Il y a de ces romans qui nous dépassent, celui-ci en est un. En partie. En lisant le commentaire de Danielle Laurin, je réalise de quelle manière j’aurais aimé recevoir ce roman publié en 2011.
S’il vient se glisser entre mes nouveautés « service de presse », c’est à cause du titre « La patience des fantômes » qui m’a toujours attiré et, en plus, je n’avais pas encore lu Rachel Leclerc qui en est pourtant à son quatrième roman chez Boréal, après une œuvre poétique primée. Et justement, les auteurs à connotation poétique donne une aura que j’aime particulièrement.
La patience des fantômes est une saga familiale étalée sur cinq générations, qui peut également être abordée comme un prétexte pour fouiller l’histoire de la Gaspésie sur une longue période. Je ne peux pas prétendre que l’histoire tourne autour de tel personnage, car chacun a autant d’importance un que l’autre. C’est une chaîne avec des maillons interalliés, malgré leurs différences et leurs différends. Je ne peux pas situer l’œuvre en parlant de flash back, puisque le passé a autant de présence que le présent. Pour trouver un point central, partons du narrateur, un écrivain qui se met en frais de déterrer les racines de son arbre généalogique.
La tournure laborieuse de la structure a fait bûcher l’auteure (rf. une entrevue), j’ai quelque peu peiné, mais pas suffisamment pour que mon attention tombe, toutefois la tension dramatique, oui. Autrement dit, j’étais assez accrochée aux personnages et au style pour passer au travers d’arrêts brusques, de départs qui s’étirent avec entre les deux un peu d’égarement dans la chronologie et la biographie des personnages. Mais on s’en sort, en revenant souvent à l’organigramme de la famille au début du roman.
Joseph-Joachim Levasseur est l’ancêtre ambitieux par qui il devenait possible aux prochains maillons de rouler sur l’or. Il était ingénieux, débrouillard, visionnaire. Il avait du flair, de l’audace et savait détecter les sources de richesse. Ceux qui suivent, que feront-ils avec l’héritage de cet ancêtre ? C’est cette histoire que nous raconte le petit-fils écrivain, en compagnie de sa nièce arrière petite-fille atteinte du cancer. Veux ou veux par, quand un écrivain trône, les processus d’écriture sont abordés de biais ou de plein fouet.
J’ai aimé les personnages, vrais, dans le sens que l’auteur est sans pitié vis-à-vis eux. Elle ne les flatte jamais. Aucune clémence, aucun accommodement, sans jamais les juger. Il faut quand même savoir le faire. En général, les femmes ont la vie dure à cause de l’absence de pouvoir mais les hommes ont la vie dure par la présence de ce pouvoir.
Une chose est sûre, cette histoire qui chevauche cinq générations contient assez de rebondissements pour captiver son auditoire. Aucun besoin de s’attarder à de la banalité.
Cette auteure joue de la note tragique sans fausser avec du mélodrame.
Des surprises, il y en a une bonne réserve, ne partez pas trop vite votre machine à deviner, vous ne vous en sortirez pas, épuisés avant l’éventement des secrets familiaux.
Lecture un peu ardue grassement récompensée.
lundi 29 septembre 2014
mercredi 24 septembre 2014
La vie épicée de Charlotte Lavigne – Nathalie Roy
Eh bien oui, j’y suis à cette série culte. Je dis culte, malgré que ce premier titre soit sorti en 2011. Depuis, trois autres avec Charlotte, et récemment se rajoute un premier avec sa fille, Juliette. On aime ou on n’aime pas au Québec, euh… finalement, je crois que partout, c’est ainsi (sourire)
Le titre des tomes ? Peu importe, celui-ci s’adonne à être Piment de Cayenne et pouding chômeur, et personne n’en a cure, ce qui nous intéresse, c’est Charlotte Lavigne. Cette gaffeuse, cette maladroite, cette impulsive personne qui fait souvent le contraire du bon sens. Désolée, elle n’a pas cet instinct du gros bon sens, ce qui doit bien arranger sa mère narratrice, Nathalie Roy.
Aux premiers chapitres, j’étais un peu déçue et n’étais pas sûre de lire le deuxième. Le rendez-vous des clichés très chick lit : l’hyper superficialité du paraitre et le sempiternel trio, le couple homme-fille/homo-hétéro et la troisième roue du carrosse romantique, l’amie un peu chiante. Cette combinaison me donnait l’impression du déjà lu, malgré le rythme naturellement soutenu.
Ce qui m’a fait me rattacher est l’amour inconditionnel de Charlotte pour la cuisine. Tout passe et se règle non pas par la malbouffe mais par la « bonbouffe ». Et elle n’en parle pas communément, elle connait la cuisine sous son aspect inusité et gastronomique. Il y a en soi une chronique alimentaire qui s’insinue sous les anecdotes de vie de la chère Charlotte.
Charlotte a 33 ans et bien sûr qu’à cet âge, la femme entend sonner l'alarme de son horloge biologique à l’heure de l’homme-famille-foyer-progéniture. Son ami homo, Ugo est un homme parfait. Je plains Charlotte d'avoir à dénicher un homme qui accote cet ami attentif, tendre, altruiste, vif, intelligent, beau, aimant cuisinier autant qu’elle. Et qui l’aime autant qu’elle l’aime. Et, match plus que parfait, qui est boucher et lui fournit de savoureuses viandes. Bonne chance au coureur ! Aïsha est celle qu’on nomme « amie » mais qui ne l’est pas tant que ça. C’est connu, les filles, on s’écorche entre nous. La complicité et la solidarité, ce n’est pas toujours sans tâches et sans reproches.
Il y a un homme potentiellement mariable dans le décor de cuisine de Charlotte et j’ai nommé un Français chiant. Je le trouvais tellement froid et méprisant que j’appréhendais une séquence convenue ; la fille qui s’offre toujours le pire car elle ne s’aime pas. Mais j’ai été déroutée, ce qui me plait bien.
Avec son instinct sûr, l’auteure revient toujours à Charlotte à qui on finit par s’attacher pour ce qu’elle nous fait vivre, basé sur ce principe inexorable : on aime rire de l’embêtement d’une personne juste pour se dire que ce n’est pas à nous qu'il arrive. Elle a des réflexes catastrophiques, qu’en état de choc, chacun pourrait avoir mais que, bien sûr, n’étant pas dans un roman, on ne met pas à exécution. Mais elle, oui : « Ce n’est pas vrai, elle ne va pas faire le pire de ce que le bon sens commande au commun des mortels qui ne veut pas se mettre les deux pieds dans les plats » est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans ma tête.
Le style de l’auteure y est pour beaucoup pour l’envie d’avaler les maladresses du départ. Je reparle du départ, car ayant maintenant terminé le tome 2, je suis en mesure d'affirmer que certains réflexes convenus de chick lit se sont atténués et qu’une certaine originalité ressort, ce qui donne sa spécificité à cette série palpitante. Je reviens au style d’une spontanéité qui n'est pas niaise mais plutôt empreinte d’un vécu social qui se repère à certaines remarques. Le tome 2 le démontrera encore plus sûrement, sous le couvert des élans impulsifs "tête en l'air" de Charlotte Lavigne.
Tout ça pour dire que j’ai embarqué et que je me suis emparé du tome 2 avec excitation et vois d’un très bon œil de poursuivre la série. Assez improbable de ne pas se réjouir, de ne pas adopter Charlotte et ne pas en ressortir affamée, y compris au sens littéral du terme.
Le titre des tomes ? Peu importe, celui-ci s’adonne à être Piment de Cayenne et pouding chômeur, et personne n’en a cure, ce qui nous intéresse, c’est Charlotte Lavigne. Cette gaffeuse, cette maladroite, cette impulsive personne qui fait souvent le contraire du bon sens. Désolée, elle n’a pas cet instinct du gros bon sens, ce qui doit bien arranger sa mère narratrice, Nathalie Roy.
Aux premiers chapitres, j’étais un peu déçue et n’étais pas sûre de lire le deuxième. Le rendez-vous des clichés très chick lit : l’hyper superficialité du paraitre et le sempiternel trio, le couple homme-fille/homo-hétéro et la troisième roue du carrosse romantique, l’amie un peu chiante. Cette combinaison me donnait l’impression du déjà lu, malgré le rythme naturellement soutenu.
Ce qui m’a fait me rattacher est l’amour inconditionnel de Charlotte pour la cuisine. Tout passe et se règle non pas par la malbouffe mais par la « bonbouffe ». Et elle n’en parle pas communément, elle connait la cuisine sous son aspect inusité et gastronomique. Il y a en soi une chronique alimentaire qui s’insinue sous les anecdotes de vie de la chère Charlotte.
Charlotte a 33 ans et bien sûr qu’à cet âge, la femme entend sonner l'alarme de son horloge biologique à l’heure de l’homme-famille-foyer-progéniture. Son ami homo, Ugo est un homme parfait. Je plains Charlotte d'avoir à dénicher un homme qui accote cet ami attentif, tendre, altruiste, vif, intelligent, beau, aimant cuisinier autant qu’elle. Et qui l’aime autant qu’elle l’aime. Et, match plus que parfait, qui est boucher et lui fournit de savoureuses viandes. Bonne chance au coureur ! Aïsha est celle qu’on nomme « amie » mais qui ne l’est pas tant que ça. C’est connu, les filles, on s’écorche entre nous. La complicité et la solidarité, ce n’est pas toujours sans tâches et sans reproches.
Il y a un homme potentiellement mariable dans le décor de cuisine de Charlotte et j’ai nommé un Français chiant. Je le trouvais tellement froid et méprisant que j’appréhendais une séquence convenue ; la fille qui s’offre toujours le pire car elle ne s’aime pas. Mais j’ai été déroutée, ce qui me plait bien.
Avec son instinct sûr, l’auteure revient toujours à Charlotte à qui on finit par s’attacher pour ce qu’elle nous fait vivre, basé sur ce principe inexorable : on aime rire de l’embêtement d’une personne juste pour se dire que ce n’est pas à nous qu'il arrive. Elle a des réflexes catastrophiques, qu’en état de choc, chacun pourrait avoir mais que, bien sûr, n’étant pas dans un roman, on ne met pas à exécution. Mais elle, oui : « Ce n’est pas vrai, elle ne va pas faire le pire de ce que le bon sens commande au commun des mortels qui ne veut pas se mettre les deux pieds dans les plats » est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans ma tête.
Le style de l’auteure y est pour beaucoup pour l’envie d’avaler les maladresses du départ. Je reparle du départ, car ayant maintenant terminé le tome 2, je suis en mesure d'affirmer que certains réflexes convenus de chick lit se sont atténués et qu’une certaine originalité ressort, ce qui donne sa spécificité à cette série palpitante. Je reviens au style d’une spontanéité qui n'est pas niaise mais plutôt empreinte d’un vécu social qui se repère à certaines remarques. Le tome 2 le démontrera encore plus sûrement, sous le couvert des élans impulsifs "tête en l'air" de Charlotte Lavigne.
Tout ça pour dire que j’ai embarqué et que je me suis emparé du tome 2 avec excitation et vois d’un très bon œil de poursuivre la série. Assez improbable de ne pas se réjouir, de ne pas adopter Charlotte et ne pas en ressortir affamée, y compris au sens littéral du terme.
mardi 23 septembre 2014
Un vélo dans la tête de Mathieu Meunier
Être un petit peu fou (titre que j'ai donné à ma critique parue dans la rubrique repêchage au webzine La Recrue).
