
Faut dire qu’en plus qu'il ne fût pas n’importe quel poète, ce ne sont pas n’importe quelles voix : Michel Rivard, Daniel Lavoie, Plume, Jim Corcoran, Yann Perreau, Vincent Vallières, Richard Séguin, Martin Léon, Michel Faubert, Louis-Jean Cormier, Gilles Bélanger, Pierre Flynn.
Tout mon engouement pour ses mots me porte à vouloir m’intéresser à Gaston Miron, à qui il a été. Non pas que je ne le connaissais pas - qui ne le connaît par de réputation ! - mais ça n’implique pas nécessairement de reconnaître celui qui a été de tous les combats ; sociaux, littéraires, politiques. « Il affiche tout son être sur la place publique » comme disait de lui, Jacques Brault, poète.
On appelait Miron, le poète militant (ça se perd ce genre de poète, il me semble qu’on en retrouve peu maintenant) et sa plus grande ferveur allait pour une défense virulente du français. Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de regarder une entrevue où il nous donne, à sa manière colorée, presque théâtrale, jamais emportée mais si fougueuse, un plaidoyer pour la défense du français au Québec. C’est tout à fait réjouissant comme entrevue, le sourire est garanti, le rire parfois, l’attendrissement certain. Et l’aboutissant : son propos est encore, malheureusement, d’actualité.
« Qu’on dise joual, oual ou cheval, peu importe, pourvu qu’on ne dise pas horse » Entendez-le de sa bouche, je vous le dis, ça vaut la peine ! (gros merci à Sandy Gordon et Mistral de m’avoir indiqué le chemin jusqu'à cette entrevue fascinante).
Et si ça vous dit d’avaler de ses mots comme une goulée de tendreté, ne vous gênez, tant qu’il y en a pour 10, il y en a pour 100, tant qu’il y en a pour 1000, y en a pour 10,000 …
Parle-moi (sur le CD, chantée par Gilles Bélanger)
parle-moi parle-moi de toi parle-moi de nous
j’ai le dos large je t’emporterai dans mes bras
j’ai compris beaucoup de choses dans cette époque
les visages et les chagrins dans l’éloignement
la peur et l’angoisse et les périls de l’esprit
je te parlerai de nous de moi des camarades
et tu m’emporteras comblée dans le don de toi
jusque dans le bas-côté des choses
dans l’ombre la plus perdue à la frange
dans l’ordinaire rumeur de nos pas à pas
lorsque je rage butor de mauvaise foi
lorsque ton silence me cravache farouche
dans de grandes lévitations de bonheur
et dans quelques grandes déchirures
ainsi sommes-nous un couple
toi s’échappant de moi
moi s’échappant de toi
pour à nouveau nous confondre d’attirance
ainsi nous sommes ce couple ininterrompu
tour à tour désassemblé et réuni à jamais
Gaston Miron extrait de L’amour et le militant tiré de L’homme rapaillé