Faites comme chez vous

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c'est recevant !

mercredi 14 août 2013

Mes Correspondances d’Eastman (1)

J’étais fébrile de découvrir le nouvel emplacement, un chapiteau non loin du Cabaret d’Eastman, ce monument fier et surtout, moderne, contraste frappant avec les années passées où le lieu était une ancienne grange, son silo, et sa terrasse, je parle du Théâtre La Marjolaine.

J’ai pu réaliser encore une fois que l’âme ne loge pas dans la matérialité. L’essence du partage dégageait toujours son odeur concentrée et sucrée. Je suis retombée en amour avec cette fête de la LETTRE.

Faut dire que mon premier Café littéraire a commencé fort ; « L’Héritage de la parole » avec Thomas Hellman, Évelyne de la Chenelière, Tristan Malavoy-Racine. Ce dernier posait les questions, et j'ai trouvé que son affinité avec ces auteurs était une réponse.

La beauté de cette causerie s’est vue par la complicité des trois auteurs, courant sur la même longueur d’ondes. On y a abordé la responsabilité du dire, sous plusieurs de ses formes. En parlant de forme, Évelyne de la Chenelière m’a jetée par terre pour son élocution juste et vive. Plusieurs n’arrivent pas à écrire aussi bien qu’elle parle. La clarté règne dans son esprit, elle apportait d’infimes nuances sur un plateau de mots, et ses acolytes s’en inspiraient pour aller plus loin. Justement, autre fait notable ; l’écoute. Nous voyons assez souvent dans ce genre de causerie une nervosité dominante, légitime bien sûr, on pense à l’impression que l’on fait, on s’inquiète si notre message est compris, mais ici, le calme et la confiance rayonnaient. J'en conclus que le message a dépassé les messagers, ce que j’apprécie toujours beaucoup. Ils ne pensaient plus à leur égo mais par-dessus tout à dire justement pour partager pleinement.

Malgré la profondeur des propos, l’assistance a pouffé de rire à quelques reprises, dont au moment où Thomas Hellman, papa d’un poupon de deux semaines, a affirmé le plus sérieusement du monde qu’il allait lui faire lire La Peste de Camus !

Un petit miracle s’est produit (il s’en produit souvent aux Correspondances mais celui-ci est de taille), l’assistance est partie avec l’envie de lire de la poésie. Ce qui veut dire s’essayer ou se réessayer, en lecture intime, autrement que par l'entendre chanter. Leur dévotion commune pour le poète, Roland Giguère, si authentique, si intense en aura fait ainsi.

Une dame du public a posé une question de détective à madame de la Chenelière : « Je vois un post-it inséré dans votre recueil de poèmes, pourriez-vous nous lire l’extrait qu'il indique ? » Ça tombait bien, c’était le premier poème lu dans une bouquinerie », elle se rappelait à son émotion de tomber des nues devant l’effet procuré par ce poète qu'elle découvrait. Moment magique que ce murmure admiratif se levant de l’assistance après la lecture.

Je retiens également, c’est fou, parce que si simple, que les grands lecteurs de poésie en lisent très peu à la fois, jusqu'à un seul. Moi qui les imaginais boulimiques, dévorant à grosses lapées gourmandes un livre de poésie. Je vais mettre en pratique cette approche à petites doses, et peut-être vais-je mieux apprécier.

Sur le mode involontaire, seulement par sa flamme, Évelyne de la Chenelière a rendu un bel hommage à Marie Cardinal. Elle m’a fait regretter de ne pas avoir lu L’Inédit de Marie Cardinal, ces carnets intimes fouillées par ses filles Alice et Bénédicte Ronfard, et par l’éditeur Annika Parance. Que Thomas Hellman ait abordé la poésie de Giguère par le folk m’intrigue également, assez pour être tentée, surtout que c’est un livre-disque.

Suite dans les prochains jours pour vous transmettre mes impressions sur Bla-Bla Blogue : Le monde à l’heure d’internet avec Catherine Voyer-Léger et Caroline Allard. Animation : Danièle Bombardier

Ont également assisté à ce Café, Lucie qui nous en parle sur son Clavier bien tempéré et Topinambule qui nous annonce sa deuxième visite aux Correspondances.

mercredi 7 août 2013

Rencontre annuelle

Au centre, Lucie, tentant de s'installer (photo en différé) !
Nous nous rencontrons une fois par année, pourtant, nous travaillons ensemble 365 jours. Nous sommes officiellement 18, mais activement, comptons plutôt 15. Deux personnes n’écrivent pas, ou plus, les autres, rédigent à tous les mois, ou non. Il y a une chef, la rédactrice, elle s’appelle Lucie Renaud. Certains l’auront deviné, je parle de La Recrue du mois qui avance vers sa septième année d’existence. Pour un blogue, c’est déjà beaucoup, pour un blogue collectif, c’est énorme. Et j’ajouterai que pour un blogue misant sur les premières œuvres de la littérature québécoise, c’est un exploit !

Ce dernier samedi soir, nous étions assis en cercle dans une cour de Notre-Dame de Grâce. Tous avaient l’air heureux d’être là, en tous cas, les visages exhibaient des sourires et des yeux pétillants. Les lecteurs qui s’ouvrent aux auteurs pas encore reconnus ont des points en commun si je me fie aux rencontres, même les premières fois, le courant passe.

J’y ai vu trois nouveaux visages cette année car une rotation des effectifs est nécessaire. Pas uniquement pour offrir des visions neuves, mais aussi pour arriver à sortir un numéro mensuel bien fourni. Sortir un webzine à chaque quinze du mois entraine une somme de travail et de discipline non négligeable. Ce travail et cette discipline s’exigent quand il y a un chèque au bout, mais à un titre complètement bénévole, cela se gère différemment. Lucie Renaud, la rédactrice en chef, a vite compris que sa flotte de journalistes citoyens a une vie à gagner en dehors de sa participation à La Recrue. Dévotion s’accordant mal avec obligation, elle prend donc l’option d’avoir assez de rédacteurs sous la main pour laisser flotter un sentiment de libre choix, conservant à cette activité du plaisir.

Et ça marche !

Je peux en témoigner. J’y participe depuis les débuts et dans un moment de lassitude et de débordement, j’ai passé à un poil de chat de donner ma démission. Je me suis laissé convaincre par Lucie de laisser mon nom en réserve quelques mois. Les nombreux courriels organisationnels qu’exige la préparation d’un numéro de magazine, tout virtuel soit-il, continuaient à me passer sous les yeux. Au fil des numéros, à voir l’enthousiasme de chacun, une impulsion intérieure a fini par poindre. Et je suis redevenue active.

Nous ne sommes pas une équipe zélée plutôt ailée. Il faut des ailes pour échanger sans se voir le bout du nez. Les séances de votes pour élire les titres Recrue du mois se font par tableaux « Doodle », voilà un point de réglé mais c’est loin d’être tout. Avec nos rubriques poésie, deuxième roman, livre jeunesse, littérature hors-Québec, sans encore avoir touché la présentation, le questionnaire et la revue de presse de l’auteur en vedette Recrue du mois, ça ne manque pas d’action. Il y a du trafic quelques jours avant le 15 ! C’est sans parler des planifications usuelles, par exemple la distribution des quelques exemplaires de presse, les envois de textes à la correction (Lucie), ensuite à la mise en ligne (Maxime). C’est Lucie Renaud, la responsable des contacts avec les maisons d’édition. Comme dans tout magazine qui se respecte, vous avez le mot de rédactrice donnant une idée générale du numéro, un apéritif quoi ! Nous tentons également de tenir à jour un répertoire des titres de premiers romans qui sortent au Québec.

Et c’est sans avoir encore parlé, j'ose le mot, de marketing. Le webzine La Recrue du mois est un produit et comme tout produit, il faut l’annoncer. Ce n’est pas en lisant et commentant sur notre île que nous allons servir la littérature. Sur la Toile, on tisse des liens ou on n'est rien ! La Recrue du mois désire mettre de plus en plus d’énergie à sa promotion. Cette tache demande effort, énergie et constance. Christine nourrit généreusement la page Facebook et Marie-Claire, le compte Twitter, ce qui n’enlève en rien la responsabilité de chacun, surtout ceux qui tiennent un blogue (presque tous), de promouvoir notre webzine.

"C’est beau tout ce bénévolat et cet amour de la lecture", me suis-je dit après cette rencontre, suivie d'un souper collectif, tout en n’en revenant pas que nous nous reverrons l’an prochain seulement. Et pas tous ! Nos deux rédacteurs résidant en France, Caroline et Philippe les (re)verrons-nous un jour ? Parce que, oui, nous avons deux rédacteurs Français (sourire).

