Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

mercredi 30 octobre 2013

VRAC en tête

Pourquoi les enfants courent-ils toujours après les pigeons ?
... est le dernier titre d’Arlette Cousture et sera disponible uniquement à partir de son site pour qui s’y abonne. Voici une couple de jours, avant la tempête médiatique, que Mylène Gilbert-Dumas a qualifiée dans un verre d’eau, j’avais repéré ce titre publié en numérique seulement sur le site de l’auteure. L’idée, qui a déclenché la douzaine de nouvelles, part de l’observation du pigeon. Vous connaissez mon faible pour les pigeons, ne serait-ce parce que je m’appelle Venise et mon mari, Marc. D’ailleurs, on y trouvera une nouvelle parmi la douzaine se déroulant sous le ciel italien au-dessus de la place Saint-Marc à Venise.

Difficile de ne pas relier cette idée d’Arlette Cousture avec celle de Marie Laberge qui a posté de 2008 à 2011 un roman sous forme de lettres pseudo personnalisées « Des nouvelles de Martha ».

Les deux auteures à succès disent avoir pris ces décisions pour se rapprocher de leurs lecteurs. Entre les lignes, lisons couper des intermédiaires pour augmenter la redevance au créateur de l'oeuvre. Bizarrement, leur destin se suit de près, l’annonce de une coïncidant avec celle de l’autre. Marie Laberge vient d'annoncer que la version numérique de Mauvaise foi, son petit dernier, sera disponible en version numérique uniquement sur son site, après avoir laissé s'écouler un mois dans les librairies. Le cas est différent bien sûr, mais si Marie Laberge le fait pourquoi Arlette Cousture ne le ferait pas un jour et plein d'autres écrivains ? Marie Laberge profite tout simplement du vide juridique et coupe des intermédiaires.

Il y a quelque chose de bon dans cette tourmente, elle met en évidence une absence de législation. Le marché de la numérisation vogue encore et toujours au gré des humeurs du moment. L’alarme a sonné pour que tout le monde s'assoie avec le ministère de la Culture pour établir une réglementation sur le numérique.

Une idée qui en vaut bien d’autres
Fusionner les bibliothèques et les librairies, une idée dont j’ai entendu parler en juillet 2013. Elle est bien exposée ici. Au premier coup d’œil, je trouve cette solution pas si bête mais peut-être que je n’en vois pas bien toutes les répercussions. De toutes manières, je n’en ai plus entendu parler, même pas à l’heure de la commission parlementaire sur la question du Juste prix du livre.

Suite de l’alerte rouge
Vous vous rappelez l’étonnant livre rouge, complètement anonyme, que j’ai reçu par la poste, faisant rougir par sa coquinerie ? Le mystère n’en est maintenant plus un.
Expression Rouge est une nouvelle collection de livres aux prix abordables (numérique 5,95 $ papier 8,95 $) écrits par des dames chevronnées de notre littérature, de celles qui savent doser l’osée. Bienvenue à ces récits intimes qui mènent droit au cœur du désir et du fantasme féminin.

Des nouvelles de moi et Marsi
Vous avez peut-être remarqué que dernièrement les billets s’espacent au Passe-Mot. C’est temporaire, je l’espère. Je ne pense tout de même pas vendre et acheter une nouvelle maison chaque année. Le site Le Passe-Mot est stable mais pas celle qui l’alimente ! Nous déménagerons de nouveau, passant de Cowansville à Magog. Presqu’un retour par chez nous pour ceux qui se rappellent notre séjour de sept ans à Eastman. En peu de temps, une vente de maison, par Du Proprio et un achat directement du propriétaire, ça occupe ! À noter que je souffle un peu, car le déménagement aura lieu pas avant le mois de mars.

Marsi fête ses 50 ans en grand cette année par une entrée de trois de ses planches de bande dessinée au Musée des Beaux-Arts. Le lancement de cette exposition bien particulière rallie le talent de quinze bédéistes de La Pastèque avec des œuvres hétéroclites de la collection permanente du Musée. L’exposition débute le 6 novembre, journée de l’anniversaire de mon chéri, et se poursuivra jusqu’au 30 mars 2014. J’espère que vous ne manquerez pas l’occasion de voir ce jumelage de l’illustration avec des œuvres qui peuvent être une sculpture, un tableau, une chaise....). C'est un rendez-vous ?


dimanche 20 octobre 2013

Le vent en parle encore de Michel Jean

Quel merveilleux titre ! Pas seulement pour ce qu’il charrie de poétique, mais pour sa justesse. Une fois le roman reposé, je l’entends encore siffler lugubrement, ce vent, fouetter les murs de cette prison nommée pensionnat, par les représentants du gouvernement, aux parents des Inuits pour leur arracher leurs enfants.

Cette histoire nous rappelle une mauvaise farce, qu’on aimerait effacer, de ces enfants autochtones pris en otage au nom du savoir, arrachés à leur famille pour aller s’instruire, se civiliser, se convertir. Et dans un fort, le Fort Georges, sur une île située au bout du monde.

Dans cette histoire romancée qui part de faits réels, Michel Jean approche de son viseur trois adolescents de quatorze ans aux caractères différents ; un garçon Thomas, l’étrange, les amies d’enfance, la courageuse Virginie et la vulnérable, Marie.

À l’arrivée dans un nouveau lieu (le pensionnat Fort Georges), quand la première chose que l’on fait est de retirer ton nom pour le remplacer par un numéro, de te battre parce tu ne comprends pas assez vite, de t’interdire de parler ta langue, le ton est donné. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère mais avec la frappe d’une masse. Tous les genres d’abus y passent, condensés qu’ils sont dans l’histoire de ce trio solidaire qui tente de se défendre tant bien que mal. Je me suis prise à espérer que dans la vraie vie ce fut un peu moins terrible, que ces horreurs documentés se soient étalés sur une période plus longue que l’année vécue du roman. Nous vivons en direct, sans filtre, les injustices, les mauvais traitements, le manque de soin et de nourriture, les tâches ingrates, divers sévices corporels pas loin de la torture, les prêtres dictateurs ou, d’autres, carrément maniaques sexuels organisant des orgies au dépend des élèves.

Ce qui fait que j'ai apprécié les moments d’accalmie, entre les allers et les retours du présent (2008) au passé (1936) lorsque l’objectif s’arrêtait sur Audrey Duval, l’avocate ne démordant pas de sa mission : retrouver un à un les absents de la liste pour leur apporter un dédommagement financier, ou à tout le moins du réconfort.

Si Michel Jean a voulu déterrer les vestiges d'une calamité pour les remettre à la lumière du jour, exploit réussi. Nous verrons en pleine lumière les visages de ceux qui n’oublient pas, je pense particulièrement au personnage de Marie. L’argent et le regret ne rachètent pas, ni ne réparent, mais que l’on apprenne les faits, que cesse tout semblant de conversion à une vision élue vérité.

Vous l’avez compris, le propos est dur, le lecteur doit se réveiller, on ne prend aucune chance qu’il ne comprenne pas. Heureusement, la touche magique du romancier fait l’offrande de la solidarité, de l’amitié indéfectible, de l’amour passion chez trois adolescents. Du miel parfumé et onctueux pour faire avaler l’amère pilule.  

mercredi 16 octobre 2013

Cher trou de cul de Annie Quintin

Déjà avec un tel titre, on sait que l’on doit s’attendre à une bonne dose d’humour, léger et un peu facile, avouons-le d’emblée. Cette histoire se classe sans l’ombre d’une hésitation dans le genre chick litt pur et dur .

Nous retrouvons, parait-il, les mêmes personnages que dans son premier roman, Désespérés s’abstenir que je n’ai pas lu. Un trio tissé serré, un homosexuel, Yan, Mélodie, l’amie effacée, et l’héroïne, la spectaculaire Clara. Celle-ci, on s’en doute par le titre, est en colère puisqu’elle a été « flushée », et par Internet en plus. Après 72 jours d’une relation idyllique et fusionnelle avec Damien, celui-ci parti au loin à cause de son travail, la congédie de sa vie. Un homme pas très en moyen financier, tendre et patient, et rien pour gâter la sauce, vedette dans un groupe de musique. Il m’a semblé presque parfait, comparé à la chère Clara, au caractère pas évident du tout. Si celle-ci n’avoue pas aisément ses faiblesses, contrairement à Damien, elle occupe un travail la mettant à l’abri du besoin, et c’est le moins que l’on puisse dire. Contrairement aux coutumes littéraires de la chick-litt, où c’est généralement l’homme qui a de la difficulté à s’engager, ce sont des lèvres de Clara qui ne sont pas capables de prononcer le « Je t’aime » d’usage lorsque l’on voue un amour dévorant pour l'autre.

