Pour ceux et celles qui ont écouté Tout le monde en parle, peut-être avez-vous été, comme moi, intrigué par cette conversion au judaïsme de la journaliste, Lise Ravary. Ce livre conjugué au « je » fouille ce qui semble un mystère en nos terres ; les communautés hassidiques.
« POURQUOI MOI ? ma vie chez les Juifs hassidiques », ce titre est très approprié puisque le récit se présente sous le mode d’un incessant questionnement. Pourquoi cet attrait soudain pour la religion en général, et cette religion en particulier ? On ne peut pas dire que la journaliste a choisi la religion la plus ouverte à recruter des ouailles ! Il ne faut pas croire cependant que sa foi rime avec bouche-bée, j’avale tout. Ce « Pourquoi moi ? » m'a fait penser à l’appel d’une religieuse qui entendrait la voix, tout en continuant de fouiller pour mieux comprendre ce qui lui arrive.
La conversion de Lise Ravary a ceci de particulier qu’elle prendra plus de temps qu’il en faut normalement. Nous apprenons pourquoi en cours de lecture. Si, depuis longue date, vous vous demandez qui sont ces êtres bizarrement accoutrés, cette expérience de vie est idéale pour explorer les moindres racoins d’une maison et d’une vie familiale hassidique. En Lise Ravary, il y a la journaliste qui décrit et l’écrivain qui ressent, et les deux sont intimement confondus.
Nous en apprenons beaucoup en entrant dans ces maisons où d’innombrables rituels complexes régissent la vie des hassidiques. Peu de Québécois y ont été admis aussi chaleureusement, car j’imagine que peu ont aimé aussi sincèrement cette religion. L’auteure touche à tous les points ; relation homme et femme, les enfants, la cuisine, les fêtes, les coutumes. C’est à travers de sincères échanges humains, plusieurs amitiés naitront ou mourront, que seront dévoilés les sens sacrés. L’auteure distille les informations progressivement, nous avons le temps
de les assimiler. Elle nous amène voir les importantes différences
entre les diverses communautés hassidiques, mettant en relief leurs
nombreuses dissensions. Par exemple, les Loubavich est la communauté
hassidique la plus ouverte aux étrangers et la plus avant-gardiste
aussi. Pour cela, plusieurs autres communautés ne peuvent les blairer.
Nous sortirons des quartiers hassidiques pour faire deux voyages à Jérusalem en compagnie de madame Ravary qui nous instruira de la complexité politique d’Israël, assez pour que l’on puisse sérieusement y réfléchir.
On dit souvent que la conciliation travail famille est complexe pour une femme, rajoutez-y l’étude de l’Hébreu, de la Torah, l’enseignement des commandements* par des Rabbins, et faire sabbat à partir du vendredi soir dans des familles hassidiques, et vous aurez la vie de Lise Ravary.
Je sors de cette lecture encore plus impressionnée par l’ampleur du
phénomène, qui s’apparente pour moi à des troubles obsessifs compulsifs
(TOC), mais je verrai un être humain en ce Juif hassidique que je
croiserai maintenant
Ce témoignage est semblable à une longue et belle histoire d’amour avec la religion hassidique. Après le coup de foudre, on s’avance vers l’autre, on lui offre son amour et on espère qu’il accepte. Cette intrigue amoureuse ne s’essoufflera pas, la question demeurera vivante jusqu’au point final
*613 commandements ont été dictés à Moïse par Dieu : 365 négatifs (comme les jours de l’année) et 248 positifs (le nombre d’os et d’organes majeurs de l’être humain).
Suggestion à la maison d’édition et à l’auteur : s’il y a réédition (comme je pense qu’il y aura !), une annexe de référence serait très appréciée à la fin de l’ouvrage, tellement il y a de matière à se souvenir.
lundi 29 avril 2013
mardi 23 avril 2013
6 ANS !
C’est un grand jour, Le Passe-Mot atteint l’âge respectable de 6 ans, sa journée d’anniversaire coïncidant avec la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur.
Je m’avoue plus impressionnée par cet anniversaire que celui du chiffre bien rond de 5 ans. Allez savoir pourquoi ! Peut-être parce que cet anniversaire me prend un peu par surprise, ne l’ayant pas vu venir, tellement j’étais occupée par la vie quotidienne du Passe-Mot.
Mes efforts pour faire connaître le Passe-Mot sont récompensés, sa fréquentation a pris de l’ampleur, la moyenne de lecteurs par jour jouant dans les 275. Quand je pense à mes débuts où mon cœur palpitait d’atteindre le 40, il y a du chemin de parcouru.
Je récolte aujourd’hui, ce que j’ai semé hier. Certains billets, écrits depuis des années (je peux maintenant me permettre l’expression) reviennent à la surface, prenant même la tête de billets rédigés récemment. Les paroles s’envolent, les écrits restent n’a jamais été aussi vrai sur le net. Me frappe à chaque jour l’évidence que le présent y est omniprésent.
Je continue d’être surprise de recevoir des commentaires sur des textes publiés voici trois ans, et encore plus surprise quand, au hasard d’une recherche Google, je vois apparaître mes billets sur la première page, parfois avant même la maison d’édition. Quand je me penche sur les statistiques, et les mots utilisés pour la recherche, je soupçonne que des professeurs ont demandé d’analyser un titre. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’ils ne s’inspirent pas de mon opinion pour se faire une opinion !!! Il reste que ça se peut. Michèle Plomer, qui a gagné le Prix France-Québec pour HKPQ me disait reconnaître certaines fois du « mot pour mot » du Passe-Mot lors de présentations que l’on faisait d’elle.
Le Passe-Mot de Venise existe en dehors de moi. Il est une gondole qui avance avec le vent ou des coups de pagaies.
Comment je souligne les deux anniversaires aujourd’hui, la 18e journée mondiale du livre et la 6e du Passe-Mot ? Je vais libérer un livre, activité proposée par la JMLDA, et je vais en emprisonner un autre ! Autrement dit, je vais déposer un livre à un endroit à la portée de celui le désirera le plus, et je vais m’acheter un titre à La librairie indépendante de Granby. Quel titre ? N’oublions pas que je suis comblée et en reçois d’innombrables. C’est donc un titre que je ne pense pas recevoir. Indices : c’est de la collection Gazoline (pour les cœurs jeunes comme le mien), c’est des Éditions De la Bagnole, c’est écrit par le fabuleux Max Férandon, auteur de Monsieur Ho.
Assez printanier n’est-ce pas ! Surtout que les critiques l’ont fleuri ...
Je m’avoue plus impressionnée par cet anniversaire que celui du chiffre bien rond de 5 ans. Allez savoir pourquoi ! Peut-être parce que cet anniversaire me prend un peu par surprise, ne l’ayant pas vu venir, tellement j’étais occupée par la vie quotidienne du Passe-Mot.
Mes efforts pour faire connaître le Passe-Mot sont récompensés, sa fréquentation a pris de l’ampleur, la moyenne de lecteurs par jour jouant dans les 275. Quand je pense à mes débuts où mon cœur palpitait d’atteindre le 40, il y a du chemin de parcouru.
Je récolte aujourd’hui, ce que j’ai semé hier. Certains billets, écrits depuis des années (je peux maintenant me permettre l’expression) reviennent à la surface, prenant même la tête de billets rédigés récemment. Les paroles s’envolent, les écrits restent n’a jamais été aussi vrai sur le net. Me frappe à chaque jour l’évidence que le présent y est omniprésent.
Je continue d’être surprise de recevoir des commentaires sur des textes publiés voici trois ans, et encore plus surprise quand, au hasard d’une recherche Google, je vois apparaître mes billets sur la première page, parfois avant même la maison d’édition. Quand je me penche sur les statistiques, et les mots utilisés pour la recherche, je soupçonne que des professeurs ont demandé d’analyser un titre. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’ils ne s’inspirent pas de mon opinion pour se faire une opinion !!! Il reste que ça se peut. Michèle Plomer, qui a gagné le Prix France-Québec pour HKPQ me disait reconnaître certaines fois du « mot pour mot » du Passe-Mot lors de présentations que l’on faisait d’elle.
Le Passe-Mot de Venise existe en dehors de moi. Il est une gondole qui avance avec le vent ou des coups de pagaies.
Comment je souligne les deux anniversaires aujourd’hui, la 18e journée mondiale du livre et la 6e du Passe-Mot ? Je vais libérer un livre, activité proposée par la JMLDA, et je vais en emprisonner un autre ! Autrement dit, je vais déposer un livre à un endroit à la portée de celui le désirera le plus, et je vais m’acheter un titre à La librairie indépendante de Granby. Quel titre ? N’oublions pas que je suis comblée et en reçois d’innombrables. C’est donc un titre que je ne pense pas recevoir. Indices : c’est de la collection Gazoline (pour les cœurs jeunes comme le mien), c’est des Éditions De la Bagnole, c’est écrit par le fabuleux Max Férandon, auteur de Monsieur Ho.
Assez printanier n’est-ce pas ! Surtout que les critiques l’ont fleuri ...
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jeudi 18 avril 2013
La fiancée américaine - Éric Dupont
J’ai aimé ce roman feuillu et touffu. Dès les premières lignes, la force du conteur agit sur le lecteur qui s’ouvre comme l’enfant à qui l’on raconte une histoire, prêt à tout voir et à tout croire. On suit des yeux les soubresauts d’une histoire qui amplifie personnages et événements. Jamais je n’ai lu autant d’histoires dans une. Ce roman vaut trois tomes, que les dents gourmandes se le tiennent pour dit. Il en devient difficile à résumer, encore plus pour les commentatrices qui peinent à condenser !
L’auteur nous fait vivre des liens familiaux complexes, les émotions qui s’y rattachent sont rouges foncées : jalousie, passion, violence, rivalité, favoritisme, sexualité, inceste, avortement. L’histoire nous promène entre des extrêmes : de la guerre à la paix, de la richesse à la pauvreté, de la religiosité à l’athéisme, de l’érudition à l’ignorance, de la campagne à la ville, de la force musculaire à celle de l’esprit. Ces contrastes sont portés par des personnages typés, vous n’en trouverez pas de banals. Les liens entre les événements et les personnages ne sont pas tout de suite évidents, mais le deviennent. C’est le lent travail d’un tisserand où l’on voit les fils se rejoindre en retournant le tissu à l’envers.
Un des premiers personnages, Louis « le cheval » Lamontagne, de son sens inné de conteur marquera tout ce qui vient après lui. Même si les types de narration varieront, l’énergie « conteuse » de l’auteur ne se tarira pas. La magie du tout se peut et tout se tient perdure. On croira à tout, même aux mères qui meurent deux fois, même aux hommes qui tirent les autobus, même aux succès financiers planétaires.
À ceux qui s’attachent férocement à un personnage, le choc de la séparation est à prévoir. C’est un ballet de personnages qui se transmettent le vedettariat d’un à l’autre. Comme dans la vie, le temps s’écoulant, une personne en remplace une autre. À peine le temps qu’on se secoue, le magicien conteur nous embarque dans un autre présent. Pour la plupart, ils se rejoindront dans l’épiphanie de la fin.
Les parcours tumultueux sont intelligemment semés de traces qui laissent des empreintes : Un tableau représentant une scène liturgique, l’opéra Tosca, une tâche de naissance, un pendentif avec une croix. Il y a un sens précis et peu banal à chacun, unifiant les ficelles de l’histoire.
J’ai été particulièrement captivé par l’histoire de l’Allemande, Magdelena Berg (Madeleine Lamontagne), le personnage est truculent à souhait. Dans cette partie, j’ai apprécié l’angle peu exploité en littérature qui fait voir les Allemands en victime durant la deuxième guerre.
Je me suis adonné à une analyse de texte, du genre psychologie à quatre sous. J’ai remarqué qu’Éric Dupont fait silence sur la sexualité des couples légitimes, et se reprend avec force détails pour les couples hors normes. J’en ai conclu que l’auteur est inspiré par les extrêmes, le banal quotidien, il en a cure.
Son style ? Bavard, ludique, excessif, ingénieux, rythmé, fluide.
Tant de points positifs fait oublier certaines longueurs. Par exemple, j’ai eu maille à partir avec les premières lettres d’un des fils de Madeleine, celui vivant en Allemagne. La coupure avec le rythme était évidente mais quand son frère a commencé à lui répliquer, mon ardeur à la lecture est revenue.
D’oser une saga à la manière conté, d’une seule traite, c’est audacieux. Cette fois, il n’y aucun doute, l’audace paie. « La fiancée Américaine » n’a pas fini d’être lu et de recevoir des prix.
L’auteur nous fait vivre des liens familiaux complexes, les émotions qui s’y rattachent sont rouges foncées : jalousie, passion, violence, rivalité, favoritisme, sexualité, inceste, avortement. L’histoire nous promène entre des extrêmes : de la guerre à la paix, de la richesse à la pauvreté, de la religiosité à l’athéisme, de l’érudition à l’ignorance, de la campagne à la ville, de la force musculaire à celle de l’esprit. Ces contrastes sont portés par des personnages typés, vous n’en trouverez pas de banals. Les liens entre les événements et les personnages ne sont pas tout de suite évidents, mais le deviennent. C’est le lent travail d’un tisserand où l’on voit les fils se rejoindre en retournant le tissu à l’envers.
