Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

samedi 31 mars 2012

Un village, Eastman

Je l’habite depuis 6 ans et demi. Je suis partie de la ville de Montréal, j'ai monté un petit mont en face d’un autre, majestueux, nommé "Mont Orford". Il me regarde ou je le regarde, c’est selon l’angle de la maison ou de la saison.

Le village d'Eastman, qui compte environ 1700 habitants a une pharmacie quand habituellement, un village se mérite sa pharmacie quand il en a 5,000, une épicerie qui s’est agrandie, une quincaillerie qui vend trop cher, quelques restos de trop, puisqu’ils ferment leurs portes en basse saison pour parfois de ne plus les rouvrir. Certains durent et perdurent, et je nommerai ici un Café de village, Les Trois Grâces auquel je suis fidèle depuis qu'il est né. Un autre, Le Petit Eastman est un café théâtre, tandis que le réputé théâtre La Marjolaine a son café et son Piano Rouge en haute saison. Impossible de mentionner le mot Eastman sans parler de ses fameuses Correspondances qui m’ont attirée ici, entre autres attraits, et qui en sont à leur 10e édition en août. Ne les manquez pas, ça vaut le détour !

Eastman, c’est aussi 3 lacs, dont un d’Argent, celui que je vois par mes fenêtres, le même qui a enseveli les corps de 43 personnes handicapées quand un autobus a plongé en ses eaux. On y pense encore, même si ça date de 1978, quand on fait notre marche pour atteindre les boites de casiers postaux où je trouve souvent – avec surprise et plaisir - des livres.

À Eastman, les activités ne manquent pas, et il en faut car ce petit village abrite deux Pâtisseries. Une beignerie, appelée Dora, en l’honneur de celle qui a eu l’idée de vendre ses beignes « maison » à partir de sa maison. Au-dessus de la porte d’entrée, on se laisse convaincre par l'adage « L’abus n’exclut pas l’usage ». Il s’y vend maintenant à peu près tout ce qui se mange : de la fève au lard au creton, de la tourtière à la lasagne, les confitures, et hop plein de gâteaux et de pâtisseries. Aux Avelines, la pâtisserie se fait plus Européenne, le produit vient de plus loin que chez la voisine. Les deux, avec leurs spécialités sont aussi bonnes une que l’autre. Pensez-y, dans un petit village : DEUX commerces pour les gloutons !

On dénombre bien sûr à Eastman plusieurs gîtes, jolis, tranquilles, accueillants et pas dispendieux mais, à mon avis, « Entre Cimes et Racines » cet écogîte en forêt se distingue entre tous. On ne vous y offre pas qu’un toit mais un domaine où le retour dans le passé se fait le plus naturellement du monde. Vous expérimenterez ce que vos ancêtres prenaient pour la vie, sans la traiter de pure ou de dure. J'ai visité ce domaine pendant les Correspondances d’Eastman mais je me promets d’habiter une de ses maisonnettes, idéalement la Troglo, pour Hobbit seulement ;-). Attention, celle-ci fait fureur, il faut réserver quelques mois à l’avance !

Quelques magasins d’antiquité vous font de l’œil et à tous les mois d’octobre, depuis vingt ans, une exposition d’antiquités attire juste ce qu’il faut de monde pour que Eastman fasse la belle. Revient à chaque année pendant le temps des fêtes le Salon du cadeau, Les Fioritures en offre à l'année et Le plus fou des deux fait dans le meuble sur mesure. En parlant du sur mesure, Letiga habille élégamment l'homme sous ses pantalons. Vous ne perdez pas de vue que nous sommes toujours dans le même village de 1700 personnes ? D'accord, on continue.

Eastman s'est nanti dernièrement d'un terrain de tennis l’été, d'une patinoire l’hiver. Après le sport, c'est le SPA. Vous n'avez pas oublié le réputé SPA Eastman dont le nom projette dans un bien-être instantané ? Comme si ce n’était pas assez, nous avons une cabane à sucre et son activité saisonnière Arbres Aventures. C’est vrai, j'oubliais qu'une charmante boutique de produits naturels en vrac « Au poids Vert » vous offre de prendre soin de votre santé.

Même si c'est déjà beaucoup pour une si petite population se rajoute une entreprise, et non la moindre, la dynamique savonnerie artisanale, la Savonnerie des Diligences. Un couple d’entrepreneurs a compris que pour attirer la clientèle, il faut innover, prendre des risques, imaginer et surtout donner un produit de qualité irréprochable. Leur dernière idée est de baptiser chaque savon par un personnage qui se raconte. À chaque savon, son personnage (dessiné par Éric Chouteau), à chaque personnage, sa légende. Je ne connaissais pas ce couple en arrivant ici, ils sont devenus des amis. Comment ne pas s’accoquiner avec des gens qui encouragent les artistes ? Marsi, bédéiste qui s’adonne aussi à être mon mari a dessiné une série d’étiquettes exclusives pour des savons à l’odeur de chacun des personnages de son album BD Miam miam fléau.

Je ne vous dirai pas qu’il y a un bureau de poste (ouvert le samedi et le dimanche pendant les Correspondances !), une église, un Club de l’âge d’Or, une maison des jeunes, mais je vous dirai que nous bénéficions d’une bibliothèque grâce au bénévolat de quelques personnes dévouées. Parce qu’il y a un club de lecture à Eastman, village des lettres oblige !

J’ai aimé les six années et demi que j’y ai vécues et je compte y revenir souvent en tant que visiteuse. Vous aussi, je l’espère !

mardi 20 mars 2012

Paul au Parc - Michel Rabagliati

J’aurais tant à dire ces temps-ci, que je ne sais plus où donner mon coup de pelle pour casser la glace de ce Passe-Mot qui se tait. Tous ces textes qui se n’écrivent pas faute de temps se murent en moi. Aujourd’hui, en ce printemps de calendrier qui se fait été en réalité, la glace a fondu et je me suis dit, commençons par un Paul au parc. Justement parce que cet album dégage une odeur de liberté estivale ressentie par les écoliers durant la saison chaude.

Le petit Paul a environ une dizaine d’années. C’est un gamin pas très fonceur, de nature obéissante, il entend ses désirs en sourdine. Il n’est pas certain de désirer se joindre aux scouts alors, prudemment, il ira les épier. Il se fera surprendre en flagrant délit d’espionnage par un des animateurs et il décidera d’embarquer dans la galère.

L’album nous renvoie des anecdotes de cette vie chez les scouts, animateurs et scouts confondus. Je connaissais vaguement la vie des scouts, maintenant je saurais de quoi il en retourne avec cet album qui nous la relate sous forme de chroniques amusantes et bien racontées. Ma lecture m’a fait vivre un retour aux anciennes valeurs d’entraide, de dévouement, de bénévolat. Certainement que l’on réalise qu’à cette époque des années 70, le temps tournait à une autre vitesse. Rabagliati décrit toujours aussi bien la vie de famille et cette fois la proximité avec la parenté crée des situations cocasses. C’est l’œil adulte qui regarde le tableau, pas celui de l’enfant qui, lui, ne trouve que des avantages à être entouré de près par sa tante, son oncle et sa grand-mère.

J’ai retiré un plaisir tranquille à suivre ces chroniques et son fil conducteur. J’ai d’ailleurs eu le temps de me passer la remarque qu’on n’y retrouvait pas l’intensité dramatique d’un Paul à Québec.

C’est sous-estimé le sens inné de l’histoire de Michel Rabagliati que penser qu’il n’y a pas de lien qui attache solidement ces tranches de vie. Alors, un conseil, attachez vos tuques, la fin secoue et donne tout son sens à l’album.

vendredi 16 mars 2012

Désirs vertiges et autres folies - Elisabeth Locas

« C’est de la chick lit », a affirmé Elisabeth Locas lors d’une entrevue accordée à RDI. C’est de bon augure quand une auteure assume le genre dans lequel elle écrit. Elle a tout à fait raison de le dire, on y retrouve la facture chick lit.