Des chapitres dispersés étalent, jour après jour (jour 1, 2, 3 jusqu’à 72) la folle romance de Clara et Damien, la passion euphorisante des premiers moments. D’autres chapitres nous renvoient à la rancœur de Clara qui rejette la trahison de Damien par tous les pores de sa peau. On voit la jeune femme passant par plusieurs phases, tentant d’évoluer en même temps que sa douleur cuisante. Ses amis l’entourent, même si au départ Yan la laisse tomber, il restera toujours la discrète Mélanie, cette cachottière amie.

Les ex joueront leur rôle : venir mettre des bâtons dans les roues du couple vedette. La vie de famille à l’italienne de Clara noircira plusieurs pages. La jeune femme dans la vingtaine avancée, n'habitant pourtant plus le toit familial, rejette en bloc sa mère, aussi férocement que n’importe quelle ado de 15 ans. Parmi tout ce chaos, l’organisation du shower de sa sœur ainée lui est confiée.

Ce roman mené avec dynamisme et entrain est inondé d’un humour bon enfant (pour ne pas dire bonne jeune fille !) mais prière de ne pas s’attendre à de grosses surprises. Le côté le plus inhabituel viserait la dernière partie que l’on pourrait appelée la réhabilitation. C’est rare que l’on prend l'option d’exposer la phase de raccommodage des morceaux dans un tel souci du détail. Ceux qui aiment savourer les fins s’en feront une joie.

Je ne suis décidément pas la candidate de ce genre de roman convenu où la vie de couple est abordée uniquement sous l’angle des débuts exaltants, parce que dangereux, ou dangereux parce qu’exaltants. Ces histoires où il serait facile de tirer sur une ficelle pour dénouer l’impasse, par exemple avec une conversation mature liquidant les malentendus un à un. On étire ce moment jusqu’à la fin parce que sinon, il n’y aurait plus, ô malheur, d’histoire à raconter. 

lundi 7 octobre 2013

OCTOVRAC

Un avantage d’habiter Montréal
À votre place, habiter la région de Montréal, je ne manquerais pas cette rencontre avec Josée Blanchette. Vous ne trouvez pas que cette femme est une de nos communicatrices aussi efficaces que judicieuses et qu’en plus, elle a une belle plume ? La librairie Monet la reçoit, jeudi le 10 octobre à 19 h 30. Elle abordera ses thèmes de prédilection, le sexe, le mariage, le deuil, les hommes, son propre personnage de femme et de mère, et tout ce qui fait le piquant de la vie.

Elle est un club des ex à elle seule : Ex-chroniqueuse gastronomique, ex-courriériste du coeur, ex-blogueuse, ex-célibataire, elle a écrit pour les principaux magazines québécois et s'est fait entendre à la radio et à la télévision. Son dernier livre, illustré par le photographe Jacques Nadeau s’intitule : Sans ménagement: confidences. Un titre très à propos pour celle qui ne ménage personne, en femme directe et franche qu'elle est.

Éditions La Peuplade : 2 auteurs, 3 prix
Les Éditions La Peuplade ont récolté trois prix littéraires au Salon du livre du Saguenay-Lac-St-Jean :
Frédérick Lavoie avec son récit Allers simples : aventures
journalistiques en Post-Soviétie  reçoit le prix Récit 2013 (de la catégorie Récit, théâtre, contes et nouvelles) et le prix Découverte 2013.
« Le jury a reconnu les qualités réflexives de l’ouvrage : « Les lieux qu’il visite en Biélorussie, en Abkhazie ou en Russie ne sont que les prétextes d’une thèse beaucoup plus complexe ».
Marie-Andrée Gill avec son livre poétique Béante, gagne le prix Poésie 2013.
Le jury s’exclame « Authentique, l’écriture ne laisse pas indifférent. Avec
des expressions inédites, la voix de l’auteure chante la vie, la terre, les
astres et les humains... »

Avis de décès. Les tribulations d’un croque-mort
À chaque fois que je vois les trois premiers mots de ce titre dans mes messages, je fais le saut. La meilleure manière de m’en sortir est d’en parler. Daniel Naud est la meilleure personne pour démystifier le travail des thanatologues puisqu’il pratique ce métier depuis des années. Avis de décès. Les tribulations d'un croque-mort se présente sous forme de petites histoires qui racontent les dessous du métier. Humour, étonnement, candeur, horreur, la gamme complète des émotions est à prévoir. Il parait que si vous avez aimé Six pieds sous terre (Six Feet Under), vous adorerez !
En librairie le 16 octobre
Lancement le 30 octobre dans un Salon funéraire de Baie Comeau
Avis de décès. Les tribulations d’un croque Mort – Daniel Naud - Perro Éditeur, 248 pages, 14,95$

Livre à juste prix
Est-ce que le brouhaha de cette épineuse question vous est parvenu aux oreilles ? Si ce n’est pas le cas, sachez que différents ambassadeurs du milieu littéraire se sont présentés à la Commission parlementaire pour faire valoir leur point de vue. Les membres de la Commission ont d’ailleurs siégé plus de 30 heures et ont entendu plus de 40 groupes. Ces groupes étant bien sûr formés d’individus, desquels j’ai eu des échos. Plusieurs sont sortis impressionnés, ce n’est pas évident de préparer un dossier et d’avoir l’aplomb de le défendre devant une Commission. Une performance très remarquée fut celle de monsieur Denis Vaugeois que vous pouvez entendre ici.
À l’heure qui l’est, on attend que le ministre Maka Kotto fasse ses devoirs.
 
photo prise par Michel Jean qui l'a aussi reçu
L’alerte rouge
Un de ces bons matins, Marsi vient me porter dans mon bureau deux colis, ce sont tout probablement des livres. Pour un des colis, j’en doute, l’enveloppe bulle est faite d’un métallique rouge pétant. Je l’ouvre fébrilement et découvre un mini livre rouge au cartonnage glacé. Je le retourne de tous les côtés, l’ouvre, cherche, fouille... Je ne trouve pas de titre, ni de nom d’auteur ! Je survole quelques phrases, c’est vraiment une histoire. Mystère et boule de gomme que je m’empresse de partager sur Facebook, que tous se surprennent en même temps que moi. Quelques heures plus tard, j’apprends que nous sommes quelques uns à avoir reçu cet étrange colis. Les mises sont ouvertes : qui est le signataire de cette initiative que l’on devine promotionnelle ?

Après un tâtonnement digne d’une scène de vaudeville, ouvrant et fermant certaines portes, supportée par mes détectives privés, je vous fais part de la conclusion : ce serait un coup de marketing fumant de Groupe Librex pour sa nouvelle collection érotique. Un des faits est vérifié, l’histoire est coquine à souhait.

la suite plus tard ...parce que bien évidemment, il y en aura une.

lundi 30 septembre 2013

man de Kim Thúy

Quel plaisir de lire ce recueil, que je tiens entre mes mains, comme un objet précieux. Je le nomme recueil pour la phonétique qui amène au mot recueilli. Kim Thúy a un style qui appelle le recueillement, probablement pour sa cueillette amoureuse et méticuleuse de chaque mot.

Chacun des mots et des phrases qu’elle pose sous nos yeux ont un poids qui se sent à qui sait sentir. Dans la marge de droite, à presque chaque page, un mot ou une expression sont déposés en vietnamien avec en-dessous son équivalent en français : « rose et parfois rouge, « miroir », « sel », « respirer », « saluer les ancêtres ». Cela m’a fait penser à des titres de poème.

Sa vie de femme mariée, de maman, d’amie et de cuisinière, par sa plume, sonne comme une poésie du quotidien. Son écriture est pesée et posée, ses silences laissent respirer les mots. Ce qu’elle nous livre est concentré et concis, avec un tel style, on s’attendrait à de la retenue et de la pudeur et, surprise, non. Dans man, elle lève le voile sur ses émotions intimes. Je l’entends encore préciser à Josélito Michaud, qui l’interrogeait dans On prend toujours un train pour la vie, que Ru n’était pas un roman qui parle d’elle, tandis que le prochain le serait. C’est le cas.

Là où je l’ai trouvée la plus touchante est dans la relation avec sa mère, qu’elle fera venir au Québec, et un homme qu’elle rencontre en France. Cette dernière histoire lui fera découvrir des émotions inconnues d’elle jusqu’à ce jour. Viendront-elles troubler la quiétude de sa vie familiale, jusqu’où laissera-t-elle cet homme bouleverser sa vie rangée ? Avec son mari, c’est l’entente tacite, le convenu prévaut et les émotions ne sont pas à l’honneur.

