Faites comme chez vous

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mercredi 8 octobre 2008

La ponction cinématographique de deux romans

J'avais hâte. Qu’est-ce que Philippe Falardeau nous avait concocté avec « C’est pas moi, je le jure ! » et Alice court avec René de Bruno Hébert ? Eh bien, je suis coite d’admiration. Depuis le temps que je suis à la trace les romans transposés sur écran, c’est mon meilleur. Falardeau a été cherché la crème des deux romans, faisant ressortir les motivations du bambin à n’en exacerbant l’émotion. Mais pas trop quand même, juste ce qu’il faut pour y croire.

L’adulte que je suis y croyait et jugeait les adultes qui se gouraient royalement avec cet enfant. Qui ne savaient pas comment le prendre. La plus grosse différence est que dans le film, c’était moins dramatique que dans ma tête ! Le réalisateur y est arrivé ; faire ressortir le comique des situations, même celles de destruction massive. Mais surtout il a su amplifier ce qui manquait sur mon tableau intérieur, le côté heureux, malgré tout, de Léon.

Le couple enfant Léa et Léon est sublime de justesse, touchants tous les deux, mais donnons la palme au jeune comédien, Pour un jeune de cet âge, il n’est pas seulement question d’un talent d’interprète, c’est le talent de rester ce qu’il est, même devant une caméra. Ce qui fait que l’on n’aime pas seulement Léon, on aime le comédien Antoine L’écuyer. Cet enfant a du charme et c’est d’autant plus frappant qu’il a le teint pâle, les traits un peu ternes, mais quelle transparence dans le regard ! Il ne porte pas de masque, même pas celui de joli garçon.

C'est le père qui m’est apparu le plus différent. Chez un Daniel Brière, j'ai moins senti le personnage inspiré du sénateur Jacques Hébert, homme rigide et strict. De l’impatience, de la fermeture, mais pas l’exaspération colérique du père romanesque.

La reconstitution d’époque est forte parce qu’elle est restée à sa place ; un décor qui complète. Les musiques superbes qui étreignent l’âme et exacerbent la tristesse de l’isolement. Parce que c’est d’un enfant seul, très seul dont il s’agit. Est-ce pour cela que chaque personne dans la salle avait le goût de le prendre dans ses bras ou de jouer avec lui ?

La cuvée des films québécois est florissante cette année, mais celui-là, c’est mon coup de cœur pour l’habileté à y présenter des émotions fortes d’une manière si naturelle qu’on finit par se dire : « C’est la vie ! »

vendredi 3 octobre 2008

Paris

J’ai pris une décision. Non, ce n’est pas de me rendre à Paris, de toutes manières, je serais plutôt dû pour visiter Venise … avant de mourir (voir Venise et mourir !). Mais comme ce n’est pas dans mes intentions dans les jours prochains, Venise attendra Venise. Le temps que les goussets se remplissent d’autres choses que de l’air du temps.

Ma décision est d’un autre ordre et a présentement rapport avec Paris. Le film. J’ai quelque fois le plaisir d’assister à des avant-première en échange de mes commentaires sur le site du Voir, blogue que j'ai depuis trois ans. J'y commente évidemment des romans mais des films aussi, rarement des spectacles et presque plus des CD, disons que ça s’appellerait se prendre pour une autre, mon univers musical critique se résumant spontanément à « J’aime » ou « J’aime pas » !

Impulsivement, ce matin, je me suis dit, pourquoi ne pas vous offrir le lien au fur et à mesure que je sors un commentaire. Hein, pourquoi pas ? Vous m’offririez, mine de rien et si ça vous tente, une stimulation de plus à écrire sur le Voir. Parce que voyez-vous, elle se perd un peu, ma motivation, et cela malgré les récompenses que j’en retire. Je préfère me concentrer ici avec vous, vous êtes mon port d’attache, mon bercail. J’ai l’impression d’écrire pour des proches de cœur et d’esprit. Cette fois, je vous l’offre directement avec l’espoir que vous y preniez goût suffisamment pour cliquer :

