Paul Mainville ? Connais pas. Hangar no 7 ? Titre peu attirant. Mais ce livre est entre mes mains, et je ne sais pas pourquoi, je suis poussé à l’ouvrir. Ça parle de cirque. Je n’aime pas particulièrement le monde du cirque mais ce livre demeure dans ma main. Il insiste.
J’apprends sur le quatrième de couverture, qu’au départ il se destinait à se présenter en un long-métrage et, puis, l’histoire s’est couchée sur des feuilles. Je ne sais pas pourquoi, il a abouti en livre, et cela aurait été dommage que ce soit seulement un film, nous aurions manqué une bonne lecture. Il m’a tenu en haleine et j’ai souffert en même temps que ses personnages auxquels j’ai beaucoup cru.
L’histoire se présente sous forme d’entrevue, la journaliste se faisant tout d’abord discrète par ses questions à Albert. Elle veut entendre parler ce directeur de la troupe Cirque des montagnes bleues qui, malgré ses 65 ans, a monté un spectacle dans sa ville, en l’honneur des survivants de cette troupe décimée.
Cet Albert raconte bien. Il plonge dans ses souvenirs qui se déroulent sous nos yeux, comme un film justement. Je les ai tous vus, chacun des membres de cette troupe a existé. Et intensément existé. Faut dire qu’assez rapidement, ils sont placés dans une situation de crise aigüe. C’est la guerre et ils sont capturés et amenés dans un camp. On pense tout de suite aux camps de concentration nazis. Les conditions sont aussi mauvaises, le dédain aussi fort, l’autorité aussi cruelle, écartant les femmes et les enfants des hommes, les faisant geler avec le strict minimum de nourriture et d’hygiène.
Mais la troupe sera traitée différemment des autres prisonniers. Est-ce vraiment une chance ? La question se pose. Les membres de cette troupe tissée serrée doivent divertir leurs supérieurs, pour ne pas dire leurs tyrans, en leur préparant, avec des moyens minimalistes, d’excellents spectacles. Sinon, gare aux sévices, les haut-gradés seront sans pitié.
Albert a été le directeur de cette troupe, accompagnée de sa femme qui porte un enfant dans ces conditions inhumaines. Bien entendu, nous savons qu’il y a eu survivance puisque l’histoire nous est racontée, mais le « comment » est semé de rebondissements inattendus. Il m’est arrivé de retenir mon souffle, tellement j’avais peur pour eux. Chaque personnage est crédible et l'on s’y attache solidement.
Curieusement, j’ai mieux saisi les personnages entourant Albert, que lui-même. Celui-ci reste plus hermétique, un peu dans l’ombre de son humilité. Il y a une grosse surprise à la fin. C’est plaisant les surprises, même celles que l’on sent venir.
J’ai nettement préféré le premier deux-tiers du roman, plus intense, les gestes posés pour la survie sont si exacerbés que lorsque l’on retourne à du quotidien, on perd de cette dose d’adrénaline de lecteur. Ça fait un fort contraste, disons.
Mais dans l’ensemble, mon cœur a assez palpité pour le recommander chaudement. Imaginez les amateurs de troupe de cirque maintenant ! Ils vont certainement en raffoler.
mardi 5 avril 2016
jeudi 24 mars 2016
Travaux manuels - Collectif de nouvelles érotiques
Je n’aime pas particulièrement les nouvelles, pourtant, je devais absolument lire ce collectif de nouvelles érotiques. Pourquoi ? Pour saluer l’ingéniosité de la présentation : le titre et la couverture. Le titre : pouvez-vous plus subtil, plus amusant, plus vrai ? La couverture ? Des nervures de bois et si vous y regardez de près, un certain nœud suggère le sexe féminin.
Le contenant était assez attirant pour que j’aie le goût d’aller à la découverte du contenu, suivant le principe même de l’univers sexuel.
Seize nouvelles, seize couleurs, seize sexualités. Commençons par le point commun, je suis tenté de parler de point G, parce que c’est presque ça. Sur la place publique, lorsqu’on parle de sexualité, elle rime plus souvent qu’autrement avec la sexualité masculine. Ces fois-ci, c’est la sexualité féminine qui prend le dessus ce qui, ma foi, m’a beaucoup plu.
Quand il s’agit de nouvelles sur un même thème, j’ai tendance à me lasser, trouvant les synopsis redondants, c’est ce qui est d’ailleurs survenu avec le recueil « Crimes à la bibliothèque », que je n’ai pas pu terminer. Avec Travaux manuels, mon désir est resté intact jusqu’à la toute dernière (et non la moindre !). En érotisme, on le sait, le désir prévaut sur la consommation ou en tout cas compte énormément. Sans désir, point d’érotisme, seulement une consommation nommée crument « sexe ».
La majorité des nouvelles nous amène visiter des fantasmes ou vers une réalité personnelle empreinte d’imagination élevée au carré. Globalement, j’ai été interloqué de la définition de l’érotisme de chacun. Vraiment. Je m’explique. Peut-être que le mot s’est modernisé sans que je le réalise mais, pour moi, érotisme signifiait suggéré plus que proposé. J’y voyais des voiles, des devinettes, des transparences, des effeuillements lents, des hors d’œuvres, sans que l’on aboutisse nécessairement à une consommation pure et dure. On m’a vite détourné de cette définition et cela dès la première nouvelle qui donne le ton. Suite à ces lectures, je conclus que érotisme est un synonyme de sexualité.
Certaines sont plus chargées de sensualité, trois seulement avaient un côté préfabriqué. Qu’est-ce que j’entends par là ? Je veux dire, qui ne semble pas venir de l’intime, qui ne sonne pas personnel, qui m’apparaissait tirer d’un magazine ou d’un film. Bref, d’un déjà-vu d’un quelque part chez quelqu’un. En fait, je les bénis car elles étaient certainement là pour me faire apprécier les autres.
On dit souvent que le rire est personnel (on ne rit pas tous aussi fort des mêmes blagues), ce n’est jamais aussi vrai qu’en ce qui a trait aux fantasmes érotiques. Les fantasmes sont des empreintes aussi personnelles que les empreintes digitales.
D'avoir rapatrier ces nouvelles sous le mot « érotisme » au lieu de « sexe » a comme bénéfice de nous tenir loin des nouvelles qui auraient pu sonner : « travaux forcés ». Dieu soit loué ... ou le directeur littéraire, Stéphane Dompierre, c’est selon.
Ceci dit, je n’ai jamais autant entendu parler de fluides et de sécrétions féminines de toute ma vie ! Pendant ces lectures, j’en ai même oublié qu’un homme éjaculait et cru que ce privilège restait essentiellement féminin. Et j’exagère à peine ! Soyez curieuses, mesdames et messieurs ; allez vérifier.
Ce recueil est un parfait exemple d'une sphère plus que privée qui rejoint la plus que publique.
Le contenant était assez attirant pour que j’aie le goût d’aller à la découverte du contenu, suivant le principe même de l’univers sexuel.
Seize nouvelles, seize couleurs, seize sexualités. Commençons par le point commun, je suis tenté de parler de point G, parce que c’est presque ça. Sur la place publique, lorsqu’on parle de sexualité, elle rime plus souvent qu’autrement avec la sexualité masculine. Ces fois-ci, c’est la sexualité féminine qui prend le dessus ce qui, ma foi, m’a beaucoup plu.
Quand il s’agit de nouvelles sur un même thème, j’ai tendance à me lasser, trouvant les synopsis redondants, c’est ce qui est d’ailleurs survenu avec le recueil « Crimes à la bibliothèque », que je n’ai pas pu terminer. Avec Travaux manuels, mon désir est resté intact jusqu’à la toute dernière (et non la moindre !). En érotisme, on le sait, le désir prévaut sur la consommation ou en tout cas compte énormément. Sans désir, point d’érotisme, seulement une consommation nommée crument « sexe ».
La majorité des nouvelles nous amène visiter des fantasmes ou vers une réalité personnelle empreinte d’imagination élevée au carré. Globalement, j’ai été interloqué de la définition de l’érotisme de chacun. Vraiment. Je m’explique. Peut-être que le mot s’est modernisé sans que je le réalise mais, pour moi, érotisme signifiait suggéré plus que proposé. J’y voyais des voiles, des devinettes, des transparences, des effeuillements lents, des hors d’œuvres, sans que l’on aboutisse nécessairement à une consommation pure et dure. On m’a vite détourné de cette définition et cela dès la première nouvelle qui donne le ton. Suite à ces lectures, je conclus que érotisme est un synonyme de sexualité.
Certaines sont plus chargées de sensualité, trois seulement avaient un côté préfabriqué. Qu’est-ce que j’entends par là ? Je veux dire, qui ne semble pas venir de l’intime, qui ne sonne pas personnel, qui m’apparaissait tirer d’un magazine ou d’un film. Bref, d’un déjà-vu d’un quelque part chez quelqu’un. En fait, je les bénis car elles étaient certainement là pour me faire apprécier les autres.
On dit souvent que le rire est personnel (on ne rit pas tous aussi fort des mêmes blagues), ce n’est jamais aussi vrai qu’en ce qui a trait aux fantasmes érotiques. Les fantasmes sont des empreintes aussi personnelles que les empreintes digitales.
D'avoir rapatrier ces nouvelles sous le mot « érotisme » au lieu de « sexe » a comme bénéfice de nous tenir loin des nouvelles qui auraient pu sonner : « travaux forcés ». Dieu soit loué ... ou le directeur littéraire, Stéphane Dompierre, c’est selon.
Ceci dit, je n’ai jamais autant entendu parler de fluides et de sécrétions féminines de toute ma vie ! Pendant ces lectures, j’en ai même oublié qu’un homme éjaculait et cru que ce privilège restait essentiellement féminin. Et j’exagère à peine ! Soyez curieuses, mesdames et messieurs ; allez vérifier.
Ce recueil est un parfait exemple d'une sphère plus que privée qui rejoint la plus que publique.
mercredi 16 mars 2016
Des Papillons pis de la gravité d'Alexandra Larochelle
L’auteure a 22 ans, l’héroïne, 17, et celle-ci s’appelle Frédégonde Hautcoeur. Son nom donne le ton humoristique tiré par les cheveux. Oui, oui, vous avez bien lu, déjà je me compromets et ne reste pas sur le quai à décrire l’action de loin.
Ce roman n’aurait peut-être pas dû me tomber entre les mains car il n’est pas pour moi. Non seulement parce que j’ai dépassé depuis longue date l’adolescence et l’excitation à dénicher le bon prétendant mais parce que j’exècre l’humour cru « fait exprès » pour rire absolument, d'autant plus quand on répète une blague comme un leitmotiv (référence la blague sur l'attraction de la gravité quand on tombe).
Cela ne veut pas dire que certains n’aimeront pas. Si vous aimez ce type d’humour (d’ailleurs, l’auteur rêve d’écrire pour des humoristes et pour la télévision), vous serez enchanté, comme l’a été Shirley Noël d’Info Culture qui l’a dégusté à petites doses comme du bonbon. Elle en a tiré un extrait :
Alexandra Larochelle interpelle la lectrice* à répétition, j’ai dû m’y habituer. J’ai beau avoir conservé mon cœur jeune, cette manière de toujours m’inviter à boire un verre de vin, comme si une grande chum allait m’annoncer les pires catastrophes m’a quelque peu tapé sur les nerfs. Après tout, il est toujours question du même nombril et ce ton sensationnel amplifie le côté égocentrique de l’héroïne.
*le lecteur sera probablement en minorité
Ce que j’ai apprécié du fond de l’histoire est l’apprivoisement de l'ado à la nouvelle conjointe de son père, écartant progressivement ses préjugés à son égard. Ses relations avec les hommes sont édifiantes car elles partent d’emblée d'une bonne disposition d'esprit. Elle s’entend merveilleusement bien avec son père et adore son meilleur ami masculin. Elle ne prend pas pour acquis que les premiers baisers sont les plus exaltants, ce qui fait un peu changement du cliché. En étant patient et en s’infiltrant sous le ton, on réalise que l’héroïne, surnommée amicalement Fred, a une tête bien plantée sur les épaules.
Pour tous ceux qui ont aimé, il y a une bonne nouvelle ; une suite des déboires amoureux de Fred est attendue.
Ce roman n’aurait peut-être pas dû me tomber entre les mains car il n’est pas pour moi. Non seulement parce que j’ai dépassé depuis longue date l’adolescence et l’excitation à dénicher le bon prétendant mais parce que j’exècre l’humour cru « fait exprès » pour rire absolument, d'autant plus quand on répète une blague comme un leitmotiv (référence la blague sur l'attraction de la gravité quand on tombe).
Cela ne veut pas dire que certains n’aimeront pas. Si vous aimez ce type d’humour (d’ailleurs, l’auteur rêve d’écrire pour des humoristes et pour la télévision), vous serez enchanté, comme l’a été Shirley Noël d’Info Culture qui l’a dégusté à petites doses comme du bonbon. Elle en a tiré un extrait :
«T’avais peut-être envie de te faire raconter une histoire à l’eau de rose? Sorry, t’as pas pigé le bon numéro. Ma vie amoureuse, c’est pas particulièrement cute. C’est plein d’épines et ça fait un peu mal. Une histoire à l’eau de cactus, ça se dit ? Whatever, moi, je le dis. Alors si t’as le goût de chialer et d’entendre chialer, amène-toi, ma chum, sors le vino et on va se brailler ça ensemble. T’es prête ? Je pense pas que tu le sois, mais c’est correct. »Cet extrait en dit plus long que le résumé que je pourrais m’évertuer à pondre.
Alexandra Larochelle interpelle la lectrice* à répétition, j’ai dû m’y habituer. J’ai beau avoir conservé mon cœur jeune, cette manière de toujours m’inviter à boire un verre de vin, comme si une grande chum allait m’annoncer les pires catastrophes m’a quelque peu tapé sur les nerfs. Après tout, il est toujours question du même nombril et ce ton sensationnel amplifie le côté égocentrique de l’héroïne.