Elle nous offre ces filets de confidences, à saisir entre deux fumets de mets vietnamiens, qu’elle cuisine pour gagner plus que honorablement sa vie. Pendant que son cœur est monopolisé, elle remplit son temps en accomplissant des journées de 15 heures de travail, en plus de ses rôles de maman et d’épouse. Avec Julie, sa complice, sa sœur d’adoption, elle est totalement elle-même. Elles iront loin dans leur ambition d’offrir un service de traiteur à la hauteur de toutes les attentes.

Ceux qui aiment la finesse d’esprit et de style, les curieux de la nourriture vietnamienne, les dégustateurs de discrètes histoires d’amour seront avides de lire man, et plus encore s'ils craquent pour la personnalité pétillante de Kim Thùy.

mercredi 25 septembre 2013

La maîtresse de Lynda Dion

Je suis tentée d’immédiatement faire allusion au premier roman, La Dévorante, cette œuvre fondatrice d’un style, celui de Lynda Dion. Des mots qui déboulent, sortent par jets, se figent, repartent de plus bel pour se jeter à corps perdu dans une émotion. Sans accent. À vous de les ajouter, si ça vous tente.

La maîtresse cible une seule et même personne, l’auteure qui ne s’en cache nullement. La dévorante ne s’efface pas devant ce portrait de maîtresse, elle est toujours présente.

Lynda Dion est maitresse d’école, de métier, mais de vocation, elle en doute régulièrement. Je m’attendais à des confidences poussées, non censurées sur cette profession ardue par les temps qui courent. C’est ce que j'ai trouvées mais, ô surprise, s'intercalent des chapitres sur les coulisses de l'écriture de La maîtresse. Y sont relatées les rencontres avec son directeur littéraire, s’y ajoutent des confessions sur le doute ravageur, les tiraillements qui paralysent, des crises d’identité qu'on peut résumer en cette cuisante question ; est-elle une écrivaine, ou non ?

Mes chapitres préférés vont pour ceux traitant de sa tâche de maîtresse. Les profs doivent maintenant mener leur classe avec une autorité sans faille, sans égratigner les susceptibilités des jeunes. Ils avancent sur une corde raide. Cette réalité diffère de ce que j’ai vécue, delà mon intérêt de voir de près comment cela se passe et d'en réaliser les impasses. On y trouve plusieurs anecdotes éloquentes, pas loin d'amusantes (même si ce n'est pas le ton abordé par l'auteure) qui partent de l’étudiant qui exige trop d’attention à celui qui n’en exige pas assez.

Par ma lecture de La Dévorante, je savais Lynda Dion encline à poser un regard sévère vis-à-vis elle. Avec La maîtresse, je vais plus loin, elle semble éprouver du plaisir à creuser les tréfonds de son être, pour repérer et dévoiler ses torts et retors. J’aime les confidences, j’aime l’audace de l’impudeur, pourquoi cette fois-ci, y ai-je pris moins d’intérêt ? Je tenterai d'y répondre.

Les chapitres consacrés aux doutes liés à l’écriture, interposés à ceux de la maîtresse, m’expulsaient des ambiances qui tentaient de s’installer. Quand je commençais à prendre mes aises, j’étais stoppée de l’action par le faisceau fixé sur les coulisses de l’écriture, ce qui diluait ma concentration. J'avais à repartir à zéro dans l'ambiance "maîtresse" à chaque fois.

Viser l'angle dominant de la torture par le doute, les continuelles et lancinantes remises en question, vérifier pourquoi le moteur n’embraye pas, visiter les inhibitions, les réticences, c'est s’attarder sur les freins plus que sur le moteur. Déjà que l’auteure gratte chaque geste qu’elle pose en tant que maîtresse, se remet inlassablement en question, en tant que maîtresse, faisant ressortir des boule-à-mites les affres de son enfance, c'était suffisant comme mouvement introspectif. Les chapitres sur la remise en question de celle qui se remet en question ont fini par donner un son plaintif à mes oreilles. Un peu comme la crème fouettée, c’est délicieux en torsade sur le sommet d’un dessert, mais engloutie par larges cuillères de bois, ça peut lasser les estomacs les plus solides.

À moins que ce soit le manque de recul face à ce doute, émotion torturante pour qui la fait entrer à pleine porte, ce qui est le cas de Lynda Dion. Je prise pourtant l’émotion habituellement, je m’en approche avec plaisir et confiance. Peut-être est-ce un malaise devant l’auteure submergée, optant pour ne rien camoufler de ses démons intérieurs, j'en arrive à éprouver une sensation semblable à celle devant une téléréalité, m'interrogeant sur la part d'exhibitionnisme.

Malgré un excès dans la dose d'introspection, celle-ci étant déjà suffisamment percevable à chaque ligne, je m’empresserai de revisiter les "LA" de Lynda Dion 

jeudi 19 septembre 2013

Le mouvement naturel des choses - Éric Simard

Transparence complète, je connais déjà Éric Simard et j’avais le goût de mieux le connaître. Premier réflexe lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois, qui nous intrigue parce qu’elle nous intéresse, déterrer ses racines. Attente comblée, après cette lecture, j'en ai entrevues quelques unes.

Je n’ai qu’un mot en tête, je vais le cracher tout de suite, puisqu'il obstrue tous les autres : généreux. Une personne qui se donne à son lecteur à ce point-là m’impressionne. Le principal intéressé dirait probablement qu’il a posé des filtres, mais comparativement au commun des mortels, si peu.

Comment Éric Simard se livre-t-il ? Par jour, par mois, par année, au final sept (1989 à 1997), à partir de journaux intimes tenus passionnément en ces années-là. Comment faire tenir huit années dans 400 pages, tout en conservant la forme journal ? On parle de travail de réécriture ici. D’un puissant recul qui pousse la lucidité dans ses derniers retranchements. De don pour donner et tenir un rythme.

J’ai lu comme une boulimique. J’ai dû me taper sur les doigts pour me ralentir. On suit le personnage pas à pas, mais jamais dans des moments d’insignifiance. Je fais ici une différence nette entre la superficialité et l’insignifiance. Si toutes les téléréalités touchaient autant à l’humain dans son désir fondamental d’être aimé tout en restant soi-même, sans concession et marchandage, je serais probablement preneuse.

Dans ces jeunes années, déjà, un besoin vital fait vibrer son être : écrire. C’est son encrage. Il part des projets, les honore ou pas, mais revient inlassablement à l’écriture, ne serait-ce que celle d’un journal. Ses confidences, je l’ai dit, sont généreuses, en plus de directes et honnêtes. Il ne se ment pas à lui-même donc ne nous ment pas. Il ne cache donc pas, sous une fausse humilité, son vif désir d’être publié. On assiste à sa démarche d’auteur qui poste des manuscrits, qui lui reviennent, accompagnés de lettres de refus majoritairement impersonnelles. Et, inlassablement, il revient à la charge.

Cette aspiration à l’édition n’est que le fond du décor de la plongée dans un moi de jeune homosexuel à ses premières aventures assumées. Comment reconnaître le bon partenaire avec qui le plaisir sera à son comble, en même temps que la finesse du sentiment ? Vouloir tout avoir. La terre de la séduction est vastement explorée, jour après jour, heure après heure. Comment reconnaître les mâles non affichés homosexuel, ignorant eux-mêmes leurs élans ? L’ambigüité est un thème récurrent, et captivant, parce que développé, décortiqué, autopsié, pas seulement chez l’auteur également chez les gens qu’il croise. Son amitié fervente avec une femme, ses tentatives matrimoniales, ses relations assidues avec sa famille, ses nombreuses tergiversations avec son métier de libraire nourrissent des paragraphes lancés comme autant de messages à la mer, au cas où un lecteur, un jour, les attraperaient. Et on les attrape, assouvissant une soif qu’on n’ignorait intense à ce point, de voir un être essayer de se trouver, lui, à travers les mirages perçus dans le regard des autres.

Ce que j’ai trouvé de plus ferme, de plus confiant chez ce jeune homme est son sens critique de l’univers culturel. Il nous transmet, avec une brièveté et une acuité hors du commun, ses impressions sur des romans, des films, des spectacles, des disques. Il est avide du geste créateur des autres, il l’engloutit, en retire beaucoup. C’est une planche de salut sur laquelle il monte pour éviter de sombrer durant les moments torturants. 

La fin. Parce que si je suis avec vous pour en parler, c’est qu’il y a eu un point final, quand en fait, ce jeune à qui on s’attache fortement parce qu’il nous a fait entrer dans son intimité, ne meure pas. L’unique raison de l’abandon est que l’année est terminée. Ça m’a ramenée au mouvement continuel des choses, je dis bien « continuel », pas « naturel », car ce ne l’est pas, naturel, et cela ne le sera jamais, d’être abandonné par une personne avec laquelle on a passé de si bons moments.

