une remarque m’a tout de suite traversé l’esprit : ça dépend des auteurs. Il est important de respecter l’auteur pour qui, enregistrer une vidéo est de l’ordre de l’horripilante corvée.

J’ai fait une recherche sur Robert Maltais, il est comédien autant qu'auteur, l’exercice de la vidéo ne peut que lui plaire. Ce n’est vraiment pas le cas de tous. Seront-ils pénalisés ? Ils refuseront de se prêter à l’exercice, et la maison d’édition, motivée à la vente, concevra la vidéo sans l’écrivain. J’imagine que celui-ci aura droit de regard sur l’œuvre promotionnelle. Je l’espère en tout cas.

Je parle de la maison d’édition motivée à vendre, c’est vrai, mais qui est le plus motivé, entre la maison d’édition et l’écrivain ? L’écrivain, bien sûr. Pour lui, il n’est pas question que d’argent. Il est animé du vif désir d’être lu et qui plus est, c’est lui qui a investi le plus de temps. Et de l’énergie, on n’en parle même pas tellement ce n’est pas comparable !

Si je pense juste à Marsi, ce cas si connu de moi !, qui a consacré trois années pour le croquis, la maquette à proposer aux éditeurs, le dessin sur 60 pages, l’encrage, la colorisation, le texte, le graphisme, et dans le cas de cet album, le dessin de la couverture et les pages de garde. Nous avons même dû s’équiper d’un nouvel ordinateur et de Photoshop. Vous pensez bien qu’il a le goût qu’elle soit vue, lue, sourie, rie cette BD ! Marsi est un être très discret, ce n’est pas mêlant, il déteste être à l’avant-plan. Il s’apprête à faire de réels efforts pour la promotion. Il se prépare psychologiquement, mais ce n’est pas naturel pour lui.

Quand on y pense sous un angle logique, c’est tout de même curieux, c’est l’écrivain, celui qui initie tout dans l’aventure d’un livre, qui se retrouve au bout de la chaîne commerciale en touchant 10% du prix du produit. Pour la promo, il s’investit au niveau personnel. De plus en plus : séances de signature, entrevues, salons, blogues, et maintenant, vidéos.
Librairies : 30% à 40%
Diffuseur-distributeur : 17 % à 27 %
Éditeur 11 % dont l’impression 22 %
Droits d'auteurs 10 %

Chiffres relevés de la page de Patrimoine canadien.


L’auteur est le seul pour qui ce n’est pas seulement un commerce. C’est sa chair créative qui est en jeu. La matière du jeu ? Son œuvre et sa personnalité. Imaginez, il ne faut pas seulement aimer son œuvre, s’aimer, et aimer se mettre en avant-plan !

N’empêche que s’il y avait une seule conclusion à tirer, et je pense que vous allez être d’accord avec moi, nos écrivains méritent toute notre admiration !

Photo ci-dessus : pub de Saatchi & Saatchi. Elle a plus ou moins rapport avec mon propos, mais j'en ai été si charmée que tous les prétextes étaient bons pour l'éditer dans Le Passe-Mot.

10 commentaires:

helenablue a dit...

Pour la conclusion, Venise, je suis tout à fait d'accord avec toi. Et l'analyse que tu fais là me semble fine et bien amenée, valable pour les écrivains et tous les artistes, je pense aux peintres ou sculpteurs, musiciens aussi.
Pas évident pour un artiste de se vendre, pas forcément non plus ce qu'on attend de lui, dans le fond c'est aux libraires de bien faire leur métier de commerce et de défendre les artistes.
Que les écrivains s'impliquent parce que leur oeuvre est leur bébé, la chair littéraire et créative de leur chair, cela se comprend , mais défendre son travail n'est pas se vendre...
Dans la société d'image qui est la notre, cela pourrait engendrer une dérive, qui ferait passer la forme avant le fond. Un écrivain est aimé pour ses mots , ses idées et son ressenti et l'art de conjuguer tout ça pour nous faire vibrer et réfléchir, c'est bien plus important . Alors si cela fait partie intégrante de sa démarche artistique et qu'il fasse une vidéo ou autre chose pour appuyer, étayer sa création, s'il en ressent le besoin, oui; mais pas pour se vendre, ce n'est pas à lui de le faire.
Je me suis occupée il y a quelques années d'une galerie d'art, comme tu le sais ça me passionne, j'ai approché des hommes et des femmes artistes talentueux et humainement très enrichissants et tous pour la plupart pas disposés à vendre, car partager, se faire aimer, susciter, interpeller, provoquer séduire ce n'est pas pareil, pas d'échange d'argent, cela donne une liberté à l'artiste, et je ne sais pas comment dire, je pense que c'est plus préservant, que l'artiste ne sois pas impliqué forcément dans la démarche commerciale.
Bien sûr il a besoin que le fruit de son travail se vende, mais néanmoins comme tu le dis, ce n'est pas sa priorité, qui est celle d'être reconnu.

Hum, j'ai fait un peu long , pardonne-moi, mais cette question m'interpelle vraiment, et je me demande même dans quelle mesure cela ne risque pas d'assécher la créativité d'un écrivain, son génie si on l'oblige à se vendre lui-même, et surtout par la vidéo.
Dans le fond le meilleur moyen de le découvrir c'est de le lire où il a plus que donné et éprouvé .

Trader a dit...

