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vendredi 13 juillet 2012

Brathwaite - Isabelle Massé

Rarement maintenant je lis des biographies, celle-ci sera mon exception, jusqu’à la prochaine. Pourquoi ? Parce que j’aime Normand Brathwaite, ça pourrait être aussi simple que ça. Cette manière de parler de ses sentiments, sans pudeur, ne camouflant pas sa vulnérabilité, ça me plait. Mais si ce n’était que ça. Je suis intriguée, depuis longue date, par le paradoxe  que je sens en lui. Je n’arrivais pas à mettre le doigt sur ce tiraillement, me voilà mieux située.

Son métier exige de lui d’être extraverti, quand sa nature le porte à l’introversion, delà un pressant besoin de s’éloigner des autres, se rapprocher des siens pour recharger son énergie. Sa générosité hors du commun le mène droit à la reconnaissance, valeur qui l’a d’ailleurs convaincu d’accepter que la journaliste, Isabelle Massé écrive cette biographie, parce qu’au départ, il n’en était pas question. À Tout le monde en parle, on peut entendre et voir pourquoi il s'est laissé convaincre.  

Ma lecture m’a apportée beaucoup plus qu’escompté. Quand on aime un artiste, normalement, on le suit, à moins que ce ne soit Normand Brathwaite !  Il touche à tout, donne l’impression d’être partout, il est difficile à suivre, la preuve, lui-même éprouve de la difficulté à le faire !

La biographe commence par déterrer les racines ; mère québécoise, père Jamaïcain, frères aînés ; des jumeaux. Son enfance entourée d’une famille élargie (tante, grands-parents) tissée serré a fait l’homme qu’il est, c’est indéniable. Il y en a chez qui l’emprise de l’enfance est flagrante, il est un de ceux-là. Peut-être parce qu’il portait en lui, et porte encore, les traces du racisme par le blanc et le noir entre les murs du 4 et demi de la rue St-André.

Sa détermination pour étudier en théâtre, son inclination initiale pour le théâtre expérimental, comment il en est venu à bifurquer vers la musique, puis l’animation, ses amours, ses party, ses amis, ses maisons ... Certains seront peut-etre surpris d’apprendre qu’il se consacre à la réfection des maisons qu’il achète. Ça le relaxe. Comment gère-t-il son argent, quand il en a peu ou quand il en a plus, on va au-delà des blagues récurrentes à ce sujet. Son cheminement sur la voie de la publicité. Son plaisir de survoler la réalité terre-à-terre en hélicoptère, se laissant voler, flotter.
De tout ça, j'ai retenu que Normand Brathwaite est un homme qui surmonte quotidiennement des peurs viscérales.

Le monde de la radio à Montréal sera démystifié, surtout les exigences pour leurs « morning man ». Sa relation affective avec le métier d’animateur radio remplira plus de pages que celle avec Johanne Blouin (même si certains voiles se lèveront). Vous suivrez également les fils emberlificotés de l’histoire de ses départs de CKOI. Il y a moyen de lire  « entre les lignes », d’autant plus qu’il en manque à peine une ou deux !

Si vous êtes friand du milieu artistique au Québec, vous serez servis, puisqu’il a foulé tellement de scènes. Isabelle Massé est entré dans les coulisses avec lui, les a fouillé sans laisser de poussière dans les recoins. Vous n’avez qu’à écouter Normand B. en entrevue, il gratte le fond et les débris remontent à la surface.

S’il y en a un qui peut coiffer le titre de workaholic, c’est lui. Sa difficulté à dire « non » cache une insécurité difficile à déloger. Mais la vie le poussera à évoluer. Heureusement d’ailleurs, puisque je serais peut-être à commenter une biographie posthume, ce qui serait infiniment affligeant. De sa profonde dépression, on a eu des relents lors d’un gala où il a remercié sa psychologue d’être en vie pour recevoir son prix. Sa dépression fut grave, pas une pause obligatoire parce que surmené. Madame Massé ne l’aborde pas à la manière sensationnelle, ce n’est pas larmoyant, le ton est juste, sobre, respectueux. En fait, et il est temps que je le mentionne, le ton professionnel et entraînant qu’a maintenu tout au long Isabelle Massé est le fil d’or qui tisse bellement la matière première.

Il serait dommage de ne pas relever une des motivations de la journaliste à rédiger cette bio : le fait remarquable qu’un Noir ait imprimé sa couleur au Québec. Si phénomène il y a, c’est qu’on ne la voit plus sa couleur. De cela, il est fier, en même temps que reconnaissant vis-à-vis l’ouverture des Québécois. Quant à moi, après cette lecture, je lui donne tout le mérite. Son attitude est idéale pour favoriser cette harmonie, la lecture de « Comment travailler comme un nègre sans se fatiguer » pourrait vous en convaincre.  

Mes seuls bémols vont au début et à la fin. J’aurais déplacé le prologue « Tout survoler » pour le placer à la fin. Cette fin conclut plus que ne commence et grandit le personnage, et en plus, nous aurait donné un point final retentissant. Tandis qu'en fermant la couverture, on reste sur une frustration irraisonnée « C'est bien beau, mais qu’arrive-t-il maintenant ? ». Comme il n'y a pas de point final, on se demande pourquoi l’histoire ne continue pas ... comme la vie.  

lundi 18 juillet 2011

Carnets d'une désobéissante - Geneviève St-Germain

Cette journaliste et animatrice a l’habitude des présentations. Elle se présente donc dans son prologue, et tellement justement, que je lui laisse la parole. Ces carnets (sont) un peu comme des pages arrachées à un journal intime ... Je n’essaie pas de couvrir les faux pas, les erreurs, ni les moments d’errance [...] sans autre certitude que celle que la vérité libère et que le mensonge enchaîne.

Je n’avais pas l’intention d’acheter ce livre, même si j’avais trouvé Geneviève St-Germain particulièrement intéressante quand elle est passé à Tout le monde en parle. L’occasion fait le larron, je suis passé devant son stand au Salon du livre de Montréal, je l’ai vue disponible, j’ai suivi mes pas qui m’ont menée droit devant elle.

J’ai été frappée par notre bref échange, non tant par les mots que par la prise de contact direct que j’ai eu avec elle, sans le filtre d’un égo confondu à son rôle de chroniqueuse, animatrice ou journaliste. Avant tous ces rôles, elle est l’être humain.