Et bravo pour l’excellente idée de recenser dans un lexique les œuvres commentées au fil du livre !

mercredi 18 septembre 2013

La constellation du lynx - Louis Hamelin

J’en suis à rédiger un commentaire sur La Constellation du Lynx, ce fameux roman sur la Crise d’Octobre. Je dis « fameux » pour l’appréhension que j’ai éprouvée avant de le lire.

Pour situer l’Histoire dans l’histoire, je résumerai la Crise d’Octobre dans ce style télégraphique. Deux enlèvements : le premier, le 5 octobre, l'attaché commercial du Royaume-Uni, James Richard Cross, par une cellule armée du Front de libération du Québec (FLQ), le deuxième, le 10 octobre, le ministre provincial du travail, Pierre Laporte par une autre cellule du FLQ. Le 15 octobre, la riposte gouvernementale, mise en place de la Loi des mesures de guerre canadiennes. Le 17 octobre, découverte du corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert dans le coffre d’une voiture, le 3 décembre, délivrance de James Richard Cross, le 28 décembre, arrestation des meurtriers de Pierre Laporte.

Un journaliste, Samuel Nihilo, s’est mis en tête d’extraire de la vérité entendue, ses faussetés, qui ont traversé quatre décennies : de 1960 à 2000. On se doute bien que le journaliste est l’alter ego d’Hamelin.

Pour se donner la liberté de manier la réalité à sa guise et se tenir loin de toute revendication postérieure à la publication, l’auteur a baptisé la majorité des personnes d’un autre nom, assez souvent farfelu, Chevalier Branlequeue par exemple, tandis que certaines personnes, René Lévesque pour le nommer, ont conservé leur nom. Option qui en fait déjà une lecture exigeante. Mon esprit continuellement en mouvement entre l’histoire de Hamelin et les faits médiatisés, avec les vrais noms, a déjoué ma tentative de m'abandonner. Je ne suis pas arrivée à ce lâcher prise : « J’ai totalement lâché prise sur les faits et ai abordé ma lecture comme un roman, point ». Je n’ai pas su y arriver, la raison en est fort simple, si La Constellation du lynx avait été de la pure fiction, je l’aurais abandonnée avant la fin. À mes yeux, le roman prend sa valeur parce qu’il est basé sur l’actualité de cette période pénible. Avec cet ingrédient essentiel, le recul, Hamelin pointe les dérives, souligne la manipulation des masses par le gouvernement, faisant sortir les couleuvres que l’on nous a fait avalées. Cette minutieuse et consciencieuse tentative mérite la lecture. 

S’il n’y avait de couché sous ses lignes un pan épais de notre histoire, les va-et-vient incessants dans le temps et les événements m’auraient eue à l’usure. J’aurais aimé me nourrir de la motivation du journaliste à soulever la nappe mensongère pour y étaler la vérité, une vérité. Je me serais attendue de Samuel Nihilo qu’il maîtrise un peu plus son enquête. Tandis que la portée lourde des événements pousse le personnage dans le fond du décor. L’histoire prend le pas sur tous les personnages, surtout, le personnage principal. C’est un essai déguisé en roman et il a été démasqué. Par exemple, je n’ai vu aucun critique relever l’histoire d’amour du personnage principal avec Marie-Québec. 

Je passe aux aveux. Une partie de ma difficulté de lecture vient d'une coriace résistance à ces événements que je préfèrerais oublier. J’ai à la limite honte de cette partie de fer du gouvernement et du FLQ. Bien entendu, la tendance va à tirer les flèches sur le plus fort, qui abuse de son autorité, mais les cellules du FLQ ne m’ont pas sourie non plus. 

J’ai trouvé le style d’Hamelin pointilleux, ingénieux avec une signature bien étampé. Ce genre de style qui loin de la simplicité, riche, parsemé d’images savantes et extravagantes. Combien de fois ai-je lu et relu des passages, par admiration, parce qu’il m’arrive, quand je ne comprends pas, d’admirer.

mercredi 4 septembre 2013

Écris-moi, Marie-Jeanne de Ginette Durand-Brault

Qu’est-ce que peut bien donner le premier roman de Ginette Durand-Brault, une juge à la retraite qui a toujours désiré écrire ? La question m’intriguait. 

L’histoire se déroule en 1939, à St-Jérôme, à la veille de la deuxième guerre mondiale. Marie-Jeanne a un frère, Rodrigue qu’elle a élevé et qu’elle chérit comme son fils. Celui-ci tient mordicus à se porter volontaire, avec un ami, au grand dam de sa sœur qui s’inquiète déjà. Le pacte entre les deux : s’écrire le plus souvent possible.

L’histoire de Marie-Jeanne est un roman en soi : un mari mauvais, une ribambelle d’enfants (plusieurs filles, un fils), qu’elle n’a pas désirés plus qu’il ne le faut. Il est facile à parier que si elle vivait aujourd’hui, Marie-Jeanne serait une heureuse divorcée, menant une carrière d’enseignante, sans enfant sorti de ses entrailles. Autre temps, autres mœurs, elle est en ces années, une femme de devoir et, si jamais elle y manque, son bourru de mari la remet dans la voie tracée pour elle : mettre au monde des enfants, cuisiner et torcher. Une échappatoire pour elle ; les lettres à son frère, que son mari lui reproche d’aimer plus que leur fils, et une amitié particulière avec un homme. J’ai beaucoup aimé cette partie de l'histoire, au Québec, malgré la couleur uniformément noire de l’homme de la maison. J’ai de la difficulté avec l’absence de nuance d’un personnage. C’est moins crédible et, en plus, on prédit sans peine ses réactions.

Dans la première partie de l’histoire de Rodrigue, on suivra son entrainement intensif et l'interminable attente d’un appel : où, quand, sera-t-il envoyé se battre. Deuxième partie, les péripéties de celui qui se lève pour aller tuer le plus d’hommes possible. Dans ce contexte, j’ai apprécié que l’ennemi ait un visage humain. Avant d’être envoyé au combat, il rencontrera l'amour.

Je me suis foncièrement attachée à cette Marie-Jeanne, facile d’approche. On compatit avec sa condition de femme instruite confinée au foyer par le mâle ignare. Celle de Rodrigue est toute aussi captivante, c’est la première fois que je lis un roman me faisant à ce point comprendre la vie des soldats québécois. Les situations sont décrites avec précision et satisfont les réponses aux questions les plus pointues.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de la correspondance. Ceux qui me connaissent savent pourtant que j’apprécie les romans épistoliers mais, ici, je l’ai remise en question. Au détour d’un chapitre, la parole est donnée au frère ou à la sœur avec, parsemées ici et là, leurs lettres. Par souci de réalisme j’imagine, l’auteure prend soin de nous situer dans le temps, dévoilant les décalages, parfois de quelques mois, pouvant survenir entre l’écriture et l’arrivée d’une lettre. En optant pour cette technique, le risque était grand de se répéter, et ce fut le cas. Il arrive que nous apprenions des parts d’intrigue en lisant une lettre, mais certaines fois, l’histoire que l’on a apprise de la bouche du frère ou de la soeur se trouve répétée, en d’autres mots, dans la lettre.

La rumeur court que Ginette Durand-Brault récidive avec un deuxième tome. J’aime Rodrigue et Marie-Jeanne et l’auteure nous laisse devant une porte grande ouverte sur leur destin. Si l’auteure opte pour un roman, sans le marbrer de courants de lettres, nous risquons d’être devant un excellent deuxième roman.

Histoire à suivre...

mardi 3 septembre 2013

Retour d'outre-mer de Julia Pawlowicz : Québec en septembre

C'est officiellement ma première lecture dans le cadre du deuxième défi passionné "Québec en septembre", défi que se donnent une cinquantaine de participants. Pour moi, le défi consiste essentiellement à ne pas oublier de mentionner mes lectures sur la page Facebook aménagée à cet effet par très dynamique Karine:), celle avec un sourire au bout de son prénom. Autre défi que je me donne, lire plus et commenter plus rapidement afin de me donner un gros chiffre à la fin de mois. Pourquoi pas ? On se stimule comme on veut, comme on peut, et ce qui compte est que notre littérature sorte de certain carcan de préjugés. Et que de nouveaux auteurs émergent à nos yeux, même si eux, ont déjà émergé depuis belle lurette.