*le lecteur sera probablement en minorité
Ce que j’ai apprécié du fond de l’histoire est l’apprivoisement de l'ado à la nouvelle conjointe de son père, écartant progressivement ses préjugés à son égard. Ses relations avec les hommes sont édifiantes car elles partent d’emblée d'une bonne disposition d'esprit. Elle s’entend merveilleusement bien avec son père et adore son meilleur ami masculin. Elle ne prend pas pour acquis que les premiers baisers sont les plus exaltants, ce qui fait un peu changement du cliché. En étant patient et en s’infiltrant sous le ton, on réalise que l’héroïne, surnommée amicalement Fred, a une tête bien plantée sur les épaules.
Pour tous ceux qui ont aimé, il y a une bonne nouvelle ; une suite des déboires amoureux de Fred est attendue.
dimanche 6 mars 2016
Le coeur bleu de Aline Apostolska
Le titre, la couverture m’ont été droit au cœur. J’étais d’autant plus curieuse que je n’avais jamais lu Aline Apostolska.
Je n’ai pas été déçue, ni par le livre, ni par l’auteure. Je fais une séparation entre les deux (livre et auteure) mais à peine s’il y en a une. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on ressent le plus fortement le besoin d’en tirer une.
C’est une histoire d’amour. Par ces quelques mots, tout pourrait avoir été dit. Une vraie de vraie qui torture les cœurs à ses premiers balbutiements parce que « normalement », elle ne devrait pas naître, cette histoire.
Les deux cœurs sont situés aux confins un de l’autre, chacun sur son île : l'Île de Montréal et l'Île bleue des Caraïbes. Les corps sont aussi situés aux confins un de l’autre : l’homme est plutôt au début de sa vie et la femme est plus mûre, disons. Qui se torturera le plus pour cet aspect ? La femme, bien sûr. Celle-là même qui a peur de faner, comme toutes les fleurs qui ont été fraiches. La femme sait mieux que l’homme ce qu’est de faner, ne serait-ce que parce que son système reproducteur meurt aux orées de la cinquantaine. L’homme, non, la maturité lui va même bien, le moindrement qu’il prenne soin de lui. Les langues maintenant. Elles devraient s’entremêler dans une même salive eh bien, elles sont différentes : l’espagnol chez un, le français chez l’autre.
Il y a rapidement une terre mitoyenne qui sera jetée entre les deux. Il y aura une recherche des mots mais pas des silences. C’est l’espagnol qui gagne la palme. Des poèmes en langue espagnole jonchent la terre fertile de leur amour. Je ne les ai pas lus, aucun en fait, car j’ai réalisé à la fin seulement qu’il y avait une traduction offerte par l’auteure elle-même.
Ah oui, j’ai complètement oublié de vous dire qu’il s’agit de Roméo et de Juliette. Je me suis retenu de ne pas dire de Juliette et de Roméo car, après tout, c’est Juliette qui s’adresse à nous. De Roméo, on entend parler. Est-il déformé par Juliette ? Nous ne le saurons pas. C’est une histoire de confiance aux perceptions de l’auteure qui vire son cœur à l’envers, comme une poche, le retourne de tous les côtés, essayant de comprendre s’il y a du contenu. Quoi, un amour de vacances à son âge ! Quelle idée bête et dangereuse. Mais Roméo est si convainquant et les corps exultent et elle est tout à coup si jeune sous son regard ; comment résister à cette eau de jouvence ?
C’est une histoire d’amour décortiquée où la moindre graine est fouillée dans les sols fertiles et mouillées. Je ne fais pas de dessin, je vous confie le soin de trouver vos images.
Accrochée à cette écriture franche et directe, tout en pause et en prose, j’ai passé un bon « quart d’heure ». J’ai essayé autant que l'auteure de démystifier les cœurs bleus de ce monde. C’est une histoire intime, si intime que l’on ne voit plus de différence entre le « je » d’un journal et le « je » romancé. Et peut-être, y en a-t-il pas, par tout le savoir-dire et le savoir-faire d’une romancière aguerrie.
Pour les amoureux des cœurs bleus, habitant des îles, qui se rapprochent par mers et ponts.
Je n’ai pas été déçue, ni par le livre, ni par l’auteure. Je fais une séparation entre les deux (livre et auteure) mais à peine s’il y en a une. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on ressent le plus fortement le besoin d’en tirer une.
C’est une histoire d’amour. Par ces quelques mots, tout pourrait avoir été dit. Une vraie de vraie qui torture les cœurs à ses premiers balbutiements parce que « normalement », elle ne devrait pas naître, cette histoire.
Les deux cœurs sont situés aux confins un de l’autre, chacun sur son île : l'Île de Montréal et l'Île bleue des Caraïbes. Les corps sont aussi situés aux confins un de l’autre : l’homme est plutôt au début de sa vie et la femme est plus mûre, disons. Qui se torturera le plus pour cet aspect ? La femme, bien sûr. Celle-là même qui a peur de faner, comme toutes les fleurs qui ont été fraiches. La femme sait mieux que l’homme ce qu’est de faner, ne serait-ce que parce que son système reproducteur meurt aux orées de la cinquantaine. L’homme, non, la maturité lui va même bien, le moindrement qu’il prenne soin de lui. Les langues maintenant. Elles devraient s’entremêler dans une même salive eh bien, elles sont différentes : l’espagnol chez un, le français chez l’autre.
Il y a rapidement une terre mitoyenne qui sera jetée entre les deux. Il y aura une recherche des mots mais pas des silences. C’est l’espagnol qui gagne la palme. Des poèmes en langue espagnole jonchent la terre fertile de leur amour. Je ne les ai pas lus, aucun en fait, car j’ai réalisé à la fin seulement qu’il y avait une traduction offerte par l’auteure elle-même.
Ah oui, j’ai complètement oublié de vous dire qu’il s’agit de Roméo et de Juliette. Je me suis retenu de ne pas dire de Juliette et de Roméo car, après tout, c’est Juliette qui s’adresse à nous. De Roméo, on entend parler. Est-il déformé par Juliette ? Nous ne le saurons pas. C’est une histoire de confiance aux perceptions de l’auteure qui vire son cœur à l’envers, comme une poche, le retourne de tous les côtés, essayant de comprendre s’il y a du contenu. Quoi, un amour de vacances à son âge ! Quelle idée bête et dangereuse. Mais Roméo est si convainquant et les corps exultent et elle est tout à coup si jeune sous son regard ; comment résister à cette eau de jouvence ?
C’est une histoire d’amour décortiquée où la moindre graine est fouillée dans les sols fertiles et mouillées. Je ne fais pas de dessin, je vous confie le soin de trouver vos images.
Accrochée à cette écriture franche et directe, tout en pause et en prose, j’ai passé un bon « quart d’heure ». J’ai essayé autant que l'auteure de démystifier les cœurs bleus de ce monde. C’est une histoire intime, si intime que l’on ne voit plus de différence entre le « je » d’un journal et le « je » romancé. Et peut-être, y en a-t-il pas, par tout le savoir-dire et le savoir-faire d’une romancière aguerrie.
Pour les amoureux des cœurs bleus, habitant des îles, qui se rapprochent par mers et ponts.
vendredi 26 février 2016
Les maisons de Fanny Britt
Tout le monde s’exclame en bien sur ce roman Les maisons. Il m’arrive de me méfier de l’unanimité, tout en étant très attirée, ne serait-ce que pour vérifier si je suis comme tout le monde et, surtout, ne pas passer à côté de deux heures de réjouissance livresque. Eh bien, sans plus tarder, je vous le dis, je fais partie de cette unanimité ; il faut lire « Les maisons ».
Ne vous attendez pas à une mirobolante histoire, ce n’est pas ce qu’il faut aller chercher dans « Les maisons ». Il faut être un lecteur qui n’attend pas la fin spectaculaire mais qui cherche les moyens de parvenir à des fins qui comblent.
L’histoire est ultra simple. Une mère de trois enfants, par le biais de son métier d’agent d’immeuble croise celui qui a été l’amour fou de sa jeunesse. Est-ce que cet amour aux relents idylliques va venir ébranler ce qu’elle a construit de solide avec un homme « aux mains d’ours en guise d’armure » ? Là est toute la question et là est également toute la réponse.
C’est la manière dont la réponse nous est amenée qui séduit. Qui séduit nos sens, un peu notre coeur mais surtout notre esprit. Ce n’est qu’un auteur à l’esprit finement découpé qui peut y arriver. Chaque phrase de Fanny Britt contient du sens. D’ailleurs, on a envie d’encadrer quelques phrases : Nous faisons partie d’un club, le club de celles qui ne parlent pas d’amour comme dans les annonces de lait maternisé, mais qui, dans chaque phrase, dans chaque pli de paupière épuisée, parlent tout de même d’amour et de rien d’autre.
C’est un roman qui parle de l’amour de la vie mais cet amour de la vie est déguisé en grimace. Le personnage principal Tessa ne s’aime pas et, à cause de cela, ne semble pas aimer sa vie. Pourtant, elle décrit la vie avec une perspicacité aiguisée et amusante. Qui dit mieux ? D’après l’auteure entendue en entrevue, Tessa est en colère. J’ajouterai de mon propre cru qu’elle ne se pardonne peut-être pas la banalité de sa vie. Elle aurait voulu être une star puisqu’elle étudiait en musique classique avant de devenir maman. Chose certaine, elle a l’amertume tout en joliesse. Le quotidien sent bon sous sa plume : soit une vente de sucreries pour l’école, soit l’achat d’un maillot, soit le transport d’un pont en bâtons de popsicles, tout prend une tenue ferme et rieuse. Rien n’est mou dans ce roman mais tout est tendre. Je dirais aussi que tout tend vers l’autre (mari, amant, enfant, client) dans la tension autant que dans la tendresse.
L’ex-chum de son ancienne vie devient sa question obsessive : vais-je briser ma vie pour lui ? C’est un prétexte idéal pour des retours dans le passé. Au passé ou au présent, Tessa reste toujours aussi captivante. Qu’est-ce que vous voulez, quand un personnage est intelligent, vrai, lucide ; a-t-on besoin de s’évader de lui ?
J’ai aimé que son mari soit, (je dirais même enfin !), un bel exemple d’homme à marier. Ils sont plutôt rares dans notre littérature, ça fait du bien sous une plume féminine.
Tessa est bonne à marier également, mais le seul hic est qu’elle ne le sait pas. Être une bonne épouse, une bonne mère, un bon être humain ; est-ce à dire d’être parfait et de briller comme une étoile ? Non, bien sûr. Mais d’être vrai, oui, on en réclame !
Roman d’une simplicité vraie à dévorer pour la tendresse de sa chair aigre-douce.
Ne vous attendez pas à une mirobolante histoire, ce n’est pas ce qu’il faut aller chercher dans « Les maisons ». Il faut être un lecteur qui n’attend pas la fin spectaculaire mais qui cherche les moyens de parvenir à des fins qui comblent.
L’histoire est ultra simple. Une mère de trois enfants, par le biais de son métier d’agent d’immeuble croise celui qui a été l’amour fou de sa jeunesse. Est-ce que cet amour aux relents idylliques va venir ébranler ce qu’elle a construit de solide avec un homme « aux mains d’ours en guise d’armure » ? Là est toute la question et là est également toute la réponse.
C’est la manière dont la réponse nous est amenée qui séduit. Qui séduit nos sens, un peu notre coeur mais surtout notre esprit. Ce n’est qu’un auteur à l’esprit finement découpé qui peut y arriver. Chaque phrase de Fanny Britt contient du sens. D’ailleurs, on a envie d’encadrer quelques phrases : Nous faisons partie d’un club, le club de celles qui ne parlent pas d’amour comme dans les annonces de lait maternisé, mais qui, dans chaque phrase, dans chaque pli de paupière épuisée, parlent tout de même d’amour et de rien d’autre.
C’est un roman qui parle de l’amour de la vie mais cet amour de la vie est déguisé en grimace. Le personnage principal Tessa ne s’aime pas et, à cause de cela, ne semble pas aimer sa vie. Pourtant, elle décrit la vie avec une perspicacité aiguisée et amusante. Qui dit mieux ? D’après l’auteure entendue en entrevue, Tessa est en colère. J’ajouterai de mon propre cru qu’elle ne se pardonne peut-être pas la banalité de sa vie. Elle aurait voulu être une star puisqu’elle étudiait en musique classique avant de devenir maman. Chose certaine, elle a l’amertume tout en joliesse. Le quotidien sent bon sous sa plume : soit une vente de sucreries pour l’école, soit l’achat d’un maillot, soit le transport d’un pont en bâtons de popsicles, tout prend une tenue ferme et rieuse. Rien n’est mou dans ce roman mais tout est tendre. Je dirais aussi que tout tend vers l’autre (mari, amant, enfant, client) dans la tension autant que dans la tendresse.
L’ex-chum de son ancienne vie devient sa question obsessive : vais-je briser ma vie pour lui ? C’est un prétexte idéal pour des retours dans le passé. Au passé ou au présent, Tessa reste toujours aussi captivante. Qu’est-ce que vous voulez, quand un personnage est intelligent, vrai, lucide ; a-t-on besoin de s’évader de lui ?
J’ai aimé que son mari soit, (je dirais même enfin !), un bel exemple d’homme à marier. Ils sont plutôt rares dans notre littérature, ça fait du bien sous une plume féminine.
Tessa est bonne à marier également, mais le seul hic est qu’elle ne le sait pas. Être une bonne épouse, une bonne mère, un bon être humain ; est-ce à dire d’être parfait et de briller comme une étoile ? Non, bien sûr. Mais d’être vrai, oui, on en réclame !
Roman d’une simplicité vraie à dévorer pour la tendresse de sa chair aigre-douce.
mercredi 17 février 2016
L'Heure sans ombre de Benoît Bouthillette
Qui suis-je pour dire que j’ai plus ou moins aimé ce roman, dit polar mais qui contient tout ou presque ? Je me fais courtoise et vous le présente afin que vous sachiez un peu de quoi il en retourne, même s’il est ardu de présenter une histoire aussi fertile.
Nous sommes à Cuba, en compagnie de l’enquêteur policier autochtone et chaman, Benjamin Sioui qui n’est pas là pour mener une enquête mais plutôt voir le temps venir. Bien entendu, que le roman ne serait pas aussi consistant (542 pages) si quelque entité n’arrivait pas à l’embarquer dans une histoire assez barbare, celle-ci étant la disparition d’enfants. Cette entité est ni plus ni moins qu’une déesse du panthéon afro-cubain. À noter que celle-ci se fera pressante tout au long du récit, et viendra harceler l’enquêteur celui-ci étant jeté à chaque fois dans une transe comateuse.