Écouter le bruit que fait la vie
Est-ce que je viens d’une autre planète ? En tout cas, j’ai aimé Paris. Peut-être parce que j’aime la vie. Et c’est elle que j’ai vue en scène ici, sous le clignotement de plusieurs âmes voyageuses, longeant leur parcours de vie. C’est vrai qu’il y a plusieurs cv déboulés en quelques phrases, ce brouhaha se présente comme le paysage de fond à une histoire qui s’avance, l’histoire d’un danseur qui a le cœur qui flanche, Pierre (Romain Duris, intense). Moi, je l’ai tout de suite aimé ce Pierre, je m’y suis attaché illico. Pourquoi ? Pour son oreille attentive au bruit de la vie,

J’en ai pris pour mon rhume : pourquoi attendre l’évanouissement de son souffle pour regarder vivre la vie, savourer ses odeurs et ses saveurs du haut de son balcon ?
C’est du point de vue d’une mort probable que Klapisch pointe du doigt la vie vue sous les angles de personnages hétéroclites. Cette option m’a plu. Comme par exemple, la boulangère (Karin Viard, admirablement chiante) représente la chialeuse de service au regard circulaire tournant autour de son pain ficelle, traditionnel ou classique. Ce portrait vivant est tout à fait réussi. C’est sûr que le Camerounais qui prend ses pénates, carte postale en main, pour venir découvrir Notre-Dame de Paris, je lui ai trouvé un air « fait exprès » à celui-là, même si je comprends que le réalisateur voulait inclure dans le topo, les immigrants qui viennent s’établir à Paris pour la fascination de la Ville Lumière.

Mais revenons à Pierre, car tout part de Pierre et de sa sœur, deux accostés sur leur rive, regardant la dérive de leur vie, de loin, ou de plus près mais frileusement, comme l’écorché Élise (tendre Juliette Binoche). Il y a trois enfants dans le décor, entassés dans un mini appartement (en tout cas, vu d’ici !). Obligatoirement, ils se parleront, pas le choix, quand l’exigu balcon est le seul exutoire pour prendre une inspiration.

Ah oui, pour les fans de Fabrice Luchini, il nous fait un historien qui joue la torture de l’âme dans le plaisir. Du Luchini, tout craché ! Si vous acceptez de ne pas creuser chaque sillon de vie, vous contentant des traces, vous avez toutes les chances d’aimer ce Paris en ébullition.

samedi 10 mai 2008

Maman est chez le coiffeur ...

On se prépare tous pour la fête des mères. Je ne crois pas me tromper en disant que le mot "Mère" est un des plus chargé d'émotions de toutes langues de la Terre. En cette fête fleurie des mères, je me permets de m'éloigner d'un pas de la littérature pour me rapprocher du cinéma et vous dire en 2 (00) mots ce que je pense de cette histoire habillement filmée d'une mère chez le coiffeur. Ce film de Léa Pool aborde la présence par l'absence, ce qui est assez ingénieux. On prend conscience de l'importance d'une mère par son absence. On a parlé d'abandon, le mot est injuste, elle quitte abruptement pour Londres parce qu'elle étouffe de peine mais ces enfants ne la quitteront pas en pensée.

N.B. : Mon commentaire ne dévoile aucun punch et a été publié section "cinéma" sur le site du Voir.

Trois enfants sont chéris par une mère tendre qui veille sur eux, leur apprend le piano, leur interdit le lac sans surveillance, les entoure de ses bras et de son indulgence, cuisine leur gâteau préféré. Le père fait office de figurant, il est médecin, un bon pourvoyeur comme le bon vieux temps voulait les pères.

On entre dans cette histoire par la porte de la légèreté et rapidement, de quelques coups de manivelles sur cette banlieue champêtre, on sent fleurir l’air des vacances. Faut dire qu’Élise (Marianne Fortier) a le don de nous faire sentir le bonheur par chaque pore de sa peau. Cet air de vacances et d’insouciance est rendu possible par la bienveillance d’une mère qui pallie à tout, de l’absence du père aux défaillances du petit-dernier. Cependant, il y a un seul hic et il est de taille, personne ne le réalise. C’est trop naturel.