Retour d'outre-mer est la Recrue du mois jusqu'au 15 septembre avec quatre opinions assez différentes, merci. Je ne l'avais pas fait apparaitre ici, ce que je fais habituellement, en me basant que les lecteurs diffèrent d'un site à l'autre, comme d'une librairie à l'autre. 


Quand l’émotion intime rejoint l’universel

Lorsqu’un récit commence par « Leur père est mort » et que la suite dégage une odeur de règlement de compte avec le passé, la lectrice en moi tremble; vais-je aimer cet autre roman introspectif à la quête d’identité? Mais rapidement, le style m’a happée et je n’ai plus eu le choix de suivre Maria, passant par son père, son frère, son ex-amoureux, sa mère, pour tenter de se comprendre.

La beauté de ce roman réside d’abord dans le style concentré qui génère continuellement des images fortes. L’auteure part de l’intimité pour aller rejoindre la collectivité. Même si nous n’avons pas été déracinés deux fois comme Maria (Pologne, Algérie pour aboutir à Pointe-aux-Trembles), qui ne s’est pas demandé si l’ailleurs n’était pas la solution au bonheur.

La dualité de Maria est incarnée dans le caractère de son père et celui de sa mère. Son père représente la stabilité, l’enracinement reconnaissant et conscient. Sa mère est l’oiseau volage, en quête d’un jardin plus fleuri, toujours dans le pays qu’elle n’habite pas. Son mal de vivre est sa seule racine. Elle vit à travers sa fille, elle l’aime comme un bien dont on dispose. Le fils, arrivé par surprise, n’est pas le bienvenu mais sera un palliatif pour apaiser l’anxiété de sa sœur.

Ce roman aurait pu prendre des allures dramatiques, le propos n’est pas léger, mais le style décalé de l’auteure nous évite d’aborder la douleur de plein fouet. Est-ce parce que le passé est servi au temps présent, ou parce que Maria se présente par un pronom indéfini (il ou elle), ou la constellation d’effluves poétiques, le cri de la douleur s’entend en sourdine. Cette approche particulière m’a conquise.

mardi 27 août 2013

Les portes closes - Lori Saint-Martin

Les portes closes s’ouvrent sur les secrets d’un couple, Philippe et Catherine. Philippe est le personnage vedette du couple, peintre renommé et indépendant de fortune. Catherine, peintre elle aussi, se fait discrète. Ses toiles représentent des natures mortes, celles de Philippe éclatent de vie, de celles de femmes radieuses de beauté. Ses modèles, il en tire le meilleur, capture leur âme, les consomme, puis les jettent. Il leur indique la porte et elles ne reviennent pas.

Catherine a donné la vie en mettant au monde trois filles et a payé le prix de ce choix. Philippe n’en désirant pas vraiment (peut-être parce qu’il crée la vie en passant par ses tableaux), c’est Catherine qui en a principalement assuré la responsabilité. Elle a dû retrancher plusieurs heures de sa création pour les élever et accomplir les tâches ménagères, dont la préparation des repas, dont elle s’occupe encore, même les enfants partis.

Lori Saint-Martin nous ouvre les portes closes de chacun des ateliers d’artiste, celui de Philippe qui reçoit ses modèles et celui de Catherine, dans lequel n’entre habituellement personne. Précisons un fait important, les deux ateliers sont sous le toit de leur spacieuse résidence.

À tour de chapitre, Philippe et Catherine se confient au mode « je », comme à un journal. Le lecteur arpentera ainsi trente-cinq années de vie d’un couple partageant le même toit, le même travail, les mêmes enfants. La juxtaposition de ces deux visions est une manière captivante de dévoiler, pelure par pelure, la vie d’un ménage qui a persisté malgré la proximité. Jusqu’où doit s’étendre le jardin secret de personnes vivant si près une de l’autre ? Ce roman aborde de près les limites de l’intimité dans un couple.

Le roman est mené d’une main de maître, un striptease lent et efficace du couple, aux yeux du lecteur uniquement ; si Philippe lisait ce que Catherine écrit, le couple éclaterait-il ? Même question du côté de Catherine. Pas de cette sensation de voyeurisme pour le lecteur, la progression maîtrisée nous laisse du temps pour voir et du silence pour réfléchir. Pour anticiper. Pour extrapoler.

L’auteure expose à notre esprit un certain tableau de couple, elle ne le commente pas, nous laisse la liberté de le faire. Je la prendrai, cette liberté. Ce couple a fait mal à mon sens de la justice sociale, avec ses airs de femme à l’ombre du grand homme, se tenant quasiment dans la position d'une mère monoparentale. L’art de Lori Saint-Martin est de ne pas mener son propos par ce bout là des choses, je le répète, elle n’entre pas dans la chambre du jugement. Et, pour cela, je salue le savoir-faire. J’aime cette latitude laissée au lecteur.

Je lui ai trouvé un style sobre, assuré et précis, bref, un style des plus efficaces.

J’ai déjà hâte de lire le deuxième.

dimanche 25 août 2013

Michel Rabagliati, Delaf & Dubuc sur une même tribune !

À l'écoute d'une question du public
Aux Correspondances d'Eastman, sur la même tribune, Michel Rabagliati, Delaf et Dubuc (Nombrils) ? Vous n’alliez toujours bien pas penser que Marsi et moi allions manquer cette chance inouïe ! Je dis inouïe car, il est possible qu’ils partagent de nouveau une estrade pendant un Salon du livre, mais cela risque d’être fort différent. La détente qui régnait en ce dimanche midi était exceptionnelle. Se diriger vers le grand chapiteau et voir Delaf et Dubuc à l'entrée, en conversation, aller les rejoindre, prendre dix minutes pour converser de tout et de BD. L’effet de l’oxygène, l’odeur du bois, l’intimité procurée par l’arc des arbres penché au-dessus de nous fait que ce ne sont plus des renoms qui entrent sous le chapiteau mais des prénoms : Marc et Maryse.

Michel Rabagliati - Tout sourire
Michel Rabagliati 
Michel n’a pu profiter des bienfaits de cette détente pré-causerie puisqu’il est arrivé sur les chapeaux de roue. Dominic Tardif, l’animateur et le duo étaient déjà installés sur l’estrade. Après une brève présentation, la première question tombe, elle est pour Michel qui n’a pas eu le temps de reprendre son souffle : « Comment trouvez-vous le travail de vos collègues ? ». Rarement, j’ai vu Michel patiner, cet homme sait toujours quoi dire, mais cette fois, visiblement pas tout à fait arrivé, il resta vague. Par contre, tout au long de la causerie, il s’est repris, revenant sur le travail de ses collègues, identifiant leurs forces. Michel Rabagliati est un généreux, je le sais depuis longtemps.

Il a bien sûr été question du film qui doit être tiré de Paul à Québec, plusieurs versions ont déjà été soumises (Michel participe au scénario) mais étonnamment, ce n’est pas encore conclu d’une manière définitive. Autre surprise pour moi, la quantité d’esquisses que Michel sort avant de prendre la plume (feutre) finale. Je savais qu’il y en avait mais pas autant. L’animateur a soulevé l’audace des plans « pleines pages » qui surgissent dans les Paul, j’en profite pour dire que j’adore cette technique qui laisse filer de longs soupirs où le silence s’infiltre, donnant au temps une place dans l’histoire. Pour moi, Michel est un maître du temps, il joue avec le passé et pour lui, le « Je me souviens » n’est pas qu’une devise proposée par Lyse Payette lorsqu'elle était ministre du transport.

Paul est son alter égo, ce que Michel nous a démontré au moment où il s’est élevé contre le diktat de la supra performance informatique, s’emballant quelque peu (c’était plutôt rigolo !) et terminant sa tirade enflammée par un « Paul, c’est un nerveux ... moi aussi ! » 

Un couple regardant dans la même direction
Delaf et Dubuc
Quand on parle de Delaf et Dubuc, on pense immédiatement succès à l’étranger. Être édités dans le réputé Journal Spirou et chez Dupuis, une maison d’édition française n’est pas chose si courante pour des Québécois. Ils ont fait allusion à leurs débuts où, peu sûr d’eux, ils ont avancé ce trio de personnages féminins, formule gagnante dans leur esprit pour un périodique mais pas nécessairement pour un album, encore moins, plusieurs. Mais quand le succès te harponne, tu t’adaptes ou tu manques le bateau. Parce que célèbres, ils le sont avec plus d’un million d’exemplaires vendus, une rue à leurs noms à Bruxelles, des produits dérivés, des fonds d’écran, un fan-club, alouette !

Comme on ne prédit pas un succès d’une telle envergure, en cours de route, ils ont dû changer le caractère de leur victime, Karine. Des caractères aussi typés ne laissent pas la latitude suffisante pour une histoire qui s’allonge sur six tomes.