« Un petit vélo dans la tête » est une expression, jusqu’alors inconnue de moi, qui désigne une aimable folie, une douce névrose ou une originalité incomprise. Cette définition permet d’apprécier la justesse du titre, car il faut être un peu fou pour descendre la côte ouest de Vancouver à la Terre de feu sur une bécane déglinguée, expédition que Mathieu Meunier a entreprise sans l’ombre d’un scrupule. Pas besoin d’avoir des dons de voyance pour prédire que le parcours sera jonché de pépins – et même de gros noyaux. Le lecteur réalise au fil des pages que cela fait partie de l’expérience et que le cycliste n’aurait pas tiré autant de plaisir s’il avait été parfaitement équipé. Le côté bohème occupe une place importante dans le propos, le voyageur nous faisant part de son peu de moyens, comptant régulièrement son pécule, devant coucher à la belle étoile le plus possible, n’ayant parfois même pas les moyens de s’offrir une chambre de motel miteux.
Le récit se présente en de brefs textes traités comme des chroniques pour ainsi dire autonomes en soi, tellement le message humoristique y tient une place prépondérante et que les boucles de la fin sont toujours habilement nouées. J’ai senti la ferme intention de l’auteur d’amuser son lecteur. Mission accomplie, particulièrement au départ, où je m’extasiais devant l’esprit fin et intelligemment tourné du narrateur. À la longue, j’ai commencé à m’essouffler en même temps que les pneus se dégonflaient, subtilement mais sûrement, et mon sourire s’est fait plus rare.
Par contre, j’étais portée par l’espoir que le vélotouriste trouve un sens à son voyage et le partage avec moi. Il fallait avant dénicher où se cache Soyouz qui avait signé les notes trouvées dans une édition usagée des Portes de la perception acheté dans une bouquinerie en cours de route. Dans les voyages en duo – lecteur/auteur ici –, il faut veiller à ce que l’ennui ne s’installe pas; cette mystérieuse femme a sauvé quelques tête-à-tête un peu stériles.
Mathieu Meunier a une perception ultra lucide (ou sévère ?) de sa personne : comment un roux au teint béluga, aux mains minuscules, sans aucun sens pratique ni habiletés manuelles dignes d’un vrai gars, a-t-il su se rendre jusqu’à 30 ans? C’est devant cette sentence de la page 167 que la lectrice que je suis s’est demandé : comment une bécane mauve qui déraille régulièrement, aux rayons de roues instables, sans support à bagage adéquat, ni pneus résistants a-t-il pu se rendre jusqu’au Mexique ?
Le message est devenu limpide pour moi : ce n’est pas le véhicule, corps ou vélo, qui fait le voyage, c’est l’esprit qui le chevauche.
Un vélo dans la tête
Mathieu Meunier
Éditions Marchand de feuilles, 2014
234 pages
« Un petit vélo dans la tête » est une expression, jusqu’alors inconnue de moi, qui désigne une aimable folie, une douce névrose ou une originalité incomprise. Cette définition permet d’apprécier la justesse du titre, car il faut être un peu fou pour descendre la côte ouest de Vancouver à la Terre de feu sur une bécane déglinguée, expédition que Mathieu Meunier a entreprise sans l’ombre d’un scrupule. Pas besoin d’avoir des dons de voyance pour prédire que le parcours sera jonché de pépins – et même de gros noyaux. Le lecteur réalise au fil des pages que cela fait partie de l’expérience et que le cycliste n’aurait pas tiré autant de plaisir s’il avait été parfaitement équipé. Le côté bohème occupe une place importante dans le propos, le voyageur nous faisant part de son peu de moyens, comptant régulièrement son pécule, devant coucher à la belle étoile le plus possible, n’ayant parfois même pas les moyens de s’offrir une chambre de motel miteux.
Le récit se présente en de brefs textes traités comme des chroniques pour ainsi dire autonomes en soi, tellement le message humoristique y tient une place prépondérante et que les boucles de la fin sont toujours habilement nouées. J’ai senti la ferme intention de l’auteur d’amuser son lecteur. Mission accomplie, particulièrement au départ, où je m’extasiais devant l’esprit fin et intelligemment tourné du narrateur. À la longue, j’ai commencé à m’essouffler en même temps que les pneus se dégonflaient, subtilement mais sûrement, et mon sourire s’est fait plus rare.
Par contre, j’étais portée par l’espoir que le vélotouriste trouve un sens à son voyage et le partage avec moi. Il fallait avant dénicher où se cache Soyouz qui avait signé les notes trouvées dans une édition usagée des Portes de la perception acheté dans une bouquinerie en cours de route. Dans les voyages en duo – lecteur/auteur ici –, il faut veiller à ce que l’ennui ne s’installe pas; cette mystérieuse femme a sauvé quelques tête-à-tête un peu stériles.
Mathieu Meunier a une perception ultra lucide (ou sévère ?) de sa personne : comment un roux au teint béluga, aux mains minuscules, sans aucun sens pratique ni habiletés manuelles dignes d’un vrai gars, a-t-il su se rendre jusqu’à 30 ans? C’est devant cette sentence de la page 167 que la lectrice que je suis s’est demandé : comment une bécane mauve qui déraille régulièrement, aux rayons de roues instables, sans support à bagage adéquat, ni pneus résistants a-t-il pu se rendre jusqu’au Mexique ?
Le message est devenu limpide pour moi : ce n’est pas le véhicule, corps ou vélo, qui fait le voyage, c’est l’esprit qui le chevauche.
Un vélo dans la tête
Mathieu Meunier
Éditions Marchand de feuilles, 2014
234 pages
samedi 20 septembre 2014
Charlotte et la mémoire du coeur - Lorraine Desjarlais et Jean-Pierre Wilhelmy
Toujours le trac m’étreint quand j’aime beaucoup un roman. Je tiens à lui rendre justice mais en évitant d’entrainer dans le sillon de mon enthousiasme des lecteurs pour qui ce n’est pas le genre d’histoire. Pour apprécier ce roman de 553 pages, Charlotte et la mémoire du coeur, il faut aimer les histoires d’amour complexes, pas celle à l’eau de rose, puisqu’elle se déroule en temps de guerre à la fin du XVIII° siècle. Si vous prisez un fond de vérité historique et des portraits de femmes audacieuses, qu’on traiterait aujourd’hui de féministes, vous avez quelques prérequis pour passer des heures captivantes à découvrir la vie de Charlotte et ses nombreux enfants.
Charlotte est une baronne Allemande, son mari le baron Friedrich von Riedesel est un militaire haut gradé qui doit partir au Canada en mission, longue ou brève c’est la vie qui en décidera, pour rapporter de quoi faire vivre noblement sa femme et ses enfants. Ce couple s’aime passionnément mais les règles de vie de l’époque exigeraient que Charlotte reste à attendre le retour de son mari. Elle n’en supporte pas l’idée, elle mettra tout en oeuvre pour le rejoindre, quittera son confort de bourgeoise et, faut-il le dire, mettra du coup en péril la vie de ses fillettes dans ce voyage intrépide. Les embûches seront nombreuses et surprenantes; traitrise, attaques de brigands, crise des domestiques, conditions de vie rudimentaire, avant même d’avoir rejoint son mari qui pourtant veille de loin au confort de sa famille.
Le duo d’auteurs ont su garder le cap sur une héroïne féminine en temps de guerre, ce qui est déjà un exploit en soi, et y ont ajouté des personnages colorés et crédibles avec leurs propres intrigues. J’ai particulièrement aimé celle du bras droit du baron pigé à même les fugueurs, et l’artiste-peintre, la gouvernante des fillettes du couple. Le fait que Charlotte soit servie par différentes personnes et son mari également entraine un thème exploité de façon intéressante ; la loyauté. Les histoires d’amour, de pouvoir, d’art et d’érudition s’entremêlent à l’intrigue principale.
Une approche nouvelle pour moi ; la vie d’un militaire abordé comme un travail. En ce siècle, c’était un métier comme un autre, pas toujours une vocation, ce que j’ai conclu en voyant le baron en action. Général des troupes allemandes chargées d’aider l'armée britannique dans une lutte contre les révoltés américains, il ne prisait pas cette mission loin de sa famille, malgré son génie militaire. Il l’a acceptée par devoir et pour toucher des gages substantiels. Tout au long du récit, on ne perd pas cette notion de travail, le baron, général de guerre, y revient souvent.
Charlotte est venue chercher mon admiration, d’une page à l’autre, pour son audace jamais démentie, son art de travailler par en-dessous, manipulant pour arriver à ses fins, sa débrouillardise, sa créativité, sa détermination. J’ai cru à son histoire d’amour, elle a nourri mon cœur de la première à la dernière page. Ce n’est pas si courant pour moi qui suis difficile pour encenser les histoires de couples.
J’ai trouvé peu de critiques de ce roman édité une première fois en 1998, certains ont mentionné qu’il y a une histoire d’amour sur fond de plusieurs scènes de guerre. Ce qui n’est pas faux, mais rarement je les ai trouvées longues et ardues tellement j’ai fait miens ses objectifs, suivant de près les stratégies, les pertes, les gains, maugréant devant les mauvaises décisions du supérieur du baron, le général en chef, aveuglé par une femme fourbe.
Histoire d’amour intense et d’une grande noblesse, si forte, plus que la vie.
Charlotte et la mémoire du coeur
Auteurs : Lorraine Desjarlais, Jean-Pierre Wilhelmy
Mai 2014 - 553 pages
Septentrion - Hamac Classique
Charlotte est une baronne Allemande, son mari le baron Friedrich von Riedesel est un militaire haut gradé qui doit partir au Canada en mission, longue ou brève c’est la vie qui en décidera, pour rapporter de quoi faire vivre noblement sa femme et ses enfants. Ce couple s’aime passionnément mais les règles de vie de l’époque exigeraient que Charlotte reste à attendre le retour de son mari. Elle n’en supporte pas l’idée, elle mettra tout en oeuvre pour le rejoindre, quittera son confort de bourgeoise et, faut-il le dire, mettra du coup en péril la vie de ses fillettes dans ce voyage intrépide. Les embûches seront nombreuses et surprenantes; traitrise, attaques de brigands, crise des domestiques, conditions de vie rudimentaire, avant même d’avoir rejoint son mari qui pourtant veille de loin au confort de sa famille.
Le duo d’auteurs ont su garder le cap sur une héroïne féminine en temps de guerre, ce qui est déjà un exploit en soi, et y ont ajouté des personnages colorés et crédibles avec leurs propres intrigues. J’ai particulièrement aimé celle du bras droit du baron pigé à même les fugueurs, et l’artiste-peintre, la gouvernante des fillettes du couple. Le fait que Charlotte soit servie par différentes personnes et son mari également entraine un thème exploité de façon intéressante ; la loyauté. Les histoires d’amour, de pouvoir, d’art et d’érudition s’entremêlent à l’intrigue principale.
Une approche nouvelle pour moi ; la vie d’un militaire abordé comme un travail. En ce siècle, c’était un métier comme un autre, pas toujours une vocation, ce que j’ai conclu en voyant le baron en action. Général des troupes allemandes chargées d’aider l'armée britannique dans une lutte contre les révoltés américains, il ne prisait pas cette mission loin de sa famille, malgré son génie militaire. Il l’a acceptée par devoir et pour toucher des gages substantiels. Tout au long du récit, on ne perd pas cette notion de travail, le baron, général de guerre, y revient souvent.