Un des premiers personnages, Louis « le cheval » Lamontagne, de son sens inné de conteur marquera tout ce qui vient après lui. Même si les types de narration varieront, l’énergie « conteuse » de l’auteur ne se tarira pas. La magie du tout se peut et tout se tient perdure. On croira à tout, même aux mères qui meurent deux fois, même aux hommes qui tirent les autobus, même aux succès financiers planétaires.
À ceux qui s’attachent férocement à un personnage, le choc de la séparation est à prévoir. C’est un ballet de personnages qui se transmettent le vedettariat d’un à l’autre. Comme dans la vie, le temps s’écoulant, une personne en remplace une autre. À peine le temps qu’on se secoue, le magicien conteur nous embarque dans un autre présent. Pour la plupart, ils se rejoindront dans l’épiphanie de la fin.
Les parcours tumultueux sont intelligemment semés de traces qui laissent des empreintes : Un tableau représentant une scène liturgique, l’opéra Tosca, une tâche de naissance, un pendentif avec une croix. Il y a un sens précis et peu banal à chacun, unifiant les ficelles de l’histoire.
J’ai été particulièrement captivé par l’histoire de l’Allemande, Magdelena Berg (Madeleine Lamontagne), le personnage est truculent à souhait. Dans cette partie, j’ai apprécié l’angle peu exploité en littérature qui fait voir les Allemands en victime durant la deuxième guerre.
Je me suis adonné à une analyse de texte, du genre psychologie à quatre sous. J’ai remarqué qu’Éric Dupont fait silence sur la sexualité des couples légitimes, et se reprend avec force détails pour les couples hors normes. J’en ai conclu que l’auteur est inspiré par les extrêmes, le banal quotidien, il en a cure.
Son style ? Bavard, ludique, excessif, ingénieux, rythmé, fluide.
Tant de points positifs fait oublier certaines longueurs. Par exemple, j’ai eu maille à partir avec les premières lettres d’un des fils de Madeleine, celui vivant en Allemagne. La coupure avec le rythme était évidente mais quand son frère a commencé à lui répliquer, mon ardeur à la lecture est revenue.
D’oser une saga à la manière conté, d’une seule traite, c’est audacieux. Cette fois, il n’y aucun doute, l’audace paie. « La fiancée Américaine » n’a pas fini d’être lu et de recevoir des prix.
dimanche 14 avril 2013
VRIC à VRAC
Les écrivains opèrent une PME
Ceux et celles qui rêvent de devenir un jour un écrivain et gagner leur croûte avec leur plume, ne pas oublier de prendre un cours d’administration, en plus, peut-être, d’un cours de personnalité pour les médias. Dans son blogue, Mylène Gilbert-Dumas nous entretient des dessous du métier : « Pour le gouvernement (au fédéral comme au provincial), l'écrivain à succès est une entreprise. Et à moins d'être aussi doué avec les chiffres qu'avec les lettres, cet écrivain a besoin d'un comptable à qui il doit fournir le Guide de l'impôt préparé par l'UNEQ et mis à jour chaque année. » Sans compter, les contrats à négocier auprès des éditeurs. Ils ne sont pas rares, nos écrivains, à transiger avec plusieurs maisons d’édition.
Populaire voudrait dire non littéraire ?
Cette même Mylène Gilbert-Dumas nous dirige vers un passionnant article signé Marie-Claude Fortin paru chez Châtelaine où y est abordé le cas des écrivains, dits populaires. Pourquoi populaires ? Parce qu’ils sont lus. Parce qu’ils offrent une littérature accrocheuse, assez souvent des sagas à plusieurs tomes. Ce sont majoritairement eux qui gagnent leur vie avec leur plume. Certains vont loin dans le principe de la PME. Ils en rajoutent autant que le client en demande !
Ce n’est pas le cœur du sujet mais, je me suis arrêté à un point commun chez les écrivains populaires : ils offrent des pavés pour à peu près le même prix que certaines plaquettes. Est-ce un facteur qui jouerait chez le consommateur « En avoir pour son argent » ? Quand on y regarde de près, les sagas ou les romans de bonne épaisseur gagnent au palmarès des ventes. Quant à s’attacher à une famille de personnages, le lecteur aimerait vivre en sa compagnie le plus longtemps possible.
S’amarrer au Quai n°5
J’ai toujours aimé Tristan Malavoy-Racine, comme journaliste, comme chanteur, comme diseur ! L’aimerai-je comme directeur littéraire ? C’est à voir. Euh ... non, ce n’est plus à Voir, c’est chez Hurtubise.
Avec un tel nom de collection « Quai n°5 », les jeux de mots associés aux voyages et à l’aventure vont proliférer. C’est voulu, ce choix d’un nom évocateur mais quand on attire l’attention, le prix à payer est d’être à la hauteur par la suite. À l’automne, deux titres se détacheront du Quai°5 pour voguer jusqu’à nous, lecteurs. On pourra vérifier tous ensemble de quel bois se chauffe Quai°5 (mon doux que j’aime jouer avec les mots !).
=== Entrevue exclusive avec Tristan Malavoy-Racine à La Recrue du Mois ===
Maîtres chez nous
Groupe HMH : Hurtubise, XYZ et Marcel Didier ont pris position clairement dans un communiqué de presse au sujet du peu de visibilité de nos auteurs en tant que porte-parole du Salon du livre de Québec : "Si l’ouverture sur le monde est une volonté louable, il nous apparaît primordial que cette ouverture ne se fasse jamais au détriment du rayonnement du talent des créateurs d'ici. Maîtres chez nous! a dit un grand homme politique qui a fait avancer le Québec vers la modernité. N’est-ce pas là une belle maxime que notre milieu littéraire gagnerait à relire et appliquer? »
C’est une allusion claire à la contestation du choix du président d’honneur de l’édition 2013 : Marc Levy, un écrivain français habitant New York. Contestation qui a été jusqu'à la prise de position de 70 écrivains exigeant la démission de Philippe Sauvageau qui a affirmé qu'il manquerait d’écrivains de ce calibre, au Québec, pour attirer la foule au Salon : «Comme président d'honneur, on essaie d'avoir un auteur québécois qui soit très connu et qui ait une propension à parler facilement, quelqu'un qui aime parler au monde. Si on avait quelqu'un comme ça à Québec, on le prendrait.» - Philippe Sauvageau, président directeur général du salon du livre.
Sincèrement, avoir proféré de telles paroles, je me rongerais le sang et les dix doigts.
10e lauréat du prix des Collégiens
Le dévoilement du prix des Collégiens s’est déroulé, vendredi le 12 avril, sur la Scène des Rendez-vous littéraires du Salon du livre de Québec. Cinquante-six étudiants ont partagé la lecture de ses 5 titres :
1 Et au pire, on se mariera, Sophie Bienvenu (La Mèche)
2 Le Christ obèse, Larry Tremblay (Alto)
3 Mayonnaise, Éric Plamondon (Le Quartanier)
4 Qui de nous deux ?, Gilles Archambault (Boréal)
5 La fiancée américaine, Éric Dupont (Marchand de feuilles)
Qui a gagné ? Le dernier est le premier : La fiancée américaine. J’ai lu trois titres sur cinq (1 et 3) et je me rallie aux étudiants, c’est mon préféré ! D’ailleurs, c’est mon prochain recensement, sera-t-il aussi volumineux que l'oeuvre !
Ceux et celles qui rêvent de devenir un jour un écrivain et gagner leur croûte avec leur plume, ne pas oublier de prendre un cours d’administration, en plus, peut-être, d’un cours de personnalité pour les médias. Dans son blogue, Mylène Gilbert-Dumas nous entretient des dessous du métier : « Pour le gouvernement (au fédéral comme au provincial), l'écrivain à succès est une entreprise. Et à moins d'être aussi doué avec les chiffres qu'avec les lettres, cet écrivain a besoin d'un comptable à qui il doit fournir le Guide de l'impôt préparé par l'UNEQ et mis à jour chaque année. » Sans compter, les contrats à négocier auprès des éditeurs. Ils ne sont pas rares, nos écrivains, à transiger avec plusieurs maisons d’édition.
Populaire voudrait dire non littéraire ?
Cette même Mylène Gilbert-Dumas nous dirige vers un passionnant article signé Marie-Claude Fortin paru chez Châtelaine où y est abordé le cas des écrivains, dits populaires. Pourquoi populaires ? Parce qu’ils sont lus. Parce qu’ils offrent une littérature accrocheuse, assez souvent des sagas à plusieurs tomes. Ce sont majoritairement eux qui gagnent leur vie avec leur plume. Certains vont loin dans le principe de la PME. Ils en rajoutent autant que le client en demande !
Ce n’est pas le cœur du sujet mais, je me suis arrêté à un point commun chez les écrivains populaires : ils offrent des pavés pour à peu près le même prix que certaines plaquettes. Est-ce un facteur qui jouerait chez le consommateur « En avoir pour son argent » ? Quand on y regarde de près, les sagas ou les romans de bonne épaisseur gagnent au palmarès des ventes. Quant à s’attacher à une famille de personnages, le lecteur aimerait vivre en sa compagnie le plus longtemps possible.
S’amarrer au Quai n°5
J’ai toujours aimé Tristan Malavoy-Racine, comme journaliste, comme chanteur, comme diseur ! L’aimerai-je comme directeur littéraire ? C’est à voir. Euh ... non, ce n’est plus à Voir, c’est chez Hurtubise. Avec un tel nom de collection « Quai n°5 », les jeux de mots associés aux voyages et à l’aventure vont proliférer. C’est voulu, ce choix d’un nom évocateur mais quand on attire l’attention, le prix à payer est d’être à la hauteur par la suite. À l’automne, deux titres se détacheront du Quai°5 pour voguer jusqu’à nous, lecteurs. On pourra vérifier tous ensemble de quel bois se chauffe Quai°5 (mon doux que j’aime jouer avec les mots !).
=== Entrevue exclusive avec Tristan Malavoy-Racine à La Recrue du Mois ===
Maîtres chez nous
Groupe HMH : Hurtubise, XYZ et Marcel Didier ont pris position clairement dans un communiqué de presse au sujet du peu de visibilité de nos auteurs en tant que porte-parole du Salon du livre de Québec : "Si l’ouverture sur le monde est une volonté louable, il nous apparaît primordial que cette ouverture ne se fasse jamais au détriment du rayonnement du talent des créateurs d'ici. Maîtres chez nous! a dit un grand homme politique qui a fait avancer le Québec vers la modernité. N’est-ce pas là une belle maxime que notre milieu littéraire gagnerait à relire et appliquer? »
C’est une allusion claire à la contestation du choix du président d’honneur de l’édition 2013 : Marc Levy, un écrivain français habitant New York. Contestation qui a été jusqu'à la prise de position de 70 écrivains exigeant la démission de Philippe Sauvageau qui a affirmé qu'il manquerait d’écrivains de ce calibre, au Québec, pour attirer la foule au Salon : «Comme président d'honneur, on essaie d'avoir un auteur québécois qui soit très connu et qui ait une propension à parler facilement, quelqu'un qui aime parler au monde. Si on avait quelqu'un comme ça à Québec, on le prendrait.» - Philippe Sauvageau, président directeur général du salon du livre.
Sincèrement, avoir proféré de telles paroles, je me rongerais le sang et les dix doigts.
10e lauréat du prix des Collégiens
Le dévoilement du prix des Collégiens s’est déroulé, vendredi le 12 avril, sur la Scène des Rendez-vous littéraires du Salon du livre de Québec. Cinquante-six étudiants ont partagé la lecture de ses 5 titres :
1 Et au pire, on se mariera, Sophie Bienvenu (La Mèche)
2 Le Christ obèse, Larry Tremblay (Alto)
3 Mayonnaise, Éric Plamondon (Le Quartanier)
4 Qui de nous deux ?, Gilles Archambault (Boréal)
5 La fiancée américaine, Éric Dupont (Marchand de feuilles)
Qui a gagné ? Le dernier est le premier : La fiancée américaine. J’ai lu trois titres sur cinq (1 et 3) et je me rallie aux étudiants, c’est mon préféré ! D’ailleurs, c’est mon prochain recensement, sera-t-il aussi volumineux que l'oeuvre !
mardi 9 avril 2013
Fâché noir - Stéphane Dompierre
Avoir le goût de lire un livre parce qu’il est beau, que je suis superficielle ! C'est vrai, l’esthétisme de cet objet est venu me chercher et, à mon avis, il le fallait puisque les chroniques de Stéphane Dompierre se nichent en quelque part sur la Toile.
Les choix graphiques de Fâché noir démontrent qu’il n’y a pas de plaisant que ce qu’on lit (le fond). Tourner les pages, la typographie agréable à l’œil, l’équilibre entre le blanc et le noir, entre le silence et les mots, permettant au lecteur de reprendre sa respiration avant de replonger dans une autre donnent du plaisir. En fait, Fâché noir, sous forme de recueil de chroniques renferme tout ce qu’on ne retrouve pas sur le net. J’aime son « tout de noir vêtu » avec ses titres de chroniques en lettres gigantesques (majuscules) qui suggèrent le cri. Quand on est fâché, on crie !
