Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

vendredi 21 septembre 2012

Lancement : Soleil en tête !


Vous imaginez la quantité de lancements auxquels je suis conviée, alors imaginez aussi que je ne peux réalistement me rendre à tous, malgré que j’aime sentir la fébrilité de la sortie d’un dernier bébé. Avant-hier, j’étais à un lancement, à Québec en plus ! C’est dire combien l’auteure est chère à mon cœur.

Quand j’ai commencé à la lire, je ne la connaissais pas du tout, elle se nommait Danaée. Je me suis approchée d’elle, mot à mot. C’était en 2006 ou en 2007, ce que je vais bientôt pouvoir déterminer en lisant Soleil en tête sous sa forme de livre. Ce dont j’étais certaine est de reconnaître en Danaée la grandeur et la luminosité d’une âme vaillante. Maintenant sa peau de Danaée tombée à ses pieds, elle laisse voir son sourire au grand jour et son nom d’auteure est Julie Gravel-Richard. Plusieurs le savent, mais j’aime le rappeler, elle a écrit l’excellent roman, Enthéos. Il faut savoir que lorsqu’elle a écrit Enthéos, en proie par l’urgence de dire, elle était au cœur de son traitement en chimiothérapie pour une tumeur au cerveau (gliome).

La tumeur de Julie est nichée dans une toute petite partie de son cerveau et a été détectée au huitième mois d’une grossesse, puis confirmée en mars 2002. Elle a sommeillé quelques années et s’est réveillée en 2006. C’est à ce moment-là que Julie a ouvert les pages de son journal sur le web, pour nous faire suivre au fil des jours, les aléas d'une minuscule tumeur dans son corps, et gigantesque dans sa vie.

Ce journal n’est pas l’idée du siècle, on en convient, c’est à la portée de toute main qui pioche du clavier d’épancher ses émotions en ligne. Mais Julie Gravel Richard n’est pas n’importe qui, par son style fluide et agile, c’est une écrivaine à part entière et, en plus, une personne qui a des valeurs solides. Bats en elle la ferveur de l’enseignante qui veut comprendre, afin de partager ses connaissances. Sans plaintes ni jérémiades, sa lucidité est un faisceau éclairant la maladie et la manière de la faire sienne dans le quotidien. Depuis que j’ai entrepris ma lecture, reculant dans le temps où je ne la connaissais pas, je comprends maintenant jusqu'à quel point son attitude face à la maladie n’est pas gratuite, comme j’avais tendance à le penser. Elle est acquise à force de discipline et, donc d’effort, puisque Julie est tout, sauf une personne qui se laisse aller. Elle s’est mise au diapason de certains principes de guérison qui agissent de l’intérieur pour rejaillir vers l’extérieur.

Mais si ce n’était que ça ! Personnellement, j’adore son côté pointilleux, son dressage de listes, ses descriptions des personnes qui la soignent, des traitements, ses questions pointues pour lesquelles elle obtient des réponses auprès de ses spécialistes ou son infirmière pivot. De ses humeurs, elle parle bien sûr, ce n’est pas un robot loin de là, mais la maîtrise qui s’en dégage fait en sorte qu’un constat ressort de ces écrits « nous sommes tous dans le même bateau ». Si, ensemble, tous les êtres humains arrivaient à communiquer ce qui arrive d’épreuves dans la vie, ou de difficultés, avec un ton aussi juste et précis, on se comprendrait et la compassion affluerait sur toutes les peaux, même les plus tendues.  

De cela, je suis certaine.

mercredi 12 septembre 2012

DRAGONVILLE, t.2 - Encre de Michèle Plomer

La librairie Vaugeois craque : "En 1910, Li le beau a quitté son amoureuse dragon et la Chine pour se retrouver sur un bateau en direction de Vancouver. Ce n’est pas facile d’être le seul Chinois en première classe sur un grand paquebot. En 2010, Sylvie ouvre sa boutique de chinoiseries, sauf qu’on lui met des bâtons dans les roues". (suite ....)

Vous ne pouvez pas savoir combien je suis admirative devant un résumé aussi efficace et juste. Je me sers de la plume de Marie-Hélène Vaugeois, par crainte de manquer de concision pour situer ce tome 2 de Dragonville. Lorsque je plonge dans cette histoire à longue haleine (il y aura un 3e tome), je m’engouffre dans le mystère, jusqu’à en perdre mes points de repère de commentatrice ... je suis d’accord avec vous, c’est bon signe !

Toujours la même tactique de l’auteure, les chapitres sont groupés par trois environ et alternent d’un siècle (1910) à l’autre (2010), d’un personnage, Sylvie, la Québécoise, à l’autre, Li, le Chinois. Li sur son bateau vise la terre, Sylvie de sa maison sur la pointe de L’Ancre vise la mer. Les ponts ont été jetés dans le tome 1, Porcelaine le lecteur commence à les traverser dans le 2, y avançant doucement le pied. On tente de tirer des lignes entre des points de repère, un profilage de moins en moins flou se dessine. La hâte est grande de voir le tableau en entier avec ses contours clairs, probablement lumineux. Mais pas question de brusquer le mystère qui aime prendre son temps sous la plume de Michèle Plomer !

Le grand-père de Sylvie était capitaine de bateau et ramenait de la porcelaine de Chine, que Sylvie découvre, comme des trésors dans des recoins de la maison ancestrale. Est-ce qu’ils contiendraient des messages encodés ? On passe aussi du temps dans la boutique de Sylvie qui s’installe à grands frais d’énergie. Manque de guigne son proprio lui en veut, et alléluia, la relation avec son ami d’enfance se précise.

Plane du mystère en 2010, mais jamais autant qu’en 1910, où Li joue sa peau. Même ambiance qu’au cœur d’un roman d’espionnage. Autant les chapitres de 2010 sont terre à terre et rassurants, malgré quelques intrigues, autant c’est sombre et inquiétant en 1910 avec les ennemis qui sourient, les couteaux qui volent bas, les menaces déguisés en gentillesses. Les sauve-qui-peut sont monnaie courante. Li doit jouer de sa beauté, cultiver l’art d’être imperturbable, sinon il est cuit. Il se prépare à son arrivée au Canada, marionnette intelligente obligé de manigancer. Heureusement, l’aide surnaturelle de sa bien-aimée plane au-dessus de sa tête. 

J’ai remarqué plus que jamais combien le style de Michèle Plomer est pointilleux. L’auteure approche son objectif du sujet, ou de l’objet, et le détaille minutieusement. C'est du petit-point ! Si elle était cinéaste, je gage qu'il y aurait plusieurs plans rapprochés. Un détail, dans les premières pages, j’ai remarqué que revenaient très souvent le « comme » ... comme pour appuyer le dire par l’image ! Cette répétition dilue l’effet et peut devenir agaçant. Mais plus j’avançais dans ma lecture, et plus le style s’allégeait de cette manie, l’auteure – ou moi ? – se laissant emporter par l’action.