La jeune femme que l’on suit dans chacun de ses déplacements de reporter est une héroïne comme il s’en fait dans le genre. Elle a une capacité herculéenne, mais ne le réalise pas. Elle peut travailler jusqu’à 18 heures par jour pour percer dans le milieu journalistique, sans que son statut de jolie femme blonde y soit pour quelque chose. Autant il existe le profil de la femme qui aime trop, celui de celle qui travaille trop prend sa source d’une confiance en soi déficiente. Comme dans l’amour, ça pousse une personne à se rendre indispensable. Évidemment dans ce cas-ci, ses patrons masculins en abuseront sans vergogne et, chick lit oblige, tous les hommes seront pendus à son charme et à sa beauté, alors qu’elle ne se trouve même pas jolie. Au fait, elle ne réalise pas grand chose, ce qui devient le principal levier soulevant les nombreux rebondissements de l’histoire.

Nous accompagnons donc Maxime, 27 ans, tout au long de son apprentissage vers l’intériorisation. Un paradoxe bien pensé que cette reporter qui, de par son métier, est toujours sur le qui-vive des événements extérieurs, passant à côté de sa vie intérieure. Elle se fuit. Aussitôt qu’elle ne travaille pas, elle remplit le temps. C’est le party, les rencontres avec ses amies, les bouffes avec un ami de toujours, ses visites réconfort chez une vieille dame. Sans oublier, ses parties de sexe, très captivantes d’ailleurs.

Même si, au départ, j’ai dû m’acclimater à l’étouffement procuré par ce face-à-face avec un être égocentrique, j’ai apprécié ma lecture et ce, pour plusieurs raisons. Pour les révélations sur la vie d’un reporter au journal télévisé. Pour les captivantes scènes de sexualité décrites sans mièvrerie ni vulgarité. Pour les clins d’œil à la littérature. Pour les valeurs qui percent à travers une histoire convenue qui peuvent pousser à une réflexion sur l’apparence et le sens de la vie. Mais je donne la palme au style rythmé, maîtrisé. On dirait que l’auteure a écrit des romans toute sa vie. J’y ai trouvé une habileté indéniable à découper les scènes par séquences. L’histoire est ordonnée et fourmille d’un visuel détaillé.

Fait notable, j’ai apprécié ma lecture jusqu’au bout, tout en sachant ce qui allait arriver. Ce qui me fait dire une fois de plus, qu’en littérature, les moyens utilisés comptent autant, sinon plus, que la fin.

mercredi 7 mars 2012

Textes de Venise

Oh, que j'ai pris du retard pour respecter mes promesses de publication ! Je manque de temps et pense qu’il serait à propos que je vous informe que le vent du changement souffle en la demeure. Notre maison est sur le point de se vendre. Nous quittons Eastman pour déménager à Québec ou Lévis, et pour plusieurs raisons. L’amour de la ville, ses commodités, et l’amour de cette ville, sa beauté. La proximité pour occuper un travail régulier, à temps partiel pour moi. Étant trop nerveuse pour conduire une auto, ce n'est pas très pratique de dépendre autant de mon chevalier servant ! Qui plus est, un rapprochement de la Gaspésie pour Marc, de mes garçons, pour moi. Une maison et un terrain plus modestes, réclamant moins d’argent et de temps seront de rigueur, on connait mieux nos besoins et nos capacités maintenant ! Voilà, c’est dit. Ça explique le rythme différent de publications au Passe-Mot. Je me demande d'ailleurs s’il n’en sera pas ainsi pour un certain temps encore. Tout n’est pas réglé, la future maison n’est pas trouvée ...

Mais revenons à nos brebis. Après le texte de Marc, je vous avais annoncé les miens. Le premier est adressé à Plus on est fous, plus on lit, pour répondre à leur question « Pourquoi me choisir en tant que membre du jury pour Le Combat des livre ? » Et l’autre, eh bien, c’est une recette, mais attention, pas n’importe quelle ! Elle vient de la mère de Monsieur B et j'y ai rajouté mon grain de sucre sur un site qui donne le goût par les mots : Synesthésie.

###

Et voici ce que j'appellerai mon plaidoyer candide pour faire partie du jury :

"Je suis et aime Le combat des livres depuis ses débuts. Je crois à cette formule qui attire l’attention sur l’œuvre et l’écrivain d’une manière originale et dynamique. Elle va dans le même sens que la mission que je me suis donnée voici cinq ans au Passe-Mot de Venise, un carnet de littérature principalement québécoise.

Cette mission s’est imposée le jour où j’ai réalisé que l’on se souciait de plus en plus d’acheter localement, sans se soucier de lire de plus en plus localement. De se découvrir à travers nos auteurs Québécois ou Canadiens, avant de désirer qu’ils soient découverts universellement m’apparaissait également dans l’ordre des choses. Et, finalement, mon admiration pour la ferveur de l’écrivain, volant à sa vie chargée, du temps pour écrire une œuvre qui, si chanceux, se vendra à cinq cents exemplaires, a donné des ailes à ma plume.

On dit de moi que je suis une personne remarquable pour son ouverture sur l’autre. J’aime la communication, les ponts jetés entre l’autre et soi. Je me penche sur chaque roman comme si c’était un être humain qui me confiait les tréfonds de son âme. J’ai découvert au fil de ma vie que, plus on prend conscience de sa subjectivité, plus on peut tendre et prétendre à l’objectivité. En ce sens-là, il me tarde d’entendre ce que chacun des panélistes aura à dire, clamer, crier (!) sur les œuvres qu’ils défendront.

J’ai couramment participé à des expériences collectives, orales ou écrites, ce que je poursuis en rédigeant à La Recrue du mois, un webzine mirant les premières œuvres littéraires québécoises. Nous sommes plus d'une douzaine de rédacteurs-trices et nos commentaires de lecture sont si différents, qu'ils me démontrent combien une opinion a sa vérité. Cette expérience serait fort utile pour une prise de position à cinq têtes sans s’arracher les cheveux !

Je choisis, lis, commente, promeus la littérature québécoise dans le but qu’elle fasse partie intégrante de nos vies. J’y consacre beaucoup de temps et d’énergie et cette expérience de jury, je la prendrais comme une récompense « boomerang ». J’espère que vous réaliserez que vous avez devant vous une personne mûre pour être membre de votre jury, avec le temps, l’énergie et la motivation pour le faire !"

jeudi 1 mars 2012

Textes de Marc & Venise – partie 1

Marc et moi tentons parfois notre chance en participant à des concours. Ce fut le cas dernièrement pour le concours membre du jury – Combat des livres, j’en ai parlé dans mon dernier vrac. Je devais participer au concours de l’émission « Apparences trompeuses », avec ses super beaux prix, et je ne l’ai finalement pas fait. Marc, oui. Nous avons su hier qu’il n’a pas été sélectionné.

Une histoire demande toujours à être lue, alors pourquoi ne pas le mettre en ligne au Passe-Mot, me suis-je dit. En plus, ça me donne l’occasion de vous dire qu'ils ont besoin de vous. Chacun des cinq finalistes ont gagné 500 $ en certificats-cadeaux Renaud-Bray et le grand gagnant parmi les textes finalistes empochera 3,000 $. Et comment vont-ils déterminer la meilleure histoire ? Par vos votes, messieurs dames ! Il y a donc 5 textes de 450 à 600 mots à lire sur le site de Radio-Canada. J'en ai parlé Chez Venise, les participants étaient invités à raconter une histoire de famille, réelle ou fictive. L'originalité du récit, la richesse de la narration et la qualité du français étaient les critères qui guidaient le jury dans leurs choix.

Alors, sans plus tarder, voici le texte de Marc Simard :

Les mangeoires

Un visage flottait sur l’eau et c’était celui de Claire. C’était celui de l’enfant qu’elle avait été, c’était celui de tous ceux qu’elle avait perdus. Les cieux étaient noirs, les étoiles aussi. Son gros ventre plein ressortait à la surface de l’eau comme une île blanche. La nage sur le dos serait bénéfique, lui avait assuré une dame. Les oreilles calées, les yeux ouverts sur le ciel, elle regarda Saturne au loin et se souvint de sa journée.