Ce qui ne veut pas dire que Stéphane Dompierre crie fort. S’il y a quelque chose qu’il ferait fort, ce serait rire. Ce qui reste une manière de parler puisqu’il rit en douce. Comme il ne porte pas la barbe assez longue pour rire dedans, il camoufle son rire en se pinçant. Vous avez tout compris, c’est un pince-sans-rire !
Prière, donc, de ne pas prendre ses chroniques au premier degré, sinon, c’est vous qui sortirez de votre lecture fâché noir. Je compare Dompierre à Louis-José Houde pour sa perspicacité à percevoir le détail qui cloche, qu'il aborde ensuite sous un angle jamais abordé encore. Un angle drôle pour un humoriste, et drôlement fâché pour l’auteur qu’est Stéphane Dompierre.
Pas moins de 53 chroniques en 165 pages aux titres gigantesques ; vous pouvez donc en apprendre quelques une par cœur. Exemple de sujets : Le paranormal, le métro, les guichets automatiques, les statistiques, le gars qui klaxonne, le point d’exclamation, les heures d’ouverture, les compliments, le vin, les Salons du livre, etc ... Mon sourire est resté accroché dans le coin de ma bouche à la majeure partie des chroniques. Il y en a des savoureuses, des ordinaires, des surprenantes, des drôles, des choquantes, des lucides, des géniales. Quelques plates, mais peu.
Déguisées en grimace se cachent quelques perles de lucidité que l'on pourrait développer en thèses critiques sur la société québécoise moderne. On va laisser cette activité à Catherine Voyer-Léger.
Ceci dit, Dompierre a le sens du punch, comme n’importe quel bon humoriste. J’ai admiré les boucles finales qui ferment joliment presque chaque chronique.
Lecture assurément distrayante faisant sourire malgré soi, et réfléchir, si on se donne la peine d'en gratter la surface.
Les choix graphiques de Fâché noir démontrent qu’il n’y a pas de plaisant que ce qu’on lit (le fond). Tourner les pages, la typographie agréable à l’œil, l’équilibre entre le blanc et le noir, entre le silence et les mots, permettant au lecteur de reprendre sa respiration avant de replonger dans une autre donnent du plaisir. En fait, Fâché noir, sous forme de recueil de chroniques renferme tout ce qu’on ne retrouve pas sur le net. J’aime son « tout de noir vêtu » avec ses titres de chroniques en lettres gigantesques (majuscules) qui suggèrent le cri. Quand on est fâché, on crie !
Ce qui ne veut pas dire que Stéphane Dompierre crie fort. S’il y a quelque chose qu’il ferait fort, ce serait rire. Ce qui reste une manière de parler puisqu’il rit en douce. Comme il ne porte pas la barbe assez longue pour rire dedans, il camoufle son rire en se pinçant. Vous avez tout compris, c’est un pince-sans-rire !
Prière, donc, de ne pas prendre ses chroniques au premier degré, sinon, c’est vous qui sortirez de votre lecture fâché noir. Je compare Dompierre à Louis-José Houde pour sa perspicacité à percevoir le détail qui cloche, qu'il aborde ensuite sous un angle jamais abordé encore. Un angle drôle pour un humoriste, et drôlement fâché pour l’auteur qu’est Stéphane Dompierre.
Pas moins de 53 chroniques en 165 pages aux titres gigantesques ; vous pouvez donc en apprendre quelques une par cœur. Exemple de sujets : Le paranormal, le métro, les guichets automatiques, les statistiques, le gars qui klaxonne, le point d’exclamation, les heures d’ouverture, les compliments, le vin, les Salons du livre, etc ... Mon sourire est resté accroché dans le coin de ma bouche à la majeure partie des chroniques. Il y en a des savoureuses, des ordinaires, des surprenantes, des drôles, des choquantes, des lucides, des géniales. Quelques plates, mais peu.
Déguisées en grimace se cachent quelques perles de lucidité que l'on pourrait développer en thèses critiques sur la société québécoise moderne. On va laisser cette activité à Catherine Voyer-Léger.
Ceci dit, Dompierre a le sens du punch, comme n’importe quel bon humoriste. J’ai admiré les boucles finales qui ferment joliment presque chaque chronique.
Lecture assurément distrayante faisant sourire malgré soi, et réfléchir, si on se donne la peine d'en gratter la surface.
jeudi 4 avril 2013
On ne rentre jamais à la maison - Stéphani Meunier
On ne rentre jamais à la maison ... (je complète avec) "de son enfance".
Trois personnages principaux, dont un très présent par son absence, Charlie. Toute l’histoire tournera autour d’elle, disparue mystérieusement quand elle était enfant. Pierre-Paul était son ami, son confident, son amoureux, même s’ils n’avaient qu’une dizaine d’années. Les deux enfants vivaient dans une bulle increvable, protégés du reste du monde par leur complicité. Le troisième personnage viendra après la disparition de Charlie : Clara, sa sœur. Voilà pour les personnages sur deux pattes, passons à la maison d’enfance maintenant, également un « personnage » avec sa cave, ses étages, son grenier. Cette maison a beaucoup d’importance pour Charlie et Pierre-Paul. C’est l’extension de leur bulle.
Après la disparition de Charlie, Pierre-Paul vivra la présence harcelante d’un fantôme qui hantera son enfance et sa vie d’adulte. Clara souffrira autant que Pierre-Paul de l’absence de Charlie, même si différemment. D’aucune façon elle n’arrivera à la cheville du portrait de sa sœur que ses parents ont sublimée.
Bref, cette histoire cible tout ce qui marque l’enfance au fer rouge.
* * *
Comment j’ai vécu cette histoire :
On la pénètre par la maison. L’auteure lui a donné une vie palpitante, mystérieuse. Je n’exagère pas en disant qu’elle a l’impact d’un personnage. Le premier tiers du roman m’a envoûtée pour l’odeur pur de l’enfance respiré à plein nez, avec ce Pierre-Paul et cette Charlie. L’auteure brosse un portrait de cette dernière qui exacerbe notre envie de la voir vivre. Et puis, inexplicablement, elle disparait. J’ai vécu un deuil plus important que je ne l’ai cru à prime abord, ne réalisant pas tout de suite que Charlie disparait, elle emporte avec elle son mystère. Avec son départ, s’éteint une part du mystérieux qui me plaisait tant, l’odeur concentrée de l’enfance s’évapore. On se retrouve avec des adultes aux prises avec des souvenirs nostalgiques (Pierre-Paul) ou révoltants (Clara).
Je ne dis pas qu’à partir de là c’est inintéressant, le style précis et révélateur de Stéphani Meunier continue d’enchanter, mais la magie est diluée. La promesse de cette histoire d’enfance était si forte, si vibrante, comment tenir cette intensité quand celle qui représente l’enfance se volatilise et que les adultes s’agrippent à leur deuil et à leur chagrin.
J’entretiens une légère frustration devant les circonstances de la disparition de Charlie. Je comprends que l’auteure est le dieu de l’histoire et qu'en cela, elle fait ce que bon lui semble, par contre, ce n’est pas une raison pour tomber dans la facilité. Les questions que je me suis légitiment posées sur la disparition de Charlie sont restées en plan. Même si l’auteure ne voulait pas en faire un roman d’enquête, j’y ai quand même vu un vide. Un trou à remplir. Et j’aurais apprécié qu’il soit moins profond.
Je ne laisserai pas planer le doute, j’ai aimé ce roman. Il a été assez fort pour soutenir mon intérêt grâce à des personnages crédibles et un style enveloppant. Et le premier tiers de l’histoire m’a tellement absorbée par son ambiance, hypnotisée même, que je ne regrette nullement cette lecture.
Visitez le recensement de On ne rentre jamais à la maison de mon ami, Maxime ! Comme je l'expliquais sur mon billet "Cher tous," nous soulignons un événement spécial pour nous deux.
Trois personnages principaux, dont un très présent par son absence, Charlie. Toute l’histoire tournera autour d’elle, disparue mystérieusement quand elle était enfant. Pierre-Paul était son ami, son confident, son amoureux, même s’ils n’avaient qu’une dizaine d’années. Les deux enfants vivaient dans une bulle increvable, protégés du reste du monde par leur complicité. Le troisième personnage viendra après la disparition de Charlie : Clara, sa sœur. Voilà pour les personnages sur deux pattes, passons à la maison d’enfance maintenant, également un « personnage » avec sa cave, ses étages, son grenier. Cette maison a beaucoup d’importance pour Charlie et Pierre-Paul. C’est l’extension de leur bulle.
Après la disparition de Charlie, Pierre-Paul vivra la présence harcelante d’un fantôme qui hantera son enfance et sa vie d’adulte. Clara souffrira autant que Pierre-Paul de l’absence de Charlie, même si différemment. D’aucune façon elle n’arrivera à la cheville du portrait de sa sœur que ses parents ont sublimée.
Bref, cette histoire cible tout ce qui marque l’enfance au fer rouge.
* * *
Comment j’ai vécu cette histoire :
On la pénètre par la maison. L’auteure lui a donné une vie palpitante, mystérieuse. Je n’exagère pas en disant qu’elle a l’impact d’un personnage. Le premier tiers du roman m’a envoûtée pour l’odeur pur de l’enfance respiré à plein nez, avec ce Pierre-Paul et cette Charlie. L’auteure brosse un portrait de cette dernière qui exacerbe notre envie de la voir vivre. Et puis, inexplicablement, elle disparait. J’ai vécu un deuil plus important que je ne l’ai cru à prime abord, ne réalisant pas tout de suite que Charlie disparait, elle emporte avec elle son mystère. Avec son départ, s’éteint une part du mystérieux qui me plaisait tant, l’odeur concentrée de l’enfance s’évapore. On se retrouve avec des adultes aux prises avec des souvenirs nostalgiques (Pierre-Paul) ou révoltants (Clara).
Je ne dis pas qu’à partir de là c’est inintéressant, le style précis et révélateur de Stéphani Meunier continue d’enchanter, mais la magie est diluée. La promesse de cette histoire d’enfance était si forte, si vibrante, comment tenir cette intensité quand celle qui représente l’enfance se volatilise et que les adultes s’agrippent à leur deuil et à leur chagrin.
J’entretiens une légère frustration devant les circonstances de la disparition de Charlie. Je comprends que l’auteure est le dieu de l’histoire et qu'en cela, elle fait ce que bon lui semble, par contre, ce n’est pas une raison pour tomber dans la facilité. Les questions que je me suis légitiment posées sur la disparition de Charlie sont restées en plan. Même si l’auteure ne voulait pas en faire un roman d’enquête, j’y ai quand même vu un vide. Un trou à remplir. Et j’aurais apprécié qu’il soit moins profond.
Je ne laisserai pas planer le doute, j’ai aimé ce roman. Il a été assez fort pour soutenir mon intérêt grâce à des personnages crédibles et un style enveloppant. Et le premier tiers de l’histoire m’a tellement absorbée par son ambiance, hypnotisée même, que je ne regrette nullement cette lecture.
Visitez le recensement de On ne rentre jamais à la maison de mon ami, Maxime ! Comme je l'expliquais sur mon billet "Cher tous," nous soulignons un événement spécial pour nous deux.
mercredi 3 avril 2013
Cher tous,
Une petite sortie de routine et je vous explique pourquoi.
Je fais passer le titre « On ne rentre jamais à la maison » de Stéphani Meunier avant les deux autres de la marge à droite. Pour ceux qui suivent, j’ai lu ce titre après La fiancée américaine et Fâché Noir. Habituellement, je tiens à la chronologie, pas de chicane, pas de chouchou, à chacun son tour. Mais aujourd’hui, c’est spécial. C’est un titre que nous avons lu à deux. Avec Maxime Jobin.
« Qui est Maxime Jobin ? » Justement la question que je désirais que vous me posiez. J’ai connu Maxime par Le Prix des Collégiens, il avait alors 18 ans. Il avait recensé cinq titres et son préféré était un celui de Stéphani Meunier « Ce n’est pas une façon de dire adieu ». Son recensement était tellement senti que je me le suis acheté. J’ai par la suite suivi, et l'auteure, et le blogue de Maxime. Après une fréquentation d’usage, je lui ai fait une grande demande ; devenir rédacteur de La Recrue du mois ! Il accepta avec enthousiasme.
Depuis, il est devenu un ami cher que je fréquente assidûment. À ma fête, il a voulu me donner le dernier titre de Stéphani Meunier « On ne rentre jamais à la maison » mais je l’ai reçu avant qu'il puisse le faire. On a alors pensé recenser le titre en duo, et sortir notre recensement le même jour à la même heure.
Cela avait des côtés irrésistibles, commémorer notre rencontre qui date déjà de cinq ans et, en plus, réveiller son blogue en hivernation. Et que Maxime renoue avec un titre québécois, me faisait un plaisir supplémentaire. Il est le webmestre bénévole de la Recrue du mois, en plus de travailler maintenant à temps plein en informatique. En passant, vous remarquerez qu’il fait démentir l’idée préconçue que les informaticiens n’aiment pas la littérature. C’est aussi Maxime qui est derrière le très beau site de notre ami Pierre-Greg « La lucarne à Luneau » qu'il a coréalisé avec Marsi. Le tandem se complète pour mettre sur pieds un site Internet. Ils sont responsables, sérieux mais rient beaucoup. C’est souvent à celui qui fera la blague la plus absurde !