Charlotte est venue chercher mon admiration, d’une page à l’autre, pour son audace jamais démentie, son art de travailler par en-dessous, manipulant pour arriver à ses fins, sa débrouillardise, sa créativité, sa détermination. J’ai cru à son histoire d’amour, elle a nourri mon cœur de la première à la dernière page. Ce n’est pas si courant pour moi qui suis difficile pour encenser les histoires de couples.
J’ai trouvé peu de critiques de ce roman édité une première fois en 1998, certains ont mentionné qu’il y a une histoire d’amour sur fond de plusieurs scènes de guerre. Ce qui n’est pas faux, mais rarement je les ai trouvées longues et ardues tellement j’ai fait miens ses objectifs, suivant de près les stratégies, les pertes, les gains, maugréant devant les mauvaises décisions du supérieur du baron, le général en chef, aveuglé par une femme fourbe.
Histoire d’amour intense et d’une grande noblesse, si forte, plus que la vie.
Charlotte et la mémoire du coeur
Auteurs : Lorraine Desjarlais, Jean-Pierre Wilhelmy
Mai 2014 - 553 pages
Septentrion - Hamac Classique
mercredi 17 septembre 2014
L'Aquarelliste de Béatrice Masini
Résumons ce roman d’une héroïne jeune et candide, italienne, vivant au début du 19e siècle et qui, vous l’aurez deviné est aquarelliste. La jeune femme Bianca, d’à peine 20 ans vient de perdre son père et a répondu par l’affirmative à la proposition d’un poète réputé de peindre chacune des variétés de fleurs de son vaste domaine. Le but est de les répertorier, ce qu’elle prendra au pied de la tige et de la feuille. Un travail monacal dont la jeune femme s’acquittera avec une minutie exemplaire.
Pour s’acquitter de sa mission s’étalant sur plus d’une année, elle doit vivre sous le même toit que le père et ses cinq enfants, sa femme, sa mère, les nombreux domestiques, un précepteur, un comte, un stagiaire, pour ainsi dire une Cour tournant autour du poète célèbre !
C’est par la grande porte que l’auteure nous fait entrer dans cette vie bourgeoise un peu lourde par ses règles contraignantes. Nous accompagnons Bianca dans sa découverte d’un monde adulte où la sexualité s’épanouit en coulisses. Si vous prisez les détails, cette histoire se tisse avec la précision tatillonne d’un canevas aux milliers de petits points. Par exemple, les aquarelles de Béatrice, vous les verrez de près et l’auteure approchera de vous une loupe grossissante devant chaque paysage humain ou floral.
Vous vivrez au même diapason que la grand-mère, régisseure intransigeante de la vie domestique du domaine, surprotégeant ses petits-enfants, pendant que la mère se repose et que son fils, le poète, se retire pour créer.
Cette lecture exige une attention soutenue mais l’effort est récompensé par l’emprise d’une ambiance intense et mystérieuse qui donne, à mon avis, une qualité indéniable à ce roman. Paraitrait-il que le personnage du poète a déjà vécu, en tout cas, j’en conclu qu’il était tout qu’un numéro ! Il reste toujours aussi mystérieux pour moi, car les personnages, et même l’auteure, l’approchent de loin, comme si on lui devait une déférence sans faille.
Les personnages qui l’entourent sont plus que seulement crédibles, ils vivent ! Bianca est une femme ambigüe, qui erre entre deux mondes. Autant elle éprouve une affinité naturelle pour les enfants, autant elle fraie avec les adultes pour qui elle nourrit des désirs troublés par sa sexualité naissante. Autre ambigüité, à titre d’employée, elle a des affinités avec les domestiques, tandis qu'à titre d’invitée du maitre de la maison, elle est servie par eux. Elle prendra à coeur la cause d’une servante qu’elle trouve particulière, Pia. Je retiens que tout ce qu’elle entreprend, qui n’est pas son travail et son art, bénéficierait des conseils du père qu’elle n’a plus. Plusieurs surprises l’attendent et vous attendent.
C’est un roman impossible pour moi à oublier. Il a forcé mon attention et une fois que j’ai pénétré en ses lieux intrigants, les souvenirs se sont imprégnés en moi à tout jamais.
Amoureux de la nature humaine et végétale, vous qui aimez prendre le temps de savourer les moindres détails d’une fresque familiale, vous serez comblés par cette histoire aux rebondissements tout en finesse.
Pour s’acquitter de sa mission s’étalant sur plus d’une année, elle doit vivre sous le même toit que le père et ses cinq enfants, sa femme, sa mère, les nombreux domestiques, un précepteur, un comte, un stagiaire, pour ainsi dire une Cour tournant autour du poète célèbre !
C’est par la grande porte que l’auteure nous fait entrer dans cette vie bourgeoise un peu lourde par ses règles contraignantes. Nous accompagnons Bianca dans sa découverte d’un monde adulte où la sexualité s’épanouit en coulisses. Si vous prisez les détails, cette histoire se tisse avec la précision tatillonne d’un canevas aux milliers de petits points. Par exemple, les aquarelles de Béatrice, vous les verrez de près et l’auteure approchera de vous une loupe grossissante devant chaque paysage humain ou floral.
Vous vivrez au même diapason que la grand-mère, régisseure intransigeante de la vie domestique du domaine, surprotégeant ses petits-enfants, pendant que la mère se repose et que son fils, le poète, se retire pour créer.
Cette lecture exige une attention soutenue mais l’effort est récompensé par l’emprise d’une ambiance intense et mystérieuse qui donne, à mon avis, une qualité indéniable à ce roman. Paraitrait-il que le personnage du poète a déjà vécu, en tout cas, j’en conclu qu’il était tout qu’un numéro ! Il reste toujours aussi mystérieux pour moi, car les personnages, et même l’auteure, l’approchent de loin, comme si on lui devait une déférence sans faille.
Les personnages qui l’entourent sont plus que seulement crédibles, ils vivent ! Bianca est une femme ambigüe, qui erre entre deux mondes. Autant elle éprouve une affinité naturelle pour les enfants, autant elle fraie avec les adultes pour qui elle nourrit des désirs troublés par sa sexualité naissante. Autre ambigüité, à titre d’employée, elle a des affinités avec les domestiques, tandis qu'à titre d’invitée du maitre de la maison, elle est servie par eux. Elle prendra à coeur la cause d’une servante qu’elle trouve particulière, Pia. Je retiens que tout ce qu’elle entreprend, qui n’est pas son travail et son art, bénéficierait des conseils du père qu’elle n’a plus. Plusieurs surprises l’attendent et vous attendent.
C’est un roman impossible pour moi à oublier. Il a forcé mon attention et une fois que j’ai pénétré en ses lieux intrigants, les souvenirs se sont imprégnés en moi à tout jamais.
Amoureux de la nature humaine et végétale, vous qui aimez prendre le temps de savourer les moindres détails d’une fresque familiale, vous serez comblés par cette histoire aux rebondissements tout en finesse.
mardi 2 septembre 2014
L'Orangeraie de Larry Tremblay
Si l'on m’avait présenté ce roman en ces mots : Une histoire sur la guerre avec des enfants impliqués, je n’aurais pas tendu la main. Et j’aurais malheureusement manqué une œuvre avec une portée intéressante, en ce sens qu’elle m’a rapprochée d’une réalité dont je suis loin. C’est un texte senti et intelligent, et tout en sobriété qui a zoomé le cœur d’un kamikaze. Je réfléchirai plus longuement maintenant avant de traiter de fou furieux une personne prête à sacrifier sa vie au nom d’une cause.
Au départ, c’est la catastrophe, les grands-parents bombardés tout à côté de l’orangeraie familiale. Le lecteur n’a pas le temps de rencontrer les grands-parents, ce qui éloigne toute tentation mélodramatique. On se retrouve dans un face à face avec la famille éplorée, le fils, sa femme et leurs jumeaux de 9 ans, Amed et Aziz.
Un des jumeaux est malade, on doit le faire soigner. On réalise rapidement jusqu’à quel point cette famille échange avec peu de mots, sans effusion émotive. Ce qui n’est pas dit, alourdit continuellement ce qui se dit. À travers les silences, et l’isolement que l’on sent planer, le plaisir est précieux de faire connaissance avec la complicité des jumeaux. Leurs dialogues enfantins, on les savoure, on s’y rattache, ils nous sauvent d’une réalité qui, sinon, serait dure. Ainsi le message passe. Cette famille ne restera pas longtemps à contempler les plaies ouvertes de la perte, des personnes de l’extérieur viendront leur rendre visite pour réclamer leur collaboration à se venger. Sont-ils bien intentionnés, en tout cas, le lecteur sent clairement la menace. Le danger rode, il devient quasiment un personnage.
La complicité des jumeaux ne se démentira jamais, la mère que l’on voit travailler par en-dessous est captivante, c’est un personnage plus fort que le père, malgré les apparences. Le thème central qui chapeaute les autres est la manipulation, les ficelles seront mises au jour. Dans le contexte de la guerre, l’enjeu devient grave, tragique. L’orangeraie, le gagne-pain s’étend comme une tache joyeuse qui contraste avec le tragique du propos.
De l’intuition, du mystère, de la symbolique, de la poésie, du romanesque, de la tragédie sans voir de sang, ce roman m’a donné l’impression de se dérouler sur la scène, où il n’est pas nécessaire de montrer la cruauté des actes pour qu’on la sente. Les mots pesés en surface et les silences en profondeur travaillent en douceur. Le roman se termine par ailleurs, sur une scène, ce qui allie bien la théâtralité dégagée par la force brutale de l’honneur qui entache chaque décision.
Un roman qui arrive à faire avaler des pilules amères sans miel et sans larmes. J’ai pris plaisir à ma lecture malgré sa dureté ce qui lui confère, à mon avis, une qualité rare.
Prix des libraires 2014, en définitive, L'Orangeraie publié chez Alto a bien gagné ses épaulettes !
Au départ, c’est la catastrophe, les grands-parents bombardés tout à côté de l’orangeraie familiale. Le lecteur n’a pas le temps de rencontrer les grands-parents, ce qui éloigne toute tentation mélodramatique. On se retrouve dans un face à face avec la famille éplorée, le fils, sa femme et leurs jumeaux de 9 ans, Amed et Aziz.
Un des jumeaux est malade, on doit le faire soigner. On réalise rapidement jusqu’à quel point cette famille échange avec peu de mots, sans effusion émotive. Ce qui n’est pas dit, alourdit continuellement ce qui se dit. À travers les silences, et l’isolement que l’on sent planer, le plaisir est précieux de faire connaissance avec la complicité des jumeaux. Leurs dialogues enfantins, on les savoure, on s’y rattache, ils nous sauvent d’une réalité qui, sinon, serait dure. Ainsi le message passe. Cette famille ne restera pas longtemps à contempler les plaies ouvertes de la perte, des personnes de l’extérieur viendront leur rendre visite pour réclamer leur collaboration à se venger. Sont-ils bien intentionnés, en tout cas, le lecteur sent clairement la menace. Le danger rode, il devient quasiment un personnage.
La complicité des jumeaux ne se démentira jamais, la mère que l’on voit travailler par en-dessous est captivante, c’est un personnage plus fort que le père, malgré les apparences. Le thème central qui chapeaute les autres est la manipulation, les ficelles seront mises au jour. Dans le contexte de la guerre, l’enjeu devient grave, tragique. L’orangeraie, le gagne-pain s’étend comme une tache joyeuse qui contraste avec le tragique du propos.
