Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

samedi 20 septembre 2008

Et nous avons voté !

Pas encore pour un gouvernement, mais pour le Top 3 à partir de notre première année de lecture à La Recrue. Est-ce que je vous l’apprends ? Je comprends qu’on n’en parle pas tout à fait autant que monsieur Coupure-Harper, mais j’ose espérer que la nouvelle est à se répandre dans la blogosphère littéraire.

Nous avons choisi ce Top 3 parmi douze Recrues qui nous ont donné des frissons et des émotions. Je n’ai pas toujours trouvé évident de me prononcer, surtout au début, j’ai trouvé l’exercice délicat et ardu. Surtout quand j’étais particulièrement envahie d’émotions, il faut arriver à y voir assez clair pour s’expliquer. En plus, ce sont des premières œuvres et notre motif pour le faire porte son filon émotif; donner un coup de pouce aux auteurs d’une première œuvre québécoise.

Finalement, il a fallu que je change dans ma tête le mot « coup de pouce » pour vitrine. Ce qui fait toute une différence. Oui, les rédacteurs ont parfois éprouvé du dissentiment presqu’en chœur pour certains romans mais au moins, on parlait de l’écrivain et de sa première œuvre. Tout, sauf le silence qui sonne l’indifférence, celle-ci, pour un écrivain, est une claque en pleine figure. Malgré les haussements d’épaules de certains d'entre eux, je reste convaincue que tous désirent viscéralement être lus car, sinon, ils laisseraient leurs textes dans un tiroir. Le geste de proposer son texte à une maison d’édition est limpide de clarté : être entendu et ultimement faire une différence dans la vie de certains lecteurs.

Reste que je ne vous ai pas encore parlé de ce que j’ai trouvé le plus frappant dans cette expérience d’un an déjà et c'est le regard différent d’un lecteur à l’autre. Ça continue à me remuer au plus haut point. J’ai visionné sur le net le premier Club de lecture de Bazzo.tv, il y avait là autour de la table, la comédienne Sophie Cadieux, l’écrivain, Jean Barbe, et le médecin Réjean Thomas qui se sont prononcés sur « Les accommodements raisonnables » de Jean-Paul Dubois et Bestiaire d’Éric Dupont. Leurs regards pétillaient dans la différence. Un peu ébranlés malgré tout d’entendre une vision complètement différente, à commencer par celle de l’animatrice. De les voir au lieu de les lire venait renchérir l’inébranlable constatation ; une manière de lire est aussi distinctif qu'une empreinte digitale.

La différence entre les êtres humains n’a pas fini de m’ébranler car La Recrue entame une nouvelle année avec Enthéos de Julie Gravel-Richard. Maintenant, nous tentons de choisir plus méthodiquement nos premières œuvres. Le vote se fait maintenant confidentiellement, en tentant d’exprimer pourquoi celui-là plus que cet autre. Une personne, Lucie, est mandatée pour accueillir en vrac les propositions livresques et elle nous en fait part consciencieusement. Nous nous structurons un peu. Et s’ajoute une nouvelle rédactrice, Anick Arsenault, dont nous vous parlerons sous peu.

Tout ceux qui m’ont accompagné jusqu’à cette dernière ligne sans cliquer sur Top 3, je ne vous trouve décidément pas assez curieux …

mercredi 17 septembre 2008

Chère Venise

Vous savez tous combien j'aime la correspondance. J'en ai lue en j'en lirai, j'en ai écris et j'en écrirai. Aussi, lorsque la Martha de Marie Laberge s'est pointée le nez, vous avez été quelques uns à l'apporter à mon attention.
Je ne suis pas encore inscrite, je m'en étonne moi-même. J'hésite, je suis un peu récalcitrante. Qu'est-ce que vous voulez, j'ai de la difficulté à ne pas prendre le mot correspondance au pied de la lettre !

J'ai écouté attentivement Marie Laberge défendre "Les nouvelles de Martha" avec Christiane Charette qui s'est fait très directe, voici certaines questions qu'elle a posées :

CC : Pourquoi ne pas avoir fait un roman comme d'habitude ?
ML : À force d'entendre cette remarque courante de mes lectrices : "On dirait que vous l'avez écrit pour moi" est né le désir d'approfondir cette sensation en creusant l'intimité par le "je". En même temps, offrir des nouvelles à des personnes qui n'en reçoivent jamais par la Poste.
CC : Pensez-vous avoir des hommes lecteurs ?
ML : Oui, j'en ais déjà un d'inscrit ! Il va y en avoir d'autres, c'est certain ! C'est périodique, quelques pages une fois par mois est une bouchée abordable même pour les gens très occupés.
CC : Est-ce que cette initiative s'est déjà fait ailleurs ?
ML : Je pense bien que non, que c'est une toute première fois.
CC : Est-ce que vous pensez faire de l'argent avec ça ?
ML : Alors là, non, et surtout pas la première année ! En calculant que les timbres pour les 26 envois vont coûter 13-14 $ et toutes les dépenses inhérentes au site web et à l'administration du projet, c'est sûr que non. Le prix ne devait pas s'élever à plus de 33 $ pour éviter que des personnes s'en privent faute du budget nécessaire. Ces lettres seront des pièces uniques, des pièces de collection puisqu'elles ne seront jamais publiées.
CC : Est-ce que vous en avez terminé l'écriture ?
ML : Non, une partie seulement. Même si le projet est de tenir le rythme une fois toutes les deux semaines, il est concevable qu'il puisse y avoir des empêchements, un retard, mais les 26 envois sont garantis.

Et maintenant la fameuse, je dirais la fatale question :

CC : Est-ce que vous prévoyez répondre à ceux qui vont inévitablement vous écrire, touchées qu'ils vont être par les nouvelles de Martha ?
ML : À ce moment-là, c'est la créatrice de Martha qui va prendre la parole et préciser qu'il est impossible à Martha de répondre.