Maintenant que j’ai lu ses carnets, je m’explique mieux la qualité de ce contact. Du vécu a passé son égo à la moulinette des expériences, dont celle d’une dépression, que je qualifierai de majeure, surtout pour la charge importante des prises de conscience qui l’ont suivie. Bien avant ce neuvième chapitre « Une longue nuit noire de l’âme » qui en traite sans un soupçon de victimisation, il y a une quantité de matière hautement humaine intelligemment classée sous treize chapitres. Cette matière est assez inflammable, venant d'un être chargé d’un tel désir de vivre dans le vrai à chaque seconde de sa vie, et même en relation avec les autres ! Elle pouvait difficilement échapper à cette halte nécessaire (la dépression) pour réfléchir sa vie dans le miroir du temps. J’ose rajouter, et surtout quand tu es une femme avec du caractère si facilement confondu avec "mauvais caractère" aux yeux de certains.

Tous les sujets que Geneviève St-Germain aborde sont traités comme si elle allait mourir demain. Entendons-nous, ce n’est pas du tout le cas, dieu l’en garde. Ce que je veux signifier par là est que le récit s’avance sans pudeur, sans peur de heurter la pensée convenue, comme si elle n'avait rien à perdre. Ce qui donne force à son récit. Par exemple, quand elle aborde le chapitre de « La boite à grimaces », traitant du milieu des médias qu’elle a bien connu avant sa dépression, elle ne ménage personne (sans nom, ce n'est pas de la vengeance !)

Cette animatrice au caractère intensément intègre a appris au fil du temps, et ce sont de leçons de la vie dont elle nous entretient avec une telle franchise que c’en est désarmant. Ses réflexions vivantes sont ancrées dans la terre d’une réalité particulièrement féminine, ce qui en fait le livre idéal à donner en lecture à un groupe pour en discuter par la suite. Je suis certaine que cette discussion serait entrainante, pour ne pas dire enflammée ! Pour ceux et celles qui préfèrent approfondir en solitaire, ils seront bien servis et peut-être même, devront-ils le lire plus d’une fois.

Je termine sur l’exergue placé en avant-propos qui, à mon avis, cible ce récit en plein dans le mil : « Si vous ne dites pas la vérité à propos de vous-même, vous ne pouvez pas la dire à propos des autres » Virginia Woolf, Lettre à Leonard Woolf

lundi 6 décembre 2010

Dérives - Biz

J’ai enfin lu cette plaquette qui a fait tant parler à sa sortie. On se demande toujours ; est-ce justifié ou parce que son auteur est connu ? Si je devais répondre par oui ou non, j’opterais pour oui, Dérives vaut la lecture, auteur connu ou pas.

J’avais entendu dire qu’il était question de ses confidences de père que la naissance de son fils n’avait pas propulsée, comme espéré, dans les sphères délicieuses de l’émotion paternelle. Et même, tout au contraire. Je m’attendais à ce qu’on m’explique l’effondrement de l’idéal « père », pas le vieux modèle dans son rôle de pourvoyeur, mais le nouveau père, veilleur et complice de la mère auprès de son jeune enfant.

Si j’avais eu à décrire ce roman avant d’en avoir autant entendu parler, je l’aurais plutôt désigné comme un roman sur la dépression. C’est le sujet principal à mon avis. Que celle-ci soit survenue à la suite de la naissance de son fils peut s’expliquer par la fatigue accrue et le bouleversement des habitudes de vie. À lire sa dérive, j’ai franchement eu l’impression que cette dépression se préparait de longue date. Et comme on le sait, veiller au bien-être d'un bébé ne soulage pas nécessairement du mal de vivre. Ce que je tente de communiquer ici est que Biz n’aborde pas tant la paternité, que cette culpabilité d’être un mauvais père, parce que dépressif. En dépression, tu évites la vie au complet (ce qu’il fait très bien d’ailleurs), pas seulement la paternité. C’est un tout et c’est ce tout qui nous est extrêmement bien communiqué.

L’auteur a choisi d’alterner les chapitres ; un se déroule dans un marais, une allégorie ou un rêve bien cerné, le suivant tombe de plein-pieds dans la réalité quotidienne avec femme et enfant. En alternance. C’est intéressant parce que contrastant et, surtout, parce que très bien écrit. Sa plume dans le marais est ancrée, malgré la dérive. On sent venter une force de caractère sur ses mots aspirés par un soi qui n’a pas l’habitude de rester en surface. Si l’esprit a dérivé, les mots eux, non ! Très beau, comme peut être la tristesse assumée.

Malgré la beauté de l’allégorie, j’ai préféré les chapitres terre-à-terre. J’ai été captivée par l’évolution de sa vie, ses doutes, ses colères, son désespoir, ses anecdotes, ses réflexions. Il est très facile de l’accompagner, il se laisse approcher de très près. Il est doué pour l’impudeur intelligente.

Le gros défaut ? Trop bref ! Les chapitres sont brefs, les idées jetées sont brièvement exposées, les pages sont à peine remplies, je suis restée avec cette sensation que l’on m’a envoyé un clip à lire !

Ce roman est en lice pour le Prix Archambault.

lundi 6 septembre 2010

La mort attendra - André Malavoy

Finalement, La Mort attendra a attendu mon commentaire (lu voici plus d’un mois). Il ne sera donc pas à chaud. Ce n’est pas un roman, et ce n’est pas un récit à l’eau de rose, on s’en doute. C’est une partie de la vie d’André Malavoy, membre d’un des tout premiers réseaux de la Résistance française. Quant à moi, je parlerai plus d’un récit sur la résistance, point. La résistance de l’être humain à ce qu’il lui parait à prime abord insurmontable. C’est ce que je retiens de ce texte, une grande leçon, un modèle inspirant pour ma vie.