Elle avait nourri les oiseaux. Deux mangeoires, une pour les passereaux, une autre pour les corneilles et les geais. Elle adorait nourrir ces êtres, participer à leur envolée et à leur atterrissage. Chaque matin, elle remplissait de graines et de gras les petits réservoirs et observait le passage affairé de ses hôtes. Puis, ce matin, elle commença sa journée par de simples mais épuisantes tâches qui allaient l’occuper tout le jour. Des tâches de maison qui l’obligeraient à rester enfermée sans autre temps pour réfléchir. Son mari l’avait à l’œil. Il était marchand. Un bon marchand qui ne savait faire que cela, tenir son dépanneur.

Il aimait Claire. Il l’avait toujours aimée. Cette femme était ce qui lui importait le plus au monde. Elle était un bien précieux qui lui procurait une jouissance rare. Pour cela et aussi parce qu’il la chérissait infiniment, il lui interdisait tant qu’il le pouvait ces élans qu’elle avait parfois de trop vouloir se lier d’amitié. Il la protégeait, se la réservait et allait, sans remords, jusqu’à la tenir à loin du monde. Et lorsque l’un des clients demandait à la voir, il amenait Claire comme l’on apporte un écrin, veillant bien à ce que la conversation qui s’engageait soit brève et anodine. Chacun estimait l’homme et peu faisait de cas de cette possessivité. Au contraire, les gens prenaient en exemple ce couple. Ils voyaient, dans cette passion, la manifestation d’un amour pur.

Depuis que Claire était enceinte, l’attitude du marchand s’était affutée. Plus question de tourmenter sa femme avec ces envies de la saluer ou de lui dire un bon mot. Non, il ferait lui-même les messages. Les gens comprenaient. Lui qui avait tant de fois tenté d’avoir un enfant, voilà que Claire était de nouveau pleine. Une sixième grossesse, s’ils savaient bien compter. D’accord, les autres fois, tout avait été de travers, mais celle-ci était la bonne. L’espoir reprenait ses droits. On verrait le minois de ce petit. Claire se laisserait enfin aller à sourire. Et leur marchand serait le plus heureux des pères.

Le visage de Claire flottait sur l’eau et son ventre se serrait de plus en plus. Elle avait passé la journée à astiquer ce plancher déjà si propre jusqu’à ce que la première douleur naisse. C’est ce que son mari lui avait toujours prescrit. Trente-neuf semaines, l’enfant était à point. Elle regarda Saturne qui scintillait et se souvint de cette mésange qui lui avait picoré le doigt ce matin. Et elle eut cette vision : elle était une mangeoire.

Ce monstre qu’elle aimait et qu’elle avait toujours aimé n’aurait pas à sortir l’enfant de ses entrailles cette fois. Puis il n’aurait pas à le tuer. Claire, qui ne s’aimait pas et ne s’était jamais aimée, n’aurait pas à le préparer, à le cuire et à le servir à son mari. Elle n’aurait plus à le regarder se délecter. L’ogre avait fini son œuvre.

Elle regarda Saturne et se laissa couler.


+ + +
à suivre : textes de Venise - Partie 2. (dans 2 jours !)

mardi 28 février 2012

Vrac bissextille

Combat des livres
Vous vous souvenez que par les années passées, je suivais le combat des livres chez Christiane Charrette. Fallait s’y attendre, gros changement en cette 9e édition, Christiane Charrette n’y étant plus, c’est Plus on est de fous, plus on lit qui prend la relève. Avec ce changement de mains vient une restructuration : 4 livres au lieu de 5 et la présence d’un jury pour arbitrer le combat. Ce jury est composé de lecteurs passionnés, sélectionnés parmi une marée de candidatures, dit-on. J’ai tenté ma chance mais mon nom n’a pas été retenu. Dommage, j’aurais bien aimé.

Vous vous mourrez de savoir quels livres seront défendus et par qui ?
# Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, défendu par Gildor Roy
# La petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie défendu par Yves Lamontagne
# Le sourire de la petite juive de Abla Farhoud, défendu par Nabila Ben Youssef
# La voleuse d'hommes de Margaret Atwood, défendu par Tasha Kheiriddin.

Je me mourrais de savoir qui avait été choisi comme jury :
Sébastien Corriveau ; Fanny Fennec ; Denis Gingras ; Ouanessa Younsi ; Charles Milliard

Début : le 26 mars. On s’en reparle !

BD - par la bande
Vous connaissez peut-être la pièce Le Dragon bleu de Robert Lepage et de Marie Michaud, mais saviez-vous qu’elle a été mise en images par Fred Jourdain et éditée chez Alto ? Heureuse initiative puisqu’elle est en nomination aux Prix Bédélys 2012 dans deux catégories dont une où il est le seul album québécois (Prix Bédélys Monde). Les gagnants seront annoncés le 4 avril 2012 à l’auditorium de la Grande Bibliothèque.

Un tout nouveau festival BD fait son apparition ... à Montréal (FBDM). Surprenant, mais il y en avait pas encore, tandis que celui à Québec : Festival de BD francophone au Québec fête ses 25 années d’existence ! Pour le FBDM, l’initiative revient à un libraire impliqué, passionné et je rajouterai, chaleureux, François Mayeux. Qui l’aime et aime la bande dessinée le suive ! Le Festival, à sa première édition aura lieu les 1er, 2 et 3 juin 2012 à l’Espace La Fontaine, au parc du même nom. Monsieur Mayeux est bien connu de la Planète BD, puisqu’il est en le libraire propriétaire ! Si vous êtes néophyte, vous voulez faire un cadeau, cette librairie déborde de bandes dessinées et vous pouvez compter sur un guide passionné. Les amateurs y accourent, ne serait-ce que pour les ex-libris qui sont remis avec l’achat d'une bande dessinée québécoise ... tant qu’il en reste.

Si la langue française m’était contée
Au hasard, j’ai sorti pour vous un mot de mon super beau dictionnaire « Si la langue française m’était contée ». Par « beau », j’entends épaisses pages glacées garnies d’amusantes illustrations. Et d’une clarté invitante. On y fouille la terre des mots pour y découvrir les racines.
LienChamade
n.f. : Aujourd’hui, c’est toujours le cœur qui bat la chamade. En effet, ce mot n’est plus guère utilisé que dans cette expression. En toscan, ciamata signifiait clamer. Le mot désignait en vocabulaire militaire le roulement de tambour ou la sonnerie de trompette qui annonçait aux assiégeants que l’on était prêt à capituler.

On lit plus : livres et e-book confondus
Les e-books représentent 10% des ventes de livres au Canada anglophone. La vente de livres imprimés est en hausse de 4% : comparaison entre la première semaine de 2012 et la première semaine de 2011.

Du côté des bibliothèques publiques, les e-books représentent 3% de la circulation totale. Les bibliothèques canadiennes enregistrent une hausse de la circulation globale (+9%), et une véritable explosion de la circulation de livres numériques (+50%).

Moi @ Voir
Je me suis encore trempé l’orteil hors de la sphère littéraire. Les décisions de Radio-Canada au secteur Information m’inquiète, je n'ai pas eu d'autres choix que de m'indigner.

jeudi 23 février 2012

L'heureux destin des fous - Francine Allard

Marcel Broquet, nouvelle maison d’édition pour moi, nouvelle auteure pour moi. Le « pour moi » est important à mentionner, elle est nouvelle pour moi mais Francine Allard est loin d'être une nouvelle auteure ! Elle a écrit plus de 45 ouvrages pour des publics de tout âge.

En parlant d’âge, par l’épaisseur du volume et son apparence, j’ai cru qu’il s’adressait aux adultes. J’ai rapidement compris qu’il s’adresse également à la jeunesse, par le style, par le ton.

C’est justement l’histoire de personnes qui resteront toute leur vie des jeunes de cœur, Bertrand Chenette et Nadia Simard, tous deux retardés mentaux. Ils forment un couple, sont âgés dans la vingtaine avancée et pourtant leur mère Sylvia les appelle « les enfants » et parle d’eux en n’ayant pas peur des mots. J’ai quelque peu sursauté quand elle les a nommé corniauds ! De ce couple d’enfants naîtra un enfant, Félix qui, lui, sera intelligent. Jusqu’à date, nous sommes sur le plancher des vaches mais ne vous y fiez pas, ce roman flirte avec le monde extra normal.