Voilà, pour les questions de Christiane Charette. La mienne maintenant, posée via son site et à laquelle j'ai reçue une réponse une semaine plus tard.

Venise : Est-ce que le côté personnalisé de la lettre se résume à inscrire le nom du destinataire ?
Patricia Huot : C'est en effet en ce sens que les lettres sont personnalisées. Dans votre cas, cela serait "Chère Venise".

lundi 15 septembre 2008

Big Bang de Neil Smith

Huit nouvelles. Les premières, Incubateurs et Protéine Vert fluo m’ont plu. J’aimais cette sensation d’être ailleurs par cette écriture imprévisible et sautillante qui déstabilise. Un peu étourdie, mais ça allait, je tenais le cap.

Incubateurs est certes une histoire difficile sur la précarité du prématuré, mon émotion effleurait les mots, et non pas que Neil Smith soit un auteur que je qualifierais d’émotif, loin de là. Son humour nous en éloigne mais ses sujets, eux, le sont. L’impression que l’auteur tient à ne rien prendre au sérieux est étrange, je m’aventure à dire qu’à la longue, j’en ai éprouvé un malaise et il a commencé avec Les Bénins bénis. J’ai trouvé succulente l’idée de cette association de gens atteints de tumeurs bénignes. J’ai embarqué dans cette galère, en tout cas, j’ai voulu embarquer. Et puis, à un moment donné, j’ai ressenti de l’étourdissement, un peu trop d’étourdissement. J’avais de la difficulté à suivre cette écriture « papillon » qui se posait sur tellement de situations et de personnages. J’avais le tournis.

J’ai continué avec la nouvelle, Big Bang, ce n’est pas parce que l’on a la tête qui tourne que l’on arrête de vivre, euh … de lire. Justement, Big Bang est une question de vie déboulée à la vitesse grand « V ». La fureur de vivre palpitait dans les mots. Une trame de vie retournée à l’endroit ou à l’envers. Une chiquenaude au temps.

Album. C’est ici que les images ont volées en éclat et que j’ai eu beau courir pour les ramasser en un seul album, mon essoufflement s’est transformé en mal de méninges. Un sujet tragique jamais cerné, surtout effleuré par des personnages qui s’échappent ou qui m’échappent. Ou bien, carrément, le désespoir d’entendre encore un drame sur ce qui arrive à un corps, sous des mots détachés.

La boîte à papillon, qui se rit du passé par le présent, ne m’a pas réconcilié avec la difficulté de lire cette nouvelle qui m’a dépassé par sa forme « flash-back » sans crier gare. Drôle tordant ou drôle bizarre ? a un titre compliqué mais pas autant que la nouvelle elle-même. L’idée de cette femme et son cercueil ambulant à la forme creuse aurait pu me captiver si je n’avais pas eu à éplucher les couches superflues pour aller à l’essentiel. Je me suis passé la réflexion, est-ce que l’auteur aurait tendance à s’épivarder ?

J’ai aimé Extrémités, en fait, une des extrémités, les gants, plus que les pieds. Je passais rapidement sur les pieds pour atteindre les gants. De l’originalité dans l’esthétisme. On en perd son latin, ses points de repère et on donne sa langue au chat.

En parlant de langue, est-ce que la traduction est à la hauteur de l’auteur ? On peut se le demander car cet humour dévergondé à dû être difficile à rendre. Si j’ai moyennement aimé, est-ce à cause de mon tournis, à cause de la traduction ou simplement parce que le genre « nouvelle » ne me va pas … comme un gant ?

samedi 13 septembre 2008

Pour ceux qui aiment s'essayer

Le très réputé concours de Radio-Canada offre une compétition pour la nouvelle, la poésie, et depuis trois ans, le récit mais pas l’essai (jusqu’au bout du billet si vous êtes des essayistes en herbe). Les Prix sont très alléchants ; le Premier, 6,000 $ et le deuxième 4,000 $ et cela pour chaque catégorie. Les gagnants sont édités dans la revue EnRoute. Radio-Canada offre une visibilité pour les œuvres primées et récemment les lauréats des six dernières années (2001 à 2006) ont été édités chez XYZ sous forme de recueil « Un ton, une voix, un texte … ». D’ailleurs, se procurer se livre en librairie ou sur le site Radio-Canada est une bonne manière d’évaluer la qualité des œuvres.

Je dirais que ça vaut la peine de s’y mettre sérieusement, en fait, immédiatement, à moins que vous ayez des trésors nichés dans le noir de vos tiroirs, la date limite pour y participer étant le 1er novembre 2008. Ne vous en faites pas, si vous l’expédiez, par voie courriel, la veille ou la journée même, c’est à peu près ce que tout le monde fait ! La mine de renseignements est ici.



Depuis 30 ans d’existence, ce concours de Radio-Canada n’a jamais abordé le genre « Essai », ce qui manque pour tous les créatifs logiques de ce monde. Qu’à cela ne tienne, où il y a vacance, il y a un jour occupation et c’est le Prix Jean-Paul Desbiens, celui qu’on appelait le frère Untel, qui y veille pour la toute première fois cette année. Le Prix est plus modeste 1,500 $ mais se rajoute le privilège et l’honneur d’être édité avec un lancement en bonne et due forme. D’ailleurs, l’équipe a déjà pensé à une idée « marketing ».

Le point le plus important à retenir :
Pour être admissible, le manuscrit doit être écrit en français, compter plus de 40 000 mots et appartenir au genre de l’essai au sens large : Le pamphlet, l’essai biographique, le livre d’histoire ou de culture populaire.Pour tout ce qu’il n’est pas dit et que vous devez savoir, c’est ici, l’idée « marketing » inclusivement. Ah oui, mentionnons aussi que vous avez jusqu’au 15 mars 2009 et que vous recevrez les droits d’auteur habituels sur chaque vente de votre livre (10%).