Marc Delafontaine (Delaf) - au dessin
Ils ne sont pas du genre à s’assoir pas sur leurs lauriers, à chaque fois qu’ils font un changement, même après en avoir discuté avec l’éditeur, ils appréhendent la réaction des fans. En ce dimanche ensoleillé, ils nous ont transmis jusqu’à quel point le succès rend vulnérables. Avant la sortie en librairie, ils éprouvent le trac : est-ce que les changements vont passer ? Pour donner un exemple, la convention veut que les vêtements soient toujours les mêmes, alors le changement radical de style de Karine se range dans les gros changements en bande dessinée.
Maryse Dubuc (Dubuc) - au scénario

Autre élément amenant des discussions nourris dans le couple, et ensuite avec l’éditeur, c'est l’équilibre à tenir entre les expressions françaises et québécoises.  Ils doivent souvent jongler avec les mots, ne pas en échapper, qu’ils soient compris des deux côtés de l’océan. Prenons l’exemple de nommer une institution d’enseignement, il n’y a pas de CEGEP en France, pas de polyvalente, il faut donc utiliser un mot neutre. École ? Ça fait un peu enfantin. Ce n’est qu’un exemple parmi d'autres. Pour les albums de Rabagliati, le problème se pose moins puisqu’il ne s’agit pas de gags. On le dit souvent, la comédie, cela doit être rythmée au quart de tour, si le lecteur accroche sur un mot, le rythme casse et adieu le rire !

Ce qui m’a le plus frappé de ce discours sur le succès est l'affirmation de Marc Delafontaine disant qu'il n’a plus de temps de dessiner autrement que pour Les Nombrils, même pas durant ses loisirs. Il est confiné à ce style qui ne montre pourtant qu’un angle de son art. Y a pas à dire, le succès a son prix.
Dominic Tardif
Comme d’habitude, je suis arrivé à vous relater qu’une petite partie de cette causerie palpitante. Elle a résonné dans les rires mais aussi donné lieu à de l'écoute très concentrée. Dominic Tardif a posé d’intelligentes questions, il avait son dossier bien en mains, sans que cela ne paraisse. Je lui accorde des étoiles pour l’art de l’animation, pour sa confiance de laisser une porte largement ouverte à l’improvisation !
Songeur






mardi 20 août 2013

À l'heure d'Eastman : Catherine Voyer-Léger et Caroline Allard

Aux Correspondances d'Eastman, après L’héritage de la parole suivait Le Monde à l’heure d’internet, en compagnie des « plus » que blogueuses : Catherine Voyer-Léger et Caroline Allard, dite mère indigne. Leur point commun pour se présenter sur cette tribune ? Toutes deux ont été éditées et que ce soit par la même maison d’édition n’est pas du hasard puisque Hamac-Carnet est un précurseur en la matière.

Qui pouvait animer ce duo mieux que Danièle Bombardier, une journaliste ne fréquentant pas la blogosphère ! J’ai aimé son entrée en matière, elle a avoué son ignorance. Sa sincère écoute, ouvrant grand son esprit, a servi nos blogueuses, puisqu’elles ont eu la chance d’être ramenées à l’essentiel : pourquoi consacrer autant d’énergie à bloguer ? 
Catherine Voyer-LégerPolitologue de formation
Le premier blogue de Catherine avait un propos intimiste, je m’en souviens, j’avais alors l’impression d’entrer par voie secrète dans une alcôve où l’on me chuchotait des confidences. Son actuel, Détails et dédales ratisse large, frappe sur les non-sens, les remets en question sur une place, de plus en plus publique. Catherine est lue, et comme ses dires sont tout sauf consensuels, elle a parfois chaud à préciser sa pensée nuancée. Le blogue est une chronique à deux sens, si on aime s’exprimer à sens unique, c’est à éviter absolument !

La publication d’un texte récent, dont elle ne renie aucunement le fond, mais peut-être expédié un peu à chaud, a fait du remous et des bouillons. Catherine est féministe, plusieurs lui diraient qu’elle a le message courageux. Ses aveux de samedi (quelle générosité dans les confidences !) le laisse croire : tenir un blogue n’est pas une voie facile, il faut des tripes et des convictions pour le faire. Ce n’est pas du mirage d’égo. Catherine aime la discussion et la suscite, avons-nous une pléthore de personnes qui le font au Québec, et qui plus est non rémunérée ? Je souhaite à cette voix de continuer encore longtemps à s’élever au-dessus de la mêlée.

Soit dit en passant, elle a étonné l’animatrice en avouant avoir quitté les blogues Voir en se posant cette question : ne prenait-elle pas la place d’une journaliste (c’était à l’époque des mises à pied massives) ?


Caroline Allard, dite mère indignePhilosophe de formation
La femme s’est dévoilée, aucune trace de mère indigne sur cette estrade. J’ai pu entrevoir le côté philosophe de cette femme calme, souriante, sérieuse, réfléchie.

Elle a démarré son blogue, en toute innocence, pour partager sa nouvelle vie de mère au foyer qui l'a prenait peut-être un peu par surprise. Pour laisser sortir la vapeur, elle s’est lancée dans les histoires abracadabrantes d’un quotidien saupoudré d’humour corsé et d’exagération piquante. Son blogue exutoire s’est vite transformé en réunion de mères se faisant un malin plaisir d'enrichir le concept. Il nous manquait un modèle de mère indigne au Québec, Caroline Allard a fait son entrée !

Caroline est une auteure de personnages, ce que l’assistance de samedi a pu comprendre. Un personnage qui hante ta vie 24 heures sur 24 peut facilement devenir un maître sans pitié. Surtout lorsque ce personnage, pour protéger la vie privée de son entourage, s’empresse de donner des personnages au mari, tôt ou tard devenant un Père indigne, ensuite une  « Fille indigne ». Il parait d’ailleurs que dans cette famille, c’est le père qui est drôle, alors tant pis s’il refuse de se mettre en scène, dit-elle avec un charmant sourire. Caroline Allard a un moment donné laissé tomber les rideaux de scène de son blogue, par épuisement. D’autant plus, qu’en généreuse dialoguiste, elle donnait la réplique à chaque commentateur. Quelle tâche gargantuesque ! Je suis surprise qu’elle n’ait pas ouvert, en parallèle, un blogue intitulé « L’indigne blogueuse » !

Son blogue est maintenant redémarré, mais la mère de « Mère indigne » a pris de la sagesse et ne laisse plus son personnage lui monter sur la tête. Fini ce temps où elle avait l’impression de vampiriser sa famille, à l’affut du moindre écart pour alimenter la machine.

Les personnages de Mère indigne ayant été achetés pour en faire une web-série à Radio-Canada, on ne parle pas d’histoires tristes ici. Pour Caroline, un autre décalage entre cette comédienne qui incarne son personnage de Mère Indigne et sa Mère Indigne, déjà un personnage.

Suite à cette causerie, je vois maintenant Caroline Allard en auteure, plus qu’en blogueuse (d’ailleurs, elle a écrit Universel Coiffure  et Pour en finir avec le sexe). En personne alerte et à l’esprit vif, elle puise dans le blogue sa matière à romance, sur Facebook ou dans la rue. Partout. Attention, partout.

Catherine et Caroline
Elles étaient si belles à voir, généreuses, touchantes, complices.

Caroline écoutant les confidences impudiques de Catherine, de celles qui exigent d’être là pour les cueillir (désolée !), avec une profondeur et une gravité qui m’a touchée. Catherine et son intelligence ouverte, son aisance, sa détente. N’essayant pas de convaincre, exposant seulement, afin que l’on parte de cette tribune, plus disposés à s’élancer, chacun en soi, dans l’exercice acrobatique de la réflexion. 

mercredi 14 août 2013

Mes Correspondances d’Eastman (1)

J’étais fébrile de découvrir le nouvel emplacement, un chapiteau non loin du Cabaret d’Eastman, ce monument fier et surtout, moderne, contraste frappant avec les années passées où le lieu était une ancienne grange, son silo, et sa terrasse, je parle du Théâtre La Marjolaine.

J’ai pu réaliser encore une fois que l’âme ne loge pas dans la matérialité. L’essence du partage dégageait toujours son odeur concentrée et sucrée. Je suis retombée en amour avec cette fête de la LETTRE.

Faut dire que mon premier Café littéraire a commencé fort ; « L’Héritage de la parole » avec Thomas Hellman, Évelyne de la Chenelière, Tristan Malavoy-Racine. Ce dernier posait les questions, et j'ai trouvé que son affinité avec ces auteurs était une réponse.

