Pourquoi avoir introduit un livre dit jeunesse parmi mes habituels "adultes" ? Parce que c'est Marie-Renée Lavoie, auteure de La petite et le vieux et Le syndrome de la vis.
Amateurs d’humour et de félins, à l’esprit frais et jeune, ce joyeux roman est pour vous, il n'est pas du tout nécessaire d'être sous la barre des 20 ans.
Arrêtons-nous deux secondes au mot « moribond » qui signifie « qui est près de mourir ». C’est le cas du personnage félin principal et pourtant, je traite ce roman de joyeux. Et même plus, je le situe parmi les romans humoristiques réussis.
C’est l’histoire de « Ti-Chat » ou « Mi », ça dépend de qui en prend soin, ce très petit mâle trouvé à son dernier souffle de vie par une famille qui le prend sous son aile, avec toutes les visites chez le vétérinaire que cette adoption entraine. Sa maîtresse principale est une bambine, évidemment très attachée à son chat miniature, d’autant plus que l’attachement est souvent exacerbé devant la précarité. Car, il faut le dire, Ti-Chat est fragile, tombant régulièrement raide mort, à chaque fois heureusement réanimé par le vétérinaire. Il est affublé d’un problème cardiaque dû à sa jeunesse passé en forêt. C’est tout ce que vous saurez pour le côté médical.
C’est de sa propre bouche... euh, gueule, que nous apprenons les péripéties de sa vie, non pas qu’elle soit si trépidante, entre son chez lui où on le bénit de toutes les canes de thon qu’il désire et la vie chez le voisin qui l’empiffre de jambon quand sa jeune maîtresse est au chalet. C’est que sa petitesse lui cause des désagréments, comme celui de se faire avaler par la nouvelle balayeuse centrale, et ses crises cardiaques génèrent de l’inquiétude et lui attirent beaucoup d’affection. Ti-Chat sait se faire des alliés, il a une armée d’araignées à son service ... pour services rendus justement. Même le gros matou malotru du quartier, Prémâché finira par être amadoué par la bonté de Ti-Chat.
En bonus, on trouve des dessins de l’auteure parsemés par ci et par là. Je suis certaine qu’elle tiendrait à ce que je rajoute des dessins « sans prétention ». Il y a quasiment une histoire en parallèle en dessins tirés du club sélect des bonshommes allumettes.
Certainement un roman léger comme une bulle qui nous soulève quelques pieds au-dessus du terre-à-terre par son humour surprenant, intelligent et récurrent. Selon moi, sa force principale est tirée du décalage entre ce qui est raconté et qui le raconte, ce qu’on détecte par le propos des dessins et, entre autres, par la section finale qui relate les scènes coupées.
J’ai moins souri les « scènes coupées » que les scènes « réelles », tout en reconnaissant cependant que c’est une idée originale que ces bluppers à l’écrit.
Et attention, ceux qui ont peur des araignées, comme c’est mon cas, ne les verront plus jamais de la même façon.
mercredi 4 juin 2014
lundi 26 mai 2014
Crimes à la librairie - collectif polar
Enfin, je commente ce recueil de nouvelles policières signées par nos experts québécois en polar. À la suite de cette lecture, je suis convaincue plus que jamais que le genre n’a rien à envier aux grands noms hors Québec. Seize polars, seize auteurs. Ceux que je connaissais de nom : Sylvain Meunier, Geneviève Lefebvre, Johanne Seymour, André Jacques, Patrick Sénécal, Robert Soulières, Chrystine Brouillet, Jacques Côté, Camille Bouchard. Les moins connus de moi mais peut-être pas de vous : Mario Bolduc, Benoit Bouthillette, Ariane Gélinas, Martine Latulippe, Florence Meney.
Un recueil de nouvelles, c’est un peu comme un disque, tu aimes rarement toutes les tunes, mais il y a une ambiance dégagé par l'ensemble qui fait qu’on apprécie ou pas. Le défi lancé par Richard Migneault qu’il se passe au moins un crime dans une librairie donne l’air d’ensemble, et fait remarquable, chacun joue différemment.
On y découvre des styles finement humoristiques, celui de Robert Soulières en est avec Un cadavre au crépuscule. Camille Bouchard s’amuse et m’a amusé avec « Rouge tranchant » et finalement, Sylvain Meunier, dont j’ai adoré la savoureuse nouvelle « L’homme qui détestait les livres ». Elle fait d’ailleurs partie de mon palmarès « à souffle coupé ». Parmi les valeurs sûres, Patrick Sénécal. J’aurais aimé être originale et ne pas m’exclamer mais son Public cible, première en lice m'a envoûtée. Geneviève Lefebvre ferme le recueil et m’a également entrainée dans son mystérieux sillage. Quel aplomb dans leur manière de raconter ces deux-là ! Le souffle court ne semble pas beaucoup convenir à Martin Michaud qui, avec Une longue vie tranquille s’en sort bien, sans plus.
Le concept de l'initiateur, Richard Migneault, auteur du blog noir et blanc, de donner une contrainte s'avère une excellente idée car elle nous convainc à quel point les imaginaires des auteurs de polar sont débridés car, croyez-le ou non, il n’y en a pas une qui se ressemble ! Chacun des auteurs a su exploiter le lieu, et le milieu, et certains l’ont fait plus que d’autres. Je pense à Jacques Côté qui a pondu une satire des librairies à vocation fourre-tout, le titre mets sur la piste « Jungle Jungle ». Certaines sont douces et sentimentales, comme 233°C de Johanne Seymour, d’autres sanguinaires, je vise ici « Demi-deuil » signée Ariane Gélinas. Elle est si frappante qu’elle me reste collée à la peau du souvenir. Très fort. André Jacques nous présente une nouvelle noire, Perinde ac cadaver, froide et racée, de son plus pur style qui ne laisse aucun détail au hasard. Je ne parle même plus de nouvelle pour Florence Meney, son texte « Dernier chapitre au Bookpalace » est assez complexe et assez long pour être traité de mini histoire. « Mon combat » de Mario Bolduc punche avec sa fin retentissante, de celle qu’on ne voit pas venir. Le libraire et l’enfant de Martine Latulippe également. Elle manie habilement l’art de la nouvelle par le côté bref, intense avec un rebondissement qui jette à terre. Le palmarès de Richard Ste-Marie se présente comme une nouvelle qui ménage son assassin, peut-être la moins originale à mon avis pour son « déjà lu ». Je l’ai tout de même lue avec intérêt, ce qui ne fut pas le cas pour « Le psaume du psoque » de Benoit Bouthillette que j'ai abandonnée.
Si vous ne connaissez pas ces auteurs, c’est le moment ou jamais de faire connaissance avec ce tout-inclus. En plus des 16 histoires, vous jouirez d’une fiche de parcours rédigée par le maître d’œuvre, Richard Migneault. Nous y découvrons son regard posé sur chacun d’eux, j’ai beaucoup apprécié.
Il y en a pour tous les goûts, on plonge dans cette mer imaginative emportant un pince-nez, un casque de bain, une bouée et même un radeau, car du tumulte il y en a. Et n'est-ce pas ce que l'on cherche en lisant du polar ?!
mardi 13 mai 2014
Vrac en mai
Le grand gagnant du Prix des libraires
L’Orangeraie de Larry Tremblay a gagné. Je me doutais qu’il gagnerait, même si j’ai au préalable annoncé Pomme S d'Éric Plamondon, je sentais que le vent avait tourné. Après avoir terminé Maggie de Daniel Lessard, je m'empresserai de l'entamer.Je n’étais pas à la cérémonie de lundi 12 mai - et ce n’est pas parce qu’elle avait lieu en même temps qu’un match des Canadiens ! - mais ces mots du lauréat m’ont été transmis. A l’entendre parler de cette profession, c’est à croire qu’il a déjà été lui-même libraire:
« Où, quand, comment trouvez-vous le temps de lire? Je sais, c’est paradoxal. C’est pourtant une question légitime à poser. Parce que vous êtes vraiment très occupés. Vous devez sortir les livres des cartons, former des piles de livres, préparer des vitrines, mettre en évidence les nouveautés, rencontrer les représentants, retourner les invendus, faire des commandes, préparer des tables thématiques, organiser des lancements, des séances de signature, préparer la rentrée, ranger, être aux écoutes, être aux abois. Dans le meilleur des mondes, vous devriez être payés pour lire ! »Il a aussi remercié une personne, un jardinier ?, sans qui L’Orangeraie n'aurait pas offert ses fruits et il l’a nommé, monsieur Alto : Antoine Tanguay.
Une libraire récompensée
L’Association des libraires du Québec (ALQ) a remis pour la deuxième fois le Prix d'excellence qui honore un libraire en soulignant ses réalisations exceptionnelles. Cette année, c’est Marie-Hélène Vaugeois qui l’a reçu. Voici un extrait de la lettre d’un client, au fil du temps devenu un employé à temps partiel à la librairie Vaugeois : "Vous l’aurez compris, je suis un très grand fan de Marie-Hélène(Vaugeois)*. Comme client je lui dois de m’avoir fait découvrir la littérature québécoise et d’avoir redonné de la vigueur à ma passion pour les livres. Comme employé j’apprends énormément à ses côtés dans une ambiance faite de rires et d’échanges.
J’espère donc que ma lettre contribuera à vous persuader de lui attribuer cette année le Prix d’excellence de l’ALQ".
Edouard Delaplace
VLB ... pour survivre
Ce point du vrac est triste, déplorable, il va droit au cœur de toute personne qui reconnait la passion d'un grand du monde littéraire. Victor-Lévy Beaulieu doit vendre une partie de sa collection personnelle de livres, et de manuscrits, pour garder sa maison. Pas sa maison d’édition, sa maison tout court. Son toit. Je l’ai entendu en parler à la radio, il a un ton calme, serein, presque détaché qui fait froid dans le dos. Ce ton est d’autant plus poignant qu’il n'est pas teinté de résignation, il accepte la situation, comme 1 plus 1 = 2. Sa décision doit être mûrie de longue date pour arriver à ce détachement.Colis 22, Marsi et Venise
Si vous voulez vous faire une petite idée de la couverture de Colis 22, un résumé et la date de sortie, vous avez beau, elle est offerte aux yeux de tous sous la rubrique « À paraître » de La Pastèque. Je l'ai d'ailleurs ajouté à ma marge de droite. Vous comprendrez que Marsi est mon auteur chou-chou.Dans un billet précédent, je vous parlais de cette opportunité offerte à Marsi de donner un atelier « Vis, Vis ma créature » à la jeunesse de 12 à 17 ans dans le cadre du Festival Métropolis Bleu. Finalement, le groupe était plus jeune et plus restreint que prévu, mais qu’à cela ne tienne, c’est une vraie de vraie rencontre qui a eu lieu à la Bibliothèque du boisé à Ville St-Laurent. À cœur ouvert et à dessin ouvert. Confier ses rêves de publier un manga, demander conseil pour y arriver, exige une part de confiance en l’avenir et au dessinateur devant soi. N’importe quel enfant concentré qui se penche sur une de ses œuvres me touche. Il se dévoile, s’abandonne, s’ouvre à qui il est.
J’ai reçu un très beau cadeau fait de reconnaissance. Une des bibliothécaires est venue expressément me dire qu’elle suivait assidument Le Passe-Mot et qu’il lui arrivait même de se fier sur mes recommandations pour commander certains romans québécois. Pas besoin de dire que j’en ai été aussi surprise que touchée.
Libellés :
Du vrac en veux-tu ?,
Prix littéraires
mercredi 7 mai 2014
Les blondes de Emily Schultz
Suite à l’écoute de Danielle Laurin lors d'une entrevue à Radio-Canada, une forte envie me prit de lire ce roman. Son ton enthousiaste y a été pour quelque chose mais aussi l’inépuisable sujet de l’apparence chez les femmes.
Abandonnée dans un chalet, l’étudiante Hazel à son 8e mois de grossesse se regarde le nombril et raconte à son bébé l’histoire abracadabrante de son avant conception. Le récit, sur un ton franc et sans détour, nous parle du père du bébé à naître, d’un séjour à New York pour rencontrer un mentorat pour sa thèse et son intention de se faire avorter. « Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? » est un des clous de l’histoire de la jeune femme qui, comme par hasard, mène sa maîtrise en esthétologie.
Déjà, la description serait suffisante pour nourrir un roman ordinaire quant en fait le principal est encore sous silence ; l’apparition soudaine d’un virus attaquant uniquement les blondes, les transformant en femmes hystériques et agressives. Ce mystérieux virus frappe n’importe quelle blonde et n’importe quand. Comme tout bon virus, il est contagieux et un pic de la contagion est à New York où se trouve justement Hazel. Elle est rousse, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit saine et sauve. Son séjour à New York sera entravé de différentes manières, au point d’avoir à subir une quarantaine parmi une bande de femmes surveillées par ni plus ni moins que l’armée. Comme je l’ai laissé entendre, même sans le virus, l’histoire a de l’étoffe par la subtilité des relations : la maîtresse et la femme légitime, le professeur et ses élèves de sexe féminin, l’étudiante et le mentorat et deux amies très près une de l’autre.
Le fabuleux virus et la crise sociale disjonctée qu’il entraine crée nombre de situations abracadabrantes. Sur la quatrième de couverture, on parle de roman horriblement drôle, je mets la pédale douce car, pour moi, ce n’a pas été aussi drôle. Bien entendu, les sens de l’humour sont aussi indiscutables que les goûts mais à mes yeux, les scènes de femmes hystériques qui mordent, griffent, crient ne me font pas rire. J’aime la satire mais quand ça tire trop sur l’exagération, ça tiédit mes ardeurs. Devant les premières crises de paranoïa sociales aigües, j’ai réagi mais arrivé à la vingtième, pas mal moins. Un peu comme du caramel brûlé, quand on commence à en manger, le goût est succulent mais après vingt rôties inondées, on se lasse. L’idée de se moquer de nos paranoïas sociales est excellente, et stimulante, en autant qu’on ne perde pas de vue le message soulevé ; l’apparence de la femme, surface mince et craquante.
Il y a de belles montées dramatiques, du rythme, le roman est touffu de personnages, de lieux, d’émotions extrêmes, le ton est jeune, disjoncté, audacieux, avec des rebondissements hauts en émotions. Alors, si vous ne faites pas d’allergies aux excès et exagérations et qu’au contraire, vous les savourez, vous ne vous ennuierez certainement pas. Personnellement, j’aurais plutôt opté pour une couche supplémentaire de profondeur.
Quitte à me répéter, je l'affirme, malgré la présence de quelques sauces qui s’étirent, le roman vaut sa lecture, ne serait-ce que pour la saveur des relations entre personnages.
Abandonnée dans un chalet, l’étudiante Hazel à son 8e mois de grossesse se regarde le nombril et raconte à son bébé l’histoire abracadabrante de son avant conception. Le récit, sur un ton franc et sans détour, nous parle du père du bébé à naître, d’un séjour à New York pour rencontrer un mentorat pour sa thèse et son intention de se faire avorter. « Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? » est un des clous de l’histoire de la jeune femme qui, comme par hasard, mène sa maîtrise en esthétologie.