Un scientifique, Paul Simard, le père de Nadia et amoureux de Sylvia, a inventé une machine pour faire avorter les tornades, la Zéphira X-56. Il travaille en secret, ou plutôt tente de travailler en secret. Mais comment garder le secret avec des fouines candides et crédules comme « les enfants » Bertrand et Nadia. Et quant à naviguer sur les vagues de l’imaginaire, aussi bien s’en donner à cœur joie, rien de moins que Le Pentagone finira par s’en mêler.

Toute l’action se déroule dans un chic et chaleureux manoir où tout va bien, même quand ça va mal. Je m’explique. Ce roman contient de l’action bien sûr, ce n’est pas un roman fourmillant de réflexions existentielles, sinon il n’aurait pas été classé « famille », j’imagine. Il faut que ça bouge et ça bouge. Mais même au cœur de l’action, la tension dramatique ne perdure jamais plus que quelques paragraphes. Nous habitons à demeure dans le meilleur des mondes, même quand les événements tournent mal, même devant les personnes viles. Les malchances, catastrophes, odieuses transactions sont rapidement récupérées et on se console rapidement autour d’un chocolat chaud, si je peux m’exprimer ainsi.

Bien sûr, les enfants, surtout les faux, sont candides pour ne pas dire innocents, mais je crois que j’aurais embarqué plus sûrement dans l’histoire, si ce ton ne s’était pas propagé aux adultes. J’aurais apprécié un contraste plus accentué entre le monde des adultes, conscients du facteur temps, et celui des « enfants » où tout semble assez magique. Le scientifique et la sœur de Sylvia, Myriam, tout le monde a un ton qui chante la mélodie du bonheur. Par exemple, quand Sylvia voit Paul la première fois, tout de suite son cœur bat la chamade et à la deuxième rencontre, ils en sont à l’engagement, comme s’ils se connaissaient depuis cent ans. La mort, l’amour, la trahison, les découvertes extravagantes, tout se passe sous le facteur temps en accéléré, ce qui m’a procuré la sensation de surfer à la surface de l’instantané. J’ai tenté d’apprivoiser cette approche, me convaincant qu’ainsi vont les livres « jeunesse » mais j’ai eu de la difficulté, je l’avoue. Pas au point cependant de rester insensible à la thématique ; les prérogatives de l’intelligence dans notre société. A-t-on absolument besoin d’être intelligent pour être heureux ? L’histoire répond à cette question par le biais de ses personnages et de ses situations. À partir de là, on peut pousser la question ; les personnes dont le mental n’est pas farci de données et de connaissances ne seraient-elles pas plus ouvertes au monde invisible ?

Je suis contente, malgré certains agacements, d’avoir poursuivi ma lecture, car j’ai fini par m’habituer et l’empreinte de cette histoire « bon enfant » restera dans ma mémoire.

samedi 18 février 2012

Vrac foisonnant !

L’édition : un chemin de croix ou de foi
Par-delà une poignée d'écrivains reconnus, que dissimule la réalité de l'édition? Les maisons font-elles correctement leur travail? Comment sont traités les manuscrits?
Des questions qui se posent et se répondent autant en France qu’ici.

Les écrivains sont-ils fréquentables ?
À Zone d’écriture, milieu actif où l’on se pose des questions existentielles, on s’est demandé ce qu’il faut savoir avant de d'aller plus avant dans une relation avec un écrivain. Caroline Allard, Marie Hélène Poitras, Stéphane Dompierre, Matthieu Simard et Samuel Archibald ont préparé la liste des 20 choses à savoir. - - - Prenez des notes, on ne sait jamais !

Des films, en veux-tu, en v’là !
Combien êtes-vous capable de nommer de romans québécois portés à l’écran, n'importe où, n’importe quand ? - - - Je ne veux pas vous enlever vos moyens mais Rue des Libraires en ont trouvé 21 !

$ Coup de cœur $
Quand ça va bien, ça peut aller encore mieux ! L’auteur du recueil de nouvelles Arvida, Samuel Archibald, déjà finaliste pour Le Prix des Libraires, se voit décerner une bourse des librairies Renaud-Bray. D’ailleurs, c’est une première que cette soirée bénéfice qui accorde une bourse à une œuvre choisie parmi ses Coups de cœur 2011, et 3 autres bourses d'ailleurs. Un collant apposé sur leur oeuvre que les écrivains prendront maintenant moins à la légère. Si elle était remplie de louis, cette bourse vaudrait son pesant d’or : 20,000 $ - Ça aide à payer l’hypothèque !

Vous ne connaissez pas Samuel Archibald ? Décidément, monsieur Archibald et les librairies, ça fait bon ménage, Rue des libraires l’a interviewé pour vous.

Moustachu de mes rêves
Le journal Métro offre aux usagers des transports en commun une tribune, Métro flirt, où ils peuvent déclarer leur amour à un mystérieux inconnu croisé dans le métro ou dans l’autobus. Le but étant que la personne convoitée se reconnaisse, puis qu’elle se manifeste par l’intermédiaire de la même tribune. L’émission Informan s’est penchée sur une missive.

Pas pour les enfants
Ceux qui pensent encore que la bande dessinée, c’est pour les enfants, vont déchanter à Tout le monde en parle où Guy Delisle, auteur de bande dessinée québécois, vivant en France depuis une vingtaine d’années, va nous parler de son album Chroniques de Jérusalem. Marié à une femme médecin (sans frontières), il l’accompagne dans ses voyages, prend des notes qui, au retour, se transforment en anecdotes et en dessins. C’est pas toujours jojo mais, d’après Marsi qui le suit à la trace, ses albums sont foisonnants d’informations sur le quotidien de pays visités, tels la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord. On y découvre un autre angle que celui des médias, affirme-t-il.

Moi
Ma mère m'a toujours dit qu'on devait se garder pour la fin. Je ne dérogerai pas à mes habitudes et ne tomberai pas dans la mare des confidences, mais j'ai promis d'apporter à votre attention mes billets @Voir. Je n'y manque pas, parce que ça fait drôlement mon affaire :-). J'en ai sorti un hier, Lisez-vous Lisée ?

mercredi 15 février 2012

La chorale du diable - Martin Michaud

Je m’étais attachée à l’inspecteur Lessard à ma lecture de Il ne faut pas parler dans l’ascenseur. Puis, l’auteur est intrigant, un avocat possédé par la passion d’écrire des histoires morbides. Et le mot « morbide » n’est pas de trop, ni le mot « violence ». Le résultat ? Une Venise qui prend un an avant de se décider à plonger dans cette Chorale du diable.

Je ne le regrette pas, c’est une bonne histoire et les amateurs de romans policiers seront comblés. Je pense à ceux qui aiment ces histoires touffues où un fil en arrache un autre et entraine avec lui trop de morceaux, qu’il faut ensuite placer, les mains pleines de sang. De ces histoires qui se déroulent avec des êtres perturbés à en être enfermés, et qui ne le sont pas.

Ça commence par une scène de tuerie familiale, à la hache, qui sera classée par l’équipe d’enquêteur comme un « banal » drame familial où le père disjoncte et tue femme et enfants. Pas pour Victor Lessard cependant qui doute de cette conclusion, et de lui-même, qui a vécu semblable expérience étant jeune. D'ailleurs, le spectre de son frère Raymond l’accompagnera pour le lui rappeler.

Dans ce second tome, Martin Michaud pousse encore plus loin le profil de l’inspecteur imparfait, allant jusqu’à en faire un être perturbé, carte qu’il jouera tout au long du récit. Cet enquêteur, un héros comme vous pourriez l’être, en autant que vous acceptiez de risquer, pas seulement votre carrière, mais votre vie, à n’en faisant qu’à votre tête, vous foutant de l’autorité pour traficoter par en-dessous. Pourquoi ce comportement un peu suicidaire ? Supposons que c'est pour prouver que vous êtes normal, à vos yeux et à ceux des autres. En même temps, et là est le jeu du roman policier à personnage vedette comme Lessard, le lecteur tremble pour lui, tout en sachant pertinemment que l’auteur ne le fera pas mourir.

Fait intéressant, une enquêtrice est le pendant féminin « à la Lessard » aussi irrévérencieuse, aussi rebelle mais plus violente. Le duo travaille chacun de leur côté, empêtré dans l'écheveau de meurtres familiaux et d’enlèvement de jeune fille. La détective en veut horriblement à Lessard pour une vieille histoire. Un duel entre êtres trop semblables.

