vendredi 16 mai 2008

Gabrielle Roy : De la France, au Canada

Écoutez, je n’en peux plus, il faut que je vous reparle de Gabrielle Roy et de son cher grand fou de mari. Presque 200 pages plus tard, elle a séjourné en plusieurs coins de pays, à commencer par Upshire près de Londres. C’est son besoin incessant de tranquillité qui la pousse à se retirer dans ce village endormi en compagnie d’un vieillard et sa fille qui prend soin d’elle. Elle a déjà pondu (!) un des récits de « La Petite Poule d’eau » et pendant ce séjour,du 14 août au 13 octobre 1949, elle écrira les deux autres, à son grand soulagement, faisant taire un moment sa peur toujours vive de ne plus être capable d’écrire. Ses lettres ont toujours un ton amoureux, se languissant de la présence de son cher Marcel, son chou, tandis que lui continue de lui reprocher de l’abandonner à Paris. Pourquoi ne va-t-il pas la rejoindre ? L’histoire de ces lettres, intimes pourtant, ne le révèle pas.

Gabrielle Roy a toujours ses problèmes de santé, elle court les médecins pour se faire donner de mystérieuses piqûres. Sa santé est si précaire, que le jour arrivé de quitter la France pour le Canada, c’est Marcel qui aura à s’occuper des préparatifs pendant que madame Roy ira se ressourcer à Lyons-la-Forêt. Seulement deux lettres témoignent de ce séjour car il y aurait eu un conflit entre les amoureux. Nous ne sommes plus à essayer de défricher l’entreligne mais l’entrelettre.

Au Canada, ils aboutiront à Ville LaSalle dans un 4½ avec vue sur le fleuve. Gabrielle, toujours aussi incommodée, assez que son médecin lui fera subir une thyroïdectomie. En convalescence, elle ira refaire ses forces au Lac Guindon dans Les Laurentides pendant que Marcel se cherche désespérément un emploi, ce sera d'ailleurs le sujet principal de cet échange de quelques lettres. Elle jouera le rôle de l’indéfectible positive qui croit en son mari et l’encourage sur tous les tons possibles.

Le prochain échange aura lieu l’été 1951 à Port-Daniel, destination probablement choisie dans l'espoir que l’inspiration de jadis s'y pointe. Comme Marcel est resté à Québec pour se trouver du travail, elle jouera son rôle de « coach » à distance. Chacune de ses missives révèle combien elle prend à cœur le bonheur de son mari. Elle envisage de le suivre n’importe où, en autant qu’il soit heureux. Il a fait des demandes à Québec, à St-Jérome et même à Boston, comme chercheur. Cette dernière option le fait tellement trépigner d'impatience qu'il se rendra à Boston avant même sans la confirmation que la bourse lui est octroyée.

De son côté, l’écrivaine est en pleine forme, physiquement et moralement, l’air de la Gaspésie lui fait le plus grand bien. Ce sont les premières vacances où je l’entends à peine se plaindre de lassitude, elle est de bonne humeur, se ménage un peu moins, fait du vélo, elle entreprend même des expéditions de pêche en haute mer afin d’en connaître la sensation. D’après les habitants, c’est un des plus beaux été en Gaspésie jamais vu. Elle croit achever un roman commencé depuis longtemps ; Alexandre Chenevert. Marcel ne l’a pas encore lu, elle a hâte, espérant qu’il ne sera pas déçu d’elle.

Cette fois-ci, avant de vous laisser jusqu’au prochain rendez-vous, je vous offre un extrait, non pas parce qu’il est représentatif de cette riche littérature épistolaire mais plutôt je le trouve cocasse et, somme toute, compréhensible de la part d'une écrivaine :

Et puis, Marcel, mon grand, tu as pourtant dû apprendre au collège que trois sujets dans la même phrase commandent un verbe au pluriel. Je peux te passer l’absence de virgules, de points, et de majuscules mais que le diable m’emporte si je vais endurer un verbe au singulier lorsqu’il est précédé de trois sujets. Plaisanterie à part : respecte un peu notre chère langue. Pense aux grands efforts que l’on fait au pays de Maria Chapdelaine pour survivre !

En plus, vous avez droit à un point d’exclamation de GB, elle en est pourtant avare et tout autant des points d’interrogation. Sophie Marcotte, qui a colligé les lettres s’est permis de les rajouter pour plus de clarté. Voilà qui rend l’épisode des réprimandes à Marcel d’autant plus succulent que madame Roy négligeait elle-même certaines ponctuations.

2 commentaires:

Caro[line] a dit...

Cet extrait est succulent, en effet ! :-)

Cuné a dit...

Moi j'adore aussi ça : "Écoutez, je n’en peux plus, il faut que je vous reparle de Gabrielle Roy" :-D :-D