Mais je n’ai pas encore parlé du plus important : vous !
Nous lisez-vous ?

Le webzine La Recrue du mois




vendredi 2 août 2013

Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

J’ai lu cette histoire voici bientôt deux mois et elle crépite encore dans ma tête. L’émotion est restée vive, comme si je l’avais lue hier. Je dis lue, je pourrais dire vue. Elle est facile à voir sous la plume de Geneviève Damas.

Avec le titre et la couverture, je m’attendais à une histoire tendre et calmement poétique. Oh, que j’étais loin du compte ! L’histoire est densément dramatique. S’il y a poésie, elle est contenue dans la tête candide de François.

La famille dans laquelle vit François habite creux, mais elle ne serait pas loin du village, qu’elle n’en serait pas pour autant près des gens. Sa famille est retirée du monde et a des contacts avec l’extérieur que pour vendre les cochons qu’ils élèvent. Uniquement du mâle dans cette maison depuis que la sœur ainée a traversé la rivière. Pour François, cette rivière est la frontière infranchissable – tout le danger viendrait de là - entre sa vie soumise à la férule du patriarche et la libération de son emprise. C’est aussi l’ouverture qui a happé sa sœur qu’il considérait comme sa mère.

Il est cerné par la rivière mais encore plus par la rudesse, la violence même, de trois malotrus ; son père et ses deux frères. Il règne un silence nauséabond dans cette maison, certainement plus que dans la porcherie dans laquelle le garçon travaille. François a cela de différent qu’il aime parler, et comme il n’a personne à qui confier ses pensées primaires (certains le traiteraient d’arriéré mental), il se confie à un cochon. Il en choisit un et nourrit une relation étroite avec lui. C’est tout à fait crédible et nous n’avons aucune envie de rire, je vous assure. J’y vais à pas prudents pour ne pas trop dévoiler de cette délicieuse intrigue, mais vous saurez que François trouvera une autre personne à qui parler. J’y repense, il n’y a pas de mal à le dévoiler ... c’est à un prêtre.

J’ai tout aimé de ce roman, les défauts ont fini par se confondre aux qualités, tellement j’ai pris du plaisir à entendre la voix de François. Rien n’est expliqué, tout est démontré, vu et vécu. Le lecteur a de la place pour pondre sa propre histoire sous les mots. Personnellement, j’ai même déduit qu’une relation d’amour, qu’elle soit avec un chien, un humain ou un cochon ouvre les digues de la compréhension. C’est un pied de nez à l’intelligence intellectuelle qui serait le seul passe-partout pour ouvrir la porte de la connaissance, ou conscience.

C’est le talent magique de Geneviève Damas d’avoir rendu crédible ce jeune homme peu développé, ayant grandi dans le silence et la mesquinerie, qui se réveille progressivement, la chenille devenant papillon. Tout passe par croire ou ne pas croire à cette voix candide. J’y ai cru à fond, alors à moi le plaisir de cheminer avec cet être qui nous ramène à la source, comme les enfants savent si bien le faire.

mardi 30 juillet 2013

Vrac à l’arrachée

Je n’écris pas pour les gens qui m’aiment
C’est le titre d’un splendide texte de Catherine Voyer-Léger, auteure de Détails et Dédales. Elle y aborde certaines réticences rencontrées lorsque l'on écrit l’intimité au « je » et chose amusante son texte est écrit au « Tu ».

Sa lucidité impitoyable à son égard : Bon, pour être honnête, tu n’as pas vraiment d’imagination. Et quand tu écris bien, c’est rarement des histoires.
De ces phrases presque poétiques : J’ai réalisé que l’imprimerie avait encore sa majesté et qu’elle transcendait l’éphémère.
Ses questions mises à nue : Pourront-ils vouloir me voir s’ils ont le sentiment de m’avoir vue?

Ces BD et ces romans qui traversent des frontières
Jane, le renard et moi*, d'Isabelle Arsenault et Fanny Britt est en lice pour les Pépites 2013 du Salon du livre et de la presse jeunesse Seine-Saint-Denis dans la catégorie BD/Manga (à partir de 10 ans). Les Pépites seront remises la semaine qui précède le Salon, qui se déroulera du 27 novembre au 2 décembre sous le thème des « héros ». *Jane, le renard et moi aborde le thème du harcèlement à l'école et a eu un bon succès ici. Un album de la maison d’édition La Pastèque.

Les Éditions Alto nous annonce l'acquisition des droits d'adaptation cinématographique du roman Griffintown (finaliste au prix France-Québec) de Marie Hélène Poitras. C’est Attraction images née de la fusion de Cirrus Communications (Film C.R.A.Z.Y), Bubbles Télévision et La Boîte de Prod qui s’est porté acquéreur des droits. Comme si une bonne nouvelle n’arrivait jamais seule s’ajoute la vente des droits français du roman aux éditions Phébus, qui le publieront en France au printemps 2014. Il sera également traduit en langue anglaise par l’éditeur canadien Cormorant.

Selon Monet
D’après la très prisée librairie Monet, voici les 10 meilleurs romans québécois depuis les six derniers mois. J’en ai lu 3 sur 10 (quatrième, sixième, septième), en possède 4 sur 10, par conséquent, il m’en reste un à lire : Le sort de Bonté III d’Alain Poissant, édition Sémaphore. C’est plus fort que moi, une telle liste me donne encore plus le goût de lire. Temps oblige, autant que budget oblige, je vais me rabattre sur un seul Man de Kim Thùy. Je convaincue qu’il est impossible de passer à côté quand on s’intéresse de près à la littérature Québécoise.

Mes retrouvailles avec les Correspondances d’Eastman
Je ne pouvais m’en tenir éloignée bien longtemps. Nos amours finissent toujours par nous rattraper. J’en parle plus abondamment Chez Venise.

Et vous ?
Passez-vous un bon été ; avez-vous plus de temps pour lire ? Est-ce des coups de cœur livresques que vous attrapez ou des coups de soleil ?  :-)
Personnellement, je suis à une lecture ardue : La constellation du Lynx de Louis Hamelin. Pas du tout une lecture estivale dans le sens de légère.

Profitez-bien de la vie !

mardi 23 juillet 2013

La commanderie - André Jacques

Pourquoi vouloir lire André Jacques ? Je pourrais dire parce qu’il est reconnu pour ses polars de bonne tenue (il doit plancher sur son cinquième présentement), et cela serait vrai, mais si je rajoute que j’ai suivi deux ateliers d’écriture avec lui, la réponse sera plus complète.

Un hasard, c’est le deuxième, La Commanderie, qui m’est tombé entre les mains. Faut dire que le titre m'intriguait. Déjà, je me sentais à une autre époque, dans un autre monde.

Il faut tout d’abord que je vous présente l’enquêteur, qui n’en est pas un officiellement, puisqu’il est tout d’abord antiquaire. C’est à ce titre qu’une vieille et riche dame l’appelle. Elle l’attire par des œuvres à évaluer, et même à éventuellement posséder, et puis, hop, elle lui parle de sa petite-fille dont elle n’a plus de nouvelle. Tout semble bien ordinaire jusqu’à date, mais bien entendu, sous la roche grouille un nœud de vipères.

Alexandre Jobin est du type bon vivant, comme à peu près tous les enquêteurs. Incroyable la quantité d’alcool ingurgité dans ce roman, cela en devient lassant ! Les commandes de la vieille dame, pour laquelle il s’est bien sûr fait prier avant d’accepter, l’amèneront à Paris et en Haute-Provence pour l’évaluation d’un énigmatique tableau. C’est là d’ailleurs qu’il retrouvera une coéquipière avec qui il couche.

Vous vous doutez bien que des deux buts c’est de retrouver la petite-fille qui tiendra le lecteur en haleine. Si je dis en haleine, pour pousser l'image, ce serait suite à de la marche rapide, pas de la course. Les événements se déploient et les nœuds se dénouent à un rythme que certains considéreraient peut-être lent, tandis que pour moi, ce rythme est parfait. Comme André Jacques prend grand soin de son écriture, la forme important pour lui, il tient à installer méticuleusement ses ambiances. Par conséquent, il ne m’est jamais arrivé de penser que l’on m’avait monté un bateau. Et pourtant, l’on se retrouvera dans une galère assez complexe, une secte ésotérique dégageant de fortes odeurs de pourriture, possiblement mêlée à des intérêts politiques d’extrême droite. 

Le personnage de la nièce est plus énigmatique, ses aspérités un peu moins clichées que ce cher Alexandre Jobin que l’on aime malgré son côté prévisible de bon vivant, buveur, coucheur, qui brille en toute modestie. La relation avec sa coéquipière ajoute de l’intérêt et est pratique pour dévoiler les pensées de l’homme au lecteur.