Si votre âme voyageuse est aimantée par le parfum mystérieux de la Chine, êtes fasciné par le pouvoir de la beauté, que vous aimez les histoires qui vous enveloppent d'une brume ensoleillée, Porcelaine t. 1 et Encre t. 2 seront vos livres de chevet en attendant avec impatience le tome 3.

dimanche 9 septembre 2012

Le hasard et la volonté de Jean-François Beauchemin


C’est presque de l’ordre du cérémonial de prendre ce livre entre mes mains pour le commenter. Il est impossible pour moi de l’aborder comme un autre roman puisque peu de lectures me font cet effet : me sortir de la fiction pour entrer dans une vérité. Je ne prétends pas par là que Jean-François Beauchemin détient la vérité, mais il approche une vérité qui me console des faussetés de ce monde. Il m’arrive d’être en quête du roman qui me jetterait hors de ma vie pour en vivre une autre, de préférence plus palpitante. Mais quand je me décide à lire du Jean-François Beauchemin, c’est tout le contraire qui m’anime : entrer de plein fouet dans ma vie.

"Mais ça parle de quoi donc ?" Je laisse tout d’abord l’auteur vous répondre « J’écris presque à chaque page des choses à propos du temps qui passe, du corps, de la pensée, de la joie, des chiens, des étoiles, de la mort, de l’inexistence de Dieu. [...] Je suis plus discret que mes livres. Je ne suis pas aussi sûr qu’eux. Les sentiments des hommes sont complexes et embrouillés. Tout ce qui fait leur étonnement, leur peur, leur extase ou leur supplice est fugitif, mobile comme un visage.

Quel subterfuge a-t-il utilisé, cette fois, pour nous laisser entrer au cœur de ses pensées ? Les principes d’un homme, le narrateur, l’obligent à choisir le moment de quitter sa vie et il nous livre son journal quelques jours avant son irrémédiable Départ. Enfermé entre les quatre murs d’une prison, son esprit est libre comme celui d’un goéland volant au-dessus de sa vie. Il revient sur les événements marquants qui la composent – ou la décomposent. Et cet homme, drôle de hasard ou est-ce une volonté - a écrit La fabrication de l’aube, Cette année s’envole ma jeunesse, Le temps qui m’est donné. Rarement j’ai vu un auteur revêtu de la peau de son personnage parler de ses œuvres passées.

Il va quitter sa vie et cette femme qui la aimée et on comprendra tout au long de notre lecture que toute sa vie l’a préparé à sa mort.

Combien de fois ai-je suspendu ma lecture pour relire à voix haute afin d’entendre ces mots de l’intimité, pour favoriser une emprise sur cette réalité intangible. J’avoue avoir prié Marsi de lui lire certains extraits. Après quelques suppliques, il acceptait d’emblée, y prenant de plus en plus goût. Je savais choisir les passages pour son esprit scientifique, son imaginaire et son sens de la beauté jamais rassasié. D’ailleurs, ne jamais se rassasier de la beauté cultive un état heureux, ai-je conclu en lisant Le hasard et la volonté.

Le regard de Beauchemin porte haut vers la figure aimée, celle de Manon, sa compagne de vie. Moi qui aie souvent donné comme mesure de l’amour, la quantité et la qualité d’attention portée à une personne, me voilà confortée dans cette vision. Le regard panoramique de Beauchemin porté sur toutes les choses de la vie, peut viser celle qu’il aime, la traverser, la transpercer, sans jamais intervenir dans son espace, autrement qu’en lui offrant son intense présence.

Pour disserter aussi agilement sur la beauté de la vie et ses aspérités, l’esprit de Beauchemin génère de la reconnaissance qui, elle, fréquente de près la conscience. Qu’est-ce que la beauté ? Pas seulement une silhouette aux formes balancées ? J'ai compris à la suite de ma lecture que la beauté de la vie reviendrait essentiellement à voir le meilleur dans le pire : « Je m’étonnerai toujours du fait que la majorité des gens, lorsqu’ils songent à leur fin, se disent surtout qu’ils vont mourir au lieu de se rappeler qu’ils ont vécu »

Pour tous ceux qui n’ont jamais lu Jean-François Beauchemin, je commencerais par celui-ci. Il est un aboutissement. 

Le hasard et la volonté, Jean-François Beauchemin, Québec-Amérique, 176 p. Fév 2012



vendredi 7 septembre 2012

De vrac en vrac

La langue de Stéphane Dompierre
Je trouve que l’écrivain Stéphane Dompierre a une manière bien à lui d’exprimer ses opinions, sans ambages, d’une langue déliée, pas en bois. Il n’essaie pas de ménager la chèvre, le chou, et le navet. Le voici survolté dans ce texte où l’écrivain Français en prend pour son rhume !
(Si vous ne souriez pas au moins une fois, c’est que vous êtes un auteur français)

Le plus important pour un libraire
Qu’est-ce qui est important, ultra important pour une libraire ?
Le travail des écrivains bien sûr ! Si les écrivains n’écrivaient pas, il n’y aurait pas de métier de libraire. Une libraire, Mariane Cayer de la Librairie Daigneault de St-Hyacinthe partage sa vision du travail d’un écrivain en la journée de la fête du travail. Texte amusant. Les lectures de Prospéryne un blogue que je viens de découvrir et que je vais fréquenter sporadiquement.

La lucarne à Luneau redessiné par Marsi
Les pigeons se sont envolés du Pigeonographe. Décidément, Venise & Marsi sont maintenant ailleurs : Marsi, à préparer son Colis 22 et à brasser sa Salade d’amphibie, Venise à sortir ses opinions Chez Venise, et à viser plus de régularité au Passe-Mot ! Tandis que PG Luneau, lui, persistait à signer d’abondantes critiques et quelques chroniques, toujours à partir de sa mini lucarne, en bas, entre deux pigeons envolés. Cela n’avait aucun sens, il fallait remédier à cette injustice !

Alors la voici – depuis le 3 septembre – sortie des limbes, cette Lucarne à Luneau redessinée par Marsi (conseil, descendez votre curseur jusqu’en bas si vous visitez les catégories). PG Luneau ne se contient plus de bonheur et d’extase devant le travail de Maxime Jobin, également le webmestre de La Recrue, qui a prêté main forte à cette résurrection.

Quand un commercial n’a pas besoin de pub
Fred Pellerin, un de mes idoles fait de la pub. Ça pourrait être triste qu’il se vende aux plus offrants. Mais non, pas du tout, c’est loin d’être triste, c’est tendre, instructif, et humoristique. C’est tout lui, quoi ! Qu’est-ce qui me prend de faire de la pub à de la pub ? Parce que c’est notre conteur national oui, parce que ce sont les mots, ses mots, nos mots et à cause du Petit Robert aussi.



vendredi 31 août 2012

Depuis les cendres - Emmanuel Bouchard

Emmanuel Bouchard est un auteur qui vénère les mots, ça se sent. Assez souvent, les personnes qui vénèrent les mots sont portées sur la poésie et par la poésie, cette musique des mots.

J’aime ces styles empreints d’une délicatesse qui décrit la réalité en l’embellissant, maniant les mots qui ont du caractère et qui dégagent une odeur particulière difficile à définir. J’ai reconnu ce style chez Emmanuel Bouchard « Au passage » de son recueil de nouvelles paru en 2008. J’en ai gardé un assez bon souvenir pour ouvrir la main et prendre ce livre à la couverture recouverte d’un chandail de laine brune aux grossiers boutons.

C’est le chandail de son père et Hubert le porte, fier de se coller à celui pour qui il voue une admiration aimante, d’autant plus aimante, qu’il ne lui aurait pas suffisamment démontré ce sentiment pendant qu’il était vivant. Une émotion partagée par ô combien de personnes qui perdent trop tôt un être cher sans lui avoir rendu l’hommage mérité. Donc, rien de nouveau sous le soleil. Est-ce pour cela que j’ai avancé en compagnie d’Hubert éprouvant l’ennui d’une éternelle journée de pluie ?

