Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

lundi 27 septembre 2010

Vrac : trois pour un

Sanfroy vous vend sa salade

Il se trame du nouveau. Du nouveau virtuel qui sonne réel, tellement c’est près de moi. Deux sites.

Le premier, c’est Marsi qui s’est compromis. Vous savez ces artistes de l’image comme ils sont besoin d’espace ? Eh bien, il s’en est créé un où tout le monde est invité à visiter le pays de l’Amphibie.

L’Amphibie est un univers et y habite un être qui m’est familier, Sanfroy. La salamandre. Elle habite avec nous depuis un certain temps. Mais elle n’était pas encore prête à sortir de dessous sa roche. Pourquoi ? J’ai creusé un peu et je soupçonne que c’est parce que cette drôle de bestiole, avec sa réflexion de philosophe naturaliste et ses tempêtes intérieures, ressemblent trop à son créateur. Ça a en devenait indécent.

Le site, en fait, pour le plaisir de l’interactivité un blogue, s’appelle « Salades d’Amphibie ». S’y niche déjà deux bandes dessinées (strips). Il devrait en sortir minimum une par semaine.
Voici qui était pour le premier nouveau-né. Passons au deuxième maintenant.


Une Renaissance

L’autre, eh bien, sa REnaissance est prévue pour le 15 octobre. Il ne faut pas le brusquer pour lui laisser le temps d’arriver à termes. Dans ses nouvelles rondeurs.

Je parle de La Recrue du mois.

En ce moment, si vous cliquez sur l’adresse URL, la vitrine est brouillée de noir sur blanc pour garder son mystère. Ne pas se dévoiler pendant sa mutation. Pour que le passant en lisant l'affiche s'interroge. Mais qu'est-ce qui se trame ici ...


De l’étrange s’en vient

Drôle de titre mais c’est toujours le mot « étrange » qui me vient spontanément quand je pense au prochain livre que je vais commenter « J’ai eu peur d’un quartier autrefois » de Patrick Drolet. Pour ceux qui connaisse ce comédien savent qu'il endosse souvent des rôles étranges ... hum, je me demande de moins en moins pourquoi. Histoire à suivre ...

mercredi 22 septembre 2010

Monsieur Julot - Marie Christine Bernard

Voici une réédition de ce premier roman de cette auteure chevronnée. Est-ce la mission de La Recrue qui m’influence, mais j’aime bien aller fouiller du côté des premières fois.

Roman très vivant, avec à la fois sa part d’épistolaire et de journal exutoire. Celle qui le tient a beaucoup à dire puisqu’elle est atteinte d’un cancer pour une seconde fois avec tout ce qui s’enchaîne ; la chimio, la perte de cheveux, la perte d’autonomie. Mais le pire est peut-être de ne plus avoir la force d’être une maman pour son petit garçon qui est devant l’impossible à comprendre.

J’ai traité ce roman de vivant et c’est ce qui m’a beaucoup plu. Peut-être qu’à frôler la mort de si près, l’élan de vie surgit comme un cri. J’ai su qu’il y a une part autobiographique, ce qui donne au récit une dimension encore plus troublante.

Pourtant, je suis restée sur le pas de la porte pendant à peu près les trente premières pages. Et c’est la faute à Monsieur Julot. Qui est-il par rapport à Véronique, atteinte du cancer ? Pourquoi lui écrit-elle à lui ? C’est le fils d’une vieille dame atteinte de cancer en phase terminale, compagne de soin à l’hôpital, et qui réclame celui qu’elle a élevé, Henri ... Julot. Véronique se mettra en tête de convaincre le fils de venir pardonner à la vieille dame qui a posé envers lui énormément de gestes et de paroles répréhensibles. Cette histoire en parallèle est intéressante et bien intégrée, ce n’est pas ce qui m’a dérangée. C’est le ton du début qui résonnait faux dans ma tête. Décider de se confier à un pur étranger sur un ton de grande intimité, comme à un vieil ami, j’ai éprouvé de la difficulté à y croire, surtout quand la personne ne répond pas. Il en faut de la motivation !! C’est ma raison qui parle mais un moment donné, le cœur s’est mis de la partie, j’ai oublié le plausible, le vraisemblable, puisque le propos était captivant. Jusqu’à que cette correspondance aille de soi, parce que je suis devenue Monsieur Julot. Cela a été facile de prendre sa place, puisqu’il se faisait si absent.