La beauté de cette causerie s’est vue par la complicité des trois auteurs, courant sur la même longueur d’ondes. On y a abordé la responsabilité du dire, sous plusieurs de ses formes. En parlant de forme, Évelyne de la Chenelière m’a jetée par terre pour son élocution juste et vive. Plusieurs n’arrivent pas à écrire aussi bien qu’elle parle. La clarté règne dans son esprit, elle apportait d’infimes nuances sur un plateau de mots, et ses acolytes s’en inspiraient pour aller plus loin. Justement, autre fait notable ; l’écoute. Nous voyons assez souvent dans ce genre de causerie une nervosité dominante, légitime bien sûr, on pense à l’impression que l’on fait, on s’inquiète si notre message est compris, mais ici, le calme et la confiance rayonnaient. J'en conclus que le message a dépassé les messagers, ce que j’apprécie toujours beaucoup. Ils ne pensaient plus à leur égo mais par-dessus tout à dire justement pour partager pleinement.

Malgré la profondeur des propos, l’assistance a pouffé de rire à quelques reprises, dont au moment où Thomas Hellman, papa d’un poupon de deux semaines, a affirmé le plus sérieusement du monde qu’il allait lui faire lire La Peste de Camus !

Un petit miracle s’est produit (il s’en produit souvent aux Correspondances mais celui-ci est de taille), l’assistance est partie avec l’envie de lire de la poésie. Ce qui veut dire s’essayer ou se réessayer, en lecture intime, autrement que par l'entendre chanter. Leur dévotion commune pour le poète, Roland Giguère, si authentique, si intense en aura fait ainsi.

Une dame du public a posé une question de détective à madame de la Chenelière : « Je vois un post-it inséré dans votre recueil de poèmes, pourriez-vous nous lire l’extrait qu'il indique ? » Ça tombait bien, c’était le premier poème lu dans une bouquinerie », elle se rappelait à son émotion de tomber des nues devant l’effet procuré par ce poète qu'elle découvrait. Moment magique que ce murmure admiratif se levant de l’assistance après la lecture.

Je retiens également, c’est fou, parce que si simple, que les grands lecteurs de poésie en lisent très peu à la fois, jusqu'à un seul. Moi qui les imaginais boulimiques, dévorant à grosses lapées gourmandes un livre de poésie. Je vais mettre en pratique cette approche à petites doses, et peut-être vais-je mieux apprécier.

Sur le mode involontaire, seulement par sa flamme, Évelyne de la Chenelière a rendu un bel hommage à Marie Cardinal. Elle m’a fait regretter de ne pas avoir lu L’Inédit de Marie Cardinal, ces carnets intimes fouillées par ses filles Alice et Bénédicte Ronfard, et par l’éditeur Annika Parance. Que Thomas Hellman ait abordé la poésie de Giguère par le folk m’intrigue également, assez pour être tentée, surtout que c’est un livre-disque.

Suite dans les prochains jours pour vous transmettre mes impressions sur Bla-Bla Blogue : Le monde à l’heure d’internet avec Catherine Voyer-Léger et Caroline Allard. Animation : Danièle Bombardier

Ont également assisté à ce Café, Lucie qui nous en parle sur son Clavier bien tempéré et Topinambule qui nous annonce sa deuxième visite aux Correspondances.

mercredi 7 août 2013

Rencontre annuelle

Au centre, Lucie, tentant de s'installer (photo en différé) !
Nous nous rencontrons une fois par année, pourtant, nous travaillons ensemble 365 jours. Nous sommes officiellement 18, mais activement, comptons plutôt 15. Deux personnes n’écrivent pas, ou plus, les autres, rédigent à tous les mois, ou non. Il y a une chef, la rédactrice, elle s’appelle Lucie Renaud. Certains l’auront deviné, je parle de La Recrue du mois qui avance vers sa septième année d’existence. Pour un blogue, c’est déjà beaucoup, pour un blogue collectif, c’est énorme. Et j’ajouterai que pour un blogue misant sur les premières œuvres de la littérature québécoise, c’est un exploit !

Ce dernier samedi soir, nous étions assis en cercle dans une cour de Notre-Dame de Grâce. Tous avaient l’air heureux d’être là, en tous cas, les visages exhibaient des sourires et des yeux pétillants. Les lecteurs qui s’ouvrent aux auteurs pas encore reconnus ont des points en commun si je me fie aux rencontres, même les premières fois, le courant passe.

J’y ai vu trois nouveaux visages cette année car une rotation des effectifs est nécessaire. Pas uniquement pour offrir des visions neuves, mais aussi pour arriver à sortir un numéro mensuel bien fourni. Sortir un webzine à chaque quinze du mois entraine une somme de travail et de discipline non négligeable. Ce travail et cette discipline s’exigent quand il y a un chèque au bout, mais à un titre complètement bénévole, cela se gère différemment. Lucie Renaud, la rédactrice en chef, a vite compris que sa flotte de journalistes citoyens a une vie à gagner en dehors de sa participation à La Recrue. Dévotion s’accordant mal avec obligation, elle prend donc l’option d’avoir assez de rédacteurs sous la main pour laisser flotter un sentiment de libre choix, conservant à cette activité du plaisir.

Et ça marche !

Je peux en témoigner. J’y participe depuis les débuts et dans un moment de lassitude et de débordement, j’ai passé à un poil de chat de donner ma démission. Je me suis laissé convaincre par Lucie de laisser mon nom en réserve quelques mois. Les nombreux courriels organisationnels qu’exige la préparation d’un numéro de magazine, tout virtuel soit-il, continuaient à me passer sous les yeux. Au fil des numéros, à voir l’enthousiasme de chacun, une impulsion intérieure a fini par poindre. Et je suis redevenue active.

Nous ne sommes pas une équipe zélée plutôt ailée. Il faut des ailes pour échanger sans se voir le bout du nez. Les séances de votes pour élire les titres Recrue du mois se font par tableaux « Doodle », voilà un point de réglé mais c’est loin d’être tout. Avec nos rubriques poésie, deuxième roman, livre jeunesse, littérature hors-Québec, sans encore avoir touché la présentation, le questionnaire et la revue de presse de l’auteur en vedette Recrue du mois, ça ne manque pas d’action. Il y a du trafic quelques jours avant le 15 ! C’est sans parler des planifications usuelles, par exemple la distribution des quelques exemplaires de presse, les envois de textes à la correction (Lucie), ensuite à la mise en ligne (Maxime). C’est Lucie Renaud, la responsable des contacts avec les maisons d’édition. Comme dans tout magazine qui se respecte, vous avez le mot de rédactrice donnant une idée générale du numéro, un apéritif quoi ! Nous tentons également de tenir à jour un répertoire des titres de premiers romans qui sortent au Québec.

Et c’est sans avoir encore parlé, j'ose le mot, de marketing. Le webzine La Recrue du mois est un produit et comme tout produit, il faut l’annoncer. Ce n’est pas en lisant et commentant sur notre île que nous allons servir la littérature. Sur la Toile, on tisse des liens ou on n'est rien ! La Recrue du mois désire mettre de plus en plus d’énergie à sa promotion. Cette tache demande effort, énergie et constance. Christine nourrit généreusement la page Facebook et Marie-Claire, le compte Twitter, ce qui n’enlève en rien la responsabilité de chacun, surtout ceux qui tiennent un blogue (presque tous), de promouvoir notre webzine.

"C’est beau tout ce bénévolat et cet amour de la lecture", me suis-je dit après cette rencontre, suivie d'un souper collectif, tout en n’en revenant pas que nous nous reverrons l’an prochain seulement. Et pas tous ! Nos deux rédacteurs résidant en France, Caroline et Philippe les (re)verrons-nous un jour ? Parce que, oui, nous avons deux rédacteurs Français (sourire).

Mais je n’ai pas encore parlé du plus important : vous !
Nous lisez-vous ?

Le webzine La Recrue du mois




vendredi 2 août 2013

Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

J’ai lu cette histoire voici bientôt deux mois et elle crépite encore dans ma tête. L’émotion est restée vive, comme si je l’avais lue hier. Je dis lue, je pourrais dire vue. Elle est facile à voir sous la plume de Geneviève Damas.

Avec le titre et la couverture, je m’attendais à une histoire tendre et calmement poétique. Oh, que j’étais loin du compte ! L’histoire est densément dramatique. S’il y a poésie, elle est contenue dans la tête candide de François.

La famille dans laquelle vit François habite creux, mais elle ne serait pas loin du village, qu’elle n’en serait pas pour autant près des gens. Sa famille est retirée du monde et a des contacts avec l’extérieur que pour vendre les cochons qu’ils élèvent. Uniquement du mâle dans cette maison depuis que la sœur ainée a traversé la rivière. Pour François, cette rivière est la frontière infranchissable – tout le danger viendrait de là - entre sa vie soumise à la férule du patriarche et la libération de son emprise. C’est aussi l’ouverture qui a happé sa sœur qu’il considérait comme sa mère.

