mardi 6 mai 2008

Gabrielle Roy : À la recherche d'un "Bonheur d'occasion" perdu

Gabrielle Roy décide de quitter de nouveau son jeune mari pour aller passer 3 mois sur le bord de la mer Bretonne, à Concarneau plus précisément. Elle est à l’hôtel et plusieurs nationalités défilent sous ses yeux. Elle en observe le moindre détail et nous décrit Suisse, Français, Breton, British avec une verve franche et assez surprenante ! Toujours de son style d’une rare élégance* (merci Cuné !). * Voir commentaires du premier billet sur GR.

Elle aurait choisi cet endroit parce qu’il lui ferait pensé à Port Daniel en Gaspésie où elle a pondu « Bonheur d’occasion ». On suppose qu’elle tente de recréer les mêmes conditions pour qu’un autre succès jaillisse de ses entrailles.

Mais est-ce que GR est suffisamment bien dans sa peau pour y arriver ? Elle éprouve des maux d’estomac constants, des vomissements, elle doit suivre une diète stricte, la moindre fatigue la dévaste. Un jour, elle exulte de bonheur et l’autre, elle tombe dans une lassitude sans fond. Aussi instable que la mer et la météo qu’elle décrit abondamment d'ailleurs. Elle est une épistolaire toujours en pleine possession de ses moyens, même lorsqu’elle se sent vidée avec rien de bon à dire, j’admire la faconde de ses lettres.

Elle doit se montrer forte aux yeux de son Marcel qui, lui, ne cache pas sa faiblesse. Il est incapable de rester seul et on sent qu’il en veut à GR de s’offrir ainsi des escapades loin de lui. Malgré tout, cette correspondance dégage une essence amoureuse passionnée. Une journée sans une lettre de lui est une journée perdue, stérile, déprimante. Elle se prétend aussi désemparée de cette absence et pourtant, elle tient mordicus à cette solitude et c’est elle qui l’initie. C’est frappant autant qu’intriguant.

Je m’enfonce de plus en plus profondément dans le paradoxe de cette femme, elle déborde littéralement de contradictions. Elle écrit l’avant-midi seulement, ou se met en état d’écrire puisque parfois l’inspiration ne vient pas, et le reste du temps, elle s’ennuie de son mari. Trois mois de « vacances » où elle écrira très peu finalement. Comment aurais-je réagi à la place de Marcel ? Elle lui assure qu’il peut venir la rejoindre n’importe quand, qu’elle en serait folle de bonheur et dans une autre phrase, le prie de bien en peser les conséquences, qu’elle comprendrait que ses études passent par-dessus l’envie d’être ensemble. Elle fait un bond en avant et tout de suite après, pèse pesamment sur le frein. Elle se bat dans une dualité, désagréable dans le quotidien, mais si utile à l’écrivaine. Ces zones grises nourrissent richement l’inspiration, à mon avis.

Je découvre qu’elle joue un rôle de coach vis à vis son mari. Elle croit à l’élévation de l’esprit par le travail, jusqu’à la privation des plaisirs. Elle encourage son mari à une rigoureuse discipline qu’elle applique elle-même à sa vie. Elle se donne en exemple. Son Marcel, lui, semble avoir besoin de beaucoup de distractions et n’aime pas particulièrement suivre des règles strictes d’hygiène de vie. Je vois poindre une énorme différence qui creusera peut-être un fossé entre les deux amoureux.

Je m’interroge (et me fruste un peu) sur le choix de ne pas publier complètement les lettres de Marcel. Les extraits sont à la fin dans une cinquantaine de pages de notes explicatives. L’écriture de cet homme était élégante, tombant un peu dans l’excès, ce qui lui fait une prose un peu ampoulée mais loin d’être désagréable à lire. Je me suis demandé si de publier ses protestations ne terniraient pas l’image de GR. Je ne sais pas, je suppose seulement.

J’ai entamé la prochaine correspondance, un an plus tard, où elle s'isole à Upshire près de Londres. Le ton de GR a changé.

Mystère ... À la prochaine !

1 commentaire:

Caro[line] a dit...

C'est toujours un plaisir de lire ton compte-rendu de cette correspondance !