Hubert tente de quitter sa peine en quittant la ville de Québec mais le décor seulement change, pas la morosité qui colle à lui comme une peau. Arrivé en France, cet être morose ne cherchant rien de particulier trouve ce qu’il ne cherchait pas. Un accident de parcours l’expulse de ses pensées qui, de toutes manières, tournaient en rond. La personne rencontrée souffre elle aussi d'un mal qui se mariera au sien, les deuils s’additionneront un à l’autre.

J’ai apprécié cette relation se déroulant sous mes yeux, un peu d'imprévu se faisait bienvenu, comme le soudain rayon de lumière passant à travers une vitre embuée. Mais tout est complexe et j'avais de la difficulté à compatir à ces personnes empêtrées dans leurs mares de misères psychologiques. Ma principale émotion était d'étouffer en lisant ce narrateur collé à son personnage. J’ai accueilli les courriels régulièrement expédiés à la famille comme de l'oxygène. Un bel astuce pour démontrer l'étendu et l’épaisseur du verni que Hubert présente aux yeux des autres.

Le roman se présente comme un journal d’un voyage en France mais surtout au cœur de soi, un soi assombri par la perte d’un être cher. On peut parler d’un bel hommage à un père, tellement le fils éploré nous le présente sous l’angle d’un homme solide et fidèle.

* * *
Nota Bene : Tenir compte que mon manque d'enthousiasme pour ce sujet n’a certainement pas aidé mon appréciation « Un roman sur le deuil, avais-je vraiment besoin d’en lire un, un autre ? » me suis-je répété tout au long de ma lecture.

samedi 25 août 2012

Yukonnaise - Mylène Gilbert-Dumas

Au retour de vacances en Gaspésie, quoi de mieux que de parler d’un roman que j’ai aimé !

La démonstration est une fois de plus faite que Mylène Gilbert Dumas sait m’intéresser à un personnage principal (réf. : L’escapade sans retour de Sophie Parent). Elle focalise son personnage, de tous les côtés et sous tous les angles, son regard d’écrivaine converge vers lui. Elle tient son objectif braqué sur son sujet et n’en dévie pas. Je crois que c’est là une grande force pour une romancière.

Pourquoi suis-je entré dans cette histoire sans vouloir en ressortir, pourquoi ai-je fait corps avec les émotions, les gestes et pensées de la Yukonnaise ?

Il faut le dire, le canevas entre les deux personnages est assez semblable, la Yukonnaise semblable à Sophie Parent dépassera la définition qu’elle se fait d’elle-même. Deux portraits de femmes aux contours flous qui, en vivant l’adversité, développent une force de caractère insoupçonnée qui vient préciser leurs traits.

Toutefois, la Yukonnaise m’a plus captivée encore parce que campée dans un milieu inconnu de moi, le Yukon. Ce personnage qui arrive en talons hauts et ongles vernis est une occasion en or pour le lecteur de découvrir un pays où la vie se décline sous le mode rudimentaire. Qu’est-ce qui retiendra cette jeune femme modelée depuis son enfance à la vie citadine où le confort va de soi comme l’air respiré ? L’amour pour un homme, vous vous direz peut-être. Je ne dirai pas non, même si l’histoire ne se résume pas à cette simple affirmation. Les thèmes variés se déclinent au pluriel : les élans de survie, le dépassement de ses limites physiques et psychologiques, le face à face avec le deuil, l’amour de soi versus l’amour de l’autre, la maternité, la débrouillardise, l’amitié entre homme et femme prennent des airs d’absolu dans cette extrême froidure et cette absence de luminosité.

Un pays idéal pour explorer la temporalité de la vie ; la durée en opposition avec la fugacité. Les visiteurs de cette contrée soutirent le meilleur puis s’enfuient quand arrive le pire. On fait connaissance avec les touristes, les résidents, les semi-résidents .... et les endurants. Ce sol, qui s’éclaire si brièvement à chaque jour, prête à la comparaison que la vie est passagère autant que la lumière, qu’elle se présente par cycles, la mort suivant inévitablement la vie. J’ai senti les protagonistes proches de ces réalités.

En plus de l’histoire étoffée d’une femme au cœur à apprivoiser, Yukonnaise est une captivante approche des mœurs et coutumes d’une contrée qui apparaît mystérieuse pour qui n’y a jamais mis les pieds. Et c’est sans l’ombre d’un doute que l’auteure, elle, y a mis les pieds, sa prose instructive et le regard pétillant qu’elle y jette sont là pour le confirmer.

dimanche 12 août 2012

L’amour n’est rien - Nadia Gosselin

Ce n’est pas le titre qui m’a attiré. Ni la couverture. C’est Nadia Gosselin. Son nom me rappelle à un bon souvenir « La gueule du loup », son premier roman.

En commençant à feuilleter L'amour n'est rien, je réalise que le roman se présente par des chapitres de longueurs variables qui me font tout de même penser à des clips. En enfilant quelques pages, ma pensée vole vers Petite armoire à coutellerie de Sabica Senez. Dans l’amour n’est rien, j’y retrouve également de l’amour réfléchi, des propos amoureux prenant la pose la plus élégante possible dans les circonstances où pleurent les mots. 

Cette histoire a tous les airs d’une histoire d’amour, pas racontée mais couchée de tout son long sur des pages blanches. Le lecteur tourne les feuilles du journal intime d’une femme prise d’envie de réveiller une vieille histoire d’amour. Elle nous confie tout de ses pensées, elle ne cache rien, et avec une rare élégance, elle partage son intimité, ses doutes, ses pulsions, ses désirs. M’a poursuivi la conviction qu’elle lui expliquait à lui, sa vision à elle. Que ces pages lui soient destiné à cet homme, qui se connait si peu qu’il ne se laisse pas connaître est intéressant pour l’aspect voyeurisme. La sensation est entière d’être à épier, entre les branches débordantes de feuilles, leur ligne de départ où vont s’élancer, ou pas, les deux amoureux. Vont-ils courir côte à côté, un va-t-il rattraper l’autre, un va-t-il bifurquer, ne voyant plus le profil de l’autre, ayant pris une trop grande avance ? Est-ce que du potentiel amoureux a absolument besoin d’un terrain d’entente entre deux circonstances de vie pour poindre ?

Je me suis imaginé que cette histoire était cent pour cent vraie. Et pour cela, elle m’a plu. Pas un retentissant coup qui fait débattre le cœur, plutôt de douces palpitations.

Mais l’amour n’est pas rien puisque s’il était rien, Nadia Gosselin ne laisserait pas couler autant d’encre pour lui : une fois ... deux fois ... et, qui sait, peut-être trois !

mardi 7 août 2012

La VRAComanie

Québec en toutes lettres
« Il peut très bien arriver qu’un livre soit un succès critique et commercial alors que son auteur l’a en horreur. » – Isaac Asimov. - - - Quel passionné de science-fiction ne connaît pas Isaac Asimov ! Du 11 au 21 octobre, le festival Québec en toutes lettres, à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort, mettra à l’honneur l’œuvre de ce prolifique auteur américain. Pour découvrir l’univers et l’œuvre de l'auteur, le festival a produit un dépliant intitulé Découvrir Isaac Asimov abordant les thèmes qui lui sont chers, ses œuvres, des citations, des suggestions de lecture. Disponible sur demande ou dans toutes les bibliothèques et les librairies de la ville de Québec.

