Faites comme chez vous

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c'est recevant !
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vendredi 25 septembre 2015

Connaissez-vous David Goudreault ?

Je ne le connaissais pas. Ou à peine. Est-ce connaître quelqu’un que d’en entendre parler entre les branches : « C’est un slameur » « Il habite Sherbrooke » « Il est poète et parolier à ses heures » « Son premier roman "La bête à sa mère"* est dérangeant » et ... « Il se vend ! » * c'est La Recrue du mois !

C’est remarquable, un premier roman qui en est à sa quatrième impression, donc épuisé 3 fois ! On rit pu ! Ou plutôt, on rit à gorge déployée ! Je l’ai rencontré et il rit à gorge déployée mais pas nécessairement pour le succès financier du roman. Car ce succès-là, en chiffres, ça signifie tout au plus 10,000$ en poche. Tout n’est pas gagné et surtout pas la vie d’un jeune homme qui mord dans une vie moderne. Mais David Goudreault accepte les propositions connexes à son travail d’auteur et il fonce. À ce titre, il est aujourd'hui chroniqueur pour Ici Estrie Radio-Canada. Pour ce faire, il se promène continuellement avec un mini dictaphone et attrape toutes les idées qui risqueraient de s’enfuir, sinon.

J’en ai conclu après cette causerie de plus d’une heure qu’il est un être généreux. Et la générosité, c’est un boomerang, ça reviens. En autant qu'on ne le fasse pas pour ça. On pose des gestes parce qu’ils sont l'enchaînement naturel d’un autre geste et on n’attend surtout pas de résultat immédiat. On laisse à la graine du « temps » l'espace pour pousser dans la terre friable. C’est un être croyant, il l’a affirmé sans aucune gêne. Il ne sait pas exactement à qui ou à quoi il croit, mais il est fondamentalement certain qu’il y a un « plus » et que ce « plus » harmonise et compile les gestes gratuits et puis les fait fleurir. En tout cas, je l’ai compris comme ça. C’est matière à plusieurs interprétations quand on croit, même quand on ne sait pas à qui et à quoi ! J’ai aimé l’idée de croire au geste de croire en soi. Il me semble que c’est encore plus fort.
Cette rencontre a eu lieu à Magog le 12 septembre et j’y ai assistée, que dis-je, participé, au très convivial salon Chochoco*. L’homme s’est entretenu longuement et intimement devant une quinzaine de personnes. Sous l’invite tacite de Marion Transetti (Austin tout va bien), la responsable de cette rencontre, cette rencontre s’est rapidement transformée en causerie où chacun y allait spontanément de sa question ou de sa remarque. Elle a en effet accordé carte blanche à chacun, nous faisant remplir une feuillet avec des commentaires, conseils, questions. Chaque personne s’est mouillée, et remouillée car plusieurs – dont moi, ont posé d'innombrables questions. 

Ça fait deux semaines que j’y ai assisté (déjà !), je n’ai pris aucune note mais j’ai été assez frappé pour me souvenir de quelques réflexions. La liberté qu’il a trouvée dans le roman est précieuse pour le slameur qu'il est. Il a pu aller loin dans le comportement de son personnage principal justement parce qu’il ne parlait aucunement en son nom. Tandis qu’il a conscience de porter une certaine responsabilité de chacun de ses mots via la poésie et le Slam.
Une personne de l’assistance, qui semblait le connaître lui a demandé comment il se sentait depuis ce succès. Par la question, il y avait une manière de suggérer qu’en n'oeuvrant plus comme travailleur social, il y avait une part de sa responsabilité d’aidant éclipsée ; Comment le prenait-il ? C’est avec plaisir que j’ai entendu qu'il considère que grâce à sa tribune de romancier, il peux rejoindre encore plus de personnes. Il pousse un soupir de soulagement « Enfin ! ». Il est clair que cet homme est convaincu qu’il a à apporter un message ressemblant à un témoignage. Ce que j’ai remarqué et tout de suite aimé, il le fait à la manière d'un témoin, sans aucune prétention. J’ai senti la mission qui dépassait l’égo de l’homme. De toutes manières, si ce n’était pas le cas, le succès ne serait pas aussi marqué.

Vous savez que le deuxième (la suite du premier) est écrit ? Non ? Eh bien, je suis contente de répandre cette bonne nouvelle. Et même le troisième tome serait prévu. Sa créativité est effervescente. Quand on y pense, il jongle avec plusieurs paroles : celle du poète, du slameur, du parolier, du romancier.

Un point m’a frappé, c’est son rire et sourire quand il nous raconte les anecdotes horribles du roman ou celles tirées de son (ex) travail social. Ce sourire dénote la distance qu’il a avec son personnage, il en est assez détaché pour se permettre d'en jouer et d'en jouir. Pour jongler, il lance les balles et les rattrape avant qu’elles ne tombent et sourit à belles dents. De loin, sans l'avoir vu, je vous permets cette question : serait-il sadique ? Pas une miette ! C’est un joyeux, un heureux, un reconnaissant. Il ne cache pas qu’il en a bavé un coup dans sa jeune vie (il ne s’étend pas sur ce sujet probablement parce qu’il la transcendée), c’est clair qu’il a trouvé la voie pour s’en sortir et qu’avec sa voix particulière, il nous l’indique, avec ou sans musique.

Évidemment qu’un être qui a fait chanter les mots avant d’écrire son premier roman a des chances de les faire défiler enchanteurs. S’il y a une personne qui pouvait aborder de front un personnage aussi dur, aussi déroutant, aussi délinquant que son personnage (mozaille, que j’ai hâte qu’il lui donne un nom ! – au deuxième, dit-il), c’est lui, David Goudreault. Ne mettez surtout pas ce personnage entre les mains de n’importe qui!).

Bref, cet auteur ne se prend pas pour un autre, il se prend pour plusieurs autres ; des  personnages ancrés dans la matière lourdement humaine.

Café Bistro avec salon à multiples vocations
259 rue Principales Ouest - Magog

dimanche 15 mai 2011

Voulez-vous la connaître ?

Outre la littérature, quelles autres formes artistiques vous intéressent?

La musique la peinture la sculpture la danse le théâtre m’inspirent pour écrire. Les créateurs surtout. Leur démarche. Je lis beaucoup de biographies. Dans la vie des créateurs il y a toute l’œuvre en substance. On a dit que la forme de La Dévorante empruntait au cubisme. Je suis d’accord. L’histoire est dévoilée en éclats. Chacun des 95 fragments (dé)compose l’image figée que la narratrice a d’elle-même. Comme pour ces femmes assises de Picasso.

Quel est l’auteur dont vous avez lu tous les livres?

La liste est longue. Je n’arriverai pas à choisir. Quand j’aime un auteur je lis tout. Ça commence au collégial avec Balzac et Albert Camus. Après il y a Anne Hébert Anaïs Nin Simone de Beauvoir Marie Cardinal Marguerite Duras Tahar Ben Jelloun Christian Bobin Esther Croft Jacques Poulin Dany Laferrière. Je suis boulimique de lecture.

Avez-vous fait lire votre manuscrit à des proches avant sa publication?

Je veux bien les nommer ici parce que j’ai oublié de les remercier dans le livre. Pierrette Denault et Bruno Lemieux. Sans eux j’aurais avorté encore une fois. Ils m’ont lue au quotidien cet été-là. Ils ont calmé mes angoisses. Fait taire le Grand Doute. Le temps d’en finir avec les pages à écrire. Je travaille en ce moment un deuxième roman. Je dois me faire violence. Pour ne pas abuser de leur gentillesse encore une fois.

Qu’est-ce que l’écriture vous apporte? Quelle est sa place dans votre vie?

L’écriture donne un sens à ma vie. J’ai besoin d’écrire. Je ne peux pas passer une journée sans le faire. Toujours il y a des phrases qui s’écrivent dans ma tête. Enfant j’avais l’impression que ma vie était un film j’étais vue à l’écran. Plus tard j’ai commencé à tenir un journal intime. Pendant des années je n’ai pas su faire la différence entre vivre et écrire. La vie est un roman il me semble. La mienne en tout cas. Dans ses Lettres à un jeune poète Rainer Maria Rilke pose cette question essentielle devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ça a été longtemps ma seule certitude.

Y a-t-il une citation que vous pourriez considérer être comme votre maxime?

Rilke toujours. Cet extrait que je peux réciter de mémoire. « Un an ne compte pas : dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps sans craindre que l’été ne puisse pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout. »

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui ont l’ambition d’écrire et aimeraient être publiés?

Un an ne compte pas. Dix ans ne sont rien. Il faut savoir compter avec le temps. Patience est tout. Et ne jamais se laisser décourager. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis. Écrire ce n’est pas une partie de plaisir. Même si c’est bon. Les heures assises devant l’écran sont exigeantes. Comme le disait Boileau Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Le texte n’est jamais fini. Même si la publication est une belle récompense il n’y a jamais rien de gagné. Un nombre considérable d’œuvres sont publiées chaque année. Être lue par quelqu’un de parfaitement inconnu pour moi c’est ça le vrai miracle. J’étais loin de me douter que j’y prendrais goût autant.

Cette dame pétillante et toute en franchise, c'est Lynda Dion, notre Recrue du mois de mai. Lucie Renaud lui a proposé 40 questions, elle a choisi ces 6 ci-dessus. Et en plus d'avoir écrit La Dévorante et d'être déjà attelée à son deuxième, imaginez-vous, elle a une vie :-) ...
... habite les Cantons-de-l’Est, où elle enseigne le français. Elle est également fondatrice du concours littéraire Sors de ta bulle! qui, chaque année, permet à de jeunes lauréats du secondaire de publier une première oeuvre.
Ma critique de La Dévorante demain, mais si jamais vous ne pouviez attendre jusque là, nous sommes le 15 du mois ..

mardi 25 mai 2010

Mieux me connaître

Je reçois de temps en temps de telles demandes
"Je m’appelle Lucie et je suis étudiante en master 2 médiation culturelle. Je fais un mémoire sur la lecture sur internet, et dans ce cadre j’aimerai vous poser quelques petites questions (en pj). Si vous vouliez bien y répondre, je vous serai très reconnaissante ! Les réponses resteront anonymes".
Je l’ai reçu le 11 avril et j’ai pris le temps d’y répondre le 16, en profitant pour poser quelques questions : À quelle université étudiez-vous ? Comment avez-vous trouvé le Passe-Mot (si c'est le Passe-Mot qui vous a mené à moi !) ? Quelle a été votre première impression du Passe-Mot de Venise ? Combien de blogues avez-vous contactés ? Quel pourcentage a accepté de vous répondre ?