Le policier sera admirablement entouré pour mener son enquête, ne serait-ce que par Maeva, une belle et fascinante femme qui deviendra son acolyte à tous les niveaux. Il rencontrera également un adolescent, Elvis, avec qui il développera une solide complicité. J’ai d’ailleurs aimé suivre les aléas de cet attachement quasiment paternel, même si j’ai trouvé que le jeune agissait ni plus ni moins en héro, tellement ses émotions de tristesse étaient contrôlées.
La trame du roman est simple, très simple, menée d’une manière succincte, ce roman atteindrait tout au plus 200 pages. Ce serait sans compter la verve de l’auteur. Pour vous en donner une idée, j’ai piqué cette phrase chez Richard Migneault : […histoire d’amour. Roman policier. Thriller obsédant, velouté et passionnant. Précis de lecture et guide touristique. Recueil de poésie et délire onirique. Parsemé de mots espagnols, anglais, écrit en français, parfois en québécois…]. Et Richard M. de poursuivre : […ces incartades culturelles nous aident à garder le rythme lent de lecture, permettant de savourer toute la richesse de l’écriture de l’auteur].
Bref, ce qui a charmé l’auteur du blog Polar, noir et blanc, à savoir le rythme lent de lecture, est ce qui m’a dérangé. Ce rythme obligatoirement lent, par le foisonnement d’informations m’a fait penser plus souvent que nécessaire « Et l’histoire, est-ce qu’on la continue ? ». Si on retire ce brin d’impatience, on pourrait conclure que ces dissertations sont instructives et, pourquoi pas, faisant partie intégrante de l’histoire. N’empêche qu’un roman si touffu en prose prend un risque : devant une personne particulièrement bavarde, l’affinité doit être grande pour trouver un intérêt à chacun des volubiles apartés. Ce principe est à mon avis transposable d’auteur à lecteur.
Je suis obligé de conclure que Cuba ne m’intrigue pas particulièrement, ce dont je ne suis pas nécessairement fière, et encore moins les religions avec divinité. L’intérêt d’une personne, qui a déjà été à Cuba et dont la curiosité est resté à vif, ne part pas du même endroit que moi et peut adorer ce bouquin aux relents ésotériques qui explore Cuba sous des angles non touristiques. Par exemple, on y visite des festivals de musique que même certains Cubains ne visitent pas couramment. D’ailleurs, avis aux intéressés, les références musicales y sont très présentes.
Un polar original, sortant des sentiers battus, qui ravira les amateurs de Cuba et de verve généreuse et bien documentée.
Nous sommes à Cuba, en compagnie de l’enquêteur policier autochtone et chaman, Benjamin Sioui qui n’est pas là pour mener une enquête mais plutôt voir le temps venir. Bien entendu, que le roman ne serait pas aussi consistant (542 pages) si quelque entité n’arrivait pas à l’embarquer dans une histoire assez barbare, celle-ci étant la disparition d’enfants. Cette entité est ni plus ni moins qu’une déesse du panthéon afro-cubain. À noter que celle-ci se fera pressante tout au long du récit, et viendra harceler l’enquêteur celui-ci étant jeté à chaque fois dans une transe comateuse.
Le policier sera admirablement entouré pour mener son enquête, ne serait-ce que par Maeva, une belle et fascinante femme qui deviendra son acolyte à tous les niveaux. Il rencontrera également un adolescent, Elvis, avec qui il développera une solide complicité. J’ai d’ailleurs aimé suivre les aléas de cet attachement quasiment paternel, même si j’ai trouvé que le jeune agissait ni plus ni moins en héro, tellement ses émotions de tristesse étaient contrôlées.
La trame du roman est simple, très simple, menée d’une manière succincte, ce roman atteindrait tout au plus 200 pages. Ce serait sans compter la verve de l’auteur. Pour vous en donner une idée, j’ai piqué cette phrase chez Richard Migneault : […histoire d’amour. Roman policier. Thriller obsédant, velouté et passionnant. Précis de lecture et guide touristique. Recueil de poésie et délire onirique. Parsemé de mots espagnols, anglais, écrit en français, parfois en québécois…]. Et Richard M. de poursuivre : […ces incartades culturelles nous aident à garder le rythme lent de lecture, permettant de savourer toute la richesse de l’écriture de l’auteur].
Bref, ce qui a charmé l’auteur du blog Polar, noir et blanc, à savoir le rythme lent de lecture, est ce qui m’a dérangé. Ce rythme obligatoirement lent, par le foisonnement d’informations m’a fait penser plus souvent que nécessaire « Et l’histoire, est-ce qu’on la continue ? ». Si on retire ce brin d’impatience, on pourrait conclure que ces dissertations sont instructives et, pourquoi pas, faisant partie intégrante de l’histoire. N’empêche qu’un roman si touffu en prose prend un risque : devant une personne particulièrement bavarde, l’affinité doit être grande pour trouver un intérêt à chacun des volubiles apartés. Ce principe est à mon avis transposable d’auteur à lecteur.
Je suis obligé de conclure que Cuba ne m’intrigue pas particulièrement, ce dont je ne suis pas nécessairement fière, et encore moins les religions avec divinité. L’intérêt d’une personne, qui a déjà été à Cuba et dont la curiosité est resté à vif, ne part pas du même endroit que moi et peut adorer ce bouquin aux relents ésotériques qui explore Cuba sous des angles non touristiques. Par exemple, on y visite des festivals de musique que même certains Cubains ne visitent pas couramment. D’ailleurs, avis aux intéressés, les références musicales y sont très présentes.
Un polar original, sortant des sentiers battus, qui ravira les amateurs de Cuba et de verve généreuse et bien documentée.
vendredi 12 février 2016
Incroyables dinosaures de John Woodward
Aujourd’hui, c’est jour de chronique enfantine. Deux albums sont tombés entre nos mains. Je dis « nos » puisque Marsi a été mis à contribution pour le très impressionnant :
« Incroyables dinosaures » de John Woodward aux éditions Hurtubise.
Venise
Cet album est gigantesque (12'' x 10''), nos dinosaures peuvent donc s’y déployer avec ce qui leur est indispensable : beaucoup d’espace. D’ailleurs, il est parsemé d’échelles et de références de tailles, afin d’aider à conceptualiser les grosseurs. Il est divisé par « Les dinosaures » - « Le Trias » - « Le jurassique » - « Le crétacé » et se termine par « Une nouvelle ère ». Vous y trouvez également un glossaire complet, un index très avenant. Les splendides illustrations, exécutées par cinq mains de maîtres viennent chercher le plus indifférent des voyeurs et lecteurs.
Personnellement, même si je ne suis pas obnubilée par cet univers, j’ai parcouru ces pages les yeux exorbités, dévorant les abondantes illustrations, lesquelles sont accolées à des encadrées de descriptions pertinentes. Cet album est assurément pour tous : enfants, adultes, férus ou fascinés, tout le monde y trouve son compte. Un très beau cadeau à offrir. Demandez à le feuilleter, il est encore sur les tablettes de nos librairies, vous y trouverez plus de 60 créatures préhistoriques hautes en couleurs.
Marsi
Est-ce que la mode des dinosaures est (dé)passée ? (Rire à gorge déployée). Bien sûr que non ! Pour se remémorer comment c’était en ces temps majestueux, il y a les titres comme Incroyables dinosaures tout aussi majestueux. Cet album nous fait faire un bond de quelques centaines de millions d’années, du supercontinent de la Pangée, jusqu’au Cénozoïque. Album grandement visuel, mettant en scène les grandes vedettes animalières de notre histoire lointaine, il regorge de précieuses informations pour qui désire prendre un bain de culture paléontologique. La démesure de l’espace et du temps nous y est dépeinte à travers le regard de ces bêtes qui ont régnées sur la terre pendant si longtemps qu’il nous est à peine possible de l’appréhender. On y découvre avec intérêt, mais aussi amusement, ces phénomènes que notre planète a portés. Apprenez à reconnaître le Giraffatitan, le Citipati ou le Titanoboa…
N.B. : La couverture est splendide avec les animaux embossés. Elle vaut vraiment le coup d'oeil !
Pas évident d’être une fée des dents
Nadia Sévigny et AnneMarie Bourgeois
Je n’ai pas su résister à cet album que j’ai même fait dédicacer à l’auteur à un Salon du livre. La fée des dents est un être magique pour un évènement assez terre-à-terre : la perte des dents. Je suis sûre que ce n’est pas la première fois que l’on y fait allusion dans le monde de la littérature jeunesse mais cette fois, l’histoire y rajoute la perte des dents des personnes âgées. Autrement dit, on amène l’enfant à penser aux dentiers d’une manière franchement rigolote. À un moment donné, il y a une méprise, car cette fée des dents nommée Dentine est débutante dans le métier. Une habile manière d’apporter à l’attention des enfants que leurs grands-parents n’ont pas toujours leurs vraies dents dans la bouche. L’histoire est rondement menée, en plus des dessins aux formes arrondies qui rajoutent leur pétulant dynamisme.
« Incroyables dinosaures » de John Woodward aux éditions Hurtubise.
Venise
Cet album est gigantesque (12'' x 10''), nos dinosaures peuvent donc s’y déployer avec ce qui leur est indispensable : beaucoup d’espace. D’ailleurs, il est parsemé d’échelles et de références de tailles, afin d’aider à conceptualiser les grosseurs. Il est divisé par « Les dinosaures » - « Le Trias » - « Le jurassique » - « Le crétacé » et se termine par « Une nouvelle ère ». Vous y trouvez également un glossaire complet, un index très avenant. Les splendides illustrations, exécutées par cinq mains de maîtres viennent chercher le plus indifférent des voyeurs et lecteurs.
Personnellement, même si je ne suis pas obnubilée par cet univers, j’ai parcouru ces pages les yeux exorbités, dévorant les abondantes illustrations, lesquelles sont accolées à des encadrées de descriptions pertinentes. Cet album est assurément pour tous : enfants, adultes, férus ou fascinés, tout le monde y trouve son compte. Un très beau cadeau à offrir. Demandez à le feuilleter, il est encore sur les tablettes de nos librairies, vous y trouverez plus de 60 créatures préhistoriques hautes en couleurs.
Marsi
Est-ce que la mode des dinosaures est (dé)passée ? (Rire à gorge déployée). Bien sûr que non ! Pour se remémorer comment c’était en ces temps majestueux, il y a les titres comme Incroyables dinosaures tout aussi majestueux. Cet album nous fait faire un bond de quelques centaines de millions d’années, du supercontinent de la Pangée, jusqu’au Cénozoïque. Album grandement visuel, mettant en scène les grandes vedettes animalières de notre histoire lointaine, il regorge de précieuses informations pour qui désire prendre un bain de culture paléontologique. La démesure de l’espace et du temps nous y est dépeinte à travers le regard de ces bêtes qui ont régnées sur la terre pendant si longtemps qu’il nous est à peine possible de l’appréhender. On y découvre avec intérêt, mais aussi amusement, ces phénomènes que notre planète a portés. Apprenez à reconnaître le Giraffatitan, le Citipati ou le Titanoboa…
N.B. : La couverture est splendide avec les animaux embossés. Elle vaut vraiment le coup d'oeil !
Pas évident d’être une fée des dents
Nadia Sévigny et AnneMarie Bourgeois
Je n’ai pas su résister à cet album que j’ai même fait dédicacer à l’auteur à un Salon du livre. La fée des dents est un être magique pour un évènement assez terre-à-terre : la perte des dents. Je suis sûre que ce n’est pas la première fois que l’on y fait allusion dans le monde de la littérature jeunesse mais cette fois, l’histoire y rajoute la perte des dents des personnes âgées. Autrement dit, on amène l’enfant à penser aux dentiers d’une manière franchement rigolote. À un moment donné, il y a une méprise, car cette fée des dents nommée Dentine est débutante dans le métier. Une habile manière d’apporter à l’attention des enfants que leurs grands-parents n’ont pas toujours leurs vraies dents dans la bouche. L’histoire est rondement menée, en plus des dessins aux formes arrondies qui rajoutent leur pétulant dynamisme.
dimanche 24 janvier 2016
Le nid de pierres de Tristan Malavoy
Cette histoire commence simplement : Thomas et Laure, des amis d’enfance devenus nouvellement un couple retournent sur les lieux de leur enfance à St-Denis de Brompton. Après quelques hésitations, ils s’installent dans une vieille maison un peu décrépie mais faisant face à un attrayant lac. Thomas est un scénariste à succès et Laure, une bibliothécaire. On se tient près du livre pour gagner sa vie dans ce roman.
« Jusqu'à quel point veulent-ils un enfant ? Était-ce une bonne idée l’achat de cette maison ancestrale La Chalande qui bouffe leurs économies ? Pourquoi ce retour imprévu dans leur vie du frère de Thomas ? » entre ces questions d’ordre plutôt concret surgissent des questions d’ordre de l’esprit où règne en maître le thème des disparitions mystérieuses.
Tout au long de l’histoire du couple, plantée en 2005, et du frère qui s’y joint, s’intercalent des épisodes de l’enfance de Thomas en 1985. S’intercale également l’histoire d’un enfant abénaquis. Ces derniers textes intercalés (en italique), se lisant sur 42 pages, varient considérablement de longueur d’un segment à l’autre. Un épilogue de 18 pages nous attend à la fin et 3 pages de notes de l’auteur.
L’histoire en 2005 m’a intéressée, surtout ce couple foncièrement contemporain, une entité en soi assez captivante par leurs questions existentielles et leur manière d’être assez répandue : la femme plus centrée sur la vie du nid que l’homme dont l’esprit se plait à vagabonder. Pour ce dernier, faut dire que le travail de scénariste peu exigeant lui laisse une latitude d’horaire lui offrant l’occasion de fouiller son présent sous les éclairs illuminés du passé. En ce sens-là, les épisodes de 1985 nous aident à comprendre l’attraction qu’exerce sur lui un ventre-de-bœuf qui avale des vélos et pourquoi pas, tant qu’à y être, des vies. La vie du gamin en 1985 est habitée et je dirais que c’est lors de ses passages que j’ai le plus senti palpiter l’âme de St-Denis de Brompton.