Lessard reste un être vulnérable à l’amour, ce qui contribue également à le rendre humain. Il a changé, il fait maintenant attention à sa santé, ne bois plus de café et de malbouffe pour vraisemblablement mieux se conserver, d’où le paradoxe avec son agissement si téméraire que quasiment suicidaire. En passant, j’ai toujours de la difficulté à croire à ses histoires d’amour, potentielles ou réelles. De le trouver attachant est une chose mais de l’imaginer séduisant est une autre. Rien ne le laisse supposer.

Secte, religion, dieu/diable, bien/mal, parapsychologie, prédation sexuelle, pédophilie, délinquance, être possédé, si vous aimez les histoires complexes à démêler, sur fond noir foncé et rouge clair, si vous êtes capable d’en prendre, allez-y gaiement.... j’ai presque envie de dire, vous allez vous amuser !

Pour ma part, après toutes ces pages lues avec attention et intérêt, je réalise que je ne suis pas une bonne lectrice de polars. Je manque d'enthousiasme pour jouer à trouver le coupable, je mets aucune énergie à démêler le comment du pourquoi. Un peu comme si c’était tellement gros pour un si petit concentré de temps que je n’embarque pas. Quand je lis habituellement, j'aime ouvrir grand mon esprit pour englober les personnages, les chérir, tandis qu’avec du polar noir foncé, je reste sur mes gardes. On ne sait jamais quand on peut se faire surprendre, et voir une scène insoutenable. Ma réaction réflexe est de me fermer.

Nota bene : Martin Michaud est le gagnant du Prix Saint-Pacôme 2011 du roman policier. Si vous êtes intéressé à mieux le connaître, il tient un site web.

La chorale du diable, Martin Michaud, Éditions Goelette, février 2011

lundi 6 février 2012

La porte du ciel - Dominique Fortier

Un jour, une petite fille blanche d’environ sept ans surprend une petite noire se faire malmener et demande à son père d’intervenir, ce qu’il fait, sans tenir compte des paroles de celui qui lui amène l’enfant « Prenez garde, on la dit possédée par le diable, elle ne vous servira pas à grand chose». Il faut savoir que nous sommes au milieu du 19e siècle au Sud des États-Unis à la veille de la guerre de Sécession, et l’esclavage va de soi. Les noirs sont faits pour travailler, comme d’autres penser, c’est une loi naturelle, c’est ce que pensent une bonne part des citoyens.

Ce qui fait qu’une blanche et une noire à peu près du même âge grandiront côte à côte sur un domaine où la blancheur règne ; les champs de coton de la Louisiane. Il ne faut pas croire que l’auteure fouillera les sillons de l’histoire avec son H majuscule, ce qui nous sera raconté n’a rien d’historique mais s’ancre plutôt par l’image, imprégnant le tissu d’un imaginaire, celui de chaque lecteur. Je commence à croire que Dominique Fortier aime coudre, pour le souvenir qu’il me reste du Bon usage des étoiles où elle a amalgamé des pièces sur d’autres pièces, qui ne semblaient pas aller ensemble mais qui, en bout de ligne, finissent par former un tout. Elle faufile des pans d’anecdotes ensemble, les couds avec des coutures si fines qu’à peine visibles, le résultat donne un seul morceau qui s’appelle un roman.

Avec La porte du ciel, on peut parler d’un patchwork, ce tissu fait de morceaux disparates cousus les uns aux autres. L’élément principal pour moi a été la vie de ces deux êtres de sexe féminin, la blanche au statut clair, la noire au statut embrouillé. J’ai éprouvé un intérêt curieux, presque voyeur, à les connaître intimement. J’aspirais à toucher de quoi était faite cette relation ambigüe. De quelle manière s’aimaient-elles dans ce contexte où celle qui n’est pas blanche couchait au pied du lit de celle qui l’est. La noire balayant le plancher, faisant du petit point dans la même pièce que les demoiselles blanches, mais retirée dans un coin. Pendant qu’une est toute en parole et en droits acquis, l’autre est toute en silence et en devoirs imposés. J’aurais aimé me faufiler entre les deux et voir l’émotion.

Pendant que j’attendais, courais même après cette émotion, l’auteure me sortait du quotidien des jeunes filles et m'amenait, plus haut, plus loin. La plume de Dominique Fortier vole au-dessus de l’étendue du monde, plume qu’on peut traiter de poétique par son utilisation de symboles. L’image forte toujours l’emporte, la métaphore, le sens caché, la parabole. Ce qui en fait un texte à réfléchir et à contempler. L’entrée en matière nous en donnera une bonne idée ; ne perdons pas de vue le Roi Coton !

Le silence s’entend entre les personnages. Les gens se parlent pourtant, leurs bouches font du bruit, mais ne sont pas particulièrement articulées par l’émotion. Les relations n’exposent pas l’écheveau des émotions humaines. Ça fait certainement curieux quand on s’y arrête, et je m’y suis arrêtée. Parce que l’émotion entre les gens se tait, certains pourraient accuser le texte de froideur. Je comprends que l’on puisse l’aborder de cette façon, mais quant à moi, pourtant grande consommatrice d’émotions dans la vie comme dans mes lectures, je me suis laissé entrainer par la grandeur et la beauté que l’auteure désigne. De toutes manières combien d’auteurs sont des spécialistes de l’émotion relationnelle ! À chacun son style.

Je ne vous ai pas encore dit qu’on y aborde la guerre, les moeurs du mariage, les traditions précieusement transmises. On parle aussi couleur, motif, tissu, coton. Et bien sûr, d’exploitation, de richesse acquise, de pauvreté extrême sur fond noir et blanc. Se rajoute à La porte du ciel, une voix narrative qui apostrophe le lecteur sans crier j’arrive ! J’en ai été surprise, et à chaque fois. Je ne sais pas encore si j’ai aimé tellement elle m’a fait sursauter ! Qu’importe, puisqu'il en sera probablement autrement au prochain roman de Dominique Fortier. Ainsi vont les gens créatifs, à ne jamais faire deux fois la même chose.

mercredi 1 février 2012

Vrac un jour, vrac toujours

2 Quartanier, 2 Alto
Eh bien, ça y est, ils ne sont plus que 5 dans la catégorie Roman québécois pour le Prix des Libraires :
- Samuel Archibald, Arvida, Le Quartanier.
- Jean-Simon Desrochers, Le sablier des solitudes, Les Herbes rouges.
- Karoline Georges, Sous béton, Alto.
- Catherine Leroux, La marche en forêt, Alto.
- Éric Plamondon, Hongrie-Hollywood Express, Le Quartanier.

Je vais sûrement lire « Sous béton » avant la divulgation du gagnant le 14 mai, puisque j'ai un exemplaire.
Pour la liste Hors Québec, c’est par ici.

Volteface et malaises
Rétablissons la situation. Dernièrement, nous nous sommes décriés devant ce titre anglais : Négroni on the rocks. Eh bien, nous apprenons qu’il était question ici du titre provisoire du manuscrit de Raphaël Germain, le titre officiel étant, attention, ça ne s’invente pas ... Volteface et malaises. Cela serait tout simplement une erreur de la maison d’édition Libre expression. Ce troisième roman sera lancé dans deux mois la journée de l’arrivée du printemps le 21 mars 2012.

Le no 69 du magazine du Libraire
En février, le dieu Éros est plutôt sollicité, St-Valentin oblige. Est-ce pour cette raison qu’un numéro érotique, le 69, est distribué gratuitement. On a besoin d’être guidé dans cette jungle qui nous fait des clins-d’œil, vous ne trouvez pas ? Essayer de mettre la main sur ce numéro spécial du Libraire, ou encore, téléchargez-le.

Un Québécois gagne le Fauve d'Or
Chroniques de Jérusalem, le dernier album de Guy Delisle, a raflé le Fauve d’or, récompensant le meilleur album de 2012, au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Guy Delisle a déclaré être d’autant plus ravi d’obtenir ce prix que le président du jury cette année était Art Spiegelman, légendaire auteur américain, à qui on doit notamment Maus.