Je n'ai jamais reçu de réponses, même pas eu le droit à un « Merci » pour les réponses à ce questionnaire (vous le verrez !) pour le moins élaboré. Alors, j’ai décidé de vous l’offrir !
VOUS
1. Pouvez-vous vous présenter brièvement ? (sexe, âge, ville, diplôme, profession)

Venise Landry, mère de 56 ans qui a 2 garçons. J’habite Eastman depuis 5 ans, le village des Correspondances. Je suis originaire de Montréal. J’ai exercé plusieurs métiers : coordonnatrice, "relationniste", réceptionniste, téléphoniste, service à la clientèle, et pour la plupart des mandats dans de modestes organismes culturels ou communautaires. Membre de l’Union des artistes, je suis aussi comédienne. J’assiste mon conjoint dans sa carrière d’auteur, illustrateur et bédéiste.

2. Depuis combien de temps tenez-vous un blog de lecture ? Au magazine Voir, ça fait 5 ans que je tiens un blogue, tandis qu’au Passe-Mot de Venise, carnet de littérature québécoise, ça fera 3 ans dans quelques jours à la journée mondiale du livre, le 23 avril. Pendant les 6 premiers mois, c’était le blogue officiel des Correspondances d’Eastman. Il devait être tenu par plusieurs rédacteurs mais personne n’est venu me rejoindre et ma plume a couru en solitaire. Comme Les Correspondances d’Eastman n’est (malheureusement !) pas actif toute l’année, on pensait fermer le blogue. J’ai eu peur que les efforts investis se perdent et qu’à chaque année on doive repartir à zéro. On m’a alors chaleureusement encouragé à faire cavalier seul. Je ne l’ai pas regretté puisque de toutes manières, je couvre les Correspondances d’Eastman dans son avant, pendant et après. Je tiens à préciser que Le Passe-mot de Venise s’est ensuite donné la mission de couvrir la littérature québécoise. Je fais aussi partie du blogue collectif de maintenant onze rédacteurs, La Recrue du mois, une vitrine pour les auteurs québécois qui en sont à leurs premières œuvres.

3. Quelle est votre fréquence de publication (par semaine) ? Auparavant, je publiais un billet au deux jours et maintenant, je tente d'y arriver au trois jours !

VOTRE RAPPORT A LA LECTURE
4. Avez-vous toujours aimé lire ? Oui, toujours. Quel est votre rapport à la lecture ? Je tourne les pages de mon imaginaire en même temps que les pages du roman ! Mon cinéma intérieur entre en activité. C’est un tête-à-tête intime de moi à une autre personne. Ça calme un peu mon immense appétit des mots, pour la foi que j’ai en eux, que des phrases clairement émises débroussaillent la pensée, la stimulent jusqu’à la faire surgir. Sans les mots qui se forment dans une tête, est-ce que la pensée existerait ? Les mots sont le véhicule de notre monde intérieur. Je rajouterais que les mots écrits pèsent plus lourds que les mots à l’oral.

5. Combien de livres lisez-vous par mois ? 6 à 7 livres.

6. Avez-vous participé à un forum de lecture auparavant, ou à toute autre activité littéraire ? J’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture collective avec un dramaturge. J’ai pris des cours de scénariste, de recherchiste à l’école Parlimage. Encore récemment, j’ai pris un stage d’écriture avec le romancier de polar, André Jacques. Et j’ai aussi fait partie d’un club de lecture classique pendant environ un an.

7. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer un blog littéraire ? Le Passe-Mot de Venise est une demande qui est venue de l’extérieur (cf. question 2) mais pour le blogue au magazine Voir, le ressort intérieur qui m’a fait plonger est ma participation et celle de mon mari à un concours de nouvelles. Les 100 textes finalistes dans 5 catégories (général, humour, érotique, polar, essai) ont été mis en ligne afin que les lecteurs du Voir les commentent, le texte de mon mari y était. J’ai commenté les 100, à raison de 1 à 2 par jour pour arriver dans les délais. C’était la première fois de ma vie que je faisais cet exercice, et je recevais des « feedback » d’une part de l’équipe Voir, sous forme de points, et d'une autre autre part, des lecteurs qui votaient pour les meilleurs commentaires de lecture. Cet exercice m’a guidée et m'a permis de m'améliorer. C'est pendant ce cheminement que j’ai développé la passion de m’y adonner.

LA BLOGOSPHERE LITTÉRAIRE
8. Que pensez-vous de la blogosphère littéraire ? C’est un club de lecture à hauteur planétaire ! La lecture n’est plus une activité en solitaire, on s’encourage, se consulte, se conseille, et j’ose croire que les écrivains savent plus ce que l’on pense de leur oeuvre. Ils ne reçoivent plus seulement les échos d’intellectuels croyant qu’ils possèdent LA vérité.

9. Quels sont vos rapports avec les autres membres ? On se fréquente assidûment, c’est joyeux, c’est plus que respectueux, c’est chaleureux. On y fait preuve de courtoisie. Il arrive qu’on laisse un bref message seulement pour dire qu’on est là, pour éviter que le blogueur-euse pense qu’il ou qu’elle parle dans le néant cybernétique ! Et comme dans la vie, on choisit nos amis par affinités, même chose dans la blogosphère littéraire !

10. Les avez-vous déjà rencontrés ? Si oui, combien de fois et à quelle(s) occasion(s) ? Nous aimons bien se voir le bout du nez et s’amuser : rencontres dans les Salons du livre, piques-niques ou sorties au resto, ou participation aux Correspondances d’Eastman ! Pour ce qui est de La Recrue (blogue littéraire collectif), nous avons des réunions environ deux fois par année, en plus d’innombrables échanges de courriels dans le courant de l’année. Des amitiés se créent.

REMARQUES
11. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ? Avez-vous des remarques ou réflexions ? J’aimerais rajouter que si j’ai choisi d’uniquement fouiller la littérature québécoise au Passe-Mot, c’est par conviction que nos écrivains ont extrêmement besoin que l’on découvre la valeur de leur œuvre. J’en ai été convaincue plus que jamais en apprenant qu’en général un roman (pas les quelques exceptions) considéré comme un succès au Québec est vendu à 500 exemplaires !!! Si j’arrive de temps en temps à faire disparaître quelques préjugés autour de notre littérature, je suis contente. Je trouve essentiel qu’on « se » lise. Si on se donne la peine de consommer des T-Shirt fait au Québec, il devrait en être de même pour notre culture. Surtout pour notre culture !!

Et si vous permettez, je terminerai ainsi : autant les lecteurs sont précieux pour un écrivain, autant ils le sont pour un blogueur :-) ...

vendredi 19 mars 2010

Mylène Dumas-Gilbert se dévoile

Présentement en résidence d’écriture au Yukon, cette auteure prolifique (j’ai entendu de ses lectrices attendant Lili Klondike - tome 3 avec une telle fébrilité !) a gentiment accepté de répondre à mes quelques questions.

Mylène Gilbert-Dumas habite à Sherbrooke, sa ville natale. Diplômée de l’Université Laval en enseignement du français au secondaire, c’est sa passion pour l’histoire, les voyages et l’actualité qui l’a finalement menée au roman historique. Après un séjour de vingt ans dans la région de Québec, elle est de retour à Sherbrooke et partage son temps entre les voyages et l’écriture. Après le vif succès de la saga historique Les Dames de Beauchesne (dont elle a reçu le prix Robert-Cliche en 2002 pour le premier tome) elle a publié un autre roman 1704, inspiré de la légende sherbrookoise du rocher Mena’sen. Parus en 2008 et 2009**, les deux premiers tomes de Lili Klondike ont reçu un très bel accueil au Québec et en France.

1 Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle?
Avez-vous une méthode de classement?
Je dirais que ma bibliothèque est hétéroclite parce que je m’intéresse à tout. Mes livres sont classés selon le genre. Une étagère pour les essais, les réflexions et les études historiques, un meuble complet sur l’histoire des femmes, quelques tablettes pour les essais scientifiques. Plusieurs étagères pour les romans historiques (évidemment!), quelques tablettes pour les romans policiers, etc.

2 Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré?
Zémindar, de Valérie Fitzgerald. Il s’agit d’un roman historique qui se déroule en Inde autour de 1845. J’avais 18 ans quand je l’ai acheté. Je trouvais l’histoire tellement bonne que je n’ai presque pas dormi deux nuits de suite pour en finir la lecture. Je me souviens m’être dit qu’un jour, quand j’écrirais, je veillerais à ce que mes romans produisent cet effet-là sur les lectrices.

3 Avez-vous un plaisir de lecture coupable?
Des revues de jardinage et de cuisine.

4 Comment êtes-vous devenu auteur?
J’ai toujours voulu être écrivaine, mais mes résultats scolaires m’ont conduite en sciences au cégep et à l’université. Après avoir décroché pendant un an, je suis retournée à l’université en enseignement dans le but de devenir écrivaine. J’ai vite découvert que la tâche d’une enseignante de français laissait peu de place aux loisirs. À 30 ans, j’ai décidé qu’il était temps que je me mette sérieusement à l’écriture. J’ai commencé à travailler à temps partiel afin de me libérer des heures chaque jour. J’écrivais de 4h30 à 8h, de même que dans chaque trou que j’arrivais à créer dans mon horaire. Au bout de cinq années, j’avais fini le tome 1 des Dames de Beauchêne.

5 Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu?
J’ai l’habitude de fouiller un sujet de tous les côtés. Je m’intéresse à l’aspect historique, évidemment, mais aussi à la sociologie, à l’anthropologie (si nécessaire), à la géographie, à la culture et même à la cuisine. Je lis les études, la correspondance, les journaux personnels, mais également les romans écrits par des femmes à l’époque que j’ai choisie. Puis je fais le voyage sur le terrain. Je visite tous les lieux, je me laisse imprégner par l’atmosphère, les odeurs, la vue.

6 Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent?
L’histoire des femmes, leur émancipation, leurs aspirations, leur quête de liberté.

7 Avez-vous des projets en cours?
Évidemment! Mais il ne s’agit pas d’un roman historique. Le récit est contemporain. J’y aborde cependant mes thèmes de prédilection. Et comme dans tous mes romans, il y a un voyage initiatique.