Le choix des années 60, pour tout ce que cette époque charrie de « tout était plus simple » est judicieusement exploité pour que le contraste entre du « avant et après la mère » éclabousse sa réalité en plein écran. On nous laissera voir à travers la lentille d’une caméra experte, trois enfants en état aigüe de réaction à la carence maternelle. Ils seront pourtant pris en charge par un étranger familier, leur père. Malgré la situation boiteuse, et même pénible par le comportement du père qui prend le plus jeune en grippe, jamais on ne sentira monter le vent de la déprime. Cela mérite une mention parce que c’est tout à fait remarquable. Il faut le faire quand même ! Et Léa Pool l’a fait. C’est dire qu’avec expertise et sensibilité, on arrive à tout. Même à puiser dans les trésors de spontanéité de ces enfants qui font le film parce qu’on les a laissé le faire.

Élise, l’aînée par trop responsable, touchante à vouloir protéger son petit frère, si belle dans tout car exceptionnellement talentueuse, fera une équipe du tonnerre avec monsieur Mouche pour cette compréhension du silence des mots qui passe par les yeux. Je n’ai pas éprouvé la nostalgie des années 60, malgré une "saucette" musicale des plus entraînantes, plutôt celle d'avoir à quitter Monsieur Mouche, ce faux dur aux côtés d’Élise, cette princesse de la nature.

Un film sensible qui aborde la présence de la mère par son absence.

JOYEUSE FÊTE À TOUTES LES MÈRES

Laissez-vous gâter !

vendredi 7 mars 2008

Bordeline : à la limite du génie

Oui, ça y est, j’ai vu Bordeline de Lyne Charlebois. Je comprends maintenant les exclamations, les éloges, l’admiration béate. C’est un chef-d’œuvre dans le genre. La difficulté était grande pourtant, un film au propos très intime et abordant un thème pas du tout racoleur ; des génitrices mentalement déséquilibrées qui transmettent, veut ou veut pas, le gène du déséquilibre à sa progéniture, fille. Ça ne fait pas rire du tout.

Nous sommes littéralement aspirés par ce qui se passe à l’écran. Tout y est fortement amené, les comédiennes sont renversantes, le propos va à l’essentiel. C’est succinct, on ne parle pas pour rien dire, l’image est éloquente, du vrai cinéma quoi ! Pas de bla-bla, et dire combien il aurait pu en avoir quand on se rappelle que cette histoire part d’un paquet de feuilles de mots, un livre, deux livres.

Isabelle Blais est le pilier et à elle seule vaut le détour. C’est une performance d’actrice qui en met plein la vue, et pas de la petite vue, de la vue panoramique. Mais dieu que ses mères sont fortes, denses, intenses. Sylvie Drapeau, magnétique dans sa folie silencieuse et Angèle Coutu, cette image de grand-mère à la bourrasque dure et tendre tout à la fois, ce personnage restera à jamais incrusté dans la mémoire de notre cinématographie. Un personnage secondaire ça ? L’incarnation qu’elle en a fait la propulse en avant plan, elle devient primaire, primordial.

Toutes ces images éclatées et éclatantes ne m’ont pas enlevées le goût des mots, le goût de lire ces deux récits que je possède, précieusement rangés dans mon coffre-fort livre. J’ai hâte de retourner dans ce monde d’ingénieuse folie, ces mots qui soulèvent la poussière du vécu sans que l’on étouffe par manque d’air.

Bordeline et La Brèche, Marie-Sissi Labrèche – Boréal Compact – 23.90 $ pour le coffret revampé au goût du jour (photos puisées dans Bordeline, le film)

dimanche 23 septembre 2007

Un choix qui va de Soie


Quand je pense que voici cinq mois, je ne savais même pas ce qu'était vraiment la blogosphère ! La vaste sphère des blogues, tous plus différents les uns que les autres. Avec leur personnalité quoi ! Il faut absolument que je parle de la solidarité que j'y rencontre. Ça fait plaisir et tout ce qui fait plaisir, ça se partage bien, vous ne trouvez pas ?


Je vous donne un exemple, celui qui me brûle les lèvres. Récemment, il y a Jules se livre qui a demandé à ses assidus lecteurs d'aller saluer une toute nouvelle bloggeuse, Mandragore sur le site La muse des livres. Et bien, le temps de le dire, ou de l'écrire, et voilà une vingtaine de personnes qui laissent un mot de bienvenu. Pour ma part, comme je fais plutôt dans le fraîchement moulu comme bloggeuse, j'ai raconté mon histoire et comme chacun sait que je suis verbo moteur, je lui en ais laissé un long et consistant. Elle est venue me visiter, m'a laissé un commentaire sous mon billet du 11 septembre "Du très beaucoup", car elle a aussi lu Hadassa de Myriam Beaudoin.