N’aurait été de la recommandation de Tristan Malavoy Racine, son petit-fils, et de l’assurance d’une « fin heureuse », ce rajout judicieux de textes sélectionnés par la famille, je serai certes passé à côté de ce pourtant très bel ouvrage. Il me semblait, comme à plusieurs, que j’en avais suffisamment entendu sur le sujet. Et pourtant ! La bêtise humaine est à découvrir sous tous ses angles, comme l’amour. Vous allez me dire qu’on se lasse moins d’entendre disserter sur l’amour, que ça coule de source, eh bien, André Malavoy, s’il a pu se rendre à l’âge respectable de 90 ans, malgré les traces laissées par les privations et les mauvais traitements, c’est qu’il était empli d’amour. D’espoir aussi, cet oxygène vivifiant qu’il a continué à respirer entre les murs suintants la mort des prisons et camps de concentration. Comment ? Oui, comment on fait pour passer au travers de la cruauté, du défaitisme ambiant, du profond désespoir des autres autour de soi ? Si vous vous posez cette question, vous allez trouver une réponse, en lisant ce témoignage. C’est la beauté intrinsèque de ce récit, et je ne crois pas me tromper en disant que, si l’auteur a consenti à descendre dans le cachot de ses souvenirs, c’est pour nous offrir de la lumière, ne serait-ce que celle de la solidarité.

Il fallait trouver le ton, je ne sais pas s’il l’a cherché longuement, mais ce que j’ai lu avait un ton juste, où je n’ai pas senti poindre d’apitoiement, de larmoiement, ou ce ton moralisateur qui joue avec la culpabilité de celui, convaincu qu’il n’y serait pas arrivé, lui. Et si la description des tortures brutes ou de celles plus insidieuses avait été trop brutale, j’aurais abandonné ma lecture. C’était le pacte fait avec moi-même ! Pour être tout à fait franche, une seule fois, j’ai tourné rapidement la page.

Par la voix de ce seul homme, j’ai appris sur l’Histoire par le détail du quotidien des prisons, sur le pouvoir bête et aveugle, sur la terreur, sur les Allemands zombis, sur la solidarité, ne serait-ce que ça, se serait déjà beaucoup mais, surtout, j’en retire la certitude que nos réserves physiques dépendent de notre attitude. De notre état d’esprit. Dans ce témoignage donné sans prétention, on apprend que l’ennemi de première ligne, quand tu pâtis à ce point, c’est toi. Ne jamais laisser tomber les bras, ils seraient trop lourd de les relever ensuite. Pour cela, André Malavoy a découvert une discipline et s’y est astreinte avec acharnement, jour après jour, seconde après seconde. Combattre l’ennemi devant lequel il ne voulait pas rendre les armes, la folie.

Vous imaginez bien que la dernière partie « Fin heureuse » est un baume sur la plaie qui a été ouverte devant nous. C’est aussi l’assurance que c’est bien vrai, cet homme a résisté et en est sorti indemne. C’est beau de s’en sortir vivant, mais si c’est avec des séquelles handicapantes ! Sa foi, son ingéniosité, sa force de volonté, sa discipline, son sens du devoir, son amour pour les autres l’ont fait traverser l'horrible épreuve sans entacher son équilibre mental. Aberrant, incroyable, mais vrai !

La famille, dont sa fille Marie Malavoy et bien sûr Tristan Malavoy-Racine, en nous offrant pour la première fois, dans cette édition TYPO, des textes de son "après"* arrivent à nous faire sentir l'apaisement qu'a ressenti André Malavoy. Et on trouve de tout en lisant cette Fin heureuse, pas seulement des bouquets de pensées, également des textes qui bouclent, complètent, pansent le témoignage de celui qui a résisté, ne laissant pas le plus beau de sa vie dans un cachot.

* « Je consacrerai aujourd'hui, comme je le fais souvent, un bon moment à une chose essentielle, faire des bouquets » tiré de la deuxième partie "Fin heureuse", p. 160.

dimanche 20 juin 2010

Ru - Kim Thúy

J’ai lu Ru. Ce livre dont on parle tant. Cette fois, je ne sais pas pourquoi, je m’étais imaginé que ça ne pouvait être aussi « grandiose » que ce que les gens en disaient. Peut-être parce que je mettais l’engouement sur le dos du spectaculaire, sur l’inédit du témoignage, plus que sur le récit talentueux par son fond et par sa forme. Surtout que les quelques personnes avec qui j’ai échangé le qualifiaient d’un « suberbe ! » , je voyais briller leurs yeux, se gonfler leurs thorax pour finalement qu’en sorte un autre « superbe ! ».

Ils étaient sans mot pour le dire, je le comprends maintenant. Comment rendre ce que j’ai vécu et ressenti par cette lecture ? Ce coup de cœur ne m’a pas transportée, mais transpercée.

Ce récit de l’auteure, une réfugiée arrivée par ce qu’on appelait les « boat people » n’est pas présenté d’une manière spectaculaire, pas du tout. J’en ai conclu que cette histoire de vie est trop bien assimilée, trop connectée à l'intériorité pour « tomber » dans le sensationnalisme. Une histoire jonglée, mûrie, réfléchie. Du temps s’est écoulé avant de l’écrire. L’ingrédient « temps » fait lever les anecdotes en douceur, en légèreté. On dit que le temps fait son œuvre, eh bien, avec Ru, il en a fait une œuvre de grande qualité.

Je me demande encore comment il est possible de décrire certaines horreurs sur un ton réaliste, presque détaché ? Je dis « détaché » mais je ne suis pas certaine que ce soit le mot juste. Je peux dire que ce n’est pas un ton sublimé, ni idéalisé, plutôt enjoué qui mène à des anecdotes portés par une grâce surprenante. Je vois en Kim Thùy une vraie conteuse. Elle a le don. Elle sait où exagérer, où tirer pour que le fil du tragique s’allonge jusqu’aux sourires. Elle sait aussi admirablement bien boucler ses anecdotes.

On dit souvent que la beauté physique est un cadeau, qu’une personne ne fait rien pour être belle, à ce compte-là, peut-on dire qu’un auteur ne fait rien pour être profond, que c’est un cadeau ? J’ai trouvé Kim Thùy d’une profondeur rare, ou en tout cas avec une manière de voir la vie qui me plait beaucoup.

Il y a de la matière à réfléchir dans ce livre. Sur la reconnaissance, la débrouillardise, l’endurance, les liens familiaux, la solidarité, les différences, le silence, l’éducation de parents aux enfants, l’exil bien sûr, les mœurs des vietnamiens. La seule matière qui se réfléchit moins bien est la méchanceté issue de l’abus de pouvoir. On aurait beau y réfléchir jusqu’aux maux de tête, c’est à n’y rien comprendre.