Elle a 75 ans et se porte bien
Rares sont les maisons d’édition généraliste, Fides en est une et gère l'un des fonds les plus importants au Québec, aussi bien dans les secteurs de la littérature et des sciences humaines que dans les domaines religieux et spirituel. Elle publie annuellement une quarantaine de nouveautés, Yves Beauchemin et Louis Gauthier pour ne nommer que ces écrivains en sont. Pour ma part, je trouve toujours leurs livres attirants, tant au niveau des sujets que visuellement. Mon dernier titre en lice Comment améliorer mon médecin, écrit par un médecin de famille, le Dr Serge Goulet, et un psychologue, Dr Bruno Fortin. Attention, ce n’est pas un livre humoristique, il y aurait moyen de l’améliorer :-) ... en s’améliorant ! Je l’ai déjà entamé. À suivre ... Fides fête ses 75 ans en inaugurant un nouveau look (allez voir ça !) et une nouvelle collection de romans avec Les Suites pour violoncelle seul d’Eric Siblin.

Chante-la ta chanson
Écris-la ta chanson et on l’a chantera ! Si vous en avez une dans vos tiroirs qui s’ennuie dans le noir, sortez-la, chantez-la (juste pour voir si vos mots se chantent, pas besoin de composer l’air), et envoyez-la – avant le 10 août – à la 14e édition du concours national des paroliers 2012 ouvert à tous. Des bourses de 1500$, 1000$ et 500$ seront remises aux lauréats des trois meilleurs textes. Les règlements au : www.paroliers.qc.ca .

La tentation de Venise
Vous vous attendez à ce que je vous entretienne sur quelques livres auxquels je n’ai pas su succomber ? Détrompez-vous ! Je parle d’une expression transmise par mon ami PG Luneau, via Expressio, définition que j’ai librement modifiée à des fins de concision :

La tentation de Venise signifie la tentation de se consacrer à autre chose, de changer de vie. Quand j’ai appris que l’expression était récente, je me suis sentie moins mal de ne pas la connaître. Elle viendrait du titre d'un livre publié en 1993, que son auteur, Alain Juppé a écrit pendant une traversée du désert, juste avant de devenir ministre des Affaires Étrangères. Il s'y s'interroge sur l'utilité de consacrer sa vie au métier de politicien, alors que bien d'autres choses valent la peine d'être vécues ou considérées. Il y évoque, entre autres, la ville de Venise où il va volontiers se ressourcer, d'où la tentation de s'y replier définitivement et d'y oublier les duretés de la vie politique.

Bref, l’expression s'applique à ceux qui envisagent de passer de la lumière à l'ombre, afin de se consacrer à des activités moins contraignantes et stressantes que celles qu'impose la vie publique.
*
Chez Venise
Pour ceux et celles qui ne reçoivent pas mes textes de Chez Venise directement chez eux, j’apporte à votre attention Et si c’était vrai où je partage une réflexion toute personnelle sur la pertinence d'apporter une distinction entre le vécu et la fiction.

*Par extension, la tentation de Venise peut indiquer un souhait de changement de vie, qui peut-être aussi bien professionnel que personnel. Peut-être que la campagne électorale, qui bat son plein, vous donnera la Tentation de Venise !

jeudi 2 août 2012

Tous les corps naissent étrangers - Hugo Léger

Voici un titre qui m’a laissée mi-figue mi-raisin. J’y ai pourtant porté une grande attention, me disant même que je « devrais » être touchée. Mais je ne l’ai pas été. Un tête à tête avec un personnage est pareil au tête à tête amoureux, en cela qu’on ne peut forcer l’amour.

Ce tête à tête est avec Jean-Jacques Darrieux, un présentateur de nouvelles qui récolte un franc succès jusqu’à un certain jour ...(gardons le suspense). Il est un homme très soucieux de son apparence, Hugo Léger aborde abondamment le thème de l’apparence tout au long de son roman. Des circonstances amèneront monsieur Darrieux à quitter la vie publique pour œuvrer dans un florissant cabinet de relations publiques. Notre homme, très sûr de lui règne comme un lion dans une jungle où le plus fort écrase le plus faible. Il a pourtant jadis appartenu à la classe des plus faibles, né entre un père violent et une mère alcoolique. L’argent ne lui fait plus beaucoup d’effet, c’est le pouvoir qu’il représente qu’il l’émoustille. C’est un manipulateur qui nous explique fièrement ses manipulations. Pas très sympathique le monsieur. Même pas eu du plaisir à le haïr, en fait je lui ai réservé un sort beaucoup plus cruel : l’indifférence.

« Pourquoi cela n’a-t-il pas cliqué entre lui et moi ? » est bien sûr la question que je me suis posée. J’ai dû me rendre à l’évidence : je n’ai pas cru à ce personnage né de ce qui m’a semblé être un nœud de clichés. Je n’ai pas cru à cette enfance de souffrance dans une famille dysfonctionnelle, il m’est apparu en être sorti trop propre, trop lisse. Semblerait aller de soi son manque de cœur dans tout ce qu’il entreprend et en compagnie de toute personne qu’il côtoie. Une exception à la règle, la mère de son enfant, qu’il aurait aimé mais avec on ne le verra pas interagir. En fait, mon problème est que je n’ai pas entendu son cœur battre.

Ce qui m’a amené à me lier avec l'auteur plus qu'avec son personnage. J’ai cru comprendre que Hugo Léger a voulu que toute la vulnérabilité de son personnage passe par la présence d’un fils sévèrement handicapé, qu’il a placé et qu’il cache. J’imagine qu’il y avait là une symbolique, le fils nous étant présenté sous l'apparence d'un être végétatif, informe, monstrueux, que j’avoue n’être même pas arrivé à visualiser. Encore là, la sauce émotive n’a pas pris entre moi et la relation de ce père dépassé par ce qu’il éprouve pour son fils. Il essaie de définir l’émotion qu’il ressent, celle qui prend le dessus sur les autres, devant ce poids lourd âgé de 16 ans.

Monsieur Léger maintient un bon rythme, par un style empreint d’humour noir et froid, les mots grincent devant les travers de notre société. Peut-être, qui sait, éprouverai-je plus d’empathie à un prochain « tête à tête » avec un des personnages de cet écrivain à son premier roman.

Deux avis bien différents du mien, celui de Rémy Paulin et celui de Christine Champagne vous attendent au webzine La Recrue.

jeudi 19 juillet 2012

Quelque chose comme une odeur de printemps d'Annie-Claude Thériault

Béate est une jeune fille d’environ treize ans, et c’est à travers son regard d’adolescente que nous allons rencontrer sa famille : ses parents, qu’elle juge immatures, sa sœur, qu’elle juge automate et renfermée, son frère qu’elle traite de lémurien. Et, adolescence oblige, elle se croit invisible aux yeux des siens.