8 Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer? Que lui diriez-vous?
Au lieu d’un personnage de fiction, je choisirais des personnages historiques : Joséphine Marchand, Mary Read, Gabrielle Suchon, Esther Brandeau, Isabella Bird, Isabelle Éberhardt, Alexandra David-Néel, Lou Salomé. Je leur demanderais comment elles ont réussi à s’affranchir des attentes sociales afin de s’accomplir comme elles l’ont fait en gardant la tête haute.

9 Ce qui vous fait sourire?
Un morceau de chocolat.

10 Ce qui vous préoccupe au quotidien?
Suivre l’évolution, et les reculs, de notre société.

11 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur?
La liberté des filles.

12 Que rêviez-vous de faire, enfant?
Être écrivaine arrivait en deuxième position, juste après être astronaute.


** À partir du 27 octobre, le coffret Lili Klondike, environ 1000 pages, sera en librairie

samedi 13 mars 2010

Entretien de Nicole Fontaine à Marsi

Cher Marsi,
C’est tout un honneur pour moi que tu veuilles sonder mon cœur, mon âme et ma bibliothèque ** (Dans le billet Pas d'allergie à ces plumes, Marsi a laissé en commentaire qu'il aimerait poser ses questions à l'auteure Nicole Fontaine).

1 Comment qualifier ma bibliothèque ?
« Sans domicile fixe ». Et, mes livres, délinquants comme certains itinérants, provocants comme d’autres, ils se promènent au hasard de mes conversations, de mes rêves, mes rencontres.
- Avez-vous une méthode de classement ?
Ceux que j’aime, je les empile sur ma table de chevet en Tour de Pise. Ce sont ceux-là qui me tiennent éveillée. Il y a même des auteurs qui couchent avec moi pendant six mois tant je les aime. Nicolas Bouvier est de ceux-là.Je déménage les autres dans deux longues étagères de ma chambre au-dessus desquelles trône ma collection d’éléphants drolatiques; quand celle-ci déborde, je les range dans la grande bibliothèque de mon bureau, en bas, par ordre alphabétique, quand j’en ai le goût, le temps et l’énergie. Autrement, je les étale sur ma grande table, les oublie, puis quand je me cherche une excuse pour ne pas écrire, les relis comme si c’était la première fois.

2 Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?
En 1950, Le Torrent. Un recueil de nouvelles qu’Anne Hébert publiait à compte d’auteur. Je n’ai jamais plus cessé de lire cette grande dame de la littérature, dont l’écriture ne cesse de m’éblouir. Anne Hébert est mon phare, elle m’accompagne dans mon écriture. D’ailleurs, depuis que je suis à Paris, j’ai fait un pèlerinage dans le quartier où elle a vécu jusqu’en 1998, je crois, depuis son appartement de la rue Pontoise où l’on peut lire une plaque la commémorant, passant par le poissonnier où elle achetait son bar, le maraîcher, ses fruits et légumes, jusqu’au libraire qui la vénérait…

3. Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?
Cher Marsi, vous saurez que la vieille dame que je suis, ne sais plus très bien ce que peut-être un péché. Non pas que je sois vertueuse. Cela explique peut-être pourquoi les lectures libidineuses me lassent. Ma seule culpabilité est envers les autres : ceux que j’ai négligés, ceux qu’il m’arrive d’oublier, ceux qui… celles que...

4. Comment êtes-vous devenu auteur ?
En écrivant, réécrivant, en jetant tout au panier, puis en recommençant. Jusqu’à l’âge de 60 ans, je rédigeais pour les autres (discours, reportages, textes publicitaires, etc.). J’ai mis ensuite 15 ans à oser soumettre mon premier recueil de nouvelles à une maison d’édition.

5 Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ?
Ah ! Mon dieu, la recherche ! Mon recueil n’en a pas commandé, mais le roman que j’ai publié en 2007 et qui portait sur la pédophilie et la tétraplégie en a exigé énormément. J’ai trouvé passionnant d’interroger des psychiatres, thérapeutes, médecins, spécialistes, visiter des centres de traumatologie en plus évidemment de tout ce que l’on trouve sur Internet. Idem pour le roman que j’écris en ce moment et dont le personnage est un autiste.

6 Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?
Quel que soit le thème que j’aborde, j’essaie toujours de faire en sorte que mes personnages (durs, méchants, insupportables) finissent par inspirer de la tendresse. Pour moi, la tendresse m’émeut davantage que l’amour.

7 Avez-vous des projets en cours ?
Comme je l’ai mentionné plus ce moment à un roman sur l’autisme.

8 Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?
Étant à Paris, j’aimerais beaucoup connaître Malte Laurids Brigge, ce jeune poète danois qui, comme Rainer Maria Rilke l’a fait à l’âge de 28 ans, vit à Paris, et qui un peu comme moi veut tout voir, tout entendre et tout éprouver. Double fantomatique de Rilke, le personnage Des Cahiers symbolise la difficulté d'écrire dans cette ville

9 Ce qui vous fait sourire ?
Les enfants. Et bien sûr, les photographes me font sourire. Autrement, le résultat est un désastre.

10 Ce qui vous préoccupe au quotidien ?
Constater combien nous ne sommes pas nés égaux. C’est injuste et je le déplore tous les jours.

11 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?
Les enfants, la paix, la planète terre.

12 Que rêviez-vous de faire, enfant ?
Enfant je voulais plus tard être ballerine, championne de ski, écrivaine, comédienne, As au tennis, la meilleure en patinage artistique, missionnaire en Afrique, épouser mon frère Jean et avoir une quinzaine d’enfants. Tout ça, dans l’ordre.

Publications de Nicole Fontaine :
Moi, j'avais pas l'habitude de naître - Recueil de nouvelles - 160 p. 2007. Éditions Hurtubise, collection Arbre
OLIVIER, ou l'inconsolable chagrin - Roman - 164 p. 2009 - Éditions Hurtubise, collection Arbre.

lundi 1 mars 2010

"Tintin, tu me manques"

Vous vous rappelez que je suis à lire un pavé et je réalise de plus en plus jusqu’à quel point je n’ai pas de vitesse. Donc, pour continuer à alimenter mon gourmand Passe-Mot (comme vous voyez, je lui donne une personnalité!), j’ai fait appel à mon bédéiste à domicile. Non, il ne va pas vous offrir des images, mais des mots. Habituellement, quand je lui en demande, il n’est pas toujours vite sur le piton, faut croire que cette fois, il a été inspiré par ces fameuses questions à cent piasses. Découvrez-le sous ses petits angles cachés ... même de moi !

1 Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?
Bédéesque, très certainement. Mais aussi scientifique, culinaire, géographique, enfantine... Éclectique !
- Avez-vous une méthode de classement ?
Plus ou moins. Quelle réponse, n’est-ce pas ! Disons que mes titres de section correspondent en tout points à mon énumération de la question un.

2 Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?
« Le succès par la volonté » d’ Orison Swett Marden. Je l’avais dévoré et le digère toujours.

3 Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?
Quand une revue à potins me tombe entre les mains j’aime y jeter un rapide coup d’œil, mais un coup d’œil désintéressé ...

4 Comment êtes-vous devenu auteur ?
Je crois toujours avoir été auteur. Quarante-trois ans dans ma tête et depuis quatre ans, sur papier.

5 Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ?
Pour 99% des choses, je googlelise...

6 Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?
Mon œuvre imprimée ? Bin, c’est que je... Bin... Je n’ai qu’une seule œuvre imprimée...! En fait, je crois en l’imaginaire !

7 Avez-vous des projets en cours ?
Des montagnes de projets que je cherche à gérer de mon poste de contrôle. - Projet « un » demande permission d’atterrir... - Permission accordée, Projet « un »... - Projet « deux » demande permission de décoler... - Etc...

8 Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?
Sapristi ! Depuis que j’ai lu cette question, je n’ai que Tintin en tête... Je lui dirais qu’il me manque.

9 Ce qui vous fait sourire ?
La nature lorsqu’elle nous pond une bonne blague. Comme cette marmotte qui s’approchait et s’approchait et s’approchait de moi en bouffant de la bonne herbe. De toute évidence elle ne m’avait pas vu avec toute préoccupée qu’elle était. Mais en m’apercevant tout à coup en train de la zieuter... Oh la la ! Les allures balourdes de sa fuite ! Touchant et souriant. Comment aurait-elle pu deviner mes nobles intentions ?
10 Ce qui vous préoccupe au quotidien ?
Qu’est-ce au juste que la matière ? Je suis bizarrement sérieux, là.

11 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?
Oui, l’avenir de notre monde. Je ne dis pas de la planète parce que, elle, elle s’en tirera quoiqu’il advienne et sans doute la vie avec.

12 Que rêviez-vous de faire, enfant ?
Archéologue, et parfois j’en rêve encore.

jeudi 11 février 2010

Je donne l'exemple

Si vous retournez à Pas d'allergie à ces plumes, vous y verrez un questionnaire. J'ai posé la question ; à quelle plume aimeriez-vous poser ces questions, helenablue a tout d'abord répondu : moi. Ensuite, Marsi. Il existerait un grand principe quand on veut que l'on nous suive et c'est de donner l'exemple.


1 Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?
Embêtante.
Avez-vous une méthode de classement ? Oui. Une volumineuse bibliothèque pour les livres lus, une petite étagère pour les impatients qui attendent de passer entre mes mains. Ça évite toute jalousie. Ma bibliothèque du « lu » a d’énormes carreaux (mes chats la prennent pour un échiquier) et les romans québécois occupent leur propre territoire.

2 Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ? J’ai le souvenir clair du premier livre que l’on m’a offert en cadeau. Mon frère et ma mère étaient de connivence, j’avais aux alentours de 12 ans, et c’était un genre de Guide pour la parfaite ado en devenir. Je vois encore leurs visages inquiets ; est-ce que ce cadeau allait plaire à une demoiselle qui ne lisait que des romans. J’ai tellement lu et épluché ce livre, qu’il s’en est démantibulé !

3 Avez-vous un plaisir de lecture coupable ? Oui. Je me sens toujours un peu honteuse quand je lis une revue, genre 7-jours, tout au long de ma lecture, je me dis, « je perds mon temps, je perds mon temps ». C’est de plus en plus rare, mais je suis nerveuse et je dois me raisonner : j’ai le droit.

4 Comment êtes-vous devenu auteur ? Euh, rédactrice ? Tout le monde le sait, je crois, ce sont les Correspondances d’Eastman qui m’ont fait la grande demande de tenir un blogue. La vie et la vigueur de ma verve ont fait le reste.