«Pour les gens de ma génération, Art Spiegelman est un monument. Il est arrivé avec la réponse que nous attendions, nous qui pensions que l’on pouvait faire autre chose en BD. Quand j’ai lu « Maus », j’ai pleuré. Cela a été un jalon pour tous les auteurs», a déclaré Guy Delisle à Parismatch.com. (référence Actualités Le Libraire)

Comment se porte la communication ?
C’est à peu près cette question que j’avais en tête quand j’ai entrepris la rédaction de mon billet « Pourquoi tenir à un blogue ? » Chez Venise. Cliquez-vous ... à ce que j’y avance ?

dimanche 29 janvier 2012

Les têtes rousses - Claude Lamarche

Comment pourrais-je me targuer de transparence sans mentionner immédiatement que Claude Lamarche est une blogueuse que je suis avec grand intérêt et qui fréquente le Passe-Mot avec assiduité. Ceci dit, j’ai tenté de la lire avec toute l’objectivité possible, ce qui n’a pas été évident.

Les têtes rousses sont celles de trois Irlandais, deux sœurs et un frère, chassés de leur pays en 1847. Pendant que l’aînée de 19 ans prend très au sérieux son rôle d’ainesse, le trio accoste à Montréal après un périple bouleversant sur un voilier où s’entasse la chair humaine de leurs compatriotes. La plus grosse part du roman ira cependant à l’acclimatation d’une petite population irlandaise dans un quartier de Montréal qui leur sera attribué dès leur arrivée.

Dans un premier temps, le voyage en mer s’apparente à plusieurs de ces expéditions où la grosse misère règne accentuée par la terrible angoisse devant l’inconnu. Déracinés, voguant sur l’eau dans les pires conditions, ces périples de boat people se ressemblent, en tout cas, rien dans cette histoire ne m’est apparu différent de la traversée vécue dans le récit Ru de Kim Thùy par exemple.

L’intérêt du roman repose sur l’approfondissement de la psychologie des personnages, puisque la trame portant sur l’exil d'une famille est assez mince. J’ai réussi à m’attacher au trio, mais ce fut progressif et un peu ardu pour plusieurs détails qui seraient astreignants à tous énumérer. L’auteure a fait de l’ainée, Bridget Bushell, son personnage principal, un être fait d’ambiguïtés et d’ambivalences. Cette femme que l’on veut nous laisser croire forte, avec un ascendant naturel sur les autres, surtout sur son frère et sa soeur, est timide et doute énormément de sa valeur.
Généralement, j'ai eu de la difficulté à croire à son autorité naturelle, mais je dois dire particulièrement envers son frère, surtout après que celui-ci ait pris les choses en mains avec vigueur pendant le voyage. Je n'ai pas compris sa soudaine soumission, une fois les trois installés dans leur nouveau home. Si j’avais eu accès à ses pensées intimes, peut-être en aurais-je saisis les raisons. Faut dire que le titre - que j'aime beaucoup ! - Les têtes rousses, représenté par trois médaillons m'ont laissé croire que trois caractères seraient fouillés, quant en fait le frère et la sœur serviront plutôt de faire-valoir à l’ainée.

Cette dernière se définira plus nettement avec la maternité, un personnage de mère de l’époque auquel j’ai cru. L’exposition des moyens de subsistance d’alors est une mine de renseignements. Un homme, Denis traverse l’histoire aux côtés de Bridget. Ce personnage bien incarné, éprouvant des émotions claires et nettes, est le plus limpide à mon avis et donc le plus intéressant. Je m’y suis d’ailleurs attachée plus rapidement.

Il n’est jamais facile de raconter une vie, de l’enfance à la mort, surtout quand on désire toucher à d’innombrables personnages, ancêtres, enfants, petits-enfants, ce qui transforme l’histoire en saga. Malgré ce que j’appelle quelques maladresses, j’ai pris du plaisir à ma lecture qui a apporté à mon attention un pan d’histoire méconnu, l’émigration irlandaise au Québec. N’est pas étranger à mon plaisir non plus, une narration sur un ton posé, pour ainsi dire détaché, qui sait éclairer à grands traits inspirés le décor humain et la nature urbaine.

Note : L'auteure vient de me faire découvrir le site où elle nous entretient des lieux et de certains événements. Ça ancre le roman dans notre réalité, ce qui n'est pas à dédaigner.

jeudi 26 janvier 2012

Du vrac s’impose

Un vrac, quel meilleur moyen pour se donner temps et élan pour s’élancer sur sa prochaine critique !

Une rentrée en plein hiver
Plusieurs les connaissent déjà, je veux dire ceux qui font et lisent Le Devoir, Danielle Laurin a apporté à notre attention d’affriolants titres québécois. Un hiver chaud ! Je relève ses titres pour jouer (si vous désirez des infos, des extraits, elle en donne), jouer à quel titre vous aimeriez vous faire offrir en cadeau, ou celui que vous allez vous offrir en cadeau. De mon côté, j’y vais avec quelques commentaires.

1- Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, Martine Delvaux (Héliotrope) – Elle me tente cette auteure, surtout après l’avoir entendu en entrevue à Plus on est fous, plus on lit. J’achèterais l’auteure avant le livre cette fois.
2- Petal's Pub, Arlette Cousture (Libre Expression) ... Ouais, pas sûre.
3- Charlotte before Christ, Alexandre Soublière (Boréal)- Encore un titre anglais ! Fatiguant cette manie. Ça m’enlève le goût de le lire. C’est un premier roman, probablement qu'il sera recensé par la Recrue du mois
4- Le hasard et la volonté, Jean-François Beauchemin (Québec Amérique) – Incontournable, pour moi en tout cas.
5- Une femme comblée, Brigitte Haentjens (Prise de parole) - Vous ne pensez pas que je devrais lire cette auteure ?
6- Seulement attendre et regarder, Elena Botchorichvili (Boréal) – On peut pas tout lire, dommage.
7- Tsukushi, Aki Shimazaki (Leméac) – Il me tente.
8- Amour et autres violences, Marie-Sissi Labrèche (Boréal) – Je pense pas, non. Et vous ?
9- Le Christ obèse, Larry Tremblay (Alto) – Curieux quand même sur 22 titres, 2 ont le mot Christ
10- L'affaire Brenner, Jean-Pierre Trépanier (Le Sémaphore) - Peut-être.
11- Monsieur Électrique, Jean-Marc Beausoleil (Triptyque) Je vais dire comme François Legault « On verra »
12- Transtaiga, Ariane Gélinas (Marchand de feuilles) – Premier roman et premier tome d’une trilogie ! Marchand de feuilles, une maison d’édition qui fait confiance à ses auteurs !
13-Tous les corps naissent étrangers, Hugo Léger (XYZ) - Un autre premier roman, d’une personne un peu plus connue
14- Encre, Dragonville Tome 2, Michèle Plomer (Marchand de feuilles) – Non mais, je l’attends-tu rien qu’un peu celui-là !
15- Mayonnaise, Éric Plamondon (Le Quartanier) - Deuxième tome (déjà !) après Hongrie-Hollywood express, en lice au Prix des Libraires
16- Négroni on the rocks, Rafaële Germain (Libre Expression) – Sûrement efficace dans le genre, mais je répète « On ne peut pas tout lire ! »
17- Rose Brouillard, le film, Jean-François Caron (La Peuplade) – Je serai prête à revivre une expérience avec cet auteur.
18- Lit double, Janette Bertrand (Libre Expression) – Pouvez-vous croire que je n’ai encore lu aucun de ses romans ? Pourtant, j’admire cette femme.
19- Le testament du professeur Zukerman, Francis Malka (Hurtubise) – On dit qu’il y a du mystère, de l’étrangeté, tout pour me plaire. Je ne connais pas cet auteur.
20- Griffintown, Marie Hélène Poitras (Alto) – Savez-vous, celui-là ... et bien, je vais le lire !
21- J'haïs les bébés, François Barcelo (Coups de tête) – Léger, une récréation de lecture, un petit show d’humour écrit... bien écrit ? À vérifier.
22- Le jeune homme sans avenir, Marie-Claire Blais (Boréal) – Du substantiel. Mais je ne sais pas. J’attends vos commentaires.