Pour ce qui est des segments de légendes abénaquises, afin de mieux les savourer, j’ai dû les relire une fois l’histoire principale terminée.
J’en conclus que ce roman, à plusieurs partitions, entre ses visites à l’enfance, puis à l’âge adulte, puis aux légendes abénaquises fut trop morcelé pour que j’arrive à l’englober avec facilité. En plus, j’ai un moment donné réalisé que j’avais un sérieux problème de lecture : je restais imperméable au mystère qui s’en dégage. Nous avons ici une histoire mystérieuse, ou en tout cas qui veut l’être, avec ses doubles sens de vie de l’esprit, ses recherches, ses symboles et ses disparitions inexpliquées. Si on y ajoute également ses êtres différents qui la hantent, le tableau est complet. Je suis passé à côté de ce mystère, me tenant très (trop ?) près du concret. Ce qu’il m’en reste principalement est une curiosité et un intérêt certain pour ce coin de pays que l’auteur a su faire sien à chaque phrase.
Reste que, même si ce roman n’était pas pour moi, la majorité des lecteurs s’en sont délectés, voir ne serait-ce que la très belle critique de Marion Transetti à La Recrue du mois qui a entièrement embarqué dans le côté mystérieux.
« Jusqu'à quel point veulent-ils un enfant ? Était-ce une bonne idée l’achat de cette maison ancestrale La Chalande qui bouffe leurs économies ? Pourquoi ce retour imprévu dans leur vie du frère de Thomas ? » entre ces questions d’ordre plutôt concret surgissent des questions d’ordre de l’esprit où règne en maître le thème des disparitions mystérieuses.
Tout au long de l’histoire du couple, plantée en 2005, et du frère qui s’y joint, s’intercalent des épisodes de l’enfance de Thomas en 1985. S’intercale également l’histoire d’un enfant abénaquis. Ces derniers textes intercalés (en italique), se lisant sur 42 pages, varient considérablement de longueur d’un segment à l’autre. Un épilogue de 18 pages nous attend à la fin et 3 pages de notes de l’auteur.
L’histoire en 2005 m’a intéressée, surtout ce couple foncièrement contemporain, une entité en soi assez captivante par leurs questions existentielles et leur manière d’être assez répandue : la femme plus centrée sur la vie du nid que l’homme dont l’esprit se plait à vagabonder. Pour ce dernier, faut dire que le travail de scénariste peu exigeant lui laisse une latitude d’horaire lui offrant l’occasion de fouiller son présent sous les éclairs illuminés du passé. En ce sens-là, les épisodes de 1985 nous aident à comprendre l’attraction qu’exerce sur lui un ventre-de-bœuf qui avale des vélos et pourquoi pas, tant qu’à y être, des vies. La vie du gamin en 1985 est habitée et je dirais que c’est lors de ses passages que j’ai le plus senti palpiter l’âme de St-Denis de Brompton.
Pour ce qui est des segments de légendes abénaquises, afin de mieux les savourer, j’ai dû les relire une fois l’histoire principale terminée.
J’en conclus que ce roman, à plusieurs partitions, entre ses visites à l’enfance, puis à l’âge adulte, puis aux légendes abénaquises fut trop morcelé pour que j’arrive à l’englober avec facilité. En plus, j’ai un moment donné réalisé que j’avais un sérieux problème de lecture : je restais imperméable au mystère qui s’en dégage. Nous avons ici une histoire mystérieuse, ou en tout cas qui veut l’être, avec ses doubles sens de vie de l’esprit, ses recherches, ses symboles et ses disparitions inexpliquées. Si on y ajoute également ses êtres différents qui la hantent, le tableau est complet. Je suis passé à côté de ce mystère, me tenant très (trop ?) près du concret. Ce qu’il m’en reste principalement est une curiosité et un intérêt certain pour ce coin de pays que l’auteur a su faire sien à chaque phrase.
Reste que, même si ce roman n’était pas pour moi, la majorité des lecteurs s’en sont délectés, voir ne serait-ce que la très belle critique de Marion Transetti à La Recrue du mois qui a entièrement embarqué dans le côté mystérieux.
mercredi 13 janvier 2016
TOP 10 - Lectures 2015 chez Venise
1. Six Degrés de liberté de Nicolas Dickner
Pour l’architecture précise, ordonnée et complexe du récit. Pour la pleine densité du texte allant droit à l’intelligence du lecteur. Parce que j’ai tourné les pages comme si c’était un suspense et, finalement, parce que c’en est un des plus maîtrisés.
2. La chaleur avant midi de Mylène Durand
Pour avoir eu chaud en grelottant. Pour l’ambiance opaque. Pour la rigueur du style toujours impeccable. Pour tout ce que ce roman ne dit pas mais évoque. Et parce qu’il entre par les pores de la peau sans plus jamais ressortir.
3. La bête à sa mère de David Goudreault
Pour l’impertinence assumée du récit. Pour l’approche humaine et satirique de la délinquance. Pour l’humour subtil et caustique. Parce que j’ai avalé goulument la vie d’un personnage que j’aurais dû normalement détesté. Parce que l’on veut que cette histoire continue (et elle va continuer !).
4. La dernière sorcière d’Écosse de Valérie Langlois
Pour ce retour en arrière tout en continuant de se délecter du présent. Pour l’héroïne doucement féministe. Pour les scènes érotiques fortes, bien dosées et de bon goût. Pour l’histoire dans l’Histoire où l’on croit à tout, tellement qu’on en épouse tous les personnages. Parce que des sorcières, n’est-ce pas tout simplement celles que nous appelons maintenant des voyantes !
5. Le temps des bâtisseurs de Louis Caron
Pour la découverte d’un romancier qui a la trempe des grands historiens. Pour accompagner des personnages qui bâtissent le Québec, pour la permission de les suivre dans leur exil aux USA. Pour une histoire d’amour plus grande que des tralées de familles nombreuses. Parce que les rôles de femmes sont exaltées au lieu d’effacées. Pour de la rébellion intelligente, pour dénicher des précurseurs et des avant-gardistes. Pour les personnages chez qui on embrase leur « tout feu tout flamme ». Pour la fascination d'un monde en construction et parce qu’il faut des architectes québécois, aux USA ou ailleurs.
6. C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde
Parce que l’auteur révèle de son infiniment intime. Parce que le personnage de la mère de l'auteur englobe mille mères tout en restant unique. Pour cette prose enguirlandée qui transcende la réalité chez Robert Lalonde. Pour avoir mis le doigt sur une relation mère-fils à la plus grande satisfaction de mon voyeurisme.
7. La déesse des mouches à feu de Geneviève Petterson
Pour cette invitation cordiale d’entrer dans un groupe de jeunes pour aller fureter dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Surtout leurs cœurs. Pour cette fureur de vivre qui peut être trompeuse. Parce que cette voix de personnage qui centre l’histoire retentit d’une manière authentique, venant nous chercher là où nous sommes. Pour le 100% langage québécois sans fausse note.
8. Histoire d’un bonheur de Geneviève Dumas
Parce qu’on tente une approche du bonheur et qu’on s’y prend tellement mal. Parce que je me suis surprise à rigoler tendrement de la bourgeoisie ce qui, à mon avis, tient de la prouesse littéraire. Parce que les chassés-croisés entre personnages sont astucieux. Parce que la prose danse sans arabesque tout en tenant un rythme qui se tient de lui-même. Pour un peu de magie, comme de l'épice ajouté sur les mets de la vie au quotidien.
9. 40 choses que je veux te dire d’Alice Kuipers
Pour tout ce que j’ai appris de la jeunesse par la voix d’une jeune fille hyper organisée. Pour l’originalité de l’approche du récit par le dressement d’une liste de choses à faire. Pour les pas en arrière et ceux en avant : la vie ou pas la vie, la donner ou la retenir, ce doute qui nous hante jusqu’à la dernière seconde. Pour l’exploitation judicieuse de la différence entre l’amour et l’amitié. Pour tout ça et mes sourires laissés au coin des phrases.
10. Les têtes bouclées de Claude Lamarche
Pour mon attachement progressif et intense pour le personnage principal pourtant si discret. Pour l’avoir pleuré et m’en ennuyer encore et toujours. Parce que les Écossais qui tâchent de s’intégrer et qui s’intègrent plus que nécessaire, c’est de toute beauté à lire sous la plume simple de Claude Lamarche. Pour l’attachement filial et familial qui crée un point d’ancrage réunissant les personnages. Parce que j’ai un cœur tendre qui apprécie parfois de prendre mon temps pour entrer dans une histoire.
N.B. : Les trois romans ci-dessous ont été lus en 2015 et font partie de ma sélection, en conclure qui ne font pas partie de mon top mais seront recensés dans les semaines suivantes.
Le nid de pierres de Tristan Malavoy - - - Paul dans la Nord de Michel Rabagliati - - - L’heure sans ombre de Benoit Bouthillette
N.B : S’il y a des erreurs typographiques, veuillez être indulgents, je viens à peine de me faire opérer pour une cataracte.
N.B. : Je suis consciente que deux auteures ne vivent pas au Québec mais comme elles sont publiées au Québec, elles font partie de mes lectures.
Pour l’architecture précise, ordonnée et complexe du récit. Pour la pleine densité du texte allant droit à l’intelligence du lecteur. Parce que j’ai tourné les pages comme si c’était un suspense et, finalement, parce que c’en est un des plus maîtrisés.
2. La chaleur avant midi de Mylène Durand
Pour avoir eu chaud en grelottant. Pour l’ambiance opaque. Pour la rigueur du style toujours impeccable. Pour tout ce que ce roman ne dit pas mais évoque. Et parce qu’il entre par les pores de la peau sans plus jamais ressortir.
3. La bête à sa mère de David Goudreault
Pour l’impertinence assumée du récit. Pour l’approche humaine et satirique de la délinquance. Pour l’humour subtil et caustique. Parce que j’ai avalé goulument la vie d’un personnage que j’aurais dû normalement détesté. Parce que l’on veut que cette histoire continue (et elle va continuer !).
4. La dernière sorcière d’Écosse de Valérie Langlois
Pour ce retour en arrière tout en continuant de se délecter du présent. Pour l’héroïne doucement féministe. Pour les scènes érotiques fortes, bien dosées et de bon goût. Pour l’histoire dans l’Histoire où l’on croit à tout, tellement qu’on en épouse tous les personnages. Parce que des sorcières, n’est-ce pas tout simplement celles que nous appelons maintenant des voyantes !
5. Le temps des bâtisseurs de Louis Caron
Pour la découverte d’un romancier qui a la trempe des grands historiens. Pour accompagner des personnages qui bâtissent le Québec, pour la permission de les suivre dans leur exil aux USA. Pour une histoire d’amour plus grande que des tralées de familles nombreuses. Parce que les rôles de femmes sont exaltées au lieu d’effacées. Pour de la rébellion intelligente, pour dénicher des précurseurs et des avant-gardistes. Pour les personnages chez qui on embrase leur « tout feu tout flamme ». Pour la fascination d'un monde en construction et parce qu’il faut des architectes québécois, aux USA ou ailleurs.
6. C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde
Parce que l’auteur révèle de son infiniment intime. Parce que le personnage de la mère de l'auteur englobe mille mères tout en restant unique. Pour cette prose enguirlandée qui transcende la réalité chez Robert Lalonde. Pour avoir mis le doigt sur une relation mère-fils à la plus grande satisfaction de mon voyeurisme.
7. La déesse des mouches à feu de Geneviève Petterson
Pour cette invitation cordiale d’entrer dans un groupe de jeunes pour aller fureter dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Surtout leurs cœurs. Pour cette fureur de vivre qui peut être trompeuse. Parce que cette voix de personnage qui centre l’histoire retentit d’une manière authentique, venant nous chercher là où nous sommes. Pour le 100% langage québécois sans fausse note.
8. Histoire d’un bonheur de Geneviève Dumas
Parce qu’on tente une approche du bonheur et qu’on s’y prend tellement mal. Parce que je me suis surprise à rigoler tendrement de la bourgeoisie ce qui, à mon avis, tient de la prouesse littéraire. Parce que les chassés-croisés entre personnages sont astucieux. Parce que la prose danse sans arabesque tout en tenant un rythme qui se tient de lui-même. Pour un peu de magie, comme de l'épice ajouté sur les mets de la vie au quotidien.
9. 40 choses que je veux te dire d’Alice Kuipers
Pour tout ce que j’ai appris de la jeunesse par la voix d’une jeune fille hyper organisée. Pour l’originalité de l’approche du récit par le dressement d’une liste de choses à faire. Pour les pas en arrière et ceux en avant : la vie ou pas la vie, la donner ou la retenir, ce doute qui nous hante jusqu’à la dernière seconde. Pour l’exploitation judicieuse de la différence entre l’amour et l’amitié. Pour tout ça et mes sourires laissés au coin des phrases.
10. Les têtes bouclées de Claude Lamarche
Pour mon attachement progressif et intense pour le personnage principal pourtant si discret. Pour l’avoir pleuré et m’en ennuyer encore et toujours. Parce que les Écossais qui tâchent de s’intégrer et qui s’intègrent plus que nécessaire, c’est de toute beauté à lire sous la plume simple de Claude Lamarche. Pour l’attachement filial et familial qui crée un point d’ancrage réunissant les personnages. Parce que j’ai un cœur tendre qui apprécie parfois de prendre mon temps pour entrer dans une histoire.
N.B. : Les trois romans ci-dessous ont été lus en 2015 et font partie de ma sélection, en conclure qui ne font pas partie de mon top mais seront recensés dans les semaines suivantes.
Le nid de pierres de Tristan Malavoy - - - Paul dans la Nord de Michel Rabagliati - - - L’heure sans ombre de Benoit Bouthillette
N.B : S’il y a des erreurs typographiques, veuillez être indulgents, je viens à peine de me faire opérer pour une cataracte.