Tiens, comme là, présentement, Mandragore a lu en une heure (je vous le dis en une heure !) le très beau roman « Soie ». Peut-être vous apprêtez-vous à lire Soie, juste avant d'aller voir le film, je vous invite donc à aller lire son commentaire qui mets l'eau à la bouche sans trop en dévoiler (c'est un art !). Quant à moi, je vais aller voir « Soie », étant donné que je l'ai déjà lu dans un (jadis !) Club de lecture. Mon chum de mari, celui dont je vous parle si souvent, l'avait proposé. J'étais pas très heureuse de ce choix, je ne sais pas pourquoi, il ne m'attirait pas. Et puis, j'ai adoré ! À bas les préjugés ! D'ailleurs, j'ai un très beau signet de Soie, dessiné par mon chum. Il est très beau, vraiment. Non, non vraiment, ce n'est pas parce que c'est mon chum, illustrateur et graphiste préféré ! Si j'étais plus moderne, j'aurais un appareil photo numérique, et là, vous pourriez vérifier mes affirmations.


Vous savez, je commence à me sentir très très très (allez un autre de plus) très ancienne de me promener avec un appareil photo non numérique. Je rougis quand mes petites nièces me demande de voir leur frimousse ... tout de suite. Je commence à leur expliquer, je n'ai même pas fini ma phrase « je dois aller à la pharmacie, je vais les avoir dans ... », qu'elles m'ont déjà tournées le dos. Comme mon appareil est beau, assez récent et qu'il est le dernier cadeau donné par ma mère (je m'imagine même que c'est son oeil qui continue de voir !), je résiste. Mais là, un blogue exige de l'image. Je mettrais donc mon achat sur le dos du blogue. Croyez-le ou non, mes premiers billets n'avaient que des mots ... oui, je sais, plusieurs mots mais PAS d'images. Il y a une limite à passer pour « Has been », alors je me suis mise à harceler Google et il n'est pas regardant, il m'en fait voir de toutes les couleurs.


La question du siècle : Qui n'a pas d'appareil photo numérique ?


Des fois que je ne serai pas toute seule, on ne sait jamais ! On est si vite has been aujourd'hui, on conclut un achat et la semaine suivante, on apprends que plus innovateur est sorti, déclassant son achat et à la portée de toutes les bourses. Le seul hic est qu'il faut l'ouvrir drôlement souvent sa bourse !

lundi 3 septembre 2007

Ah, la lettre !


Hier, j'ai revu le film « L'incomparable mademoiselle C », suite de La mystérieuse mademoiselle C et cela m'a fait penser à la lettre. Ceux qui ont vu ce film comprennent, mademoiselle C est une factrice. J'avais plusieurs raisons de le revoir. Premièrement, ma tante, en séjour ici, aime mademoiselle C, pour ne pas dire l'énergie électrique de Marie-Chantal Perron. En plus, j'y incarne une joueuse de casino (anonyme) mais le plus important était de me rappeler à la lettre, en commençant par celles qui nous les apportent, les factrices. C'est fou mais je ne m'y étais jamais arrêté vraiment à ce factrice. Je devrais pourtant, pour une fois que le mot féminin est franchement féminin et non pas comme ceux à qui on rajoute un timide « e », n'étant jamais complètement certains de transgresser une mystérieuse règle masculine (qui remporte toujours sur le féminin). Dans ses « Remarques », Le Petit Robert consent aux précurseures* Québécois des «e» par-ci, par là :


Auteure


Rem. : La forme féminine est autrice [...] ; on trouve aussi une auteure sur le modèle québécois. « Nous avons fait actrice, cantatrice, bienfaitrice *, et nous reculons devant autrice. Autant avouer que nous ne savons plus nous servir de notre langue ». R.de Gourmont


* je rajoute factrice !


Écrivaine


Rem. : La forme féminine, une écrivaine est peu usuelle en français ; elle est courante au Québec, « Une chaîne invisible où se côtoient des artistes, des écrivaines, des héroïnes de roman » A. Ernaux.


Précurseure

Rem.: Au féminin, on écrit aussi parfois précurseure sur le modèle du français au Canada.