5 Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ? En lisant des romans ! Et en lisant plein d’autres choses sur la littérature québécoise. Il m’arrive d’être gourmande et de manger plus que ma panse ... pensée peut contenir.

6 Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ? Oui ! Qu’une opinion de lecture n’est pas la vérité infuse. Qu’une opinion découle d’une vision qui, elle, découle d’un vécu qui, lui découle d’une éducation et s’enchaînent ainsi toutes les prismes de la conscience humaine.

7 Avez-vous des projets en cours ? Qui n’en a pas se meurt à petits feux, non ? Un projet d’écriture à long terme est dans la marmite, et mijote. Le rond n’est pas rouge mais la chaleur diffusée est régulière.

8 Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ? Je pourrais vous parler de plusieurs personnages féminins que j’aimerais voir debout, au lieu d’à genoux, cela doit être pour cela que mon subconscient a remonté à la surface la Donalda de Séraphin. Je lui dirais bien sûr d’aller manger de la galette avec de l’œuf et de la mélasse avec Alexis.

9 Ce qui vous fait sourire ? Les perles d’enfants. Ce sont des innocents qui s’ignorent. Ils en sortent des bonnes. J’ai un agenda qui m’en sort une par jour. J’en partage quelques unes :
« Si tu veux, mon nouveau pantalon, quand il sera grand, je te le prêterai » : C’était Luna et son absurdité à l’état pur. Tu es très beau, tu vas faire courir les filles. –Je m’en fiche, je cours plus vite qu’elles. C’était Maxime pour qui la compétition a bien meilleur goût. « Le yogourt, ça aide à lutter contre les bacterribles ». C’était Valentin qui entend ce qu’il veut bien entendre.

10 Ce qui vous préoccupe au quotidien ? Arriver à dresser la liste des choses à faire !

11 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ? Si je vous dis la littérature québécoise, vous ne me croirez pas ;-), alors je vous dis la cause de l’Association du Syndrome Gilles de la Tourette qui, c’est le moins que l’on puisse dire, travaille dans l’ombre.

12 Que rêviez-vous de faire, enfant ? M’occuper des enfants ! Je voulais « enseigner » la maternelle. C’était avant les garderies. Ma mère m’a un peu découragée ; « c’est parce que tu es encore un enfant que tu dis ça, tu veux aller t’amuser avec eux ».

mardi 9 février 2010

Pas d'allergie à ces plumes

Je viens d’apprendre officiellement que je suis allergique à la poussière, plus justement dit, aux acariens. Ils deviennent à partir d’aujourd’hui mes ennemis jurés. J’ai appris qu’il y a deux sortes d’acariens, ne me demandez pas comment ils s'appellent, l’ORL n’a pas daigné me transmettre le nom scientifique de mes ennemis. Je saurai quand même les retrouver là où ils se cachent et je serai sans pitié ! Mais ce n’est pas pour vous parler de mes petites, infiniment petites bibittes que je m'amène ici, mais pour vous parler de ceux qui tiennent la plume. Je suis allergique à celles qui bourrent une couette, mais pas à celles tenues par nos écrivains.

J’ai quatre lectures québécoises à dévoiler pour ne pas regarder passer le train de Suzanne, mais y être une passagère. À l'intérieur du défi, je me suis lancé le défi de lire des auteurs québécois connus mais jamais lus ... de mes yeux. Il y en a plus que je suis capable d’en compter et j’ai l’impression qu’il en sort de par toutes les tribunes, à tous les jours, juste pour me faire réaliser que je suis loin du compte. Je viens d’en entamer une : Monique LaRue et L’œil de Marquise. Pendant que je parcours les pages où Marquise s'exprime, je n’ai de cesse de penser à ce que l’auteure m’a révélée au Salon du livre de Montréal ; « Avoir su que le prénom Venise existait, j’aurais appelé mon roman « L’œil de Venise ». Écoutez, ça frappe une Venise ça !

Et Le Délivré vient de m’en livrer un autre ; « Normand de Bellefeuille. Je ne le connaissais pas du tout, il devient un candidat pour mon défi. Afin de mieux connaître un auteur, la meilleure manière est de le lire, mais il y a aussi de lui poser des questions. Un hors d’œuvre qui ouvre l’appétit. Le Délivré suggère d’en relever 10 sur 35 qui nous frappaient. J’en ai relevé douze.


1 Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ? Anarchique. Avez-vous une méthode de classement ? De moins en moins… Je privilégie de plus en plus « la théorie de la pile », dite aussi « le syndrome des stalagmites »…
2 Quel est le premier livre que vous vous souvenez vous être procuré ?
C’était un Marabout Université, je trouvais ça chic à treize ans… C’était un livre sur les grandes batailles navales… Je l’avais volé (oui, oui) chez Pineault sur Mont-Royal coin Bordeaux… Je vole plus, juré.
3 Avez-vous un plaisir de lecture coupable ?
Aucun, de toute façon j’ai pas grand talent pour la culpabilité.
4 Comment êtes-vous devenu auteur ?
Par hasard… presque… Un chum, Gilles Racette, et moi avions décidé comme ça d’écrire un roman à deux… pour s’amuser… Puis les Éditions de l’Actuelle (volet littéraire des Éditions de l’Homme, à l’époque, 1973…) l’ont accepté et nous ont confié, pour la correction, aux bons soins de Réginald Martel… Il y a pire début dans la vie, non ?
5 Comment faites-vous votre recherche, s’il y a lieu ?
Je lis. Je lis toujours beaucoup en période d’écriture intense. Pour moi les deux activités sont indissociables.
6 Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?
L’enfance. La mort. La douleur.
7 Avez-vous des projets en cours ?
Trois. Un roman : Au moment de ma disparition. Un livre de poésie : Mon visage, Chroniques de l’effroi II. Un texte-jeunesse (oui,oui) : Les gens d’en-bas.
8 Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Que lui diriez-vous ?
Joseph K. du Procès de Kafka. Je lui dirais sans doute de ne plus essayer de comprendre. Que le non-sens existe.
9 Ce qui vous fait sourire ?
Le visage de ma blonde, le matin.
10 Ce qui vous préoccupe au quotidien ?
Ce qu’on va manger au souper.
11 Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?
La faim des enfants.
12 Que rêviez-vous de faire, enfant ?
Archéologue… pour trouver des momies. Quand j’ai compris que je risquais de passer ma vie à épousseter de vieux morceaux de poteries… bof… j’ai commencé à lire…

Ma dernière question est pour vous ... à quelle auteure québécoise - ou auteur - vivant (!) aimeriez-vous poser ces questions ?

vendredi 13 novembre 2009

Trois interviewers pour un écrivain (Michel Jean)

Une primeur, une entrevue à trois têtes ! Trois blogueurs Lucie, Phil, Venise, s'adonnant aussi à être des rédacteurs de La Recrue ont lu "Un monde mort comme la lune", le premier roman de Michel Jean. Plusieurs questions nous taraudaient, pourquoi ne pas les mettre en commun ? L'auteur s'y est prêté avec entrain.

Lucie

1. Vous avez couvert de nombreux conflits dans le cadre de votre travail de journaliste. Pourquoi avoir décidé de choisir cette page de l'histoire d'Haïti en particulier comme trame de fond de votre roman?
R.: J’aime Haïti. J’aime les haïtiens. Malgré toutes les difficultés ils arrivent à trouver le bonheur là où nous ne voyons que du malheur. Ça peut paraître bizarre à dire, mais j’y vois une force de caractère. C’est un peu ce qu’incarne le personnage de Bia. J’ai choisi la période du départ d’Aristide car j’y étais, je l’ai rencontré à ce moment et donc je pouvais en parler en connaissance de cause. J’avais aussi un bon souvenir du « feeling » qui régnait dans le pays à l’époque. Certains évènements comme lorsque Jean-Nicholas tombe par hasard sur Bia et passe près de la frapper, et la scène de la livraison de drogue dans le rues de Port au Prince, sont inspirés de faits vécus.

2. L'écriture journalistique et romanesque ont des codes différents. Comment avez-vous su basculer de l'une à l'autre?
R.: Écrire Envoyé spécial m’a aidé à faire la transition. Le plus difficile pour moi a été de m’ouvrir, de faire une plus grande place à l’émotion. À mes émotions devrais-je dire. J’avais trop de pudeur au début. Mon éditeur m’a aidé de ce côté. Quand j’ai commencé à écrire mon roman, la transition s’est faite naturellement. Le plus dur était fait.

3. Votre prochain roman aura-t-il lui aussi un fond journalistique?
R. : Non

4. Si demain, vous deviez faire le choix entre l'écriture de fiction et journalistique, pour laquelle opteriez-vous et pourquoi?
R.: Je serai toujours un journaliste. C’est dans mon ADN. Mais je ne crois pas que je doive choisir…

Phil

1. Dans quelle mesure le sujet du reportage est inspiré de faits réels ? Aristide a-t-il été complice du trafic de drogue entre la Colombie et l’Amérique du Nord ? Bref, quelle est la part de fiction et celle de faits réels ? Ou si vous préférez : Le roman est-il un véhicule littéraire qui permet de contourner la difficulté de prouver des allégations de crimes gouvernementaux ?
R.: Je n’ai pas voulu faire un roman politique. J’ai voulu utiliser la réalité pour rendre la fiction encore plus réelle et donc plus crédible. Un peu à la manière de Mario Vargas llosa dans La fête au bouc. Sans me prendre pour lui!!!! Dans Un monde mort comme la lune, le contexte politique est réel. La crise en Haïti, le trafic de drogue qui passe par le pays pour entrer en Amérique. Les liens avec Aristide ont souvent été dénoncés et ont fait l’objet de nombreux reportages. Mais mon roman ne cherche pas à dire des choses que je ne pourrais dire autrement. Il utilise une réalité pour mieux servir une fiction.

2. On sait que les reporters sont amenés à prendre des risques pour recueillir certaines informations. Mais encourent-ils aussi des risques suite à la diffusion de leurs reportages comme cela est décrit dans le roman ?
R.: Je ne connais pas de journalistes qui ont subi le même sort que mon héros. Heureusement! Mais on a tenté de tuer Michel Auger au Québec. On m’a déjà menacé. Qui sait ce qui peut arriver ?