La forme est intéressante sous ses aspects ; l’organisation du récit et le style. Le récit découpé par ce qu’on pourrait quasiment appeler des chroniques non chronologiques, plutôt tissés par des liens intelligents, plus que la simple avancée du temps.

Et le style ? Le style ?! Vous vous demandez, comment j’ai trouvé le style ? ... Superbe ! Vraiment, vraiment ... euh .... Superbe !

P.R (Petite Remarque) : L'objet livre est élégant, d'un esthétisme ciblant le sujet. La couverture de bonne qualité, avec une texture particulièrement agréable à toucher, un format facile à tenir. Tous ces points donnent le goût de le conserver dans sa bibliothèque pour un jour le relire.

mardi 15 juin 2010

Fol allié - Patrick Dion

Oui, oui, c'est le 15 du mois. Déjà ! Pour le moment, sept autres commentaires de lecture sur le site collectif La Recrue du mois :

Folie incontrôlable - Mylène Durand
À travers les yeux de l'autre - Lucie
Passeport pour la décadence - Julie
La rupture du point de vue de l'homme - Phil
Fol allié : faut le lire - Anick
"À la folie et à la douleur d'une profonde blessure d'amour" - Caroline
Par-delà le besoin de dire - Claudio
Au coeur d'un "moi" - Venise

J’avais des attentes vis-à-vis ce récit ; l’auteur est sympathique, la maison d’édition est nouvelle, le livre est esthétique, et je raffole du titre.

Tout récit au « je » est risqué, à mon avis. On clique ou non avec ce « je », ça passe ou ça casse. Je ne sais pas si vous me voyez venir mais le lien de sympathie avec le protagoniste ne s’est pas noué avec moi. Au lieu d’éprouver de la compassion, les jérémiades continuelles ont fini par m’énerver. Ou pire, m’ennuyer.

La première question que je me suis posée pendant et après ma lecture est pourquoi cette sympathie n’a pas surgi avec moi ? Probablement l’émotion, me suis-je dit. Quand un ami s’épanche, que ce soit heure après heure ou page après page, de son impuissance à aimer, de sa peine, de sa colère, de la détresse vécue dans son enfance face à son père alcoolique, tu dois éprouver une émotion, ou sinon ...

Déjà qu’un tête-à-tête avec un homme et sa peine d’amour a quelque chose d’étouffant, si on y rajoute, ce qui m’a semblé un journal intime déguisé en « lettres à Alex », j’en suis arrivé à une surdose d’intériorité. Mes passages préférés furent les scènes où le « je » étais accompagné d’autres personnages, une aération bienfaisante de mes neurones. L’auteur décrit bien, il manie habilement l’image. Je dirais même qu’il en est spécialiste. Je me suis laissée emportée à certains moments.

Pour être honnête jusqu’au bout, je dois aborder une difficulté, celle que j’ai éprouvée avec l’omniprésence de l’humour. Je touche à un gros point, et si je l’apporte en dernier, c’est pour la difficulté de m’afficher comme un bizarre de poisson à contre-courant, puisque l’humour a la cote. Personnellement, cet humour très affiché m’a rarement décroché un sourire, je dirais même, qu'au contraire il a été jusqu’à déranger ces précieux moments d’accompagnement d’Éric dans ses émotions. Et hop, le jeu de mots me ramenait à une réalité drolatique et me sortait de l’intimité. Je confesse donc avoir manqué de compatibilité avec l’humour, parfois facile des jeux de mots, mais j’imagine que pour une personne qui l’a apprécié, ce récit a pris une toute autre teinte.

vendredi 7 mai 2010

Tout bouge autour de moi - Dany Laferrière

Fait assez amusant, je l’ai lu en auto durant mon aller-retour pour la Gaspésie, donc au moment où tout bouge(ait) autour de moi. J’avais hâte de lire ce récit***. J’ai accepté comme un cadeau que Dany Laferrière nous invite à l’intérieur de lui à ce moment tragique de son existence. Par contre, je trouve aberrant que ce récit soit mon entrée dans son univers écrit. J’avais « L’énigme du retour » entre les mains, j’ai cependant préféré le « pendant » à « l’avant ».

Fébrile, j'ai lu goulûment ces chroniques et comme pour tout ce qui s’avale rapidement, je me demande à cette minute quelles empreintes a laissé ce livre sur moi. J'y ai nettement vu deux parties : le « pendant », ses pieds dans la terre de Port-au-Prince, le « après », ses pieds remarchant dans une vie organisée.

La partie « Pendant »
J’ai découvert jusqu’à quel point Dany Laferrière sait démanteler les instants pour nous les passer comme des clichés qui défilent et défient nos yeux. C’est ce que je désirais ; être là. Il m’y a amené et j’en ai eu les larmes aux yeux. Non pas pour la tragédie qui bouleverse l’être mais pour la reconnaissance qu’il me prête le regard de celui qui ne court pas le sensationnalisme, de celui qui donne priorité à la vie, de celui qui fait tomber l’événement sur ses pattes. Je vois comme une chance inouïe d’avoir vécu au même moment que lui cette minute fracassée en 60 secondes longues, comme si la terre se secouait pour se casser. Ébranlée d’entendre en même temps que lui le son prolongé du silence en écho à la catastrophe. J’avais besoin du regard d'un fervent de cette terre mais à l’œil détaché, nullement ému par automatisme. Ce qui donne un regard lucide qui devant la mort s’ouvre encore plus grand à la vie.

Cet homme a su donner un rythme à son récit, découpant ses souvenirs en diapositives projetées dans un phrasée poétique qu’il boucle comme autant d’histoires en soi. Il a lâché ses impressions par petites bribes titrées qui m’apparaissaient contentes de se libérer des murs de ses méninges. Ça, je l’ai senti. J’ai reçu sa fébrilité à donner ses impressions comme le serait un photographe effrayé par la possibilité de les voir s’engouffrer dans la mémoire de l’oubli. C’est là que se voit à nu son âme de journaliste, celui qui s’aime témoin pour laisser le haut parleur exprimer la beauté du survivant qu’il était déjà avant de survire encore.