Alors, Maxime et moi sommes prêts. Demain, à 8 h 00 AM, nos recensements seront en ligne. (Je ne fais jamais ça, mais je l’ai préprogrammé).
Je fais passer le titre « On ne rentre jamais à la maison » de Stéphani Meunier avant les deux autres de la marge à droite. Pour ceux qui suivent, j’ai lu ce titre après La fiancée américaine et Fâché Noir. Habituellement, je tiens à la chronologie, pas de chicane, pas de chouchou, à chacun son tour. Mais aujourd’hui, c’est spécial. C’est un titre que nous avons lu à deux. Avec Maxime Jobin.
« Qui est Maxime Jobin ? » Justement la question que je désirais que vous me posiez. J’ai connu Maxime par Le Prix des Collégiens, il avait alors 18 ans. Il avait recensé cinq titres et son préféré était un celui de Stéphani Meunier « Ce n’est pas une façon de dire adieu ». Son recensement était tellement senti que je me le suis acheté. J’ai par la suite suivi, et l'auteure, et le blogue de Maxime. Après une fréquentation d’usage, je lui ai fait une grande demande ; devenir rédacteur de La Recrue du mois ! Il accepta avec enthousiasme.
Depuis, il est devenu un ami cher que je fréquente assidûment. À ma fête, il a voulu me donner le dernier titre de Stéphani Meunier « On ne rentre jamais à la maison » mais je l’ai reçu avant qu'il puisse le faire. On a alors pensé recenser le titre en duo, et sortir notre recensement le même jour à la même heure.
Cela avait des côtés irrésistibles, commémorer notre rencontre qui date déjà de cinq ans et, en plus, réveiller son blogue en hivernation. Et que Maxime renoue avec un titre québécois, me faisait un plaisir supplémentaire. Il est le webmestre bénévole de la Recrue du mois, en plus de travailler maintenant à temps plein en informatique. En passant, vous remarquerez qu’il fait démentir l’idée préconçue que les informaticiens n’aiment pas la littérature. C’est aussi Maxime qui est derrière le très beau site de notre ami Pierre-Greg « La lucarne à Luneau » qu'il a coréalisé avec Marsi. Le tandem se complète pour mettre sur pieds un site Internet. Ils sont responsables, sérieux mais rient beaucoup. C’est souvent à celui qui fera la blague la plus absurde !
Alors, Maxime et moi sommes prêts. Demain, à 8 h 00 AM, nos recensements seront en ligne. (Je ne fais jamais ça, mais je l’ai préprogrammé).
dimanche 31 mars 2013
À deux pas de chez elle - François Gravel
Je suis allé à la rencontre d’une nouvelle enquêtrice, encore plus nouvelle que moi dans le milieu du polar : Chloé Perreault, 26 ans. C’est le premier polar de François Gravel qui nous promet plusieurs enquêtes, la deuxième étant d’ailleurs attendue en librairie le 10 avril sous le titre, Nowhere Man.
Chloé P. sort de l’institut de police et choisit d’œuvrer dans un village pour la possibilité d’avancement. Elle aura à rouvrir une enquête vieille de 33 ans, après la découverte de deux squelettes entremêlés aux racines d’un arbre. Les ossements qui nous préoccupent sont ceux d’une jeune femme de 20 ans, Marie-Thérèse Laganière dont on n’avait jamais retrouvé le corps, laissant à sa sœur ainée toutes des questions sans réponse.
Le défi est grand pour une enquêtrice inexpérimentée : deux corps, un dossier classé, des témoins difficiles à retracer après 33 ans, un corps trouvé à 300 k. de l’endroit où la première enquête s’était déroulée. Tout est à refaire. Chloé P. partira en neuf avec du vieux, c'est-à-dire les notes prises par un inspecteur maintenant décédé. Nous retournerons donc dans le passé pour visiter de fond en comble la vie de Marie-Thérèse Laganière, cette femme de 20 ans, belle et brillante qui s’interrogeait sur son avenir. Connaître cette femme est l’enjeu principal pour comprendre ce meurtre d’autant plus intriguant que son corps n’a pas été enterré seul.
François Gravel n’est pas un écrivain né d’hier, il défend ses histoires habilement avec un style détendu, empreint d’humour fin. Il manie l’art de prendre son temps pour installer une histoire et dévoiler progressivement une intrigue. Une enquête prend souvent les couleurs de l’enquêtrice et Chloé P. est une femme douce, réfléchie, réservée, et qui travaille d’arrache pied, jusqu’à atteindre l’obsession. Ambitieuse sans avoir l’air de l’être et, grosse différence avec tous les enquêteurs que j’ai connus jusqu’à date, elle a des habitudes saines : jogging matinal, fume pas, boit pas, sacre pas, ne s’impatiente pas, dort normalement, mange sainement.
Ce qui fait que cette enquête, à plusieurs ramifications et touffue d’intrigues sera menée tenacement et sagement par Chloé P. qui bénéficie en plus d’un patron respectueux et encourageant. Je dois l’avouer, j’ai été habitué jusqu’à date à des enquêtes où le temps presse, les patrons ont le mors aux dents, c’est angoissant, stressant, dangereux. Rien de tout ça dans cette enquête idéale pour les lecteurs aimant les lectures intrigantes mais pas trop stressantes. Est-ce parce que c’était la première enquête menée par un auteur à son premier polar, mais le rythme m’est apparu assez lent. J’ai eu le temps de voir venir, sans trop chercher à comprendre, ce que je fais rarement du reste, n’aimant pas me casser la tête.
En fait, si je lis du polar, c’est pour admirer une histoire complexe, ses intrigues, son mystère et l’étude de la psychologie humaine dans des personnages crédibles. Il y a également un facteur important, l’attachement à la personne qui mène l’enquête. Avec ce titre, je suis mitigée, j’avoue. Je suis restée assez indifférente à Chloé Perreault qui ne m’a ni attendrie, ni donné de palpitations. J’y ai vu le portrait complet d’une femme moderne, novice, sans trop de vécu, extrêmement travaillante.
Je ne dis pas non à une prochaine expérience avec Chloé Perreault, à un moment de ma vie où j’aurais besoin de m’abandonner dans une histoire d’enquête détendue avec une intrigue bien menée. De toutes manières, s’il faut donner une chance au coureur, il faut en donner à l’enquêteur !
Chloé P. sort de l’institut de police et choisit d’œuvrer dans un village pour la possibilité d’avancement. Elle aura à rouvrir une enquête vieille de 33 ans, après la découverte de deux squelettes entremêlés aux racines d’un arbre. Les ossements qui nous préoccupent sont ceux d’une jeune femme de 20 ans, Marie-Thérèse Laganière dont on n’avait jamais retrouvé le corps, laissant à sa sœur ainée toutes des questions sans réponse.
Le défi est grand pour une enquêtrice inexpérimentée : deux corps, un dossier classé, des témoins difficiles à retracer après 33 ans, un corps trouvé à 300 k. de l’endroit où la première enquête s’était déroulée. Tout est à refaire. Chloé P. partira en neuf avec du vieux, c'est-à-dire les notes prises par un inspecteur maintenant décédé. Nous retournerons donc dans le passé pour visiter de fond en comble la vie de Marie-Thérèse Laganière, cette femme de 20 ans, belle et brillante qui s’interrogeait sur son avenir. Connaître cette femme est l’enjeu principal pour comprendre ce meurtre d’autant plus intriguant que son corps n’a pas été enterré seul.
François Gravel n’est pas un écrivain né d’hier, il défend ses histoires habilement avec un style détendu, empreint d’humour fin. Il manie l’art de prendre son temps pour installer une histoire et dévoiler progressivement une intrigue. Une enquête prend souvent les couleurs de l’enquêtrice et Chloé P. est une femme douce, réfléchie, réservée, et qui travaille d’arrache pied, jusqu’à atteindre l’obsession. Ambitieuse sans avoir l’air de l’être et, grosse différence avec tous les enquêteurs que j’ai connus jusqu’à date, elle a des habitudes saines : jogging matinal, fume pas, boit pas, sacre pas, ne s’impatiente pas, dort normalement, mange sainement.
Ce qui fait que cette enquête, à plusieurs ramifications et touffue d’intrigues sera menée tenacement et sagement par Chloé P. qui bénéficie en plus d’un patron respectueux et encourageant. Je dois l’avouer, j’ai été habitué jusqu’à date à des enquêtes où le temps presse, les patrons ont le mors aux dents, c’est angoissant, stressant, dangereux. Rien de tout ça dans cette enquête idéale pour les lecteurs aimant les lectures intrigantes mais pas trop stressantes. Est-ce parce que c’était la première enquête menée par un auteur à son premier polar, mais le rythme m’est apparu assez lent. J’ai eu le temps de voir venir, sans trop chercher à comprendre, ce que je fais rarement du reste, n’aimant pas me casser la tête.
En fait, si je lis du polar, c’est pour admirer une histoire complexe, ses intrigues, son mystère et l’étude de la psychologie humaine dans des personnages crédibles. Il y a également un facteur important, l’attachement à la personne qui mène l’enquête. Avec ce titre, je suis mitigée, j’avoue. Je suis restée assez indifférente à Chloé Perreault qui ne m’a ni attendrie, ni donné de palpitations. J’y ai vu le portrait complet d’une femme moderne, novice, sans trop de vécu, extrêmement travaillante.
Je ne dis pas non à une prochaine expérience avec Chloé Perreault, à un moment de ma vie où j’aurais besoin de m’abandonner dans une histoire d’enquête détendue avec une intrigue bien menée. De toutes manières, s’il faut donner une chance au coureur, il faut en donner à l’enquêteur !
dimanche 24 mars 2013
Vrac en Mars
Venise se penche sur la BD- Vous aimez Michel Rabagliati et ses Paul ? Vous les attendez impatiemment ? Je vais vous servir un hors d’œuvre pour calmer votre appétit ou l’exciter. Le titre : Paul au Lac noir et vous pouvez déjà aller reluquer les huit premières planches « brouillon ».
- Je n’en reviens pas. En bande dessinée, on se plaint du manque d’intérêt pour la bande dessinée populaire. J’appelle ça, le contraire des romans. Pourquoi ? J'en ai en fait aucune idée.
- Ça bouge un peu trop à mon goût dans le domaine des maisons d’éditions, surtout qu'il est rare qu'ils indiquent que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ce sont trop souvent les difficultés financières qui forcent le changement. Ça me chagrine. Grand coup : Vente des Éditions 400 Coups, l’éditeur québécois qui a le plus grand fond d’albums de bandes dessinées avec plus de 130 titres répartis en huit collections. C’est qu’il ne se passait plus grand-chose, ces dernières années, chez l’éditeur fondé en 1993. Plus de deux ans sans nouveautés dans la collection Rotor, à qui l’on doit la série L’Académie des chasseurs de prime. Ni du côté de Mécanique générale, jadis fleuron de l’entreprise. Heureusement, tout serait loin d'être perdu ... (à suivre)
Qui dit livres, dit écrivains et photos d’écrivains.
Un article amusant dans le Nouvel Observateur qui, en effet, ne manque pas de sens d’observation pour avoir repérer huit astuces pour réussir de mauvaises photos d’écrivains. C’est surprenant et rigolo, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous arrivons encore à éviter certains de ces pièges. Si vous trouvez que je me trompe, n’hésitez pas à me corriger !
Le livre oublié
Cette belle initiative des Éditions Hurtubise et de la Société Les Correspondances d’Eastman, ce Prix Hervé Foulon le livre oublié va à Nicole Houde pour La maison du remous paru en 1986. Un jury, composé de Robert Lalonde, Jean Fugère, Manon Trépanier, Françoise Careil et son président, Jacques Allard a opté pour l’œuvre de cette écrivaine qui a traversé le temps. Lauréate de plusieurs prix littéraires, elle poursuit depuis la parution de son premier livre en 1983, une œuvre remarquable. Une bourse de 5 000$ sera remise à l’auteure, et l’aide de la SODEC pour la réimpression (50% du coût) du roman. Nicole Houde sera également à l’honneur lors des Correspondances d’Eastman 2013.
Je suis sincèrement contente pour elle. J’ai connu cette écrivaine alors que je ne m’intéressais pas encore à la littérature québécoise. En fait, j’étais coordonnatrice pour l’agence de soins à domicile Via Domicile. Elle exécutait des mandats à domicile, surtout de l’accompagnement. Elle avait un grand besoin de gagner sa vie, et je lui ai donné en toute justice quelques mandats, parce qu’elle était une personne responsable. En guise de remerciement, elle m’a donné son dernier roman « Lettres à cher Alain » 1990. J’ai fini par le lire et j’ai eu l'agréable surprise d’y prendre un grand intérêt. J’entrevois de lire La maison du remous.