Il y a du rebondissement, l’histoire n’est pas parfaitement prévisible, c’est ce que je demande à du polar. En plus, s’ajoute une touche raffinée pour dessiner des tableaux hauts en couleurs, dans la campagne française et à Paris. J’ai senti que l’auteur se délecte à écrire, et s’il y a un mot que je retiens, c’est plaisir.

Je l’ai lu en vacances, moment idéal puisque jamais il ne m’a mis sur le « gros nerf » par trop de sensationnalisme. Tout dépend de ce qu’on attend d’un roman policier, si ce sont des émotions fortes, très fortes, peut-être peut-on se tourner vers un autre auteur, mais si c’est une histoire intelligente dont la trame solide est servie par une noblesse de langage, eh bien, on en redemande. Il est certain que je vais relire André Jacques, son dernier titre, De Pierres et de sang m’attire.

mercredi 17 juillet 2013

Les pavés dans la mare de Nicolas Delisle-L'Heureux

On part d’un jeune homme, lequel j’ai pris au départ pour beaucoup plus âgé qu’il ne l’est. Il faut dire qu’au premier chapitre, on le retrouve au bout du monde, dans une suite de chalets du Lac Sauvage, près de Senneterre, à des kilomètres de toute civilisation. Il médite sur sa vie. On apprendra au fil du temps ce qu’il fait dans ce lieu aux allures de cimetière.

Les événements coulent dans ce roman, si l’on accepte de suivre Jakob à la trace. Ce jeune étudiant, en âge de se trouver une gang et des idéaux, trouvera les deux au Café Le Petit Fou où il sera embauché (manière de parler, puisqu’il ne reçoit pas de salaire et la moitié de ses pourboires). Il y trouvera l’amour, l’amitié, l’autorité, car dans un groupe, il y a toujours un leader; ici, Irène. À partir de ce moment-là, il jettera aux orties études et famille.

Le petit groupe ne s’adonne pas qu’à des partys bruyants, ils organisent des actes dénonçant la passivité du peuple, ces victimes consentantes. Ils fomentent des actions anarchiques auxquels Jakob hésitera à prendre part.

Le thème principal est l’engagement. À l’orée de sa vie, ce jeune homme a des choix à faire, seront-ils mus par l’engagement ? On aura l’occasion de le voir se comporter en situation d’amour, avec Manou, personnage fort et intègre, mais aussi au cœur même d’un groupuscule poursuivant l’objectif de transformer la société de fond en comble, en situation familiale alors que son frère lui voue une parfaite dévotion et en situation d’indéfectible amitié, avec Mathieu. Delisle-L’Heureux aborde également l’engagement envers un lieu, les chalets du Lac Sauvage, héritage de deux sœurs écologistes avant leur temps. Une histoire dans l’histoire.

Je n’ose pas vous décrire le caractère de Jakob, mais j’en aurais long à dire. Les drames les plus sordides sont intimement liés à son caractère. Je ne voudrais pas risquer de vous retirer le plaisir de suivre (et d’exécrer parfois) cet antihéros.

J’oserai par contre vous parler du style de Nicolas Delisle-L’Heureux, assuré et enlevant. Pour nous intéresser à autant de sujets, dont un personnage plus ou moins sympathique, il faut un sacré talent. On dirait que ce jeune auteur a écrit toute sa vie et souhaitons qu’il continue de le faire.

J'ai eu l'honneur et le plaisir de lire en duo avec Topinambule !

samedi 13 juillet 2013

La manière Barrow d'Hélène Vachon

Comme je n’ai pas encore eu l’occasion de lire Attraction terrestre, je me suis rabattu sur ce dernier d’Hélène Vachon. J’ai eu la surprise de découvrir qu’elle y traitait un sujet rarement abordé avec autant de précisions ; l’univers d’un acteur qui fait du doublage. De prime abord, le sujet devait m’intéresser.

Cet acteur de 37 ans, Grégoire Barrow est extrêmement ambitieux. Il ne veut pas que percer et gagner sa vie dans ce milieu où l’on vit généralement pauvrement, il veut toucher l’Art théâtral avec un gigantesque A. La vie lui a donné une voix exceptionnelle (j’aurais aimé l’entendre), ce qui fait qu’il est réclamé pour doubler des commerciaux, des séries populaires et pour ses adaptations écrites. Il déteste exécuter ces tâches pour lesquelles on le paye pourtant bien. Sa compagne de vie tente de le raisonner, le ramener sur terre. Ne vous y trompez pas, Grégoire Barrow peut aller jusqu’à refuser des contrats lucratifs et saboter son travail pour jouer les rôles à la hauteur de ses rêves.

On pouvait s’en douter, un homme aussi rigide rencontrera des difficultés relationnelles. À commencer, avec sa conjointe oeuvrant dans le même milieu et par la suite avec un acteur qui apparaitra soudainement dans sa vie et s’y incrustera. Celui-ci débarquera chez Barrow un beau jour avec le simple désir de rencontrer celui qui double sa voix dans une très populaire série. Cette vedette d’ailleurs s’installera impunément dans le logement de Barrow, comme si c’était un droit. Le lecteur aura le loisir d’épier leur vie commune.

C’est à partir de là que progressivement j’ai débarqué du personnage de Barrow. J’ai buté sur le fait que cet être intransigeant s’accommode de cet intrus comme si de rien n’était. L’auteure a eu beau s’employer à illustrer qu’ils ont certains points communs, malgré la vulgarité de un et le sophistiqué de l’autre, je ne suis pas arrivé à jouer le jeu. Même d’apprendre peu à peu qu’ils sont tous les malheureux dans la vie, on pourrait aussi dire, inadaptés, ne m’a pas aidé.

Je n’ai eu aucune difficulté à lire l’histoire promptement menée, cependant, j’en ai eu à supporter ce personnage de Grégoire Barrow, parfois mou, parfois intransigeant. Il me manquait certaines composantes pour croire à cette sévère dualité. Tellement mou dans sa vie privée, laissant partir une femme qu’il aime, pour laisser s’incruster une personne qui devrait normalement lui taper sur les nerfs. Et d’un autre côté, être aussi implacable dans tout ce qui concerne son travail.

Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a aucun passage qui m’a accroché. J’ai bien aimé sa relation avec son père agonisant, qui malmène son fils, mais mon préféré va pour sa relation avec le concierge du théâtre. Il y a là de belles scènes, théâtrales justement.

Comme à chaque fois que je passe à côté d’un roman d’une qualité d’écriture indéniable, je navigue sur la Toile afin de trouver d’autres échos. J’en ai trouvés un Chez Jules, un deuxième où l’auteure s’explique, Yvon Paré qui a beaucoup aimé et sans oublier Dominique Blondeau qui analyse à fond le personnage.

Lire certaines critiques m’a fait réaliser que je suis passé à côté du message que l’auteure a voulu avancer : «Je voulais montrer à quoi peut ressembler la vie d'une personne qui ne trouve pas à se nourrir adéquatement dans l'univers qui est le sien. C'est l'histoire d'un manque, d'une faim inassouvie.»

Eh bien, raté pour moi ! Barrow m’est apparu un homme gâté qui ne sait pas apprécier ce qu’il a.


dimanche 7 juillet 2013

VRAC estival

Jardin Sablier
Est-ce que ce titre vous dit quelque chose ? Moi, oui. C’est l’entrée de Michèle Plomer dans le monde du livre, son tout premier. C’est en lisant ce charmant recueil qui égrène les mois de l’année d’un jardin au Québec que j’ai rencontré cette grande dame. Les chapitres s’enfilent comme une prière poétique murmurée les bras grands ouverts. C’est la vie d’un jardin de janvier à décembre, parce que même sous ses couches de neige, un jardin palpite. L’auteure m’en a fait prendre conscience par l’intermédiaire de son personnage.

Pourquoi je vous en parle aujourd’hui ? C’est au cas où vous n’auriez pas le goût de le lire (sourire), deux comédiennes le liraient pour vous, sous les étoiles, le 24 juillet à 19 h 30 à la maison Antoine-Lacombe à Saint-Charles Borromée, tout près de Joliette. À cette lecture, qui se fait dans le cadre de la série À voix haute, se rajoute un avant et un après. Avant : la mini-conférence de l’horticulteur, Patrick Forest, et après, la jardinière des mots, Michèle Plomer s’adressera à vous.  Une belle activité estivale gratuite. Plus d’infos par ici.