La Partie « après »
Le ton change quand il revient au pays et à son agenda. J’ai eu l'impression de tomber, j’ai dû me relever pour m’adapter, peut-être autant qu’il a dû le faire, qui sait. J’ai pensé avoir perdu le fil, j’ai eu honte un instant de mon désir qu’il reste là-bas pour que j’y demeure encore un temps.

Après une transition de quelques pages qui m’ont fait perdre la notion du temps qui file vite (en même temps que l’auto), j’ai plongé dans le cœur de sa réflexion. Je l’accompagnais de nouveau. Il avait dépassé l'étape des observations, projeté au fil d’arrivée en vivant vibrant après une course où les jambes tremblent encore et bat trop vite le cœur. Après la première étape des observations, Laferrière tire ses conclusions droit sur les cibles. Cette réflexion profonde sur le sujet complexe du peuple Haïtien m’a impressionnée. Je l’ai lue les yeux écarquillés, autant que l’esprit. On n’a pas réfléchi à moitié, pensez à l’éditorialiste amusant que peut être Dany Laferrière, et rajoutez-y l’urgence du cri.

À la lecture de ce récit, au mieux, vous apprendrez beaucoup, au pire, vous réfléchirez beaucoup, mais une chose est certaine, l'indifférence est exclue.

Tout bouge autour de moi, Récit, Dany Laferrière --- Mémoire d'encrier ---

***
Tristan Malavoy-Racine, rédacteur en chef du Voir cerne ce récit en peu de mots. Je nourris une vive admiration pour son art de la concision, sa critique complète ici.

"Dans ces textes brefs, sobres, sortes de vignettes accompagnant les images d'un drame, Dany Laferrière - que le hasard ou le destin avait convoqué sur le sol de son enfance - dit le séisme à hauteur d'homme, les bruits d'une ville en état de choc, puis les premiers miracles d'une vie qui reprend ses droits".

lundi 22 mars 2010

Cette année s'envole ma jeunesse de Jean-Francois Beauchemin

Ma paume lisse le livre afin que passe par mes doigts tout ce qu’il m’a donné. Pour bien faire, je devrais aussi fermer les yeux. C’est un récit qui donne en abondance, pour qui sait étendre le silence en soi, ouvrir l’oreille du cœur et écouter chaque mot qui mesure son poids.

Un homme perd sa tendre et très aimée mère, tout se passe en douceur, la douleur coule sur lui qui garde les yeux grands ouverts, ne pleure pas, que ne s’embrouille les contours de la réalité.

Il nous permet de l’accompagner durant les quatre saisons que durera sa transformation, nous faisant passer par l’intimité de ses pensées lumineuses. Réfléchit sur lui la lumière, les arbres, le chien, la montagne, les cieux, les oiseaux.

C’est un récit apaisant. Je me suis sentie privilégiée que l’on accepte de partager avec moi ces réflexions empreintes de philosophie, ces principes longuement mûris, ces valeurs sans cesse interrogées. La mort appelle à parler de la vie. Cet homme se voit se transformer sous ses yeux, il observe les battements de la vie qui l’entoure. De l’extérieur, certains pourraient dire : il souffre puisque reclus dans une maison aux pieds d’une montagne, il est malheureux de méditer au lieu de se distraire, il est grave parce qu'il n’éclate pas de rire, il est dépressif puisqu’il ne dort pas. Mais convié à entrer à l’intérieur, le souffle amené si près de lui, le regard prend un autre sens, un sens, plusieurs sens, jusqu'à commencer à croire que la lucidité serait une voie possible pour conduire au bonheur.

J’aime fréquenter les personnes qui tendent tendrement vers la lucidité et cela a été beau d’assister, en témoin privilégié, à cette transformation intime. Je ne suis pas prête de l'oublier et, pour moi, ce n'est pas seulement un récit à lire, mais à vivre, et à relire.

Je vous laisse avec Jean-François Beauchemin avec l'espoir que vous apprécierez sa compagnie autant que moi.

Je m’étonne encore de ces pas que j’ai faits si longtemps au milieu d’une foule impatiente, marchande, à la fois trop frivole et trop raisonnable, et de laquelle je me suis senti non pas exclu mais assez distinct pour en être toujours l’involontaire spectateur. (p. 55)

Je ne comprenais pas, à huit ans, et ne comprends pas plus aujourd’hui, qu’on s’habitue si tôt et si naturellement au mystère considérable de l’existence.
(p.61)

Peut-être, aussi, aurais-je dû davantage expliquer mes silences et ce pas en arrière que j’effectuais sans cesse afin d’élargir ma perspective. Je ne l’ai pas fait.
(p.67)

Je réfléchissais qu’à peine une porte sépare le mensonge de la vérité, et que la découverte de cette vérité importe moins que notre quête, que nos coups répétés sur la dure surface de nos chimères, ou de nos convictions. (p.80)

L'instinct, cette intelligence du corps qui juge et comprends les choses plus rapidement que ne le fait la pensée, demeurait un allié sûr. Néanmoins, j'éprouvais encore une certaine difficulté à bien diriger mon esprit. Et c'est alors que je commençais à comprendre que tout écrivain, et peut-être tout homme, doit moins laisser libre cours à son imagination que la domestiquer, en réduire les effets aux limites d'un enclos que la volonté seule mesure. (p. 92)

Je finissais par trouver beaux ces patients ajustements ayant formé avec les années la sculpture mouvante de la personnalité, ces coups secs et de plus en plus précis donnés sur la chair et sur l’âme par le ciseau des circonstances.
(p.93)

Si ne pas reculer devant ce gouffre de l’âme d’où montent d’inquiétant échos, si être sans relâche et presque malgré soi séduit par l’impénétrable beauté du monde est ce qu’on appelait la gravité, alors soit, j’étais grave. Je continue pourtant de croire que ceux qui le prétendaient confondaient gravité et vigilance.
(p.95)

J’aurai consacré l’essentiel de mes efforts à la poursuite, au moins dans mon travail avec les mots, d’une forme de synchronie entre les choses élevées et celles, plus près, que nous montrent nos existences terrestres. Et il m’a semblé que, pour exercer ce métier de médiateur, il fallait d’abord attirer vers soi le bonheur [...]. (p. 107)

mercredi 20 janvier 2010

La renarde et le mal peigné - Pauline Julien et Gérald Godin

Ça fait deux jours que je me promène avec ce petit livre. J’en suis encore fortement imprégnée. Il contient les fragments de la correspondance amoureuse de géants : Gérald Godin, journaliste, écrivain, professeur, poète, politicien qui a été ministre et a battu Robert Bourassa dans Mercier. Pauline Julien, interprète, écrivaine, auteure qui a enregistré vingt disques solos et signé plus de trente chansons. De passionnants passionnés qui ont été au bout du monde, au bout de leurs vies, et au bout de leurs envies.