Béate est intéressante, son œil vif posé sur son entourage sait captiver un lecteur. Quand elle se met en action, on ne s’ennuie pas avec elle. Comme sa vie familiale laisse à désirer, elle se tourne vers la vie extérieure. Elle entretient avec une fille de son âge, Wu, Chinoise adoptée, une relation difficile à cerner, par l’étrangeté du côté créatif de son amie. Monsieur Pham, le propriétaire du dépanneur qu’elle fréquente, même s’il n’est pas de son âge, la traite comme une amie. Cette relation est si imprévisible qu’elle en devient attendrissante. Un Libanais, monstrueusement gros, un vrai ogre, laisse flotter une ambiance de conte. Si Béate désirait se sortir de la lourdeur de l’ambiance familiale, où les drames à répétition éclatent à cause de son frère qui disjoncte, elle se choisit des amis qui la garde loin de l’ennui !

L’auteure a choisi de raconter cette histoire de famille en 39 chapitres de longueur variable, coiffés de titres précis, et rassemblés en 3 parties, donnant au tout une impression de chroniques. J’ai découvert dans les chapitres brefs, d’une demie ou une page, une voix narrative qui pose un regard critique acéré sur l’histoire en cours. Cette voix plus grave qui laisse supposer que c’est toujours celle de Béate, je ne suis pas arrivée à l’apparenter à l’insouciante adolescente en action.  Ces quelques chapitres, je les ai vécus (ou lus !) comme des hachures. L’écriture y est pourtant irréprochable, peaufinée, presque métaphorique.

J’ai aimé les personnages atypiques de monsieur Pham et du très surprenant outre-mangeur libanais. Les descriptions y sont savoureuses et empreintes d’humour. Les relations familiales sont bien jouées, grâce à des dialogues justes, concis, laissant tout l’espace pour les non-dits. On reconnait bien là la famille typique qui subit les relations au lieu de les choisir.

J’ai cependant un bémol en ce qui concerne la mort tragique du frère. D’aborder la schizophrénie, vécue dans une famille des plus standards est intéressant ; cette maladie invalidante n’est pas une mince affaire. En faisant abruptement mourir le personnage, le sujet est escamoté. Pourtant, la situation était habilement présentée, plusieurs nœuds restaient à dénouer, dont celui des parents niant et cachant la différence de leur fils, hypothéquant sérieusement l’harmonie familiale. J’aurais aimé suivre jusqu’au bout ces deux soeurs qui tentent de s’adapter chacune à leur façon. En le faisant mourir, le lecteur est laissé en plan avec une amorce de situation. Je comprends le choix évident de l’auteur de placer en avant-scène Béate, mais à ce moment-là, pourquoi choisir une maladie aussi grave pour un de ses membres ? La schizophrénie risque de passer pour une anecdote, même en y intégrant la culpabilité post-mortem.

Dommage, car pour les rares fois où l’on ose aborder la maladie mentale, j’aurais aimé que l’auteure ne lâche pas le filon, puisqu’elle avait, à mon avis, le talent pour l’exploiter.
 

++++++


Quelque chose comme une odeur de printemps, Annie-Claude Thériault, Éditions David, 2012, 169 pages - un premier roman, repêchage au webzine La Recrue, encore une fois très bon numéro. Le titre sur la sellette commenté par 4 rédacteurs est ce mois-ci : Charlotte before Christ d'Alexandre Soublière  + repêchage vu par 2 rédacteurs Tous les corps naissent étrangers d'Hugo Léger + Les Cavaleurs de Fernand J. Hould + Rue Saint-Olivier, André Carrier + Les dieux divisibles d'Odile-Marie Tremblay (poésie) 

mardi 17 juillet 2012

Le Passe-Mot ouvre ses tiroirs

Avez-vous remarqué la nouvelle couleur de mes murs ? Je vous avais prévenu, mais ça éclabousse peut-être moins que prévu. Ce changement-là est cosmétique, ce sont les autres, comme toucher à la structure, qui furent exigeants.

Passer sept cents vingt quelques billets pour les classer en catégorie, à traduire en langage informatique par « libellés ». Quand j’ai commencé Le Passe-Mot en 2006, je ne savais pas ce que je faisais. J’inventais de fantaisistes noms de catégorie, sans en connaitre l’utilité exacte ni les répercussions. C’est hier que j’ai vraiment goûté aux répercussions ! J’avais trop de catégories, j’ai dû éliminer les moins pertinentes, ce qui ne se fait pas d’un coup de balai, mais par beaucoup de pitonnage.

Presque 720 billets à ouvrir pour modifier la catégorie. Et comment vous les présenter pour qu’en cliquant la catégorie dans la marge de droite, vous voyez défiler les textes s’y rapportant ? Je ne savais pas. J’ai dû réfléchir, tester, me tromper, puis réussir.

Et j’en ai profité pour mettre le feu à ma bibliothèque, ce que je voulais faire depuis longue date. Aviez-vous remarqué en bas de la marge droite, j’avais ce que je nommais « Fouillez dans ma bibliothèque » ? Elle devait comprendre tous les titres commentés. Peut-être joli comme ça, mais la bibliothèque amplifiant de jour en jour, son étagère devenait trop longue, et la bibliothécaire tannée de remplir des fiches. Pendant que l’on remplit une fiche, on ne lit pas et on ne commente pas !

J’ai réussi à colliger 25 catégories, j’aurais aimé moins, et me demande encore comment cela se fait-il que j’en ai autant, mais que voulez-vous, je dois vivre avec mon caractère qui aiment les commodes à plusieurs tiroirs.

J’aimerais ouvrir chaque tiroir avec vous afin de fouiller son contenu :