Déjà, la description serait suffisante pour nourrir un roman ordinaire quant en fait le principal est encore sous silence ; l’apparition soudaine d’un virus attaquant uniquement les blondes, les transformant en femmes hystériques et agressives. Ce mystérieux virus frappe n’importe quelle blonde et n’importe quand. Comme tout bon virus, il est contagieux et un pic de la contagion est à New York où se trouve justement Hazel. Elle est rousse, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit saine et sauve. Son séjour à New York sera entravé de différentes manières, au point d’avoir à subir une quarantaine parmi une bande de femmes surveillées par ni plus ni moins que l’armée. Comme je l’ai laissé entendre, même sans le virus, l’histoire a de l’étoffe par la subtilité des relations : la maîtresse et la femme légitime, le professeur et ses élèves de sexe féminin, l’étudiante et le mentorat et deux amies très près une de l’autre.
Le fabuleux virus et la crise sociale disjonctée qu’il entraine crée nombre de situations abracadabrantes. Sur la quatrième de couverture, on parle de roman horriblement drôle, je mets la pédale douce car, pour moi, ce n’a pas été aussi drôle. Bien entendu, les sens de l’humour sont aussi indiscutables que les goûts mais à mes yeux, les scènes de femmes hystériques qui mordent, griffent, crient ne me font pas rire. J’aime la satire mais quand ça tire trop sur l’exagération, ça tiédit mes ardeurs. Devant les premières crises de paranoïa sociales aigües, j’ai réagi mais arrivé à la vingtième, pas mal moins. Un peu comme du caramel brûlé, quand on commence à en manger, le goût est succulent mais après vingt rôties inondées, on se lasse. L’idée de se moquer de nos paranoïas sociales est excellente, et stimulante, en autant qu’on ne perde pas de vue le message soulevé ; l’apparence de la femme, surface mince et craquante.
Il y a de belles montées dramatiques, du rythme, le roman est touffu de personnages, de lieux, d’émotions extrêmes, le ton est jeune, disjoncté, audacieux, avec des rebondissements hauts en émotions. Alors, si vous ne faites pas d’allergies aux excès et exagérations et qu’au contraire, vous les savourez, vous ne vous ennuierez certainement pas. Personnellement, j’aurais plutôt opté pour une couche supplémentaire de profondeur.
Quitte à me répéter, je l'affirme, malgré la présence de quelques sauces qui s’étirent, le roman vaut sa lecture, ne serait-ce que pour la saveur des relations entre personnages.
vendredi 2 mai 2014
Les moitiés d'Alice de Judith Itzi
Avant de vous faire part de cette critique rédigée dans le cadre de La Recrue, que je n'avais pas encore mise en ligne ici, je fais de nouveau le point. J'espère toujours revenir à plus de régularité dans mon antre littéraire mais je rencontre plusieurs obstacles. Par exemple, des problèmes d'ordinateur. C'est large, me direz-vous, pour en nommer un : un routeur déficient. Nous ne savions pas qu'à sept ans, ces engins-là sont des vieillards au rythme lent et aux articulations cassantes. Nous le changerons dimanche pour un flambant neuf.
Demain, Marsi donne un atelier sur la bande dessinée à des jeunes de 12 à 17 ans dans le cadre du Festival Métropolis bleu. Je deviens alors sa collaboratrice attitrée. Bien hâte de voir à quelle jeunesse nous aurons affaire, c'est toujours intriguant.
VIS, VIS, MA CRÉATURE !
ATELIER – 12-17 ANS
Créer une bande dessinée, c’est faire
vivre des personnages et, à travers
eux, une histoire. Avec « Vis, vis, ma
créature ! », Marsi propose au participant,
petit ou grand, d’apprendre
à rassembler les morceaux qui
constituent son personnage.
Par l’entremise d’exercices simples,
il le découvrira et lui donnera vie !
La jeunesse, c'est surprenant et ceux qui font parler la jeunesse peuvent l'être parfois. C'est le cas pour l'auteure du roman Les moitiés d'Alice que j'ai eu de la difficulté à situer.
Art naïf ou roman pour enfants ?
Dans la vie, on croise un être humain, on s’en fait une idée d’après ce qu’il dégage et il arrive que l’on soit déjoué. C’est ce qui m’est arrivé pour Les moitiés d’Alice. Je m’attendais à y trouver du symbolisme, de la profondeur, du mystère; j’y ai trouvé une histoire simple, claire, à prendre au pied de la lettre.
J’ai donc dû faire appel à mon sens de l’adaptation mais jamais autant qu’Alice. Celle-ci n’a aucun problème dans la vie, c’est une enfant délurée, allumée, obéissante; ce sont ses parents qui en ont de graves. Sa tante est la complice parfaite, une oreille compatissante pour toute la famille, celle qui sauve Alice de toutes les situations difficiles, mais voilà qu’elle part à l’extérieur du pays en pleine crise familiale.
Il faut comprendre que ce personnage devait partir, sinon les situations se seraient réglées un peu trop facilement pour en faire une histoire de 180 pages. Tandis qu’à cause de sa désertion, Alice vivra plusieurs épreuves propres aux enfants dont les parents ont de graves lacunes. Je faisais allusion au peu de subtilité; on peut donc imaginer un père monstrueux tout d’un bloc, une mère au paroxysme de la crise existentielle et un secret familial lourd qui se dévoile sans nuance.
Je me suis souvent posé la question suivante : ce roman s’adresse-t-il aux enfants ? L’approche en teintes franches et sans détour aurait apporté un plus, tandis l’adulte que je suis s’attendait à plus de matière à réflexion.
On peut avancer sans se tromper que ce roman plaira aux lecteurs qui préfèrent les approches simples et rafraichissantes aux histoires tortueuses à la psychologie dense.
Demain, Marsi donne un atelier sur la bande dessinée à des jeunes de 12 à 17 ans dans le cadre du Festival Métropolis bleu. Je deviens alors sa collaboratrice attitrée. Bien hâte de voir à quelle jeunesse nous aurons affaire, c'est toujours intriguant.
VIS, VIS, MA CRÉATURE !
ATELIER – 12-17 ANS
Créer une bande dessinée, c’est faire
vivre des personnages et, à travers
eux, une histoire. Avec « Vis, vis, ma
créature ! », Marsi propose au participant,
petit ou grand, d’apprendre
à rassembler les morceaux qui
constituent son personnage.
Par l’entremise d’exercices simples,
il le découvrira et lui donnera vie !
La jeunesse, c'est surprenant et ceux qui font parler la jeunesse peuvent l'être parfois. C'est le cas pour l'auteure du roman Les moitiés d'Alice que j'ai eu de la difficulté à situer.
Art naïf ou roman pour enfants ?
Dans la vie, on croise un être humain, on s’en fait une idée d’après ce qu’il dégage et il arrive que l’on soit déjoué. C’est ce qui m’est arrivé pour Les moitiés d’Alice. Je m’attendais à y trouver du symbolisme, de la profondeur, du mystère; j’y ai trouvé une histoire simple, claire, à prendre au pied de la lettre.
J’ai donc dû faire appel à mon sens de l’adaptation mais jamais autant qu’Alice. Celle-ci n’a aucun problème dans la vie, c’est une enfant délurée, allumée, obéissante; ce sont ses parents qui en ont de graves. Sa tante est la complice parfaite, une oreille compatissante pour toute la famille, celle qui sauve Alice de toutes les situations difficiles, mais voilà qu’elle part à l’extérieur du pays en pleine crise familiale.
Il faut comprendre que ce personnage devait partir, sinon les situations se seraient réglées un peu trop facilement pour en faire une histoire de 180 pages. Tandis qu’à cause de sa désertion, Alice vivra plusieurs épreuves propres aux enfants dont les parents ont de graves lacunes. Je faisais allusion au peu de subtilité; on peut donc imaginer un père monstrueux tout d’un bloc, une mère au paroxysme de la crise existentielle et un secret familial lourd qui se dévoile sans nuance.
Je me suis souvent posé la question suivante : ce roman s’adresse-t-il aux enfants ? L’approche en teintes franches et sans détour aurait apporté un plus, tandis l’adulte que je suis s’attendait à plus de matière à réflexion.
On peut avancer sans se tromper que ce roman plaira aux lecteurs qui préfèrent les approches simples et rafraichissantes aux histoires tortueuses à la psychologie dense.
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La Recrue du mois
mercredi 23 avril 2014
JMLDA = 23 avril = 7 ans
À l’heure où je vous écris, c’est encore et toujours la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur.
J’aurais bien sûr aimé vous écrire en début de journée puisqu’elle signifie beaucoup pour moi, et pour le Passe-Mot, qui atteint aujourd’hui l’âge respectable et raisonnable de 7 ans. J’en ai été empêché à cause d’un livre. Et aussi à cause d’une photo. Le comité organisateur de la JMLDA a lancé un concours qui commence le 23 avril et se termine le 30. Il n’est donc pas trop tard pour y participer et courir la chance de gagner un des 15 prix de 500 $ d’achat de livres chez un libraire participant ou sur le site de vente en ligne leslibraires.ca.
Vous avouerez que c’est très généreux comme prix.
Cela s’imposait donc que j’y participe et que Marsi y participe. Pour sa part, cela a très bien été, il a rapidement trouvé son livre, a conçu sa photo, demandant que je la prenne, et cela, quelques jours à l’avance. Pour ma part, ce fut beaucoup plus compliqué. Premièrement, je ne trouvais pas le livre, il était encore dans une des innombrables caisses de livres encore dans mon garde-robe (j’ai reçu ma bibliothèque fraichement décapée et vernis depuis quelques jours seulement). J’ai donc vidé la majorité de mes boites dans l’espoir de trouver « La fille qui n’existait pas » de Denis Thériault. Arrivée à la dernière boite, je me suis mise à réfléchir, ce que j’aurais bien sûr dû faire bien avant. Je me suis souvenu que je n’avais pas ce roman puisque je l’avais prêté à une amie.... Que faire ? Mon concept tournait autour d’une fille qui n’existait pas et voilà que je devais changer de titre. J’ai tenu à garder l’auteur, et puisque j’avais ces deux premiers, j’ai pris les deux. Voyez-le comme l’acte d’une personne qui soupèse son choix entre un et l’autre. Entre les deux, c’est Le facteur émotif qui gagne sur L'Iguane.
Je suis devant ma bibliothèque qui contient des romans québécois uniquement et en tribune, ce sont les livres lus, en attente de mon commentaire de lecture. Il viendra sous peu, croyez-moi, car j’achève mon aménagement et d'avoir cherché "La fille qui n'existait pas" tout l'après-midi l'a accéléré.
J’espère que vous profiterez de ce concours facile, amusant et à la portée de seulement deux clics ; celui pour prendre la photo et celui pour l’envoyer. 500 $ destinés à vos titres préférés ? Imaginez ... le rêve !
Ne rêvez plus et participez ! C’est tellement facile et rapide, quand on a le livre à la portée de la main (sourire).
J’aurais bien sûr aimé vous écrire en début de journée puisqu’elle signifie beaucoup pour moi, et pour le Passe-Mot, qui atteint aujourd’hui l’âge respectable et raisonnable de 7 ans. J’en ai été empêché à cause d’un livre. Et aussi à cause d’une photo. Le comité organisateur de la JMLDA a lancé un concours qui commence le 23 avril et se termine le 30. Il n’est donc pas trop tard pour y participer et courir la chance de gagner un des 15 prix de 500 $ d’achat de livres chez un libraire participant ou sur le site de vente en ligne leslibraires.ca.
Vous avouerez que c’est très généreux comme prix.
Je suis devant ma bibliothèque qui contient des romans québécois uniquement et en tribune, ce sont les livres lus, en attente de mon commentaire de lecture. Il viendra sous peu, croyez-moi, car j’achève mon aménagement et d'avoir cherché "La fille qui n'existait pas" tout l'après-midi l'a accéléré.
J’espère que vous profiterez de ce concours facile, amusant et à la portée de seulement deux clics ; celui pour prendre la photo et celui pour l’envoyer. 500 $ destinés à vos titres préférés ? Imaginez ... le rêve !
Ne rêvez plus et participez ! C’est tellement facile et rapide, quand on a le livre à la portée de la main (sourire).
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Concours littéraires
mardi 15 avril 2014
Le sort de Bonté III de Alain Poissant
Il n’y a pas à se méprendre, Bonté III est vraiment une vache, ce qui m’a d’ailleurs fait peur au départ. Allions-nous parler uniquement « vache » ? Même si pendant 92 pages, c'est peu, j’appréhendais l’ennui. Même si les premières pages ont senti fort le fumier, le foin, le train, bref, le train-train quotidien d’un fermier, on a vite dépassé ce stade.
Ce fermier est esseulé, car vivre avec sa mère une fois atteint la trentaine, aussi bien dire, vivre seul. Francis se doit d’être disponible 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, il peut difficilement sortir, socialiser, s’amuser, il a une grosse famille ; un troupeau de vaches.
Le jour où il sent son équilibre vaciller, l’odeur du burn-out peut-être, en homme ouvert et déterminé, il colle une affiche sur tous les poteaux de son village « Homme cherche femme ».
Le burn-out, on en entend parler dès le début du roman, c’est Graziella qui le prévient à temps, juste à temps. Et quant à quitter sa job, elle quitte aussi la ville pour la campagne et, un jour, par la force des choses devient peintre. Peintre en bâtiment. Elle doit travailler, elle a un enfant, dit « Le Petit ».
Au fil des pages, le regard de l’auteur se promène d’un univers à l’autre, et de Francis à Graziella. On entre dans l’histoire sans ambages, il n’y a pas de couloir à traverser, pas de mise en contexte, pas d’installation de personnages ou d’ambiance. On y est tout de suite, à nous de saisir de quoi il en retourne.
Et c’est facile, un peu fascinant aussi, pour le soupçon d’étrangeté. L’auteur s’adresse directement à la perspicacité du lecteur. On se tient loin d’une situation psycho-sociale pointée du doigt, mais en même temps, on comprend plus que jamais que la vie de fermier, c’est ardu, et même à contre-courant de ce qu’on est supposé vivre dans une société comme la nôtre. On comprend que des marginaux, il s’en trouve partout, pas seulement dans les marges, en plein milieu aussi.
J’ai beaucoup aimé ce petit livre pesant de sens, pour son style qui va directement au but, ne faisant aucune concession pour nous emberlificoter.
Ce roman est finaliste pour Le Prix des Libraires avec raison.
Ce fermier est esseulé, car vivre avec sa mère une fois atteint la trentaine, aussi bien dire, vivre seul. Francis se doit d’être disponible 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, il peut difficilement sortir, socialiser, s’amuser, il a une grosse famille ; un troupeau de vaches.
Le jour où il sent son équilibre vaciller, l’odeur du burn-out peut-être, en homme ouvert et déterminé, il colle une affiche sur tous les poteaux de son village « Homme cherche femme ».