Ce récit découpé en lettres, je l’ai suivi avec passion et compassion. Je peux dire que maintenant je saurais mieux comment aborder ou fréquenter un cancéreux. Véronique nous décrit très bien tout ce qui est à éviter de faire, de dire, même avec la meilleure bonne volonté du monde. Le thème du regard des autres revient et j’ai aimé la manière de voir de Véronique à ce sujet, peut-être parce que j'ai senti que c'était la manière de l’auteure aussi. D'après moi, il faut presque être passé par là pour écrire un livre aussi percutant.

Bon. J’aimerais tout vous dire de ce récit, pour que vous compreniez bien qu’il est profondément humain, pas déprimant une miette (tout au contraire !), vivant, franc, direct, rempli d’humour, de sens de la répartie et du sens du pardon. Livre idéal à offrir aux personnes qui vivent auprès d’une personne qui est aux prises avec ce dur combat. Je suis vraiment contente de l’avoir lu, avec cette impression que je n’oublierais jamais.

Je partage l'opinion d'Éléonore Côté (Voir Saguenay-Alma) décrétée en 2005 (alors édition Stanké) ;
Par l'entremise de la verve de Véronique Février, on entend la voix distincte de la plume de Marie Christine Bernard. L'humour à l'arsenic de l'écrivaine (elle dira que c'est son héritage gaspésien), la délicieuse érudition qui pointe au détour d'une phrase à l'air de rien, ce style familier dans lequel on croirait entendre une bonne copine, mais truffé de fines trouvailles langagières, parsemé de clins d'œil - elle connaît ses classiques, la dame! -, ce rythme dans le phrasé... Ce roman sur la souffrance humaine, débordant de vie dans toutes ses pages, est écrit par quelqu'un qui sait écrire.

Monsieur Julot, Marie Christine Bernard, Réédition chez BQ (Fides), 190 pages. 10.95 $

dimanche 19 septembre 2010

Agaguk - Yves Thériault

Me voici impressionnée de casser la glace, avec cette tenace impression de m’attaquer à un icône. Attaquer, le terme est un peu fort c’est vrai, mais de la faire traverser le filtre de ma subjectivité équivaut à me l’approprier. C’est le respect que je porte à l’oeuvre, qui peut porter fièrement son titre de classique quant à moi, qui me fait m’avancer avec circonspection. Pourtant, il ne s’agit pas d’une œuvre parfaite, mais forte, ce qui est encore plus grand à mes yeux.

Mon film intérieur s’est braqué sur le couple Agaguk et Iriook, en mode survie dans l’immensité de la toundra, je pourrais dire ces êtres seuls, mais je dirai plutôt marginaux. Parce que s’ils avaient été seuls, l’histoire aurait perdu une dimension importante : la vie en collectivité. La vie dans ce village qu’ils ont quitté, qui semble très loin de leur habitat (igloo 8 mois, hutte 4 mois), tellement les distances s’étirent par les intempéries qui sévissent régulièrement. Les règles barbares et rustres de la tribu, dont le chef est le père d’Agaguk, m’ont servies de repère pour mesurer le degré d’évolution de ce couple que l'on peut traiter d’avant-gardiste.

J’ai été extrêmement frappée d’assister à leur progressive et constante évolution. Au commencement était l’instinct à peine dompté et, au fur et à mesure de cette vie quotidienne, faite de chasse et de débrouillardise, j’ai vu grandir l’apprivoisement des corps par l’esprit. Un peu moins de silence, un peu plus de parole. À ce jeu, la femme, Iriook, même si, dans les faits, suit et obéit, marche un pas devant son homme. J’ai retiré un immense plaisir, qu'Yves Thériault me laisse vivre leurs us et coutumes, en ce qui a trait à la nourriture, la conservation des denrées, l’habitat, et considéré comme un privilège d’assister à leur amour charnel, à l’accouchement, à la transformation de leur relation par l’enfant né comme un fruit mûr.