3. À la lumière de la réalité décrite dans le roman et de la triste actualité d’Haïti qui nous parvient au Québec, qu’est-ce qui permettrait d’améliorer la vie des Haïtiens ?
R.: Oh là là…. La réalité c’est que je ne crois pas que les conditions de vie des haïtiens s’améliorent de façon significative à court ou à moyen terme. Les problèmes sont trop profonds et généralisés. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille baisser les bras. Simplement qu’il faudra être patient. Et aussi je tiens à dire que ce n’est pas uniquement la faute des haïtiens. Bia et Marie sont toutes les deux la même femme. Elles incarnent les même valeurs. Une est née au Québec, l’autre à Cité Soleil. L’une est devenue enseignante, l’autre se prostitue. Chacune est totalement dévouée à sa fille. Je voulais montrer que la même personne placée dans deux mondes différents, aura une vie totalement différente. De la même manière, on juge souvent les haïtiens, mais quand on naît dans ce pays, c’est très difficile de s’en sortir.

Venise

1. Lorsque vous désirez vous détendre, que lisez-vous ?
R.: Romain Gary, Soljénistyne, Marguerite Yourncenar, Hemingway, Gabrielle Roy, des classiques comme Le grand Meaulnes ou Les hauts de Hurlevent. Jamais de polars ou de thriller. J’aime qu’un livre me plonge dans un univers différent du miens. Qu’il propose une réflexion ou un point de vue. Si c’est juste pour suivre une histoire, je préfère le cinéma. La qualité de l’écriture compte aussi beaucoup pour moi.

2. Combien de temps avez-vous mijoté l’idée d’écrire du romanesque ? Quels sont les outils ou les qualités d’un écrivain aguerri ?
R. : J’y pensais depuis plusieurs années. Je ne sais pas si j’aurais été capable de commencer directement par un roman. Ça me paraissait toujours trop gros. De commencer par un guide de consommation, puis d’enchaîner avec un récit m’a permis d’apprivoiser l’écriture, d’y aller par étapes. Je ne suis pas un écrivain aguerri. Mais je pense qu’on ne peut le devenir sans beaucoup de sensibilité.

3. Quelle serait votre définition de l’inspiration ? Comment l’attirez-vous afin qu’elle vous rende visite ?
R. : Je suis journaliste et l’angoisse de la page blanche est un luxe que je ne peux me permettre. Comme disent les américains « dont make it pretty, make it by six. » Je pense à mon histoire avant de m’installer devant mon écran. Je la développe mentalement et quand j’écris je suis à peu près prêt. Sinon je n’y arriverais pas. Je suis une personne créative et de nature rêveuse. Alors laisser vaguer mon esprit ne m’est pas très difficile. C’est ainsi que j’imagine mon histoire. Reste à l’écrire.

4. Y a-t-il un livre de fiction que vous avez lu deux fois ? Pourquoi ? Quel roman aimeriez-vous avoir écrit ? Lisez-vous de la poésie ?
R. : Je n’ai jamais lu un livre deux fois. Je me dis qu’il y a tant de livres à lire. Si je le faisais, je relirais Les mémoires d’Hadrien que j’ai tant aimé et dont la lecture remonte à plusieurs années. J’aurais aimé écrire La promesse de l’aube de Romain Gary. Ouf! Tellement puissant et émouvant. Je ne lis pas de poésie. Ça ne me rejoint pas.

5. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier d’un Monde mort comme la lune ?
R. : Chaque fois qu’une personne me dit qu’elle l’a lu et qu’elle y a pris plaisir. C’est tout. Mais c’est beaucoup.

vendredi 16 octobre 2009

Entrevue de Carine à Marsi

1 Q : Je suis toujours curieuse de savoir comment un auteur élabore son projet, la genèse même de l'oeuvre... Avant d'entreprendre le dessin de tes planches, avais-tu déjà une idée figée de l'histoire de bout en bout ou les éléments du scénario sont venus au fur et à mesure à la conception des planches?
R. : Non, en fait, tout ce qui m’importait était de construire une histoire simple qui ne demanderait pas des tonnes de références à gauche et droite. Ce besoin m’était d’abord venu du fait des quelques scénarii que j’avais déjà pondus et qui m’étaient apparus terriblement compliqués. Ensuite, cette histoire qui va d’un point A à un point B s’est imposée.

2 Q. : En fait, à l'image d'un écrivain, avais-tu déjà un plan élaboré de ton histoire avec les différentes phases et l'évolution des choses ou as-tu été transporté au fur et à mesure laissant les personnages et les scènes "prendre vie" au gré de ton humeur?
R. : Pour ce qui est de la trame narrative, il est primordial, pour moi, d’avoir un concept clair dès le départ avec une fin déjà déterminée. Je préfère élaborer mon travail sans avoir à improviser, du moins, le moins possible. Il m’est toutefois arrivé en cours d’exécution de réajuster un peu le tir sur certains pans de l’histoire.

3 Q. : Je sais qu'entre le début du projet, c'est à dire le dessin de la première vignette et l'édition de l'album il s'est passé 3 années (ou 2 .. j'ai un doute maintenant...) mais depuis combien de temps avais-tu l'envie de dessiner cette bande dessinée?
R. : Durée du projet : 2 années et demie... Je dirais que l’envie de faire une bande dessinée remonte à 1999. Mais, comme je te l’ai écrit, j’ai eu à pondre bien des essais avant de parvenir à ce projet. Pour ce qui est de l’idée même du goûteur et de sa cavale, elle date d’environ une année avant la mise en branle du projet.

4 Q. : Je présume qu'il y a eu des périodes plus florissantes que d'autres mais, en moyenne, combien de temps consacrais-tu à l'élaboration de ton oeuvre?
R. : Environ huit heures par jour et, le plus possible, cinq jours par semaine. Ce qui n’empêche pas que j’ai du parfois relâcher l’accélérateur. Les circonstances m’ont permis de m’y mettre ainsi à plein temps.

5 Q. : Quand aimais-tu le plus dessiner?
R. : Certainement lors de la conception au plomb de l’album. D’abord, j’avais l’ivresse du nouveau contrat avec les éditeurs qui me stimulait à souhait et puis c’est sans doute là la période la plus riche au niveau de la création.

6 Q. : Est-ce que tes personnages sont nés avec le projet ou existaient-ils déjà dans une vie avant le projet?
R. : Pour ce qui est de Coco Météore et de Pouette, ils existaient déjà depuis au moins un scénario que j’avais écrit auparavant sans pour autant y donner suite. Pour sa part, Coco Météore est celui qui possède les racines les plus sinueuses. Il est né d’un personnage que je trimbale depuis des années et qui est en fait une salamandre. Coco Météore lui-même était une salamandre au départ et s’est vu transmuté en cheval-chimère au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire. Ce qui m’a mené à un tel changement est l’idée d’associer cavalier et monture dans un rapport de dominé-dominant légèrement tordu. Pouette est le cavalier et prend donc charge de fouetter les sens de Coco Météore mais c’est à peu près là son seul rôle (À part celui de siffler). Coco Météore est donc la tête pensante du duo. Et de confier à la monture la tâche de gouverner m’apparaissait très amusant. Voilà pourquoi il est passé de salamandre à « cheval ». Pouette, quant à lui, trouve son inspiration dans un chat que l’on a eu et qui avait un peu ce caractère « petite lune intense ».

7 Q. : Y'en a t-il qui sont nés exclusivement pour cet album?
R. : Mis à part Coco Météore et Pouette, la majeure partie. Sauf peut-être aussi Zéphéon, le sommelier du Père Poule, qui apparaissait déjà dans le premier scénario laissé en plan sous les traits d’un disciple de Saint-François d’Assise.

8 Q. : Est-ce le nombre de planches était déterminé à l'avance (je ne connais pas très bien le monde des BD et je n'ai jamais remarqué si il y avait un standard en terme de nombre de pages)?
R. : En effet, une grande partie des bandes dessinées sur le marché comptent 48 pages mais c’est de moins en moins vrai. Aujourd’hui, il se fait des BD jusqu’à 200 pages et + quoique la norme tourne autour des 48 habituelles.
A. : Si oui, as-tu du ajouter ou supprimer des planches pour arriver au compte?
R. : De mon côté, j’avais pondu une BD qui, à l’origine, comportait 48 pages effectivement. Cependant j’ai eu à rallonger le tout pour des raisons que j’explique plus bas.

9 Q. : Comment as-tu fait la topographie? Était-ce fait sur papier à la main ou avec un ordinateur?
R. : D’abord, je trace sur papier, au crayon plomb l’ensemble de l’album puis je fais tout l’encrage sur carton à l’aide d’une plume feutre 0.1. Ensuite, je scanne chaque page et fais la coloration par ordinateur sur Photoshop (Aidé de deux amis et de Venise ). Pour ce qui est de la typographie, elle a été exécutée à l’ordi par l’éditeur, Martin Brault ainsi que par Stéphane Ulrich, l’infographe de La Pastèque.

10 Q. : Comment se passe la soumission de ton projet à un éditeur?
R. : J’ai, en tout premier lieu, envoyé une maquette de l’album qui comprenait les dix premières pages tracées (dont la page 1 colorée ) ainsi que toute l’histoire esquissée sous forme de « tumbnails » c’est-à-dire de petits croquis. Le scénario aussi accompagnait cet envoi. Le surlendemain, les éditeurs me contactaient.
A. : Quelles sont les corrections à apporter, s’il y en a? B. Le projet est-il pris dans sa globalité ou t'a-t-on demandé de retoucher des parties?
R. : Le projet a été effectivement adopté sans changements majeurs. Cependant, comme je te l’ai mentionné, l’album comportait au départ 48 pages. C’est sous la recommandation de Martin et Fred, les éditeurs de La Pastèque que j’ai rajouté quelques pages afin de préciser certains points qui demandaient que l’on s’y attarde (explication du Sifflet royal, développement autour du combat final ). De plus, de légers détails ont exigé quelques modifications. Pour ce qui est du texte, la correction m’aura obligée, encore là, à modifier sensiblement certaines tournures de phrase ou mots inappropriés, sans parler des fautes d’orthographe ou omissions.

11 Q. : Pendant l'élaboration de ton album, as-tu demandé à du monde de te lire/critiquer ou as-tu attendu l'extrême fin pour le faire?
R. : Dès le départ, j’ai voulu avoir l’opinion de mon entourage. Ce qui n’est par ailleurs pas toujours simple. En effet, bien que j’essayais le plus possible d’offrir le maximum d’information à mes pré-lecteurs, ce n’est que vers la toute fin du processus qu’il devient plus aisé de bien soupeser l’ensemble de l’histoire et de son efficacité. Et c’est à ce moment bien sûr qu’il devient plus difficile de faire marche arrière. J’estime qu’avec l’expérience je saurai tirer le maximum de ces occasions afin d’obtenir l’avis juste et de savoir en prendre avantage.