Ces lettres dormaient dans un coffre depuis dix ans et ont été réveillées par la fille de Pauline Julien. Elle a hésité avant de présenter cet échange intime entre deux passionnels de la chair et du cœur. C’est qu’ils vont loin dans leurs épanchements. Un petit trésor d’impudique nous est offert. Et quand je dis « trésor » je n’exagère pas, autant pour la forme que pour le fond. N’oublions pas que nous avons affaire à un homme de mots, une femme de paroles, ajoutez-y le torride de l’amour, de l’éloquence, de l’élégance (assez souvent, ils se vouvoient), une réflexion avant-gardiste sur l’amour, des dissensions, des remises en questions, des doutes (Pauline, la spécialiste), mais surtout trente-six mille manières enflammées, ou tendres, de dire : « Tu es l’amour de ma vie ».

Ce sont les plus belles lettres d’amour que j’ai lues de ma vie. Pour le désir. Des lettres chaudes de désir, même après vingt ans, trente ans de vie...j'allais dire commune - on ne désire que ce que l’on n’a pas –et justement, ils partageaient si peu de la vie commune.

Un tel échange de sentiments servis par des mots vibrants pique la curiosité. La curiosité entraîne encore plus de curiosité. J’en suis venue à désirer qu’ils s’écrivent même quand ils étaient ensemble, tellement je voulais saisir ce couple insaisissable. Tant de démesure dans l’absence, à chacun leur carrière florissante, à chacun leur continent ; comment trouver l’entente au-niveau de l’abstinence encourue ? Heureusement, ils étaient avant-gardistes, ces enfants terribles, qui, jusqu’à la mort seront restés fidèles ... à leur manière.

Cette correspondance a des trous de mémoire du temps, mais le fil de la passion est si visible, si solide, qu’on le suit, malgré les bonds. Dans les premières lettres, on accompagne la résistance de Gérald à sa Pauline, éprise au point d’être presque soumise, on sent la puissance du sentiment retenu, jusqu’à ce qu’il plonge... si profondément, que l'on comprends la prime hésitation. Une fois la flamme du poète allumée, elle ne s'éteindra plus, même pendant les dix années où il vivra avec un cancer du cerveau (il était trépané).

Si vous aimez les destins vécus par des personnalités marquantes, si vous aimez l’amour dénudé de pudeur, si vous aimez l'épistolaire au mode passionnel, à ras-la-vie et à fleur de peau, ce serait fou de passer à côté de cet recueil épistolaire. Oui, ce serait fou. Et si je ne suis toujours pas arrivée à vous en convaincre, ça se peut pour mon manque de distance vis-à-vis à cette lecture, j’appelle à l’aide ... Louis Hamelin, l'écrivain et chroniqueur. Il vous présentera le côté social et politique de ce celui qu'il appelle le matou, il couvrira certains aspects que j’ai escamotés. La journaliste Catherine Lalonde ajoute du contexte, faisant parler la fille de Pauline, elle a assis cette correspondance sur quelques juteuses anecdotes et citations. J’y rajoute une Monique Giroux qui résume et encense Pauline Julien d'une jolie manière. J’ai trouvé peu d’informations pertinentes sur Gérald Godin, heureusement qu’un documentaire sur sa vie se trame.

vendredi 22 mai 2009

Un après-midi de septembre - Gilles Archambault

Bizarre un peu, j’ai commencé par rencontrer l’homme avant l’auteur. Ce qui est plutôt rare, notons-le, et involontaire, notons-le aussi. C’est que je pensais que cette mince plaquette était un roman. C’est un cadeau, à prendre dans les deux sens ; un cadeau que j’ai reçu et un cadeau pour les assidus lecteurs de cet écrivain.

Il s’y révèle beaucoup. Il se confie avec pudeur mais sans censure. Avec une lucidité qui abasourdit, surtout quand il en pointe le couteau acéré vers lui. Lucidité ou dureté, je vous laisse en juger...

[...] la Bibliothèque nationale m’a réclamé quelques manuscrits. Il s’en est fallu de peu que je refuse de donner suite à la demande. Je ne crois pas tellement aux papiers que laisse un écrivain. À moins qu’il ne s’agisse de très grands. Ce qui m’exclut.

Sur un ton tranquille, il nous fait le récit de la disparition lente de sa mère. Demandez à un homme de parler de sa mère, et vous le connaitrez mieux (vous voyez mon sourire ?). Il se juge sans se condamner : Je n’ai pas été un fils dévoué. Parler une fois par semaine à sa mère au téléphone, la voir toutes les trois semaines ne fait pas de vous un être particulièrement généreux. Il renchérit: Elle aurait sûrement aimé que je lui propose un séjour commun en Europe. Je n’ai pas cette générosité qui aurait consisté à participer à un de ces voyages organisés ... Cet homme est marqué par sa mère : Ma mère m’a laissé plus que des souvenirs. Elle est inscrite en moi à tout jamais.

Je lui ai trouvé une habileté de conteur détendu. Il vogue d’un souvenir à l’autre avec une logique que lui seul connaît. Je me suis totalement abandonnée, suivant le courant de sa pensée glissant sur une eau calme. Même son ressentiment contre son père prend un ton apaisant ! À force d’y faire allusion, vous allez croire que je me suis ennuyé mais justement, non. Est-ce parce que le sujet de l’accompagnement d’une mère amoindrie, et ensuite amèrement regrettée, m’était si familier que j’avais l’impression d’en faire partie ? Il décrivait des émotions si semblables à celles que j’ai éprouvées que je me suis passé la remarque, voilà peut-être la définition d’un bon écrivain, celui qui décrit dans un langage tel que tout le monde s’y reconnait.