De participer à un concours peu connu peut se voir comme la chance de se frotter à peu de concurrents. Avis à ceux qui ont ce petit côté opportuniste qui font souvent les gagnants !

jeudi 11 septembre 2008

Une divine plaisanterie

Ce roman de Margaret Laurence est le tome 2 du cycle Manawaka, le premier étant L’ange de pierre. La similitude étant que l’action se déroule dans le même petit village, petit par sa superficie autant que par son étroitesse d’esprit. Quant à faire, une autre similitude pas très camouflée par les titres, ils abordent, par le biais ou par les travers, la religiosité.

Voici un des romans les plus intimes qu’il m’ait été adonné de lire. Un tête-à-tête. Entrer à ce point dans les pensées inavouées d’un être n’arrive jamais dans la vraie vie. Même pas avec nos très proches. C’est une chance unique, non pas de rencontrer, mais de connaître intimement un être humain.


Si on rencontre Rachel Cameron, on lui serre la main et elle se présente à nous comme une enseignante au primaire, encore vierge, et qui prend soin de sa vieille mère récemment veuve. Voilà l’ébauche extérieure de sa vie. C’est anodin. Ce qui ne l’est pas est sa vie intérieure, ses pensées grouillantes d’hésitations, de doutes, de rébellions. Pareil au volcan, on sent qu’un déclencheur peut la faire entrer en irruption. Quel sera ce déclencheur ? On se le demande, et c’est l’intérêt de suivre le fil des pensées de cette dame à l’apparence respectable quand, pourtant, elle ne l’est pas du tout.

Entendons-nous, pas respectable aux yeux de la morale de l’époque et aux yeux de sa mère surtout. Si vous aimez voir les ficelles de la manipulation, si c’est un sujet qui vous prend encore à la gorge, sa mère vieille et malade est un exemple non subtil mais tout aussi efficace. L’arme ultime ? La maladie. Le manipulateur n’est rien sans le manipulé et Rachel Cameron est une candidate idéale. Nous vivons cette torture avec elle. La torture infligée par ses doutes. C’est vraiment captivant de percer la dualité d’un être humain à ce point. Margaret Laurence manie bien le scalpel, elle autopsie le corps des pensées de l’institutrice et elles les gonflent et elles prennent de l’ampleur jusqu’à devenir le centre de l’histoire. L’extérieur devient accessoire, il a comme seul but pour exister de venir interagir sur l’intimité. Il y a un homme dans sa vie, le connaîtra-t-on ? Par ce qu’il dégage de l’extérieur, oui, parce ce que qu'elle vit par rapport à lui, oui. Sinon, il restera un parfait étranger. De même que la mère. Celle que l’on perce un peu plus serait Calla, l’amie qui aurait des visées amoureuses sur Rachel Cameron. Je dis bien qui « aurait », n’oublions pas que le roman a été écrit en 1966, c’est suggéré seulement.

Je comprends que ses romans aient soulevé des remous à cette époque, Margaret Laurence est très avant-gardiste. Une audace remarquable sur les questions religieuses, la vie amoureuse de la femme et sa sexualité, certainement considéré XXX pour l’époque.

Pour résumer, une lecture calme, nourrie, intime. Un tête-à-tête. Et je me fais une joie à la pensée des trois autres titres à me mettre sous la dent aussitôt qu’ils seront traduits. Une auteure solide.

mardi 9 septembre 2008

Bienvenue à la table des rédacteurs de La Recrue


Je sors de mon inertie et ce sont mes collègues de La Recrue, Danaée et Lucie qui m’y poussent. Par leur exemple.

La Recrue. Je ne vous en parle pas si souvent de La Recrue, ce blogue littéraire sur la relève québécoise dont je suis un des membres. J’ai supposé que vous nous visitiez régulièrement maintenant que le site est de plus en plus nourri. Mais je suppose peut-être trop. Par exemple, ce mois-ci, c’est Big Bang de Neil Smith à qui nous faisons une place d’honneur. Depuis le 20 août que nous en avons fait l’annonce, pas moins de onze billets ont été postés afin de mieux connaître cet auteur. Aujourd’hui, une entrevue "Neil au pays des mots" vous y attend. Laissez-vous transporter d'un clic de souris, vous ne le regretterez pas.
Mais parfois, pour savoir si ça clique, ça exige plus qu’un clic de souris. Samedi soir, six (Lucie, Danaée, Éric, Catherine, Maxime ,Venise) des maintenant neuf rédacteurs de La Recrue se sont rencontrés et pour certains c'était une première. Des moi qui se rencontrent sous un même toit pour la seule envie de se voir en « vrai ». J’y ais naturellement trouvé de vraies personnes, la réelle découverte est qu'elles sonnent toutes vraies !

J’ai aussi découvert combien ça parle abondamment des gens qui écrivent dans le silence. J’ai participé et assisté à un tourbillon d’opinions, d’impressions, d’avis divergents ou convergents. Plusieurs sujets tournaient évidemment autour de la littérature ; les maisons d’éditions, les manuscrits, la qualité d’écriture, les écrivains en général ou en particulier. Et les attentes, autant du lecteur que de l’auteur. C’est sûr, qu’Enthéos, de Julie Gravel-Richard (Danaée), récemment sorti des presses de la Collection Hamac était un excellent déclencheur à ce genre de conversation.
Mon mari, Marsi, m’accompagnait. Il avait exprimé quelque réticence à y être, supposant qu’il se sentirait un peu perdu dans cette conversation spécialisée bloguale en général ou bloguale en particulier. Eh bien, il a vraiment beaucoup aimé la rencontre et espère qu’il y en a aura une prochaine. Moi aussi, et si le dieu des blogues existe (Hi ! Hi !), qu’il fasse que ce soit avec tous ses rédacteurs, dont la fondatrice, Carole (blogue à la vitesse intermittente mais toujours une mine précieuse de renseignements)

Un souvenir qui laisse un bien bon goût dans ma mémoire et à l’avenir, je lirai les mots des rédacteurs en les voyant s’articuler. Et vive le monde en 3D !
N.B. Il y a Lucie qui porte un regard sur la soirée ainsi que Danaée.