Le burn-out, on en entend parler dès le début du roman, c’est Graziella qui le prévient à temps, juste à temps. Et quant à quitter sa job, elle quitte aussi la ville pour la campagne et, un jour, par la force des choses devient peintre. Peintre en bâtiment. Elle doit travailler, elle a un enfant, dit « Le Petit ».
Au fil des pages, le regard de l’auteur se promène d’un univers à l’autre, et de Francis à Graziella. On entre dans l’histoire sans ambages, il n’y a pas de couloir à traverser, pas de mise en contexte, pas d’installation de personnages ou d’ambiance. On y est tout de suite, à nous de saisir de quoi il en retourne.
Et c’est facile, un peu fascinant aussi, pour le soupçon d’étrangeté. L’auteur s’adresse directement à la perspicacité du lecteur. On se tient loin d’une situation psycho-sociale pointée du doigt, mais en même temps, on comprend plus que jamais que la vie de fermier, c’est ardu, et même à contre-courant de ce qu’on est supposé vivre dans une société comme la nôtre. On comprend que des marginaux, il s’en trouve partout, pas seulement dans les marges, en plein milieu aussi.
J’ai beaucoup aimé ce petit livre pesant de sens, pour son style qui va directement au but, ne faisant aucune concession pour nous emberlificoter.
Ce roman est finaliste pour Le Prix des Libraires avec raison.
samedi 5 avril 2014
Réouverture du Passe-Mot !
J’en reviens pas ! Je n’en reviens pas de revenir. Quels chemins tortueux il me semble avoir empruntés durant ces 5 semaines pour me sortir de ce bourbier. Changer de maison, de ville, de service Internet, de service de courriel a été laborieux, presque douloureux. Plusieurs choses ont changé mais qu’est-ce que j’ai gardé? Le plus important, mes amis. Je me suis éloigné de certains, rapprochés de plusieurs autres et je vous retrouve ici, encore au rendez-vous si vous me lisez là ...là... dans la minute kidnappé à toutes vos minutes qui s’écoulent. Je ne vous cacherai pas qu’il a été pénible ce déménagement. Parce que Marsi était complètement accaparé, avalé, gobé par son projet d’édition « Colis 22 », parce que j’étais mal en point physiquement. Il nous dépassait ce déménagement trop hâtif, trop près de l’autre, par l’ambiguïté des motivations à l’avoir voulu.
Mais allons-y pour la question entre toutes : qu’est-ce qu’on lit quand on est à « faire ses cartons » (j’aime cette expression française) ? On lit ce qui arrive par le courrier postal. Habituellement, je tente de piger sous la pile, afin de remettre les derniers en premier. Cette fois, les premiers restèrent les « premiers », point à la ligne. J’ai reçu « La curieuse histoire d’un chat moribond » de Marie-Renée Lavoie (Hurtubise), je me suis empressée de le lire. D’autant plus que c’était un roman joyeux, adressé à la jeunesse de cœur et/ou de corps. Juste avant, j’avais pigé dans ma bibliothèque « à lire », Le vertige des insectes de Maude Veilleux (Hamac) et pour l’entamer, j’avais abandonné « Le lieu précis de ma colère » de Marie Clark. J’avoue avoir été sans pitié, non pas que ce fut mal écrit, mais le sujet ne m’accrochait pas et, bien franchement, je n’avais pas l’intention de faire d’effort, en faisant trop dans le reste de ma vie. Par contre, je le mets de côté, je pourrais y revenir. J’oubliais « Le sort de Bonté III » que j’ai attrapé, peu avant qu’il s’emballe parmi les vases et les verres. Il avait une qualité évidente : mince. En plus, il me permettrait de dire que j’ai lu un autre des cinq titres en lice pour le Prix des libraires. Un titre que j’ai beaucoup aimé, je vous en reparlerai.
Aujourd’hui, dans ma « nouvelle » maison vintage (1962), j’achève le frais sorti des presses de Druide « Crimes dans une librairie », collectif d’auteurs de polars. Aussitôt que je lis la seizième nouvelle, j’agripperai Détours sur la route de Compostelle de Mylène Gilbert-Dumas, qui vient de tomber dans ma boite aux lettres. La vie continue, le Passe-Mot aussi !
Il n’y a pas que nous qui déménageons, l’atelier de Michèle Plomer également qui se donne maintenant à Eastman, le village des lacs et des lettres. Avis aux intéressés, Marsi et moi l’avons suivi et en gardons un précieux souvenir :
Atelier d’écriture Terre à terre
Description
Cet atelier s’adresse à celles et ceux qui ont le goût ou qui ressentent le besoin de sortir de leurs sentiers battus afin d’amorcer ou de nourrir un projet d’écriture. Dans un climat de respect et de plaisir, Michèle propose des discussions, des lectures, des jeux d’écriture exploratoires, et partage des astuces du métier pour chacun des thèmes suivants :
1- Le fond de l’histoire : identifier les éléments clés d’un récit;
2- La création d’un monde : cerner l’essentiel d’un lieu;
3- Aimer son prochain : observer pour créer des personnages bien en vie;
4- Le droit chemin : maintenir la trame d’un récit;
5- À chacun son point de vue : choisir la voix qui sert le récit;
6- La vie secrète de l’histoire : relire et récrire avec efficacité.
Modalités
5 à 8 participants. Prix total : 90$ par personne. 6 rencontres de 3 heures (jour et heure à déterminer selon la disponibilité des participants) - Lieu : Eastman
jeudi 27 février 2014
VRAC tranche de vie
Sur le fil de Maude Déry
Je n’ai pas si souvent donné ma démission en bientôt 7 ans sur le Passe-Mot mais, pour ce titre, en quelque sorte, je la donne. C’est un recueil de nouvelles que j’ai lu, on peut même dire avaler goulument. Un peu comme des chips. Vous savez le goût de la dernière chip qui renvoie le feeling de ne pas être comblée, et qui avance ta main vers une autre. Il y a de ça dans les nouvelles de Maude Déry. Aussitôt que tu en as fini une, tu en veux une autre. C’est dramatique, intense, ça a l’air vrai, ça t’embarque tout de suite, et tu n’as pas envie de descendre, alors, quand arrive la fin, il t'en faut une autre, tu en veux toujours plus. Par contre, cette avidité à toujours plus, me fait oublier ce que je viens de mang.... lire. Le dénouement tombe et me laisse un peu tomber, et presque toujours sur une note, sans éclaircie au bout. À une ou deux exceptions près, ce sont des couleurs sombres.
Mais je vous entends vous demander, oui mais de quoi elles parlent ces nouvelles ? Eh bien, encore une fois pour le genre « nouvelle », c’est pour moi la torture d'en dresser un compte-rendu, qui se respecte et respecte l’auteure. Alors, cette fois-ci, je donne ma démission et c’est Topinambulle qui me permet de le faire. Cette blogueuse consciencieuse adore les nouvelles, ce qui fait qu'elles vont tapisser ses neurones, elle peut donc leur rendre hommage, en en parlant une à une. Elle donne l’heure juste. La lire est le meilleur conseil que j’ai à donner « Sur le fil ».
La tranche de vie maintenant
Vous avez remarqué mon rythme de sorties de billets ? Il est au ralenti. C’est à cause de la vie, de ma vie. Je déménage encore une fois. Faut le faire ! Ça fait même pas deux ans que nous sommes à Cowansville que nous retournons, pas à Eastman, mais tout près : Magog. Une occasion en or, et en argent, de retourner dans cette région qui a laissé des marques sur nos peaux. Ma tête est ailleurs et c’est dans les boites qu’elle est. Et je ne sais pas dans quelle boite je l’ai mise. Peut-être avec les innombrables boites de livres ! Nous déménageons le 14 mars, on passe chez le notaire le 13. Marsi remet son manuscrit de trois ans de labeur dans quelques jours à La Pastèque. Vous voyez le tableau ? Nous, pis les dates, c’est une histoire complexe. Soit qu’il y en a pas, et que le calendrier coule son quotidien avec ses pleines et rondes lunes ou soit que les dates s’agglutinent dans une étroite sphère.
Et de mon côté, aussi bien vous le dire pendant que nous sommes à mordre dans une tranche de vie, je traine de la patte. J’en ai une avec un genou récalcitrant qui fait concurrence à l’autre qui l’était déjà. Alors, je me promène d’une solution à l’autre, ponction, infiltration de cortisone, physiothérapie, mais toujours à l’aide d’une canne. Ce qui me ralentit, et même le cerveau, on dirait !
Les lettres de refus du premier manuscrit
Très intéressant le dernier billet de blogue de la Doyenne, personnage sous lequel se cache Mylène Gilbert-Dumas, une de nos prolifiques et talentueuses écrivaines. Très éloquent son parcours, un vrai chemin de croix, avant d’arriver à la publication. Si elle avait écouté les premières lettres de refus, elle serait horticultrice, au lieu d’auteure. En plus, elle donne un truc quand on envoie les manuscrits, un truc reçu d’un éditeur. À lire.
Finir en beauté
Je vous laisse sur L’homme qui aime écrire. C’est une chronique de Patrick Lagacé, plusieurs l’ont sûrement lue, pour les autres, eh bien, n’hésitez pas, ça fait chaud au cœur.
Je n’ai pas si souvent donné ma démission en bientôt 7 ans sur le Passe-Mot mais, pour ce titre, en quelque sorte, je la donne. C’est un recueil de nouvelles que j’ai lu, on peut même dire avaler goulument. Un peu comme des chips. Vous savez le goût de la dernière chip qui renvoie le feeling de ne pas être comblée, et qui avance ta main vers une autre. Il y a de ça dans les nouvelles de Maude Déry. Aussitôt que tu en as fini une, tu en veux une autre. C’est dramatique, intense, ça a l’air vrai, ça t’embarque tout de suite, et tu n’as pas envie de descendre, alors, quand arrive la fin, il t'en faut une autre, tu en veux toujours plus. Par contre, cette avidité à toujours plus, me fait oublier ce que je viens de mang.... lire. Le dénouement tombe et me laisse un peu tomber, et presque toujours sur une note, sans éclaircie au bout. À une ou deux exceptions près, ce sont des couleurs sombres.
Mais je vous entends vous demander, oui mais de quoi elles parlent ces nouvelles ? Eh bien, encore une fois pour le genre « nouvelle », c’est pour moi la torture d'en dresser un compte-rendu, qui se respecte et respecte l’auteure. Alors, cette fois-ci, je donne ma démission et c’est Topinambulle qui me permet de le faire. Cette blogueuse consciencieuse adore les nouvelles, ce qui fait qu'elles vont tapisser ses neurones, elle peut donc leur rendre hommage, en en parlant une à une. Elle donne l’heure juste. La lire est le meilleur conseil que j’ai à donner « Sur le fil ».
La tranche de vie maintenant
Vous avez remarqué mon rythme de sorties de billets ? Il est au ralenti. C’est à cause de la vie, de ma vie. Je déménage encore une fois. Faut le faire ! Ça fait même pas deux ans que nous sommes à Cowansville que nous retournons, pas à Eastman, mais tout près : Magog. Une occasion en or, et en argent, de retourner dans cette région qui a laissé des marques sur nos peaux. Ma tête est ailleurs et c’est dans les boites qu’elle est. Et je ne sais pas dans quelle boite je l’ai mise. Peut-être avec les innombrables boites de livres ! Nous déménageons le 14 mars, on passe chez le notaire le 13. Marsi remet son manuscrit de trois ans de labeur dans quelques jours à La Pastèque. Vous voyez le tableau ? Nous, pis les dates, c’est une histoire complexe. Soit qu’il y en a pas, et que le calendrier coule son quotidien avec ses pleines et rondes lunes ou soit que les dates s’agglutinent dans une étroite sphère.
Et de mon côté, aussi bien vous le dire pendant que nous sommes à mordre dans une tranche de vie, je traine de la patte. J’en ai une avec un genou récalcitrant qui fait concurrence à l’autre qui l’était déjà. Alors, je me promène d’une solution à l’autre, ponction, infiltration de cortisone, physiothérapie, mais toujours à l’aide d’une canne. Ce qui me ralentit, et même le cerveau, on dirait !
Les lettres de refus du premier manuscrit
Très intéressant le dernier billet de blogue de la Doyenne, personnage sous lequel se cache Mylène Gilbert-Dumas, une de nos prolifiques et talentueuses écrivaines. Très éloquent son parcours, un vrai chemin de croix, avant d’arriver à la publication. Si elle avait écouté les premières lettres de refus, elle serait horticultrice, au lieu d’auteure. En plus, elle donne un truc quand on envoie les manuscrits, un truc reçu d’un éditeur. À lire.
Finir en beauté
Je vous laisse sur L’homme qui aime écrire. C’est une chronique de Patrick Lagacé, plusieurs l’ont sûrement lue, pour les autres, eh bien, n’hésitez pas, ça fait chaud au cœur.
Libellés :
Compte-rendu,
Du vrac en veux-tu ?
mardi 18 février 2014
Traces de Anna Raymonde Gazaille
Des femmes mutilées sont exposées sur leur lit, telles des trophées, suite à des actes d’une violence inouïe. Si c’est un tueur en série, il faut le capturer pour que cesse le carnage. Un voyeur se tapit dans l’ombre, une femme échappe à la mort, alors qu’elle est au volant. Ces éléments viendront-ils brouiller les cartes ou rajouter des indices?
Le chef enquêteur, Paul Morel et son équipe – Tanguay, Cabrini, Ling Yao et Gupta –, aidés par un enquêteur d’un autre poste, se jettent à corps perdu dans l’enquête. Cette pluralité d’enquêteurs est une nouveauté pour moi. Peut-être est-ce pour cela que ce polar contient un très grand nombre d’explications sur les procédures policières. Ce côté didactique m’a certaines fois dérangée et à d’autres, j’y ai trouvé mon compte.
On entend souvent dire que l’auteure d’un premier roman veut tout mettre, avec Traces, je dirais, encore plus, peut-être parce que c’est un polar! Le bon côté est que cela permet d’ajouter de la chair autour de l’os, l’histoire s’étendant vers différentes ramifications. L’auteure se permet même d’aborder des questions de société.
J’aime que l’on approfondisse le caractère d’un meurtrier pour y découvrir une source de mobile implacable au niveau psychologique, surtout lorsqu’il s’agit de crimes à ce point abjects. J’ai trouvé le portrait du meurtrier un peu flou, malgré ses mobiles, un peu comme si on jouait à Clue, et que c’était le rôle qui lui était dévolu pour cette joute. Le caractère le plus fort, donc le plus crédible est, à mon sens, le voyeur, qui donnerait des sueurs froides à n’importe quelle femme.
S’il y faut cerner un thème, il tourne définitivement autour de la relation attractive : la perverse, l’hypocrite, la jalouse, la toxique, l’esclavagiste; on s’en prive, on s’y vautre, on envie celles des autres. L’auteure révèle la relation amoureuse de tous ses personnages, autant la femme accidentée que l’enquêteur de l’autre poste, ce qui est en fait en définitive un polar touffu, nouveau genre. À quand la deuxième enquête ?