L’ivresse du livresque : Concours d’été
- Québec-Amérique
Cliquez sur leur plage ...euh, pardon, leur page Facebook, un formulaire sur fond azur apparaitra pour recueillir votre nom et adresse de courriel. Deux clics et quelques mots pourraient vous faire gagner trois lots de trois livres au choix parmi l'ensemble des titres Québec Amérique de l'automne 2013.

- Se laisser bercer par Hamac
Vous savez, Hamac, cette maison d'édition aux trois collections pilotée principalement par Éric Simard ? Eh bien, ils désirent que vous vous berciez dans un hamac cet été. Et pour cela, il vous faut un hamac et un Hamac.

Avec de la motivation et de la chance, vous pouvez avoir les deux. La motivation de vous acheter un livre de cette collection ne devrait pas être un problème, il y a une telle quantité de titres alléchants. Pour la chance, vous remplissez un coupon dans une des librairies participantes et vous pourriez gagner le premier prix : un hamac et dix Hamac au choix ou deuxième prix, dix Hamac au choix, ou troisième prix, cinq Hamac au choix.
Librairies participantes
- Librairie Alire à Longueuil
- Biblairie GGC à Sherbrooke
- Librairie Boutique Vénus à Rimouski
- Librairie Carcajou à Rosemère
- Librairie Laliberté à Québec
- Librairie Marie-Laura à Jonquière
- Librairie Monet à Montréal
- Librairie Raffin sur la rue St-Hubert à Montréal
- Librairie du Soleil à Gatineau
- Librairie Vaugeois à Québec

Auteur pressé par son éditeur
Trop comique cette photo ! L’éditeur Alain Stanké a remis cette sculpture intitulée "Auteur pressé par son éditeur" en guise d’hommage à l’homme engagé qu’est Denis Vaugeois (la photo ci-contre). Elle a été donnée à cet éditeur, historien, homme politique à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’Association des libraires du Québec qui en a profité pour  l'accueillir parmi les membres honoraires. Plus d'info par ici.



La Carpe
Tout ce que l’on peut faire dire à une carpe ! Aux êtres muets, je pense à la majorité silencieuse, on fait dire ce que l’on veut. Marsi l’a compris. C’est un nouveau personnage récemment apparu dans les aventures de la salamandre Sanfroy.

Attention, question de vocabulaire : Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a compris pourquoi ce tableau, cette case, ce dessin s’appelle Mouche à fruits ?



mardi 2 juillet 2013

Tokyo Imperial d'André Girard

Le personnage principal de Tokyo Imperial, Johanna, s’est laissé connaître auparavant dans de ce que l’auteur appelle sa « suite hôtelière » : Port-Alfred Plaza et Moscou Cosmos, ce que je n’avais pas réalisé au départ. Je dis Johanna, je devrais dire Étienne-Johanna, ce couple qui se donne rendez-vous dans les grandes villes de ce monde ; Moscou, Prague, Dublin, Paris. Ils vivent l’amour, très bien d’après ce que l’auteur en dit, à distance. Quelques semaines de fréquentation par année leur suffisent, et même attisent leur flamme.

À Tokyo, nous vivrons particulièrement en compagnie de Johanna, en pénétrant ses pensées dédiées à son père récemment décédé. Son paternel lui a donné le goût du Japon dès son plus jeune âge en lui apportant des mangas à la tonne.

Dans ce roman, la ville de Tokyo prend une place prépondérante, c’est un choix évident de l’auteur. Chaque chapitre représente un nom de station de métro, et tous les prétextes sont appelés à Johanna pour arpenter les venelles, les rues, les quartiers, en les décrivant méticuleusement au lecteur. Quand Étienne lui rendra visite, ils ne se rendront pas seulement Hiroshima mais iront à l’assaut de quartiers réputés, découvriront des restaurants, des places publiques en se déplaçant principalement en vélo.

Johanna a déjà tenu avec une amie un site fétichiste lucratif, la réputation s’étendant jusqu’au Japon. Elle se liera d’amitié avec Nao, une Japonaise aux mœurs sexuelles semblables aux siennes. J’ai dû chercher le mot bondage, ce qui devrait vous aiguiller sur le genre de propos échangés entre ces deux jeunes femmes. Johanna, ambitieuse Québécoise de vingt-neuf ans, nous entretient de son stage de gestionnaire de compte dans une grande entreprise, de son patron et son épouse, sur le même ton que ses hobbys sexuels. Ce qui fait tout de même un peu étrange. Par le dialogue avec son père passe un peu plus d'émotion chez Johanna.

J’ai certainement aimé aller de l’avant dans ma connaissance des mœurs nippones, en passant par le regard amoureux que pose Johanna sur ce pays. Je suis cependant restée sous le mode étonné tout au long des relations sociales de Johanna. Elle est tellement en contrôle qu’elle semble planer au-dessus de sa condition humaine. Cela lui donne, à mon avis, une couleur un peu artificielle. J’ai senti en son Étienne, l’écrivain bohème et vagabond, un être plus vivant, une chair plus humaine. Son amie Nao est un personnage autour duquel rode un mystère, il est intéressant de voir agir ses parents riches auprès de leur fille unique.

Admirable occasion de visiter le Japon, et pas qu'en surface, sans se perdre dans plusieurs histoires complexes de personnages.  


 

jeudi 27 juin 2013

L'enfant qui savait parler la langue des chiens de Joanna Gruda

Donner une voix à l'enfance de son père

Un père confie à sa fille son histoire d’enfant de la guerre, cette fille talentueuse y donne une voix crédible et attachante; cela donne un roman lumineux.

S’il n’existait pas le mot résilience, il aurait été inventé pour l’enfant qu’on ne sait plus comment nommer, tellement il change d’identité. On dit les enfants pourvus d’un fort sens de l’adaptation, eh bien, Julian, alias Jules, alias Roger, le prouve hors de tout doute. Il se coule dans ses nouvelles familles, ses nouvelles villes, sans trace de rébellion, même si toutes les raisons y sont pour la réveiller. Il sait tirer le meilleur parti des gens et des situations, comme on aimerait tous y arriver dans nos vies riches de changements.

La trame reposant sur un fils unique qui fuit l’ennemi en changeant de famille à répétition, supervisé par une mère à l’instinct maternel défaillant, est déjà une intrigue en or. Sans la voix que Joanna Gruda a su donner à l’enfant, cela aurait pu être une suite d’événements bien documentés. Elle a donné à cette voix narratrice, passant progressivement de 6 à 14 ans, une subtilité qui fait en sorte que nous grandissons en même temps que lui. Jamais, ne me suis-je dit,  cela ne se peut pas, ou il est trop vieux ou trop jeune pour penser ainsi. Déjà, on peut parler sans se tromper d’habilité sensible chez l’auteure.

Nous traverserons plusieurs situations âpres, certains enfants auraient été abattus dès le début, mais brûle en Julian, une flamme belle à voir luire. Ce roman est un phare mettant en lumière certains aspects de la résistance française et du fanatisme communiste, sous un ton complètement dénué de misérabilisme ou de mélodrame. À travers Julian, même la position du parti pris s’approche dans la souplesse. La vie en temps de guerre sollicite l’instinct de survie, les anecdotes sont surprenantes et rocambolesques. Elles sont approchées avec un ton à ce point naturel, qu’elles laissent la liberté complète d’y mettre l’intention et l’émotion désirés. On dit que la vérité sort de la bouche des enfants, ici, c’est une vérité qui sort de la bouche d’un enfant: ton attitude déterminera ta réalité.

J’ai vécu la fin comme un abandon. L’épilogue nous révèle d’importants changements de vie chez l’être sur qui on a tant projeté, et cela, sans explication. Facile de comprendre pourquoi l’auteure se fait tant demander : « À quand la suite ? »

Un roman que je recommande chaudement. Lu dans le cadre de La Recrue du mois ; vous y retrouverez trois autres critiques.
 

lundi 24 juin 2013

Je me souviens

Rassurez-vous, je n’ai pas abandonné le bateau, la gondole je veux dire. La seule raison de cette absence est notre fameux pèlerinage annuel en Gaspésie. Je devais poster des billets, à tout le moins une couple, et puis voilà que mon portable m’a fait la gueule. Il a momentanément perdu la carte. Au gîte La Rêvasse à Percé, pas moyen de me brancher ; « on » disait que je n’avais pas la carte pour le faire. Ma foi, j’en doutais bien un peu, mais pas suffisamment pour trouver le moyen de contourner la problématique.

Au bercail depuis dimanche, aujourd’hui, je fête la St-Jean-Baptiste en vous écrivant un mot sans contrainte.