N.B. : Je suis consciente que deux auteures ne vivent pas au Québec mais comme elles sont publiées au Québec, elles font partie de mes lectures.
vendredi 8 janvier 2016
Le manège de Monsieur Grimm - Stéphane Choquette
Pourquoi Le manège de monsieur Grimm » s’est ramassé entre mes mains ? Parce que j’avais adoré son premier titre « La romance des ogres ». Vous savez ce genre d’auteur qui fait décoller un lecteur de la terre de son quotidien pour le faire atterrir dans une histoire ? C’est également le genre de texte où tu ne sens pas la trace de vécu ou de l'égo qui transpire entre les phrases. Stéphane Choquette est de cette race de conteur imaginatif. Un autre point le caractérise ; l’audace. Il va pousser son histoire loin, au péril de tous les excès. J’ai senti en lui un irrépressible besoin d’abandon à son monde imaginaire. Bien évidemment, il y a de fortes chances que si l’auteur se laisse entrainer par son histoire, le lecteur le suivra.
Tentons maintenant de rendre hommage à l’histoire. Nous passons quelques jours en compagnie d’un jeune garçon rempli de bonne volonté, Lucas Sinclair. C’est un élève modèle, très à son affaire, peut-être trop pour certains rebelles qui l’envient et veulent massacrer son bien-être et son vélo. Un point important caractérise Lucas, c’est son exceptionnel talent en dessin. Il préfère le cacher pour ne pas attiser la jalousie. Il cumule des dessins dans un cahier. Parce qu’il dessine, on suppose cet enfant de douze ans être doté d’une vive imagination, aussi lorsqu’il découvre dans son entourage une famille aux comportements violents et bizarres, le lecteur peut commencer par se demander si ce sont des scènes réelles ou imaginées.
Bien camouflé derrière un cabanon, Lucas découvre des scènes morbides dont l’étrangeté le perturbe (et perturbe le lecteur !). En se sauvant, il a laissé tomber son sac à dos qui contient son précieux cahier et un livre ésotérique prêté par un ex-professeur. Il devra retourner épier ce couple d’adultes et un enfant, afin de récupérer son bien. Les scènes qui se dérouleront sous ses yeux dépassent l’entendement, ressemblant en touts points à votre pire cauchemar à vie ! L’attraction de voir est incontournable pour Lucas, même s’il tremble de peur. Son imagination est stimulée et il retourne les épier dès le lendemain soir. Il va finir par entrer en contact avec eux, malgré leurs comportements menaçants. Il faut dire que la femme du couple est particulièrement gentille, elle saura comment amadouer Lucas. Elle désire un compagnon pour son petit garçon atteint d’une maladie bizarre.
Et monsieur Grimm et son manège dans tout ça ? Nous y arriverons en cours d’histoire. Ce personnage prend des allures de magicien de conte malsain. Monsieur Grimm est fascinant par son ambigüité et enferme la clé de plusieurs énigmes. À noter que toute l’action se déroulera la nuit car c’est le quart de travail de la mère infirmière de Lucas à qui ce dernier veut tout cacher de cette mésaventure. Cette mère de nature inquiète ne réalisera pas tous les dangers que son précieux et unique fils encourt.
Je le dis, si jamais vous ne l’aviez pas déjà pressenti, c’est un suspense haletant où l’on tourne les pages en tremblant de hâte. Malgré tout, j’ai préféré le Lucas du début, « mort de peur », à celui intrépide. Peut-être parce qu’il passe d’un à l’autre un peu trop brusquement. Il devient un héros, ce que je n’ai pas vu venir, surtout que l’action se déroule en à peine quelques jours. Faut dire que j’ai perdu complètement la notion du temps dans cette histoire. On aurait pu me dire qu’elle a duré des mois, je l’aurais cru. Cela participe à l’étrangeté du roman, même si cela m’a dérangé sous certains aspects, cela a modifié certains autres. J’en viens à la sauce à la saveur « horreur » qui se dépose un peu partout, cela n'en fait pas une histoire prétexte à l’horreur, par contre, petites natures, veuillez vous abstenir ! Quand il est question d’ambiance sur le mode « horreur », j’embarquais entièrement mais j’aurais fait sauter certaines scènes redondantes, reprenant les mêmes éléments que nous avions compris. Elles viennent diluer la force de frappe.
La fin, on l’a gagne, tellement plusieurs fins préliminaires défilent auparavant. La fin finale est bien tournée, je n’ai pas été déçue par son ouverture.
Un roman trépidant qui exploite le cœur d’un héros enfantin et le dévouement total de deux mères, où l’imagination foisonne et, dans la tête du gamin et, dans la tête de l’écrivain. On n’en vient à ne plus savoir qui croire !
Si vous désirez lire quelques extraits, c'est ici.
N.B. : Format de livre très agréable à tenir.
Tentons maintenant de rendre hommage à l’histoire. Nous passons quelques jours en compagnie d’un jeune garçon rempli de bonne volonté, Lucas Sinclair. C’est un élève modèle, très à son affaire, peut-être trop pour certains rebelles qui l’envient et veulent massacrer son bien-être et son vélo. Un point important caractérise Lucas, c’est son exceptionnel talent en dessin. Il préfère le cacher pour ne pas attiser la jalousie. Il cumule des dessins dans un cahier. Parce qu’il dessine, on suppose cet enfant de douze ans être doté d’une vive imagination, aussi lorsqu’il découvre dans son entourage une famille aux comportements violents et bizarres, le lecteur peut commencer par se demander si ce sont des scènes réelles ou imaginées.
Bien camouflé derrière un cabanon, Lucas découvre des scènes morbides dont l’étrangeté le perturbe (et perturbe le lecteur !). En se sauvant, il a laissé tomber son sac à dos qui contient son précieux cahier et un livre ésotérique prêté par un ex-professeur. Il devra retourner épier ce couple d’adultes et un enfant, afin de récupérer son bien. Les scènes qui se dérouleront sous ses yeux dépassent l’entendement, ressemblant en touts points à votre pire cauchemar à vie ! L’attraction de voir est incontournable pour Lucas, même s’il tremble de peur. Son imagination est stimulée et il retourne les épier dès le lendemain soir. Il va finir par entrer en contact avec eux, malgré leurs comportements menaçants. Il faut dire que la femme du couple est particulièrement gentille, elle saura comment amadouer Lucas. Elle désire un compagnon pour son petit garçon atteint d’une maladie bizarre.
Et monsieur Grimm et son manège dans tout ça ? Nous y arriverons en cours d’histoire. Ce personnage prend des allures de magicien de conte malsain. Monsieur Grimm est fascinant par son ambigüité et enferme la clé de plusieurs énigmes. À noter que toute l’action se déroulera la nuit car c’est le quart de travail de la mère infirmière de Lucas à qui ce dernier veut tout cacher de cette mésaventure. Cette mère de nature inquiète ne réalisera pas tous les dangers que son précieux et unique fils encourt.
Je le dis, si jamais vous ne l’aviez pas déjà pressenti, c’est un suspense haletant où l’on tourne les pages en tremblant de hâte. Malgré tout, j’ai préféré le Lucas du début, « mort de peur », à celui intrépide. Peut-être parce qu’il passe d’un à l’autre un peu trop brusquement. Il devient un héros, ce que je n’ai pas vu venir, surtout que l’action se déroule en à peine quelques jours. Faut dire que j’ai perdu complètement la notion du temps dans cette histoire. On aurait pu me dire qu’elle a duré des mois, je l’aurais cru. Cela participe à l’étrangeté du roman, même si cela m’a dérangé sous certains aspects, cela a modifié certains autres. J’en viens à la sauce à la saveur « horreur » qui se dépose un peu partout, cela n'en fait pas une histoire prétexte à l’horreur, par contre, petites natures, veuillez vous abstenir ! Quand il est question d’ambiance sur le mode « horreur », j’embarquais entièrement mais j’aurais fait sauter certaines scènes redondantes, reprenant les mêmes éléments que nous avions compris. Elles viennent diluer la force de frappe.
La fin, on l’a gagne, tellement plusieurs fins préliminaires défilent auparavant. La fin finale est bien tournée, je n’ai pas été déçue par son ouverture.
Un roman trépidant qui exploite le cœur d’un héros enfantin et le dévouement total de deux mères, où l’imagination foisonne et, dans la tête du gamin et, dans la tête de l’écrivain. On n’en vient à ne plus savoir qui croire !
Si vous désirez lire quelques extraits, c'est ici.
N.B. : Format de livre très agréable à tenir.
dimanche 3 janvier 2016
Ma vie est entre tes mains - Suzanne Aubry
Voici pour moi une première incursion dans le monde de Suzanne Aubry, auteure des 7 tomes de Fanette. J’y retournerai d’emblée.
Une femme, accompagnée de son enfant autiste quitte son logement de Montréal sans aviser, même pas son mari, pourtant aimant. Celui-ci, envahi d’une inquiétude insupportable part immédiatement à sa recherche sur les lieux de leur rencontre et de leur enfance. C’est un retour dans le passé et celui-ci est lourd pour plusieurs personnages, ce que l’on découvre bride par bride.
J’ai eu un peu de difficulté avec la prémisse, ce départ précipité du mari, même pas une journée après le départ de sa femme. J’y aurais vu un peu plus d’hésitation et de doute. Difficile pour moi de croire qu’il devine immédiatement où est sa femme et, surtout, pourquoi panique-t-il aussi intensément qu’instantanément ? L’auteure tente de mettre cette panique sur l'autisme de l'enfant d'une dizaine d'années mais n’est-ce pas faire peu confiance à la mère qui, vraisemblablement, doit être en mesure de prendre soin de son fils ? Une fois cette prémisse traversée, aussitôt Michel débarqué à St-Boniface, le roman est venu me chercher. J’ai aimé traverser les Prairies en compagnie de personnages bien cernés, certains ruraux. Sans l'ombre d'un doute que le lieu de l'action choisi par l’auteure amplifie l’attrait de cette histoire.
Malgré la vastitude imposante de la nature, ce n’est pas une histoire calme et à l’eau de rose. Une tragédie tirée du passé vient envenimer le passé de trois personnages masculins, dont Michel le fameux mari inquiet. S’il y a un principe à retenir de notre lecture : le passé nous rattrape toujours, aussi bien l’affronter.
Il y a quelque chose du polar dans cette manière de Suzanne Aubry de dévoiler les pans de l’histoire, couche par couche. Avec cette apparence d’enquête et de plusieurs quêtes, on affronte des personnages pris au cœur de la déroute, dont un fraichement sorti de prison. Il n’y a pas de meilleure manière pour fouiller les tréfonds d’un cœur que de le placer en situation précaire ou de crise. Les émotions vengeresses ou rancunières imprègnent plusieurs pensées et actions, la peur également, et ceci chez plusieurs personnages.
L’histoire est rondement menée, les nombreux personnages secondaires sont captivants parce que consistants. L’intrigue tient la route, même si j’ai quelques fois trouvé qu’il y avait plus de peur que de mal.
Un fait indéniable, les personnages sont fondamentalement humains et jamais foncièrement méchants. Cœurs sensibles, vous pouvez vous avancer en toute confiance.
Une femme, accompagnée de son enfant autiste quitte son logement de Montréal sans aviser, même pas son mari, pourtant aimant. Celui-ci, envahi d’une inquiétude insupportable part immédiatement à sa recherche sur les lieux de leur rencontre et de leur enfance. C’est un retour dans le passé et celui-ci est lourd pour plusieurs personnages, ce que l’on découvre bride par bride.
J’ai eu un peu de difficulté avec la prémisse, ce départ précipité du mari, même pas une journée après le départ de sa femme. J’y aurais vu un peu plus d’hésitation et de doute. Difficile pour moi de croire qu’il devine immédiatement où est sa femme et, surtout, pourquoi panique-t-il aussi intensément qu’instantanément ? L’auteure tente de mettre cette panique sur l'autisme de l'enfant d'une dizaine d'années mais n’est-ce pas faire peu confiance à la mère qui, vraisemblablement, doit être en mesure de prendre soin de son fils ? Une fois cette prémisse traversée, aussitôt Michel débarqué à St-Boniface, le roman est venu me chercher. J’ai aimé traverser les Prairies en compagnie de personnages bien cernés, certains ruraux. Sans l'ombre d'un doute que le lieu de l'action choisi par l’auteure amplifie l’attrait de cette histoire.
Malgré la vastitude imposante de la nature, ce n’est pas une histoire calme et à l’eau de rose. Une tragédie tirée du passé vient envenimer le passé de trois personnages masculins, dont Michel le fameux mari inquiet. S’il y a un principe à retenir de notre lecture : le passé nous rattrape toujours, aussi bien l’affronter.
Il y a quelque chose du polar dans cette manière de Suzanne Aubry de dévoiler les pans de l’histoire, couche par couche. Avec cette apparence d’enquête et de plusieurs quêtes, on affronte des personnages pris au cœur de la déroute, dont un fraichement sorti de prison. Il n’y a pas de meilleure manière pour fouiller les tréfonds d’un cœur que de le placer en situation précaire ou de crise. Les émotions vengeresses ou rancunières imprègnent plusieurs pensées et actions, la peur également, et ceci chez plusieurs personnages.
L’histoire est rondement menée, les nombreux personnages secondaires sont captivants parce que consistants. L’intrigue tient la route, même si j’ai quelques fois trouvé qu’il y avait plus de peur que de mal.
Un fait indéniable, les personnages sont fondamentalement humains et jamais foncièrement méchants. Cœurs sensibles, vous pouvez vous avancer en toute confiance.
lundi 28 décembre 2015
Ma vie rouge Kubrick - Simon Roy
Je suis très fière de moi d’avoir pris des notes car c’est le genre d’histoire que j’oublie. Alors, je lis mes notes et je ne me souviens guère plus de ma lecture. Ce roman m’a laissé de très légères empreintes, facilement effaçables, ce qui ne veut nullement dire que je n’ai pas aimé. C’est autre chose.
C’est l’histoire tortueuse et torturante de la famille de Simon Roy et ce dernier passe par un film pour s’exprimer. Voilà le problème en moi et pour moi : je n’ai pas vu ce film phare (chef d’œuvre, dit-on) dont il est question : « The Shinning" de Stanley Kubrick. Après ma lecture, j’ai à peine le goût de le voir.