Le chef enquêteur, Paul Morel et son équipe – Tanguay, Cabrini, Ling Yao et Gupta –, aidés par un enquêteur d’un autre poste, se jettent à corps perdu dans l’enquête. Cette pluralité d’enquêteurs est une nouveauté pour moi. Peut-être est-ce pour cela que ce polar contient un très grand nombre d’explications sur les procédures policières. Ce côté didactique m’a certaines fois dérangée et à d’autres, j’y ai trouvé mon compte.
On entend souvent dire que l’auteure d’un premier roman veut tout mettre, avec Traces, je dirais, encore plus, peut-être parce que c’est un polar! Le bon côté est que cela permet d’ajouter de la chair autour de l’os, l’histoire s’étendant vers différentes ramifications. L’auteure se permet même d’aborder des questions de société.
J’aime que l’on approfondisse le caractère d’un meurtrier pour y découvrir une source de mobile implacable au niveau psychologique, surtout lorsqu’il s’agit de crimes à ce point abjects. J’ai trouvé le portrait du meurtrier un peu flou, malgré ses mobiles, un peu comme si on jouait à Clue, et que c’était le rôle qui lui était dévolu pour cette joute. Le caractère le plus fort, donc le plus crédible est, à mon sens, le voyeur, qui donnerait des sueurs froides à n’importe quelle femme.
S’il y faut cerner un thème, il tourne définitivement autour de la relation attractive : la perverse, l’hypocrite, la jalouse, la toxique, l’esclavagiste; on s’en prive, on s’y vautre, on envie celles des autres. L’auteure révèle la relation amoureuse de tous ses personnages, autant la femme accidentée que l’enquêteur de l’autre poste, ce qui est en fait en définitive un polar touffu, nouveau genre. À quand la deuxième enquête ?
mercredi 12 février 2014
Corbeau et Novembre de Stéphane Achille
"Fin tableau de société personnifié par un obsessif compulsif"
Je pense avoir trouvé un auteur dont j’aime l’humour, même quand il ne désire pas être drôle, et peut-être parce qu’il ne le désire pas à tout prix.
Les excès de Charles-Alexandre Dulong ont récolté mon lot de sourires chroniques, celui-ci occupant pour mon plus grand plaisir, le rôle de narrateur. Stéphane Achille a su exploiter avec finesse les excès de ce personnage. Grâce à sa formation légale, celui-ci est en charge du département de la rédaction des modes d’emploi. Si vous vous êtes déjà demandé qui rédigeait ces mises en garde « ne pas immerger un séchoir dans l’eau quand il est branché», c’est notre narrateur qui s’en acquitte avec le plus grand des sérieux.
Comment peut-on devenir maniaque de la procédure, encadrer chacun de nos gestes au point de tuer toute spontanéité en soi? Bref, comment peut-on tenir à tout prix à se protéger de la vie? Les réponses à ces questions se trouvent dans les chapitres des années 1984, alors que Charles-Alexandre est un gamin de 11 ans.
L’auteur nous fait voyager de la racine (1984) à la fleur de l’âge (2011), aussi progressivement que subtilement, nous laissant découvrir pourquoi l’homme est devenu ce qu’il est : un être obsessif compulsif socialement productif.
Les chapitres sur l’enfance sont captivants, une perle que cette relation avec sa mère, mais de le retrouver ensuite à l’âge adulte est jouissif. Ce professionnel prétentieux se prend en défaut et s’enfonce lentement les pieds dans les plats à la suite d’une erreur. Si vous voulez voir comment panique un homme qui vit aussi méthodiquement qu’un métronome ? Vous en trouverez une démonstration comique et complexe.
Que j’ai apprécié cette satire en douceur de notre société qui surconsomme couche de protection par-dessus couche de protection ! Nos travers de société défilent sous nos yeux, sans ton explicatif, encore moins moralisateur. Des intrigues assez denses nous mènent à tourner vivement les pages, tout en ne voulant rien manquer de ce style pince-sans-rire tout en subtilité.
Je ne l’ai pas lu, je l’ai souri.
Je pense avoir trouvé un auteur dont j’aime l’humour, même quand il ne désire pas être drôle, et peut-être parce qu’il ne le désire pas à tout prix.
Les excès de Charles-Alexandre Dulong ont récolté mon lot de sourires chroniques, celui-ci occupant pour mon plus grand plaisir, le rôle de narrateur. Stéphane Achille a su exploiter avec finesse les excès de ce personnage. Grâce à sa formation légale, celui-ci est en charge du département de la rédaction des modes d’emploi. Si vous vous êtes déjà demandé qui rédigeait ces mises en garde « ne pas immerger un séchoir dans l’eau quand il est branché», c’est notre narrateur qui s’en acquitte avec le plus grand des sérieux.
Comment peut-on devenir maniaque de la procédure, encadrer chacun de nos gestes au point de tuer toute spontanéité en soi? Bref, comment peut-on tenir à tout prix à se protéger de la vie? Les réponses à ces questions se trouvent dans les chapitres des années 1984, alors que Charles-Alexandre est un gamin de 11 ans.
L’auteur nous fait voyager de la racine (1984) à la fleur de l’âge (2011), aussi progressivement que subtilement, nous laissant découvrir pourquoi l’homme est devenu ce qu’il est : un être obsessif compulsif socialement productif.
Les chapitres sur l’enfance sont captivants, une perle que cette relation avec sa mère, mais de le retrouver ensuite à l’âge adulte est jouissif. Ce professionnel prétentieux se prend en défaut et s’enfonce lentement les pieds dans les plats à la suite d’une erreur. Si vous voulez voir comment panique un homme qui vit aussi méthodiquement qu’un métronome ? Vous en trouverez une démonstration comique et complexe.
Que j’ai apprécié cette satire en douceur de notre société qui surconsomme couche de protection par-dessus couche de protection ! Nos travers de société défilent sous nos yeux, sans ton explicatif, encore moins moralisateur. Des intrigues assez denses nous mènent à tourner vivement les pages, tout en ne voulant rien manquer de ce style pince-sans-rire tout en subtilité.
Je ne l’ai pas lu, je l’ai souri.
mardi 4 février 2014
Quelques pas dans l'éternité de Jean-François Beauchemin
J’ai aimé que Québec Amérique nous présente “Quelques pas dans l’éternité” dans un tout autre format que les derniers opus de Jean-François Beauchemin. J’ai aimé lire ce petit livre déposé entre mes mains, il s’y est reposé. Que pouvait donc avoir à nous confier, Jean-François Beauchemin, lui qui nous a déjà amené à humer les essentiels thèmes de la vie ?
C’est un journal. Des notes colligées pendant une année, pas sur la pluie et le beau temps mais sur la vie et la mort, sur le ciel et la terre, sur le songe et la réalité. Toujours aussi fouilleur de ses états d’enfance et toujours aussi en alerte devant la beauté. Il ne nous laisse plus le choix de ne pas commencer à le connaître, je parle bien sûr de ceux qui, comme moi, le suivent pas à pas.
La forme du journal apporte un nouvel angle à la pierre précieuse qu’est son propos, que l’on retourne entre nos doigts d’une différente façon. Il y a ce jour à jour, ce quotidien, cette routine d’écriture, cette matière première de son métier assumé, défini : écrivain. Son métier prend beaucoup de place en ces pages qui se tournent au gré des jours de calendrier. Je me suis plu à regarder l’espace temps laissé entre les dates. Qu’avait-il fait qu’il taisait ? J’allais jusqu’à me poser cette question.
Dans ces carnets tenus avec conscience et régularité, on trouve l’homme entier, non pas que les carnets puissent le contenir en entier, mais il renvoie un aboutissement des quatre derniers titres publiés. Nous longeons avec lui son expérience d’écriture, même ses livres pour la jeunesse. Un voile est soulevé afin que nous reluquions les coulisses de sa vie d’écrivain, en sa compagnie. L’écrivain et l’humain sont en relation si intime, presque indissociable.
J’ai réalisé plus que jamais qu’il existe le « avant » et le après son coma : « Ma mort, aux côtés de laquelle je venais de m’étendre quelques jours, m’indiquait désormais où regarder » C’est la première fois que j’ai compris jusqu’à quel point sa maladie, qui a failli lui faucher la vie, l’avait fait rencontrer la douleur. Comment faire pour que la douleur imprégnée dans tes chairs ne transforme ton corps en ennemi juré pour toujours ? C’est l’exercice qu’il s’est employé à faire et qu’il poursuie, pour les séquelles qu’il en reste et toutes les autres qui en découlent.
Ces carnets nous donnent également un aperçu de son modus vivendi, les gestes et pensées qui font de lui un être zen, serein, quand il pourrait être tout autre, à dériver par ses primes pulsions. Sa vie est loin d’être ennuyante, ses mots non plus, et ses réflexions font réfléchir. Ses pensées nous ramènent à soi, en soi. Même s’il donne beaucoup de temps à son compagnon canin, c’est pour mieux réfléchir à l’humain, le centre de l’univers.
Dans ces autres récits, il faisait continuellement référence à la beauté. J’ai été tenté à certains moments de remplacer le mot beauté par « esprit », « dieu », « idéal », « harmonie », juste pour voir si je la comprenais mieux. C’est la beauté qui porte un grand B et je crois que celle-ci varie d’une conscience à l’autre. Ce que je dirais de celle de Jean-François c’est qu’elle apaise, abreuve, rassasie.
La dernière page tournée, j’ai soupiré d’aise, même si ma lecture du début ne laissait pas nécessairement présager une telle satisfaction. Au départ, certaines redites m’ont quelque peu dérangée. La présence d’une histoire, si mince soit-elle, me manquait. Comme les textes s’échelonnent sur une année complète, j’ai perçu un mouvement dans l’humeur de l’auteur. Le début est marqué par une critique littéraire sur son dernier bouquin, indiquant que l’on pouvait croire à de la prétention dans sa manière de s’exprimer. L’auteur a pris soin de nous expliquer jusqu’à quel point, c’est tout le contraire, puisqu’il se met dans le même bateau que ces êtres qui appréhendent mal la vie à certains moments.
Malgré le manque de justesse, je crois avoir compris ce que le critique a tenté de dire. Il arrive parfois à Beauchemin d’utiliser un ton de prophète, du genre : « Vous avez tort si vous pensez cela ... ». C’est la forme, pas le fond, on fait la différence si on s’ouvre. À mesure que j’avançais et plus l’intimité croissait, et plus je faisais corps avec l’écrivain et tombaient des barrières, comme de ces sentences sentencieuses.
Un voeu nouveau d’une belle vivacité est né en moi : répliquer. Je n’ai pas encore placé ma demande au maître « temps », il m’en faudrait une petite réserve pour accomplir ce projet. Ah, la vie, comme elle nous occupe.
C’est un journal. Des notes colligées pendant une année, pas sur la pluie et le beau temps mais sur la vie et la mort, sur le ciel et la terre, sur le songe et la réalité. Toujours aussi fouilleur de ses états d’enfance et toujours aussi en alerte devant la beauté. Il ne nous laisse plus le choix de ne pas commencer à le connaître, je parle bien sûr de ceux qui, comme moi, le suivent pas à pas.
La forme du journal apporte un nouvel angle à la pierre précieuse qu’est son propos, que l’on retourne entre nos doigts d’une différente façon. Il y a ce jour à jour, ce quotidien, cette routine d’écriture, cette matière première de son métier assumé, défini : écrivain. Son métier prend beaucoup de place en ces pages qui se tournent au gré des jours de calendrier. Je me suis plu à regarder l’espace temps laissé entre les dates. Qu’avait-il fait qu’il taisait ? J’allais jusqu’à me poser cette question.
Dans ces carnets tenus avec conscience et régularité, on trouve l’homme entier, non pas que les carnets puissent le contenir en entier, mais il renvoie un aboutissement des quatre derniers titres publiés. Nous longeons avec lui son expérience d’écriture, même ses livres pour la jeunesse. Un voile est soulevé afin que nous reluquions les coulisses de sa vie d’écrivain, en sa compagnie. L’écrivain et l’humain sont en relation si intime, presque indissociable.
J’ai réalisé plus que jamais qu’il existe le « avant » et le après son coma : « Ma mort, aux côtés de laquelle je venais de m’étendre quelques jours, m’indiquait désormais où regarder » C’est la première fois que j’ai compris jusqu’à quel point sa maladie, qui a failli lui faucher la vie, l’avait fait rencontrer la douleur. Comment faire pour que la douleur imprégnée dans tes chairs ne transforme ton corps en ennemi juré pour toujours ? C’est l’exercice qu’il s’est employé à faire et qu’il poursuie, pour les séquelles qu’il en reste et toutes les autres qui en découlent.
Ces carnets nous donnent également un aperçu de son modus vivendi, les gestes et pensées qui font de lui un être zen, serein, quand il pourrait être tout autre, à dériver par ses primes pulsions. Sa vie est loin d’être ennuyante, ses mots non plus, et ses réflexions font réfléchir. Ses pensées nous ramènent à soi, en soi. Même s’il donne beaucoup de temps à son compagnon canin, c’est pour mieux réfléchir à l’humain, le centre de l’univers.
Dans ces autres récits, il faisait continuellement référence à la beauté. J’ai été tenté à certains moments de remplacer le mot beauté par « esprit », « dieu », « idéal », « harmonie », juste pour voir si je la comprenais mieux. C’est la beauté qui porte un grand B et je crois que celle-ci varie d’une conscience à l’autre. Ce que je dirais de celle de Jean-François c’est qu’elle apaise, abreuve, rassasie.
La dernière page tournée, j’ai soupiré d’aise, même si ma lecture du début ne laissait pas nécessairement présager une telle satisfaction. Au départ, certaines redites m’ont quelque peu dérangée. La présence d’une histoire, si mince soit-elle, me manquait. Comme les textes s’échelonnent sur une année complète, j’ai perçu un mouvement dans l’humeur de l’auteur. Le début est marqué par une critique littéraire sur son dernier bouquin, indiquant que l’on pouvait croire à de la prétention dans sa manière de s’exprimer. L’auteur a pris soin de nous expliquer jusqu’à quel point, c’est tout le contraire, puisqu’il se met dans le même bateau que ces êtres qui appréhendent mal la vie à certains moments.
Malgré le manque de justesse, je crois avoir compris ce que le critique a tenté de dire. Il arrive parfois à Beauchemin d’utiliser un ton de prophète, du genre : « Vous avez tort si vous pensez cela ... ». C’est la forme, pas le fond, on fait la différence si on s’ouvre. À mesure que j’avançais et plus l’intimité croissait, et plus je faisais corps avec l’écrivain et tombaient des barrières, comme de ces sentences sentencieuses.