De l’intuition, du mystère, de la symbolique, de la poésie, du romanesque, de la tragédie sans voir de sang, ce roman m’a donné l’impression de se dérouler sur la scène, où il n’est pas nécessaire de montrer la cruauté des actes pour qu’on la sente. Les mots pesés en surface et les silences en profondeur travaillent en douceur. Le roman se termine par ailleurs, sur une scène, ce qui allie bien la théâtralité dégagée par la force brutale de l’honneur qui entache chaque décision.
Un roman qui arrive à faire avaler des pilules amères sans miel et sans larmes. J’ai pris plaisir à ma lecture malgré sa dureté ce qui lui confère, à mon avis, une qualité rare.
Prix des libraires 2014, en définitive, L'Orangeraie publié chez Alto a bien gagné ses épaulettes !
vendredi 29 août 2014
Retour aux Correspondances d'Eastman
En fait, celui que je vise aujourd’hui est nommé « Grand entretien », et il était en compagnie de Dany Laferrière, sous le thème de « Le souverain créateur ». Jean Barbe, guidait l’entretien, tenant entre ses mains sa feuille de questions, mais tous ceux qui ont assisté à un entretien avec Dany L. savent qu’il va s’en échapper. Avec ce souverain, les réponses sont à coup sûr plus larges que les questions et c'est lorsqu’il l'oublie qu’il y répond le mieux. Si l’animateur compte se sentir utile avec sa belle liste de questions, il peut être déçu. S’il aime mettre de l’avant son invité, qu’importent les questions, il sera satisfait.
Jean Barbe supposait que L’Énigme du retour, cette œuvre récompensée du prestigieux Prix Médicis 2009, se démarquait du reste de l’œuvre. Il est revenu à la charge à quelques reprises, j’ai eu l’impression qu’il désirait entendre une certaine réponse qui, bien sûr, n’est pas venue. C’est en cela que je dis de Dany Laferrière qui l'est souverain, même s’il ne manque pas une occasion d’affirmer que c’est le lecteur qui l’est. Il en ressort que notre membre de l’Académie française est loin de croire que l’Énigme du retour est son meilleur livre à vie, il a d’ailleurs dit à son éditeur en lui remettant le manuscrit : je comprendrais que tu ne le publies pas ! La définition de Laferrière d’une œuvre s'approchant de la perfection ressemblerait à une suite de phrases prêtes à être citer, tellement elle serait dense, profonde, réfléchie, pesée.
C’est là que j’ai compris son amour pour les phrases « punchées » (glanées durant l’entretien)
« Fêter ce qui est beau, c’est repousser la mort ».
« Réapprendre est plus difficile qu’apprendre »
« Chaque époque a son jamais avant »
« Je ne suis pas de ceux qui parlent derrière la porte »
Jean Barbe a judicieusement fait remarquer qu’il est surprenant que l’on n’ait jamais suggéré d’une œuvre autofictive dans son cas. Dany avait une réponse à cela, son « je » s’adresse à l’universel de chacun des « je ». Il présente un miroir aux gens. Son texte d’adresse à un lecteur, auquel il fait de la place, lui donnant de l’espace.
| Interruption de l'entretien : Arrivée de la ministre |
| La ministre de la culture : Hélène David |
Il s’est rappelé l’époque où il passait d’une maison d’édition à l’autre pour proposer « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », on lui a alors dit être désolé, mais on n’avait pas besoin de ce genre de texte intellectuel dans notre paysage littéraire québécois.
S’il fallait qu’il l’ait cru !
À noter : À cause d'un ralentissement sur l'autoroute 10, la ministre de la culture est arrivée en retard au Grand entretien.
mardi 12 août 2014
Le 12 août, j'ai acheté des livres québécois
| Marsi aux Galeries de Granby |
| L'explorateur m'expose ses trouvailles |
| Je suis très fière de mon choix |
Il y avait plus de monde qu’un mardi ordinaire, j’en suis sûre. Et la caissière tenait une liste de tous les titres québécois vendus, une compilation pour inscrire l’événement sous la colonne succès.
| Il a vraiment une tête d'explorateur |
| Des pages et des pages de titres à acheter |
| Mon Marsi et son livre de science |
| Belle tablée d'ouvrages québécois |
lundi 11 août 2014
Le roman historique et l'épopée identitaire : Les Correspondances d'Eastman
Micheline Lachance m’a donné le goût de la lire, elle et sa passion. Cette passion l’a même poussée à aller chercher une maîtrise en histoire pour se donner de la crédibilité, à ses propres yeux si j’ai bien compris. Diplôme en poche, l’écriture romanesque fut plus ardue pour la peur de trahir l’histoire, ce qui l’a porté à tenir sa narration trop près du documentaire. Elle a dû mettre de côté ses documents et l’instinct de la romancière l’a rattrapée. Et tant mieux pour Les Filles tombées ! J’aime sa motivation noble ; donner la place qui revient aux femmes, ce que les versions officielles de l’histoire omettent trop souvent. Cette femme a quitté un poste de rédactrice en chef à Châtelaine pour écrire Le roman de Julie Papineau, lequel a nécessité huit années de recherche. Son premier lecteur a été sévère, il faudrait que tu te branches ; est-ce que tu veux écrire une biographie ou un roman ! (Rendons grâce ici aux premiers lecteurs !)
André Vanasse portait le chapeau d’auteur, plus que d’éditeur, mais pas bien longtemps, puisque l’éditeur revient vite à l’assaut. Il précise d’emblée qu’il n’était pas destiné à écrire un roman historique, c’est sa détermination à ce qu’on aborde les origines multiethniques du supposé « Québécois pure laine » qui l’y a poussée. C’est une autre personne (? Nom) qui devait l’écrire, mais celle-ci étant trop occupée, il s’est jeté à l’ouvrage. Donc, un roman historique qui avait à naître « La flûte de Rafi », suivi d’un épilogue intitulé «La question juive en Nouvelle-France». Avis aux intéressés. Fait cocasse et dont l’assistance a gentiment ri, monsieur Vanasse est un ouvreur de parenthèses. Il ne répond pas immédiatement à la question de l’animateur, mais s’étend dans une parenthèse plutôt longue mais toujours intéressante.
Daniel Lessard maintenant. Un autre journaliste qui s’empresse d’écrire du romancé, aussitôt le dossier de messager rigoureux de l’information clos. Il n’est pas un cas rare, faut-il admettre. J’ai été amusée de l’entendre parler de sa sœur, impitoyable première lectrice qui l’a renvoyé à ses devoirs, lui disant que son texte manquait d’émotion, avec un ton trop près du documentaire. La détermination que ce pan d’histoire soit partagé a donné l’énergie nécessaire à monsieur Lessard pour recommencer. Maggie devait se décliner en un seul tome, c’est l’appétit des lecteurs, refilé à celui de l’éditeur qui en a fait la saga que je connais bien (2 billets à venir ici).
Autre fait amusant, à prendre avec un grain de sucre, l'analyste politique, Michel Vastel se moquait couramment de la prose télégraphique des journalistes, ce qui a stimulé Daniel Lessard à prouver un jour que le style télégraphique est utilisé par nécessité, et non pas par incapacité. Mission accomplie !
Ce qui m’a frappée chez ces trois auteurs, et j’ose croire que cette constatation vaut pour plusieurs auteurs de romans historiques, c’est leur détermination, on pourrait jusqu'à dire obstination, pour le sujet (le fond) qui remporte sur la forme. Il est crucial pour eux que nous sachions, que soient dévoilés les replis d’histoire. L’écriture est complètement au service du sujet. Il n’a pas été difficile d’en arriver à cette conclusion, et j’ai même passé la remarque sur place ; c’est le Café littéraire où l’on a parlé le moins du geste d’écrire. Les échanges vifs ont tourné autour de questions du passé, de celles qui se répercutent sur notre présent, ce qui n’en est pas moins passionnant.
Monsieur Lessard nous a prouvé qu’il n’est plus tenu à la neutralité du journaliste à l’emploi de Radio-Canada, faisant un parallèle entre Stephen Harper et son personnage de curé borné dans Maggie. L’entêtement, l’endoctrinement de cette droite qui tient les rênes du pouvoir, en repoussant les témoins gênants, et gèle l’information. Une sortie sentie envers le gouvernement fédéral en place et, même, il y va d’une prédiction à savoir que Harper n’est pas décollé de son trône aux prochaines élections (non, ô secours !)
Voici le genre de surprises que réserve ces Cafés littéraires. J’aime et j’aimerai ces moments d’intimité entre l’auteur et le lecteur tant et aussi longtemps que l’imprévu sera au rendez-vous.
samedi 9 août 2014
Chic, la chick-lit ! - Correspondances d'Eastman
C’est par Rafaële Germain, la moins prolifique, (trois romans, pas de tomes, et pas de quatrième en vue) que j’ai fait connaissance avec la chick lit. Celle-ci nous a raconté que ça fait 10 ans que Gin tonic et concombre doit sortir sur grand écran, mais scénariste, c’est un métier qu’elle ne possède pas, ce que son éditeur n’arrivait pas à comprendre. Ce qui m’a frappée chez elle : son débit ultra rapide, sa lucidité, sa vivacité, ses réparties qui déjouent l’auditeur, ses parenthèses rigolotes. Bref, elle est de l’intelligence sur deux pattes. Ceux qui sont fans devront s’armer de patience, elle n’a pas de roman en vue, maintenant qu’elle vit en banlieue, est maman et a son homme.
Je ne connaissais pas du tout Amélie Dubois, native de l’Estrie (Danville) qui sort des tomes comme de petits pains chauds du four, à raison de deux par année. Écrivaine par accident, parce que recluse en Gaspésie pour enseigner, s’ennuyant de ses amies, elle a écrit ses deux premiers livres coup sur coup. Pourtant, ses études en psychologie et en criminologie la destinaient plutôt à régler des cas lourds. Je retiens qu’elle aime désamorcer les clichés, que ses personnages ne passent pas des heures à magasiner, aiment la pêche et la chasse. Son humour est amusant, un peu enfantin et sa répartie est franche et directe.
Je passe au dessert : Nathalie Roy et sa Charlotte Lavigne que je suis à lire. Moi qui considère la chick lit un genre noble, j’ai voulu comprendre pourquoi cet engouement. Son métier de journaliste l’a amenée à écrire. Elle est la seule à ne pas faire de plan, déterminant uniquement la fin du roman, le chemin pour s’y rendre va au gré de l’inspiration. Elle aime transcender les règles de rigueur journalistique qu’elle a dû respecter tout au long de sa carrière. Maintenant, c’est Charlotte qui mène.
Elles s’entendent pour dire que la chick lit est une quête de l’amour, de l’homme, chantée sur plusieurs octaves. La clé du succès serait de permettre à la lectrice de s’identifier à un personnage qui vit des situations similaires, en amour, mais dans diverses situations également. S’il n’était question que d’amour, elles n’obtiendraient pas le même succès, on s’en lasserait. Les histoires d’amitié sont omniprésentes, ce que chacune n’a pas manqué de souligner, ensuite l’héroïne, qui n’en est pas une puisqu’elle pourrait être vous, est plantée dans des univers qui ressemblent à la créatrice. Par exemple le personnage de Nathalie Roy aime la bouffe, la télévision, deux univers qu’elle connait bien.
C’est une littérature joyeuse qui aide à évacuer nos quotidiens astreignants. Le personnage se met dans des situations abracadabrantes mais s’en sort (pas toujours dans le cas d’Amélie Dubois … à voir). Une chose est certaine, ces trois auteures éprouvent un plaisir fou à écrire et, d’après moi, la lectrice le capte. Nous avons tous besoin de joie et de plaisir dans la vie. Ce genre à part entière est un phénomène populaire et tout ce qui est populaire reflète qui nous sommes.