L’auteur nourrit une attention obsessive vis-à-vis cette œuvre cinématographique. Ses drames familiaux personnels y trouvent un exutoire. Je crois énormément à une chose dans la vie : où l’on place son attention équivaut à l’eau et la lumière qui font pousser les fleurs de son jardin. Et l’engrais aussi. Simon Roy a cultivé ce film comme un jardinier obsessif, sous tous ses aspects, pas uniquement sous l’angle œuvre mais sous l’angle maître d’œuvre. Pourquoi je mets l’emphase sur ce point ? C’est que suite à cette étude maniaque, Roy débusque une multitude de synchronismes entre l’œuvre de sa vie et celle de Kubrick. Je rajoute, rien de plus normal d’après le principe du pouvoir de l’attention.
Quoiqu'il en soit, le parallèle entre les deux, sa vie et le film, est bien fait, bien exposé, littérairement bien ordonné et bien rédigé. J’imagine un instant l’intérêt du lecteur qui a adoré ce film, s’exaltant, même si The Shinning n’est pas son film fétiche. Je ne suis pas loin de penser que c’est un genre de pré-requis pour adorer ce récit, avoir vu « The Shinning », sinon, on l’aime, ce qui est déjà quelque chose en soi.
Moi qui n’ai pas vu le film vous dirai que j’ai trouvé l’auteur obsessionnel par son approche. Il place son attention sur le tragique, c’est l’angle avec lequel il aborde ses antécédents. Ce sont les racines de sa famille qui poussent en lui, il n’arrive pas à les annihiler, il porte un genre de responsabilité. Vous me trouverez peut-être catégorique car, je n’ai pas moi une famille et des secrets violents, alors c'est facile à déclarer. Il est vrai que je ne porte pas un arbre généalogique en ramifications catastrophiques.
Ce récit est plus qu’une réflexion, c’est une exploration des labyrinthes noirs de la psyché humaine, des voies impénétrables du macabre que l’on tente de pénétrer. De mes notes, je relève un extrait, p. 142 « Et je me suis demandé à quoi auraient ressemblé nos vies, si je n’avais pas été chichement pourvu d’un cœur ingrat ». J’imagine que j’ai voulu démontrer jusqu’à quel point ce récit n’est pas complaisant.
Simon Roy prétend que c’est un livre circonstanciel, un exutoire dont il a eu besoin pour retirer un poids de ses épaules. Quant à moi, je ne le crois pas, il va revenir en forme et en force. Il est clair qu’il est tissé de cette fibre qui fait que l’on prend goût à se dévoiler par l’écriture. Je suis très curieuse du prochain, sans le support d'un film : qui est Simon Roy ?
vendredi 18 décembre 2015
Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy
Voici un roman qui pourrait facilement se classer dans la section croissance personnelle. À ranger dans l’ordre du roman optimiste, réconfortant et guérisseur. C’est une histoire conjuguée au « Je majuscule » où un défi est lancé : combattre ses peurs en prenant le taureau par les cornes. Dans le milieu thérapeutique, on parle de thérapie comportementale et cognitive, avouons que l’expression est plus savante.
Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.
Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.
Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.
En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.
Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.
Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.
Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.
En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.
mercredi 9 décembre 2015
LA BELLE MÉLANCOLIE de Michel Jean
Si vous vous fiez aux titres et aux couvertures pour choisir vos romans, gare à vous ! Les deux nous amènent à croire à une histoire à l’eau de rose. Ce l’est oui, un peu, mais si peu.
L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.
Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.
Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.
Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.
C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.
Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !
L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.
Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.
Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.
Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.
C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.
Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !
mardi 24 novembre 2015
La nageuse au milieu du lac de Patrick Nicol
Certains titres sont des perles poétiques et celui-ci en est. En l'énonçant, je ne me lasse pas de visualiser une femme d’âge mur, d’une élégance rare dans sa dérive, se retrouvant seule au beau milieu d’un lac. Entourée d’eau de toute part, à ne pas savoir quelle direction prendre. Saura-t-elle nager, atteindre une quelconque rive ? est la question imminente auquel le fils répondra dans un style direct et concret. Parce que Patrick Nicol est ce fils avec assez de cœur pour prendre soin de sa mère atteinte de la maladie qui corrompt le cerveau : l’Alzheimer. C’est une calamité, beaucoup le savent, peu le vivent.
L’auteur l’a vécu et est arrivé à décrire cette réalité en scènes empreintes d’une certaine beauté. C’est là le rôle de l’écrivain, après tout et il s'en acquitte avec habileté. S’il n’a pas sublimé le caractère de sa mère, il n'a pas sublimé le sien non plus. De son caractère de fils que l'on devine impatient, l'on sent poindre une légère exaspération à accomplir des gestes de soins basiques, non pas pour un bébé mais pour une femme vieillie. Qu’elle ne sache plus prendre soin de lui en tant que mère est un fait à la limite acceptable, quoique l’on s’attende d’une mère qu’elle le reste toute sa vie, mais qu’il doive en prendre soin comme si elle était un enfant pousse à une expérience où l’étrangeté s’invite. Le fils doit continuer sa vie comme si de rien n’était. Il est déjà dans la catégorie des donneurs puisqu’il est professeur, et ses élèves ne lui en demanderont pas moins en la circonstance.
Le ton emprunté pour ce récit de vie se tient en équilibre entre le réalisme et le mystère. Le style allant droit au but : pas de rôle de victime, ni de la part du soignant ni de la part de l’atteinte de la maladie du cahot ne dit pas tout, loin de là. Ce style "comme si tout allait de soi" rend presque la situation normale. Cela laisse beaucoup d’espace aux diverses émotions du lecteur qui en rajoutent si cela lui tente. Et qu'on le fasse ou pas, dépend de sa propre sensibilité ou encore, si on a déjà fréquenté ou non une personne perdue dans sa tête. Moi, oui, j’ai fréquenté ma mère aux dernières années de sa vie dont j'ai pris soin. Ma mère avait elle aussi gardé une certaine élégance dans ses égarements. Dans ce sens-là, j’ai particulièrement apprécié le récit aussi digne que son sujet.
L’auteur l’a vécu et est arrivé à décrire cette réalité en scènes empreintes d’une certaine beauté. C’est là le rôle de l’écrivain, après tout et il s'en acquitte avec habileté. S’il n’a pas sublimé le caractère de sa mère, il n'a pas sublimé le sien non plus. De son caractère de fils que l'on devine impatient, l'on sent poindre une légère exaspération à accomplir des gestes de soins basiques, non pas pour un bébé mais pour une femme vieillie. Qu’elle ne sache plus prendre soin de lui en tant que mère est un fait à la limite acceptable, quoique l’on s’attende d’une mère qu’elle le reste toute sa vie, mais qu’il doive en prendre soin comme si elle était un enfant pousse à une expérience où l’étrangeté s’invite. Le fils doit continuer sa vie comme si de rien n’était. Il est déjà dans la catégorie des donneurs puisqu’il est professeur, et ses élèves ne lui en demanderont pas moins en la circonstance.
Le ton emprunté pour ce récit de vie se tient en équilibre entre le réalisme et le mystère. Le style allant droit au but : pas de rôle de victime, ni de la part du soignant ni de la part de l’atteinte de la maladie du cahot ne dit pas tout, loin de là. Ce style "comme si tout allait de soi" rend presque la situation normale. Cela laisse beaucoup d’espace aux diverses émotions du lecteur qui en rajoutent si cela lui tente. Et qu'on le fasse ou pas, dépend de sa propre sensibilité ou encore, si on a déjà fréquenté ou non une personne perdue dans sa tête. Moi, oui, j’ai fréquenté ma mère aux dernières années de sa vie dont j'ai pris soin. Ma mère avait elle aussi gardé une certaine élégance dans ses égarements. Dans ce sens-là, j’ai particulièrement apprécié le récit aussi digne que son sujet.
vendredi 13 novembre 2015
Les têtes bouclées de Claude Lamarche
J’avais lu en 2012, Les Têtes rousses. J’avais aimé mais jamais autant que Les Têtes bouclées. Ce sont pourtant les têtes d’une même famille d’immigrants irlandais d’une génération à l’autre. Pourquoi cette fois me suis-je autant attachée aux personnages ? Peut-être parce que l’auteure se rapproche chronologiquement des personnages, qu’elle en a entendus parler de vive-voix, parce qu’il est ici question de son grand-père maternel. La mémoire a été tenue alerte grâce à un précieux cahier où a soigneusement été compilé les faits d’arme de cette famille à plusieurs rejetons. Je suis reconnaissante à ce geste d’archivage qui a probablement encouragé l’auteure a prolongé la vie de ses ancêtres jusqu’en 2015. De savoir que ce fameux Léo et sa femme, couple auquel je me suis intensément attaché ait vécu « pour vrai » me rend heureuse. Bien sûr que la romancière y a rajouté du sien, mais pareil aux moments où je jette des oeillades à des têtes rousses, je n’y vois que du feu.
Au départ de l’histoire, Léopold est un garçonnet parmi ses nombreux frères et sœurs, il a l’âge du milieu. Les personnes nées au milieu ont tendance à s’effacer, en ne se mettant ni de l’avant, ni à l’arrière. Ce sera le cas de ce Léopold. À commencer lorsqu’il se détachera de sa fratrie au moment où la vie l’obligera à aller au pensionnat. Il demeurera un être raisonnable tout au long de sa vie et on comprendra pourquoi par l’accompagnement de sa prime enfance et de sa jeunesse.
Le sens inné du sens des responsabilités lui a rapidement fait comprendre que l’on ne doit pas se plaindre dans la vie mais plutôt remplir ses devoirs, par exemple en veillant sur son jeune frère qui va au même pensionnat et, plus tard, en supportant son épouse. Même si la vie de cet homme attachant par sa constante bonne volonté suscite l’intérêt, à partir du moment où il commence à fréquenter sa femme, les passages deviennent plus relevés. En homme marié sur le tard, son caractère se déployait discrètement, il était donc difficile de l’apprécier à sa juste valeur mais à partir des années où il est confronté par le caractère très affirmé de sa femme, on apprend à apprécier sa patience et sa diplomatie. Ces qualités seront mises à contribution car il aura trois enfants avec qui la vie ne sera pas de tout repos.
Tout au long de cette période, l’auteure garde vivant le contexte dans lequel Léopold a grandi, la famille de son enfance, ses frères et ses soeurs. Sa vie sera jalonnée de visites aux survivants de qui le lecteur aime recevoir des nouvelles. Il entretiendra la flamme familiale du mieux qu’il le peut.
L’histoire est somme toute semblable à plusieurs autres vécues à cette époque, alors pourquoi s’y intéresser autant ? Assurément pour l’attachement, lequel se tisse en douceur, par de petits gestes et des pensées du quotidien. Progressivement les liens évoluent entre le lecteur et ses familles du présent et du passé. Léopold est devenu pour moi si tangible que j’ai pleuré à chaudes larmes quand survient l’irrémédiable de la fin d’une vie. J’ai eu l’impression de perdre une personne de mon entourage, chère à mon coeur.
Le style de l’auteure se prête bien à une saga familiale puisqu’il s’attarde à tout détail qui donne sa couleur à l’être humain. Claude Lamarche ne tente pas de mettre de la poudre aux yeux, elle fait confiance à ses personnages pour qu’ils viennent nous chercher sur le quai d’où nous les attendons patiemment. Et ceci, encore plus habilement que dans Les têtes rousses. Ce n’est pas une lecture qui donne des frissons ou des palpitations cardiaques à chaque chapitre mais qui vous amène plutôt à vivre par les voies de l’intérieur la vie d’un voisin avec son lot de hauts et de bas.
J’ai vécu ces hauts et ces bas en même temps que cette famille parce qu'elle transpire de vérité à chaque phrase. C’est la force ultime de cette auteure, une marathonienne des histoires familiales au long cours.
Au départ de l’histoire, Léopold est un garçonnet parmi ses nombreux frères et sœurs, il a l’âge du milieu. Les personnes nées au milieu ont tendance à s’effacer, en ne se mettant ni de l’avant, ni à l’arrière. Ce sera le cas de ce Léopold. À commencer lorsqu’il se détachera de sa fratrie au moment où la vie l’obligera à aller au pensionnat. Il demeurera un être raisonnable tout au long de sa vie et on comprendra pourquoi par l’accompagnement de sa prime enfance et de sa jeunesse.
Le sens inné du sens des responsabilités lui a rapidement fait comprendre que l’on ne doit pas se plaindre dans la vie mais plutôt remplir ses devoirs, par exemple en veillant sur son jeune frère qui va au même pensionnat et, plus tard, en supportant son épouse. Même si la vie de cet homme attachant par sa constante bonne volonté suscite l’intérêt, à partir du moment où il commence à fréquenter sa femme, les passages deviennent plus relevés. En homme marié sur le tard, son caractère se déployait discrètement, il était donc difficile de l’apprécier à sa juste valeur mais à partir des années où il est confronté par le caractère très affirmé de sa femme, on apprend à apprécier sa patience et sa diplomatie. Ces qualités seront mises à contribution car il aura trois enfants avec qui la vie ne sera pas de tout repos.
Tout au long de cette période, l’auteure garde vivant le contexte dans lequel Léopold a grandi, la famille de son enfance, ses frères et ses soeurs. Sa vie sera jalonnée de visites aux survivants de qui le lecteur aime recevoir des nouvelles. Il entretiendra la flamme familiale du mieux qu’il le peut.
L’histoire est somme toute semblable à plusieurs autres vécues à cette époque, alors pourquoi s’y intéresser autant ? Assurément pour l’attachement, lequel se tisse en douceur, par de petits gestes et des pensées du quotidien. Progressivement les liens évoluent entre le lecteur et ses familles du présent et du passé. Léopold est devenu pour moi si tangible que j’ai pleuré à chaudes larmes quand survient l’irrémédiable de la fin d’une vie. J’ai eu l’impression de perdre une personne de mon entourage, chère à mon coeur.
Le style de l’auteure se prête bien à une saga familiale puisqu’il s’attarde à tout détail qui donne sa couleur à l’être humain. Claude Lamarche ne tente pas de mettre de la poudre aux yeux, elle fait confiance à ses personnages pour qu’ils viennent nous chercher sur le quai d’où nous les attendons patiemment. Et ceci, encore plus habilement que dans Les têtes rousses. Ce n’est pas une lecture qui donne des frissons ou des palpitations cardiaques à chaque chapitre mais qui vous amène plutôt à vivre par les voies de l’intérieur la vie d’un voisin avec son lot de hauts et de bas.