Un voeu nouveau d’une belle vivacité est né en moi : répliquer. Je n’ai pas encore placé ma demande au maître « temps », il m’en faudrait une petite réserve pour accomplir ce projet. Ah, la vie, comme elle nous occupe.
mercredi 29 janvier 2014
VRAC qui roule n'amasse pas mousse
![]() |
| CLIQUEZ POUR AGRANDIR |
- La classe de madame Valérie, François Blais (L’Instant même)
- Pomme S, Éric Plamondon (Le Quartanier)
- Le sort de Bonté III, Alain Poissant (Sémaphore)
- L’orangeraie, Larry Tremblay (Alto)
- Les sangs, Audrée Wilhelmy (Leméac)
Je n’ai lu aucun des cinq en lice !!! (pas de pif ou pas de chance cette année).
J’en ai un entre les mains : Le sort de Bonté III, que je me propose de le lire
J’aimerais lire les quatre autres, mais comme ce n’est pas raisonnable, je vais opter pour Pomme S (lequel va gagner, selon moi) et Les sangs d'Audrey Wilhelmy, lequel m’intrigue grandement.
En attendant ce 12 mai au Lion d'Or, place au vote ! L’an dernier, ce sont plus de 220 libraires qui y ont participé : Libraires indépendantes du Québec, coopératives en milieu scolaire, Groupe Archambault, Groupe Indigo et Groupe Renaud-Bray.
Concours pour VOUS, lecteurs : plus de 2 000 $ à gagner
Entre le 11 février et le 12 mai 2014, achetez un des dix livres finalistes en librairie et courez la chance de gagner un de ces prix :
- 1 carte-cadeau de 500 $ dans une librairie participante et les 10 livres finalistes
- 1 carte-cadeau de 300 $ dans une librairie participante et les 10 livres finalistes
- les 24 titres de liste préliminaire
- les 10 livres finalistes ou les 2 livres lauréats.
Résidence d’écrivain à Détroit
Ce programme est ouvert aux écrivains du monde entier qui accepteraient de s'installer à Detroit pour au moins deux ans. "N'importe quel écrivain recherchant une nouvelle maison et une nouvelle inspiration peut candidater"
Idée assez originale que voilà pour les écrivains qui n’ont pas peur du dépaysement. On se dirait, non pas dans une autre ville mais un autre univers. J’avoue que ça peut être inspirant et certainement ultra-économique, ce que vous constaterez en lisant l’article. Autre point non négligeable, j’ai l’impression qu’en se coupant un peu de la civilisation, ça t’oblige à plancher sur ton œuvre. Les distractions sont moins abondantes, donc moins de tentations à fuir les petites pannes d’inspirations normales.
Rien ne s’invente, tout se filme
Il y en a un char pis une barge des livres dont on tire les films, tellement qu’on se demande si les scénaristes ne manqueraient pas d’inspiration. Mais l’idée ici, à mon avis, est de lire avant de voir car la majorité du temps, la source originale de l’œuvre, le livre est meilleur que le film.
Prenez des notes, La librairie Monet nous a dressé une liste de tous les livres tirés de film pour 2014 et même un peu au-delà.
Libellés :
Du vrac en veux-tu ?,
Prix littéraires
vendredi 17 janvier 2014
Le mur mitoyen de Catherine Leroux
J’en ai entendu tellement de bien ; la blogosphère exulte devant ce titre. Dangereux. Pour moi, en tout cas. La découvreuse de trésors que j'aime être, mise sur la glace, j’ai entamé ma lecture.
Mon intérêt a démarré lentement, presque laborieusement. Plusieurs histoires et entre elles, je percevais un mur, et pas vraiment mitoyen. J’ai tout d’abord eu l’impression de lire des nouvelles, et les nouvelles et moi, c’est deux, avec ma tendance à m’égarer. Faut dire aussi que j’aimais tellement Madeleine, voulais toujours revenir à elle, ma préférée. Je tentais de toucher à son mystère. Ses relations le sont aussi, mystérieuses. Il y a celle avec son fils, Édouard, si indépendant qu’il semble se balancer complètement de sa mère et Madeleine, si indépendante dans sa relation amoureuse avec son voisin, qu’elle semble s’en balancer complètement. S’ajoutent deux satellites : la blonde d’Édouard et une visiteuse, une aidante naturelle sans lien de sang.
Ma deuxième favorite est l’histoire du politicien et de sa femme, un couple en symbiose, rarissime dans la romance moderne, surtout dans le cas de relations durables. La fusion n’est pas à la mode, on peut s’aimer un et l’autre passionnément, en autant que l’on reste convaincu que l’on peut vivre sans l’autre. Tellement de surprises attendent le lecteur dans cette histoire hors du commun !
Simon et Carmen, face à leur mère à l’agonie, m’ont laissé sur mon quant-à-soi. J’aurais aimé connaître cette mère dans la fleur de l’âge, elle semblait tout un numéro, tandis que les enfants, par contraste, m’apparaissaient banals. L’histoire des deux petites filles est celle qui m’a le plus égarée, j’avais à chaque fois de la difficulté à me remettre dans cette ambiance où je sentais une menace planer.
Autrement dit, il y a assez de substance dans les deux premières histoires pour les développer en un roman complet et passionnant, tandis que les deux autres peuvent se contenter d’être d'excellentes nouvelles.
Ceci dit, les perspectives et les angles inusités, s’articulant discrètement derrière les personnages nourrissent grassement le roman, et plus l’intrigue se développe, plus on en aperçoit la trame.
Le style de Catherine Leroux attache solidement le tout, dégageant un rare naturel dans autant d’assurance, jusqu'à pouvoir parler de style serein. Si jamais j’apprenais que l’auteure est rongée de doute en écrivant, je serais étonnée. On peut conclure qu’elle possède royalement l’art de s’effacer derrière ses histoires et ses personnages.
Un roman respirant l’incongruité, à mille lieux des clichés, mené par une auteur qui sait où elle s’en va et si, à certains moments, le lecteur perd momentanément son chemin, lorsque qu’il le retrouve, c’est l’allégresse.
Mon intérêt a démarré lentement, presque laborieusement. Plusieurs histoires et entre elles, je percevais un mur, et pas vraiment mitoyen. J’ai tout d’abord eu l’impression de lire des nouvelles, et les nouvelles et moi, c’est deux, avec ma tendance à m’égarer. Faut dire aussi que j’aimais tellement Madeleine, voulais toujours revenir à elle, ma préférée. Je tentais de toucher à son mystère. Ses relations le sont aussi, mystérieuses. Il y a celle avec son fils, Édouard, si indépendant qu’il semble se balancer complètement de sa mère et Madeleine, si indépendante dans sa relation amoureuse avec son voisin, qu’elle semble s’en balancer complètement. S’ajoutent deux satellites : la blonde d’Édouard et une visiteuse, une aidante naturelle sans lien de sang.
Ma deuxième favorite est l’histoire du politicien et de sa femme, un couple en symbiose, rarissime dans la romance moderne, surtout dans le cas de relations durables. La fusion n’est pas à la mode, on peut s’aimer un et l’autre passionnément, en autant que l’on reste convaincu que l’on peut vivre sans l’autre. Tellement de surprises attendent le lecteur dans cette histoire hors du commun !
Simon et Carmen, face à leur mère à l’agonie, m’ont laissé sur mon quant-à-soi. J’aurais aimé connaître cette mère dans la fleur de l’âge, elle semblait tout un numéro, tandis que les enfants, par contraste, m’apparaissaient banals. L’histoire des deux petites filles est celle qui m’a le plus égarée, j’avais à chaque fois de la difficulté à me remettre dans cette ambiance où je sentais une menace planer.
Autrement dit, il y a assez de substance dans les deux premières histoires pour les développer en un roman complet et passionnant, tandis que les deux autres peuvent se contenter d’être d'excellentes nouvelles.
Ceci dit, les perspectives et les angles inusités, s’articulant discrètement derrière les personnages nourrissent grassement le roman, et plus l’intrigue se développe, plus on en aperçoit la trame.
Le style de Catherine Leroux attache solidement le tout, dégageant un rare naturel dans autant d’assurance, jusqu'à pouvoir parler de style serein. Si jamais j’apprenais que l’auteure est rongée de doute en écrivant, je serais étonnée. On peut conclure qu’elle possède royalement l’art de s’effacer derrière ses histoires et ses personnages.
Un roman respirant l’incongruité, à mille lieux des clichés, mené par une auteur qui sait où elle s’en va et si, à certains moments, le lecteur perd momentanément son chemin, lorsque qu’il le retrouve, c’est l’allégresse.
mercredi 15 janvier 2014
Le goût, une histoire d'égo - (Fleurs au Fusil)
Un égo se ramène souvent à une question de goût. Un égo a tel goût, l'autre égo a un goût différent. Quel égo est le mieux, lequel a le plus raison, lequel a le meilleur des goûts ?
Quand je participe au webzine La Recrue pour un repêchage, ça va, je ne suis pas directement confrontée. Je suis sur mon île et mon île m'envoie pour écho, ma voix. Quand je participe à la chronique "Recrue du mois", où nous sommes au moins quatre à commenter le même livre, c'est différent. On ne se consulte pas avant la sortie de nos commentaires, on apprend donc l'avis de l'autre égo, le 15 du mois. Aujourd'hui.
Pour Fleurs au fusil, nous étions quatre. Deux égos ont beaucoup aimé, deux autres ont peu aimé. Je suis dans cette dernière catégorie avec Marie-Jeanne Leduc. J'ai lu les avis de Lucie Renaud et Maud Lemieux, et j'ai été troublée. Elles avaient certes lu le même roman que moi, mais avaient vécu des émotions tellement différentes. Ça m'avait déjà frappé mais ça m'a frappée plus que jamais. Ça te ramène à l'essentiel. Tu n'es qu'un goût, un égo qui s'adresse à d'autres égos. Ma participation régulière à La Recrue me permet de ne jamais l'oublier.
Fleurs au fusil - Marjolaine Deschênes
L’histoire de Viviane Videloup se découpe en épisodes. Le premier tourne autour de sa relation avec le père qu’elle s’est choisi : Louis Leloup. Par contre, c’est la relation avec son père de sang, Janvier, qui l’a marquée pour la vie. Ce père rustre, perdant la tête quand il boit, pourchassant alors femme et enfants avec une carabine, a un dada : empailler des animaux pour leur donner une vie artificielle. Cette activité obsessive de son père a frappé l’imaginaire de la fillette et amène la femme de maintenant 36 ans à remettre en question le romantisme, auquel elle reproche de donner l’apparence du vivant aux morts.
Le deuxième épisode se déroule en compagnie de Laurent, un ami qu’elle va retrouver en Belgique durant sa sabbatique. Ensuite, viendra l’épisode de Fleure, une amie d’enfance providentiellement retrouvée à Bruxelles. Ces deux relations ont su capter mon intérêt, et en ce sens-là, j’aurais aimé qu’elles soient fouillées plus avant.
Année sabbatique rime avec bilan. Tout est prétexte à voir filer sa vie dans le rétroviseur : maternité, absences, départs, brisures, chocs, accidents. L’homme n’occupe pas la belle part ; les bons disparaissent ou veulent disparaitre (père d’adoption, père de sa fille, frère) mais les monstres perdurent. Dans un tel contexte, la femme est facile à porter aux nues, mais sans trace de romantisme, tient à préciser Viviane. La relation avec sa fille est idyllique; ce sont vraiment les hommes qui écorchent le cœur et le corps des femmes.
J’ai été dérangée par la violence insolente des pères et l’image traîtresse des hommes, probablement parce que l’auteure ne la creuse pas, elle l’expose, point. Ma lecture a manqué de fluidité, le roman s’entrecoupant de relations effleurées, que j’oubliais aussi vite que l’auteure les mettait de côté. L’épilogue de 17 pages, se présentant en 5 chapitres, m’a donné l’impression d’un sac dans lequel on empile les conclusions.
J’ai relu le roman et dois admettre que j’ai mieux apprécié ma deuxième lecture que la première. Qui sait, si une troisième ….
Quand je participe au webzine La Recrue pour un repêchage, ça va, je ne suis pas directement confrontée. Je suis sur mon île et mon île m'envoie pour écho, ma voix. Quand je participe à la chronique "Recrue du mois", où nous sommes au moins quatre à commenter le même livre, c'est différent. On ne se consulte pas avant la sortie de nos commentaires, on apprend donc l'avis de l'autre égo, le 15 du mois. Aujourd'hui.
Pour Fleurs au fusil, nous étions quatre. Deux égos ont beaucoup aimé, deux autres ont peu aimé. Je suis dans cette dernière catégorie avec Marie-Jeanne Leduc. J'ai lu les avis de Lucie Renaud et Maud Lemieux, et j'ai été troublée. Elles avaient certes lu le même roman que moi, mais avaient vécu des émotions tellement différentes. Ça m'avait déjà frappé mais ça m'a frappée plus que jamais. Ça te ramène à l'essentiel. Tu n'es qu'un goût, un égo qui s'adresse à d'autres égos. Ma participation régulière à La Recrue me permet de ne jamais l'oublier.
Fleurs au fusil - Marjolaine DeschênesL’histoire de Viviane Videloup se découpe en épisodes. Le premier tourne autour de sa relation avec le père qu’elle s’est choisi : Louis Leloup. Par contre, c’est la relation avec son père de sang, Janvier, qui l’a marquée pour la vie. Ce père rustre, perdant la tête quand il boit, pourchassant alors femme et enfants avec une carabine, a un dada : empailler des animaux pour leur donner une vie artificielle. Cette activité obsessive de son père a frappé l’imaginaire de la fillette et amène la femme de maintenant 36 ans à remettre en question le romantisme, auquel elle reproche de donner l’apparence du vivant aux morts.
Le deuxième épisode se déroule en compagnie de Laurent, un ami qu’elle va retrouver en Belgique durant sa sabbatique. Ensuite, viendra l’épisode de Fleure, une amie d’enfance providentiellement retrouvée à Bruxelles. Ces deux relations ont su capter mon intérêt, et en ce sens-là, j’aurais aimé qu’elles soient fouillées plus avant.
Année sabbatique rime avec bilan. Tout est prétexte à voir filer sa vie dans le rétroviseur : maternité, absences, départs, brisures, chocs, accidents. L’homme n’occupe pas la belle part ; les bons disparaissent ou veulent disparaitre (père d’adoption, père de sa fille, frère) mais les monstres perdurent. Dans un tel contexte, la femme est facile à porter aux nues, mais sans trace de romantisme, tient à préciser Viviane. La relation avec sa fille est idyllique; ce sont vraiment les hommes qui écorchent le cœur et le corps des femmes.
J’ai été dérangée par la violence insolente des pères et l’image traîtresse des hommes, probablement parce que l’auteure ne la creuse pas, elle l’expose, point. Ma lecture a manqué de fluidité, le roman s’entrecoupant de relations effleurées, que j’oubliais aussi vite que l’auteure les mettait de côté. L’épilogue de 17 pages, se présentant en 5 chapitres, m’a donné l’impression d’un sac dans lequel on empile les conclusions.