Un rendez-vous avec soi
Est-ce qu’il vous arrive de participer au concours mensuel de la librairie Carcajou ? Vous pouvez gagner des livres et ce mois-ci, c’est un échantillonnage de livres sur soi.... pour vous ?

Peux pas m’en empêcher...
... de parler de la langue et du langage. Je vous l’avais dit que j’apporterai à votre attention mes billets @Voir. Comme je l’ai dit sur facebook « je « pêche » pour ma paroisse ...

Pas seulement moi
Qui prêche pour ma paroisse, d’autres aussi prêchent pour ma paroisse ! Cette fois, et j’en ai été très honorée, c’est Rue des Libraires. Un recensement de blogues littéraires par Isabelle Beaulieu, elle nous offre une belle rue de blogues à découvrir....

dimanche 22 janvier 2012

Un couple d'enfer (Les Nombrils) - Delaf & Dubuc

Voici environ cinq ans, j’ai lu par hasard « Pour qui tu te prends », premier tome de la série Les Nombrils, maintenant si populaire. Delaf & Dubuc en sont au cinquième tome et font un tabac en Europe. On se comprend que je ne suis pas la clientèle cible de ce trio de jeunes filles en mal de garçons, deux « m’as-tu-vu » (Vicky et Jenny) et un faire-valoir, Karine, dont le seul point commun est leur nombril à l’air !

J’ai acheté le premier tome dans une bouquinerie, à l’état neuf, probablement un service de presse non lu d’après la libraire, par solidarité pour le couple de bédéistes qui habitait la même région que « mon » bédéiste Marsi. Qui plus est, le tandem créatif, Delaf au dessin, Dubuc au scénario, avait une bouille sympa, travaillait ensemble, tout en étant un couple dans la vie. J’étais convaincue que cet achat serait un geste isolé, je n’allais certainement pas mordre à l’hameçon, moi qui riais sous cape des fanas de séries déclinées en douzaine de tomes. Eh bien, je me suis lourdement trompée, me voici à espérer qu’il y en ait une douzaine ... en autant que la qualité demeure.

Pour que la qualité demeure, les personnages principaux doivent évoluer, ne pas faire du sur-place et que des personnages forts s’y rajoutent et viennent chambouler les prédominantes relationnelles. Que surgissent des retournements de situation importants, mais probables. Bref, qu’on n’achète pas le lecteur en lui redonnant la même bouillie à chaque tome en tablant sur son attachement aux personnages. Il est facile de s’asseoir sur ce laurier, mais les auteurs ne l’ont pas fait, ma récente lecture me le prouve hors de tout doute.

Vous aimeriez que j’étaye mon propos ? Je m’apprêtais à le faire, au meilleur de mes connaissances, quand j’ai découvert la critique de mon ami explorateur BD. De sa lucarne, PG Luneau développe les points forts du tome 5 et, moult détails à l’appui, digresse sur les raisons pour lesquelles cette série maintient sa qualité. Pourquoi redire du si bien dit, d’autant plus qu’en cliquant, vous aurez le plaisir d’y découvrir une discussion passionnante autour du sujet des expressions françaises dans une bande dessinée d’origine québécoise. Delaf lui-même commente à deux reprises, partageant avec nous ce dont on peut difficilement se douter n’étant pas confronté à certaines règles ... Je reste intentionnellement vague, tout pour piquer votre curiosité !

Quoiqu’il en soit, j’applaudis ce gigantesque succès de bédéistes québécois à l’étranger. C’est une chose de réussir un album, mais une série ! D’un tome à l’autre, les lecteurs attendent d’être propulsés, toujours plus loin, toujours plus haut. Me voici haut, jusqu’où ira mon saut à la lecture du tome 6 ?

jeudi 19 janvier 2012

À force de lire, écrire

Mon ami et explorateur BD, Pierre-Greg Luneau m'a avertie, si ton perfectionnisme t'amène à vouloir toujours rédiger des billets différents Chez Venise et au Passe-Mot, tu t'en sortiras pas ! Je lui donne raison, avant de la perdre ! Aujourd'hui, je misais sur deux billets mais je me rends, ils seront semblables. J'y ajoute de petites confidences, puisque nous sommes entre nous. Entre amis ! C'est moins anonyme que Chez Venise où je sais à peine qui me visite. Je vous offre également un vidéo que j'ai trouvé amusant, pas une danse du ventre, une danse du livre !

Ne pas perdre nos plumes
On se plaint souvent que notre télévision d’état, Radio-Canada ne fait pas suffisamment de place à la littérature. Quand il y a lacune, il faut la dénoncer, c’est sain. Quand il y a matière à féliciter, il faut le souligner, c’est sain.

Notre télévision d’état a encouragé les écrivains pendant une trentaine d’années avec les Prix littéraires Radio Canada. Initiative louable mais un peu statique. Un concours une fois par année, la balance de l’année, rien. Radio-Canada a compris qu’il y avait place à l’amélioration et a lancé son espace Zone d’écriture, un lieu d’échange dynamique, une communauté où les écrivains peuvent se retrouver et partager leur expérience en ligne. Cet espace convivial offre des défis d’écriture, des ateliers d’écriture en ligne, des textes originaux d’auteurs, des éditoriaux, des nouvelles sur le monde littéraire et des suggestions de lecture. Tout en n’oubliant pas les Prix littéraires qui perdurent mais avec certains changements. Par exemple, les compétitions Nouvelle, Récit, Poésie se font maintenant à tour de rôle. Chacune de ces catégories peut rapporter 6,000 $ au lauréat et un 1,000 $ à quatre « mentions spéciales » sélectionnés par le jury. J’en profite pour dire qu’il reste seulement 13 jours à ceux et celles qui désirent soumettre leur(s) texte(s) dans la catégorie « Récit » présentement en cours.

Dernièrement, l’éditrice de Zone d’écriture, l’écrivaine Marie-Hélène Poitras, nous a mis sur la piste d’un thème, auquel personne n’échappe aussitôt né : la famille. Quand on y pense deux secondes, plusieurs de nos écrivains ont fait du pouce sur ce thème. Marie-Sissi Labrèche va jusqu’à dire que S’il fallait que les auteurs n’écrivent pas sur leur entourage, en particulier sur leur famille, il n’y aurait pas de littérature. « Les familles sont des asiles de fous » rajoute Régis Jauffret.

Je ne sais pas si on peut dire de Radio-Canada que c’est une grosse famille mais une chose est certaine, les liens s’assemblent et se ressemblent. Avez-vous regardé « Apparences », la nouvelle série de Radio-Canada ? On y aborde la famille et son apparence, souvent trompeuse. Un concours d’écriture en lien avec ce thème de famille et ses secrets est ouvert à tous. Je l’ai découvert sur le site de l’émission, et ai décidé de le porter à l’attention publique, on en entend peu parler, il me semble.

En avez-vous des secrets de famille ? Qui n’en a pas ! Un concours à la portée de toute plume qui chatouille les mots vous attend. Lire puis écrire, deux gestes qui se tiennent aussi près que remplir puis déverser. Alors, si vous avez un trop-plein de lecture, vous savez maintenant quoi faire, écrire ! En plus, c’est une occasion de publication et de gains intéressants.

Avant de quitter le tableau des belles initiatives Radio-canadiennes, je vous mets Les mots à la bouche, toujours via l’espace Zone d’écriture.

La danse du livre

dimanche 15 janvier 2012

En région arctique et ailleurs - Laurence Gough

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué mais je ne rédige plus à chaque numéro une critique de premier roman au webzine La Recrue du mois. J'ai dû ralentir ma cadence, la vie familiale au sens le plus large m'y obligeant. De par ce recul obligatoire du webzine, quand j'ouvre ses pages le 15 de chaque mois, je suis époustouflée devant l'ampleur du travail de ces 15 rédacteurs-trices, une rédactrice en chef, un webmestre, un graphiste, et cela à titre entièrement bénévole. C'est à souligner et je le souligne !