C’est curieux, après le Café sur l’écriture de soi d’hier, c’est devant ces trois auteures que j’ai réalisé le plus nettement l’absence de filtres entre elles et leur personnage principal et c’est de leur bouche que j’ai le plus clairement entendue qu’elles s’inspirent sans vergogne de leur entourage pour décrire les mésaventures de la vie.
En arrivant, une primeur aux Cafés des Correspondances, on nous offre un verre de mousseux. C’était gentil mais en avions-nous eu vraiment besoin avec ses pétillantes personnes ?
vendredi 8 août 2014
Correspondances d'Eastman : L'intime et l'écriture de soi
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| Catherine Voyer-Léger (veste jeans) |
Ces auteurs si généreux de soi sur papier sont extravertis, ce qui donne bien sûr les meilleurs Café, en représentation devant leurs lecteurs. Sur les quatre, c’est en définitive Claire Legendre qui reste un mystère pour moi, celle-ci est moins volubile, ou peut-être était-elle noyée par notre parlure québécoise, qui sait.
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| Claire Legendre sous la lumière |
Vous avouerez que pour les écrivains en devenir, et même ceux qui ont brisé la frontière de la publication, c’est une leçon à retenir. Il y a du travail, beaucoup de travail derrière tout texte publié (ou devrait y avoir du travail !) que ce soit du vécu à l’état brut, de l’autofiction ou de la romance. On peut conclure que le vrai « moi » n’existe pas en littérature ou s’il existe ne serait pas intéressant.
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| Lynda Dion s'explique |
Chose certaine, l’unanimité se fait autour d’une question : tout texte romancé est autofictif, parce qu’il part de soi. Celle qui va aux extrêmes sur cette question est Lynda Dion pour laquelle écrire de la fiction n’a aucun intérêt, et ce n’est pas par manque d’imagination, précise-t-elle. Quand elle parle d’elle dans ses publications, c’est elle tout en étant pas elle et de toutes manières, la réalité existe-t-elle vraiment ? Qui peut se vanter de la posséder, puisque nous sommes tous, tant que nous sommes des interprétations de celle-ci.
Pour ces quatre auteurs, qu’importe qu’il y ait une histoire ou non, c’est leur univers perçu par leurs sens dont il est question. Personnellement, l’image d’une scène de marionnettes m’est apparue : Les auteurs à histoire articulent des marionnettes (leurs personnages), mais à ne pas s’y tromper, ce sont eux qui se cachent derrière la scène, tandis que les auteurs catégorisés « autofiction » se présentent à visage découvert. Une question que j’aurais aimée poser: comment on aborde la critique quand on se présente moins voilée sur la scène littéraire ?
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| Éric Simard se concentre |
Mais j’en ai posé une autre : qu’est-ce qu’ils désiraient que le lecteur retiennent de leur œuvre ? Pour Louise Portal, serons-nous surpris d’entendre « l’amour et la lumière », pour Éric Simard, déranger, bouleverser, provoquer, une réponse des plus franches pour Claire Legendre, « être aimé ». Il me manque les motivations de Lynda Dion, j’avoue ne pas m’en souvenir, n’ayant retenu que son désaccord avec la prémisse de ma question qui tournait autour de l’importance accrue du lecteur pour les auteurs qui écrivent en partant de soi, comparativement à la personne qui écrit des histoires à saveur historique par exemple.
De cette rencontre, je retire pleins d’enseignements, de renseignements et de réflexions et le goût de lire et relire Louise Portal. Le 12 août, j’achète un livre québécois et ce sera La mouvance de mes jours de la très belle collection Écrire de la maison d’édition de notre grand VLB - Victor Lévy Beaulieu.
Plusieurs Café et spectacles à venir aux Correspondances d'Eastman et il y a encore des places pour vous !
P.S. : Merci à Élise Lacroix pour ces belles photos (j'avais oublié mon appareil-photo)
samedi 2 août 2014
En vrac d'août
Défendu d’abandonner
Qu’est-ce que vous diriez d’un marque-page qui vous ramène à l’ordre ? Cela fait quelques jours que vous n’avez pas lu, le marque-page vous alerte que votre livre attend. Comment peut-il vous rejoindre ? Par tweeter. Bah, tous les gens débranchés ne seront jamais dérangés. Tant mieux ! Une invention qu’il faut aborder avec le sourire, car la liberté quand on lit, c’est primordial. Je n’ai qu’à penser aux lectures imposées de mes études, elles n’avaient pas la même saveur, juste parce qu’elles s’appelaient devoir.
Passer le flambeau
Nous aimons aller à la Librairie Pantoute quand nous allons à Québec, c’est de l’ordre du rituel sacré. Quand je navigue autour des îlots de livres, je me sens bien, un genre de félicité m’envahit doucement. Je me dis que c’est peut-être cette sensation que l’on ressent au paradis ! Ce que je ne savais pas jusqu’à tout dernièrement est que chacun des employés est un patron. Le fondateur, Denis Lebrun a passé le flambeau à ses employés, les libraires. Je me dis que c’est peut-être de là que vient la sensation d’être au milieu du livre quand on déambule dans cette librairie. La passion circule dans l’air, et quand on prend une grande respiration, c’est ce qui entre dans nos poumons.
12 août – j’achète un livre québécois
Cette initiative de deux auteurs québécois de déterminer une journée pour l’achat d’un livre québécois est à enfler comme la voile d’un navire sous un fort vent marin. Les initiateurs, un couple d’auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé de la région de Granby ont lancé un remue-méninge collectif pour déterminer de quoi pourrait êtes faite cette journée. La dernière fois que j’ai été voir le nombre de participants sur la page facebook, j’ai vu: 4,688. Le nombre d’invités 34,982. Les médias en parlent, certaines librairies offrent des rabais (Librairie Poirier de Trois-Rivières = 20%) mais, surtout, ça touche. Les gens s’y arrêtent, en parlent, veulent des titres. Des illustrateurs ont pondu des bannières amusantes et frappantes, j’adore celle d’Annie Groovie ci-dessus.
S’il y a une fille contente, c’est moi. Je me sens tout à coup super bien entourée, ma mission se sent moins seule. Je prédis que cette journée s’inscrira à chaque année à notre agenda collectif.
Où achète-t-on ce livre québécois ? Dans une librairie indépendante, c’est hautement préférable à mon avis, même s’il n’y a pas de recommandation officielle en ce sens. Une cause à la fois, dit-on, conservons au geste toute sa simplicité. Sur la page facebook, une discussion s’est amorcée sur le « où acheter », question intimement liée, laquelle discussion n’a été ni encouragée, ni brimée. Ce serait dommage que les personnes qui ne voient pas la pertinence d’encourager les librairies indépendantes n’achètent pas un livre québécois le 12 août, le but ultime.
Les Correspondances d’Eastman
Belle occasion de devancer l’achat de votre livre (ça aussi, c’est permis !) en venant écouter l’auteur dans un Café littéraire, et repartir ensuite avec un roman dédicacé. Il reste encore plein de billets, peu d’activités sont combles. Empressez-vous, cela peut changer d’une heure à l’autre. Petit conseil, téléphonez pour les réserver, il n’y a pas de frais contrairement à l’achat en ligne.
Je donne champ libre aux ambassadrices entourée d’inspiration et de nature pour vous y amener :
Ci-dessous, Francine Ruel s'entretient avec une journaliste de La Presse :
Qu’est-ce que vous diriez d’un marque-page qui vous ramène à l’ordre ? Cela fait quelques jours que vous n’avez pas lu, le marque-page vous alerte que votre livre attend. Comment peut-il vous rejoindre ? Par tweeter. Bah, tous les gens débranchés ne seront jamais dérangés. Tant mieux ! Une invention qu’il faut aborder avec le sourire, car la liberté quand on lit, c’est primordial. Je n’ai qu’à penser aux lectures imposées de mes études, elles n’avaient pas la même saveur, juste parce qu’elles s’appelaient devoir.
Passer le flambeau
Nous aimons aller à la Librairie Pantoute quand nous allons à Québec, c’est de l’ordre du rituel sacré. Quand je navigue autour des îlots de livres, je me sens bien, un genre de félicité m’envahit doucement. Je me dis que c’est peut-être cette sensation que l’on ressent au paradis ! Ce que je ne savais pas jusqu’à tout dernièrement est que chacun des employés est un patron. Le fondateur, Denis Lebrun a passé le flambeau à ses employés, les libraires. Je me dis que c’est peut-être de là que vient la sensation d’être au milieu du livre quand on déambule dans cette librairie. La passion circule dans l’air, et quand on prend une grande respiration, c’est ce qui entre dans nos poumons.
12 août – j’achète un livre québécois
Cette initiative de deux auteurs québécois de déterminer une journée pour l’achat d’un livre québécois est à enfler comme la voile d’un navire sous un fort vent marin. Les initiateurs, un couple d’auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé de la région de Granby ont lancé un remue-méninge collectif pour déterminer de quoi pourrait êtes faite cette journée. La dernière fois que j’ai été voir le nombre de participants sur la page facebook, j’ai vu: 4,688. Le nombre d’invités 34,982. Les médias en parlent, certaines librairies offrent des rabais (Librairie Poirier de Trois-Rivières = 20%) mais, surtout, ça touche. Les gens s’y arrêtent, en parlent, veulent des titres. Des illustrateurs ont pondu des bannières amusantes et frappantes, j’adore celle d’Annie Groovie ci-dessus.
S’il y a une fille contente, c’est moi. Je me sens tout à coup super bien entourée, ma mission se sent moins seule. Je prédis que cette journée s’inscrira à chaque année à notre agenda collectif.
Où achète-t-on ce livre québécois ? Dans une librairie indépendante, c’est hautement préférable à mon avis, même s’il n’y a pas de recommandation officielle en ce sens. Une cause à la fois, dit-on, conservons au geste toute sa simplicité. Sur la page facebook, une discussion s’est amorcée sur le « où acheter », question intimement liée, laquelle discussion n’a été ni encouragée, ni brimée. Ce serait dommage que les personnes qui ne voient pas la pertinence d’encourager les librairies indépendantes n’achètent pas un livre québécois le 12 août, le but ultime.
Les Correspondances d’Eastman
Belle occasion de devancer l’achat de votre livre (ça aussi, c’est permis !) en venant écouter l’auteur dans un Café littéraire, et repartir ensuite avec un roman dédicacé. Il reste encore plein de billets, peu d’activités sont combles. Empressez-vous, cela peut changer d’une heure à l’autre. Petit conseil, téléphonez pour les réserver, il n’y a pas de frais contrairement à l’achat en ligne.
Je donne champ libre aux ambassadrices entourée d’inspiration et de nature pour vous y amener :
Ci-dessous, Francine Ruel s'entretient avec une journaliste de La Presse :
mercredi 23 juillet 2014
Pomme S d'Éric Plamondon
Dure épreuve pour cette lecture, je l’ai terminée depuis au moins quatre moins, elle s’est donc estompée sous le passage du temps. Peut-être aussi parce ce que ce n’est pas une histoire comme j’ai appris à en écrire. Certains ont même été jusqu’à se demander si c’était vraiment un roman. Je n’irai pas jusque là, c’est un récit romancé, rendu par des flashs narratifs de différentes longueurs. Avec un thème – l’arrivée de l’ordinateur par Steve Jobs.
Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, c’est le troisième récit d’une trilogie : le premier Hongrie-Hollywood Express (2011) mettait en scène Johnny Weissmuller, un athlète olympique, tandis que Mayonnaise est monté autour de Richard Brautigan (2012). Le point commun des trois : l’an 1984 en Amérique du Nord.
Plamondon a poussé le principe du concept dans ses derniers retranchements. J’ai lu Mayonnaise tout en ne connaissant pas Brautigan, même si on le dit en quatrième de couverture, un écrivain-culte. Tandis que Jobs, comment ne pas le connaître, nous qui pianotons sur nos claviers d’ordinateur. Le connaître au moins un peu, de nom ou de réputation.
Dans Pomme S, sa réputation se trouvera parfois confirmée, d’autres fois poussée plus loin ou, sans ambages, infirmée. Éric Plamondon a fouillé son sujet et autour de son sujet, les liens qu’il tisse le démontrent. Il y a le « avant » le coup d’éclat de la mise en marché du premier produit Apple, le « pendant » et le « après ». Tout est prétexte à lier un événement à un autre. Long tissage qui peut apparaitre comme un bric-à-brac jusqu’à ce que l’on découvre ce qui tient les morceaux ensemble, forçant l’exclamation : « Ah, mais, parce qu’il y avait un lien à la fin ? Tout serait-il lié, donc ? »
C’est de la faute à Jobs si l’avènement du premier Apple a été aussi spectaculaire, l’homme avait le sens du marketing. Une pub inspirée du roman 1984 de George Orwell passée durant le Super Bowl aura des retombées gigantesques. Cet homme n’est pas tant un inventeur qu’un génie pour créer un événement. Il a de l’audace, c’est un sans vergogne, un instable aussi. Les 113 chapitres de longueurs nettement variables ne font pas qu’allusion à Steve Jobs mais c’est certainement la partie qui m’a le plus captivée.
Il y a bien un personnage supposément central nommé Gabriel Rivages que l'on perd parfois de vue, et que l'on retrouve inopinément. Il traverse l’histoire comme nous la traversons, sans être toujours présent ; est-ce si nécessaire, après tout ! Cela donne au roman ses airs de chroniques. Des airs seulement, à ne pas oublier que l’air n’est pas la chanson !
Je dois souligner qu’à un certain moment de ma lecture, les larmes me sont venues aux yeux, malgré moi bien sûr. J’ai perdu le contrôle de mes émotions en lisant « À toi de jouer », une des plus longues chroniques, relatant l’admiration de Gabriel Rivages devant son fils. Fait rare pour moi de m’attendrir à ce point et il fallait que ce soit dans une histoire prise à brûle-pourpoint ! Tant pis pour moi (sourire).
Ce petit bouquin, je l’aime bien et l’ai référé à deux personnes qui raffolent des produits Apple, ça ne peut que leur plaire. Moi, je suis PC, un peu par la force des choses, comme le monde se partage entre la salade au chou crémeuse ou traditionnelle. Plamondon est un digne représentant de Jobs, qui serait fier de lui j’espère, car à entendre parler de ce bidule génial tout au long de ce récit romancé, ça m’a démangé d’en avoir un. Pour faire partie de l’Histoire, je suppose.
Mais c’est un air que je me donne, je ne chanterai pas, non, trop risqué de sortir en fausse note pour mon budget.
À ingurgiter lentement, ce roman sous forme de chroniques éparses intimement liées et tout en finesse. En définitive, un savant tissage qui nous rend moins niaiseux.
Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, c’est le troisième récit d’une trilogie : le premier Hongrie-Hollywood Express (2011) mettait en scène Johnny Weissmuller, un athlète olympique, tandis que Mayonnaise est monté autour de Richard Brautigan (2012). Le point commun des trois : l’an 1984 en Amérique du Nord.
Plamondon a poussé le principe du concept dans ses derniers retranchements. J’ai lu Mayonnaise tout en ne connaissant pas Brautigan, même si on le dit en quatrième de couverture, un écrivain-culte. Tandis que Jobs, comment ne pas le connaître, nous qui pianotons sur nos claviers d’ordinateur. Le connaître au moins un peu, de nom ou de réputation.
Dans Pomme S, sa réputation se trouvera parfois confirmée, d’autres fois poussée plus loin ou, sans ambages, infirmée. Éric Plamondon a fouillé son sujet et autour de son sujet, les liens qu’il tisse le démontrent. Il y a le « avant » le coup d’éclat de la mise en marché du premier produit Apple, le « pendant » et le « après ». Tout est prétexte à lier un événement à un autre. Long tissage qui peut apparaitre comme un bric-à-brac jusqu’à ce que l’on découvre ce qui tient les morceaux ensemble, forçant l’exclamation : « Ah, mais, parce qu’il y avait un lien à la fin ? Tout serait-il lié, donc ? »
C’est de la faute à Jobs si l’avènement du premier Apple a été aussi spectaculaire, l’homme avait le sens du marketing. Une pub inspirée du roman 1984 de George Orwell passée durant le Super Bowl aura des retombées gigantesques. Cet homme n’est pas tant un inventeur qu’un génie pour créer un événement. Il a de l’audace, c’est un sans vergogne, un instable aussi. Les 113 chapitres de longueurs nettement variables ne font pas qu’allusion à Steve Jobs mais c’est certainement la partie qui m’a le plus captivée.
Il y a bien un personnage supposément central nommé Gabriel Rivages que l'on perd parfois de vue, et que l'on retrouve inopinément. Il traverse l’histoire comme nous la traversons, sans être toujours présent ; est-ce si nécessaire, après tout ! Cela donne au roman ses airs de chroniques. Des airs seulement, à ne pas oublier que l’air n’est pas la chanson !
Je dois souligner qu’à un certain moment de ma lecture, les larmes me sont venues aux yeux, malgré moi bien sûr. J’ai perdu le contrôle de mes émotions en lisant « À toi de jouer », une des plus longues chroniques, relatant l’admiration de Gabriel Rivages devant son fils. Fait rare pour moi de m’attendrir à ce point et il fallait que ce soit dans une histoire prise à brûle-pourpoint ! Tant pis pour moi (sourire).
Ce petit bouquin, je l’aime bien et l’ai référé à deux personnes qui raffolent des produits Apple, ça ne peut que leur plaire. Moi, je suis PC, un peu par la force des choses, comme le monde se partage entre la salade au chou crémeuse ou traditionnelle. Plamondon est un digne représentant de Jobs, qui serait fier de lui j’espère, car à entendre parler de ce bidule génial tout au long de ce récit romancé, ça m’a démangé d’en avoir un. Pour faire partie de l’Histoire, je suppose.
Mais c’est un air que je me donne, je ne chanterai pas, non, trop risqué de sortir en fausse note pour mon budget.
À ingurgiter lentement, ce roman sous forme de chroniques éparses intimement liées et tout en finesse. En définitive, un savant tissage qui nous rend moins niaiseux.
lundi 14 juillet 2014
Maggie (tome 1) de Daniel Lessard
Un journaliste qui publie un roman, ça m’intrigue déjà, que ce soit Daniel Lessard, encore plus. Voilà, c’est dit. Ce roman, je me le suis acheté (vous savez que je reçois plusieurs services de presse), c’est dire combien je tenais à le lire. Eh bien, je n’ai pas été déçue, pourtant, aux premiers chapitres, j’étais loin de mesurer l'ampleur de mon attachement. Je me languissais de Maggie, j’avais hâte de connaître celle qui joue au départ un rôle de second plan.
C’est une héroïne qui se tient loin de la perfection. Autant ses qualités sont prononcées, autant ses défauts le sont, et cet équilibre confère de la force à son caractère. Maggie est un personnage d’autant plus fort que plausible. Bref, cette histoire en trois tomes, c’est Maggie qui la fait, la balance, l’Histoire de la Beauce en ce début de 19e siècle n’a qu’à bien se tenir.
Le lecteur est convié à St-Benjamin, petit village où se côtoient catholiques et protestants dans une indifférence respectueuse, jusqu’à ce qu’un curé rigide, fourbe et ambitieux s’en mêle. Mauvais départ pour Maggie cet enfant unique, son père absent physiquement, sa mère absente psychologiquement, l'oblige à s’élèver pratiquement seule. Elle est rapidement poussée à se dépasser, devenant maîtresse d’école à l’âge de 15 ans.
À partir du moment où elle enseigne et que le curé devient son ennemi juré, j’ai embarqué à pieds joints. Le village en entier joue sur la scène où les protestants de Cumberland Mills deviennent progressivement des pestiférés aux yeux des catholiques. Le village ne sert pas que de décor, j'ai même pensé à Sainte-Adèle des Belles histoires des pays d’en haut. Le curé, le magasin général, les polissons, les pauvres, les poltrons, le maire (le pouvoir sur deux pattes !) deviennent progressivement de vieilles connaissances du lecteur. Ces personnages hauts en couleur mettent en valeur Maggie, en la prenant en grippe par exemple, comme c'était le cas pour Séraphin. Mais là s’arrête la comparaison. Maggie ne posséde pas le pouvoir de l’argent mais un autre, celui de sa beauté insolente doublée d'une audace la portant à se sentir égale à l’homme, en ces temps où la femme est une servante de l’homme.
Par elle, les forces du mal passeront ! Elle est diablement belle et ignore tout de l’adage « Sois belle et tais-toi ». À certains moments, j’ai eu le goût de la sermonner, bref, d’être la mère qu’elle n’a pas eue. Lorsqu'elle a une idée en tête, elle fonce, même si elle défonce des murs de préjugés, des réputations ou même sa propre personne. Il n’y a pas que les autres qui peuvent lui faire du tort, elle est très bien capable de s’en faire d'elle-même !
Heureusement, elle a une tante et un oncle qui l’aiment. Surtout sa tante qui doit l’aimer en pas pour rire, pour passer outre les frasques de sa rebelle. Cette avant-gardiste à tous les niveaux, ne comprend pas le concept du péché et se demande qu’est-ce que la religion apporte dans la vie. En 1914, un tel état d’esprit est révolutionnaire, surtout quand on fait l’erreur de se marier avec la mauvaise personne.
Pour qu’une histoire soit palpitante, il faut que des courants contraires s’affrontent et qu’on ne sache pas d’avance qui va gagner. On a ce qu’il faut ici, le méchant par excellence étant le curé que l’on finit par ne même plus aimer détester. C’est à peu près le seul personnage qui frôle la caricature.
On oublie totalement que cette fiction est documentée*, le style allant droit à son but ; l’amour des personnages. Les oiseaux butinent de branche en branche pour écornifler, déposés en petites tâches de couleurs sur le paysage humain. La nature est savante mais se fait discrète (fleurs, oiseaux, végétations), je ne l’ai jamais perçue décorative, plutôt en fusion avec la nature humaine. Et pour ne rien gâter, les nombreux dialogues coulent de source. En définitive, du talent, ce monsieur.
* Daniel Lessard est natif de St-Benjamin et son grand-père y a été maire et juge de paix. Ce dernier aurait laissé des documents et, bien évidemment que la formation de journaliste de l’auteur a dû le pousser à approfondir le sujet.
*** Daniel Lessard est attendu aux Correspondances d'Eastman, au Café littéraire "Le roman historique et l'épopée identitaire", le samedi 9 août à 10 h 00.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Lessard
C’est une héroïne qui se tient loin de la perfection. Autant ses qualités sont prononcées, autant ses défauts le sont, et cet équilibre confère de la force à son caractère. Maggie est un personnage d’autant plus fort que plausible. Bref, cette histoire en trois tomes, c’est Maggie qui la fait, la balance, l’Histoire de la Beauce en ce début de 19e siècle n’a qu’à bien se tenir.