Mais attention, Gilles Archambault ne pose pas le même regard que moi sur les écrivains :
Ma mère a tenu pendant quelques années son journal. À ce jour je ne l’ai pas lu et n’en ressens pas le besoin. [...] L’écriture n’a pas dû lui permettre d’aller au-delà des confidences qu’elle me faisait. Seuls les écrivains sont des profanateurs.

Le refus de lire le journal de sa mère dévoile beaucoup sur lui. J'en ai été grandement surprise. Un écrivain qui décide de consacrer un livre complet sur le seul sujet de sa mère et qui refuse de lire son journal parce qu’elle n’aurait pas la fibre d’un écrivain me plonge dans la perplexité. J'ai toujours pensé que lorsque l’on aime quelqu’un pour qui il est, et non pas soi à travers lui, de vivre ses émotions à travers son écriture devient précieux.

J’en suis venue à la conclusion, et finalement tout ce récit la corrobore, cet homme a été aimé de sa mère. Et ce n'est pas tant sa mère qui lui manque que l’amour de celle-ci. Bon, je m’éloigne de la littérature et patauge dans la psychologie. C’est le risque inhérent des récits, surtout quand il porte sur la mort d’une mère ce qui nous arrive(ra) tous un jour.

Vous voulez connaître l’homme derrière l’auteur, ce récit ouvre une porte. Personnellement, j’y suis entré avec plaisir et maintenant je désire connaître l’écrivain. Par où commencer ?

En quarante années de carrière littéraire, marquée notamment par le Prix du Gouverneur général (1987) et le prix David (1981), Gilles Archambault a publié une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, des chroniques, du théâtre, qui forment aujourd’hui une œuvre considérée comme l’une des plus riches et des plus personnelles de la littérature québécoise.

lundi 20 avril 2009

Chroniques d'une mère indigne - Caroline Allard

Qui n’a jamais entendu parler de celle pour qui tout a commencé par un exercice de défoulement visant à s’évader du quotidien de mère temporairement barricadée au foyer ? Paraîtrait qu’elle a été la première surprise de l’ampleur de la popularité de son blogue, parlons aujourd’hui de succès ; deuxième livre, Web série à Radio-Canada, Lauréate du Prix Archambault et maintenant porte-parole des Prix et même chroniqueuse radio.

C’est qu’elle a de la verve, et une vivacité d’esprit hors du commun, cette Caroline Allard ! Elle ose dire crûment ce que tout le monde prenait grand soin de taire. S’il y avait un sujet intouchable, c’est l’enfant roi. À notre ère planétaire de l’enfant unique à qui tout est dû, que l’on doit bichonner « santé », inscrire à un cours de karaté à 3 ans ou sinon, il en meurt, cette femme est arrivée avec un franc parler politiquement incorrect. On s’en fout des bébés reines (elle a 2 filles) qu’elle s’est dit, exténuée d’être la sainte qui se sacrifie. Et surprise … elle a débusqué le besoin criant – et latent- de bien des femmes au foyer.

Ça s’appelle arriver au bon moment, avec son talent.

Mais qui est Caroline Allard ? Que faisait-elle avant mars 2006, mois où elle a mis en ligne sa première chronique, se fichant pas mal qu’on la lise ou pas, en autant que ça l’a défoule de sa routine étouffante.
Née en 1971, elle a passé son enfance et son adolescence à Saint-Roch-de-l'Achigan, dans Lanaudière. Ses premières oeuvres de fiction ont été écrites dans l'autobus pour faire rire ses amis du secondaire. Au cégep, elle a d'abord voulu étudier en comptabilité, puis en marketing, ce qui a encore une fois provoqué l'hilarité autour d'elle. Elle a finalement fait un (presque) doctorat en philosophie à l'Université de Montréal. Elle est une boursière de la Fondation Trudeau et elle a aussi publié des articles universitaires (lire: sérieux) dans des revues spécialisées portant sur la responsabilité des multinationales pharmaceutiques dans l'accès aux médicaments, ainsi que sur la responsabilité des dirigeants de l'armée en cas de crimes de guerre. Pendant plusieurs années, elle a aussi fait du travail de consultation en éthique professionnelle, notamment dans les secteurs de l'assurance et des relations publiques. Elle fait maintenant de la consultation en communications politiques pour la firme Exvisu, auprès de clients classés ultrasecrets.

Elle a renoué avec l'écriture de fiction peu après avoir découvert la maternité. En 2000, elle publiait des nouvelles en anglais sur le web dans des webzines tels que Planet Relish, Dragonlaugh, Shadowkeep et The Murder Hole. Sa première carrière sur le web lui a rapporté environ 15 $US. Elle a sans doute porté malchance à ces magazines, puisqu'ils sont tous disparus de la circulation depuis. Au printemps 2003, elle a remporté le deuxième prix du concours de nouvelles de la revue Solaris pour son texte Lueurs d'éternité.

Tiré du site de Radio-Canada

C’est rare que j’opte pour parler de l’artisane plus que de l’œuvre. Et ce n’est pas parce que nous n’avons pas apprécier la lecture de ces chroniques, lues à voix haute en plus, faisant connaissance avec fille aîné, Bébé, père Indigne, par de savoureux dialogues. Apprenant du coup des trucs indignes d’une mère tellement confortable dans son indignité, que ça en devient quasiment digne.

Rire et sourire garantis, même pour ceux qui ne sont pas parents, Marc s’est prêté au test.

Je vous laisse sur sa saveur particulière : (extrait d’un billet-bilan des plus amusants pondu suite à son apparition à TLMEP et adressé à ceux qui ne la connaissaient pas) :
Sachez cependant que les deux livres contiennent des textes inédits que vous ne trouverez pas sur les blogues (je dis ça pour que vous courriez les acheter afin que mon succès impressionne mes enfants et qu’ils vivent dans l’admiration éperdue de leur mère — c’est pratique pour leur faire avaler leurs légumes).

samedi 17 janvier 2009

Sortie côté jardin - Patrice Servant

Je me suis aventurée dans cette plaquette sans trop savoir de quoi il en retournait puisque j’ai l’habitude (fâcheuse ?) de ne pas lire les sommaires du quatrième de couverture pour tout ce qu’ils s’y révèlent de trop, parfois. Pas toujours, c’est vrai, mais je ne prends pas de chance, je l'ai donc lu après :

« Pierre a tué, et quatre fois plutôt qu’une. S’il a été contraint de devenir un criminel devant la loi, c’était pour déjouer un système cruel et cynique qui prolonge la vie au-delà de toute humanité. Aussi était-ce par amour, et selon la loi que lui dictait son cœur d’homme, d’amant, de frère, qu’il s’est interposé pour aider la mort et la laisser emporter ceux qu’il a aimés ».

