dimanche 15 juin 2008

La peau des doigts

Nous sommes le 15, jour de la Recrue. Nous en sommes à ce roman d'une toute jeune auteure, Katia Belkhodja, qui a un style absolument particulier. Ma lecture m'a cependant confrontée. J'aime la poésie et les styles poétiques mais sous l'étiquette roman, j'ai réalisé (on apprend à se connaître comme lectrice), que je m'attends à une structure d'histoire solide et claire. J'ai donc éprouvé une difficulté importante à lire ce roman, pour la sensation éprouvée de m'y égarer toute entière, et cela malgré ses grandes qualités littéraires. Fait à noter, je suis celle qui a le moins aimé le roman, alors, cela vaut vraiment la peine d'aller lire les opinions des autres où il y a toute de même une mention commune : le rêve. Je n'en dis pas plus, c'est ici.

Mauvaise étiquette peut-être ?

Comment résumer cette histoire qui fuit dans ses personnages qui eux-mêmes fuient le pays de leur mal-être ? Se fuient. Finalement. Mes deux dernières phrases (mots entre deux points) donnent une petite idée du style entrecoupé, saccadé, convulsif, répétitif. J’ai essayé la lecture à haute voix pour l’entendre et peut-être arriver à l’apprivoiser et ça sonnait un peu comme l’apocalypse.

Mais je reviens aux personnages que je ne suis pas pour fuir, même s’ils se fuient. Il y a des jumeaux dont un autiste, et l’autre est peintre (est-il autiste aussi, je ne suis pas certaine). Il y a deux Celia, une cousine de la narratrice et la Celia, grand-mère. Et ces Celia se promènent d’un endroit à l’autre, avec des fascinations pour le métro, les crêpes, l’argent que l’on jette dans une fontaine pour la chance mais surtout une phrase de Marguerite Yourcenar « Le ciel est encombré de bleu ». Ah oui, il y a Dona (petit signe sur le n) avec qui tout commence et tout finit. Il ne faut pas oublier non plus la dentiste narcoleptique dont le rôle se résume à être une narcoleptique qui au réveil ne semble pas plus réveillée. Une part importante de l’histoire, ou du malaise ambiant qui s’étire de tous côtés, tourne autour du deuil de la mère de Celia, dont la grand-mère, Celia, est la mère. Encore là, une démonstration que la dernière chose qu’il faille attendre de ce texte est la clarté.

Est-ce que les rêves, s’entend ceux que l’on fait les yeux fermés, sont clairs ? Répondre à cette question est répondre que cette histoire doit se prendre comme un rêve, non comme un roman avec une histoire. En tout cas, moi, cela a été ma survie de lectrice qui doit lire jusqu’au bout, sans s’endormir. D’ailleurs, la narcolepsie et l’autisme, sont des genres de fermeture à la réalité.

Les mots contenant une vie en soi se portent par eux-mêmes, nous transportent comme de la poésie à l’état brut. Le mieux est de s’y laisser couler et certaines fois on exulte et d’autres, on s’assoupit. Qui se bat contre l’assoupissement quand il doit lire ? Moi ! Alors, cette lecture a été assez souvent un combat. Combat mené aussi contre mon rationnel et mon désir de clarté. Les deux ont dû se taire pour faire place aux mots. Cela m'a donné l'impression d'être cachée dans la tête de quelqu’un qui rêve et ce n’est pas une expérience que j’ai trouvé facile.

Pourtant, je m’arrêtais parfois devant la vitrine des mots exposés, dans leur état d’objets joliment regroupés, remplie d’admiration, bouche bée. J’en ai déduis que cette Katia Belkhodja a le talent de la poésie plus que du roman, delà mon titre ; mauvaise étiquette peut-être ?

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