Le lecteur est convié à St-Benjamin, petit village où se côtoient catholiques et protestants dans une indifférence respectueuse, jusqu’à ce qu’un curé rigide, fourbe et ambitieux s’en mêle. Mauvais départ pour Maggie cet enfant unique, son père absent physiquement, sa mère absente psychologiquement, l'oblige à s’élèver pratiquement seule. Elle est rapidement poussée à se dépasser, devenant maîtresse d’école à l’âge de 15 ans.
À partir du moment où elle enseigne et que le curé devient son ennemi juré, j’ai embarqué à pieds joints. Le village en entier joue sur la scène où les protestants de Cumberland Mills deviennent progressivement des pestiférés aux yeux des catholiques. Le village ne sert pas que de décor, j'ai même pensé à Sainte-Adèle des Belles histoires des pays d’en haut. Le curé, le magasin général, les polissons, les pauvres, les poltrons, le maire (le pouvoir sur deux pattes !) deviennent progressivement de vieilles connaissances du lecteur. Ces personnages hauts en couleur mettent en valeur Maggie, en la prenant en grippe par exemple, comme c'était le cas pour Séraphin. Mais là s’arrête la comparaison. Maggie ne posséde pas le pouvoir de l’argent mais un autre, celui de sa beauté insolente doublée d'une audace la portant à se sentir égale à l’homme, en ces temps où la femme est une servante de l’homme.
Par elle, les forces du mal passeront ! Elle est diablement belle et ignore tout de l’adage « Sois belle et tais-toi ». À certains moments, j’ai eu le goût de la sermonner, bref, d’être la mère qu’elle n’a pas eue. Lorsqu'elle a une idée en tête, elle fonce, même si elle défonce des murs de préjugés, des réputations ou même sa propre personne. Il n’y a pas que les autres qui peuvent lui faire du tort, elle est très bien capable de s’en faire d'elle-même !
Heureusement, elle a une tante et un oncle qui l’aiment. Surtout sa tante qui doit l’aimer en pas pour rire, pour passer outre les frasques de sa rebelle. Cette avant-gardiste à tous les niveaux, ne comprend pas le concept du péché et se demande qu’est-ce que la religion apporte dans la vie. En 1914, un tel état d’esprit est révolutionnaire, surtout quand on fait l’erreur de se marier avec la mauvaise personne.
Pour qu’une histoire soit palpitante, il faut que des courants contraires s’affrontent et qu’on ne sache pas d’avance qui va gagner. On a ce qu’il faut ici, le méchant par excellence étant le curé que l’on finit par ne même plus aimer détester. C’est à peu près le seul personnage qui frôle la caricature.
On oublie totalement que cette fiction est documentée*, le style allant droit à son but ; l’amour des personnages. Les oiseaux butinent de branche en branche pour écornifler, déposés en petites tâches de couleurs sur le paysage humain. La nature est savante mais se fait discrète (fleurs, oiseaux, végétations), je ne l’ai jamais perçue décorative, plutôt en fusion avec la nature humaine. Et pour ne rien gâter, les nombreux dialogues coulent de source. En définitive, du talent, ce monsieur.
* Daniel Lessard est natif de St-Benjamin et son grand-père y a été maire et juge de paix. Ce dernier aurait laissé des documents et, bien évidemment que la formation de journaliste de l’auteur a dû le pousser à approfondir le sujet.
*** Daniel Lessard est attendu aux Correspondances d'Eastman, au Café littéraire "Le roman historique et l'épopée identitaire", le samedi 9 août à 10 h 00.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Lessard
lundi 7 juillet 2014
Détours sur la route de Compostelle de Mylène Gilbert-Dumas
Je n’ai pas fait la route de Compostelle, de là ma curiosité face à ce roman ; qu’est-ce que tous et chacun vont donc chercher dans ce parcours pour expliquer le renom ?
L’auteure l’a déjà fait deux fois, ce que j’ai su après ma lecture. Je n’ai pas eu l’ombre d’une surprise, les descriptions étant parsemées de détails pratico-pratique qui ne mentent pas. Je ne pense pas qu’une personne qui ne l’a jamais fait s’attarderait à ce point à l’équipement adéquat (surtout les chaussures !), l’itinéraire, le poids à transporter, le ravitaillement, les réservations du logis et, le bouquet, les punaises de lit, ce fléau entre tous les fléaux.
Même si le roman est largement tissé de ce bagage pragmatique, on y trouve, comme on devait s’y attendre, une quête d’identité. Comment pouvait-il en être autrement, si on considère que Mylène Gilbert-Dumas est une fouilleuse effrénée de la motivation féminine. Est-ce que cette femme pose cet enchevêtrement de gestes pour son entourage ou pour elle ? En a-t-elle vraiment le goût, ou c’est la pression sociale qui fait son œuvre ? Ce sont les questions qui reviennent dans son œuvre et, ici, l’auteure s’est trouvé le terrain idéal pour les cultiver.
Ce n’est pas Mireille, la narratrice et personnage principal qui a décidé de faire le chemin, elle n’en a pas pris l’initiative, c’est sa sœur qui l’entraine. D’ailleurs, on ne l’imagine pas du tout la prendre, cette initiative, elle est sa vie de famille et son travail d’épicière avec son mari. Elle n’est pas à proprement parler une femme perdue, loin de là, mais elle est une femme qui s’identifie par son travail et sa vie de famille. Alors, imaginez-vous que placée devant l’abandon de sa sœur (qui a trouvé l'amour) dès les premiers milles, le harcèlement de son questionnement commence : veut-elle vraiment arriver au bout de son objectif ? Ne veut-elle pas plutôt retourner à la maison et retrouver routine et confort ? Bref, veut-elle se donner toute cette misère pour « rien » ? En plus, elle n’a jamais eu le temps dans sa vie de tous les jours de désirer un homme, et si la promiscuité la portait à tromper son mari ?
La question demeure suite à n’importe quelle lecture : avec quel entrain et à quelle vitesse allongeons-nous le pas au cours de cette lecture ? Personnellement, un peu comme Mireille, j’ai eu des ralentissements considérables, lasse de m'arrêter à cause des ampoules aux pieds, sujet récurrent entre tous. Évidemment que tout dépend des attentes, un lecteur qui désire un jour faire le chemin apprendra de long en large tout ce qu’il faut éviter, et s’il prend des notes, devrait contourner certains écueils. Et j’imagine facilement qu’une personne l'ayant déjà parcouru devrait retirer du plaisir à le refaire en compagnie de l’auteure, comparant ses impressions avec elle.
Quoiqu’il en soit, il y a de la matière à réflexion sous l’angle physique, mais sous l’angle spirituel, n’ayez pas d’attente. L’angle spirituel est à ne pas confondre avec l’identité sociale car, celle-ci est abordée, comme mentionné ci-dessus. J’imaginais que ce parcours dégageait quelque chose de mystérieux et de magique et nous entrainait malgré soi au-delà des frontières physiques et sociales. Cette lecture ne m’a pas laissé cette impression. D’ailleurs, je me suis juré de ne jamais faire le chemin de Compostelle !
Alors voilà, même si c’est presque toujours le cas, j’avance plus que jamais que, devant ce titre, tout dépend de vos attentes.
L’auteure l’a déjà fait deux fois, ce que j’ai su après ma lecture. Je n’ai pas eu l’ombre d’une surprise, les descriptions étant parsemées de détails pratico-pratique qui ne mentent pas. Je ne pense pas qu’une personne qui ne l’a jamais fait s’attarderait à ce point à l’équipement adéquat (surtout les chaussures !), l’itinéraire, le poids à transporter, le ravitaillement, les réservations du logis et, le bouquet, les punaises de lit, ce fléau entre tous les fléaux.
Même si le roman est largement tissé de ce bagage pragmatique, on y trouve, comme on devait s’y attendre, une quête d’identité. Comment pouvait-il en être autrement, si on considère que Mylène Gilbert-Dumas est une fouilleuse effrénée de la motivation féminine. Est-ce que cette femme pose cet enchevêtrement de gestes pour son entourage ou pour elle ? En a-t-elle vraiment le goût, ou c’est la pression sociale qui fait son œuvre ? Ce sont les questions qui reviennent dans son œuvre et, ici, l’auteure s’est trouvé le terrain idéal pour les cultiver.
Ce n’est pas Mireille, la narratrice et personnage principal qui a décidé de faire le chemin, elle n’en a pas pris l’initiative, c’est sa sœur qui l’entraine. D’ailleurs, on ne l’imagine pas du tout la prendre, cette initiative, elle est sa vie de famille et son travail d’épicière avec son mari. Elle n’est pas à proprement parler une femme perdue, loin de là, mais elle est une femme qui s’identifie par son travail et sa vie de famille. Alors, imaginez-vous que placée devant l’abandon de sa sœur (qui a trouvé l'amour) dès les premiers milles, le harcèlement de son questionnement commence : veut-elle vraiment arriver au bout de son objectif ? Ne veut-elle pas plutôt retourner à la maison et retrouver routine et confort ? Bref, veut-elle se donner toute cette misère pour « rien » ? En plus, elle n’a jamais eu le temps dans sa vie de tous les jours de désirer un homme, et si la promiscuité la portait à tromper son mari ?
La question demeure suite à n’importe quelle lecture : avec quel entrain et à quelle vitesse allongeons-nous le pas au cours de cette lecture ? Personnellement, un peu comme Mireille, j’ai eu des ralentissements considérables, lasse de m'arrêter à cause des ampoules aux pieds, sujet récurrent entre tous. Évidemment que tout dépend des attentes, un lecteur qui désire un jour faire le chemin apprendra de long en large tout ce qu’il faut éviter, et s’il prend des notes, devrait contourner certains écueils. Et j’imagine facilement qu’une personne l'ayant déjà parcouru devrait retirer du plaisir à le refaire en compagnie de l’auteure, comparant ses impressions avec elle.
Quoiqu’il en soit, il y a de la matière à réflexion sous l’angle physique, mais sous l’angle spirituel, n’ayez pas d’attente. L’angle spirituel est à ne pas confondre avec l’identité sociale car, celle-ci est abordée, comme mentionné ci-dessus. J’imaginais que ce parcours dégageait quelque chose de mystérieux et de magique et nous entrainait malgré soi au-delà des frontières physiques et sociales. Cette lecture ne m’a pas laissé cette impression. D’ailleurs, je me suis juré de ne jamais faire le chemin de Compostelle !
Alors voilà, même si c’est presque toujours le cas, j’avance plus que jamais que, devant ce titre, tout dépend de vos attentes.
jeudi 26 juin 2014
Empois de Michèle Plomer
J’ai lu Empois, je n’habitais pas encore Magog, ville où se déroule la majeure partie de ce troisième tome de la saga Dragonville.
Le roman porte bien son titre Empois pour l’importance que prendra la blanchisserie, Celestial Washy-Washy à Magog. Li y vivra des jours heureux, presqu’en transe, sanctifié par une tâche colossale entièrement dédiée à son amour pour Lung. Pendant que Li vit en esclave béat, les vieux Chinois buandiers vivent en esclaves mesquins à force de travaux éreintants. J’avais oublié que dans mon enfance (voici plus de 50 ans !), les blanchisseries étaient tenues par des Chinois au Québec. J’espère que leur vie ne ressemblait pas à celle de ces frères vieux et aigris ; est-ce dû à la chaleur d’enfer qui règne sous leur toit, mais je les ai perçus comme le diable en personne.