Je suis contente, en huit jours de vacances, j’ai lu trois romans et des poussières, les poussières étant quelques pages de La manière Barrow d'Hélène Vachon que j’ai terminé dans l’auto. J’ai apporté huit romans selon l’humeur du moment. J’ai bien fait. Au quatrième jour, j’entame « Un garçon maladroit » après avoir terminé « Si tu passes la rivière » de Geneviève Dumas. Je réalise rapidement que c’est un thème semblable, trop semblable, je décide de repousser cette lecture. Je n’allais pas diluer la saveur de Si tu passes la rivière que j’ai grandement aimé. La digestion, c’est aussi important que l’ingestion.

À un moment donné, j’étale les romans afin de réfléchir au prochain et je réalise que cinq romans sur huit ont une couverture bleue, avec une référence directe ou détournée, avec la mer. Quand je le constate, je suis sous le toit du gîte Wanta-Qo-Ti, un paradis d'intimité avec la mer. Pour moi, c’est la mer, même si on doit dire une baie à cette hauteur. 

Je n’ai pas pris de note de mes lectures. En vacances, ayant la tête vide, je me suis dis, je vais me souvenir de mes impressions. Danger, ma tête se remplissant dangereusement et rapidement depuis mon retour, j’aurais dû, j’aurais donc dû, remplir des fiches. Je ne sais pas si c’est juste pour le livre, mais je me fie souvent à ce qui m’en reste, la mémoire jouant le rôle de filtreur.

J’ai réalisé que j’aimais lire le genre policier pendant les vacances. Au contraire de certaines personnes, j’arrête de réfléchir lorsque j’en lis. Je ne joue pas le jeu de la devinette, je m’abandonne, surtout quand je me sens entre bonnes mains. Cette fois, les ficelles étaient (bien) tirées par André Jacques, auteur que je désirais lire depuis qu’il m’a donné deux ateliers d’écriture. J’ai lu son deuxième roman, La commanderie.

Autre roman à la couverture bleue ; « Les pavés dans la mare » de Nicolas Delisle L’Heureux, un premier roman. Je me retiens pour ne pas vous en parler tout de suite, de ce titre, qui m'a captivée jusqu’à lire à la faible lueur de l’éclairage de l’auto.

Au retour de notre tour de la Gaspésie, je me suis emparée du roman, toujours un premier ; « Les portes closes » de Lori St-Martin. La couverture est grisâtre.

Voici qui était une manière de fêter la St-Jean-Baptiste avec vous. J’en ai eue une autre : pour quatre petits dollars, je me suis procurée, dans une vente de garage à Sutton, le jeu de société « Je me souviens » ; 2400 questions et réponses sur le Québec. Ainsi, j'aurai l'occasion de me souvenir durant les 364 autres jours. C’est important de se souvenir, pas seulement aujourd’hui !

mercredi 12 juin 2013

De Mumbai à Madurai de François Hébert

Voici un livre que j’ai tout d’abord pris pour un roman et qui est un récit de voyage. C'est d’ailleurs honnêtement inscrit sur la page couverture. J’aime voyager à travers les mots d’un auteur, c’est la raison pour laquelle j’ai tendu la main vers cette œuvre qui m’amènerait de Mumbai, l’arrivée, à Madurai, le départ.

 Quand il est question de récit, l’auteur prend tout son importance. Pour De Mumbai à Madurai, à qui a-t-on affaire ? François Hébert détient un doctorat portant sur l’œuvre d’André Malraux, est critique littéraire pour Radio-Canada et dans Le Devoir et a enseigné à l’Université de Montréal pendant 20 ans.

Il voyage en compagnie de sa femme et tous deux se rendent dans le sud de l’Inde pour donner une conférence. Celle de l’auteur s’intitule : «Études francophones, enjeux et perspectives». Il couchera dans son journal de voyage tout ce qu’il lui passe par la tête, ses doutes sur sa participation au colloque auquel il est convié, des extraits de dialogue avec sa conjointe, ses impressions sur ce qu’il voit et qui il rencontre en Inde. Est-ce que François Hébert a voulu nous en mettre plein la vue, son récit est parsemé de tellement de références littéraires, entrecoupant à tout moment le fil de son récit, que j’ai fini par trouver ce rôle de critique trop présent.

On y trouve un aspect journal de voyage pêle-mêle, des sauts d’un sujet à l’autre, comme en pleine conversation entre amis. Je n’ai rien habituellement contre ce style butineur, mais celui-ci m’a quelque peu énervé par le côté bref, saccadé, détours brusques. Grandissait en moi le sentiment que l’auteur, se trouvant par nature intéressant, avait décidé de nous faire profiter de ses opinions et connaissances sur ceci et cela, au détriment de l’approfondissement de son présent dans un pays captivant : l’Inde. De là probablement est née l’impression de tenir entre les mains un journal de bord peu étoffé, de notes jetées à la va-vite sur un carnet et dont la forme a été peu retouchée par la suite. On a probablement désiré garder le côté naturel de la prise de notes spontanée mais, à mon avis, l’exercice exige de pousser un peu plus sa pensée pour soutenir l’intérêt. J’avoue avoir été jusqu’à me poser la question : si l’auteur s’avérait un illustre inconnu, l’aurait-on publié ?

Je ne peux pas dire que je n’ai absolument rien découvert de l’Inde, l’ambiance est bien servie par le style désordonné, disparate, distrayant comme les colorées rues de l’Inde mais, je m’attendais à plus de consistance. Certaines tirades étaient bien tournées, mais l’égo de l’auteur trop marqué m’empêchait de les contempler. Ma préférence va pour le rendu humoristique de certains dialogues avec son épouse.

Si monsieur Hébert était arrivé à mettre de côté son rôle de critique érudit, probablement que ce récit aurait pris une autre tournure.



samedi 8 juin 2013

Vrac à Venise

Ma sœur veut un zizi
Cet album pour petits de Fabrice Boulanger a soulevé une controverse au téléjournal de Sherbrooke, dans lequel un parent et une sexologue s’expriment avec véhémence. C’est l’histoire d’un bébé d’un an et demi qui harcèle son frère pour voir son zizi parce qu’elle en voudrait un pareil. Comme tous les bébés, son attention ne s’attardera pas et convoitera bientôt autre chose : les seins de sa mère. 

Si vous voulez vous faire votre opinion, passez par ici pour l’article et la vidéo au téléjournal et pour la réplique de l’éditrice, Jennifer Tremblay, c'est sur le site de Lurelu.

C'est dommage d'entendre parler des livres jeunesse presque uniquement quand il y a de la controverse.

Gens de Québec, que vous êtes chanceux !
La promenade des Écrivains a tellement de parcours alléchants cette année. Il y en a un que j’ai retenu «Jacques Poulin, les sentiers du réconfort » et « Le polar à Québec » dans le quartier St-Rock avec les auteurs Alain Beaulieu, Jean-Pierre Charland, Jacques Côté, Jean-Jacques Pelletier. Frissons garantis !
En prenant connaissance de ces parcours, je réalise la pluralité d’écrivains qui habitent cette ville. Ne soyez plus surpris que Québec m’attire pour aller y vivre. Qui sait, peut-être un jour, en attendant, faisons les touristes ! 

Avec l’été
Avec l’été viennent les suggestions de livres incontournables, dites légères. Toutes les raisons sont bonnes pour parler de livres alors à quand les lectures hivernales, automnales, printanières ? En attendant, faisons comme si l’été, ce sont les vacances et qu'avec les vacances vient plus de temps pour lire. Cinq titres référés par Nightlife.ca
 
1. Chanson française | Sophie Létourneau | Le Quartanier
2. Saccages | Chrystine Brouillet | La courte-échelle
3. Cher trou de cul | Annie Quintin | VLB
4. Kissinger et nous | Ami Vaillancourt et Bruno Rouyère | Glénat Québec
5. Les frères Sisters | Patrick Dewitt | Éditions Alto

Il y en a un que je vais tenter de lire, je l’ai reçu en service de presse : Cher trou de cul.

Des nouvelles de Marsi et de moi
Marsi a repris du blogue. Vous savez sa Salade d’Amphibie, son blogue de dessin sur Wordpress ? Il est mort d’inanition ; perdu les codes et mots de passe. Excellente raison pour en pondre un autre, du même nom mais de blogspot cette fois. Les amateurs de Sanfroy, cette pétulante salamandre, seront gâtés, le créateur leur promet une apparition par jour. Il tient promesse jusqu’à date. Il s’est résigné à la dessiner autrement, pour suivre la cadence de cette très volubile reine de la nature. La dernière fois que je l’ai rencontrée, elle bavardait avec Baballe, une araignée rouge, et depuis, nous avons eu droit à une photo de famille de celle-ci.