•    Ayez mes critiques à l'oeil : Mes commentaires de lecture de romans québécois uniquement
•    Biographiquement vôtre : Mes commentaires de biographie ou ouvrage à saveur biographique
•    Blogues : on en parle : Là où est abordé les blogues en général et le Passe-Mot en particulier, comme en ce moment. Mon voisinage avec la blogosphère, par exemple, réponse à un tag (défi que l’on se donne d’un à l’autre).
•    Correspondances d'Eastman : Tout ce qui concerne cet événement estival, d’année en année, mes comptes-rendus des Cafés littéraires.
•    De la BD pas pour les enfants : Les jours où je me sens assez d’aplomb pour un commentaire sans prétention sur la bande dessinée.
•    De ma plume je m'envole : Les textes de ma plume pour occasion spéciale, majoritairement en relation avec la littérature mais pas obligatoirement.
•    Du vrac, en veux-tu ? : Plusieurs sujets divers et divertissants dans la vastitude littéraire, et qui mène souvent à un lien. L’idée étant de piger dans ce grand vrac sans se faire croquer trop de temps.
•    L'exception fait la règle : Mes commentaires de lecture des romans hors Québec.
•    La langue, c'est dans la poche ! : Particulièrement, dans les premières années, j’abordais la question du vocabulaire et du bon français. Un tiroir que je n’ouvre presque plus.
•    La littérature se réfléchit : Quand on interroge, questionne les acquis, les mœurs, les habitudes, les incongruités. Comme notre littérature est un miroir de société, on ne peut manquer l’occasion d’y réfléchir.
•    Laissez-vous sonder : Quand je vous sens loin, chers lecteurs et lectrices, et que j’ai besoin de vous entendre. Quand vos réponses prennent le dessus sur mes questions.
•    Le film en livre et vice et versa : Je trouve intéressant ce transfert, ce pont qui nous amène voir comment d’autres personnes ont lu une œuvre pour en faire une différente. C’est fascinant pour la comédienne que je suis. 
•    Les pluies de Prix littéraires : Combien il y en a ! Incroyable. Difficile de tous les répertorier. Je me faufile entre les gouttes de pluies, et me mouille pour certains prix plus que d’autres.
•    Mon mari Marsi, bédéiste : Comment faire pour qu’il ne revienne pas dans ma vie, ce bédéiste qui l’emplit ? Comme il a les deux pieds dans le milieu, j’en parle.
•    Ne pas se priver du personnel : Le personnel prend parfois le dessus, pas trop souvent, puisque je me suis promis de respecter un mandat. Mon privé se confond savamment à la chose littéraire.
•    Passons aux Salons : Ils occupent de la place dans ma vie, c’est un lieu de rencontres et d’effervescence. Quand j’y mets les pieds, je ne peux m’empêcher de vous en parler.  Et vous semblez aimer, alors je continue !
•    Quand c'est pas du roman : La catégorie la plus mince, mais le restera-t-elle ? Pas sûre, car j’aime de plus en plus lire des livres documentaires.
•    Rajeunir : Quand il me prend une envie de lire de beaux albums jeunesse, pourquoi se priver ? C’est important de savoir qu’est-ce que l’on donne à lire à nos enfants.
•    Récréation : J’aimerais vous en offrir plus. De ces moments, assez souvent sous forme de vidéos, qui font sourire et tout oublier.
•    S'apercevoir en entrevue : Les entrevues écrites que j’ai eu l’immense plaisir d’avoir avec certains auteurs. Si ce n’était pas tant de travail,  j’en ferais plus. Encore là, maintenant que cette catégorie est clairement identifiée,  la curieuse que je suis devrais s’y remettre.
•    Saliver les lectures : La cérémonie qui précède le geste d’ouvrir la couverture, convoiter un livre,  dresser des listes, décliner des titres, les présenter, les annoncer, les égrener, perles d’un long collier.
•    Sous la couverture : Elle pourrait s’appeler « divers ». Touche le monde du livre, librairies, libraires, maisons d’édition,  va en-dessous, va voir ce qui passe sous la table. Le tiroir est bien rempli.
•    Webzine La Recrue (premiers romans) : C’est une sous catégorie, je m’explique. Chacun de mes commentaires de lecture se place sous « Ayez mes critiques à l’œil » mais lorsque je commente un premier roman, je rajoute cette catégorie. Ma critique est également publiée à La Recrue du mois, une vitrine panoramique des premières œuvres québécoises (plusieurs rédacteurs-trices en selle).  
•    À la page de l'actualité : Des infos qui passent et parfois reviennent. L’actualité a cela de sûre, elle est éphémère. Attention, s’y trouve des dates de péremption, ne pas prendre le passé pour du présent. 

J’espère que vous aimez mes changements et trouvez commode mes tiroirs cliquables.

vendredi 13 juillet 2012

Brathwaite - Isabelle Massé

Rarement maintenant je lis des biographies, celle-ci sera mon exception, jusqu’à la prochaine. Pourquoi ? Parce que j’aime Normand Brathwaite, ça pourrait être aussi simple que ça. Cette manière de parler de ses sentiments, sans pudeur, ne camouflant pas sa vulnérabilité, ça me plait. Mais si ce n’était que ça. Je suis intriguée, depuis longue date, par le paradoxe  que je sens en lui. Je n’arrivais pas à mettre le doigt sur ce tiraillement, me voilà mieux située.

Son métier exige de lui d’être extraverti, quand sa nature le porte à l’introversion, delà un pressant besoin de s’éloigner des autres, se rapprocher des siens pour recharger son énergie. Sa générosité hors du commun le mène droit à la reconnaissance, valeur qui l’a d’ailleurs convaincu d’accepter que la journaliste, Isabelle Massé écrive cette biographie, parce qu’au départ, il n’en était pas question. À Tout le monde en parle, on peut entendre et voir pourquoi il s'est laissé convaincre.  

Ma lecture m’a apportée beaucoup plus qu’escompté. Quand on aime un artiste, normalement, on le suit, à moins que ce ne soit Normand Brathwaite !  Il touche à tout, donne l’impression d’être partout, il est difficile à suivre, la preuve, lui-même éprouve de la difficulté à le faire !

La biographe commence par déterrer les racines ; mère québécoise, père Jamaïcain, frères aînés ; des jumeaux. Son enfance entourée d’une famille élargie (tante, grands-parents) tissée serré a fait l’homme qu’il est, c’est indéniable. Il y en a chez qui l’emprise de l’enfance est flagrante, il est un de ceux-là. Peut-être parce qu’il portait en lui, et porte encore, les traces du racisme par le blanc et le noir entre les murs du 4 et demi de la rue St-André.

Sa détermination pour étudier en théâtre, son inclination initiale pour le théâtre expérimental, comment il en est venu à bifurquer vers la musique, puis l’animation, ses amours, ses party, ses amis, ses maisons ... Certains seront peut-etre surpris d’apprendre qu’il se consacre à la réfection des maisons qu’il achète. Ça le relaxe. Comment gère-t-il son argent, quand il en a peu ou quand il en a plus, on va au-delà des blagues récurrentes à ce sujet. Son cheminement sur la voie de la publicité. Son plaisir de survoler la réalité terre-à-terre en hélicoptère, se laissant voler, flotter.
De tout ça, j'ai retenu que Normand Brathwaite est un homme qui surmonte quotidiennement des peurs viscérales.

Le monde de la radio à Montréal sera démystifié, surtout les exigences pour leurs « morning man ». Sa relation affective avec le métier d’animateur radio remplira plus de pages que celle avec Johanne Blouin (même si certains voiles se lèveront). Vous suivrez également les fils emberlificotés de l’histoire de ses départs de CKOI. Il y a moyen de lire  « entre les lignes », d’autant plus qu’il en manque à peine une ou deux !

Si vous êtes friand du milieu artistique au Québec, vous serez servis, puisqu’il a foulé tellement de scènes. Isabelle Massé est entré dans les coulisses avec lui, les a fouillé sans laisser de poussière dans les recoins. Vous n’avez qu’à écouter Normand B. en entrevue, il gratte le fond et les débris remontent à la surface.

S’il y en a un qui peut coiffer le titre de workaholic, c’est lui. Sa difficulté à dire « non » cache une insécurité difficile à déloger. Mais la vie le poussera à évoluer. Heureusement d’ailleurs, puisque je serais peut-être à commenter une biographie posthume, ce qui serait infiniment affligeant. De sa profonde dépression, on a eu des relents lors d’un gala où il a remercié sa psychologue d’être en vie pour recevoir son prix. Sa dépression fut grave, pas une pause obligatoire parce que surmené. Madame Massé ne l’aborde pas à la manière sensationnelle, ce n’est pas larmoyant, le ton est juste, sobre, respectueux. En fait, et il est temps que je le mentionne, le ton professionnel et entraînant qu’a maintenu tout au long Isabelle Massé est le fil d’or qui tisse bellement la matière première.

Il serait dommage de ne pas relever une des motivations de la journaliste à rédiger cette bio : le fait remarquable qu’un Noir ait imprimé sa couleur au Québec. Si phénomène il y a, c’est qu’on ne la voit plus sa couleur. De cela, il est fier, en même temps que reconnaissant vis-à-vis l’ouverture des Québécois. Quant à moi, après cette lecture, je lui donne tout le mérite. Son attitude est idéale pour favoriser cette harmonie, la lecture de « Comment travailler comme un nègre sans se fatiguer » pourrait vous en convaincre.  