vendredi 5 septembre 2008

Pêle-mêle

Vous rappelez-vous, je vous ai parlé du Café littéraire « La Traversée de l’enfance » et il avait été mention de la sortie « C’est pas moi, je le jure ! » de Bruno Hébert sur nos écrans fin septembre. Le Libraire nous donne justement les détails de cette production :

Réalisé et scénarisé par Philippe Falardeau, le long métrage met en vedette Suzanne Clément, Catherine Faucher, Daniel Brière et Antoine L’Écuyer. Couronné du Prix des libraires du Québec et du Prix littéraire Association France-Québec Philippe-Rossillon 1998, C’est pas moi, je le jure! (Boréal), qui s’inspire de l’enfance de l’auteur, raconte le fol été 68 de Léon Doré, 10 ans, un petit futé à l’imagination débridée capable de faire les pires mauvais coups et d’inventer les excuses les plus fantaisistes pour se blanchir.

Moi qui tient tant à le lire avant de le voir, il me reste à peine un mois avant de le commander, ça presse que j’appelle ma librairie. En parlant de librairie, ne trouvez-vous pas que le palmarès « Meilleurs vendeurs » a une odeur forte de « Rentrée » :

  1. Petit Larousse Illustré
  1. Le Petit Robert
  2. Bescherelle (L’art de conjuguer)
  1. Multi dictionnaire de la langue français
  2. Petit druide des synonymes et des antonymes

Ce qui me fait dire que la tendance est que plus un bouquin est volumineux, plus on y accole le qualificatif de « petit ».

Annonce sans tambour ni trompette tiré du Carnet de Carole :

Une rencontre avec Marie-Claire Blais à la Grande Bibliothèque, le 9 septembre. Pour les détails, cliquez sur Carnet de Carole. J’espère qu’il y a des chanceux qui ne manqueront pas cette occasion rare de passer une heure et demie avec cette auteure.

Et pour finir mon pêle-mêle : est-ce qu’il y a des romans de la Rentrée qui vous ont fait d’irrésistibles clins d’œil ? Trouvez-vous que la récolte est bonne ? Irez-vous aux pommes ?

Cette dernière Q est pour tout le respect que je dois à mon titre

lundi 1 septembre 2008

Sans coeur et sans reproche ou manquer d'écoute

Je tenais absolument à lire Monique Proulx et j’ai mis la main sur ce recueil de nouvelles écrit en 1983, sa toute première œuvre fictive. Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai emprunté à la bibliothèque et que j’ai maintenant remis mon dû mais j’ai l’impression que ces nouvelles se sont envolées. Ou serait-ce plutôt parce que j’avais une première version et que les histoires ont été améliorées par la suite mais toujours est-il que j’ai peu de souvenance des histoires. Elles m’arrivent par bribes et je les confonds un peu entre elles.

Remarquez que c’est peut-être intentionnel, le recueil se présentant ainsi : Voyage I (la naissance) est la première nouvelle et Voyage II (la mort), la dernière. Ces nouvelles charnières sont excessivement fortes, denses et bien écrites. Entre les deux, différentes histoires avec les mêmes noms de personnages placées dans des situations différentes. Ce que le commun des mortels aurait à vivre entre la naissance et la mort serait si banal que les trames de vie défileraient sans surprise et sans emprise entre ces moments forts. Est-ce que l'auteure a voulu démontrer ? Ou est-ce tout bonnement moi qui a été une mauvaise lectrice car, oui, cela peut nous arriver à tout moment de l’être. On appelle ça : manquer d’écoute. Si j’ai une excuse, c’est celle d’avoir été obnubilée par mon désir de lire son petit-dernier "Champagne", au lieu de son petit-premier.

Sans cœur et sans reproche a un style fort, un ton assuré, j’oserais même rajouter, audacieux, pour l’époque. Ce qu’il m’en reste est l’admiration devant l’aplomb de Monique Proulx à faire vivre ses personnages masculins. On ne peut supposer un seul instant que c’est une femme qui fait parler un homme. Ses mâles sont très bien incarnés. Et chacune de ses nouvelles a un point de chute clair, net, bien défini.

En finale, ce recueil voguant sur le fil de l’eau de vie offre le plaisir de se laisser mener en bateau par un bon capitaine avec, en prime, l’assurance d’accoster sans encombre à la fin de chaque nouvelle.

jeudi 28 août 2008

Un lancement qui m'a donné des ailes !

Je ne regrette pas une seconde mon déplacement de Eastman jusqu’au Cercle à Québec pour le Lancement d’Enthéos. Marc et moi avons beaucoup aimé l’ambiance, cette énergie impalpable englobant les énergies de chacun. Il y avait une belle fébrilité, rien de faussement blasé, comme il arrive parfois dans ces 5 à 7 à saveur culturelle.

Faut dire que l’auteure, Julie Gravel-Richard *** ne dégage pas ce genre d’ondes. C’est une femme sérieuse, profonde, concentrée. Elle prend tout à cœur, c’est évident, et elle dégage franchise et droiture. On se tient loin des faux-semblants ici ! Avant de nous lire un extrait d’Enthéos, les premières pages en fait, elle nous a décortiqué le titre et c’est là que je regrette de ne pas avoir eu une mini-enregistreuse à la portée du sac à main ! Julie en a décortiqué le sens, je me souviens qu’il y a un lien avec l’enthousiasme et l’inspiration. L’inspiration viendrait du souffle de Dieu en nous. Je l’ai compris ainsi mais peut-être que l’auteure nous laissera un message pour nous éclairer.

Éric Simard, son directeur littéraire (un homme que j’ai trouvé pétillant et vrai), en a profité pour nous parler de sa propre implication, intense et intéressante avec une « élève » aussi ouverte pour un professeur (J.G.R. est professeur d’histoire au Cegep).