De mon côté, une bonne nouvelle, je vais faire une apparition à la télévision, plus précisément cinq, du lundi au vendredi dans le quiz « Paquet Voleur Express ». Je vais tenter d’aller chercher la subvention à l’artiste, tout en m’amusant. L’enregistrement a lieu le 8 août, je vous donnerai les dates de télédiffusion quand je les aurais. 

mardi 4 juin 2013

Les deux saisons du faubourg de Mylène Gilbert-Dumas

L’heure a sonné de m’offrir une lecture réconfortante. Avec Mylène Gilbert-Dumas, j’ai l’assurance de trouver de l’espoir en l’être humain, même le plus borné finit par s’ouvrir à la vie. Cette fois-ci, c’est Adélaïde, que la vie forcera à sortir ses ailes. Elle n’a de jeune que sa vingtaine puisque dans sa tête comme dans son cœur, elle vit en personne âgée traumatisée par tout. Absolument tout, et particulièrement l’amour. Rien de plus bouleversant que l’amour.

Elle habite un vieil édifice dans le quartier St-Jean Baptiste à Québec, sa mère au premier, elle et sa petite fille de sept ans au deuxième, un ami au troisième. Ils sont tous fauchés, même s’ils travaillent. Adélaïde, en tant que mère monoparentale est obligée de travailler dans un bureau de comptable qu’elle déteste. Le seul moment de la journée où elle sort des sentiers étroits de sa vie sans envergure, c’est le soir quand elle dessine. Son projet, auquel elle croit plus ou moins, est de rendre à terme sa bande dessinée. Sa petite fille Marjolaine est un bout en train et sa grand-mère également. Cette dernière, tireuse de cartes assez populaire est pourvue d’un esprit allumé, moderne. Les rôles sont inversés avec sa fille, c’est elle qui a la jeunesse de caractère. Arrivera dans ce trio tissé serré, un nouveau personnage. Un étranger. Un homme qui parle anglais louera une chambre et viendra bouleverser les habitudes de tous et chacun.

Même si l’histoire tourne autour d’Adélaïde, la petite Marjolaine prendra beaucoup de place. Je n’ai pas eu de difficulté à croire à la vivacité de cet enfant. Le ton est juste, équilibré, sautillant de vie. L’homme étranger est mystérieux, la barrière de la langue tangible. J’ai eu un peu plus de difficulté à cerner la grand-maman que j’imaginais beaucoup trop âgée au début. Sa libido dans le plafond aurait pourtant dû m’aiguiller ! L’homme du troisième, un musicien bohème est amoureux d’Adélaïde.

Celle-ci a une peur viscérale de l’inconnu et, pourtant, par obligation, elle en accueillera un entre ses murs. C’est intéressant, sans être trépident. Beaucoup de quotidien, de petits riens qui prennent à la longue leurs sens. C’est une histoire qui se passe à la troisième vitesse, dans la lenteur et la réflexion, nous donnant le temps de l’assimiler à sa pleine mesure. La lecture a quelque chose de réconfortant. C’est limite cependant, un peu moins de rebondissements et l’intérêt aurait pu basculer. Le fil de l’intrigue étant ténu, parlons plutôt de roman d’ambiance, à la Michel Tremblay. L’idéal est de s’en imprégner et ne pas attendre ce que cette histoire ne donnera pas, des palpitations cardiaques.

C’est le troisième roman de Mylène Gilbert-Dumas, depuis qu’elle a délaissé les romans historiques et elle devient experte dans le développement de personnages barricadés dans leurs limites, dont le caractère progresse vers sur la route de la libération. Adélaïde est emprisonnée, de quelle manière arrivera-t-elle à pousser ses barreaux pour respirer l’air frais et pur s’accordant avec sa jeunesse ? Si vous voulez une réponse, venez-la rencontrer et, au bout de la ligne, peut-être que c’est vous que vous rencontrerez.





lundi 27 mai 2013

La pomme de Justine - Valérie Harvey

Qu’est-ce qui ressemble le plus à une histoire d’amour qu’une autre histoire d’amour ! Si l'on arrêtait d’en publier parce que d’autres en ont écrit avant nous, cela serait bien dommage.

La trame de fond de celle-ci est assez classique au niveau du sentiment : rapprochement, déni, hésitation, révélation, embûche, persistance, guérison, épanouissement. Des pas de danse où l'un, en l’occurrence  Justine, guide parce que plus consciente et plus affirmée que l'autre.

Alexandre, 28 ans, Justine, 18 ans, sont jeunes avec en commun un cœur blessé par l'amour. Les trahisons qu’ils ont vécu les rapprocheront un de l’autre. Cet apprivoisement, sous le signe de l’amitié, les aidera à guérir. Pour aider l’apprivoisement, l'idéal est de vider la relation de la passion et de l’attraction sexuelle, ce qu’ils feront d’une manière exemplaire.

La première partie a comme toile de fond, la forêt, la seconde, la ville de Granby. Dans la nature, c’est Justine qui sera accaparée par son travail d’été et, à la ville, ce sera Alexandre. La contrainte "travail" sera déterminante, pour ne dévoiler qu'un pan du mystère. 

L’histoire est ancrée à notre époque en cela que c’est la femme, l’élément très actif du couple. Elle fait mentir avec bonheur les clichés accolés à la femme ; passivité, fragilité, ingénuité, pour ne nommer que ceux-là. En plus, son apparence reflète sa nature : allure sportive, cheveux à la garçonne, aucun fla-fla féminin. Qu'il y ait peu de jeux de séduction et pas de manège dominant-dominé est un élément rafraichissant appréciable de La Pomme de Justine

La jalousie, la violence, le suicide seront abordés chez l’homme jeune, immature et impétueux. Cette histoire secondaire à l’intrigue est abordée avec doigté, même si l’on sent derrière le message adressé aux jeunes. Et pourquoi pas, me suis-je dit, quand c’est bien fait, même si son survol rapide lui confère un petit côté magique. J’en profite pour préciser que même si ce roman cible la jeunesse de 12 ans et plus, sa réflexion sur l’amour apostrophe au passage tout adulte qui s’y intéresse.

Le style de Valérie Harvey est remarquablement naturel et direct, on n’y sent aucun effort, ce qui donne à cette histoire son rythme soutenu qui éloigne le lecteur de tout ennui.

Un roman charmant proposant judicieusement l’amour comme un élément guérisseur, où l’auteure s’affirme en éludant certains clichés à la vie tenace.

Tiens, j'y pense, si vous connaissez des jeunes qui vivent une peine d'amour, ce serait le roman idéal à leur offrir.

lundi 20 mai 2013

Jusqu'à plus soif de Salomé Girard

Point de départ de cette histoire, Alice, une artiste-peintre (Salomé Girard l’est également) reçoit une invitation à des retrouvailles avec ses collègues des beaux-arts. Elle est bouleversée par ce retour forcé dans le passé qui éveille des souvenirs qu’elle croyait, ou voulait, enterrés. Elle en parle avec Sésame, son chat, un personnage haut sur pattes et en importance. Des dialogues nourris s’échangeront, à qui Alice prête une palette entière d’émotions. Sésame endosse les rôles de philosophe et de confident thérapeute et lui répond intelligemment.

Fait contrastant et un peu étrange, pendant qu’elle dialogue en abondance avec son chat, une plage de silence s’étend entre elle et Ludwig avec qui elle vit depuis dix ans. Ce silence nous fait sentir qu’il y a anguille sous roche. Tous deux tairont une question qui aurait pourtant dissipé le mystère qui imprègne le récit.

Salomé Girard opte pour des allers-retours entre passé et présent, en alternance des chapitres. À mesure que les excursions dans le passé s’allongent et se précisent, le roman prend du tonus, les séances de dialogue entre Alice et son chat étant plus langoureuses que dynamiques. Le style littéraire sensuel, un peu plaqué, où le temps s’écoule en douceur, plaira aux amateurs de relaxation. L’intrigue reste mince : Alice sublime-t-elle son passé ? Rencontrera-t-elle Élie-Naïde, une femme qui l’a marquée, à ces retrouvailles? L’amour tranquille de l’artiste-peintre pour son conjoint résistera-t-il, admettant qu’Élie-Naïde se pointe à cette rencontre ?

J’ai pris plus de plaisir aux flash-back, les personnages jeunes mettant un peu d’action. On y découvre une Alice influençable et impressionnable, qui déjà tait ses émotions, mais qui se bat avec les premiers grands événements d’une vie : amour, mort, amitié. L’auteure rend bien la solidarité d’un groupe d’amis où les liens deviennent indissociables pendant les études.