J’ai vécu ces hauts et ces bas en même temps que cette famille parce qu'elle transpire de vérité à chaque phrase. C’est la force ultime de cette auteure, une marathonienne des histoires familiales au long cours.
lundi 9 novembre 2015
La Dernière sorcière d'Écosse de Valérie Langlois
Un roman que l’on m’a envoyé et qui a patienté jusqu’à ce que je m’arrête au titre, littéralement parlant, puisque les sorcières me fascinent et l’Écosse m’attire.
Quelle belle surprise ! J’ai été happée par cette histoire et par son personnage de jeune sorcière celtique, Isla. On a classé le bouquin dans un thriller historico-ésotérique et moi, je trouve qu’il manque l’allusion à l’histoire d’amour qui m’a beaucoup captivée, entre autres pour la sexualité qui y est abordé avec ce qu’il faut de doigté pour parler d’érotisme au féminin. En plus, l’auteure a une plume alerte et vogue sur les galères historiques avec beaucoup d’aisance.
Le point de départ est le massacre d’un petit village où des chevaliers retrouvent un seul être vivant, une sorcière qui se défend bien d’en être une pour protéger sa vie. Il faut savoir qu’à cette époque, les sorcières sont honnies. Cette sorcière, je m’y suis attachée car elle est avant tout une jeune femme forte et déterminée à démystifier une prophétie que sa grand-mère a énoncée vingt ans plus tôt avant d’être brûlée sur le bûcher. Si nous n’étions pas en 1748, on pourrait parler d’une féministe à tout crin, tellement elle désire faire cavalier seul. Mais elle aura tout de même besoin de son Brodick MacIntosh pour la défendre contre tous les ennemis qui rôdent autour d’elle. Évidemment, celui-ci a toutes les belles qualités qu’on aime chez les héros : détermination, courage, loyauté, aimant défendre la victime surtout si elle est jeune, impétueuse et rousse.
Les rouages de l’intrigue sont bien huilés, chemin faisant, il y a une enquête avec ses cachotteries, ses traitres, ses fuites en avant, ses retraits en arrière, ses batailles d’esprit et/ou de corps, aspergée d’un peu de sorcellerie. Mais attention, il n’y a pas d’abus d’ésotérisme et de phénomènes paranormaux, loin de là, ils se produisent rarement. On pourrait parler de visions un peu comme des flashs fugitifs et inexpliqués mais il est surtout question de beaucoup d’intuition.
J’ai été tenue en haleine par ce suspense soutenu, pour les rebondissements qui ne manquent pas et difficiles à prévoir. D’ailleurs, ceux que l’on prévoit nous déjouent par leur ampleur.
Décidément, un excellent souvenir de lecture de voici quelques mois que ce roman de 352 pages au rythme alerte, sorti en janvier 2014 et tout probablement facile à trouver à la bibliothèque. Bien entendu, j’espère avoir la chance de relire Valérie Langlois qui s’était déjà penchée sur l’histoire celtique avec son premier opus : Culloden, la fin des clans.
Rajout du 12 novembre 2015 :
L’auteure Valérie Langlois a fait voyager ses lecteurs au cœur de l’Écosse avec ses deux romans, Culloden et La dernière sorcière d’Écosse, tous deux parus aux éditions VLB. Ces ouvrages lui ont valu le prix Philippe-Aubert-de-Gaspé, remis lors du Salon du livre de la Côte-Sud, qui se tenait à Saint-Jean-Port-Joli les 7 et 8 novembre derniers.
Lors de ses remerciements, Valérie Langlois a fait un plaidoyer pour les librairies indépendantes, incitant les gens à les encourager plutôt que les grandes chaînes. Après avoir bravé la maladie, Valérie Langlois s’apprête à reprendre la plume pour de nouvelles aventures à saveur écossaise. Bien des lecteurs les attendent avec impatience...
Source : L’Oie blanche
Quelle belle surprise ! J’ai été happée par cette histoire et par son personnage de jeune sorcière celtique, Isla. On a classé le bouquin dans un thriller historico-ésotérique et moi, je trouve qu’il manque l’allusion à l’histoire d’amour qui m’a beaucoup captivée, entre autres pour la sexualité qui y est abordé avec ce qu’il faut de doigté pour parler d’érotisme au féminin. En plus, l’auteure a une plume alerte et vogue sur les galères historiques avec beaucoup d’aisance.
Le point de départ est le massacre d’un petit village où des chevaliers retrouvent un seul être vivant, une sorcière qui se défend bien d’en être une pour protéger sa vie. Il faut savoir qu’à cette époque, les sorcières sont honnies. Cette sorcière, je m’y suis attachée car elle est avant tout une jeune femme forte et déterminée à démystifier une prophétie que sa grand-mère a énoncée vingt ans plus tôt avant d’être brûlée sur le bûcher. Si nous n’étions pas en 1748, on pourrait parler d’une féministe à tout crin, tellement elle désire faire cavalier seul. Mais elle aura tout de même besoin de son Brodick MacIntosh pour la défendre contre tous les ennemis qui rôdent autour d’elle. Évidemment, celui-ci a toutes les belles qualités qu’on aime chez les héros : détermination, courage, loyauté, aimant défendre la victime surtout si elle est jeune, impétueuse et rousse.
Les rouages de l’intrigue sont bien huilés, chemin faisant, il y a une enquête avec ses cachotteries, ses traitres, ses fuites en avant, ses retraits en arrière, ses batailles d’esprit et/ou de corps, aspergée d’un peu de sorcellerie. Mais attention, il n’y a pas d’abus d’ésotérisme et de phénomènes paranormaux, loin de là, ils se produisent rarement. On pourrait parler de visions un peu comme des flashs fugitifs et inexpliqués mais il est surtout question de beaucoup d’intuition.
J’ai été tenue en haleine par ce suspense soutenu, pour les rebondissements qui ne manquent pas et difficiles à prévoir. D’ailleurs, ceux que l’on prévoit nous déjouent par leur ampleur.
Décidément, un excellent souvenir de lecture de voici quelques mois que ce roman de 352 pages au rythme alerte, sorti en janvier 2014 et tout probablement facile à trouver à la bibliothèque. Bien entendu, j’espère avoir la chance de relire Valérie Langlois qui s’était déjà penchée sur l’histoire celtique avec son premier opus : Culloden, la fin des clans.
Rajout du 12 novembre 2015 :
L’auteure Valérie Langlois a fait voyager ses lecteurs au cœur de l’Écosse avec ses deux romans, Culloden et La dernière sorcière d’Écosse, tous deux parus aux éditions VLB. Ces ouvrages lui ont valu le prix Philippe-Aubert-de-Gaspé, remis lors du Salon du livre de la Côte-Sud, qui se tenait à Saint-Jean-Port-Joli les 7 et 8 novembre derniers.
Lors de ses remerciements, Valérie Langlois a fait un plaidoyer pour les librairies indépendantes, incitant les gens à les encourager plutôt que les grandes chaînes. Après avoir bravé la maladie, Valérie Langlois s’apprête à reprendre la plume pour de nouvelles aventures à saveur écossaise. Bien des lecteurs les attendent avec impatience...
Source : L’Oie blanche
vendredi 6 novembre 2015
Pauline et moi de Louise Portal
Cette auteure a une écriture délicate que j’aime. J’étais donc heureuse de recevoir son dernier opus, un peu comme une surprise. Je n’aurais jamais misé sur le fait qu’elle aborde de front sa relation avec sa jumelle maintenant décédée depuis cinq ans. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne les ai jamais abordées comme des jumelles. J’ai toujours eu un espèce de sursaut quand on me le rappelait.
Perdre sa sœur est une chose, perdre sa jumelle en est une autre, ce que Louise Portal m’a bien fait comprendre dans « Pauline et moi ». Les mots du titre sont pesés « Pauline et moi ». Je vous dirais que le personnage vedette est assurément Pauline. Cet être était complexe et troublé et possiblement encore plus parce que Louise Portal récoltait un franc succès dans le monde des arts. Louise Portal joue plusieurs cordes à son arc et dégage une beauté et une sérénité enviables. Pauline, plus tumultueuse, avait décidé de faire partie du même milieu et éprouvait des problèmes d’excès qui la menaient, par exemple, à des prises de décisions impulsives et, entre autres, un poids yoyo.
C’est un peu de tout ça qu’il est question, mais plus encore. Cette relation nous est montrée de l’intérieur, et on passe de la vie à la mort. Comment Louise Portal a vécu cette relation. qui ne pouvait être que tortueuse, tout en conservant sa précieuse sérénité ? C'est la grosse question. J’irais encore plus loin, le thème est à mes yeux : savoir poser ses limites. La question vaut pour toutes les relations, mais quoi de mieux qu’une relation entre jumelles pour la mettre en scène ? Laisser l’autre nous envahir est facile, placer des limites tout en l’aimant et le respectant, c’est une affaire délicate et d’autres fois de gestes et de paroles arrache-cœur.
Louise Portal a dû passer pour la « pas fine » à certains moments, ce qui me touche personnellement. J’ai connu de près des personnes qui ont dues endosser cette épithète seulement parce qu’elles demandaient le respect de leur limite.
On y aborde également la relation avec leur père et à un certain moment intervient le mari de Louise Portal. Les hommes restent cependant en arrière-plan de cette relation.
Par ce récit empreint des mots spirituels de Louise Portal, vous apprendrez beaucoup sur Pauline et vous serez captivé par ce caractère déchiré qui a mal, et qui se fera du mal. Ce récit résonne comme une prière, un hommage également, pour toutes les archives et les lettres non envoyées à celle qui a quitté avant l’autre. D’une manière ou d’une autre, c’est touchant car vibrant de vérité.
J’ai lu ce récit en convalescence, je n’étais pas à cent pour cent de ma forme et j’ai pourtant dansé sur les mots. Le sujet est transcendé par l’auteure, ce qui aide à y voir plus clair. Transcender un sujet ne veut pas dire s’en tenir loin et devenir froid. L'émotion est palpable et elle vous ramène à vos propres émotions.
Pauline et moi aborde un sujet universel sur le mode intime avec beaucoup de doigté.
Perdre sa sœur est une chose, perdre sa jumelle en est une autre, ce que Louise Portal m’a bien fait comprendre dans « Pauline et moi ». Les mots du titre sont pesés « Pauline et moi ». Je vous dirais que le personnage vedette est assurément Pauline. Cet être était complexe et troublé et possiblement encore plus parce que Louise Portal récoltait un franc succès dans le monde des arts. Louise Portal joue plusieurs cordes à son arc et dégage une beauté et une sérénité enviables. Pauline, plus tumultueuse, avait décidé de faire partie du même milieu et éprouvait des problèmes d’excès qui la menaient, par exemple, à des prises de décisions impulsives et, entre autres, un poids yoyo.
C’est un peu de tout ça qu’il est question, mais plus encore. Cette relation nous est montrée de l’intérieur, et on passe de la vie à la mort. Comment Louise Portal a vécu cette relation. qui ne pouvait être que tortueuse, tout en conservant sa précieuse sérénité ? C'est la grosse question. J’irais encore plus loin, le thème est à mes yeux : savoir poser ses limites. La question vaut pour toutes les relations, mais quoi de mieux qu’une relation entre jumelles pour la mettre en scène ? Laisser l’autre nous envahir est facile, placer des limites tout en l’aimant et le respectant, c’est une affaire délicate et d’autres fois de gestes et de paroles arrache-cœur.
Louise Portal a dû passer pour la « pas fine » à certains moments, ce qui me touche personnellement. J’ai connu de près des personnes qui ont dues endosser cette épithète seulement parce qu’elles demandaient le respect de leur limite.
On y aborde également la relation avec leur père et à un certain moment intervient le mari de Louise Portal. Les hommes restent cependant en arrière-plan de cette relation.
Par ce récit empreint des mots spirituels de Louise Portal, vous apprendrez beaucoup sur Pauline et vous serez captivé par ce caractère déchiré qui a mal, et qui se fera du mal. Ce récit résonne comme une prière, un hommage également, pour toutes les archives et les lettres non envoyées à celle qui a quitté avant l’autre. D’une manière ou d’une autre, c’est touchant car vibrant de vérité.
J’ai lu ce récit en convalescence, je n’étais pas à cent pour cent de ma forme et j’ai pourtant dansé sur les mots. Le sujet est transcendé par l’auteure, ce qui aide à y voir plus clair. Transcender un sujet ne veut pas dire s’en tenir loin et devenir froid. L'émotion est palpable et elle vous ramène à vos propres émotions.
Pauline et moi aborde un sujet universel sur le mode intime avec beaucoup de doigté.
dimanche 25 octobre 2015
La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen
Il n'y a pas que le titre qui fesse, le résumé aussi, et même la dédicace que m'a écrite l’auteure : « Des histoires de petites crisses, de skidoos qui vont vite et de bataille épique derrière le centre d’achats ».
Le franc-parler québécois, sans censure, sans gants blancs, sans mots à « 1,000 piastres », voici La déesse des mouches à feu, malgré un titre aux allures poétiques. S’il y a de la poésie dans cet ouvrage, c’est involontaire et je dirais que c’est surtout décelable « après » l’avoir vécu, peut-être pour le côté excessif tragico-comique. Car lorsque l’on vit l’adolescence, et Catherine la vit la pédale poussée au maximum, tout est si intensément vécu qu’il s’en dégage plutôt des relents sérieusement dramatiques.
Faut dire, à sa décharge, que tout arrive en même temps. La vie se serait consulté pour concocter l’adolescence la plus ardue possible qu’elle n’aurait pas faite autrement, ne serait-ce qu’avec des parents qui divorcent. Mais des parents où l’histoire d’amour ne semble pas finie. On est loin de la sérénité ici. C’est la guerre douce ou hostile et en silence chez la fille à l’égard de sa mère qu’elle trouve cruelle à l’égard de son naïf de père. Il est question de clans et de tranchées, de prendre partie dans cette histoire qui concerne pourtant que les parents.
Sous l’œil impitoyable de Catherine, qui commence à se prendre pour un adulte, les parents sont sots ou ils ont tort sur toute la ligne. On connait cette rengaine chez les ados, à la différence près que cette fois, on croit Catherine. La force de sa voix retentit avec des accents criants de vérité. Je me suis même surprise à remercier le ciel d’avoir eu une mère plutôt potable, si je la compare aux parents de Catherine, particulièrement son père aussi immature qu'un enfant.