Heureusement d'ailleurs car je m’apprêtais à patiner pour ne pas vous dévoiler que Pierre Bellerose, un homme âgé, atteint d'alzheimer, avait aidé quatre personnes condamnées par la maladie à se retirer de la scène de la vie. Nous prenons connaissance de ces cinq décisions, incluant la sienne, via une lettre que le vieil homme adresse à son fils aîné.

Tout le monde a maintenant compris ; c’est un livre qui traite de l’euthanasie, mot que Patrice Servant n’a cependant jamais prononcé.

J’étais toute disposée à l'aborder comme un roman, autofictif ou non, qu'importe, mais mes attentes raisonnables étaient d’être touchée par cette lettre ouverte, franche, bien rédigée. D'autant plus qu'elle est éditée. La lettre de ce père, s'adressant à l’aîné de ses cinq enfants, s'apparente à une longue confidence qui relate sa vie. Elle fait aussi, et surtout, état de sa décision arrêtée de fermer le commerce de sa vie. Même si je lui ai trouvé un côté propagande un peu dérangeant, j'ai assez apprécié la lecture du premier cas, celui de l'auteur de la lettre. Mais quant à être dans les confessions, celui-ci en profite pour avouer quatre meurtres, des crimes au sens de la loi sociale, mais pas la loi de l’amour, d’après la vision de ce personnage.

À moins que je me trompe, ce qui est toujours possible, le message est que la liberté impose à tous de choisir de fermer boutique quand il en a terminé avec sa vie, s’évitant une mort dégradante. Avilissante. Et que celui qui y participe activement, en autant qu’il le fasse par amour, est un bon gars.

Le message est écrit en grosses lettres, sous forme d’une lettre. De trop grosses lettres à mon avis. Je ne sais pas si l’auteur a cru, ou voulu croire subtil son plaidoyer mais cinq cas en 113 pages, c’est beaucoup pour une seule personne qui s’apprête à elle-même quitter la rive. On rase la loufoquerie, surtout qu’un des cas est digne des meilleurs drames d’horreur qui soit. Dommage quand même, un peu plus de subtilité et de sobriété dans le propos l’aurait mieux servi.

Le cas de l’épouse de Pierre Bellerose est assurément le plus touchant. Il vibre vrai celui-là. Ses accents de vérité sont déposés à la bonne place, sur le cœur. D’y avoir ajouté d’autres cas se bousculant dans le temps fait quasiment de monsieur Bellerose, ce vieillard atteint d’un début d’alzheimer, un tueur en série. Surtout que le ton devient, à un moment donné, surprenamment froid, détaché, presque automate.

Est-ce que l’auteur a voulu défendre une cause ou bien seulement désiré nous offrir à lire une histoire surprenante et un peu choquante ? La présentation est trop ambigüe pour que je puisse répondre à cette question. S’il y a des personnes intéressées à vérifier pour tenter d'y répondre :

Sortie côté jardin, Patrice Servant, Amérik Média, 113 pages.

vendredi 6 juin 2008

Une exception à la règle

Le Passe-Mot tourne autour du milieu québécois, c’est la règle et aujourd’hui, j’ai une exception pour confirmer cette règle « Des rires et une larme » de Michel Fugain. Ce n’est pas un roman malgré que son histoire de vie soit assez turbulente pour prêter son canevas à n’importe quel roman. Disons qu’il est un personnage, un vrai personnage.

La première question que je me pose est si vous connaissez le grand boss du Big Bazar ? Moi, je le connaissais, ses mélodies ont tellement jouées à notre radio, mais cela ne fait pas de moi une fan. Marc, oui. Que ne ferait-on pas pour faire plaisir à son chum ? Je lui ai donné le CD de ses best-off à Noël et quelques semaines plus tard, un ami nous offrait des billets pour son spectacle au St-Denis à Montréal. Un peu avant, il est passé à Tout le monde en parle et a fait allusion à son autobiographie. Nous avons eu le goût de la lire en commun, c'est-à-dire que je lis à haute voix et Marc est mon attentif auditeur.

Michel Fugain a son style d’écriture, ce n’était pas prétentieux de vouloir l’écrire lui-même, surtout quand il parle de ses proches et de ses émotions. Ce sont les moments les plus captivants mais trop rares, à mon sens, puisque le bouquin couvre en détail son itinéraire d’homme de la musique. C’est un être qui ne restait pas en place, il se lassait vite de la plus belle des expériences et voulait essayer autre chose. Il a un petit quelque chose du grand ado avec quelques rides. Je sais, je suis dure avec l’homme, c’est sans nier plusieurs côtés attachants chez lui, comme sa franchise hors du commun. Un sens de la fête aussi, et qui ne voile pas son regard critique posé sur la vie moderne. J’ai tout de suite imaginé que les Français trouveraient cette bio intéressante car Fugain se compromet à parler de société et de politique, nous abreuvant de plusieurs noms ou événements que l’on connaît moins ici.

Il est impossible d’aborder cette œuvre sans parler de la larme qui a coulé et sonné l’alarme dans le cours de la vie de cet homme sensible. Presque tout le monde sait qu’il a perdu sa fille de 22 ans, Laurette, décédée en 2002 de la leucémie après une lutte acharnée de 11 mois de souffrance. Lui, plutôt discret sur sa vie privée, lève le voile sur ce pan malheureux de sa vie. Il la raconte en détail et c’est compréhensible puisque c’est un tournant décisif. Il faut le lire pour le croire parce que même si c’est une bio, il n’est pas question de dévoiler les punchs.

Somme toute, une bio consistante et bien tournée pour n’importe qui aime les bios et une excellente pour qui aime Michel Fugain, l’homme.

Des rires et une larme, Michel Fugain, Édition Michel Lafon, 471 pages