J’ai relu le roman et dois admettre que j’ai mieux apprécié ma deuxième lecture que la première. Qui sait, si une troisième ….
jeudi 9 janvier 2014
TOP 10 de mes lectures 2013
1. La fille qui n’existait pas de Denis Thériault
C’est mon coup de cœur, j’ai dû me lever en pleine nuit pour le terminer. Je suis encore sans mot. J’ai le trac, je me demande comment communiquer ce que j’ai ressenti en vivant cette histoire « à la poupée russe » où les couches soulevées une à une dévoilent une réalité autre que celle que je croyais. L’intrigue repose sur des clés, ouvrant des portes, qui elles ouvrent d’autres portes. Le commentaire suivant vient d’une personne qui a moins aimé. Malgré tout, voyez les qualités que Danielle Morissette lui trouve : Je salue cependant l’imaginaire qui a généré tout ça. La tendresse et l’ingénuité qui persiste malgré et au delà de l’horreur et de l’invivable. La beauté de la langue et le secret bien gardé. - critique complète ici.
2. Le frère du trapéziste de Denis Robitaille
Ce roman a tout pour me plaire : foisonnant, des rebondissements surprenants avec un thème que je privilégie : le jeu des apparences. Je n’ai pas su pressentir, prévoir ou deviner. L'auteur m'a pris en otage.
J’aime ce genre de roman qui bouge, par l’action physique et psychologique, tout en conservant une aura de mystère. Cette histoire dépasse le lecteur pour la bonne raison que le personnage principal est lui-même dépassé par ses actions et décisions. Cela fait penser à la vraie vie. C’est un roman mettant en relief de nombreux contrastes: la stabilité versus la sédentarité, l’enracinement, l’errance. L’amusement ou le sens du devoir. L’idéalisation de l’être aimé. Être soi pour soi, ou pour répondre à ce que l’autre attend de soi. Le pouvoir des racines dans une quête d’identité. Et finalement, ce thème si cher à plus d’un auteur, le jeu des apparences. - critique complète ici.
3. Si tu passes la rivière de Geneviève Damas
Ce roman m’a émue, bouleversée. Il est venu me chercher au plus profond de mes valeurs.
J’ai tout aimé de ce roman, les défauts ont fini par se confondre aux qualités, tellement j’ai pris du plaisir à entendre la voix de François. Rien n’est expliqué, tout est démontré, vu et vécu. Le lecteur a de la place pour pondre sa propre histoire sous les mots. J’en suis même arriver à déduire qu’une relation d’amour, qu’elle soit avec un chien, un humain ou un cochon ouvre les digues d’une compréhension, autant que n’importe quel discours étoffé de connaissances. - critique complète ici.
4. L’enfant qui savait parler la langue des chiens de Joanna Gruda
J’ai été un enfant qui change de foyers à répétition, parce sa mère veut le protéger. Comment une mère peut protéger son enfant avec un instinct maternel défaillant ? Cette histoire basée sur la réalité est relatée par la petite-fille d’une manière juste, judicieuse et intelligente.
La trame repose sur un garçon obligé de fuir l’ennemi en changeant de famille à répétition. Son itinéraire est supervisé par une mère à l’instinct maternel défaillant, c’est déjà une intrigue en or. Sans la voix que Joanna Gruda a su donner à l’enfant, cela aurait pu être une suite d’événements émotifs et bien documentés mais cette voix, qui passe progressivement de 6 à 14 ans, revêt une subtilité à ce point tangible, que j’étais cet enfant. - critique complète ici.
5. La fiancée Américaine d’Éric Dupont
Parce que c’est rare un tel souffle de conteur. Parce que j’aime que l’on me raconte plusieurs histoires dans une, jusqu’à ce que je ne sache plus démêler la part d’imaginaire et de réalité.
J’ai aimé ce roman feuillu et touffu. Dès les premières lignes, la force du conteur agit sur le lecteur qui s’ouvre comme un enfant prêt à tout voir et à tout croire. L’auteur nous fait vivre des liens familiaux complexes, les émotions qui s’y rattachent sont rouges foncées : jalousie, passion, violence, rivalité, favoritisme, sexualité, inceste, avortement. L’histoire nous envoie aux extrêmes : de la guerre à la paix, de la richesse à la pauvreté, de la religiosité à l’athéisme, de l’érudition à l’ignorance, de la campagne à la ville, de la force musculaire à celle de l’esprit. - critique complète ici.
6. Man de Kim Thùy
Pour le style délectable. Pour bouffer peu de mots mais pesés un à un. Parce que Kim Thùy la femme pudique, faisant maintenant partie de notre paysage médiatique, a cette générosité de soulever le voile enveloppant son cœur de femme.
Sa vie de femme mariée, de maman, d’amie et de cuisinière, par sa plume, sonne comme une poésie du quotidien. Son écriture est pesée et posée, ses silences laissent respirer les mots. Ce qu’elle nous livre est concentré et concis. Avec un style de cette teneur, on s’attendait à de la retenue et de la pudeur et, ô surprise, non. Man lève le voile sur l’intimité de Kim Thùy. - critique complète ici.
7. Le mouvement naturel des choses Éric Simard
Pour la performance. Présenter un journal aussi intime, aussi long, aussi quotidien, avec autant de naturel et d’intérêt, il faut soit, avoir du talent, soit être d’un naturel captivant, ou soit, être vrai. D’après moi, ce sont les trois.
Une personne qui se donne à son lecteur à ce point-là m’impressionne. Le principal intéressé dirait probablement qu’il a posé des filtres, mais comparativement au commun des mortels, si peu. Éric Simard se livre par heure, par jour, par mois, lesquels finissent par donner des années (1989 à 1997), à partir de journaux intimes tenus avec passion. Comment faire tenir huit années dans 400 pages, tout en conservant la forme journal ? On parle de travail de réécriture ici. D’un puissant recul qui pousse la lucidité dans ses derniers retranchements. De don pour donner et tenir un rythme. - critique complète ici.
8. Les portes closes de Lori Saint-Martin
Parce que les histoires de couple, c’est passionnant. On cherche toujours à trouver leur secret. Parce que cet auteur écrit avec maîtrise. Parce que cette histoire de couple n’est pas banale, étant tous deux des artistes peintre.
À tour de chapitre, Philippe et Catherine se confient au mode « je », comme à un journal. Le lecteur arpentera trente-cinq années de vie d’un couple partageant le même toit, le même travail, les mêmes enfants. La juxtaposition de ces deux visions dévoile, pelure par pelure, la vie d’un ménage qui a persisté malgré la proximité. Jusqu’où doit s’étendre le jardin secret de personnes vivant si près une de l’autre ? Ce roman aborde de près, et avec habileté, les limites de l’intimité dans un couple. - critique complète ici.
9. En terrain miné de Roxanne Bouchard et Patrick Kègle
Pour la paix entre les êtres humains, avant la paix entre les peuples. Pour cette démonstration claire que l’on peut discuter, chacun sur son continent, sans s’être vus, avec des valeurs opposées. Parce qu’un terrain miné peut devenir un terrain d’entente. Parce que j’adore les correspondances.
Une auteure chez elle et un soldat en mission en Afghanistan se répondent sans jamais essayer de se convaincre, ce qui soulage le lecteur de tout semblant d’obstination. Voilà pourquoi je traite d’art ce recueil de lettres, le mot « recueil » se prêtant à une réflexion sereine. Ce recueillement, que j’ai senti se dégager de part et d’autre en fait un lieu, pas de réaction, mais plutôt de réflexion. Roxanne Bouchard finira subtilement par développer, ou aller en dénicher en elle de la compassion, de la solidarité, de l’empathie. Tandis que Patrick Kègle, homme pacifique par excellence déploie sa patience et son habileté à exposer et expliquer sa position, en utilisant un langage désarmant de naturel.
- critique complète ici.
10. Pourquoi moi ? Ma vie chez les Juifs hassidiques
Comment ne pas s’interroger devant un être qui a désiré autant se cloîtrer dans une religion qui me semble hermétique, bizarre, incompréhensible pour l’être libre que je tiens à être. Pour mieux connaître cet être, mieux comprendre une religion qui m’apparait étouffante. J’en sais beaucoup plus mais je n’en sais pas encore assez. Pour l’insaisissabilité du sujet.
Le récit se présente sous le mode d’un incessant questionnement. Pourquoi cet attrait soudain pour la religion en général, et cette religion en particulier ? Nous en apprenons beaucoup en entrant dans ces maisons où d’innombrables rituels complexes régissent la vie des hassidiques. Peu de Québécois ont été admis aussi chaleureusement, car peu ont aimé aussi sincèrement cette religion. L’auteure touche aux relations homme et femme, les enfants, la cuisine, les fêtes, les coutumes. C’est à travers de sincères échanges humains, d’ailleurs plusieurs amitiés naissent ou meurent en cours de conversion, que sont dévoilés les sens sacrés. L’auteure distille les informations progressivement, nous avons le temps de les assimiler et mets en relief d’importantes dissensions entre les diverses communautés hassidiques. - critique complète ici.
C’est mon coup de cœur, j’ai dû me lever en pleine nuit pour le terminer. Je suis encore sans mot. J’ai le trac, je me demande comment communiquer ce que j’ai ressenti en vivant cette histoire « à la poupée russe » où les couches soulevées une à une dévoilent une réalité autre que celle que je croyais. L’intrigue repose sur des clés, ouvrant des portes, qui elles ouvrent d’autres portes. Le commentaire suivant vient d’une personne qui a moins aimé. Malgré tout, voyez les qualités que Danielle Morissette lui trouve : Je salue cependant l’imaginaire qui a généré tout ça. La tendresse et l’ingénuité qui persiste malgré et au delà de l’horreur et de l’invivable. La beauté de la langue et le secret bien gardé. - critique complète ici.
2. Le frère du trapéziste de Denis Robitaille
Ce roman a tout pour me plaire : foisonnant, des rebondissements surprenants avec un thème que je privilégie : le jeu des apparences. Je n’ai pas su pressentir, prévoir ou deviner. L'auteur m'a pris en otage.
J’aime ce genre de roman qui bouge, par l’action physique et psychologique, tout en conservant une aura de mystère. Cette histoire dépasse le lecteur pour la bonne raison que le personnage principal est lui-même dépassé par ses actions et décisions. Cela fait penser à la vraie vie. C’est un roman mettant en relief de nombreux contrastes: la stabilité versus la sédentarité, l’enracinement, l’errance. L’amusement ou le sens du devoir. L’idéalisation de l’être aimé. Être soi pour soi, ou pour répondre à ce que l’autre attend de soi. Le pouvoir des racines dans une quête d’identité. Et finalement, ce thème si cher à plus d’un auteur, le jeu des apparences. - critique complète ici.
3. Si tu passes la rivière de Geneviève Damas
Ce roman m’a émue, bouleversée. Il est venu me chercher au plus profond de mes valeurs.
J’ai tout aimé de ce roman, les défauts ont fini par se confondre aux qualités, tellement j’ai pris du plaisir à entendre la voix de François. Rien n’est expliqué, tout est démontré, vu et vécu. Le lecteur a de la place pour pondre sa propre histoire sous les mots. J’en suis même arriver à déduire qu’une relation d’amour, qu’elle soit avec un chien, un humain ou un cochon ouvre les digues d’une compréhension, autant que n’importe quel discours étoffé de connaissances. - critique complète ici.
4. L’enfant qui savait parler la langue des chiens de Joanna Gruda
J’ai été un enfant qui change de foyers à répétition, parce sa mère veut le protéger. Comment une mère peut protéger son enfant avec un instinct maternel défaillant ? Cette histoire basée sur la réalité est relatée par la petite-fille d’une manière juste, judicieuse et intelligente.
La trame repose sur un garçon obligé de fuir l’ennemi en changeant de famille à répétition. Son itinéraire est supervisé par une mère à l’instinct maternel défaillant, c’est déjà une intrigue en or. Sans la voix que Joanna Gruda a su donner à l’enfant, cela aurait pu être une suite d’événements émotifs et bien documentés mais cette voix, qui passe progressivement de 6 à 14 ans, revêt une subtilité à ce point tangible, que j’étais cet enfant. - critique complète ici.
5. La fiancée Américaine d’Éric Dupont
Parce que c’est rare un tel souffle de conteur. Parce que j’aime que l’on me raconte plusieurs histoires dans une, jusqu’à ce que je ne sache plus démêler la part d’imaginaire et de réalité.
J’ai aimé ce roman feuillu et touffu. Dès les premières lignes, la force du conteur agit sur le lecteur qui s’ouvre comme un enfant prêt à tout voir et à tout croire. L’auteur nous fait vivre des liens familiaux complexes, les émotions qui s’y rattachent sont rouges foncées : jalousie, passion, violence, rivalité, favoritisme, sexualité, inceste, avortement. L’histoire nous envoie aux extrêmes : de la guerre à la paix, de la richesse à la pauvreté, de la religiosité à l’athéisme, de l’érudition à l’ignorance, de la campagne à la ville, de la force musculaire à celle de l’esprit. - critique complète ici.
6. Man de Kim Thùy
Pour le style délectable. Pour bouffer peu de mots mais pesés un à un. Parce que Kim Thùy la femme pudique, faisant maintenant partie de notre paysage médiatique, a cette générosité de soulever le voile enveloppant son cœur de femme.
Sa vie de femme mariée, de maman, d’amie et de cuisinière, par sa plume, sonne comme une poésie du quotidien. Son écriture est pesée et posée, ses silences laissent respirer les mots. Ce qu’elle nous livre est concentré et concis. Avec un style de cette teneur, on s’attendait à de la retenue et de la pudeur et, ô surprise, non. Man lève le voile sur l’intimité de Kim Thùy. - critique complète ici.
7. Le mouvement naturel des choses Éric Simard
Pour la performance. Présenter un journal aussi intime, aussi long, aussi quotidien, avec autant de naturel et d’intérêt, il faut soit, avoir du talent, soit être d’un naturel captivant, ou soit, être vrai. D’après moi, ce sont les trois.
Une personne qui se donne à son lecteur à ce point-là m’impressionne. Le principal intéressé dirait probablement qu’il a posé des filtres, mais comparativement au commun des mortels, si peu. Éric Simard se livre par heure, par jour, par mois, lesquels finissent par donner des années (1989 à 1997), à partir de journaux intimes tenus avec passion. Comment faire tenir huit années dans 400 pages, tout en conservant la forme journal ? On parle de travail de réécriture ici. D’un puissant recul qui pousse la lucidité dans ses derniers retranchements. De don pour donner et tenir un rythme. - critique complète ici.
8. Les portes closes de Lori Saint-Martin
Parce que les histoires de couple, c’est passionnant. On cherche toujours à trouver leur secret. Parce que cet auteur écrit avec maîtrise. Parce que cette histoire de couple n’est pas banale, étant tous deux des artistes peintre.
À tour de chapitre, Philippe et Catherine se confient au mode « je », comme à un journal. Le lecteur arpentera trente-cinq années de vie d’un couple partageant le même toit, le même travail, les mêmes enfants. La juxtaposition de ces deux visions dévoile, pelure par pelure, la vie d’un ménage qui a persisté malgré la proximité. Jusqu’où doit s’étendre le jardin secret de personnes vivant si près une de l’autre ? Ce roman aborde de près, et avec habileté, les limites de l’intimité dans un couple. - critique complète ici.