12 Q. : Quelles ont été/sont tes sources d'inspiration?
R. : Hergé surtout et bien d’autres. La part manifeste faite à l’imaginaire dans les émissions télé de mon enfance. Ma formation en design graphique y transparait aussi, je crois.

13 Q. : Est-ce que tu penses faire une suite avec ce même univers?
R. : Il y a une suite de prévue dans ma tête. Ainsi, la fin de l’histoire ouvre sur de possibles autres aventures. Déjà, j’ai entamé un second scénario qui en est à ses tout débuts. Mais, la parution d’un deuxième tome dépendra du succès de Miam Miam Fléau. A. Ou penses-tu en changer?
R. : Je travaille aussi sur d’autres projets. Ceux-ci s’adresseront davantage à un public adulte. Par contre, si Miam Miam Fléau se devait de ne pas aller au-delà du premier album, certainement que je tenterais encore quelque chose vers la jeunesse ou carrément vers l’enfance.

14 Q. : Comment penses-tu gérer l'attente des personnes d'un autre projet de ta part? Te sens-tu stressé par la chose?
R. : Pour ainsi dire, non. Par contre, comme tu le constates, je tâte du côté de la Bd adulte. Est-ce parce que je préfère ne soutenir aucune attente ? Bien sûr, si Miam Miam Fléau devait s’engager dans une suite, je crois que oui, j’aurais un certain stress vis-à-vis ceux qui auront apprécié l’album.

15 Q. : Comment vis-tu les premières critiques de ton bébé?
R. : Je suis un anxieux et comme tout bon anxieux c’est d’avantage l’absence de commentaire qui me turlupine. Par contre, lorsqu’il y a critique, je réagis fort probablement comme bien des gens ; j’ai le cœur qui bat la chamade jusqu’à ce que l’on m’ait rendu compte de l’avis du critique, puis je suis une boule d’émotion pendant quelque temps. Ensuite, je deviens analyste du dit avis. Heureusement, la réception de l’album est, ma foi, assez positive.

16 Q. : Était-ce ta première tentative d’édition d'un album ou as-tu déjà dessiné d'autres BD qui n'ont pas été montré au grand public?
R. : Non, là, c’est ma toute première BD.

17 Q. : Te rends-tu compte que ton bébé est devenu immortel? T'arrive t-il d'imaginer comment il va évoluer dans le temps et savoir que dans de nombreuses années ton album sera encore lu par bon nombre de personnes. Quel est ton sentiment par rapport à cet accomplissement?
R. : J’en suis fier, sans aucun doute. Je crois que ce qui me satisfait le plus est la persévérance dont j’ai fait preuve. Car, je te le dis, pondre cet album n’a pas été du tout cuit. Pour ce qui est de son évolution, je constate que Miam Miam Fléau est un album intemporel et donc qui devrait bien tenir les années. Il ne réfère à aucune époque précise et ne véhicule pour ainsi dire aucune idéologie autre que l’acceptation du libre imaginaire. Par exemple, on dirait de lui qu’il a été écrit il y a trente ans et ce serait envisageable.

Merci à toi ! Tes excellentes questions m’ont aidé à situer d’avantage tout ce travail.

* * *
La photo n'est pas celle de l'entrevue que vous venez de lire qui, elle, s'est déroulée par courriel entre Carine, une amie, et Marsi. Je sais, je fais tout pour vous mêler ... mais pas éternellement ! La photo représente donc une autre entrevue d'environ deux minutes entre Anick Moulin et Marsi qui a eu lieu hier au Salon du livre de l'Estrie pour l'émission Sortir.

mercredi 7 octobre 2009

Entrevue avec Nicolas Dickner

Je vous laisse mon petit mode d’emploi ! Il y a des questions non répondues, ce ne sont pas des oublis. Nicolas Dickner a choisi de ne pas y répondre, soit qu’elles exigeaient des pages de développement, soit qu’il ne trouvait rien d’intelligent à y répondre. J’ai cru intéressant de laisser les questions non répondues parce qu'on peut y projeter une option ou l'autre. J’ai ajouté des titres à mes (longues) questions, je venais de terminer ma lecture de Tarmac et ses 97 titres. Ça m’a amusé et j’imagine que j’ai souhaité amuser N.D. À vous de voir si, après cette lecture, vous connaîtrez un peu mieux cette énigmatique personne. Vous remarquerez, les créateurs qui baignent dans un fort imaginaire sont difficiles à cerner. Et c'est tant mieux. Nous ne voulons justement pas les cerner, juste les aimer.

S’offrir du luxe

Si vous pouviez vous achetez deux heures par jour à quoi serviraient-elles ?
Lire, prendre des photos dans le quartier, mariner dans mon bain, écumer une pinte au comptoir d’un bar.

L’entrepreneurship
Quelles tactiques pourraient être mises en place afin que le livre objet ne perde pas trop de vitesse en égard au livre électronique ?

Oups … supprimer !
En processus d’écriture, comment réalisez-vous que vous êtes sur une fausse piste ? Et si cela ne vous arrive jamais, quelles sont les terribles tentations du net pour vous emprisonner dans sa toile ?
À force de lire et relire un texte, les passages superflus finissent généralement par sauter aux yeux.

Cotons la perfection
Rêvons un écrivain parfait et distribuons-lui des notes pour qu’il soit 100% performant :

95% Sens de l’observation
50% Bagage de connaissance

80% Imagination

30% Vécu

90% Maîtrise de sa langue


Qualités rajoutées par Nicolas Dickner :
80% Mémoire
60% Maîtrise du langage narratif

100% Persistance


Se boucher les oreilles
Quelle question détestez-vous vous faire poser ?

Le bruit qui vous horripile quand vous travaillez ?
Un enfant qui pleure. Impossible de faire quoi que ce soit lorsqu’un enfant pleure dans une maison. Homo sapiens est neurologiquement conçu pour devenir dysfonctionnel, dans ces cas-là.

Le commentaire le plus insipide sur les écrivains ? Sur la littérature québécoise ?

Le futur de la progéniture
Votre fils veut suivre vos traces. Quels sont les trois conseils que vous lui donnez par ordre d’importance ?
Je lui dirais de beaucoup lire, de beaucoup écrire, de beaucoup jeter – et, surtout, de ne pas devenir écrivain. Ce dernier conseil est de loin le plus important. Il m’a toujours semblé crucial de devenir écrivain envers et contre l’avis de quelqu’un.

Lequel avez-vous le moins suivi jusqu’à date ?
Le dernier, naturellement.

Et si vous étiez …
Phrase à Compléter. Exemple : Et si vous étiez un écrivain … vous seriez original.

Un éditeur ... je ferais de petits livres photocopiés et brochés tout de travers, que je laisserais traîner dans le métro.

Un organisateur de Salon du livre ... j’organiserais un salon du livre en plein air, au mois de juillet.

Un critique littéraire …… je serais inquiet.

Un professeur de français …… je serais fatigué.

Un sportif …… je serais coureur de fond.

Au secours !
Comment se sort-on de la banalité ?
En se mettant à la place du lecteur

Sans quarantaine
Quelle est la qualité que vous aimeriez aussi contagieuse que le virus A ?

Aimantez-vous
Commentez et/ou mettez par ordre d’attirance. Vous aimeriez écrire :
Un scénario de film
Un roman pour la jeunesse
Une pièce de théâtre
Un album de bande dessinée
Un essai
Une bio (rajoutez de qui)

Un roman pour la jeunesse (disons pour adolescents / jeunes adultes)
Un scénario de film

Un album de bande dessinée (texte ET dessins)

Un essai

Une bio (l’idée me plaît et, pourtant, je n’arrive pas à trouver un sujet)

Une pièce de théâtre


Le souffle de l’alpiniste
Avant vos quarante ans, y a-t-il un mini mont Everest que vous désirez atteindre dans votre vie personnelle ou professionnelle ?
Mon troisième roman.

Le masque qui rit, le masque qui pleure
Que diriez-vous à vos fans pour tempérer leurs ardeurs ?
Que diriez-vous à vos détracteurs pour les amadouer ?

Je voudrais remercier ...
Vous recevez un Prix hommage pour l’ensemble de votre œuvre et vous avez oublié votre mémo dans la poche du veston que vous avez décidé de ne pas porter. Qui risquez-vous d’oublier ? Qui risquez-vous de mentionner en premier ?
Je m’assurerai en tout cas de remercier mon éditeur et ma famille. Ils sont les deux piliers d’un écrivain, à la fois du côté public et du côté privé.

samedi 2 mai 2009

Entrevue avec Michèle Plomer (auteure de HKPQ)

1. Vous quittiez Magog pour la Chine le 27 février *, combien de temps y serez-vous et serait-ce indiscret de vous demander ce qui vous y amène régulièrement ?
Je suis restée en Chine deux mois cette année, de la fin février à la fin mars. C’est l’amour de la Chine du Sud qui m’y emmène et des contrats de formation de professeurs chinois qui enseignent l’anglais dans diverses universités qui financent cet amour!

