samedi 8 août 2009

Une terrasse d'écrivains

Je me pose une question de passeuse ; est-ce que ça vaut vraiment la peine de remplir ce petit carnet placé sur mes genoux ? Je l’ai fait pour la première fois cette année et je ne suis plus sûre. Je commence à penser de, soit prendre les grands moyens comme le magnétophone, ou soit me fier à ma mémoire et ses prismes, ses distorsions, ses absences. J’ai gribouillé des mots-clés qui ne résonnent plus en moi à cette rencontre d’hier avec Marc Lévy, Nicolas Dickner et Annick Charlebois. J'y lis « Pérou ...honteux » et ça ne me dit absolument rien !

Ce que j’ai photographié de près, ce sont mes émotions. J’admire les journalistes qui rendent consciencieusement les faits et je bénis de ne pas en être une ! Je peux donc me laisser aller à vous dire que lorsque Nicolas Dickner et Marc Lévy sont arrivés sur la terrasse, ils me semblaient partager la même humeur contrainte : « qu’est-ce que je fais sur cette avant-scène, qu’ai-je tant à dire pour contenter ces regards avides rivés sur moi ? » Leurs yeux visaient plutôt les planches de la terrasse, tandis que dans ceux d’Annick Charlebois se reflétait une fierté assez contrastante. Et puis, progressivement, sous les questions pertinentes de l’animatrice, Nicole Fontaine, les regards ont montés, la parole s’est réchauffée, puis emballée.

Nicolas Dickner m’est apparu plus fermé que je ne l’imaginais, je dis bien « apparu », c’est l'apparence que donne souvent les personnes chez qui foisonne un monde intérieur fort. Non pas qu’il ne soit pas gentil, encore moins hautain, c’est qu’il semble exécrer qu’on veuille l’entrer dans un moule étroit. Il déteste tout ce qui ressemble à un carcan, il a besoin d’espace, je crois. Il a déclaré à un moment donné qu’il n’aimait pas écrire des descriptions, donc il fait de l’anti-description. Il a 37 ans et d’après moi, jusque sur son lit de mort, il ne pensera pas comme la majorité. Il adore l’informatique dans ses détails les plus techniques, rappelez-vous Joyce, cette pirate informatique de Nikolski et il se serait retenu de ne pas trop pousser sur sa bosse de l’informatique, convaincu qu’il aurait perdu des lecteurs. À cette étape, Nikolski était une vraie épopée, du mille feuilles et dans le cadre de (...pardon, je ne me souviens plus du contexte !), il aurait eu à passer à travers le test ultime : raconter son histoire devant des pairs. C’est à ce moment qu’il en aurait réalisé la complexité puisque incapable d'en faire le résumé. C’est à partir de là qu’il a commencé un travail important d'épuration. Il n’a pas réfuté le commentaire de madame Fontaine qui a trouvé que Joyce ressemblait à la Hope de Tarmac. Il aimait beaucoup le personnage de Joyce et lors de l’épuration, elle aurait perdu de la substance et Hope s'en serait appropriée.

Marc Lévy a renchéri qu’un résumé d’histoire devrait être compréhensible pour un enfant de six ans. Quant à lui, le test qu’il fait passer à ses synopsis est celui-ci : il le raconte, par exemple à sa femme dans un Café et il stoppe à un moment donné et demande « Prendrais-tu un café » et si elle réponds oui, au lieu d’exiger la suite ... il doit améliorer ou changer d’histoire !

Pour Annick Charlebois, son parcours vers une première œuvre a été long et a mis à rude épreuve sa motivation. Avec la contrainte de gagner sa vie, huit années pour écrire « Peut-être que je connais l’exil ». Elle a abondamment évoqué ses personnages : Justine est Québécoise, Miguel est Salvadorien et ils sont amoureux. Ils vivent à Montréal, où Miguel a immigré pour échapper à la guerre. Ils sont donc sur son territoire à elle. Pourtant, au sein de ce couple, c'est probablement elle la plus déracinée et la moins adaptée des deux (tiré du quatrième de couverture). C’est une première œuvre et je ne l’ai pas lue ... qu’est-ce que vous pensez que je vais faire ? De l'avoir rencontrer est la meilleure des incitations.

En parlant d’incitation, c’est de toute beauté de voir ici les gens chérir leurs romans comme des récompenses. Je jetais un coup d’œil à la dame âgée à mes côtés, elle feuilletait ses livres flambant neufs avec convoitise, en plein milieu de l’entretien !

Mes premières photos sur le web :
Première intitulée "mêmes pensées, même pose ?" - Marc Lévy, Nicolas Dickner
Deuxième : "blanc sur noir" - Nicole Fontaine
, Annick Charlebois, .

2 commentaires:

ClaudeL a dit...

Que je vous envie. Et c'est fou, je me suis mise à la place non pas de vous ou d'une visiteuse virtuelle, mais à la place des écrivains. Je me demandais: est-ce que j'aimerais être sur la scène? À expliquer, à résumer, à répondre aux questions. À pas vouloir être là, à être énervée par en-dedans.
Peut-être que ce n'est pas journalistiquement correct votre billet, mais je préfère ce style de chronique à bien des articles supposément objectifs.

réjean a dit...

Je trouve que Lévy et Dickner n'ont absolument rien en commun. Je les imagine mal côte à côte. D'ailleurs, j'aimerais bien savoir ce que pense Dickner de Lévy.