Thérèse Casgrain – La Gauchiste en collier de perle
Peut-on trouver titre plus accrocheur que celui-là ? J’adore ! Si on y regarde de près, ce titre cerne le propos la biographie de cette grande dame : « Elle aurait pu se contenter de consacrer ses loisirs aux réceptions et aux œuvres pies, comme les femmes de son milieu. Profondément éprise de justice, elle s’investit au contraire dans des batailles de toutes sortes, mettant à profit son temps, son argent, son sens de l’organisation et son vaste réseau de connaissances. » Monique Bégin, extrait de la préface : « L’auteure s’est ingéniée à découvrir les sources de l’engagement de Thérèse Casgrain, cette incroyable battante, qu’une enfance dorée et une adolescence fleur bleue ne prédisposaient certes pas à courir d’une réforme sociale à une autre. »
mardi 19 mars 2013
SARAH à l'ombre des hommes, Jean-Pierre Wilhelmy et Mylène Wilhelmy
Vous vous souvenez combien j’ai aimé « De père en fille » de Louise Simard et Jean-Pierre Wilhelmy ? Sarah est du même auteur mais, cette fois, la co-auteure est sa fille. Je m’étais alors interrogé, en lisant le billet Balades entres les lignes chez Suzanne, de la différence entre les deux romans. J’ai maintenant la réponse. Avec Sarah, le siècle est plus avancé, nous sommes autour de 1885 et l’histoire nous rappelle que la ville de Montréal a passé à travers un calvaire : la pire épidémie du Québec, la variole. La similitude avec De père en fille serait des thèmes communs : la persistante rivalité entre anglophones et francophones et le défi des femmes à devenir médecin.
Sarah, une femme, Canadienne française de surcroît vise les études en médecine. En partant, plusieurs entraves, et s’y ajoute les réticences de sa propre mère qui refuse la vocation de sa fille, et pas seulement parce que les études en médecine sont hors de leurs moyens. Sarah devra faire preuve d’une grande force de caractère pour quitter la campagne et aller poursuivre ses études en médecine à Montréal. Elle sera accueillie chez les parents anglophones de son amie, Esther qui, elle aussi étudie en médecine. Sarah exige d’être plus que parfaite pour ne pas décevoir sa grand-mère qui a devancé son héritage pour payer ses études.
En même temps que Sarah et Esther, nous suivrons deux frères nés d’un médecin réputé, riche et puissant ; un anglophone. La médecine est pour lui une affaire de pouvoir, c’est un despote, même avec ses fils qu’il élève seul. Un autre médecin, celui-ci francophone, père de famille et tendre époux. C’est le médecin de la pure vocation qui ne vit que pour la guérison même des moins bien nantis. Il est dévoué, humain, compréhensif ; un francophone. De ce fort contraste (noir et blanc) entre le médecin anglophone et francophone, s’en ajoute un autre, cette fois entre les propres fils du médecin anglophone. Un des fils est confiant, généreux, honnête tandis que l’autre est tout son contraire, malhonnête, hypocrite et d’une jalousie maladive vis-à-vis son frère, beaucoup plus apprécié par son père. Les deux deviendront médecins. Un autre personnage de médecin est en jeu, dont je vous révélerai peu, même pas son sexe, pour respecter son mystère qui étonne grandement et qui donne tout son sens au roman. Et n’est même pas encore entré en scène ce que je considère un personnage à part entière, la variole. Nous suivrons l’évolution de la maladie dans ses moindres détails, en même temps que l’implantation du premier bureau de santé de la ville de Montréal. Avec ces personnages typés et une catastrophe imminente, il y a de quoi vivre des rebondissements.
Le côté historique du roman m’a plu. J’ai plongé allègrement dans les aléas de cette épidémie de la variole qui m’est apparue fort bien documentée. Son évolution, parce que bien racontée est passionnante à suivre. L’injustice vis-à-vis les canadiens français, accusés de tous les maux, dont la variole, est on ne peut plus clairement démontrée et à plusieurs égards. Les croyances religieuses enferment les canadiens français dans un carcan d’étroitesse d’esprit lamentable à voir, le spectacle de la pauvreté est insoutenable. Il est captivant de constater jusqu’à quel point les journaux usait de leur pouvoir en cette période de crise où la paix entre Canadiens anglais et Canadiens français se trouble au fur et à mesure que la variole envahit la grande cité.
Cette Histoire avec son grand H contient une histoire d’amour que l’on découvre dès les premiers chapitres. Le scénario de la relation amoureuse ressemble à bien d’autres, avec ses péripéties d’usage : fusion, malentendu, obstacle, perte, éclaircissement. J’embarque facilement dans le genre, quand c’est bien raconté, et c’est le cas. Mais mon vif intérêt m’a joué un tour, l’histoire d’amour se dénouant et se concluant avant la fin, une tension tombe, ce qui a diminué mon intérêt pour les dernières affres de la variole. Vu que l’histoire d’amour de Sarah est forte et intense, il aurait été plus intéressant qu’elle suive de près l’évolution de la variole. Voilà ce qui me fait dire que la variole tient lieu de personnage principal.
Si vous ne vous formalisez pas devant quelques personnages tout noirs ou tout blancs, vous apprécierez ce pan de notre histoire, tant il contient de rebondissements complexes et dramatiques qui ont certainement déposé leurs marques sur notre peau collective.
Sarah, une femme, Canadienne française de surcroît vise les études en médecine. En partant, plusieurs entraves, et s’y ajoute les réticences de sa propre mère qui refuse la vocation de sa fille, et pas seulement parce que les études en médecine sont hors de leurs moyens. Sarah devra faire preuve d’une grande force de caractère pour quitter la campagne et aller poursuivre ses études en médecine à Montréal. Elle sera accueillie chez les parents anglophones de son amie, Esther qui, elle aussi étudie en médecine. Sarah exige d’être plus que parfaite pour ne pas décevoir sa grand-mère qui a devancé son héritage pour payer ses études.
En même temps que Sarah et Esther, nous suivrons deux frères nés d’un médecin réputé, riche et puissant ; un anglophone. La médecine est pour lui une affaire de pouvoir, c’est un despote, même avec ses fils qu’il élève seul. Un autre médecin, celui-ci francophone, père de famille et tendre époux. C’est le médecin de la pure vocation qui ne vit que pour la guérison même des moins bien nantis. Il est dévoué, humain, compréhensif ; un francophone. De ce fort contraste (noir et blanc) entre le médecin anglophone et francophone, s’en ajoute un autre, cette fois entre les propres fils du médecin anglophone. Un des fils est confiant, généreux, honnête tandis que l’autre est tout son contraire, malhonnête, hypocrite et d’une jalousie maladive vis-à-vis son frère, beaucoup plus apprécié par son père. Les deux deviendront médecins. Un autre personnage de médecin est en jeu, dont je vous révélerai peu, même pas son sexe, pour respecter son mystère qui étonne grandement et qui donne tout son sens au roman. Et n’est même pas encore entré en scène ce que je considère un personnage à part entière, la variole. Nous suivrons l’évolution de la maladie dans ses moindres détails, en même temps que l’implantation du premier bureau de santé de la ville de Montréal. Avec ces personnages typés et une catastrophe imminente, il y a de quoi vivre des rebondissements.
Le côté historique du roman m’a plu. J’ai plongé allègrement dans les aléas de cette épidémie de la variole qui m’est apparue fort bien documentée. Son évolution, parce que bien racontée est passionnante à suivre. L’injustice vis-à-vis les canadiens français, accusés de tous les maux, dont la variole, est on ne peut plus clairement démontrée et à plusieurs égards. Les croyances religieuses enferment les canadiens français dans un carcan d’étroitesse d’esprit lamentable à voir, le spectacle de la pauvreté est insoutenable. Il est captivant de constater jusqu’à quel point les journaux usait de leur pouvoir en cette période de crise où la paix entre Canadiens anglais et Canadiens français se trouble au fur et à mesure que la variole envahit la grande cité.
Cette Histoire avec son grand H contient une histoire d’amour que l’on découvre dès les premiers chapitres. Le scénario de la relation amoureuse ressemble à bien d’autres, avec ses péripéties d’usage : fusion, malentendu, obstacle, perte, éclaircissement. J’embarque facilement dans le genre, quand c’est bien raconté, et c’est le cas. Mais mon vif intérêt m’a joué un tour, l’histoire d’amour se dénouant et se concluant avant la fin, une tension tombe, ce qui a diminué mon intérêt pour les dernières affres de la variole. Vu que l’histoire d’amour de Sarah est forte et intense, il aurait été plus intéressant qu’elle suive de près l’évolution de la variole. Voilà ce qui me fait dire que la variole tient lieu de personnage principal.
Si vous ne vous formalisez pas devant quelques personnages tout noirs ou tout blancs, vous apprécierez ce pan de notre histoire, tant il contient de rebondissements complexes et dramatiques qui ont certainement déposé leurs marques sur notre peau collective.
dimanche 10 mars 2013
Un léger désir de rouge - Hélène Lépine
Toulouse n’est pas une ville, dans ce roman, c’est une trapéziste de vingt-huit ans. Malheur : atteinte d’un cancer du sein invasif, elle doit passer sous le bistouri. Horreur : son amoureux et compagnon d’acrobaties l’abandonne après l’ablation. Trois pertes à assimiler : la carrière de trapéziste, la vie de couple, et un corps complet.
Où se réfugier ? Où retourne-t-on quand la vie est trop dure ? Dans la maison de son enfance ? Mais on n’y trouve pas toujours du réconfort, ça dépend de ce qu’a été notre enfance. Toulouse l’écrira avec des mots qui sentent la rancœur à plein nez, son enfance n’a pas été souriante. Elle en veut à ses parents de leur avoir offert, à ses frères et sœurs, l’absence, qu’elle a reçue en plein cœur « vous n’êtes pas assez importants pour que l’on arrête de voyager à travers le monde ».
Écrire un journal est un geste de repli sur soi, presque une nécessité en période intense de deuils. Ces confidences, Toulouse les adressera à Mamboula, un nom qu’elle a inventé, un être qui habiterait Casamance au Sénégal. La jeune femme en traitements de chimiothérapie doit enterrer sa vie de jadis. La grosse question qui sous-tend toutes les autres : a-t-elle encore le désir de vivre ? Pour désirer renaitre, il faut choisir de nouveau la vie. Elle doit se refaire, pas une beauté, une vie, autant physique que psychologique.
Ce journal nous fait suivre un pèlerinage ardu, douloureux, initiatique. Avoir besoin de s’inventer d’autres yeux pour voir la réalité d’une autre manière. Elle renoue avec ses souvenirs, par sa sœur et son frère qui résident encore la maison. Ce dernier est atteint de problèmes psychologiques sévères, et sa sœur et elle, sont en conflit. Rien qui puisse encourager le rebond d’une personne qui se bat pour la vie. Elle fuira les souvenirs qui affluent, partira camper dans le bois, reviendra, toujours aussi mal dans sa peau. Elle aborde la question de sa famille désunie, peu de solidarité, surtout du silence. Bien pire, un frère violent semble lui en vouloir d’habiter la maison des parents. Toulouse écrit ses émotions pour tenter de transcender sa douleur, voir plus clair, elle ira vers la sérénité d’une compagne de traitement, celle-ci pourtant plus amochée qu’elle.
Hélène Lépine aborde une réalité dure, sombre, contraignante, avec un style aux fortes empreintes poétiques qui appellerait normalement la sérénité si les circonstances n’étaient pas si étouffantes et le destin si lourd. J’ai fini par vouloir m’en échapper. Une si jeune femme, vivant trois deuils de cette ampleur qui doit se débrouiller sans compassion, sans appui, et même, tout au contraire, de l'hostilité. La lectrice que je suis avec ses humeurs du moment a éprouvé un vif désir de rouge. Un désir de vie, de lumière. J’étouffais, prête à me rendre les mains liées, détachez-moi, j’en ai assez lu. Un détail, mais qui ne m’a aidée, je me suis lassé de l’interpellation, « Mamboula » revenant inlassablement dans le texte, comme un mantra. À mes oreilles, cette interpellation a fini par frapper comme une plainte sur le mur des lamentations.
J’ai donc vécu une situation inconfortable : admirer cette prose poétique extra lucide, en même temps qu’opposer une résistance au côté affligeant du propos.
Je ne voudrais cependant pas laisser supposer que l’histoire stagne dans la mare du malheur, Toulouse évolue à travers ses cris et ses écrits, mais j’ai eu de la difficulté à m’en sortir, plus que le personnage, semblerait-il.
Danielle Laurin - Le Devoir fait un recensement admirable de ce titre qu'elle a apprécié.
Finaliste du Prix France-Québec
Où se réfugier ? Où retourne-t-on quand la vie est trop dure ? Dans la maison de son enfance ? Mais on n’y trouve pas toujours du réconfort, ça dépend de ce qu’a été notre enfance. Toulouse l’écrira avec des mots qui sentent la rancœur à plein nez, son enfance n’a pas été souriante. Elle en veut à ses parents de leur avoir offert, à ses frères et sœurs, l’absence, qu’elle a reçue en plein cœur « vous n’êtes pas assez importants pour que l’on arrête de voyager à travers le monde ».
Écrire un journal est un geste de repli sur soi, presque une nécessité en période intense de deuils. Ces confidences, Toulouse les adressera à Mamboula, un nom qu’elle a inventé, un être qui habiterait Casamance au Sénégal. La jeune femme en traitements de chimiothérapie doit enterrer sa vie de jadis. La grosse question qui sous-tend toutes les autres : a-t-elle encore le désir de vivre ? Pour désirer renaitre, il faut choisir de nouveau la vie. Elle doit se refaire, pas une beauté, une vie, autant physique que psychologique.