Mes seuls bémols vont au début et à la fin. J’aurais déplacé le prologue « Tout survoler » pour le placer à la fin. Cette fin conclut plus que ne commence et grandit le personnage, et en plus, nous aurait donné un point final retentissant. Tandis qu'en fermant la couverture, on reste sur une frustration irraisonnée « C'est bien beau, mais qu’arrive-t-il maintenant ? ». Comme il n'y a pas de point final, on se demande pourquoi l’histoire ne continue pas ... comme la vie.  

mardi 10 juillet 2012

Vertigineux VRAC

Pas n'importe qui
Guy Delisle est au Québec (Chroniques de Jérusalem, Chroniques Birmanes, Pyongyang). Vous voulez le rencontrer ? Il s’offre à vous, derrière sa table de dessin (croyez-moi, toute table se transforme en table à dessin pour un bédéiste !) à la librairie Planète BD, samedi le 21 juillet à partir de 14 h 00 à .... Le ...  j’imagine que ça dépend de la file de fans !

S'il vous plait .... pas devant un écrivain !
Difficile à croire que ces phrases-là ont déjà été dites ou écrites ! Et pourtant, en me fiant à quelques exemple, avec mon Marsi, admettons que je suis obligé de le croire !

Un concours attrayant
Québec-Amérique est généreux avec ses lecteurs et lectrices avec une idée qui sent bon l’été. Passez par ici, cliquez « j’aime » (sur facebook), donnez votre nom et adresse courriel, prenez une photo de vous lisant un livre de Québec-Amérique, la partagez-la sur le mur (ou babillard) de Québec-Amérique et vous pourriez gagnez :

---l’ensemble des titres Québec Amérique de l’automne 2012, dédicacés par leur auteur. --- Pas mal, n’est-ce pas ?

Qui l’a lu ? Pas moi.   

"Le 21 mai dernier, dans le cadre de la Journée nationale des Patriotes, le Grand Prix littéraire de La Presse Québécoise a été attribué à Micheline Lachance sous la présidence d’honneur de Monsieur Jacques-Yvan Morin, ancien ministre du Cabinet Lévesque. Le Roman de Julie Papineau raconte une page de notre histoire, à travers les yeux d’une femme animée de passions amoureuse et politique étonnamment modernes".

Je ne l’ai pas lu, mais je devrais, il me semble. J’aime de plus en plus les romans historiques, même si l’expression à leurs sujets me fait bien rire: une page de notre histoire, quand ce sont souvent les romans qui ont le plus de pages !

Deux rééditions chez Alto
Les larmes de saint Laurent, deuxième roman de Dominique Fortier (Du bon usage des étoiles, La porte du ciel) est disponible en librairie depuis le 12 juin dans la collection Coda.
Parapluies, deuxième roman de Christine Eddie (Les Carnets de Douglas) également et cela depuis le 23 mai, toujours dans la collection Coda.

Je le mentionne d’autant plus que cette collection est plus économique (16.95 $ et 14.95 $), et tout aussi belle.

Où en suis-je ?
(en autant que je n’en suis pas au Qui suis-je ou Où suis-je ?) - En plus d’avoir terminé les trois romans apparaissant dans la bretelle de droite, j’ai également terminé :

Yukonnaise de Mylène Gilbert Dumas
Tous les corps naissent étrangers, Hugo Léger
Dragonville – tome 2 « Encre » de Michèle Plomer se termine ce soir.

Six commentaires à venir ! Je gagne un peu plus de temps à chaque jour, alors ça devrait sortir.

Blogger m’incite à changer l’apparence du blogue, car incessamment, ce sera obligatoire (encore du temps à trouver, dans une boite de souliers peut-être !). Alors, attendez-vous un jour, en arrivant ici, à vous sentir un peu perdus, comme après un déménagement.  Mais dites-vous que les murs seront changés, mais pas celle qui écrit dessus.

*** Photo de Guy Delisle relevée sur le blogue Atelier des médias

vendredi 6 juillet 2012

Elle et nous - Michel Jean

Deux mois après voir refermé la couverture de “Elle et nous”, que m’en reste-t-il ?

Avant tout, j’adore l’apparence du livre et l’illustration de sa couverture (œuvre signée Marike Paradis), d’une beauté fascinante. Je considère important de communiquer cette appréciation à l’ère du numérique. J'apprécie tellement l’objet « livre » que j’ai attendu de le trouver dans une de mes boîtes de déménagement avant de le commenter. J’avais besoin de le toucher, de le feuilleter, de le sentir. Et j’adore le titre, d'une justesse simple, c’est le son que je trouve génial. Quand j’entends « et nous », j’entends Innui, quand c’est de cette culture dont il est question. La grand-mère de Michel Jean, Jeannette Gagnon est d'origine Innuie. Ce prénom et nom adoptés en même temps qu’une vie hors des mœurs et habitudes apprises dans son enfance.

J’ai terminé l’histoire depuis deux mois et mon souvenir le plus vif va pour l’histoire de Shashuan Pileshish, signifiant Hirondelle, plus que celle de Jeannette, les deux étant pourtant la même personne ! Shashuan Pileshish est le prénom de l’enfant de la chasse et de la trappe, l’enfant nomade qui changeait de lieu en même temps que changeait la saison, l’enfant aux mœurs passionnantes.

Au cours de ma lecture, j’ai régulièrement pensé à Agaguk d'Yves Thériault, roman que j’ai tellement aimé. Je ne partais pas d zéro dans l’apprivoisement de cette vie palpitante, parce que dépourvue de toutes assurances. Dans cette vie, au meilleur des cas, on voit venir sa nourriture et son toit, une saison à la fois, au pire, un jour à la fois. Le demain est une promesse d’aventures, ce qui est tellement différent de notre vie actuelle où Bell Canada prétend que tu vis dangereusement si tes fils extérieurs ne sont pas couverts par une assurance !

Michel Jean a opté pour que Jeannette parle directement, comme si elle écrivait un journal sous nos yeux. Elle a 100 ans quand elle l’écrit, elle relate sa jeunesse. J’ai rapidement oublié que ce n’était pas la grand-mère qui écrivait. Quelle grandeur d’âme et d’amour il a fallu à son petit-fils Michel Jean pour s'infiltrer dans la peau de son ancêtre, arrivant à nous la rendre vraie ! On entre dans le cœur de cette enfant, vite transformée en jeune fille, et on s’y attache ferme. Faut dire qu’elle ne vit pas une vie ordinaire, tout y est passionnant, mais toujours l’être humain prend le dessus sur les moeurs et coutumes. Sachant l’auteur journaliste, on aurait pu y trouver des odeurs de reportage, mais que nenni ! C’est romanesque de la plus belle façon ; tellement vraie qu'elle ne peut être inventée et tellement bien inventée, qu'elle ne peut être vraie. On jurerait qu’il a épié la vie de son ancêtre entre les branches des années 1900 !

Je manquerais à ma mission de passerelle de ne pas faire mention que les chapitres se divisent en « ELLE » (Shashuan Pileshish, dite Jeannette) et en LUI (Michel Jean). Les « LUI » m’ont intéressée mais cependant moins marquée. Ils m'ont servi de points de repère pour les ELLE, une mèche allumée pour illuminer le passé. Et puis, évidemment, Michel Jean étant un personnage public, plusieurs s’abreuveront à la source biographique des LUI.