Salomé Girard manie avec désinvolture un style intimiste et offre au lecteur un face-à-face avec un « je » contemplatif. J’y vois une arme à double tranchant ; si les affinités sont faibles avec le personnage central, le lecteur ne pourra pas se rabattre sur d’autres personnages. Ceci concerne les chapitres « au présent », dont la lecture a fait naître en moi des envies d’entendre du bruit et de voir des personnages s’activer.

J’accorde plein crédit à l’auteure de s’être donné certaines permissions, dont celle-ci assez particulière ; le personnage laisse parfois la parole à l’auteure qui observe le texte : je la [une phrase] jetterai peut-être à la relecture.

Une histoire qui pousse à fond le style intimiste et une approche raffinée des histoires d’amour entre personnes de même sexe.

mercredi 15 mai 2013

L'équation du temps de Pierre-Luc Landry

Une femme, Ariane, deux hommes, Émile et Francis, déposés sur la route du temps, vont se mouvoir dans une réalité qui leur échappe. Qui sont-ils ? Difficile à dire; à peine le savent-ils eux-mêmes. Nous plongeons au cœur de leurs actions, l’auteur les filme en train d’exécuter les banalités de la vie ; manger, regarder la télévision, marcher. L’angle absurde de la vie nous est présenté, subtilement, par la bande.

Le prologue Décalage horaire appartient à Ariane. Elle m’a fait penser à une personne dans une salle d’attente chez qui commence à poindre le désir de se rendre quelque part, et possiblement avec Francis qu’elle a connu et quitté. Émile a l’adolescence trouble mais l’état d’adulte assumé. Homosexuel, il gagne sa vie comme photographe. Francis végète dans un entre-deux, l’impression persiste, ce n’est pas lui qui dirige sa vie, c’est elle qui le dirige. Pour l’aider, on pourrait lui suggérer de prendre sa vie en mains, il se sentirait peut-être moins épié! De vraies étrangetés jamais expliquées lui arriveront. Son destin a déjà croisé celui d’Émile, professeur qui a veillé sur lui.

Les chapitres s’articulent autour d’un personnage, mais on ne sait pas toujours lequel, on l’apprend en cours de route. De là, la sensation de ne pas toujours savoir ce que l’on fait, où l’on va. Point commun du trio, tous avancent d’un mètre, reculent d’autant, dans une tergiversation continuelle qui ne semble pas les faire souffrir. Ils sont en mode questionnement et écoute active de la vie. Ils sondent les signes, jusqu’à peut-être en imaginer, qui sait. Une chose est certaine, les trois fréquentent régulièrement l’étrangeté. Il ne peut en être autrement; c’est la matière première du créateur. Il m’est arrivé de confondre Émile avec Francis, leur trouvant une familiarité presque incestueuse, parce que nés du même père, Pierre-Luc Landry.

Abordons maintenant le style, remarquable, de l’auteur. Il va au-delà de la rythmique des phrases, du vocabulaire et de l’agencement des mots, trois caractéristiques que je comparerais à l’habillement. Ici, le style et la manière de le mouvoir ne font qu’un. L’histoire entière possède un style distinctif, que ceux qui fréquentaient son blogue reconnaîtront. Le récit flotte dans un état second, comme si ses personnages étaient dans ce monde, mais pas de ce monde. « Ce pourrait être n’importe quels arbres, des palmiers comme des érables, des sapins même, pourquoi pas. De grands arbres anonymes qui ondulent avec lassitude. Ils en ont assez, peut-être, d’être immobiles, de regarder tant de voitures sans jamais savoir ce vers quoi elles roulent. »

L’étrangeté laissée à elle-même peut parfois égarer un lecteur. Curieusement peut-être, j’ai trouvé à ce récit une équation plus près des lieux que du temps.

Malgré une certaine difficulté à me situer dans le temps, les lieux et la structure, l’enchantement pour le style me remettait toujours dans le bateau. Au fond, pourquoi complexifier autant une histoire quand on possède un style à ce point original ?

lundi 13 mai 2013

Lauréats du Prix des libraires

Je devais y être à cette remise de prix, ce soir au Lion d'Or, c’était à mon agenda. La vie en a décidé autrement. Patricia Lamy m’a tout même envoyé par courriel les remerciements des lauréats. Les deux auteurs savent comment parler aux libraires, parce que je crois qu’ils les aiment beaucoup, et comme j’ai eu une journée de fou, je ne prends aucun risque de dire des sottises et leur laisse entière parole. Remarquez, les deux lauréats, sans s'être vraisemblablement consultés, parlent des libraires et de leur père.



« À Matane, quand j’avais douze ans, il y avait deux supermarchés, trois bars de danseuses nues, deux postes de police, mais une seule librairie. Si je me souviens bien, c’était un endroit sis rue Saint‐Pierre, dans la paroisse Saint‐Jérôme, tenu par un ami de mon père. Il m’y a souvent emmené. Nous y restions longtemps à jaser avec ce libraire moustachu qui vendait du neuf et du vieux. Mon budget de l’époque ne me permettait que des achats modestes dans le rayon des livres d’occasion. Pendant que mon père parlait avec le monsieur très bavard, mes yeux glissaient sur les titres des petits livres français, s’arrêtant longuement sur les plus évocateurs dont le mystérieux Hiroshima, mon amour qui, probablement parce que je vivais à l’époque dans la peur d’une guerre nucléaire, m’intriguait au plus haut point. Le livre présentait aussi l’avantage de coûter moins de deux dollars.

‐ C’est ça que tu veux? avait demandé le libraire un peu incrédule.
‐ Oui, ai‐je dit.

Je n’ai jamais toléré qu’on me dicte mes lectures. Mon père a ajouté qu’on pouvait me faire confiance et qu’il m’avait vu lire des livres beaucoup plus gros. À la maison, j’ai passé des heures à tenter de comprendre l’écriture de Marguerite Duras. J’arrivais à saisir les mots, mais pas le sens. Deux semaines plus tard, nous sommes retournés chez le libraire. Je me disais que les livres, c’est comme les outils. Ceux qui vous les vendent doivent en connaître le fonctionnement. J’avais donc des questions pour mon libraire, comme on a des questions sur une scie pour le quincailler.

‐Je ne comprends pas. Elle dit qu’elle a tout vu à Hiroshima, et on lui répond qu’elle n’a rien vu. Tout le livre est comme ça. On n’y comprend rien. Je cherche encore l’histoire. Pouvez‐vous me la raconter?
Le libraire, souriant sous son énorme moustache, me répondit :

‐Je comptais sur toi pour me la raconter.

C’est ainsi qu’a commencé ma longue conversation avec les libraires, qui sont parfois très bavards. Ce trait est chez eux une déformation professionnelle, je crois. C’est une bonne chose. Sans mes libraires, bien des auteurs me seraient restés inconnus. J’ai laissé de côté Duras pour me concentrer sur des lectures mieux adaptées à mon âge. Ce n’était que partie remise. Quelques années plus tard, j’avais lu tous les livres de Marguerite Duras et vu Hiroshima, mon amour qui, paraît‐il, est un film. Il fallait le dire!
Je n’ai jamais arrêté de lire, ni de jaser avec les libraires. Je pense d’ailleurs qu’en me décernant le Prix des libraires 2013 pour La Fiancée américaine, les libraires ont voulu gentiment me rappeler que je leur devais une histoire. J’espère ne pas avoir déçu leurs attentes et les remercie infiniment de me signifier, par la remise de ce prix, qu’il est encore permis de raconter des histoires. C’est d’ailleurs un plaisir partagé de par le vaste monde. Tant qu’il y aura des libraires, il y aura des histoires. Au nom de tous ceux qui m’ont aidé à écrire La Fiancée américaine, de tous ceux qui y ont cru assez pour m’accorder leur temps et leur assistance, je vous remercie du fond du coeur.

Je tiens en terminant à remercier tout spécialement mes éditeurs, chez Marchand de feuilles, qui m’accompagne fidèlement depuis Voleurs de sucre. Je les remercie d’avoir accepté ma fiancée comme elle est.

Ni moi ni elle n’avons vu quoi que ce soit à Hiroshima.