J’ai supposé que cette collaboration se nourrit un de l’autre. Je pressens que plus l'auteur a confiance en soi, moins il se sent personnellement attaqué par la portée des remarques. Une réelle ouverture permet d’accepter les remises en question pour pousser le travail d’écriture à son maximum. C’est essentiel car sinon pourquoi consulter un directeur littéraire si c’est pour faire fi de tout ce qu’il suggère ! En fréquentant le blogue de Julie Gravel-Richard j'ai suivi chaque étape du remaniement du manuscrit de concert avec Éric Simard. J’étais déjà étonnée de cette manière de procéder. Il me semblait que cette implication de la part du directeur littéraire n’était pas d’usage courant. Une légère supervision, oui, mais pas ce travail d’accompagnement en plusieurs étapes.

J’ai eu une réponse à ce sujet hier soir et c’est Adeline Corrèze de chez Septentrion qui nous l’a gentiment donnée. Je dis « nous » car étaient présentes « Jules se livre » et Virge que j’ai eu le bonheur de rencontrer en personnes ;-). Pour la collection « Hamac », j’ai appris que c’est une volonté ferme de Septentrion d’accompagner les auteurs à ce point dans leur démarche. Cela se faisait beaucoup auparavant et avec le temps, cet art de faire s’est perdu. On le reprend. À mon avis, c’est heureux. J’y crois beaucoup. Il y a certains romans qui se trouvent entre nos mains et qui, franchement, auraient eu avantage à être fouillés. Il y aurait matière à élever la qualité d’un cran, deux crans … trois … quatre …

Encore plus de raisons d’être titillée par l'envie de lire « Enthéos » ! Si je me garde de le faire, c’est que je désire le lire en solo, il faut donc que je termine les trois lectures que je mène de front ; Champagne, Big Bang, Une divine plaisanterie.

De me connecter à cette fébrilité passionnée autour de la chose littéraire, déployée dans la chaleur humaine, m’a donné des ailes ; pour le plaisir de savoir que ça existe !

*** Pour la version de l'auteure sur l'événement, consultez son Jour J directement ici.

mardi 26 août 2008

Le froid modifie la trajectoire des poissons - Pierre Szalowski

Bon, ramassons nos idées, il est temps de parler de ce sympathique roman, sans prétention aucune. Pour le résumer beaucoup, on pourrait dire que LA tempête de verglas de 1998 sort le voisinage d’un enfant de 10 ans de sa trajectoire de vie, comme le froid fait dévier la trajectoire des poissons. Une ligne en caractère gras sera tirée entre le « avant » et le « après » la tempête. Et vive la tempête, pourrait-on conclure !

Le cœur de l’histoire part justement du cœur d’un enfant de 10 ans, jamais nommé, qui découvre que ses parents veulent et vont se séparer. Il implore le ciel et qu’est-ce que le ciel fera pour l’aider ? Une tempête de verglas. Eh oui, ni plus, ni moins !

Plusieurs histoires de plusieurs personnes se chevauchent, se réunissent sous la chaleur d’une ampoule allumée ou d’un cœur qui bat la chamade de l’amour universel. C’est d’ailleurs de la nature humaine à son meilleur dont il est question, ce qui en fait une histoire très optimiste. Bon enfant même. Quelques séances de défoulement sur le divan du psychanalyste qui l’héberge pendant la panne d’électricité transformeront un père amer et vulgaire en homme posé et aimant. Il y a des histoires qui sont venues me chercher un peu plus, comme celle du Russe qui fait des expériences avec les poissons en compagnie d'une belle voisine danseuse nue. Cela vient peut-être de l’idée que l’amour qui entre en trombe dans une vie vient la bouleverser aussi sûrement qu’une tempête de verglas.

Mais je vous parle des voix mitoyennes à la voix centrale, celle du bambin qui pleure la séparation de ses parents et quand je dis « pleure » c’est au sens littéral. Plusieurs personnes pleurent dans cette histoire, je le note car je dois avouer que c’est un détail qui m’a énervé à la fin. Je ne percevais pas vraiment d’émotion sous le pleur, faut-il dire, peut-être parce que le ton voulant rester léger, naviguait à la surface des événements et des personnes.

Il est devenu clair pour moi que Pierre Szalowski voulait arriver à ses fins : démontrer combien les enfants sont des pions que l’on bouge sans y prendre garde lors d'un divorce. C’est peut-être moi qui suis trop sensible à l’idée de me faire « vendre » une quelconque idée dans un roman, qu’elle soit très valable ou non, mais le tissu était cousu de gros fils blancs.

Malgré tout, cette histoire appelle à l’indulgence pour le baume heureux qu’elle pose sur les misères humaines, dès le départ, tout est en place pour que ça aille bien et ça se sent. En tout cas, moi, je l’ai senti comme l’on sent fleurir la fin heureuse d’une comédie romantique. J'ai quand même trouvé que la fin et ses dénouements heureux s'étirait en longueur. Cela m'a fait réaliser combien la nature humaine est ainsi faite qu'elle est captivé par le duel, l'opposition, le paradoxal, le nébuleux, le mystère quoi !

Tout bien considéré, je me dis qu'il fait bon de s’offrir de ces petites réconciliations avec la vie, non ? En autant que les attentes soient ajustées en conséquence d’un roman à laisser fondre sur la langue comme du tendre nougat au miel.

dimanche 24 août 2008

Une brève histoire du tracteur en Ukraine

Voilà une histoire abordée d’une manière des plus originales et je dirai heureusement parce que les questions pourraient se poser gravement ; Quoi faire avec un vieillard qui, après la mort de sa femme, perd la tête pour une femme qui a de grosses boules, dont il a lui-même défrayé le coût d’ailleurs, surtout quand ce vieillard est votre père ?! Doit-on laisser une personne âgée faire tout ce qu’elle a envie de faire avec le patrimoine familial parce qu’elle a l’âge de raison ? Les deux filles de ce père Ukrainien, (un génie fou ou un fou génial ?) vont se les poser et y répondre promptement : Non ! On assiste donc au conciliabule de ces deux sœurs, diamétralement opposées dans leur conception de la vie, pour comploter dans le dos de Valentina, la profiteuse, celle qui désire la supposée richesse de leur père mais pas ce qui vient avec, la vieillesse.