Venise,

J'ai longtemps cru à l'aspect sacré du processus littéraire. Aujourd'hui, je vois cela d'un oeil bcp plus relatif, bien que je ne sois qu'un lecteur attentif, non un créateur. Derrière le processus, il me semble qu'il y a bcp plus de sueur que d'incantations magiques. Bon, je peux me tromper, hein!

Par ailleurs, je ne comprends pas non plus cette supposée hyper-sensibilité qui rendrait un auteur incapable de faire la lecture d'un extrait devant une caméra vidéo, bien à l'abri de la foule. Entre ce genre d'enregistrement et accepter d'être pris en photo, quelle est la différence? Des illétrés en sont capables! Ne pas être capable de le faire relève d'un véritable problème d'ordre psychologique, j'oserais dire.

On disait Kerouac très gêné d'approcher des éditeurs pour faire accepter ses romans. Pourtant, les documents audio-visuels le montrant sur un plateau de télé ne sont pas rares. Encore une fois, quelle est la foutue différence? Est-ce un mythe que ce comportement de diva? Je serais tenté de le croire.

À ma connaissance, la plupart des auteurs ont accepté de faire leur promotion d'une manière directe ou indirecte. À part Kakfa et quelques rares reclus, les gens doués de la plume sont aussi capables de se faire connaître par leur propre voix.

Etk, c'est mon avis.

Trader a dit...

"illetrés", plutôt... ;)

É. a dit...

Je suis également « capable » de livrer les caisses de bouquins gratos chez les boutiquiers, de conduire le camion, de décrotter les vitrines, de torcher les toilettes de l'éditeur, de refaire sa toiture, de laver son char et je serais certainement capable aussi de cirer les chaussures des gardes de sécurité à l'entrée du salon du livre et de tailler des cornemuses dans le vestiaire. Pas de souci. Emmenez-en des projets.

Trader a dit...

T'as oublié la tonte du gazon.

Malgré cette négligence, on sent la motivation...

É. a dit...

Ah ! Pardonnez ma distraction ! Je me dépêche de m'y mettre.
:0)

Venise a dit...

helenablue : Une réflexion avec du vécu que la tienne. J'amorce la mienne seulement et le mot qui me vient est obligation. En autant que le processus de promotion ne se fasse pas dans l'obligation, être poussé au mur, en autant que l'écrivain y aille de ce qui lui plaît comme un actionnaire motivé (10%).

Il me semble aussi que les artistes ont rarement la bosse des affaires. Vendre son oeuvre veut dire la vanter. En faire la promotion est une autre histoire. Si je continue dans mon exemple personnel, Marc va bien sûr se prêter à des séances de dédicaces (la convention veut que le bédéiste fasse un petit dessin dans chaque album !), mais ne compte pas sur lui pour vanter la BD, et même la proposer. D'ailleurs, quand je lui ai dit que j'achèterai une dizaine d'albums dans la libraire GGC où j'ai 10% de rabais étant membre d'une coop et que je l'offrirais à des personnes, si ça adonne, le poil lui hérisse sur les bras. Il va siffloter et regarder les nuages ou les araignées s'il y a une transaction. Même le lancement le traumatise au point où il avait conclu qu'il en aurait pas. C'est moi qui a demandé aux éditeurs ! Ils ont répondu : oui.

Est-ce qu'il est le modèle typique de l'artiste ? Je ne suis pas prête à conclure. J'observe encore.

Venise a dit...

@ Trader : Comme tu dis, la plupart se prête aux règles du jeu de la promotion. Mais certains sont intraitables, je pense à Jacques Poulin. Il en vend pas moins pourtant ! Disons même que ça lui confère une aura de mystère qui lui donne sa marque de commerce ! Il ne va même pas chercher ses Prix, c'est pour dire. Il est la preuve qu'un écrivain peut réussir sans se soumettre à la promotion.

Je serai tout de même curieuse d'apprendre s'il avait le même comportement à son premier roman ...

Trader a dit...

Je ne juge pas la ou les méthode(s) employée(s) par l'écrivain.

Par contre, la manière dont il s'y prend fait toute la différence.

Venise a dit...

É. : Je lisais ta définition de tâches ;-) et sur le coup, ça m'a fait penser aux écrivains qui optent pour s'auto-éditer. J'ai participé à deux Salon des écrivains de l'ombre, exposant des écrivains qui s'auto-éditent, et j'en ai interrogé plusieurs ; si vous aviez le choix, autrement dit, si un éditeur acceptait votre tapuscrit, est-ce que vous opteriez pour être édité ? Une seule personne m'a dit "non". Toutes les autres, bien plus que dire "oui", les yeux brillent de convoitise.

Il y a le prestige. On a qu'à penser au nom du Festival pour tout comprendre : les écrivains de l'ombre ! Qu'une maison d'édition établie accepte de t'éditer, tu achètes du coup sa crédibilité, sa réputation. Ça me fait penser à des "fonds de commerce" qui se vendent, il peut ne pas y avoir une chaise à vendre, on vend le nom. Être édité chez Boréal, Leméac, ou Gallimard, ça veut dire que tu es assez bon pour ça.

Ceci dit, ce que je retiens de ton idée, entre autres !, est que notre société de consommation boulimique est en train de tomber dans l'excès et que la maison d'édition en mettant de plus en plus de responsabilité sur le dos de l'écrivain efface la sienne.