9. En terrain miné de Roxanne Bouchard et Patrick Kègle
Pour la paix entre les êtres humains, avant la paix entre les peuples. Pour cette démonstration claire que l’on peut discuter, chacun sur son continent, sans s’être vus, avec des valeurs opposées. Parce qu’un terrain miné peut devenir un terrain d’entente. Parce que j’adore les correspondances.
Une auteure chez elle et un soldat en mission en Afghanistan se répondent sans jamais essayer de se convaincre, ce qui soulage le lecteur de tout semblant d’obstination. Voilà pourquoi je traite d’art ce recueil de lettres, le mot « recueil » se prêtant à une réflexion sereine. Ce recueillement, que j’ai senti se dégager de part et d’autre en fait un lieu, pas de réaction, mais plutôt de réflexion. Roxanne Bouchard finira subtilement par développer, ou aller en dénicher en elle de la compassion, de la solidarité, de l’empathie. Tandis que Patrick Kègle, homme pacifique par excellence déploie sa patience et son habileté à exposer et expliquer sa position, en utilisant un langage désarmant de naturel.
- critique complète ici.
10. Pourquoi moi ? Ma vie chez les Juifs hassidiques
Comment ne pas s’interroger devant un être qui a désiré autant se cloîtrer dans une religion qui me semble hermétique, bizarre, incompréhensible pour l’être libre que je tiens à être. Pour mieux connaître cet être, mieux comprendre une religion qui m’apparait étouffante. J’en sais beaucoup plus mais je n’en sais pas encore assez. Pour l’insaisissabilité du sujet.
Le récit se présente sous le mode d’un incessant questionnement. Pourquoi cet attrait soudain pour la religion en général, et cette religion en particulier ? Nous en apprenons beaucoup en entrant dans ces maisons où d’innombrables rituels complexes régissent la vie des hassidiques. Peu de Québécois ont été admis aussi chaleureusement, car peu ont aimé aussi sincèrement cette religion. L’auteure touche aux relations homme et femme, les enfants, la cuisine, les fêtes, les coutumes. C’est à travers de sincères échanges humains, d’ailleurs plusieurs amitiés naissent ou meurent en cours de conversion, que sont dévoilés les sens sacrés. L’auteure distille les informations progressivement, nous avons le temps de les assimiler et mets en relief d’importantes dissensions entre les diverses communautés hassidiques. - critique complète ici.
samedi 4 janvier 2014
En terrain miné - Roxanne Bouchard et Patrick Kègle
Roxanne Bouchard, une auteure dont j’ai lu "Whisky et paraboles", Patrick Kègle, un parfait inconnu entrevu à Tout le monde en parle. C’est en voyant ce duo intriguant sous les projecteurs que mon goût de les lire s’est intensifié. Pas difficile vous me direz, j’aime la correspondance. Attention, ce n’est pas parce qu’on aime le chocolat qu’on en savoure tous les goûts !
Cette correspondance, je l’ai savourée, j’aurais même aimé qu’elle s’éternise, mais pas la guerre en Afghanistan ! Et c’est justement une correspondance temporelle ciblant deux missions entre 2004 et 2009 accomplies par le caporal Kègle.
Cette correspondance, d’abord timide et de plus en plus intime, démontre le besoin criant d’un soldat de se confier, de rester lié à son continent. De parler du danger qu'il court, du pays qu’il tente d’aider, de ses peurs, de ses impuissances. Bref, du sens de l’honneur et de l’horreur qui se livrent perpétuellement bataille en lui. Est-ce que Patrick Kègle aurait pu destiner ces lettres à sa conjointe, mère de ses enfants ? Certainement pas. Il veut la protéger, qu’elle ne paralyse pas à force de s'inquiéter, qu’elle garde au chaud l’espoir de le revoir vivant.
Roxanne Bouchard répond à merveille à ce soldat, avec la langue d’une écrivaine qui sait manier les mots justes, percutants, des mots qui fessent. Elle le fait avec métier, et j’irai jusqu’à dire, au nom d’une majorité de Québécois. L'antimilitarisme de l'ensemble des Québécois est connu mais ce n’est pas tous qui arriveraient à le défendre à la face même d’un soldat se dévoilant avec naturel et sincérité. Elle ne répond pas par des mots belliqueux, plutôt une réflexion sensée et nuancée, sans jamais un seul instant ménager l’homme armé jusqu’aux dents.
J’ai pris un certain temps avant de réaliser que ces « lettres » sont des courriels, ce qui accroit l’instantanéité de certaines réponses et les rend faciles à suivre.
Ils se répondent sans jamais essayer de se convaincre, ce qui soulage le lecteur de tout semblant d’obstination. Voilà pourquoi je traite d’art ce recueil de lettres, le mot « recueil » se prêtant à une réflexion sereine. Ce recueillement que j’ai senti se dégager de part et d’autre en fait un lieu, pas de réaction, mais plutôt de réflexion. Roxanne Bouchard finira subtilement par développer, ou aller en dénicher en elle, de la compassion, de la solidarité, de l’empathie. Tandis que Patrick Kègle, homme pacifique par excellence déploie sa patience et son habileté à exposer et à expliquer sa position, en utilisant un langage désarmant de naturel.
Je vous le dis, et n’en doutez pas une seconde, si tout le monde communiquait comme ces deux-là sont arrivés à le faire, à partir de visions opposées, il n’y aurait pas une guerre qui se prolongerait au-delà de quelques heures !
La saveur de cette correspondance équivaudrait à un chocolat noir légèrement amer mais dont l’onctuosité enveloppe le palais, aucune envie de croquer, seulement le laisser fondre pour en retirer les subtiles parfums.
Si je sors de la métaphore : une correspondance où la banalité n’a aucune place, dans laquelle on ne ménage nullement son correspondant, s'y rajoute une trépidante exploration de la vie de soldat (quasiment de missionnaire!) sur un ton d’un naturel qui fait parfois frémir.
Cette correspondance, je l’ai savourée, j’aurais même aimé qu’elle s’éternise, mais pas la guerre en Afghanistan ! Et c’est justement une correspondance temporelle ciblant deux missions entre 2004 et 2009 accomplies par le caporal Kègle.
Cette correspondance, d’abord timide et de plus en plus intime, démontre le besoin criant d’un soldat de se confier, de rester lié à son continent. De parler du danger qu'il court, du pays qu’il tente d’aider, de ses peurs, de ses impuissances. Bref, du sens de l’honneur et de l’horreur qui se livrent perpétuellement bataille en lui. Est-ce que Patrick Kègle aurait pu destiner ces lettres à sa conjointe, mère de ses enfants ? Certainement pas. Il veut la protéger, qu’elle ne paralyse pas à force de s'inquiéter, qu’elle garde au chaud l’espoir de le revoir vivant.
Roxanne Bouchard répond à merveille à ce soldat, avec la langue d’une écrivaine qui sait manier les mots justes, percutants, des mots qui fessent. Elle le fait avec métier, et j’irai jusqu’à dire, au nom d’une majorité de Québécois. L'antimilitarisme de l'ensemble des Québécois est connu mais ce n’est pas tous qui arriveraient à le défendre à la face même d’un soldat se dévoilant avec naturel et sincérité. Elle ne répond pas par des mots belliqueux, plutôt une réflexion sensée et nuancée, sans jamais un seul instant ménager l’homme armé jusqu’aux dents.
J’ai pris un certain temps avant de réaliser que ces « lettres » sont des courriels, ce qui accroit l’instantanéité de certaines réponses et les rend faciles à suivre.
Ils se répondent sans jamais essayer de se convaincre, ce qui soulage le lecteur de tout semblant d’obstination. Voilà pourquoi je traite d’art ce recueil de lettres, le mot « recueil » se prêtant à une réflexion sereine. Ce recueillement que j’ai senti se dégager de part et d’autre en fait un lieu, pas de réaction, mais plutôt de réflexion. Roxanne Bouchard finira subtilement par développer, ou aller en dénicher en elle, de la compassion, de la solidarité, de l’empathie. Tandis que Patrick Kègle, homme pacifique par excellence déploie sa patience et son habileté à exposer et à expliquer sa position, en utilisant un langage désarmant de naturel.
Je vous le dis, et n’en doutez pas une seconde, si tout le monde communiquait comme ces deux-là sont arrivés à le faire, à partir de visions opposées, il n’y aurait pas une guerre qui se prolongerait au-delà de quelques heures !
La saveur de cette correspondance équivaudrait à un chocolat noir légèrement amer mais dont l’onctuosité enveloppe le palais, aucune envie de croquer, seulement le laisser fondre pour en retirer les subtiles parfums.
Si je sors de la métaphore : une correspondance où la banalité n’a aucune place, dans laquelle on ne ménage nullement son correspondant, s'y rajoute une trépidante exploration de la vie de soldat (quasiment de missionnaire!) sur un ton d’un naturel qui fait parfois frémir.
mercredi 25 décembre 2013
Ce que j’ai demandé au Père Noël
Que l’expression « juste prix du livre » soit mieux comprise par le plus de gens possible et que la loi passe comme une lettre à la poste
Que les lettres et les livres soient toujours déposés près des maisons par une main tendue appartenant à un être humain dont le cœur bat et les lèvres sourient

Que les auteurs peu ou pas connus soient lus parce que les médias en parlent et que les médias en parlent parce qu’ils sont peu connus
Que les Marie Laberge de ce monde comprennent le sens profond du mot solidarité
Que les essais ne soient plus placés dans la même catégorie que les livres de recette de toutes sortes dans les concours
Que le nom des illustrateurs soit mis de l’avant dans les albums jeunesse où il a peu de mots et d’innombrables images
Que le site d’un passionné de la bande dessinée, dit explorateur portant chapeau de safari, soit découvert par de plus en plus de mordus de la bande dessinée
Que certains écrivains qui n’écrivent plus se remettent à écrire
Que les librairies indépendantes ouvrent au lieu de fermer (longue vie à la nouvelle Perro Librairie de Shawinigan !)
Que la bande dessinée au Québec continue son essor
Que je trouve encore et toujours du temps pour lire et commenter la littérature québécoise
Que le Colis 22 de Marsi se rende à destination des cœurs, le facteur de partage aidant, qu’il gagne le concours de circonstance
Que tous mes amis écrivains, éditeurs, veilleurs de talent trouvent l’énergie pour continuer, conservant leur vitalité dans la fraicheur de leurs idées
Que les blogues littéraires, nos clubs de lecture contemporains prolongent leurs liens, que la distance continue de ne pas avoir d’importance
(pour) Que la distance n'ait pas d'importance, mon magicien rouge et blanc préféré, toi et ta ribambelle de lutins, pourriez-vous travailler, pendant vos jours de relâche qui s’en viennent, à des tours de passe-passe, afin que nos titres voyagent mieux, en classe plus économique, vers nos amis Français, Belges, Suisse et tout ceux qui expriment le vif désir de nous lire
Et puis, pour terminer, je te souhaite à toi, Père Noël, de ne jamais mourir
Que les lettres et les livres soient toujours déposés près des maisons par une main tendue appartenant à un être humain dont le cœur bat et les lèvres sourient

Que les auteurs peu ou pas connus soient lus parce que les médias en parlent et que les médias en parlent parce qu’ils sont peu connus
Que les Marie Laberge de ce monde comprennent le sens profond du mot solidarité
Que les essais ne soient plus placés dans la même catégorie que les livres de recette de toutes sortes dans les concours
Que le nom des illustrateurs soit mis de l’avant dans les albums jeunesse où il a peu de mots et d’innombrables images
Que le site d’un passionné de la bande dessinée, dit explorateur portant chapeau de safari, soit découvert par de plus en plus de mordus de la bande dessinée
Que certains écrivains qui n’écrivent plus se remettent à écrire
Que les librairies indépendantes ouvrent au lieu de fermer (longue vie à la nouvelle Perro Librairie de Shawinigan !)
Que la bande dessinée au Québec continue son essor
Que je trouve encore et toujours du temps pour lire et commenter la littérature québécoise
Que le Colis 22 de Marsi se rende à destination des cœurs, le facteur de partage aidant, qu’il gagne le concours de circonstance
Que tous mes amis écrivains, éditeurs, veilleurs de talent trouvent l’énergie pour continuer, conservant leur vitalité dans la fraicheur de leurs idées
Que les blogues littéraires, nos clubs de lecture contemporains prolongent leurs liens, que la distance continue de ne pas avoir d’importance
(pour) Que la distance n'ait pas d'importance, mon magicien rouge et blanc préféré, toi et ta ribambelle de lutins, pourriez-vous travailler, pendant vos jours de relâche qui s’en viennent, à des tours de passe-passe, afin que nos titres voyagent mieux, en classe plus économique, vers nos amis Français, Belges, Suisse et tout ceux qui expriment le vif désir de nous lire
Et puis, pour terminer, je te souhaite à toi, Père Noël, de ne jamais mourir
samedi 21 décembre 2013
Vertiges de Fredric Gary Comeau
Vous souvenez-vous de la venue d'un nouveau joueur sur le damier des maisons d'édition au Québec ? Quai no 5. Vous connaissez la curiosité du collectif La Recrue ? Et sa mission de tenter de couvrir toutes les premières fois ? Eh bien, Vertiges s'est trouvé en tête d'affiche ce 15 du mois.
Je l'ai lu et commenté, vous trouverez mon avis ci-dessous. Mais ce n'est qu'UN avis parmi d'autres et, en l'occurrence parmi quatre avis. Si ça peut titiller votre curiosité, je suis celle dont les pieds sont restés accrochés un peu sur le quai. Les autres ont plongé, et profondément.
Alors, plongez, avec ou sans Vertiges.
La voix narre le récit à la manière du journaliste livrant les nouvelles, toute trace d’émotion étant retirée lorsqu’elle annonce les pires horreurs. De ces horreurs, on en trouve, particulièrement de la part d’un personnage atteint d’une sexualité satyriasique. Fait notable, ces couples temporels consomment l’activité sexuelle en abondance; c’est le nerf de la guerre de leurs relations.
Chaque lecteur s’attachera sans doute à un personnage en particulier. Dans mon cas, cela aura été Hope, peut-être à cause de sa présentation offerte et vulnérable. Elle me fait penser à une bonne part des habitants de cette planète.
Malgré les qualités évidentes du roman, il ne faut pas croire que je me sois délectée sans réserve de ce roman. Envahie d’informations m’apparaissant superflues, comme trop de fleurs sur un tapis, j’ai parfois maudit mes confusions et râlé devant mon manque de culture.
Ce roman m’apparait s’adresser au cerveau plus qu’au cœur, malgré les extraits poétiques qui affluent (citations et références à la fin du roman). Les érudits portant haut leur culture se laisseront sans doute entrainer par cette chorégraphie de personnages et d’images à l’allure théâtrale plus que moi.
Je l'ai lu et commenté, vous trouverez mon avis ci-dessous. Mais ce n'est qu'UN avis parmi d'autres et, en l'occurrence parmi quatre avis. Si ça peut titiller votre curiosité, je suis celle dont les pieds sont restés accrochés un peu sur le quai. Les autres ont plongé, et profondément.