Ce journal nous fait suivre un pèlerinage ardu, douloureux, initiatique. Avoir besoin de s’inventer d’autres yeux pour voir la réalité d’une autre manière. Elle renoue avec ses souvenirs, par sa sœur et son frère qui résident encore la maison. Ce dernier est atteint de problèmes psychologiques sévères, et sa sœur et elle, sont en conflit. Rien qui puisse encourager le rebond d’une personne qui se bat pour la vie. Elle fuira les souvenirs qui affluent, partira camper dans le bois, reviendra, toujours aussi mal dans sa peau. Elle aborde la question de sa famille désunie, peu de solidarité, surtout du silence. Bien pire, un frère violent semble lui en vouloir d’habiter la maison des parents. Toulouse écrit ses émotions pour tenter de transcender sa douleur, voir plus clair, elle ira vers la sérénité d’une compagne de traitement, celle-ci pourtant plus amochée qu’elle.
Hélène Lépine aborde une réalité dure, sombre, contraignante, avec un style aux fortes empreintes poétiques qui appellerait normalement la sérénité si les circonstances n’étaient pas si étouffantes et le destin si lourd. J’ai fini par vouloir m’en échapper. Une si jeune femme, vivant trois deuils de cette ampleur qui doit se débrouiller sans compassion, sans appui, et même, tout au contraire, de l'hostilité. La lectrice que je suis avec ses humeurs du moment a éprouvé un vif désir de rouge. Un désir de vie, de lumière. J’étouffais, prête à me rendre les mains liées, détachez-moi, j’en ai assez lu. Un détail, mais qui ne m’a aidée, je me suis lassé de l’interpellation, « Mamboula » revenant inlassablement dans le texte, comme un mantra. À mes oreilles, cette interpellation a fini par frapper comme une plainte sur le mur des lamentations.
J’ai donc vécu une situation inconfortable : admirer cette prose poétique extra lucide, en même temps qu’opposer une résistance au côté affligeant du propos.
Je ne voudrais cependant pas laisser supposer que l’histoire stagne dans la mare du malheur, Toulouse évolue à travers ses cris et ses écrits, mais j’ai eu de la difficulté à m’en sortir, plus que le personnage, semblerait-il.
Danielle Laurin - Le Devoir fait un recensement admirable de ce titre qu'elle a apprécié.
Finaliste du Prix France-Québec
mardi 5 mars 2013
À vous la parole !
Comme je n’ai plus de voix (gros mal de gorge qui s’incruste), je vais vous donner la parole. J’étais allongée et tentais d’écouter « Plus on est de fous, plus on lit ». Même immobilisée, je n’y arrive pas. C’est une émission littéraire, coudonc ! Et je n’arrive pas à m’y intéresser. Probablement que certains segments viendraient me chercher, mais je n’ai pas la patience de tout écouter pour glaner cette potentielle substance. J’aurais dû m’en douter, le jour où l’animatrice a été reçue à Tout le monde en parle et qu’elle a peiné à nommer quelques titres québécois. Peiner, comme avoir chaud, parce que la question est ardue, indue, imprévue. Je comprends très bien que Plus on est de fous, plus on lit, ne se soit pas donné la mission du Passe-Mot, je ne lui demande pas ça non plus, mais de là à me sentir perdue quand je l’écoute. C’est peut-être moi, remarquez. Alors, voici qu’arrive la question, la première :1. Écoutez-vous Plus on est de fous, plus on lit, à quelle fréquence et sinon, quelle est votre émission littéraire préférée ?
Question ultime : On vous confie la conception d’une émission littéraire à la télévision ou à la radio, qu’est-ce que vous offririez pour qu’elle VOUS plaise ? (ça peut être une petite idée, qui vous semble même banale, pas obligé de grands concepts mais vous pouvez également vous éclater, ça coûte rien !).
J’ai numéroté les questions pour vous donner la possibilité d’en choisir une, deux ou dix. Allez-y avec celle ou celles qui vous interpellent cependant, si vous avez un petit effort à donner, ce serait pour la Question ultime (ci-dessus), je l'apprécierais. Je suis aussi bien de vous dire pourquoi. tiens. MaTV cherche des projets d’émission et je réfléchis depuis longue date à une possibilité d’émission littéraire. Ça rallierait mes forces, car après tout, les micros ne m’ont jamais fait peur avec ma formation de comédienne. Je dis, les micros ne me font pas peur, excepté quand j’ai mal à la gorge !
2. Quel livre avez-vous abandonné dernièrement ?
3. Quel est le titre qui vous a jeté à terre en cette dernière année ?
4. Quel est le titre que vous convoitez ces jours-ci ?
5. Est-ce que votre budget « lecture » augmente ou diminue ?
6. Est-ce qu’il vous arrive de commander un livre à votre bibliothèque ? Sous question : est-ce que ça se passe bien ?
7. Est-ce que vous avez un libraire préféré (pas une librairie ... un libraire !) ?
8. Quelle est votre dédicace la plus précieuse ?
9. Qu’est le livre le plus esthétique qui vous soit passé entre les mains ? Sous-question : l’apparence d’un livre compte-t-elle et compte-t-elle encore plus depuis la venue du numérique ?
10. Aimez-vous donner un livre en cadeau ? Sous question : Si vous l'avez fait dernièrement, est-ce que ça s'est passé ?
11. S’il y avait un mot pour décrire le lecteur ou la lectrice que vous êtes ? D’accord ... une phrase.
12. Est-ce que vous vous arrêtez au nom de la maison d’édition d’un bouquin. Pour vous, ont-elles une individualité ou est-ce du pareil au même ?
13. Est-ce que vous aimez entendre parler un auteur sur le livre d’un autre auteur ?
M E R C I !
vendredi 1 mars 2013
La fille qui n'existait pas - Denis Thériault
J’ai le trac, bien sûr que j’ai le trac, et si j’en parle c’est pour le traquer, afin qu’il disparaisse, que je puisse vous parler convenablement de ce roman que j’ai tant aimé. Un gros coup de cœur. Ce n’est pas la première fois que je trouve Denis Thériault remarquable ; l’Iguane et Le Facteur émotif, ses deux premiers romans m’ont frappée. Mais, pour moi, ce troisième est le meilleur. Pourtant, le titre me laissait indifférente et l’apparence du roman ne m’attirait pas. Heureusement que je connaissais l’auteur !Au début de ma lecture, j’étais remplie d’appréhension. D’après le résumé, s’y trouvait quantité de personnages hors norme, « étranges et fascinants » disait-on. Une squeegie, une prostituée muette, un ex-prof alcoolo, un nain exhibitionniste, le naïf, Mollusque, le dur à cuire, Frigon, Matsheshu, l’Indien et le fragile Ozzy que sa sœur, Aude (la squeegie) protège. Déjà, en partant, le lecteur sait qu’il va perdre ses repères. Pas trop... espérais-je, que je m’y retrouve à la fin. Oh que oui, je m’y suis retrouvée ! La fin est géniale, c’est à en pleurer, mais le chemin pour y arriver, tout autant.
Nous partons d’un lieu qui prend beaucoup d’importance tout au long de l’histoire, un immense bunker que des itinérants squattent, les personnages ci-hauts mentionnés en étant. Il y a des personnages plus importants que d’autres, Ozzy et sa sœur, ce que l’on réalise rapidement. Une fête se prépare pour Ozzy, dont c’est l’anniversaire, et l’événement laisse supposer qu’Ozzy est le personnage central. Il serait le centre de la tribu mais ne la dirige pas. Ce beau monde a conféré à Aude l’autorité, toute l’autorité. C’est une tribu, d’accord, aux liens tissés serrés, d’accord, mais pourquoi Aude en serait-elle la chef, plus que des personnages plus imposants ? Déjà, ce mystère, en partant.
Les mots « tribu », « bunker », « autorité », suggèrent qu’un danger menace, la vie est précaire pour des itinérants. Une vie quotidienne en apparence réglée au quart de tour se déroule sous nos yeux, chaque membre de la tribu s’acquittant d’un rôle dans ce bâtiment rudimentaire. Une mini société s’est organisée, jusqu’à ce que des éléments extérieurs viennent perturber ce semblant d’harmonie. Des menaces d’expropriation du bunker squatté et l’arrivée d’une femme qui fascine Ozzy. Cette femme commencera sa vie sur les murs du bunker, Ozzy crée des personnages, il est peintre. Ce qui perturbera grandement Aude, sa sœur. Par jalousie ? Par esprit de protection trop fort ? Ou est-ce une réelle menace ?
À partir de là, tout bascule. Je me suis demandé à un moment donné si l’histoire ne s’était pas transformée en haletant suspense policier. D’innombrables questions m’assaillaient mais, fébrile, je ne m’arrêtais pas pour les confronter. L’auteur a fait en sorte qu’il en soit ainsi. Il arrive à entretenir l’attitude que l’on a devant un rêve ; ne pas remettre en questions les personnages créés dans notre tête, les laisser agir selon leur propre logique interne.
Ce n’est pas pour rien que j’avais le trac, comment communiquer ce que j’ai ressenti devant cette histoire « à la poupée russe » pour ses couches soulevées, une à une, dévoilant une réalité autre que celle que je croyais ? Je conserve intacte l’intrigue qui repose sur des clés, ouvrant des portes, qui elles ouvrent d’autres portes. Vous allez dire que jusqu’à date, vous devez me croire sur parole. C’est vrai, je m’avoue prudente, ne prenant aucun risque d’en dévoiler trop, évitant à tout prix d’arracher le rideau exposant les ficelles.
Ce que je peux dire est que les amateurs de psychiatrie, dans ce qu’elle a de meilleur à donner, seront servis sur un plateau de symbolismes. Qu’une solide et sordide histoire de famille sert de trame de fond. Que les amants de symboles lourds de sens et faisant du sens seront projetés au septième ciel, encore plus s’ils sont ouverts à la mythologie.
Le style ? À la hauteur de l’histoire, ce qui n’est pas peu dire.
Un roman qui démontre avec force et imagination l’instinct de survie d’un esprit gravement perturbé et jusqu'où peuvent aller les aberrations d’un cerveau traumatisé. Si vous privilégiez les romans convenus où vous ne vous sentez jamais égarés, passez votre tour pour celui-ci.
J'ai trouvé une vidéo d'une trentaine de minutes où Denis Thériault est interviewé en profondeur par Caroline Le Gal. Il y parle du travail entourant ce roman. Il est très délicat, aucune intrigue n'est divulguée.
lundi 25 février 2013
De vague en vrac
RévoltantLe gouvernement conservateur a dépensé 55 135$ pour acheter 500 000 petits drapeaux canadiens. Ce montant dépasse la subvention accordée par Patrimoine canadien, en 2012-2013, à trois magazines culturels d’ici: Nuit blanche, Vie des Arts et Entre les lignes. Résultat indirect mais notable : Le magazine « Entre les lignes », (j’y étais abonnée) vient d'interrompre sa publication, faute de financement.
La critique littéraire
S’il y a quelque chose qui est questionnée, discutée, critiquée, c’est la critique. Avec ce qui est arrivé récemment au Passe-Mot, je suis à l’affût de toute réflexion sur la critique. Il y a des écrivains, dont Mylène Gilbert-Dumas, qui optent clairement pour ne pas la lire, ou d’en prendre connaissance par une personne interposée protégeant ainsi leur précieuse confiance pour les projets du moment. « Et quand on critique son oeuvre, ce sont ses tripes qui réagissent, pas son cerveau. Vient ensuite un effet imprévisible : l'écrivain se met à douter. Du coup, il n'écrit plus, de peur de décevoir un futur lecteur. Le nouveau projet est mis sur la glace le temps que l'écrivain retrouve sa confiance en lui". L’auteure conclut : "Finalement, les seules critiques dont l'écrivain doit tenir compte sont celles de son éditeur, de son directeur littéraire et de son premier lecteur. Tout le reste n'est que bla-bla bon pour l'ego dans le meilleur des cas, mais destructeur pour l'écriture en tant qu'acte de création.
N.B. : Sous le billet d'où j'ai tiré les extraits ci-dessus "Lire ou ne pas lire les critiques, telle est la question", il y a une intervention de l'auteure avec qui j'ai eu un démêlé récemment.
Tandis que d’autres écrivains font la tournée de la toile à tous les jours pour en découvrir la moindre ligne. Catherine Voyer-Léger, qui vient de sortir le carnet Détails et Dédales, les meilleurs textes tirés de son blogue est probablement de cette dernière catégorie. « Les critiques sont un public, mais un peu plus informé, spécialisé et cultivé que la moyenne (ne serait-ce que parce qu’ils en consomment plus que la moyenne ...). Se faisant il serait dommage pour les créateurs de faire complètement abstraction de leur point de vue. Il faut avoir la panse vraiment pleine pour se priver d’une telle richesse : un regard professionnel, informé, passionné et analytique. » Référence « La labeaumisation de la critique ».
Deux poids, deux mesures.