Comme j’ai lu le roman voici plus de trois mois, les souvenirs me viennent par vagues d’ambiances, par empreintes de personnages. Le personnage qui m’a fait la plus forte impression, restant accroché à mes basques, c’est le capitaine Matthews. Sa prestance, son caractère fortement ancré, sa complexité le rendait attrayant à mes yeux. Au fil du temps et des hasards, il en vient à développer une relation unique avec Li. Cette relation trouble est passionnante à suivre de près. Il faut d'ailleurs s'approcher de très près pour y voir plus clair. On y avance dans l’opacité d’un brouillard mystérieux, presque poétique. Tout ce que touche Li a un côté vaporeux, éthéré, il ne s’appartient plus, possédé qu’il est par la force de son amour pour celle qui n'est plus à ses côtés.
Dans un siècle, autant l’amour de Li et Lung est céleste, dans l'autre, autant celui de Sylvie et Jean est terre-à-terre. Au début de ma lecture, je me souviens avoir réalisé jusqu’à quel point le temps passe lentement dans l’univers de Michèle Plomer. C’est une saveur. Nous déambulons dans ce troisième tome dans le même état qu'un dimanche après-midi où l’on a du temps pour détailler, savourer, prendre son temps. Si vous tentez d’aller plus vite que ce rythme, peut-être qu’une certaine frustration se pointera. Peut-être. Pour ma part, en 1910, il a été facile de me coller à ce rythme, en 2010 ce fut plus difficile. Tout va si bien entre Jean et Sylvie, leur relation coule de source, ce qui rend les dialogues un peu monotones et le dimanche, c'est connu, la monotonie est moins supportable. Je n’irai pas jusqu’à dire que les gens heureux n’ont pas d’histoire puisqu’entre les murs de Lake House, cette exigeante demeure, il y a de l’Histoire. Y vivre n’est pas de tout repos, le couple doit faire face à des problèmes et des inquiétudes constantes et consistantes. Petit Bouddha s’est inséré dans ce couple, le plus naturellement du monde. Cette famille est décidément sans aspérité. Le rythme m’a semblé s’accélérer quelque peu lorsque Sylvie part en Chine, par affaires, pour approvisionner sa boutique. Mais peut-être était-ce seulement dû à l’effet du dépaysement.
Ce que je retiens de ces trois tomes que je conseille de lire d'une traite* c’est la fréquentation du familier (le près de nous) avec l’étranger (le loin de nous) à l’intérieur et à l’extérieur d’un même cœur.
Soyez assuré que ce troisième tome ne fait pas exception, comme Porcelaine et Encre, il s’apparente à une initiation où l’on avance à tâtons, les yeux écarquillés, tellement nos pieds longent de près la bordure délimitant la réalité du rêve. La tête du lecteur gardée dans une bruine fine, il arrive que les deux se confondent, presque à son insu. C’est durant ces moments qu’une auteure se transforme en magicienne.
*Les trois tomes sont maintenant accessible sous un même abordable pavé :
Le roman porte bien son titre Empois pour l’importance que prendra la blanchisserie, Celestial Washy-Washy à Magog. Li y vivra des jours heureux, presqu’en transe, sanctifié par une tâche colossale entièrement dédiée à son amour pour Lung. Pendant que Li vit en esclave béat, les vieux Chinois buandiers vivent en esclaves mesquins à force de travaux éreintants. J’avais oublié que dans mon enfance (voici plus de 50 ans !), les blanchisseries étaient tenues par des Chinois au Québec. J’espère que leur vie ne ressemblait pas à celle de ces frères vieux et aigris ; est-ce dû à la chaleur d’enfer qui règne sous leur toit, mais je les ai perçus comme le diable en personne.
Comme j’ai lu le roman voici plus de trois mois, les souvenirs me viennent par vagues d’ambiances, par empreintes de personnages. Le personnage qui m’a fait la plus forte impression, restant accroché à mes basques, c’est le capitaine Matthews. Sa prestance, son caractère fortement ancré, sa complexité le rendait attrayant à mes yeux. Au fil du temps et des hasards, il en vient à développer une relation unique avec Li. Cette relation trouble est passionnante à suivre de près. Il faut d'ailleurs s'approcher de très près pour y voir plus clair. On y avance dans l’opacité d’un brouillard mystérieux, presque poétique. Tout ce que touche Li a un côté vaporeux, éthéré, il ne s’appartient plus, possédé qu’il est par la force de son amour pour celle qui n'est plus à ses côtés.
Dans un siècle, autant l’amour de Li et Lung est céleste, dans l'autre, autant celui de Sylvie et Jean est terre-à-terre. Au début de ma lecture, je me souviens avoir réalisé jusqu’à quel point le temps passe lentement dans l’univers de Michèle Plomer. C’est une saveur. Nous déambulons dans ce troisième tome dans le même état qu'un dimanche après-midi où l’on a du temps pour détailler, savourer, prendre son temps. Si vous tentez d’aller plus vite que ce rythme, peut-être qu’une certaine frustration se pointera. Peut-être. Pour ma part, en 1910, il a été facile de me coller à ce rythme, en 2010 ce fut plus difficile. Tout va si bien entre Jean et Sylvie, leur relation coule de source, ce qui rend les dialogues un peu monotones et le dimanche, c'est connu, la monotonie est moins supportable. Je n’irai pas jusqu’à dire que les gens heureux n’ont pas d’histoire puisqu’entre les murs de Lake House, cette exigeante demeure, il y a de l’Histoire. Y vivre n’est pas de tout repos, le couple doit faire face à des problèmes et des inquiétudes constantes et consistantes. Petit Bouddha s’est inséré dans ce couple, le plus naturellement du monde. Cette famille est décidément sans aspérité. Le rythme m’a semblé s’accélérer quelque peu lorsque Sylvie part en Chine, par affaires, pour approvisionner sa boutique. Mais peut-être était-ce seulement dû à l’effet du dépaysement.
Ce que je retiens de ces trois tomes que je conseille de lire d'une traite* c’est la fréquentation du familier (le près de nous) avec l’étranger (le loin de nous) à l’intérieur et à l’extérieur d’un même cœur.
Soyez assuré que ce troisième tome ne fait pas exception, comme Porcelaine et Encre, il s’apparente à une initiation où l’on avance à tâtons, les yeux écarquillés, tellement nos pieds longent de près la bordure délimitant la réalité du rêve. La tête du lecteur gardée dans une bruine fine, il arrive que les deux se confondent, presque à son insu. C’est durant ces moments qu’une auteure se transforme en magicienne.
*Les trois tomes sont maintenant accessible sous un même abordable pavé :
lundi 23 juin 2014
Vrac en Juin
Combien en connaissez-vous ? Un mini indice, ceux qui suivent ont un rapport de près ou de loin avec le corps :
Météorisme – Stéatopyge – Pandiculation – Misophonie – Philtrum – Enchifrené – Glabelle – Helix – Trépanation – Gynécomastie – vagissement – Phosphènes
Les autres vont dans toutes les directions :
Dringuelle – cuniculiculture – marcel – point d’exclarrogatif – Ligne de désir – Pétrichor – Méhari – Noctuelle – Poularde – Turfiste – Gastéronycète – Solfier – Aboulique – Aboucher – Fétu – Lavure – Talon - Kakistocratie
Si vous désirez voir ces mots, passez par ici
Autour du court
Vous lisez beaucoup, ces lectures vous éveillent, vous remplissent, vous êtes si plein que vous avez envie de déverser votre verve et votre imaginaire dans un roman ? Projet trop long, ça vous effraie. D’accord, commencez par une brève nouvelle alors. Ce concours de nouvelles est pour vous : sur le thème « Ville(s) », 10,000 caractères maximum, genre littéraire à votre convenance (poétique, mémoires, naturaliste, humoristique, polar, jeunesse....), date butoir : 31 juillet 2014.
Les lectures pour l’été de Danielle Laurin
J'aime ses descriptions, mais je les ai écoutées, alors si vous voulez les lire au complet, c'est ici.
Malabourg, de Perrine Leblanc (Gallimard)
On croit d’abord lire un thriller en bonne et due forme, scènes d’épouvante incluses : trois jeunes filles sont victimes de meurtres en série à Malabourg, petit village fictif de la Gaspésie balayé par la mer.
Recommencements, d’Hélène Dorion (Druide)
Livre de ressourcement, de renaissance, de réflexion. Très personnel, très inspiré.
L’album multicolore, de Louise Dupré (Héliotrope)
Récit autobiographique, par une autre de nos grandes poètes. La mort de la mère occupe ici toute la place.
Le feu de mon père, de Michael Delisle (Boréal)
« L’amour que je porte à mon père a toujours été souffrant, malheureux et ingrat », confie le narrateur de ce court récit plein de dureté, de honte, de rage et de tristesse mêlées.»
Sam, de François Blais (L’Instant même)
Autofiction bidon en chausse-trape, pleine de fausses pistes. Fausse histoire d’amour. Autodérision qui tourne à l’autodénigrement et au cynisme mordant, très, très méchant.
La déesse des mouches à feu, de Geneviève Pettersen (Le Quartanier)
Premier roman de cette blogueuse et chroniqueuse humoristique qui se fait appeler Madame Chose. Ça décoiffe, ça déménage.
Variations endogènes, de Karoline Georges (Alto)
Quatorze histoires tordues, marquées par la perversité.
N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime, de Gaétan Soucy (Notabilia)
Parue à titre posthume, cette lettre d’amour fiévreuse, enflammée, délirante, obsessive, absolue et désespérée, remue.
Drama Queens, de Vickie Gendreau (Le Quartanier)
Écrit dans l’urgence, peu avant que son auteure soit emportée à 24 ans par une tumeur inopérable au cerveau, ce livre coup-de-poing fesse dans toutes les directions.
Delaf-Dubuc : finalistes du Prix Joe Shuster
Pour « Un été trop mortel », 6e tome des Nombrils..... Danger, danger, vont-ils un jour se prendre pour les nombrils du monde ! "Fondés en 2004, les prix Joe-Shuster, qui portent le nom de l'un des créateurs de Superman, sont remis à des artistes canadiens ayant publié une oeuvre au cours de l'année précédente" (réf : Laura Martin, La Tribune). Par contre, après recherche, avec mon anglais de bord, je n’ai jamais trouvé le montant des Prix. Cela semble être un secret bien gardé, même la date du dévoilement.
À mes amies et amis Français et Belges
Vous désirez lire La vie épicée de Nathalie Roy ?, si vous gagnez le concours, les exemplaires entreront chez vous par la grande porte. Un formulaire à remplir avant le 11 juillet et le tour est joué.
Les coups durs du milieu littéraire
Pas de prix unique du livre avec Couillard, il jette aux oubliettes tout ce qui a déjà été fait sur cette question, commission parlementaire inclusivement. Ils veulent réfléchir encore, trouvé d’autres solutions. Je n’ai pas de mots, qu’un profond soupir d’exaspération.
Effet direct sur les danses gouvernementales, principalement des slows, sur cette question cruciale pour la survie du livre, la librairie Clément Morin à Trois-Rivières ferme ses portes, faute de relève ayant les reins assez solides pour supporter les risques financiers. Lisez l’histoire de ce géant né tout petit en 1962, cette fin est triste à pleurer.
Pour finir par sourire
Pour ne pas tomber en déprime, voici une vingtaine d’amusantes, ingénieuses, audacieuses, folichonnes manières de tenir des livres, autrement qu’entre ses mains.
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