Le ton et la structure du roman maintenant, parce que toute l’originalité vient de là. Le ton est mi-figue, mi-raisin et aussitôt que l’on pense qu’il est sérieux, on s’aperçoit que non, pas du tout. Il y a un humour, poussé dans les situations, et subtil par le ton. Les personnages ne sont pas des clowns, loin de là, ils se prennent tous au sérieux, même les plus risibles, dont le père et Valentina. Si on est chatouilleux sur la vulnérabilité des personnes âgées, sujet que l'on considère tabou, le ton pourrait paraître irrévérencieux tandis que pour les autres il sera carrément désopilant.

La structure du roman est très spéciale, on ne fait pas dans la banalité et le conformisme. Le dévoilement des personnages se fait par petits coups, par des situations loufoques, leur passé sera dévoilé doucement ouvrant une fenêtre sur leur drame présent.

Le fil conducteur n’a pas l’air d’être tenu solidement et puis, surprise, il l’est, ce qu’on réalise pleinement à la fin. La brève histoire du tracteur en Ukraine est le livre rédigé par le père et il nous le lit au fil du roman. On aime ou pas, disons que mon conjoint a plus aimé que moi.

Je dis un gros bravo à cette auteure d’une première œuvre pour avoir abordé avec intelligence et humour un sujet humain ; jusqu’où peut-on intervenir dans la vie de nos parents vulnérables parce que très âgées. Il aborde aussi le thème du jugement, car tout le monde se juge d'après les apparences dans cette histoire. J’ai bien aimé me promener sur le fil de rasoir de la drôlerie et de la gravité, c’est une expérience d’ambigüité très intéressante. Et moi qui ai pris soin de ma mère jusqu’à l’âge de 91 ans, de concert avec mon frère avec qui je ne voulais pas m’entendre (il a bien fallu pourtant !), me fait dire que cette histoire en est une d’actualité, déjà présente pour certains et à venir pour tous !

À lire avec du recul, en se donnant la permission de rire de situations à ne pas étiqueter « sacrées » seulement parce que vécues par des personnes âgées.

vendredi 22 août 2008

Récolte gaspésienne

Nous quittons la Gaspésie demain, emportant mille souvenirs et une pochette d’agates. J’emporte aussi trois livres étampés lus :  Le froid modifie la trajectoire des poissons, Une brève histoire de tracteur en Ukraine et Sans cœur et sans reproche.

Je suis incapable de rédiger mes commentaires de lecture d’ici. Mes idées sont gelées, même par pareille chaleur. Ne désespérez pas, aussitôt revenue dans mon pays ombragé d’arbres et de courants frais, les idées devraient se réchauffer et, j’espère, se bousculer au portillon (est-ce que ça paraît que je supporte mal la chaleur ?)

En tout cas, ce fût de très belles vacances, dépaysantes, étourdissantes d’espace et d’air de mer.
À bientôt !

mardi 19 août 2008

Le temps se retient de passer

Du Café de la Vieille Usine à l'Anse-à-Beaufils (photo ci-contre), le temps se retient de passer, c'est ce que je lui ai commandé en fait. Il m'obéit au doigt et à l'oeil puisque la vitesse de connexion est si lente, si je compare à la vitesse intermédiaire de chez moi, que je n'ai pas le choix de "prendre" du temps. Prendre de mon temps pour vous écrire un mot, ça me fait un immense plaisir. Cela aurait été chose possible du Gîte La Rêvasse, seul hébergement de notre itinéraire qui offre ce service mais le soir, je reviens trop fourbue de vent, de soleil, de marche. Un peu courbaturée aussi de mes audacieuses positions sur des rochers à lire mon roman sur "Le froid modifie la trajectoire des poissons". Un livre sur les poissons devant la mer et ce n'était même pas planifié. Je l'achève d'ailleurs.

À la Vieille Usine, ici, les musiciens se préparent à la venue de Kevin Parent qui donnera deux spectacles demain, celui de 5 h 30 étant une supplémentaire. Ceux qui me suivaient l'année passée savent que c'était Plume Latraverse. J'essaie donc de me concentrer malgré la belle musique forte qui entre, veut ou veut pas, par mes oreilles. Bientôt, j'irai rejoindre le bruissement fort des vagues, elle est tout à côté qui m'attend. Marc aussi, malgré qu'il soit en si bonne compagnie ; ses agates, ses chères agates ! La récolte est assez bonne en considérant bien sûr qu'un chasseur d'agates n'en a jamais assez.

Demain, nous déménageons mais à Percé même. Nous irons sous un autre toit, un presbytère aménagé en Gîte, ce qui est de plus en plus courant. D'ailleurs, à Nouvelle, nous serons à l'Abri du clocher, un autre presbytère, et dans la chambre du Monseigneur s'il vous plaît ! Mais pour revenir à notre déménagement, ce n'est pas par caprice, on ne pouvait pas nous accommoder pour quatre nuits à La Rêvasse, et cela même en réservant deux mois à l'avance. Jeudi, nous quittons la pointe de la Gaspésie, nous dirigeant vers la Baie des Chaleurs, même si la chaleur semble s'être déplacée vers nous puisqu'aujourd'hui le survêtement n'est pas nécessaire. Les moins frileux osent même la trempette à la mer. Nous sommes extrêmement chanceux point de vue température lors de nos expéditions en Gaspésie. Le ciel nous aime et nous l'aimons.

Je suis sous la tutelle de ma pile qui se décharge progressivement, elle surveille le temps que je passe derrière un écran. Je suis sous haute surveillance et avant qu'elle me donne son ultimatum, je vous laisse pour mieux vous revenir avec plusieurs compte-rendus de lecture qui vont bientôt débouler.