2. La Chine est d’une telle importance dans votre roman HKPQ, alors, parlons-en !
a) En quelle année et qu’est-ce qui vous a amené en Chine la première fois ?
J’y suis allée fin 2004 la première fois. J’y allais pour un contrat d’enseignement de trois mois et j’y suis restée trois ans! Il faut dire que je rêve de la Chine depuis que j’ai cinq ans. Depuis mon premier egg roll dans le Chinatown de Montréal!!

b) Quelles ont été vos premières visions, sensations, émotions ?
Le choc! La Chine ne ressemble en rien à Tintin et le Lotus bleu. J’ai passé deux semaines au lit dans une chambre d’hôtel. J’ai fini par me saisir et comprendre qu’il fallait que je travaille pour gagner assez de sous pour mon billet de retour. Et sans m’en apercevoir, j’ai été séduite. Je ne suis pas une fille de coups de foudre.

c) Le regard se transforme au fil du temps, quels sont les principales différences entre votre Chine d’alors et celle qui vit dans votre regard maintenant ?
L’affection. J’aime la Chine avec ce qu’elle a de merveilleux et de difficile. Je l’aime comme j’aime une amie et comme j’essaie de m’aimer, avec ses qualités et ses défauts. Je n’attends rien d’elle. Nous n’avons plus de preuves à nous faire.

d) On dit "voir Venise et mourir". Qu’est-ce que vous diriez pour nous convaincre de voir Hong Kong et mourir ?
Elle disparaît. Hong Kong se ‘chinoise’ à une vitesse folle. Ce mariage extraordinaire d’Est et d’Ouest, de Britannique et de Cantonais est déjà déséquilibré. Le gouvernement chinois veut effacer les traces de colonialisme depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine et tous les moyens sont permis. La ville que j’ai vue pour la première fois en 2004 et celle que j’ai revue ce printemps n’est pas la même. Il faut y aller le plus rapidement possible pour être témoin de sa splendeur. Un journaliste chinois me demandait dernièrement si j’étais allée voir Beijing depuis la construction des nouvelles installations olympiques. Je lui ai répondu qu’elles y seraient longtemps, alors que je m’étais empressée d’y aller avant la démolition massive de quartiers historiques afin d’en être témoin, de leur rendre hommage et de les garder en moi. Mais je sais que mon attitude est très occidentale.

e) Est-ce que vous lisez dans une autre langue que le français ? Que lisez-vous pendant votre séjour en Chine ?
Je lis en français et en anglais. Beaucoup! Par contre, quand je suis en Chine il me semble que j’ai toujours le nez dans un dictionnaire mandarin ou cantonais selon les besoins et que je deviens hypnotisée par les caractères d’écriture qui m’entourent. J’essaie d’en faire du sens et je fais rire mes amis chinois.
Pendant ce séjour un collègue français m’a prêté L’art du maquillage, de Sergio Kokis. J’ai été obnubilée! Je ne connaissais pas cet auteur.

f) Pensez-vous qu’il y a des chances que vous soyez un jour traduite en mandarin ? Imaginons un instant que vous l’êtes, que diraient les Chinois de HKPQ ?
Je crois que les chances sont bonnes. Voyez comme je suis chinoise! Je crois qu’ils seraient heureux de voir qu’un écrivain occidental s’intéresse à eux avec un œil contemporain. Je crois qu’ils en ont parfois marre que les Occidentaux ne s’intéressent qu’aux pieds bandés de leurs grands-mères et des cent coups de leurs empereurs. Ils trouveraient aussi que je n’ai pas tout compris. :-)

3. Quelle est la (ou les) remarque qui vous a le plus étonné de la part des lecteurs de HKPQ ?
Plusieurs lecteurs ne veulent pas croire que Poissonne n’existe pas et que le Milk Sperm Fish est une pure invention. Quand je reviens à la charge… en douceur… ils sont tristes. C’est comme s’ils avaient perdu une amie.
Aussi, certains lecteurs m’ont dit avoir de la rancœur par rapport aux gestes de Ju Lin et de ne pas être capable de décider s’il a eu tort ou raison d’agir comme il l’a fait.

4. Y a-t-il des idées, une tournure de pensée, un angle que vous n’aviez pas vus à l’écriture et que certains lecteurs ont amenés à votre attention ?
Plusieurs. Plusieurs. Un livre contient autant d’histoires qu’il y a de lecteurs. C’est tellement magnifique de pouvoir rencontrer les lecteurs et de pouvoir les partager. C’est un cadeau pour moi.

5. De quelle manière avez-vous accumulé votre information pour nous entretenir de Poissonne avec autant de familiarité et d’amour ?
Ça fait plusieurs années que j’observe la relation des gens en Chine avec leurs poissons et leurs oiseaux. Ce sont des relations tendres, alors que les Chinois ne sont pas portés sur l’expression de la tendresse. Je la portais en moi depuis des années. Je l’aimais tellement aussi. Mais pour la sortir de moi, la matérialiser, j’ai regardé des photos de fœtus humains dans des manuels de médecine. Je l’imaginais aussi précieuse qu’un fœtus et avec les mêmes couleurs sidérantes. Ça a été bouleversant de me voir confirmer que tous les organismes vivants se ressemblent. Je me disais la même chose en regardant ma rhubarbe sortir de terre ce matin. Ses pousses nouvelles ont des couleurs humaines.

6. Ne parlons pas du premier jet d’une histoire, mais à l’étape du remaniement, comment procédez-vous ?
Je remanie à quelques reprises, car je travaille avec une idée claire du parcours de l’histoire, néanmoins sans plan. Ce qui est le plus important pour moi c’est de faire des lectures intégrales de ce que j’ai écrit pour avoir une vue d’ensemble sur l’histoire. Les remaniements servent à rendre le tout cohérent. Et je sens continuellement le besoin de travailler et retravailler et travailler encore les mots pour que les idées soient limpides. Je connais bien la Chine et je vois l’histoire comme une bande dessinée dans ma tête, alors il faut que je me demande : est-ce que le lecteur comprendra? Est-ce que je lui donne suffisamment de détails pour qu’il soit situé, etc.

7. Qu’est-ce que vous aimeriez que l’on dise de vous en tant qu’écrivain quand vous serez disparu de la Terre ? En tant qu’être humain ?
Ça fait 48 h que j’y pense et rien ne me vient. Je crois que ce que les gens pensent de moi m’est égal. Il faut que je sois capable de rencontrer mon regard dans le miroir.

8. Quels sont les points communs entre les Chinois et les Québécois ?
Ce que nous avons en commun avec tous les autres : nous voulons être heureux et ne comprenons rien à notre existence!

9. Suivez-vous l’actualité du Québec quand vous êtes en Chine ? Si oui, qu’est-ce qui vous a le plus frappé dernièrement ?
On n’a pas accès aux médias dans une langue autre que le mandarin ou le cantonais en Chine. Il y a quelques journaux de piètre qualité qui remâchent ce que le gouvernement veut bien qu’on lise. Aussi, je ne suis pas très portée sur l’Internet, donc non, quand je suis en Chine c’est une brisure avec le Québec. À part que ce que famille et amis rapportent au téléphone.

10. De quoi vous ennuyez-vous le plus durant votre absence ?
Du ciel bleu. Un smog gris couvre le ciel presque tous les jours en Chine du Sud. Et le fromage :-).

11. Qui a eu l’idée du titre HKPQ ? Quels arguments cette personne a-t-elle utilisé pour le vendre ?
C’est moi. Mélanie Vincelette, mon éditrice chez Marchand de feuilles a tout de suite aimé. Encore, j’ai eu de la chance!

12. Quel est le livre dont vous avez le plus souvent conseillé la lecture à votre entourage ?
Paris de ma fenêtre, de Colette. Un bijou. Colette était amoureuse de la vie.

13. Une cliente dans une librairie demande à la vendeuse pourquoi elle achèterait HKPQ, soufflez-lui une réponse.
Encore une question à laquelle je ne trouve pas de réponse. Je pense que c’est le destin qui nous fait mettre la main sur un livre que l’on aimera. Et il y a tant de bons livres…

14. Parlez-nous de votre troisième roman : encore dans les limbes, en voie de conception, déjà un fœtus ? Québec ou Chine ? Ni un, ni l’autre ?
Je suis de retour au travail d’écriture avec beaucoup de joie. Je retrouve mon équilibre! Je baragouine les premiers mots…ça me prendra un peu de temps avant de trouver la confiance d’en parler. Mes débuts de relation avec une histoire sont toujours difficiles, même si le travail des mots est indispensable à mon bien-être.

Michèle Plomer est auteure de HKPQ, une histoire que j'ai beaucoup aimée. Mon compte-rendu de lecture et la critique du Voir.

* l'entrevue a voyagé dans le temps une couple de mois !

lundi 9 février 2009

Entrevue avec Éric Simard

Éric, de libraire à directeur littéraire, est-ce que ton regard sur la littérature au Québec a changé ?
C’est en train de se faire subtilement, un peu à mon insu. En fait, plus j’acquiers de l’expérience dans l’édition, plus mon regard se modifie. C’est un processus normal. Déjà, je ne regarde plus les livres de la même façon. Maintenant, je porte une attention particulière à l’aspect physique des livres. Je scrute l’objet dans ses moindres détails (le choix de la couverture, la typo utilisée, le texte de la quatrième de couverture, la page des crédits, l’achevé d’imprimer, etc.). Je ne les lis plus les fictions québécoises de la même façon non plus, surtout lorsqu’il s’agit d’auteurs que je n’ai jamais lus. Il me vient spontanément des commentaires d’éditeur. L’aurais-je publié, l’aurais-je fait retravailler ? Si oui, quoi? Enfin, tout le processus qui vient avec le rôle d’un directeur littéraire. Sinon, le simple lecteur en moi prend plaisir à acheter et à lire les œuvres d’auteurs québécois qu’il admire déjà.

2 Quelles qualités devraient posséder un écrivain :

À la rédaction du manuscrit : Ne pas avoir peur de bûcher sur son texte sans calculer les efforts. Prendre le temps de bien peaufiner son texte avant de l’envoyer chez les éditeurs. Accepter que le texte puisse ne jamais voir le jour. Ne pas avoir peur de s’abandonner à l’écriture. La plupart des manuscrits que je peux lire manque d’âme. À qualité égale, c’est ce petit supplément qui fait toute la différence.

Au remaniement du manuscrit : Ne pas avoir peur de bûcher encore sur son texte. Accepter d’entendre les commentaires en mettant son égo de côté. Faire confiance à l’éditeur. Bref, faire preuve d’une grande ouverture.

À la promotion de l’œuvre : Avoir le moins d’attentes possible. Sinon, c’est la déception à coup sûr.

Pour s’inscrire dans la durée : La persévérance.

3 Quel pas s’apprête-t-on à faire ou devrait-on faire pour faire avancer la littérature au Québec ?
Revenir au vrai travail d’édition en accompagnant les auteurs dans le développement de leur travail. La commercialisation du livre nous en a malheureusement éloigné. L’attribution des subventions (au Canada), qui encouragent la quantité à la qualité, oblige les éditeurs à publier beaucoup d’ouvrages souvent rapidement, ne favorise pas non plus cette approche.

4 Décris-moi le genre de commentaire de lecture qui te ferait réfléchir sur ton œuvre, par exemple, ton recueil de nouvelles « Être » qui sort le 17 février ?
J’espère que les gens réagiront aux différents thèmes que j’aborde. Tous commentaires issus de ces réactions me feront certainement réfléchir, qu’ils soient positifs ou négatifs. Un auteur désire toujours connaître l’opinion du lecteur. Le silence est terrible.