Est-ce que l’on choisit l’être qui nous appelle, en passant par nos sens, jusqu’à croiser nos sangs et faire naître des enfants ? Le roman aborde l'élan qui dépasse la raison, ce raison compris dans « raisonnable ». Dans ce roman, si vous l’ouvrez, votre cœur entendra une double histoire d’amour ; d'une femme à un homme et d'un petit-fils à sa grand-mère.

dimanche 24 juin 2012

Avoir besoin d'acheter un livre

Hier, j’ai vraiment fait un bon coup d’entrer à la librairie Monet. Faut dire que c’est toujours Marsi, mon bédéiste préféré qui m’y entraîne. Il est certain que dans ce lieu, il trouvera l’album de bande dessinée qu’il désire puisque le choix est faramineux. Bien sûr que j’en profite pour reluquer le présentoir de romans québécois, prenant plaisir à jauger la diversité et la quantité des titres. J’ai vu sur leurs tablettes certains titres québécois sortis depuis six mois, aussi bien dire le grand luxe pour les auteurs qui, assez souvent, voient leurs ouvrages trôner à peine trois mois. Mais il y a des librairies d’exception, et la librairie Monet en est une à Montréal, au même titre que l’est la librairie Vaugeois à Québec.

Je trouve difficile de mettre les pieds dans une librairie. Un genre de gageure que de feuilleter, lire les quatrièmes, dévorer les extraits de commentaires (les libraires en glisse dans certains volumes) et ne RIEN acheter. Ma promesse de lire le plus tôt possible certains auteurs, dont les livres me sont offerts par la maison d’édition, me retient fermement mais encore plus de savoir qu’on m’a déjà proposé le titre que je tiens en mains et que je n’y ai pas donné suite.

Hier, je tournais et retournais dans mes mains Mayonnaise d’Éric Plamondon. Il me faisait envie. Le temps de le dire, j’ai avalé deux chapitres et j'ai tout de suite été projetée dans l’instant de l’écrivain. D’un geste brusque et fier, je l’ai arraché à sa pile, brandi sous les yeux de Marsi en claironnant un fier « Je l’achète ! »

Est-ce que mon enthousiasme se lisait dans ma figure, un libraire m’a interpelé me disant que j’avais fait un excellent choix. Il avait aimé le premier titre, Hongrie-Hollywood Express et avait dévoré le deuxième, le déclarant même meilleur que le premier.

De plus en plus fière de mon achat, j’arrive au comptoir pour payer, la caissière attrape le livre, et tout en le feuilletant avec convoitise, me dit qu’elle avait adoré le premier, qu’elle brûlait d'entamer ce Mayonnaise. Je lui avoue que ce sera ma première rencontre avec l’auteur. On félicite mon audace de commencer par le deuxième, même si le premier est plus qu’excellent et qu’il a été en lice au Prix des libraires. Les deux libraires, parce qu’elles sont deux, aiment cet auteur et prévoient que Mayonnaise risque fort de se retrouver une seconde fois parmi la liste des finalistes l’an prochain. Celle qui s'occupe de ma transaction m'assure que c'est ce qu’elle a lu de mieux ces derniers temps et en me remettant mon livre avec un large sourire, elle bénit l’existence d’Éric Plamondon.

Les oreilles m’en bourdonnaient pour l’auteur ! Dans ces moments-là, je pense à ces êtres solitaires que sont les écrivains qui bûchent sur les mots, doutent, effacent, corrigent, écourtent leur nuit, grugent une part de vie sociale pour sortir leur histoire, sans savoir comment elle sera accueillie et même, parfois, si elle le sera.

Si je passe le mot, c’est pour eux qui travaillent avec acharnement, un an, deux ans, à tâtons e dans l’ombre. J’ai toujours une corde sensible qui vibre en pensant à eux et hier, j’ai particulièrement apprécié de la sentir vibrer pour reprendre le collier.

Car suspendre le fil de la rédaction d’un blogue, ce n’est pas une mince affaire pour le geste d’y revenir, parce que rapidement la vague de la vie te submerge, et tu ne sais plus où tu trouvais la force pour la traverser sans te noyer. Mais je retrouve le souffle, je retrouve peu à peu ma respiration, puisque je retrouve une routine dans ce nouveau chez moi. Et la routine, je le constate encore une fois, c’est le lit où repose la discipline.

Un peu en retard ... je souhaite une Bonne St-Jean à tous et en particulier aux auteures et auteurs.

= + + =
Pour ceux et celles qui suivent la chronologie de mes lectures, mon prochain commentaire de lecture portera sur Elle et nous, que je fais passer avant la biographie de Normand Brathwaite.

mercredi 13 juin 2012

Tsukushi de Aki Shimazaki

Je renais de mes cendres et de mes boites pour viser cette plaquette que j’ai lue depuis plus d’un mois. Presque deux. J’étais attirée par les plaquettes de cette auteure depuis longue date. Elles me faisaient envie pour le côté zen qu’elles dégagent. Je n’ai pas été déçue, ce roman est ce qu’il dégage.

On y entre comme on s’engage dans une pièce d’une grande quiétude qui porte à chuchoter avec l’impression qu’aucun éclat de voix ne sera toléré au cours de cette histoire qui, pourtant, pourrait faire vociférer une personne sans qu’on la croie excessive.

« L’amour passion ou l’amour raison ? » est la question dilemme de cette histoire qui la met en évidence à merveille. N’importe qui pourrait se retrouver face à cette option, sans trop le réaliser, comme le personnage principal, une femme des plus ordinaires.

L’histoire commence en toute limpidité, comme l’eau vive d’une rivière, mais vers la fin, le sable du fond est remué et embrouille la surface. L’auteure renvoie au lecteur le moindre détail de la vie de cette femme ordinaire vivant une vie ordinaire. Vu l’état de tranquillité et du peu de péripéties, j’ai fini par me dire, malgré mon intérêt et ma curiosité en éveil, que le suspense était mince. Mais ce n'est que la façade qui finira par se briser sans un bruit ou à peine un cri vite étouffé.

Les détails du roman perdure, je me souviens encore de la maison qu’habite cette femme d’un homme riche abandonnant son long état de célibat, pour la choisir elle parmi toutes, pour devenir sa femme, la maîtresse de sa vaste demeure et la mère de leur enfant.

L’écriture est pointilleuse, les phrases courtes et précises, aucun superflu, chaque mot a une direction et un angle, ce qui m'a fait penser à de l’art Feng Shui.

Paraitrait-il que l’auteure est régulière comme un métronome et qu'elle sort un roman aux deux ans. D’ailleurs cette histoire est le quatrième volet d’une série, ce qui n’y parait pas du tout, puisqu'elle est pleinement autonome.

J'ai hâte d'en lire une autre, c’est une lecture reposante, les émotions fusent à travers une épaisse feutrine mais n'en sont pas moins intenses.

J’avoue que j’ai pensé à l’écriture de Jacques Poulin tout au long de ma lecture. Par contre, celui-ci a des thèmes et une écriture plus tendres, mais tout aussi concise et précise.

* * *
Je viens de réaliser, via une recherche Google, que Jules se livre est férue de cette auteure.