Petite note : ce billet est parti en différé, c'est à dire du Gîte La Rêvasse tard le soir, la ligne Internet de la Vieille Usine n'était pas seulement lente mais avait d'importantes ratées rendant impossible de passer la barrière "temps".

samedi 16 août 2008

Un 15 en différé ... Comptez jusqu'à cent

Coucou !

Je trouve ça bien drôle de vous parler en ce moment et d'être en Gaspésie ! Nous avons laissé notre maison "La Jeanne" à des amis et nous sommes sur la route avec le but d'arriver à Petite Vallée à la Maison Lebreux et nous sustenter de leur fameuse bouillabaisse.

Au gré des branchements possibles, par exemple à Percé au gîte La Rêvasse cela devrait être possible de vous envoyer des commentaires de lecture. Ils vont donc se rédiger sur le bord de la mer, mon style va peut-être s'en trouver transformé, qui sait ! Je termine tout bientôt mes deux lectures en cours : Sans coeur et sans reproche et "Petite histoire du tracteur en Ukraine". Ensuite, j'entame "Le froid modifie la trajectoire des poissons" en espérant que ce titre n'est pas un pronostic et qu'il va faire chaud, étant certaine que le froid modifie la trajectoire des humains aussi ...

En attendant, il y a mon commentaire "Compte à rebours" de"Compter jusqu'à cent" de Mélanie Gélinas, la Recrue du mois d'août.
Ce roman ne peut se lire comme un roman, donc je ne peux rédiger mon commentaire comme un commentaire. Je dois tout de suite dissocier l’écriture du propos et pour moi c’est essentiel. En même temps que je l’écris, je me pose la question ; peut-on vraiment le faire ? Dans le but d’être mieux comprise, je vais répondre oui. Il y avait d’un côté cette écriture qui m’amenait sur des sentiers jamais empruntés, de l’audace dans la tournure, du mystère parce que de la profondeur et du symbolisme et un abandon total à l’instinct du mot. J’en mangeais d’un côté et j’en rageais de l’autre, contre la source de ces mots, contre cette douleur apaisée seulement parce qu’exposée, car sinon toujours aussi vive.

Un tête à tête avec la douleur, c’est étouffant. J’aurais aimé pouvoir me débattre et m’éloigner. Personne n’aime la douleur, en tout cas moi de celle-là, je n’en pouvais plus. Je prenais une dose à chaque soir et chaque soir le souvenir de la veille m’étreignait. L’auteure est si talentueuse qu’elle possède l’art de tenir le Lecteur prisonnier de sa toile tissée de maux où parfois passe de l’air, pas souvent, et seulement pour lui faire réaliser qu’il en manque. Une expérience que j’ai trouvée difficile, je l’avoue, malgré et à cause de la valeur de l’œuvre. Si l’écriture n’était pas aussi intense, impliquée, évocatrice, j’aurai pu me faufiler, me glisser par la bande.

Alors, j’ai souffert avec elle, ou avec Anaïs qui est « elle ».

Au risque de paraître superficiel en regard d’un propos aussi grave, j’ai beaucoup aimé le concept, chaque chapitre qui se compte jusqu’à cent et même le volume du roman, carré, que l’on appréhende pour le posséder entièrement. Le cent avait donc beaucoup d’importance puisque toute la question était d’y arriver. Avec le cent, il y avait la fin, il y avait le vide. Je ne l’ai pas vécu longtemps, ce vide, puisque la postface invite le Lecteur en deuil à poursuivre. J’y suis entrée pour me consoler et aussi par curiosité. J’en suis sortie très rapidement et j’aurais aimé plus rapidement encore. J’ai perçu cette analyse comme trop rapide pour moi et je préfère dans le cas d’une œuvre palpitante de vie de ne pas la soumettre à une autopsie, aussi savante soit-elle.

Je laisse à l’auteure les mots de la fin :

"Maintenant quand mes doigts se recroquevillent sur la plume, je suis en danger de mots. Je ne peux écrire que ma mort. Je suis condamnée à investir un bijou dont l’issue est un éternel achèvement, un recommencement perpétuel, une rechute inassouvie dont la finalité est le deuil d’un parfait équilibre. Or, le temps est venu de dire que ce soir-là, je ne devais pas mourir seule dans la neige. Je devais vivre ! L’écriture me garde en équilibre sur le seuil de la vie et de la mort. Alors il me faut écrire au Lecteur"
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mardi 12 août 2008

La traversée de l'enfance



Le dernier Café littéraire auquel j’ai assisté dimanche sur la Terrasse de La Marjolaine s’annonçait sous le très inspirant titre de « La traversée de l’enfance ». Devant nous, des auteurs qui ont aussi traversé la délicate opération de passer de lecteur à écrivain puisqu’ils en étaient tous trois à leur première œuvre fictive.

Pierre Szalowski (Le froid modifie la trajectoire des poissons), Nicole Fontaine (Moi, j’avais pas l’habitude de naître) et Bruno Hébert (C’est pas moi, je le jure) ont tous les trois emprunté la voie de l’enfance pour exprimer leur monde imaginaire. Pourquoi cette option ? a été la première question de l’animateur, Antoine Tanguay, remplaçant à pied levé, Danièle Laurin. Trois personnes différentes, trois réponses différentes, et sûrement trois romans totalement différents. Bruno Hébert déclare que ce serait pour se cacher, on peut tout faire dire à un enfant, il n’y aura jamais d’erreur, tout est permis. Pour la liberté finalement. Madame Fontaine y trouve un effet consolant. Quand elle écrit au nom des adultes, la vie se colore de noir foncé, c’est extrêmement dramatique, sans appel. Tandis que les enfants, même si elle ne nie pas leur cruauté, ont dans leur cœur du rebondissement. Il y a de l’espoir. Madame Fontaine s’incarne dans l’enfant pour écrire, l’affirmation a fait bondir Bruno Hébert qui, lui, se dit incapable de fonctionner ainsi. Une sympathique discussion a suivi et une raison a été avancée : Bruno Hébert vivrait encore son état d’enfance ce qui lui aurait facilité la tâche pour faire parler Léon, son personnage de 10 ans. Pour Pierre Szalowski, il fallait trouver la voix juste de l’enfant, ne pas le rendre exagérément mature. Surtout ne pas en faire un adulte. Le choix d’un enfant comme voix narrative est, si j’ai bien compris, pour la force de frappe d’entendre directement le premier concerné du divorce de ses parents.