Des romans abordables
Vous n’oubliez pas que la maison d’édition Bibliothèque Québécoise (BQ) est là pour rendre accessible des titres de nos auteurs dans un nouveau format. En fait, BQ est l’initiative de trois maisons d’éditions : les Éditions Fides, les Éditions Hurtubise inc. et Leméac Éditeur, actuellement géré par les deux dernières ci-mentionnées. Ces nouvelles parutions rendent l'œuvre accessible de nouveau, puisque fait important, l'oeuvre est replacée sur les tablettes des librairies. Ce sont des titres qui datent de quelques années qui bénéficient d'une seconde vie. Dernièrement, cette maison d’édition a commencé à les porter à mon attention, je les porte donc à la vôtre :
- Les héritiers de la mine de Jocelyne Saucier 216 pages – 10.95 $ - En librairie le 21 février
- Qui a tué Magellan ? et autres nouvelles de Mélanie Vincelette 112 pages – 7.95 $ En librairie le 21 mars
Je ne sais pas si vous serez d’accord avec moi mais c’est toute qu’une sélection qui a été dévoilée aujourd’hui (25 février) pour ce 10e combat des livres à écouter à Plus on est de fous, plus on lit ! du 18 au 22 mars :
- Il pleuvait des oiseaux – Jocelyne Saucier – Défendu par Geneviève Guérard
- La fiancée américaine – Éric Dupont – Défendu par Dominique Lévesque
- Arvida – Samuel Archibald – Défendu par Bernard Landry
- Haminata – Laurence Hill – Défendu par Thomas Hellman
- La balade de baby – Heather O’Neill – Défendu par Brendan Kelly
mercredi 20 février 2013
Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul ? Pierre Szalowski
Je n’avais pas du tout peur de lire un roman avec un joueur d’hockey comme personnage principal, je savais que l’auteur transcenderait ce rôle pour rencontrer l’être humain derrière le joueur. En ce sens-là, je n’ai pas du tout été déçue. Et contrairement à la première fois que j’ai lu Szalowski, (Le froid modifie la trajectoire des poissons), je savais à quoi m’attendre, aucune déprime ou noirceur en vue, puisque l’auteur est un bonheuraturge.Martin Gagnon revient au bercail à Montréal, après un échange de club de hockey voici sept ans. C’était l’enfant terrible du club, un incorrigible fêtard qu’on s’est organisé pour évacuer de l'équipe. Il revient fièrement, comme si le temps s'était arrêté depuis son départ, désirant reprendre là où il a laissé avec les amis. Confiant, il arrive la veille de Noël, plus tôt que prévu, atterrissant à l’hôtel Régis, vide de clients. Le personnel l’attend de pied ferme, des consignes ont été données, aucun alcool n’entrera dans sa chambre afin d’éviter à tout prix qu’il fasse du grabuge.
Nous vivrons un vingt-quatre heures avec lui, les interactions ne manqueront pas avec les employés, la femme de chambre, le gérant, le groom. Le hockeyeur est énergique, rebelle, assez bourru et n’a pas l’intention de se laisser mener par le bout du nez par des êtres humains facilement manipulables. Mais ce que Martin Gagnon ne sait pas encore est qu’il va frapper son Waterloo en cette veille de Noël qu’il n’avait pas prévu de vivre seul. C’est lui qui se laissera finalement manipuler par un enfant de sept ans rencontré dans les couloirs. Les mystères s’éclairciront peu à peu, mais la nuit sera dense en décisions et en actions. On sortira de la chambre, ne serait-ce que pour aller sur la glace du forum, échanger quelques rondelles. Cette escapade nous fera rencontrer un chauffeur de taxi, Pierre-Léon, un gentil clin d’œil à l’auteur de Taxi la nuit.
L’ambiance est vaudevillesque, claquements de porte, rebondissements, déguisements, cachette, personnages et actions grossis, volte-face. Je n’ai pu m’empêcher de vivre l’histoire à peu près comme j’assiste à une pièce de théâtre. On parle souvent de l’instinct maternel dans les romans, cette fois, c’est de l’instinct paternel dont il s’agit. Grand bien nous fasse, me suis-je dit. Mais devant la mise en situation peu subtile, j’ai eu beau faire appel à ma réserve de candeur, l’émotion paternelle m’est apparue plus loufoque qu'attendrissante. Le ton humoristique est omniprésent et, bien sûr, comme à chaque fois, je réalise que le rire, c’est assez personnel. Veuillez tenir compte que je ne suis pas un bon public pour cet humour bon enfant de théâtre léger. Le rire ou sourire sont déclenchés assez souvent par l’effet de surprise, laquelle a manqué à l'appel dans mon cas. L’histoire m’est apparue convenue, malgré que Szalowski a l'intelligence de déjouer son lecteur à la fin.
J’ai grincé des dents en découvrant un épilogue très long et qui, d’après moi, outrepasse la définition d’épilogue. Il s’agissait plutôt de la continuité de l’histoire, une fois que la poussière du « 24 heures » s’est déposée. Peut-être que les amateurs d’humour me fustigeront mais j’aurais coupé dans l’histoire, la condensation a bien meilleur goût. Tout au long de ma lecture, j’ai pensé aux jeunes qui aimeront certainement cette histoire ou toute personne qui privilégie la détente, se distraire et entendre parler de ce sport sacré au Québec : le hockey.
dimanche 17 février 2013
La célibataire - India Desjardins & Magalie Foutrier
On m’a fait plaisir à Noël en me donnant la bande dessinée « La Célibataire », texte India Desjardins, dessin Magalie Foutrier. En fait, il me la fallait aussitôt que je l’ai tâtée à la librairie Raffin. Cet album exerçait (et exerce encore !) un attrait irrésistible sur moi par l'aspect extérieur : son format, sa couverture matelassée, ses pastels pimpants. C’est littéralement un coup de foudre !Je ne suis pas la clientèle ciblée, j’en suis plus que consciente, puisqu’il est question d’une jeune femme que l’on devine dans la vingtaine en quête du mâle idéal. On comprend rapidement que l’héroïne vient de se faire larguer par un bel étalon. La voilà de nouveau sur le marché de la drague, marché dont elle connaît les rouages par le coeur. La jeune femme fonce dans toutes les potentielles occasions de chasse à l’homme. Elle mise sur son enrobage, la voilà donc abonnée au Gym avec des attentes un brin farfelues.
Ces tranches de vie de La Célibataire nous sont présentées en une page, certaines fois, deux. Les planches débordent des situations de la vie courante de la célibataire, vivant sa condition à fond, et misant sur ses atouts extérieurs. Les inconvénients du célibat se transforment en de la matière à rigoler. La laissée pour compte tient absolument à ce que son ex sache qu’elle vit dans l’allégresse depuis leur séparation, ce qui donne lieu à de bonnes risées. Le principal thème de ces amusants sketchs est la résistance à la dépendance amoureuse. Le comportement extérieur de la belle est en complète contradiction avec son intimité en pleine détresse pour trouver un prétendant (ou un remplaçant !) le plus rapidement possible. Elle veut sauver sa face, principalement à sa propre face ! Bien entendu, il s’agit que tu sois célibataire pour que les couples heureux défilent dans ta mire 24 heures sur 24, ce que la couverture représente admirablement bien.
D’où me vient cette affection pour l’œuvre ? La présentation y est pour beaucoup. Et pourquoi pas, puisque le thème est justement l’apparence ! Dès le premier coup d'oeil sur la couverture, ensuite en découvrant l’album en le feuilletant, j’ai apprécié que soit poussé à fond le côté « filles ». On n’y va pas à moitié, c'est entièrement assumé, la meilleure manière de se démarquer est de pousser un genre dans ses derniers retranchements. Les clichés pleuvent et on les exploite sans vergogne. Encore là, le fait que les clichés soient assumés transforme le défaut en qualité. India Desjardins semblant connaître la matière sur le bout de ses doigts arrive à extraire le meilleur du cliché, c'est condensé et donc efficace, ce qui lui donne une force de frappe. Quand il y a un deuxième degré, qu'on se moque subtilement du cliché, je suis preneuse.
Le plus admirable dans cette bande dessinée est l’alliance parfaite entre l’auteure des mots et l’auteure des images. On ne saurait dire qui a influencé qui. On dirait vraiment, magiquement (!), que les illustrations sont apparues simultanément au texte. L’illustratrice a un talent fou d'avoir répondu à cette commande avec autant de brio.
Pour un public averti, prêt à se moquer du célibat au féminin.
mercredi 13 février 2013
Point d'équilibre - Mélissa Verreault
Je l’ai lu deux fois. Comme pour le film que l’on reconnait avoir vu mais dont on ne se souvient pas suffisamment, l’on tente d’attraper des petits bouts pour finir par le regarder au complet. À la différence près que dans Point d’équilibre, il y a onze histoires.
Ce n’est pas la première fois que le souvenir de nouvelles d’un recueil s’estompe, une nouvelle effaçant l’autre. Pourtant, j’ai trouvé la plupart de celles-ci excellentes.On entre directement dans chaque histoire, sans passer par le moindre portique*. Mélissa Verreault nous fait monter dans un train en marche, l’action est en cours, le personnage vit au sommet de ses émotions, lesquelles l’on voit par la suite se déployer, descendre ou monter. Les propos de l’auteure sont contemporains et s’y glissent des flèches visant adroitement nos travers de société. J’ai beaucoup apprécié le naturel avec lequel les personnages décochent des pointes acérées de sarcasme à point nommé : « De toute façon, l’espoir, c’est pour les gens qui croient que la vie a un sens et qu’en suivant la recette à la lettre, le succès est dans la poche. Ceux-là, ils n’ont jamais lu la théorie du chaos, trop concentrés qu’ils étaient sur les pages de leurs magazines de mode ».Le titre avec ses deux sens est tout simplement ingénieux. Dans certaines nouvelles, c’est le premier sens ou le sens premier : (il n’y a) Point d’équilibre et dans certaines autres, (où est le) Point d’équilibre ? Cela décrit bien les réalités déstabilisantes que l'auteure a désiré aborder chez ses personnages en mouvance. Presque chacune des nouvelles contient deux histoires imbriquées, tout en conservant la concision propre à une nouvelle et c'est, à mon avis, assez méritoire. En plus, les onze s’imbriquent entre elles, ne serait-ce que par un détail, lequel je n’ai pas toujours repéré à ma première lecture. Si je peux me permettre un conseil, à lire d’un bout à l’autre sans interruption !Je reviens à ce que j’ai déjà écrit, j’attends toujours la fin d’une histoire, les sens aux aguets, et même, parfois, avec une brique et un fanal. J’assène l’auteur de mes recommandations : tu as besoin d’avoir une fin qui ramasse tous les éléments mis en place sinon j’aurai la sensation d’avoir été menée en bateau. Autrement dit, une fin non gratuite. C'est avoué, je suis particulièrement exigeante pour les fins d’histoire et dans Point d’équilibre, il y en a onze ! Bien entendu, il y en a qui m’ont fait un peu maugréer. Disons que j’y ai moins détecté le point d’équilibre.Quand la fin est tragique à outrance, je me passe la remarque que j’aurais compris sans que l'on en mette autant. Ça fait un peu sensationnaliste. Mais comment leur (à la fin ou à l’auteure !) en vouloir, Madeleine, et Les Épaules d’Atlas ont le mérite de faire réagir. D’autres fins m’ont déçue sur le coup, mais en relisant la phrase finale qui ferme la parenthèse avec élégance et poésie, je me réconciliais. Mais, ce genre de fin s'estompe plus facilement : Over, 37½, Un grain de sel dans la mer morte.Étoiles de papier est celle dont je me souvenais le plus avant ma deuxième lecture. Peut-être parce que j’ai lu que Mélissa Verreault avait accouché de triplées et qu’on dit ce recueil empreint de son vécu : [...] peut-être à cause du fait que Anne trimbale une vie complète dans son abdomen, tandis que lui, tout ce qu’il peut transporter, ce sont leurs manteaux. Un père patère. La nouvelle, L’inconnu porte un thème fort, bien mené, la peur des inconnus est tangible, le style haletant, cependant la fin pourrait être le milieu.Dans l'ensemble de ces nouvelles réussies, au style dégourdi et critique, plusieurs personnages partent ou arrivent dans une ville, un pays ou une situation corsée. Ils sont passagers, l’on s’assoit à leur côté le temps de l'arrêt du train dans la gare, l’on décide ensuite de descendre ou de rester avec eux.Me voilà curieuse maintenant de lire Voyage Léger, le premier roman de l'auteure.Pour les amateurs de nouvelles, dont je ne suis pas vraiment, ne laissez pas échapper ce recueil.*portique : québécisme équivalant à vestibule.
samedi 9 février 2013
Demi Vrac, léger de préférence
Bon, je reprends la plume. Une pause s’est imposée, après un incident non négligeable, sous ce billet-ci (même plus le goût de nommer le titre !). J’ai répondu à une flopée de commentaires débordants d’encouragement pour moi et de surprise devant cette faute de jugement de l'auteure. Et je les en remercie encore, c'est en grande partie grâce à vous que je replonge légère. Paraitrait-il qu’après un accident, il faut se remettre en selle le plus rapidement possible, pour se faire du nouveau vécu j’imagine, même chose pour un incident. Allons-y aujourd’hui avec des sujets légers et plaisants !