Mais nous pouvons vous parler de Sainte‐Marie‐de‐Nagasaki… »  - - - Éric Dupont


« Les libraires sont à mes yeux des figures héroïques. En ces temps où le lectorat s’amenuise, leurs motivations ne peuvent être que pures, portées par une adoration de l’écrit et un désir de partager les textes qui les ont, les premiers, transportés ou émus.
Je me souviens, petit, de l’agonie des visites en librairie. Mon père, un lecteur avide, pouvait flâner des heures entre les rayons poussiéreux, alors que mon frère et moi le supplions de nous relâcher à l’air libre, au soleil. Mais il n’en démordait pas et nous laissait grogner et nous tourner les pouces dans les allées. Il me faudra des années pour comprendre sa fascination.
J’inflige maintenant le même traitement à mon fils, quoiqu’il semble le vivre avec plus de plaisir, ayant déjà franchi le pas qui sépare le non‐lecteur du lecteur affamé. Il y a quelques jours, je l’ai vu mettre de côté son roman d’aventures. « C’est juste trop excitant », a‐t‐il dit. Il a dû reprendre son souffle un moment. Je me souviens lui avoir acheté ce livre, recommandé par notre libraire local. Elle reconnaît mon fils, elle connaît ses goûts.

Un libraire passionné est une personne qui peut influencer et enrichir votre vie de manière très honnête et concrète. C’est pour cette raison, parmi d’autres, que je suis particulièrement heureux et honoré de voir mon roman récompensé par le Prix des Libraires du Québec. » - - - Patrick deWitt

Traduction de l'anglais par les Éditions Alto

Nouveau cette année le Prix d'excellence de l'ALQ qui honore un libraire en soulignant ses réalisations exceptionnelles. Le Prix a été accordé à Manon Trépanier de la Librairie Alire à Longueuil.

Félicitations à celle-ci, ça me donne le goût d’aller la visiter ! En fait, ça rejoint un de mes rêves, visiter chacune des 93 librairies indépendantes à travers le Québec.

vendredi 10 mai 2013

Mes bibliothèques

Helenablue est une rassembleuse. Elle ne manque jamais une occasion de nous entraîner dans un thème inspirant sous son blogue de nuit (je l’appelle ainsi, car il y fait noir). Elle a le tour, nous faisons des pactes diaboliques avec le temps pour arriver à répondre à ses commandes.

Cette fois-ci, le thème était incontournable ; nos bibliothèques. Pas celles autour de chez soi, celles dans nos maisons. Ça m’a interpelé mais, le plus comique est que je suis légèrement passé à côté du thème. En lisant le mot d’introduction d’Helenablue et le détail des présentations des nombreux participants, j'ai réalisé que l'on visait plutôt l'amour des livres. J’ai pris au mot, bibliothèque, le meuble. Plutôt drôle que grave. Ça bien l’air que j’arrive à en dire long sur des meubles ! Faut dire qu’elles ont, chez moi, leur fonction bien à elles et je n’y déroge pas. J’en profite pour rajouter que celles de Marsi habitent ailleurs, dans son atelier et dans une moindre part, son bureau. C’est dire que nous sommes nantis en livres, en comptant qu’il ne fait pas qu’en rentrer, il en sort aussi.

Je vous les présente dans l’image avant le mot :




Comment en avoir qu'une seule quand il y a tant de moments et d'endroits pour lire ?

Je commence par ma majestueuse, celle qui fait salon à longueur de jour. Un coup de cœur, surtout pour Marsi mon conjoint. Elle trône depuis à peine un an. J'aimerais me porter aussi bien qu'elle à son âge. En plus, elle fait du patin à roulettes quand on doit éventer la poussière entre ses pattes. Le côté gauche, pour les livres de cuisine du chef, le côté droit pour les romans québécois de certaines maisons d'édition, celles qui soignent leurs couvertures comme les œuvres d'art qu'elles peuvent être. 

L'autre, la foncée, j'y suis attachée. Un jour, elle changera peut-être de couleur mais jamais elle ne disparaitra de mes yeux. Elle siégeait dans le bureau de la femme d'affaires qu'était ma mère, la Jeanne. Elle a déjà porté de lourdes vitres coulissantes. Son ventre est maintenant laissé ouvert à la main butineuse. C'est un fouillis de romans québécois en continuelle rotation, ils vont et viennent au gré des envies des amis et même de ceux qui le sont moins.

Oh, ma douce blanche, je dirais même ma favorite. Pourquoi ? Si les élans du cœur s'expliquaient, je dirais que la cause en est une de conversion. Elle a déjà été une pharmacie dans un hôpital tenu par des religieuses. C'est de l'ordre de la faveur qu'elle règne maintenant entre les murs de notre chambre blanche. Elle a été reblanchie avec de la peinture pour automobile et depuis, elle fait sa coquette. Elle aussi a déjà été vitrée. Il faut croire que je ne supporte aucune cloison entre moi et mes livres chéris. Cette bibliothèque contient précieusement mes livres vierges, sur lesquels mes yeux ne se sont pas encore posés. Je sais, ne me le dites pas, il y en a trop.

J'ai ajouté cette solitaire mais combien importante tablette. Elle supporte, pas trop longtemps car elle ne le pourrait pas, les livres lus mais non encore commentés. Elle est à la hauteur de mes yeux lorsque je travaille à l'ordinateur.




lundi 6 mai 2013

VRAC en quatre

1 Paul au cinéma
Bon, enfin, on en entend parler ! Je commençais à croire que j’avais rêvé cette annonce de l’album de bande dessinée, Paul à Québec projeté sur le grand écran. Deux rôles sont maintenant distribués ; Paul et le beau-papa.

Question : Qui dans nos comédiens dégage du Paul, ce « bon gars avec un côté enfant, une candeur et un oeil brillant, toujours un peu surpris ? Qui est en mesure d’incarner un personnage assez féminin, avec un côté intérieur très fort et une certaine fragilité ? (librement inspiré des propos de Michel Rabagliati)
Réponse : François Létourneau

Question : Quel comédien d’un certain âge est attendrissant, un bon vivant souriant et qui attirera la sympathie assez pour qu’on le pleure ?
Réponse : Gilbert Sicotte.

2 Marie Cardinal et ses filles
La librairie Monet persiste et signe ses causeries. Ce jeudi, 9 mai, 19 h 00 c’est autour de L’Inédit de feu Marie Cardinal, en compagnie de ses deux filles : Alice et Bénédicte Ronfard. Cette grande romancière, épouse de Jean-Pierre Ronfard, a obtenu un succès international avec La clé sur la porte, puis avec Les mots pour le dire, vendu à plus de trois millions d’exemplaires et traduit dans une vingtaine de langues. Paraitrait que L’inédit de Marie Cardinal, ces carnets intimes rendus publics grâce au travail de ses filles Alice Ronfard et Bénédicte valent que l’on s’y attarde. - - - Causerie animée par Fabien Philippe, récipiendaire du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2013 - Réservations : evenements@librairiemonet.com ou 514-337-4083

3 Les Printemps meurtriers
Où l’on meurt de plaisir !  -  Retour de ce festival où le polar trône en maître d’œuvre. Après son bon succès de l’an passé, cette deuxième  édition se tiendra la fin de semaine 17 au 19 mai dans l’attrayant village de Knowlton. Avec la température invitante de mai, gageons que cette année, ils dépasseront leur pronostic de fréquentation, surtout que le menu est alléchant aves ses classes de maître sur l’ADN, soit sur la théorie des projections de sang. Des tables rondes, des conférences, des rendez-vous coupables ( Exemple : Qui mène ? Le personnage ou l’histoire - L’influence des lieux), des activités gratuites également. Quelques noms d'auteurs à faire saliver : Jacques Côté, Chrystine Brouillet, Jean-Jacques Pelletier, Martin Michaud, Johanne Seymour, Sylvain Meunier, pour ne nommer que ceux-là. L’Amateur de polar ou le curieux du genre sera servi par cette fête ludique. N.B. : Forfait pour coucher dans la région maintenant disponible. 

4 La BD entre au Musée des Beaux-Arts... par la grande porte !
La conférence de presse a eu lieu lundi au Musée des Beaux-Arts, nous devions y être et avons eu un empêchement. Dix sur quinze des bédéistes de La Pastèque, faisant partie de ce projet réjouissant, y étaient. Au fil des jours, cet événement a pris de l’ampleur. De quoi s’agit-il ? Des œuvres choisies dans la collection permanente du Musée à des planches seront jumelées à des bandes dessinées créées expressément pour l'occasion. Donc, début novembre à mars, 15 œuvres et 15 bandes dessinées exposées dans une vaste salle où l'on pourra visionner des projections des bédéistes au travail. Le choix de l’œuvre, sculpture ou tableau a été laissé à la discrétion de chacun des bédéistes selon leur inspiration pour concevoir leurs planches. Excellente manière de souligner le quinzième anniversaire de La Pastèque en même temps que faire entrer une nouvelle clientèle au Musée des Beaux-Arts. À bas les préjugés, l’art c’est pour tout le monde, le 2e (sculpture), le 3e (peinture) ou le 9e (bande dessinée) ! – Et merveilleux, Marsi est de la partie !

Tiré de Miam-Miam Fléau - MARSI