Ce mois-ci, les circonstances s'y prêtant, je me suis commise dans un repêchage que je ne pensais pas aimer autant. Le voici :

Thomas, leader incontesté entraine ses amis, un groupe d’étudiants, dans un chalet en Gaspésie pour s’y reposer. Traduction pour des jeunes de cet âge : faire la fête. Il est content d’y amener sa blonde, Noémie, qui fait partie de son quotidien depuis des mois, mais son cousin, non. C’est un fardeau que sa tante et sa mère lui font porter depuis l’enfance, c’est toujours à lui qu’incombe la tâche d’intégrer son étrange cousin Simon à une vie sociale normale. Cette fois-ci, il en a marre, et encore plus quand il décèlera une attraction entre sa blonde et ce dernier. Se pensant en parfait contrôle de sa vie et de celle de sa blonde, il ne considérera pas Simon comme un rival, leur offrant même l’occasion de mieux se connaître en faisant du pouce en pleine nuit frigorifiée au cœur de la vastitude Gaspésienne.

L’auteure a traité cette histoire avec dynamisme et arrive à nous faire entrer dans le jeu de l’attraction, le jeu du jeu aussi, puisque Noémie et Simon s’adonne à l’amour comme des enfants riant sous cape. La différence de Simon est bellement présentée, cela en devient presque un hommage aux troubles psychiatriques qui, plus qu’acceptés, deviennent festifs.

J’ai pris plaisir à partager les réflexions intimes de Noémie, personnage tout à fait cohérent. Simon est étrange juste ce qu’il faut pour entretenir le mystère. Du côté de Thomas, j’ai trouvé plus difficile de cerner ses pensées intérieures qui contrastent avec son comportement extérieur.

Je sais combien il est hasardeux de suggérer un roman à une catégorie de personnes mais cette fois-ci, je ne peux taire la voix que j’ai entendu tout au long de ma lecture : « Ce roman passionnerait la jeunesse ». Ceci dit, je suis en âge d’être grand-mère et je l’ai apprécié. Il ne faudrait surtout pas se priver de découvrir une histoire au rythme soutenu par un style alerte, entrainant le lecteur dans une douce et imprévisible folie.

jeudi 12 janvier 2012

Passez me Voir ...

Est-ce que j’ai l’air de négliger mon Passe-Mot, moi là ?! Arrêter de passer le mot de nos auteurs québécois, ça serait pas très gentil (sourire) pour l’année 2012. En fait, entre les pages de mes billets, j'ai été occupée par une autre manière de passer le mot des écrivains québécois. Je vous annonce donc officiellement que je fais partie de la nouvelle équipe de blogueurs du Voir, vitrine panoramique de plusieurs points de vue.

Remarquez que je tenais déjà au Voir un semblant de blogue, depuis 2005, donc avant le Passe-Mot, mais le fonctionnement ne me donnait pas la latitude d’initier le sujet de mes chroniques. Je pouvais commenter un roman en autant qu’un journaliste l’ait déjà fait. Et comme ils ne peuvent pas commenter tous les livres, de tous les auteurs québécois !!

Évidemment, il y aura certaines redites, puisque je vais transférer mes comptes-rendus de lecture du Passe-Mot à Venise (nom très original du blogue !!) mais s’y ajoutera des billets exclusifs, sur du cinéma par exemple, ou des questions sociales irrésistibles. Ce genre de billets, je les porterai à votre attention en passant par mes chroniques Vrac. Si vous manquez un Vrac, ne vous gênez surtout pas d’aller me visiter directement, ne serait-ce que pour la raison bien simple que nous sommes récompensés au nombre de clics par billet ! C’est une récompense symbolique, mais si on calcule qu’au Passe-Mot, l’œuvre est entièrement bénévole, n’ayant jamais voulu accepter les nombreuses offres de promo, je me sens très à l’aise de toucher une minime compensation financière. Si vous doutez du symbolisme, penchez-vous vers moi, je vais murmurer : 5 $ par 1,000 clics, par billet. Hum... je sais, nous n’allons pas bien loin dans la vie avec de tels montants, mais ne sous-estimons pas la visibilité, la crédibilité, deux denrées appétissantes qui se consomment fraichement.

Le Passe-Mot ne sera pas négligé, j’en fais la promesse. D’ailleurs, j’en profite pour annoncer, qu’avant même cette nouveauté Voir dans ma vie, je comptais faire du ménage visuel sur le Passe-Mot. Pour ce faire, je dois mettre temps et énergie par en-dessous, via le tableau de bord. Pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas vraiment mon fort. Je dois réorganiser. Je n’aime pas que ma liste de blogues se retrouve tout en bas de la page ... si bas, que ces blogues auxquels je crois, sont moins accessibles, et qui sait peut-être moins fréquentés. Pour remonter la face de mon blogue, je dois retirer ma bibliothèque. Elle est maintenant trop volumineuse (et les livres n’y sont même pas tous !), je dois remplacer par des « nuages » de catégories. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais mes commentaires de lecture sont classés sous « compte-rendu » Il y a d’autres catégories, par exemple « vrac » « info & actualité » « parlons blogues » (celui que vous lisez, s’y classe) « récréation » « Prix littéraires » etc .... Il y a plusieurs catégories que j’ai délaissées depuis bientôt cinq ans de droit et d’usage. Certains se souviendront que j’ai déjà tenu des billets « Réfléchissons notre langue » ou « Sondons-nous », ou « Entrevues » ... Ça ne va pas être facile à ordonner tout ça.

C’est ma résolution de l’an 2012, rendre plus claire cette plateforme à laquelle je tiens beaucoup, parce que vous êtes là ... tout en espérant que vous passerez me voir au Voir :-)

dimanche 8 janvier 2012

La fille de l'imprimeur est triste - Nicolas Gilbert

“... Si on se met à écouter la musique du hasard avec attention, ne risque-t-on pas de vouloir danser à son rythme ». Oh, que j’aimerais être l’auteure de cette phrase ! Fort à propos, elle se retrouve sur le quatrième de couverture de ce roman qui m’a beaucoup plu.

Dès les premières pages, expulsée de mon quotidien, de mon siècle, je suis entré dans un ailleurs. « Deux hommes que cent cinquante ans séparent portent un même nom, un même visage » . Réaction des terre-à-terre ? « Ça ne se peut pas ». Ça ne se peut peut-être pas, mais Nicolas Gilbert a tout mis en œuvre pour que j’y croie. Je ne pourrais expliquer sa technique, que j’apparente au tour de magie devant lequel tu restes incrédule. Mais, le résultat est là, tu ne peux nier.

Les deux hommes, à un siècle et demi de distance, partagent la même flamme amoureuse, une Marie. Pas la même occupation. Un est imprimeur puis photographe en 1836, l’autre écrivain puis traducteur en 1986. J’en profite pour préciser que les curieux de l’art de la photographie au 19e siècle seront comblés, personnellement, ces techniques très bien expliquées m’ont intéressée. D’ailleurs, ce François Meunier du 19e siècle m’a généralement captivée plus que le moderne.

On suggère aussi que les deux sont des ratés. Je n’ai pas vécu leur condition humaine ainsi. Peut-être ratent-ils des rendez-vous avec l’amour, peut-être se cachent-ils derrière la lettre, au sens large et restreint, ce qui fait naître une envie de les secouer. Mais se laisseraient-ils faire ? Leur caractère est fort, ce sont des têtus. Ils disposent de peu de miroirs pour leur renvoyer qui ils sont, puisqu'ils ne laissent pas entrer facilement des personnes dans leur intimité.

Il vaut la peine de ménager le mystère qui fait le charme de cette histoire, on peut même dire la force. C’est le bijou enfermé dans le trésor verrouillé à double tour. Tout au long des pages que l’on tourne avec empressement, tout en se délectant du style parfait dans son genre classique, l’énigme nous porte. Rarement ai-je été aussi mélangé dans un roman, pas perdue, agréablement mélangée. On a joué avec moi comme le chat avec la souris et j’ai fini par confondre les deux personnages. C’était voulu. Enfin, j’imagine. Si ce ne l’était pas, eh bien, c’est réussi, les lignes de destin se rejoignent tant que j’ai fini par confondre les François Meunier : lequel est lequel !?

Décidément, après « Le Récital », que j’ai aussi aimé, ce Nicolas Gilbert (site de l'auteur) ne me déçoit pas. « La fille de l’imprimeur est triste » est son troisième roman, publié chez Leméac, juillet 2011, 238 p.