C’est pour dire combien l’enfant se tient près des parents puisque le divorce est un sujet commun aux trois oeuvres, qu’il soit seulement abordé ou fouillé.

Le public nombreux et extrêmement intéressé l’a démontré par une grande variété de questions et de remarques, certaines je dirais même osées, comme cette dame qui a presque chicané Bruno Hébert d’avoir accepté que «C’est pas moi, je le jure » soit transposé au cinéma en septembre (Philippe Falardeau). Ne vous en faites pas, il sait se défendre. De sa franchise provocante, il nourrit son personnage de marginal, se traitant de paresseux qui n’aime pas l’effort d’écrire. Je pense qu’aussitôt qu’il sent une étiquette lui coller à la peau, il tire sur elle pour la décoller. Ne prenez surtout pas ça au premier degré, empressez-vous plutôt de lire cette histoire avant de la voir au cinéma, c’est toujours mieux, paraît-il. Moi, en tout cas, c’est ce que je vais faire aussitôt que j’aurais terminé « Le froid modifie la trajectoire des poissons ».

« Moi, j’avais pas l’habitude de naître » est le seul que j’avais déjà lu et commenté : ici. Je ne me lasse pas de ce titre, cette déclaration spontanée de l’attachant Marius mis en vedette dans quelques nouvelles de ce recueil. Il sonne à mes oreilles d’adulte : « Moi, j’avais pas l’habitude d’être » Naître ou ne pas être. Il reflète autant la difficulté de naître que d’être.

lundi 11 août 2008

Visite au pays des écrivains





Ça y est, je commence à retrouver des informations avalées goulûment dans les Cafés littéraires. Elles sont évidemment filtrées par ma subjectivité mais une chose reste certaine, et pour celle-là je n’ai aucune doute, ces Cafés littéraires sont infiniment précieux pour les insatiables de curiosité que sont les lecteurs et les potentiels écrivains. Je me suis abreuvée à même leurs confidences données à flot, sans autre digue que celle du temps.

Mon opinion des écrivains s'est haussée d’un cran. Ils sont plus que des conteurs de voyages intérieurs, plus que des photographes d’idées, d’ambiance, de paysages panoramiques, ils sont des témoins qui n’ont pas le choix de transmettre. Leur nature est une impitoyable impératrice qui les pousse à le faire au risque, sinon, d’éclater de leurs trop-pleins d’images, d’inspirations, de réflexions. Ils ont tant à dire ! Une de leurs œuvres leur rend justice comme une parole figée parce qu’imprimée, au même titre que l’album de photos n’est pas le voyage lui-même, seulement ses traces. J’ai compris qu’un roman est la résultante d’un vécu foisonnant, de positions fermes, d’imaginations domptées, et quelques fois même par une discipline de tortionnaire. Ou par le doute ravageur. Ou par la peur qui ne doit pas paralyser mais stimuler, cette peur de ne jamais être à la hauteur de son monde intérieur.

Ce qui me fait l’avancer est d’avoir entendu Monique Proulx (Champagne) nous confier qu’elle écrit environ deux paragraphes par jour, qu’elle les redit dans sa tête pour les entendre dans cette perfection qu’elle a choisie pour eux, complètement soumise à la dictature des mots pour livrer une œuvre qui la satisfasse. Et Bruno Hébert (C’est pas moi, je le jure !) qui déclare sans vergogne qu’il n’a pas terminé son roman. À comprendre que nous avons une œuvre inachevée entre les mains. Si l’affirmation vous choque, voyez-y cette conscience douloureuse de l’idéaliste qui court sans cesse vers plus haut et plus beau. Dani Yvan Béchard m’a renversé ; huit années de sa vie offertes sur l’autel de Vandal Love. Une réflexion poussée si loin qu’elle sort par boulets de symbolismes, nous donnant une quantité telle de sens cachés sous chaque choix que l’histoire se lit suivant le niveau de conscience du lecteur à ce moment de sa vie. Comment ne pas avoir été étonné, dépassé, emporté par cet être si inspiré qu’il se surprend lui-même à chaque minute où il ouvre la bouche : Dany Laferrière. Il était en grande forme cet écrivain qui se prétend japonais pour en être un planétaire. Ses exposés éclatent en mini-explosions choc, nous donnent à réfléchir dans quantité de miroirs, et les images se reconnaissant entre elles, nous font éclater … de rire. La lucidité (ludique) de cet écrivain est étonnante et a rejoint celle de ces « Randonneurs du monde »* et ceux qui ont dû « Voyager de force »*. Ils nous ont tous amené plus loin que leurs propres pas. Le mot « paysage » qu’ils ont étiré dans tous ses sens, le mot voyage l’accompagnant de près pour ce qu’il entraîne de bouleversement des paysages, état indispensable pour détourner le regard de l'écrivain de l’arrière-fond des habitudes, mœurs et coutumes pour aller puiser au plus profond de lui avec le récipient de sa conscience.

J’espère que ce premier jet (évitant ainsi le débordement !) vous attisera suffisamment pour vous promettre le cadeau de la septième édition Des Correspondances d’Eastman.

* Café littéraire « Randonneurs du monde » : Monique Proulx, François Barcelo, Hugues Dionne, Deni Yvan Béchard – animation vive et intelligente par Ariane Émond
* Café littéraire « Voyager de force » : Naïm Kattan, Neil Bissoondath, Dany Laferrière, animation posée et ouverte par Danièle Bombardier – Porte-parole