vendredi 3 octobre 2008

Alice court avec René

Léon a grandi d’un an, c’est en tout cas ce que Bruno Hébert essaie de nous faire croire. Je n’ai pas reconnu autant de candeur à Léon, j’ai plutôt eu l’impression d’accompagner un ado. Un drôle d’ado, Un très, très, bizarre d’ado.

Il fuit la vie, ceux qui la vivent surtout. Il cherche le petit coin noir où disparaître. Il en trouve pleins, à l’intérieur de caveaux vides au cimetière, accroché comme un singe sur le renfoncement d’une fenêtre dans les toilettes de l’école ou dans tous les magasins du quartier. En autant qu’il ne soit pas devant un tableau noir où s’inscrit « Alice court avec René » par une prof, même gentille, il atteint une certaine félicité. L’école est d’une banalité étouffante pour cet être à l’imagination délirante. La banalité tue à grands feux cet enfant qui pose un regard aseptique sur la routine, sur le prévisible, sur le quotidien.

Le rôle qu’il préfère dans la vie est celui de producteur de ses propres films :

À la fin de mon scénario, quand tout est réglé et que la cloche de la récré va bientôt sonner, Clarence a un arrêt cardiaque. Ça relance l’intrigue. On l’emmène d’urgence à l’hôpital. Je m’arrange pour la suivre, même si tout le monde veut m’en empêcher. Dans l’ambulance, consterné par l’inefficacité des infirmiers, je branche moi-même le défibrillateur. À l’hôpital, le médecin de garde me félicite de mon initiative. Comme toujours, si elle s’en sort, c’est grâce à moi.

Ce roman est un vrai casse-tête psychologique, je cherche encore quelle façon aurait été la meilleure pour rejoindre Léon dans son monde. Le rejoindre là où il est, la seule façon de le comprendre, d'entrer vraiment en contact avec lui. Moi, la lectrice, j’y suis arrivée un peu, pas complètement j’avoue, mais les personnages autour de Léon échouent lamentablement. C’est le désastre. Un enfant qui fait tant de mauvais coups (vols, fugues, mensonges) devient une victime à nos yeux. On fustige son père qui le tue de son conformisme, sa mère qui accepte tout sans comprendre, on voudrait tuer le trio qui le harcèle, engueuler Clarence, celle qu’il aime et qui le rejette, secouer ses sœurs qui se contrefichent de lui.

Un roman qui se donne des airs d’enfance rimant avec insouciance quant en fait, le sujet est beaucoup plus sérieux. On entre de plein fouet dans la délicate question de la différence menant tout droit à la délinquance, Je ne sais pas comment Philippe Falardeau va traiter cette histoire au cinéma, (je vais aller vérifier, c’est sûr) mais j’imagine qu’il va faire ressortir la comédie avant le drame.

Tandis que moi, malgré tout la finesse de l’humour, ma lecture s’est fait sur le ton dramatique plus que comique.

2 commentaires:

Suzanne a dit...

Merci pour cet intéressant commentaire mais je vais lire C'est pas moi, je le jure avant. Je note par contre.

réjean a dit...

Moi, de ce livre lu à sa publication, je me souviens de son humour. C'est cet aspect-là du roman qu'il me reste.