5 Nous sommes des amis Facebook (ça y est, je dévoile notre intimité !), pourquoi jusqu’à date privilégier Facebook à ton blogue pour la promotion de Être ?
Pour plusieurs raisons. Facebook est plus spontané et requiert moins d’efforts. Je bénéficie également de l’aide de mes amis pour une partie de cette promotion. En ce qui concerne mon blogue, je ne crois pas que ce soit la meilleure plate-forme promotionnelle pour ce que je fais. Rendu à ma troisième publication, mes attentes sont différentes. Je ressens moins le besoin de parler de mon processus de création. En ce moment, la blogosphère pullule d’auteurs qui nous font part de leurs états d’âme au quotidien tout en faisant des pieds et des mains pour nous convaincre de lire leurs trucs. Trop c’est comme pas assez. Ça commence à me boguer. Donc, pour moi, Facebook est un meilleur espace promotionnel. Les blogues des autres également !
Apparté : À la fin de cette entrevue, il y a un supplément (un lien), complétant cette question. Pour curieux seulement.

6 N’est-ce pas un peu spécial d’avoir à promouvoir sa propre œuvre ? Jusqu’où tu ne serais pas prêt à aller ?

C’est certain que c’est particulier. En même temps, je suis peut-être le mieux placer pour le faire. En ce sens, c’est un privilège. Toutefois, je demeure discret. Je ne peux pas insister autant sur mon livre comme je peux le faire pour d’autres projets auquel je crois beaucoup. Je ne me verrais pas faire des rappels insistants aux journalistes pour qu’ils m’invitent en entrevue ou pour qu’il parle de mon livre. J’ai fait une première approche, j’ai envoyé des services de presse avec un petit mot personnel et le reste ne m’appartient plus. Je fais confiance au bon jugement des médias.

7 Tu viens tout juste d’atteindre la quarantaine, quelles réalisations ou état d’Être aimerais-tu fêter à ta cinquantaine ?
Je n’y ai pas encore réfléchi. Je suis trop dans la belle découverte de la quarantaine.

8 Hamac, la collection que tu diriges est très ouverte à publier de l’autofiction.
Depuis longtemps, j’aimerais un peu fouiller ce dossier avec toi :
a) Est-ce que l’autofiction est obligatoirement au « je » ?
Nécessairement. Pour moi, l’autofiction est un je très intériorisé. J’ajouterais même qu’il se doit d’être impudique. Ce qui fait la différence entre un banal récit de vie et une véritable œuvre d’autofiction, c’est la qualité de l’écriture. L’auteur doit être capable de transcender sa réalité. Cela dit, ça vaut pour tous les auteurs de fiction.

b) En supposant que l’écrivain refuse de faire cette distinction, comment le comité de lecture peut-il faire la part de l’imaginaire et du vécu ?
Ça importe peu. L’important c’est la qualité et l’intensité du texte.

c) D’après toi, quelle est la force de l’autofiction déclarée par l’écrivain ? L’impudeur livrée avec talent. Il faut une plume forte pour arriver à écrire de l’autofiction. Il ne s’agit pas simplement d’étaler sa vie privée en public.

d) Est-ce que « Être » ton recueil de nouvelles est une œuvre d’autofiction ?
Pas du tout. Quelques nouvelles sont inspirées de faits réels, mais sans plus.

9 Après la lecture du premier roman d’un écrivain, t’est-il arrivé d’être déjoué dans tes pronostics sur l’envergure de son talent ? Y a-t-il un regard particulier à jeter sur un premier roman ?
J’envisage rarement les premiers romans sous cet angle. J’aimerai toujours découvrir de nouveaux univers, de nouvelles voix. Il y a quelque chose de particulier avec les premières œuvres comme un mélange de force et de naïveté qu’on ne retrouve pas nécessairement par la suite.

10 Ta première œuvre publiée était un roman, la deuxième a abordé la forme épistolaire, cette fois, un recueil de nouvelles.
a) Y a-t-il un genre que tu ne penses pas toucher (érotique, science-fiction, poésie, humour …) ?

Je ne toucherai jamais à la poésie ni à la science-fiction. Enfin, je crois. J’ai dans des boîtes d’archives un roman érotique qui est très bien là où il se trouve. Mon prochain projet Journal de tous les jours proviendra de mon journal intime. Le suivant, un roman, flirtera avec le fantastique. Moi qui ai une propension pour les choses graves, j’aimerais bien pouvoir écrire un roman au ton plus léger un jour. C’est un défi que je me lance. Je ne sais pas si j’y arriverai. Avec Être, c’est la première fois que je publie quelque chose au il.

b) Toi qui lit avec plaisir des œuvres jeunesse, est-ce probable qu’un jour tu écrives pour ces lecteurs ?
Depuis que je ne suis plus libraire, je délaisse tranquillement la littérature jeunesse. J’ai dans mes tiroirs un roman jeunesse pour les 9-12 ans qui ne demande qu’à être retravaillé. Je ne sais pas si je vais y retoucher un jour.

11 Par ordre d’importance, est-ce l’éditeur, l’écrivain, ou le lecteur qui détermine la couleur de notre littérature ?
L’écrivain, l’éditeur et le lecteur.

12 Ton recueil de quinze nouvelles Être se décline en quinze verbes : Vivre – Apprendre – Souffrir – Communiquer – Rêver – Mentir – Craindre – Haïr – Aimer – Penser – Croire – Juger – Partager – Vieillir – Mourir.
a) Avant de jouer à « La plus », as-tu le goût de nous raconter comment ce concept ingénieux a fait son chemin dans ta tête ?
Dès que je me mets à écrire, c’est tout de suite le côté existentiel qui s’impose. C’est tout de même un beau thème pour un recueil de nouvelles. L’idée était trouvée. Le titre n’a pas tardé. Ensuite, j’ai établi une liste d’actions importantes dans la vie d’un être humain. Je me suis limité à 15, en choisissant les plus représentatives de notre parcours. J’ai tenté de leur donner un ordre en lien avec chaque étape de l’existence. L’écriture est venue ensuite. Je me suis laissé inspirer par chacun des verbes en tentant de jouer avec les contrastes. Le travail de réécriture m’a permis d’ajuster le recueil en fonction de tous ces critères. Ça donne le résultat que l’on connaît.

2) Parmi les quinze nouvelles, quelle est La plus : Émouvante ? Réussie ? Près de toi ? Ardue à l’écriture ? Importante par le message ? Esthétique dans sa forme ?

La plus émouvante pour moi c’est la première Vivre. Elle me tire les larmes chaque fois que je la lis. J’aime Boris. Il est à la fois loin et proche de moi.

La plus réussie … Peut-être Juger. En l’écrivant, je me suis mis dans la peau du personnage. Mais réellement. À chaque phrase que j’écrivais, je me levais pour jouer l’action pour décrire avec le plus d’exactitude possible chaque geste fait par le personnage. Je trouve le résultat très intéressant. J’ai utilisé le même processus en réécrivant Aimer.

La plus proche de moi c’est nécessairement Mentir puisque je me suis inspiré de ce qu’a vécu ma mère dans les années 50.

La plus ardue a été Haïr, mon hommage à Hervé Guibert. Je suis parti d’un vieux texte que j’avais écrit il y a longtemps. L’écriture était très hachurée, syncopée. En le retravaillant, j’ai voulu pousser l’exercice à l’extrême en utilisant une seule idée très brève par phrase. Je voulais que cette idée complète celle de la précédente tout en amenant celle de la suivante tout en faisant évoluer le texte. Le résultat n’était pas concluant. C’était trop difficile à lire et trop proche de l’oralité. J’ai tout réécrit en ne gardant que les idées directrices du texte.

Au niveau de l’importance du message, c’est dans Craindre qu’on le retrouve. Avec Apprendre, c’est la nouvelle la plus engagée. Je pousse à l’extrême l’insécurité des parents d’aujourd’hui. Si on continue dans cette voie, bientôt il n’y aura plus de limite à la surprotection. Être, ce n’est pas ça. La vie est surtout belle parce qu’on ne la contrôle pas.

La plus esthétique dans sa forme c’est Mourir. Cette nouvelle est un hommage à Pauline Julien. Dans les derniers mois de sa vie, alors que son aphasie faisait son œuvre, je la voyais régulièrement à la librairie Champigny où je travaillais. J’avais un pincement au cœur chaque fois. Ses grands airs perdus me touchaient profondément. Ça contrastait avec la figure emblématique qu’elle a si bien incarnée pendant des années. Quand je me suis attaqué au texte, je me suis inspiré des symptômes de l’aphasie pour donner le rythme au texte.

12 Je crois que le papillon noir représente l’âme, mais je n’en suis pas certaine. De toutes manières la question se pose : pourquoi le papillon noir ?
Rendu à l’élaboration de la maquette de la page couverture, on se demandait comment symboliser le mot Être. Pas facile. On ne trouvait rien à part de mettre un humain. Ça ne nous inspirait pas énormément. Pourquoi le papillon? C’est en partie grâce à la pochette de disque d’Alexandre Désilets sur laquelle on trouve un papillon moitié noir, moitié blanc. Mais c’est plus que ça. Quand je travaillais à la réécriture du recueil, j’écoutais son disque en boucle et je trouvais que son univers collait vraiment bien au mien. On s’en est donc inspiré en retenant l’idée du papillon qui, en quelque sorte, est un beau symbole de la vie. Puisque le regard que je pose sur l’existence est souvent sombre, c’était clair qu’il serait noir. On a fini par l’épingler. On aimait le contraste avec l’idée de la vie, ce qui correspond plutôt au sens qui se dégage de mon recueil de nouvelles.

13 Pour l’accueil fait au petit dernier, es-tu plus confiant qu’aux deux premiers ? Te trouves-tu mieux armé pour mener à bien la bataille d’une diffusion efficace ?
Pour celui-ci, contrairement à mes deux autres projets, je n’ai aucune attente. Je sais seulement que mon cercle de lecteurs potentiels s’accroît de publication en publication. On va souhaiter que ça continue.

14 En une phrase - ou un verbe ! - qu’est-ce que tu aimerais qu’on dise de toi comme être humain ? Comme écrivain ?
Aucune idée.

15 Y a-t-il une question que tu détestes que l’on te pose dans une entrevue, en espérant vivement que je ne te l’aie pas posée !
Aucune. J’espère qu’il en sera toujours ainsi.

Vous aimez fureter dans les coulisses, eh bien, il y en a une à cette entrevue. Éric publie un billet intitulé Publier sur son blogue aujourd’hui et il en dévoile un peu. Pour curieux seulement ! Il est possible de lire entre les lignes, pour les vraiment très curieux …