Alors, plongez, avec ou sans Vertiges.
Chorégraphie ample aux 170 pas de danse
Ronde de huit personnages donnant l’impression de couvrir la planète entière par une chorégraphie ample, ses 170 pas de danse (strophes numérotées) renvoient à une allure syncopée. L’observation de personnages dansant sur une piste à ce point élargie exige une attention soutenue, surtout que s’y rajoutent une suite ininterrompue de références culturelles. Les érudits en retireront certainement du plaisir, s’ils suivent attentivement le sens des liens, goûtant cet assaisonnement relevé du monde des arts. Pulsion, répulsion, respiration, expiration : on entend le souffle parcourant ces vies déposées sur un large damier, la main du destin faisant avancer les pièces une à une ou deux par deux.La voix narre le récit à la manière du journaliste livrant les nouvelles, toute trace d’émotion étant retirée lorsqu’elle annonce les pires horreurs. De ces horreurs, on en trouve, particulièrement de la part d’un personnage atteint d’une sexualité satyriasique. Fait notable, ces couples temporels consomment l’activité sexuelle en abondance; c’est le nerf de la guerre de leurs relations.
Chaque lecteur s’attachera sans doute à un personnage en particulier. Dans mon cas, cela aura été Hope, peut-être à cause de sa présentation offerte et vulnérable. Elle me fait penser à une bonne part des habitants de cette planète.
Malgré les qualités évidentes du roman, il ne faut pas croire que je me sois délectée sans réserve de ce roman. Envahie d’informations m’apparaissant superflues, comme trop de fleurs sur un tapis, j’ai parfois maudit mes confusions et râlé devant mon manque de culture.
Ce roman m’apparait s’adresser au cerveau plus qu’au cœur, malgré les extraits poétiques qui affluent (citations et références à la fin du roman). Les érudits portant haut leur culture se laisseront sans doute entrainer par cette chorégraphie de personnages et d’images à l’allure théâtrale plus que moi.
vendredi 13 décembre 2013
Longue immortalité à Dany !
Est-ce que vous arrivez à voir Dany Laferrière, revêtu de ce costume ? Difficilement pour ma part. Et voilà pourquoi ça me fait tant plaisir. Dany Laferrière se différencie. Je n’ai jamais pris la mesure de son ambition, peut-être que lui non plus après tout, mais la vie a décidé que son talent serait récompensé. Pourtant, du talent, plusieurs écrivains en ont, mais c’est Dany Laferrière qui occupera le fauteuil numéro 2, autrefois occupé par Montesquieu, plus tard Alexandre Dumas fils et très récemment Hector Bianciotti, décédé en 2012.
Je rêve que l’on me dise à 60 ans, vous êtes la jeunesse, madame ! Eh bien, c’est ce qu’on dit déjà de notre globe-trotter. C’est la secrétaire perpétuelle (notion de durée) de l'Académie française, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse qui a sollicité sa candidature. J’ai trouvé très amusante l’anecdote racontée par Dany. Il lui avait été dit qu’il devait écrire une lettre à l’Académie pour poser sa candidature. Et il en a écrit 37 ! Il croyait qu’il devait en écrire une à chacun des immortels, nom donné aux Académiciens (encore une notion de durée). Exercice périlleux, écrire à ces illustres que tu ne connais parfois ni d'Ève, ni d'Adam. On n'a pas de peine à croire qu'il doit régner en ces lieux une susceptibilité à vif. Il les a écrites, dit-il, dans un état second, tellement il était fatigué, chez lui entouré du dérangement bruyant de rénovations majeures.
J’ai eu la surprise d’apprendre que c’est pour ainsi dire un emploi à temps partiel que Dany occupera puisqu'ils se rencontrent aussi souvent qu'une journée par semaine. Ce n’est sûrement pas pour l’argent qu’on convoite cette position car elle est rétribuée à 5,524 $ par année. J’espère que l’on défraie les déplacements car ils ne vivent évidemment pas à la porte et en ce sens-là, je ne crois pas me tromper en disant que Dany sera celui qui fera le plus de millages. Notre écrivain philosophe a déjà fait l’annonce : il n’est pas question qu’il aille vivre à Paris. Il se dit un citoyen de l’Amérique, vivant en alternance à Montréal, New York, Miami où vivent sa femme et ses trois filles. Je rajouterais Port-au-Prince d’où il a d’ailleurs appris la nouvelle. Je le soupçonne de s’être posté dans cette ville pour deux raisons : fuir les assauts de la meute de journalistes et accorder le plaisir à sa mère d’être à ses côtés lors de l’annonce. *** J'apprends que j'ai tout faux, se tient en ce moment le premier Salon du livre dans sa ville natale :-) ***
Un premier Québécois, une première ronde de vote, le plus jeune, dès la première requête, ça fait plusieurs premières. Quand on pense qu’Émile Zola s’y est pris à 24 fois... et en vain.
Qu’est-ce qu’ils font une fois par semaine, ces membres de L’Académie Française ? Sont-ils plus occupés que nos sénateurs ? J’adorais être un mouche volant au-dessus de leur breuvage du matin autour d’une table qu'on imagine magistrale, de bois lourd et lustré. Comme je ne suis pas une fine mouche, je ne sais pas qu’est-ce qu’ils font exactement dans la pratique, par contre, officiellement, on sait qu'ils sont les gardiens de la langue française et qu'ils nous mijotent le Dictionnaire.
Et elle sera bien gardée, cette langue.... ils ont chacun une épée à leur ceinture ! Un apparat qui vient avec le costume. Décidément, j’ai appris bien des choses aujourd’hui.
Je suis contente pour Dany Laferrière. De sa verve, de son esprit vif et surtout de par son absence totale de snobisme, il va sûrement arriver à dépoussiérer quelques fauteuils et les personnes qui y sont assises. Cette Académie comprend des poètes, des écrivains, des hommes de théâtre, des historiens, des scientifiques, des philosophes et comme Dany Laferrière a l'intelligence de parler tous ces langages, il se fera comprendre.
Je lui souhaite de battre un autre record, celui de siéger le plus longtemps (on ne remplace pas un membre avant sa mort), ses chances sont importantes, vu qu’il y entre à un si bas âge....
Je rêve que l’on me dise à 60 ans, vous êtes la jeunesse, madame ! Eh bien, c’est ce qu’on dit déjà de notre globe-trotter. C’est la secrétaire perpétuelle (notion de durée) de l'Académie française, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse qui a sollicité sa candidature. J’ai trouvé très amusante l’anecdote racontée par Dany. Il lui avait été dit qu’il devait écrire une lettre à l’Académie pour poser sa candidature. Et il en a écrit 37 ! Il croyait qu’il devait en écrire une à chacun des immortels, nom donné aux Académiciens (encore une notion de durée). Exercice périlleux, écrire à ces illustres que tu ne connais parfois ni d'Ève, ni d'Adam. On n'a pas de peine à croire qu'il doit régner en ces lieux une susceptibilité à vif. Il les a écrites, dit-il, dans un état second, tellement il était fatigué, chez lui entouré du dérangement bruyant de rénovations majeures.
J’ai eu la surprise d’apprendre que c’est pour ainsi dire un emploi à temps partiel que Dany occupera puisqu'ils se rencontrent aussi souvent qu'une journée par semaine. Ce n’est sûrement pas pour l’argent qu’on convoite cette position car elle est rétribuée à 5,524 $ par année. J’espère que l’on défraie les déplacements car ils ne vivent évidemment pas à la porte et en ce sens-là, je ne crois pas me tromper en disant que Dany sera celui qui fera le plus de millages. Notre écrivain philosophe a déjà fait l’annonce : il n’est pas question qu’il aille vivre à Paris. Il se dit un citoyen de l’Amérique, vivant en alternance à Montréal, New York, Miami où vivent sa femme et ses trois filles. Je rajouterais Port-au-Prince d’où il a d’ailleurs appris la nouvelle. Je le soupçonne de s’être posté dans cette ville pour deux raisons : fuir les assauts de la meute de journalistes et accorder le plaisir à sa mère d’être à ses côtés lors de l’annonce. *** J'apprends que j'ai tout faux, se tient en ce moment le premier Salon du livre dans sa ville natale :-) ***
Un premier Québécois, une première ronde de vote, le plus jeune, dès la première requête, ça fait plusieurs premières. Quand on pense qu’Émile Zola s’y est pris à 24 fois... et en vain.
Qu’est-ce qu’ils font une fois par semaine, ces membres de L’Académie Française ? Sont-ils plus occupés que nos sénateurs ? J’adorais être un mouche volant au-dessus de leur breuvage du matin autour d’une table qu'on imagine magistrale, de bois lourd et lustré. Comme je ne suis pas une fine mouche, je ne sais pas qu’est-ce qu’ils font exactement dans la pratique, par contre, officiellement, on sait qu'ils sont les gardiens de la langue française et qu'ils nous mijotent le Dictionnaire.
Et elle sera bien gardée, cette langue.... ils ont chacun une épée à leur ceinture ! Un apparat qui vient avec le costume. Décidément, j’ai appris bien des choses aujourd’hui.
Je suis contente pour Dany Laferrière. De sa verve, de son esprit vif et surtout de par son absence totale de snobisme, il va sûrement arriver à dépoussiérer quelques fauteuils et les personnes qui y sont assises. Cette Académie comprend des poètes, des écrivains, des hommes de théâtre, des historiens, des scientifiques, des philosophes et comme Dany Laferrière a l'intelligence de parler tous ces langages, il se fera comprendre.
Je lui souhaite de battre un autre record, celui de siéger le plus longtemps (on ne remplace pas un membre avant sa mort), ses chances sont importantes, vu qu’il y entre à un si bas âge....
lundi 9 décembre 2013
L’oreille absolue – Mathieu Boutin
D’entrée de jeu, je me suis exclamé “Que la couverture est attirante ! ». Cet attrait fait naître une attente ; que le roman soit à la hauteur de sa couverture.
Il est rare que je procède ainsi mais je commencerai par parler de l’auteur. Mathieu Boutin est violoniste, juriste et a publié plusieurs livres jeunesse. La joie et la légèreté déboulant en actions farfelues est sans doute des vestiges du style s'adressant à un jeune public. Bon point, l’histoire n’aurait pas une telle crédibilité n’aurait été que l’auteur est lui-même violoniste. Avec assurance et expertise, il nous amène à connaître intimement le maniement et les caractéristiques de cet instrument. À partir de maintenant, je m’approcherais de tout violon avec curiosité et respect !
Boutin séduit avec son ton naturel qui approche les musiciens classiques comme des amis de longue date. Leur talent est un talent comme un autre et, surtout, il ne descend pas du ciel, il s’enrichit par un travail d’arrache-mains. Thèmes menés de concert, le travail et le talent ce qui fait que, subtilement, le message s’insinue que c’est bien beau la disposition naturelle nommée talent, mais le travail est la clé du succès. Bien difficile de rester sur le seuil, on entre et avance avec entrain vers l’univers de la musique classique, peut-être parce que l’auteur la débarrasse de sa pédanterie, en s’en moquant de bon coeur.
Nous entrons dans la vie d'un groupe de cinq musicien-nes qui donnent des prestations dans des partys de bureau, restos, fêtes, festivals pour gagner leur vie. Malgré le peu de défi amené par les symphonies faciles qu’on leur commande, ces complices arrivent à se faire du plaisir. L’action démarre au moment où Robert, un joueur permanent de l’orchestre symphonique croise un membre du groupe, David, qui vient faire réparer son unique et précieux violon. L’on pourrait quasiment traiter d’inadapté ce Robert dans la cinquantaine, tellement il a vécu sous la jupe de sa mère. D’ailleurs, cette mère Jasmine fut jadis une grande mélomane, mais aujourd'hui âgée et gâteuse, elle apportera des accents burlesques à l’histoire.
L’amour et la sexualité tirent plusieurs ficelles de ces couples formés, sans être nécessairement confirmés. Au niveau de la sexualité, il n’y a pas de doute, l’auteur ne s’adresse plus à la prime jeunesse.
Le ton bon enfant poussé sur une note aigüe peut parfois donner des scènes vaudevillesques, je pense à celle entre le fils, la mère Jasmine et les policiers. Ça pourra peut-être énerver certains allergiques à l’incongruité.
Somme toute, un roman léger abordant de la musique qui se prend au sérieux. La bonne nouvelle ? Vous pouvez laisser la couverture vous faire de l’œil, vous passerez un bon moment.
Il est rare que je procède ainsi mais je commencerai par parler de l’auteur. Mathieu Boutin est violoniste, juriste et a publié plusieurs livres jeunesse. La joie et la légèreté déboulant en actions farfelues est sans doute des vestiges du style s'adressant à un jeune public. Bon point, l’histoire n’aurait pas une telle crédibilité n’aurait été que l’auteur est lui-même violoniste. Avec assurance et expertise, il nous amène à connaître intimement le maniement et les caractéristiques de cet instrument. À partir de maintenant, je m’approcherais de tout violon avec curiosité et respect !
Boutin séduit avec son ton naturel qui approche les musiciens classiques comme des amis de longue date. Leur talent est un talent comme un autre et, surtout, il ne descend pas du ciel, il s’enrichit par un travail d’arrache-mains. Thèmes menés de concert, le travail et le talent ce qui fait que, subtilement, le message s’insinue que c’est bien beau la disposition naturelle nommée talent, mais le travail est la clé du succès. Bien difficile de rester sur le seuil, on entre et avance avec entrain vers l’univers de la musique classique, peut-être parce que l’auteur la débarrasse de sa pédanterie, en s’en moquant de bon coeur.
Nous entrons dans la vie d'un groupe de cinq musicien-nes qui donnent des prestations dans des partys de bureau, restos, fêtes, festivals pour gagner leur vie. Malgré le peu de défi amené par les symphonies faciles qu’on leur commande, ces complices arrivent à se faire du plaisir. L’action démarre au moment où Robert, un joueur permanent de l’orchestre symphonique croise un membre du groupe, David, qui vient faire réparer son unique et précieux violon. L’on pourrait quasiment traiter d’inadapté ce Robert dans la cinquantaine, tellement il a vécu sous la jupe de sa mère. D’ailleurs, cette mère Jasmine fut jadis une grande mélomane, mais aujourd'hui âgée et gâteuse, elle apportera des accents burlesques à l’histoire.
L’amour et la sexualité tirent plusieurs ficelles de ces couples formés, sans être nécessairement confirmés. Au niveau de la sexualité, il n’y a pas de doute, l’auteur ne s’adresse plus à la prime jeunesse.
Le ton bon enfant poussé sur une note aigüe peut parfois donner des scènes vaudevillesques, je pense à celle entre le fils, la mère Jasmine et les policiers. Ça pourra peut-être énerver certains allergiques à l’incongruité.
Somme toute, un roman léger abordant de la musique qui se prend au sérieux. La bonne nouvelle ? Vous pouvez laisser la couverture vous faire de l’œil, vous passerez un bon moment.
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