Je me suis mariée sous le chant de « La lettre ». Marc et moi, nous nous sommes unis au Mont St-Grégoire (cidrerie) et un ami nous a offert de chanter quelque chose de significatif pour notre amour. J'ai choisi « Cette lettre », chanson peu connue de Paul Piché :


Si je t'écris cette lettre, pour te dire, pour me commettre

c'est que plus rien ne m'arrête, plus rien ne me retient

ni les longs jours ni les chagrins qui seuls épouseraient l'amour

comme la pluie mes fenêtres


Si cet aveu te gêne, si cet aveu t'enchaîne

si cet aveu te semble les mots d'un étranger

pardonne-lui cette lettre que tu ouvriras demain

pardonne aussi à sa main qui a pour seul courage

de poser sur la page les mots

des mots sans abri

des mot qui se sont posés dans ma vie.


Ni les longs jours ni les chagrins

qui seuls épouseraient l'amour comme la pluie mes fenêtres


Comme il serait plus sage de froisser cette page

et ces mots, ces mots sans abri

je t'aime

voilà je te le dis


dimanche 17 juin 2007

Le film avant le roman


Combien de fois entendons-nous « Ce n'est pas aussi bon que le roman » ? Je dirais que c'est devenu une rengaine. Peut-être parce que c'est vrai. Et c'est tout à notre honneur, à nous lecteurs. Cela signifie que nous avons tous et chacun un imaginaire à la hauteur d'un film, de Claude Berri par exemple. C'est un exemple dans le vent (est-ce qu'elle se dit encore cette expression « être dans le vent » ?) puisque « Ensemble, c'est tout » est justement à l'affiche, signé Claude Berri, d'après le roman d'Anna Gavalda. Celle-ci s'est fait connaître avec son « Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part », recueil de nouvelles (1999), sa troisième oeuvre.

Je me compte parmi les heureuses qui n'avaient pas lu le roman. J'ai pu me repaître, savourer, me délecter de ce film tendre. Vraiment tendre. Une histoire d'amour à quatre personnes, âgées de 26 à 83 ans. C'est la Paulette qui a 83 ans. Elle est le deuxième prétexte à « rassemblement » des personnages, le premier étant l'entraide entre voisins d'un même immeuble. Le troisième, je ne le dis pas ... j'en dévoilerai trop. Retenez surtout que si vous avez un penchant pour les thèmes d'entraide, d'implication, d'engagement dans le sens large (inclus avec les mammy et les papy) eh bien, vous êtes à la bonne enseigne, sous le couvert du livre ou du film. L'éditeur a cette phrase savoureuse : « Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever ». C'est pas joli ça ?! Et puis, Anna Gavalda qui, à la sortie du livre, avait terriblement peur de la critique a eu ce mot « Il est trop tendre pour être honnête ».

Mais évidemment, je vous conseille le film avant le roman. Sinon, c'est à vos risques et périls. Je me suis interrogé sur ces risques. Quelle est la raison de cette sempiternelle déception, à l'exception de ne pas correspondre à notre super imagerie de lecteurs ? Le temps. D'après moi, c'est une question de temps. J'ai vu, que dis-je, j'ai été ébloui par « Ensemble, c'est tout » pendant environ deux heures vendredi. J'ai regardé se transformer des personnages que la Vie avec un grand V a décidé de faire évoluer à la Vitesse grand V. Il leurs arrive plein de choses génératrices d'émotions. Et ce vent de changement leur pousse dans le dos pour les faire avancer. Et ils avancent, évoluent, en deux heures ! Tandis que le roman, lui, que l'on prend et reprend selon notre disponibilité se déroule sur un an de vie. Il est plus facile de sentir le temps passer. L'évolution des personnages devient plus probable et on entend moins les « Du bonbon, rafraîchissant, léger, amusant ... quoique peu vraisemblable ».

Le film doit jongler avec le temps, donner l'impression qu'il passe en évitant la technique du « Deux mois plus tard » un peu facile et qui peut même faire décrocher. C'est ma théorie mais j'aimerais bien vous entendre là-dessus. Premièrement, comment procédez-vous : film ou roman en premier ? Avez-vous déjà été cruellement déçu ? J'en ai une embêtante : est-ce que vous avez le goût de lire un roman, une fois que vous avez vu le film ? Je réalise en l'écrivant que c'est la plus importante celle-là. Parce que, exception faite d'Odette Toulemonde qui a été écrit APRÈS le film, c'est toujours l'inverse. Ce qui veut dire que l'on ne fait pas exprès de lire un roman avant le film puisque l'on NE SAIT pas qu'il va être mis en images.