De la grande visite
Cette histoire est tombée à un moment où je recevais de la grande visite, @Anne Desocreries. Je la nomme en ces pages, car elle est la lectrice laissant le plus de traces sous mes billets. C’est une fidèle qui se laisse voir. Elle vient de la France et ces jours derniers, je l’ai vue et entendue en « vrai ». Anne est venue visiter ce Québec, qu’elle chérit depuis toujours. Ces visites en chair et en os donnent de la consistance au virtuel, qui prend ses airs de réalité bien ancrée dans l’amitié.
11 à la dizaine
Zone d’écriture a lancé un défi aux auteurs, présenter leur table de travail par une photo accompagnée de mots. Importante participation des écrivains a fait que les jurys, incapables de trancher, ont choisi 11 finalistes au lieu de 10. Ce comité de jurys a confié la tâche à Mélanie Vincelette, éditrice de Marchand de Feuilles et au photographe Maxyme G Delisle, de trancher pour déterminer la gagnante. Celle-ci, Anne Genest a le coin de travail que je préférais, particulièrement pour la description qui l'accompagne. Qu’est-ce qu’elle gagne ? Un iPod Touch et de la visibilité.
N’aurait été de l’énergie déployée à gérer l’incident déplaisant, vous auriez déjà vu et lu la description de ma table de travail préparé exprès pour vous puisque je suis arrivé trop tard pour participer au Défi
Ma table s’allonge et plus elle s’allonge, moins j’ai de place. Deux lampes, une blanche et une noire, je me tiens au centre. Double sièges, sur l’un deux, j’ai assis mes dictionnaires, sur l’autre, je berce mes idées avant de les coucher. Au dessus de l’écran, une illustration de Benjamin Lacombe et plus haut encore, une carte reçue des Correspondances d’Eastman : « Un ami c’est parfois mieux qu’un livre. Heureusement qu’on peut avoir les deux » - Dany Laferrière. Sur un laminé à gauche, une dame blonde me regarde travailler. C’est moi à quarante ans. Sous l’horloge, celui que j’appelle mon planeur veille à ce que je survole la vie pour mieux en prendre la mesure. Vous voyez le cadre gris à droite ? C’est celui par qui tout commence et tout finit, Marsi, mon amour, qui admire la ville de Québec.
Fâché noir
Pour terminer sur une note purement livresque, et purement esthétique, Fâché noir de Stéphane Dompierre vient de sortir des Presses de Québec Amérique et c'est un très bel objet. J’ai réagi par des cris d’exclamation devant ce très beau travail graphique, pendant que Marsi admirait, le retournant de tous les bords et de tous côtés. Je trouve important de le souligner, car à mon avis, il est de plus en plus important que l’objet « livre » se distingue. Il a maintenant de la concurrence et une manière de l’affronter avantageusement est de nous faire de l’œil.
De la grande visite
Cette histoire est tombée à un moment où je recevais de la grande visite, @Anne Desocreries. Je la nomme en ces pages, car elle est la lectrice laissant le plus de traces sous mes billets. C’est une fidèle qui se laisse voir. Elle vient de la France et ces jours derniers, je l’ai vue et entendue en « vrai ». Anne est venue visiter ce Québec, qu’elle chérit depuis toujours. Ces visites en chair et en os donnent de la consistance au virtuel, qui prend ses airs de réalité bien ancrée dans l’amitié.
11 à la dizaine
Zone d’écriture a lancé un défi aux auteurs, présenter leur table de travail par une photo accompagnée de mots. Importante participation des écrivains a fait que les jurys, incapables de trancher, ont choisi 11 finalistes au lieu de 10. Ce comité de jurys a confié la tâche à Mélanie Vincelette, éditrice de Marchand de Feuilles et au photographe Maxyme G Delisle, de trancher pour déterminer la gagnante. Celle-ci, Anne Genest a le coin de travail que je préférais, particulièrement pour la description qui l'accompagne. Qu’est-ce qu’elle gagne ? Un iPod Touch et de la visibilité.
N’aurait été de l’énergie déployée à gérer l’incident déplaisant, vous auriez déjà vu et lu la description de ma table de travail préparé exprès pour vous puisque je suis arrivé trop tard pour participer au Défi
Ma table s’allonge et plus elle s’allonge, moins j’ai de place. Deux lampes, une blanche et une noire, je me tiens au centre. Double sièges, sur l’un deux, j’ai assis mes dictionnaires, sur l’autre, je berce mes idées avant de les coucher. Au dessus de l’écran, une illustration de Benjamin Lacombe et plus haut encore, une carte reçue des Correspondances d’Eastman : « Un ami c’est parfois mieux qu’un livre. Heureusement qu’on peut avoir les deux » - Dany Laferrière. Sur un laminé à gauche, une dame blonde me regarde travailler. C’est moi à quarante ans. Sous l’horloge, celui que j’appelle mon planeur veille à ce que je survole la vie pour mieux en prendre la mesure. Vous voyez le cadre gris à droite ? C’est celui par qui tout commence et tout finit, Marsi, mon amour, qui admire la ville de Québec.
Fâché noir
Pour terminer sur une note purement livresque, et purement esthétique, Fâché noir de Stéphane Dompierre vient de sortir des Presses de Québec Amérique et c'est un très bel objet. J’ai réagi par des cris d’exclamation devant ce très beau travail graphique, pendant que Marsi admirait, le retournant de tous les bords et de tous côtés. Je trouve important de le souligner, car à mon avis, il est de plus en plus important que l’objet « livre » se distingue. Il a maintenant de la concurrence et une manière de l’affronter avantageusement est de nous faire de l’œil.
mardi 29 janvier 2013
Finalistes au Prix des libraires du Québec
C'est tout frais, la cérémonie vient à peine de se terminer à La librairie Le Port de tête.
La Librairie Vaugeois, qui était vraisemblablement sur les lieux a eu la gentillesse de rapidement propager la nouvelle :
Les finalistes au Prix des libraires du Québec
Catégorie roman québécois
- Document 1 de François Blais (L'instant même)
- La fiancée américaine d'Eric Dupont (Marchand de Feuilles)
- Anima de Wajdi Mouawad (Leméac/Actes Sud)
- Mayonnaise d'Éric Plamondon (Le Quartanier)
- Hollywood de Marc Séguin (Leméac)
Catégorie roman hors Québec
- Les frères Sisters de Patrick DeWitt (Alto)
- La Vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker (Éd. de Fallois/L'Âge d'homme)
- Rue des voleurs de Mathias Énard (Actes Sud)
- Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
- En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle (Flammarion)
On ne devait certainement pas douter de La fiancée américaine dans les rangs.
Je prédis d'ailleurs ce titre lauréat, même si je ne l'ai pas encore lu !
Pour la catégorie "hors Québec", j'avoue que ça fait drôle de voir un titre de la maison Alto.
*** Une personne vient de me faire réaliser que ça adonne qu'il n'y a pas de femmes parmi les finalistes ***
La Librairie Vaugeois, qui était vraisemblablement sur les lieux a eu la gentillesse de rapidement propager la nouvelle :
Les finalistes au Prix des libraires du Québec
Catégorie roman québécois
- Document 1 de François Blais (L'instant même)
- La fiancée américaine d'Eric Dupont (Marchand de Feuilles)
- Anima de Wajdi Mouawad (Leméac/Actes Sud)
- Mayonnaise d'Éric Plamondon (Le Quartanier)
- Hollywood de Marc Séguin (Leméac)
Catégorie roman hors Québec
- Les frères Sisters de Patrick DeWitt (Alto)
- La Vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker (Éd. de Fallois/L'Âge d'homme)
- Rue des voleurs de Mathias Énard (Actes Sud)
- Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
- En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle (Flammarion)
On ne devait certainement pas douter de La fiancée américaine dans les rangs.
Je prédis d'ailleurs ce titre lauréat, même si je ne l'ai pas encore lu !
Pour la catégorie "hors Québec", j'avoue que ça fait drôle de voir un titre de la maison Alto.
*** Une personne vient de me faire réaliser que ça adonne qu'il n'y a pas de femmes parmi les finalistes ***
dimanche 27 janvier 2013
Salut mon oncle ! Marie-Paule Villeneuve
Une nouvelle auteure pour moi, et qui en n'est pourtant pas à son premier ouvrage. C’est rare que je le fais mais j’ai envie de me délester de la tâche de résumer en m’inspirant grandement du résumé de la quatrième de couverture : À peine sorti d’une cure de désintoxication et souffrant d’un amour déçu, le jeune et brillant Nicolas, 20 ans, part à la conquête du bonheur. Admis à l’Université de Montréal, il quitte le Saguenay et débarque chez son oncle bougon de 56 ans. L’oncle, Edgar, l’accepte seulement pour plaire à sa sœur (à noter, ce n’est pas un mot à mot).
Nous suivrons les péripéties de ces deux colocs de fortune qu’on peut difficilement plus disparates. L’oncle est un « vieux garçon » profondément enraciné dans sa vie d’ermite. Les seules courbes qui l’intéressent vraiment sont celles de la Bourse. Le jeune, malgré un vestige de peine d’amour réagit plus sainement, est ouvert, adore cuisiner, et veut faire de nouvelles connaissances.
Edgar est donc le personnage principal, ne serait-ce que parce qu’il est tout un numéro. En maugréant, il fera une place à son neveu, sa sœur y veille de près. Cette venue entraine de faire un sérieux ménage dans sa vie, à commencer par sortir son jardin d’orchidées de la pièce qui deviendra la chambre de Nicolas.
De fil en aiguille, sa vie sera bouleversée au grand complet. L’ermite fera entrer des femmes dans sa vie, des techniciennes sanitaires, qui feront place nette dans la maison et ses habitudes de vieux garçon. Il adoptera de meilleurs habitudes alimentaires, lui qui se nourrissait presqu’exclusivement de biscuits au chocolat. Il se fera un ami, Vézina. Il finira par sortir de chez lui, et régulièrement en plus. En parallèle, on suit la vie de Nicolas qui s’ouvre à une relation amoureuse avec un Indien.
Ce qui distingue ce roman d’un autre est le ton, sarcastique tout en gardant une légèreté certaine. C’est à prendre avec les qualités et les défauts d’une comédie de mœurs peu nuancée. La qualité est réjouissante ; allègement des situations lourdes du quotidien sous une plume ironique à souhait, le défaut est le manque de crédibilité, particulièrement au niveau du changement radical de l’oncle Edgar. Ce dernier passe, à la vitesse de l’éclair, de vieux garçon à homme équilibré et même charitable.
Cette absence de nuance, même sous le couvert de la comédie m’a laissé sur le quai. Ce qui ne veut pas dire que j’ai boudé certains bons moments de lecture, le rythme tenant la route. Amateurs de dialogues, vous serez ravis.
Fait plutôt sympathique, Marie-Paule Villeneuve fait plusieurs clins d’œil à nos romans québécois, c’est presque de l’ordre promotionnel pour « La canicule des pauvres » de Jean-Simon Desrochers.
Un roman pour les amateurs de mœurs contemporaines qui a plus de chance de plaire aux cœurs candides.
Ce titre est finaliste du Prix France-Québec
Nous suivrons les péripéties de ces deux colocs de fortune qu’on peut difficilement plus disparates. L’oncle est un « vieux garçon » profondément enraciné dans sa vie d’ermite. Les seules courbes qui l’intéressent vraiment sont celles de la Bourse. Le jeune, malgré un vestige de peine d’amour réagit plus sainement, est ouvert, adore cuisiner, et veut faire de nouvelles connaissances.
Edgar est donc le personnage principal, ne serait-ce que parce qu’il est tout un numéro. En maugréant, il fera une place à son neveu, sa sœur y veille de près. Cette venue entraine de faire un sérieux ménage dans sa vie, à commencer par sortir son jardin d’orchidées de la pièce qui deviendra la chambre de Nicolas.
De fil en aiguille, sa vie sera bouleversée au grand complet. L’ermite fera entrer des femmes dans sa vie, des techniciennes sanitaires, qui feront place nette dans la maison et ses habitudes de vieux garçon. Il adoptera de meilleurs habitudes alimentaires, lui qui se nourrissait presqu’exclusivement de biscuits au chocolat. Il se fera un ami, Vézina. Il finira par sortir de chez lui, et régulièrement en plus. En parallèle, on suit la vie de Nicolas qui s’ouvre à une relation amoureuse avec un Indien.
Ce qui distingue ce roman d’un autre est le ton, sarcastique tout en gardant une légèreté certaine. C’est à prendre avec les qualités et les défauts d’une comédie de mœurs peu nuancée. La qualité est réjouissante ; allègement des situations lourdes du quotidien sous une plume ironique à souhait, le défaut est le manque de crédibilité, particulièrement au niveau du changement radical de l’oncle Edgar. Ce dernier passe, à la vitesse de l’éclair, de vieux garçon à homme équilibré et même charitable.
Cette absence de nuance, même sous le couvert de la comédie m’a laissé sur le quai. Ce qui ne veut pas dire que j’ai boudé certains bons moments de lecture, le rythme tenant la route. Amateurs de dialogues, vous serez ravis.
Fait plutôt sympathique, Marie-Paule Villeneuve fait plusieurs clins d’œil à nos romans québécois, c’est presque de l’ordre promotionnel pour « La canicule des pauvres » de Jean-Simon Desrochers.
Un roman pour les amateurs de mœurs contemporaines qui a plus de chance de plaire aux cœurs candides.
Ce titre est finaliste du Prix France-Québec
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