Il est cerné par la rivière mais encore plus par la rudesse, la violence même, de trois malotrus ; son père et ses deux frères. Il règne un silence nauséabond dans cette maison, certainement plus que dans la porcherie dans laquelle le garçon travaille. François a cela de différent qu’il aime parler, et comme il n’a personne à qui confier ses pensées primaires (certains le traiteraient d’arriéré mental), il se confie à un cochon. Il en choisit un et nourrit une relation étroite avec lui. C’est tout à fait crédible et nous n’avons aucune envie de rire, je vous assure. J’y vais à pas prudents pour ne pas trop dévoiler de cette délicieuse intrigue, mais vous saurez que François trouvera une autre personne à qui parler. J’y repense, il n’y a pas de mal à le dévoiler ... c’est à un prêtre.

J’ai tout aimé de ce roman, les défauts ont fini par se confondre aux qualités, tellement j’ai pris du plaisir à entendre la voix de François. Rien n’est expliqué, tout est démontré, vu et vécu. Le lecteur a de la place pour pondre sa propre histoire sous les mots. Personnellement, j’ai même déduit qu’une relation d’amour, qu’elle soit avec un chien, un humain ou un cochon ouvre les digues de la compréhension. C’est un pied de nez à l’intelligence intellectuelle qui serait le seul passe-partout pour ouvrir la porte de la connaissance, ou conscience.

C’est le talent magique de Geneviève Damas d’avoir rendu crédible ce jeune homme peu développé, ayant grandi dans le silence et la mesquinerie, qui se réveille progressivement, la chenille devenant papillon. Tout passe par croire ou ne pas croire à cette voix candide. J’y ai cru à fond, alors à moi le plaisir de cheminer avec cet être qui nous ramène à la source, comme les enfants savent si bien le faire.

mardi 30 juillet 2013

Vrac à l’arrachée

Je n’écris pas pour les gens qui m’aiment
C’est le titre d’un splendide texte de Catherine Voyer-Léger, auteure de Détails et Dédales. Elle y aborde certaines réticences rencontrées lorsque l'on écrit l’intimité au « je » et chose amusante son texte est écrit au « Tu ».

Sa lucidité impitoyable à son égard : Bon, pour être honnête, tu n’as pas vraiment d’imagination. Et quand tu écris bien, c’est rarement des histoires.
De ces phrases presque poétiques : J’ai réalisé que l’imprimerie avait encore sa majesté et qu’elle transcendait l’éphémère.
Ses questions mises à nue : Pourront-ils vouloir me voir s’ils ont le sentiment de m’avoir vue?

Ces BD et ces romans qui traversent des frontières
Jane, le renard et moi*, d'Isabelle Arsenault et Fanny Britt est en lice pour les Pépites 2013 du Salon du livre et de la presse jeunesse Seine-Saint-Denis dans la catégorie BD/Manga (à partir de 10 ans). Les Pépites seront remises la semaine qui précède le Salon, qui se déroulera du 27 novembre au 2 décembre sous le thème des « héros ». *Jane, le renard et moi aborde le thème du harcèlement à l'école et a eu un bon succès ici. Un album de la maison d’édition La Pastèque.

Les Éditions Alto nous annonce l'acquisition des droits d'adaptation cinématographique du roman Griffintown (finaliste au prix France-Québec) de Marie Hélène Poitras. C’est Attraction images née de la fusion de Cirrus Communications (Film C.R.A.Z.Y), Bubbles Télévision et La Boîte de Prod qui s’est porté acquéreur des droits. Comme si une bonne nouvelle n’arrivait jamais seule s’ajoute la vente des droits français du roman aux éditions Phébus, qui le publieront en France au printemps 2014. Il sera également traduit en langue anglaise par l’éditeur canadien Cormorant.

Selon Monet
D’après la très prisée librairie Monet, voici les 10 meilleurs romans québécois depuis les six derniers mois. J’en ai lu 3 sur 10 (quatrième, sixième, septième), en possède 4 sur 10, par conséquent, il m’en reste un à lire : Le sort de Bonté III d’Alain Poissant, édition Sémaphore. C’est plus fort que moi, une telle liste me donne encore plus le goût de lire. Temps oblige, autant que budget oblige, je vais me rabattre sur un seul Man de Kim Thùy. Je convaincue qu’il est impossible de passer à côté quand on s’intéresse de près à la littérature Québécoise.

Mes retrouvailles avec les Correspondances d’Eastman
Je ne pouvais m’en tenir éloignée bien longtemps. Nos amours finissent toujours par nous rattraper. J’en parle plus abondamment Chez Venise.

Et vous ?
Passez-vous un bon été ; avez-vous plus de temps pour lire ? Est-ce des coups de cœur livresques que vous attrapez ou des coups de soleil ?  :-)
Personnellement, je suis à une lecture ardue : La constellation du Lynx de Louis Hamelin. Pas du tout une lecture estivale dans le sens de légère.

Profitez-bien de la vie !

mardi 23 juillet 2013

La commanderie - André Jacques

Pourquoi vouloir lire André Jacques ? Je pourrais dire parce qu’il est reconnu pour ses polars de bonne tenue (il doit plancher sur son cinquième présentement), et cela serait vrai, mais si je rajoute que j’ai suivi deux ateliers d’écriture avec lui, la réponse sera plus complète.

Un hasard, c’est le deuxième, La Commanderie, qui m’est tombé entre les mains. Faut dire que le titre m'intriguait. Déjà, je me sentais à une autre époque, dans un autre monde.

Il faut tout d’abord que je vous présente l’enquêteur, qui n’en est pas un officiellement, puisqu’il est tout d’abord antiquaire. C’est à ce titre qu’une vieille et riche dame l’appelle. Elle l’attire par des œuvres à évaluer, et même à éventuellement posséder, et puis, hop, elle lui parle de sa petite-fille dont elle n’a plus de nouvelle. Tout semble bien ordinaire jusqu’à date, mais bien entendu, sous la roche grouille un nœud de vipères.

Alexandre Jobin est du type bon vivant, comme à peu près tous les enquêteurs. Incroyable la quantité d’alcool ingurgité dans ce roman, cela en devient lassant ! Les commandes de la vieille dame, pour laquelle il s’est bien sûr fait prier avant d’accepter, l’amèneront à Paris et en Haute-Provence pour l’évaluation d’un énigmatique tableau. C’est là d’ailleurs qu’il retrouvera une coéquipière avec qui il couche.

Vous vous doutez bien que des deux buts c’est de retrouver la petite-fille qui tiendra le lecteur en haleine. Si je dis en haleine, pour pousser l'image, ce serait suite à de la marche rapide, pas de la course. Les événements se déploient et les nœuds se dénouent à un rythme que certains considéreraient peut-être lent, tandis que pour moi, ce rythme est parfait. Comme André Jacques prend grand soin de son écriture, la forme important pour lui, il tient à installer méticuleusement ses ambiances. Par conséquent, il ne m’est jamais arrivé de penser que l’on m’avait monté un bateau. Et pourtant, l’on se retrouvera dans une galère assez complexe, une secte ésotérique dégageant de fortes odeurs de pourriture, possiblement mêlée à des intérêts politiques d’extrême droite. 

Le personnage de la nièce est plus énigmatique, ses aspérités un peu moins clichées que ce cher Alexandre Jobin que l’on aime malgré son côté prévisible de bon vivant, buveur, coucheur, qui brille en toute modestie. La relation avec sa coéquipière ajoute de l’intérêt et est pratique pour dévoiler les pensées de l’homme au lecteur.

Il y a du rebondissement, l’histoire n’est pas parfaitement prévisible, c’est ce que je demande à du polar. En plus, s’ajoute une touche raffinée pour dessiner des tableaux hauts en couleurs, dans la campagne française et à Paris. J’ai senti que l’auteur se délecte à écrire, et s’il y a un mot que je retiens, c’est plaisir.

Je l’ai lu en vacances, moment idéal puisque jamais il ne m’a mis sur le « gros nerf » par trop de sensationnalisme. Tout dépend de ce qu’on attend d’un roman policier, si ce sont des émotions fortes, très fortes, peut-être peut-on se tourner vers un autre auteur, mais si c’est une histoire intelligente dont la trame solide est servie par une noblesse de langage, eh bien, on en redemande. Il est certain que je vais relire André Jacques, son dernier titre, De Pierres et de sang m’attire.