Malgré la probable diversité des réponses, une constante s'impose ; le film pousse sur le roman et par le fait même propulse l'auteur sur la sellette. Ce « Ensemble, c'est tout » s'élèverait-il en une belle pile chez nos libraires si le film n'était pas présentement à l'affiche? On n'a qu'à penser à cette obscure nouvelle (ici, en tout cas) de Brokeback Mountain d'Annie Proulx, tout à coup parmi les meilleurs vendeurs, une fois que le septième art s'en est emparé.

La littérature et le cinéma ; une histoire d'entraide ! Il s'agit de se tenir ensemble, c'est tout !

Ensemble, c'est tout d'Anna Gavalda
J'ai lu – 573 p. 2005 – 17.95 $
Le Dilettante – 608 p. 2004 – 39.95 $

samedi 12 mai 2007

Tout est parfait


Il fallait s’y attendre quand un film prend un tel titre « Tout est parfait » c’est que l’orage risque de gronder. C’est le cas. Hier, je participais à titre de figurante au film d’un tout nouveau scénariste et écrivain québécois, Guillaume Vigneault. Oui, oui, le fils de Gilles, auteur de « Carnets de naufrage » et « Chercher le vent », deux livres que, personnellement, j’ai beaucoup aimés. Une écriture intime, une voix qui se tient près du souffle du cœur, un « je » auquel on croit et qui croît au rythme de la nature … humaine. En le lisant, j’avoue que je n’ai pu m’empêcher de penser à son paternel, que dis-je son patriarche (ne serait-ce que pour l’inclusion du mot « patri » !), le flamboyant Gilles Vigneault dont la langue enfle les petites choses quotidiennes sous un chaud vent poétique. Guillaume, auteur de deux romans à succès et ce scénario de « Tout est parfait » est à parfaire un prénom puisque le nom, il l'a déjà !

Ses romans sont des perles de mer, quant à moi. Un style détaillé, précis, très près de la réalité, une aisance pour nager dans les eaux de l’imaginaire avec effluve poétique, ne serait-ce que pour la quantité de symboles qui jonchent le parcours du narrateur. Un journaliste a parlé d’une écriture intuitive, oui, c’est une belle manière de dire qu’il s’ouvre à plus grand que lui. L’histoire est celle d’un jeune barman, Alex, habitant le Plateau, perturbé par une récente rupture amoureuse et qui part à la conquête de soi. Un texte qui réfléchit des miroirs intérieurs pour « Carnets de naufrage » et pour « Chercher le vent » une quête de soi à la limite de la démarche initiatique. En surface, le propos est jeune avec un langage jeune et si on creuse au-delà de cette apparence, il dégage une maturité étonnante ciblant un sujet qui n’a pas d’âge ; la relation amoureuse.

Cette fois, l’écrivain plonge sa plume dans un tout autre médium : le scénario de film ce qui va tout probablement transformer l’écriture de ses futurs romans. Un scénario est un jus concentré de gestes évocateurs, d’images fortes qui doivent remplacer le fameux "mille mots".

« Tout est parfait » est l’histoire de cinq jeunes qui font un pacte de suicide collectif et on suit le deuil de celui qui survit. Le résumé apparaît franchement noir et déprimant mais n’oublions pas que la caméra est centrée sur le survivant, celui qui a trahit le pacte pour plutôt choisir la vie. Pourquoi ? Voilà ce que nous apprendrons par la voix de ce jeune homme qui deviendra complice de la vie, en compagnie de l’ex-blonde d’un jeune suicidé. L’ambiance sur le plateau était très concentré, derrière la caméra, une femme avec des exigences extrêmement précises. Un thème avec des relents dramatiques, il est vrai, mais incontournable si on ne s'enfouit pas la face cachée dans du sable mouvant. Un film prometteur qui sortira en 2008, une première réalisation de Yves-Christian Fournier, un publiciste et documentariste reconnu pour ne pas avoir la langue dans sa poche et tenir mordicus à la qualité de l’image et à l’innovation.

Qui sait, peut-être tout sera-t-il parfait … ou presque !