Le franc-parler québécois, sans censure, sans gants blancs, sans mots à « 1,000 piastres », voici La déesse des mouches à feu, malgré un titre aux allures poétiques. S’il y a de la poésie dans cet ouvrage, c’est involontaire et je dirais que c’est surtout décelable « après » l’avoir vécu, peut-être pour le côté excessif tragico-comique. Car lorsque l’on vit l’adolescence, et Catherine la vit la pédale poussée au maximum, tout est si intensément vécu qu’il s’en dégage plutôt des relents sérieusement dramatiques.
Faut dire, à sa décharge, que tout arrive en même temps. La vie se serait consulté pour concocter l’adolescence la plus ardue possible qu’elle n’aurait pas faite autrement, ne serait-ce qu’avec des parents qui divorcent. Mais des parents où l’histoire d’amour ne semble pas finie. On est loin de la sérénité ici. C’est la guerre douce ou hostile et en silence chez la fille à l’égard de sa mère qu’elle trouve cruelle à l’égard de son naïf de père. Il est question de clans et de tranchées, de prendre partie dans cette histoire qui concerne pourtant que les parents.
Sous l’œil impitoyable de Catherine, qui commence à se prendre pour un adulte, les parents sont sots ou ils ont tort sur toute la ligne. On connait cette rengaine chez les ados, à la différence près que cette fois, on croit Catherine. La force de sa voix retentit avec des accents criants de vérité. Je me suis même surprise à remercier le ciel d’avoir eu une mère plutôt potable, si je la compare aux parents de Catherine, particulièrement son père aussi immature qu'un enfant.
Quand on y regarde de près, c’est le tour de passe-passe de cette histoire, les parents se transforment en enfants, par leur chicane, et l’enfant tente de se transformer en adulte. Mais un instant, pas en adulte responsable qui pèse chacune de ses décisions mais en adulte étourdi par toutes les possibilités qui s'offrent tout à coup. Une ado se retrouvant seule devant sa vie à quatorze ans, à cause de la surveillance allégée des parents, veut goûter aux fruits défendus de la vie mais tous dans la même fin de semaine !
Jamais la voix de Catherine ne va défaillir, elle gardera le même ton jusqu’au dernier mot. Jamais le lecteur ne se dira, je ne la reconnais pas. C’est la force de ce roman ; la vérité du personnage qui résonne fortement dans des lignes dialoguées. Elle dialogue avec elle-même, pour nous, les lecteurs. On s’abreuve donc à un dialogue parfois fougueux et toujours entrainant : « Je savais que, si je toffais, ma mère se tannerait de me surveiller sans arrêt. Je veux dire, elle pouvait plus coucher chez son chum ni souper au restaurant avec son amie de fille. C’est impossible qu’elle ne trouvait pas ça dull ».
La langue des jeunes et des mots de tous les jours du Saguenay, tiendrait à préciser Geneviève Pettersen, alias Madame Chose. Si jamais « La déesse des mouches à feu » vous titille pour une lecture aux allures poétiques, oubliez ce roman qu’il faut apprécier pour un langage cru et "archi" québécois. C’est à prendre ou à laisser. Je l’ai pris et ne l’ai pas regretté, malgré quelques réticences aux premières pages. Il y a tant de rebondissements et de dynamisme que j'y ai trouvé amplement mon compte dans cette galerie de personnages jeunes qui cachent leur jeu aux adultes. Il faut un temps pour s’ajuster mais une fois que l’on syntonise clairement la voix, on vit l’intimité d’une adolescente qui n’a pas froid aux yeux et qui a du gros bon sens…. malgré tout !
Jamais la voix de Catherine ne va défaillir, elle gardera le même ton jusqu’au dernier mot. Jamais le lecteur ne se dira, je ne la reconnais pas. C’est la force de ce roman ; la vérité du personnage qui résonne fortement dans des lignes dialoguées. Elle dialogue avec elle-même, pour nous, les lecteurs. On s’abreuve donc à un dialogue parfois fougueux et toujours entrainant : « Je savais que, si je toffais, ma mère se tannerait de me surveiller sans arrêt. Je veux dire, elle pouvait plus coucher chez son chum ni souper au restaurant avec son amie de fille. C’est impossible qu’elle ne trouvait pas ça dull ».
La langue des jeunes et des mots de tous les jours du Saguenay, tiendrait à préciser Geneviève Pettersen, alias Madame Chose. Si jamais « La déesse des mouches à feu » vous titille pour une lecture aux allures poétiques, oubliez ce roman qu’il faut apprécier pour un langage cru et "archi" québécois. C’est à prendre ou à laisser. Je l’ai pris et ne l’ai pas regretté, malgré quelques réticences aux premières pages. Il y a tant de rebondissements et de dynamisme que j'y ai trouvé amplement mon compte dans cette galerie de personnages jeunes qui cachent leur jeu aux adultes. Il faut un temps pour s’ajuster mais une fois que l’on syntonise clairement la voix, on vit l’intimité d’une adolescente qui n’a pas froid aux yeux et qui a du gros bon sens…. malgré tout !
Catherine, jeune fille qui a du caractère tout autant que cette histoire en a.
mardi 20 octobre 2015
Les chroniques d’une fille indigne 2 : Affreusement heureuse
Vous avez besoin d’une demi-heure de détente, de décrispation, d’éclats de sourire ? Ces chroniques de Caroline Allard sont pour vous. Encore plus, si vous aimez la jeunesse un peu insolente parce que très intelligente. Par contre, l’envers de la médaille, attendez-vous à éprouver une crispation au niveau de la mâchoire car vous n’aurez pas le temps de la laisser tomber assez longtemps que déjà un mot d’esprit vole et vous devrez de nouveau vous crispez de sourire. Un conseil : riez au lieu de sourire, il y aura moins de séquelles après la lecture.
Vous y trouverez exactement 145 anecdotes savoureuses illustrées. Donc, si les mots de l’auteure, qui les a volés de la bouche de sa fille ne vous font pas rire dans votre tête, ce n’est pas grave car Francis Desharnais vous fera rire de son crayon.
Il arrive que certaines situations ne vous fassent pas rire immédiatement, c’est possible, faut dire que parfois on s’entête, on se dit « non, c’est trop niais, il n’est pas question que je me remonte la commissure pour ça ! C’est votre droit le plus strict mais je vous avertis, qu’à la longue, il y en aura une encore plus niaise qui vous fera éclater. J’ai bien dit « éclater » puisque tout ce qui se retient, finit par éclater un jour et plus fortement que si le relâchement a prévalu. Mais c’est de vos affaires, je ne vous dirai certainement pas comment rire ce petit bouquin. C’est votre demi-heure et même plus, car vous avez le droit de lire plus lentement que je l’ai fait, cela peut être votre 45 minutes. Faites-en ce que vous voulez. Tant qu’à moi, vu que je vous ai au bout de la ligne, je vous confierai que j’ai été d’une gourmandise gargantuesque. Je les avalées vite, vite, je n’avais pas fini de la mastiquer, que dire de l’assimiler, que j’en voulais une autre, tout de suite il me fallait une sensation aigüe au niveau du plexus solaire. Je désirais continuellement qu’on me le chatouille, tu parles d’une affaire. J’ai pensé à l’effet d’une drogue, c’est ça, un genre de drogue douce.
Alors, attention, ma conscience exige que je vous avise que c’est à consommer avec modération, surtout que vous n’avez pas le choix, il n’y a que 145 anecdotes savoureuses. Donc, mettez la pédale douce. Autrement dit, ne faites pas comme moi (ni comme Marsi), n’avalez pas trop vite sans assimiler chaque case. Arrêtez-vous. Dans le milieu ou, au mieux, au quart. Tiens, consommez le tout en 4 fois. Vous aurez le temps d’y penser, d’y repenser, d’avoir hâte, de désirer, de fabuler. Tout ça est bon pour la santé.
Par contre, je vais être franche avec vous, vous ne soupçonnez pas une seconde combien ce que je vous demande va exiger de vous un effort. Attendez-vous à un énorme effort de rétention. Cette halte ne se fait pas facilement, cela équivaut à laisser tomber une drogue (même douce, c’est dur), avant qu’elle, ne vous laisse tomber.
Cette enfant issue de sa mère est de la plus épaisse mauvaise foi qui soit. N’importe quelle mère aurait donné sa démission mais voilà, une mère indigne, ça ne donne pas sa démission, ça encourage la mauvaise foi, surtout quand elle peut être drolatique. Je soupçonne cette mère d’être continuellement à l’affût d’une perle. De toutes manières, entre mère et fille, on s’échange la mauvaise foi comme les élastiques à cheveux. La grande sœur de fille indigne est un témoin silencieux sur laquelle nous pouvons projeter beaucoup. On se dit, pauvre enfant, avoir à supporter 365 jours par année une paire de femmes de mauvaise foi, une petite et une de plus grande taille. On pourrait aussi se dire que n’importe qui aurait l’air sage aux côtés de cette paire impayable. Rien à redire puisque c’est vrai.
Le père maintenant. Le père est peu présent et semble un genre de témoin à certains moments. De lui se dégage surtout l’odeur de l’être manipulé à souhait. Avec les mimiques qu’il nous offre, on sent que les relations à petites doses, et à sa fille indigne et à sa mère indigne a fini par l’affecter, probablement plus qu’il ne le pense. Le dessinateur, en professionnel du trait a su capter cette détresse devant ce quotidien qui se présente sans queue ni tête.
Encore un point, avant que je vous laisse aller quérir votre exemplaire, si jamais il vous arrive à une anecdote savoureuse de ne pas la rire et seulement la lire, un conseil, revenez au titre puisqu’il y en un a à chaque page. Peut-être comprendrez-vous mieux et laisserez-vous échapper un pet de rire. Ça se peut et ce n’est pas plus grave qu’il ne le faut, parce que ça sent bon.
Allez, je vous laisse aller le rire. Vous reviendrez m’en parler. J’aime entendre vos impressions et de n’importe quelle anecdote savoureuse, je suis preneuse.
Vous y trouverez exactement 145 anecdotes savoureuses illustrées. Donc, si les mots de l’auteure, qui les a volés de la bouche de sa fille ne vous font pas rire dans votre tête, ce n’est pas grave car Francis Desharnais vous fera rire de son crayon.
Il arrive que certaines situations ne vous fassent pas rire immédiatement, c’est possible, faut dire que parfois on s’entête, on se dit « non, c’est trop niais, il n’est pas question que je me remonte la commissure pour ça ! C’est votre droit le plus strict mais je vous avertis, qu’à la longue, il y en aura une encore plus niaise qui vous fera éclater. J’ai bien dit « éclater » puisque tout ce qui se retient, finit par éclater un jour et plus fortement que si le relâchement a prévalu. Mais c’est de vos affaires, je ne vous dirai certainement pas comment rire ce petit bouquin. C’est votre demi-heure et même plus, car vous avez le droit de lire plus lentement que je l’ai fait, cela peut être votre 45 minutes. Faites-en ce que vous voulez. Tant qu’à moi, vu que je vous ai au bout de la ligne, je vous confierai que j’ai été d’une gourmandise gargantuesque. Je les avalées vite, vite, je n’avais pas fini de la mastiquer, que dire de l’assimiler, que j’en voulais une autre, tout de suite il me fallait une sensation aigüe au niveau du plexus solaire. Je désirais continuellement qu’on me le chatouille, tu parles d’une affaire. J’ai pensé à l’effet d’une drogue, c’est ça, un genre de drogue douce.
Alors, attention, ma conscience exige que je vous avise que c’est à consommer avec modération, surtout que vous n’avez pas le choix, il n’y a que 145 anecdotes savoureuses. Donc, mettez la pédale douce. Autrement dit, ne faites pas comme moi (ni comme Marsi), n’avalez pas trop vite sans assimiler chaque case. Arrêtez-vous. Dans le milieu ou, au mieux, au quart. Tiens, consommez le tout en 4 fois. Vous aurez le temps d’y penser, d’y repenser, d’avoir hâte, de désirer, de fabuler. Tout ça est bon pour la santé.
Par contre, je vais être franche avec vous, vous ne soupçonnez pas une seconde combien ce que je vous demande va exiger de vous un effort. Attendez-vous à un énorme effort de rétention. Cette halte ne se fait pas facilement, cela équivaut à laisser tomber une drogue (même douce, c’est dur), avant qu’elle, ne vous laisse tomber.
Cette enfant issue de sa mère est de la plus épaisse mauvaise foi qui soit. N’importe quelle mère aurait donné sa démission mais voilà, une mère indigne, ça ne donne pas sa démission, ça encourage la mauvaise foi, surtout quand elle peut être drolatique. Je soupçonne cette mère d’être continuellement à l’affût d’une perle. De toutes manières, entre mère et fille, on s’échange la mauvaise foi comme les élastiques à cheveux. La grande sœur de fille indigne est un témoin silencieux sur laquelle nous pouvons projeter beaucoup. On se dit, pauvre enfant, avoir à supporter 365 jours par année une paire de femmes de mauvaise foi, une petite et une de plus grande taille. On pourrait aussi se dire que n’importe qui aurait l’air sage aux côtés de cette paire impayable. Rien à redire puisque c’est vrai.
Le père maintenant. Le père est peu présent et semble un genre de témoin à certains moments. De lui se dégage surtout l’odeur de l’être manipulé à souhait. Avec les mimiques qu’il nous offre, on sent que les relations à petites doses, et à sa fille indigne et à sa mère indigne a fini par l’affecter, probablement plus qu’il ne le pense. Le dessinateur, en professionnel du trait a su capter cette détresse devant ce quotidien qui se présente sans queue ni tête.
Encore un point, avant que je vous laisse aller quérir votre exemplaire, si jamais il vous arrive à une anecdote savoureuse de ne pas la rire et seulement la lire, un conseil, revenez au titre puisqu’il y en un a à chaque page. Peut-être comprendrez-vous mieux et laisserez-vous échapper un pet de rire. Ça se peut et ce n’est pas plus grave qu’il ne le faut, parce que ça sent bon.
Allez, je vous laisse aller le rire. Vous reviendrez m’en parler. J’aime entendre vos impressions et de n’importe quelle anecdote savoureuse, je suis preneuse.
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