Mais il y a tant encore dans ce roman ! Les mœurs des Inuits sont exposées, comme si nous y étions et y avions toujours été. Leurs habitudes de vie est passionnante à découvrir. L’action se déroule sur un terrain inconnu d’une civilisée, comme moi, qui va chercher son steak haché maigre chez IGA ! Toute description s’avale goulûment, on veut savoir, on veut apprendre, comprendre, et respirer de grands espaces blancs.

Je reviens à la vie de village, cette dimension non négligeable car s’y trame une enquête policière féroce, suite au meurtre perpétré sur un Blanc. Pour le commerce des peaux, l’abus des Blancs est légendaire, gardant le peuple Inuit dans une pauvreté crasse, ce qui part bien mal l’enquête du policier de race blanche qui arrive dans la bourgade pour faire respecter sa loi. Il en découlera un tortueux jeu de pouvoir entre le chef de la police et le chef des Inuits. Même si cette histoire se déroule en parallèle de la vie du couple, un élément les relie ... je n’en dis pas plus.

Yves Thériault mérite mon admiration pour cette histoire qui reste accrochée au cœur. Il y a ajouté une symbolique qui imprime l’imaginaire d’une force qui traverse le temps. La description du cadre de vie est si précise, si ancrée dans une réalité, n’ayant en cela rien à envier à tout documentaire peaufiné, mais qui, pourtant, reste vouée au seul but de prêter vie éternelle aux personnages.

Agaguk, Yves Thériault, TYPO, 346 pages. (Première édition Bernard Grasset Paris-Québec en 1958)

mercredi 15 septembre 2010

Brigitte des colères - Jérôme Lafond

Et hop, déjà le 15 du mois !
Nous sommes, pour le moment, six à commenter ce premier roman "Recrue du mois".

Les hauts et les bas de Brigitte des Colères par Mylène Durand
Destroy su'l'bord d'une fosse à purin par Catherine
En dents de scie par Lucie
Le feu couve par Phil
Je suis une sorte de poème-révolte par Anick


Sujet à l'étude par Venise

Jérôme Lafond visite les turbulences de l’adolescence par l’insolente et l’insolite Brigitte, 15 ans. Qu’à l’adolescence, l’intérieur s’oppose constamment avec l’extérieur (parents, profs, système) est bien démontrée, et tout au long de la narration, on mesure l’espace, que dis-je, le cratère entre les deux mondes, la façade de l’ado et ce qu’elle vit de l’intérieur. J’ai trouvé le profond décalage entre les deux habilement exposé, convaincant autant qu’amusant.

Au départ, je me suis posé la question « pourquoi « des colères » ? Je la trouvais franchement beaucoup plus étrange que colérique, imprévisible par son imaginaire unique et disjonctée. Pour tout dire, je l’ai trouvée assez étrange pour l’estampiller « être très inquiétant », malgré le ton qui se voulait franchement humoristique. Découvrir par inadvertance la correspondance de ma fille et réaliser qu’elle écrit à un meurtrier qu’elle appelle son amoureux, je l’aurais incitée à libérer son trop-plein d’agressivité en compagnie d’ un psychologue. Mais ça, c’est la réalité et nous sommes dans le fictif, me direz-vous, ce qui m’amène à classer ce roman dans la catégorie « léger ». Et pourtant, cette légèreté sera un moment donné trahie, et j’en resterai perplexe. Je m’interroge aussi comment une jeune fille si frondeuse, si catégorique et si sûre d’elle peut subitement se perdre entièrement dans le sentiment amoureux. Ce sont vraiment, à mon sens, les éléments de la fin qui grincent le plus.

Ce qui m’a également rendu perplexe est ma difficulté à faire la part entre les scènes réelles et celles qu’elle imagine. Je suppose que vous commencez à comprendre que mon intérêt a tiré sa source à étudier cette intempestive, plus qu'à m’y attacher. J’ai aimé l’expérience de cinéma expérimental entre les amies, c’est la partie qui m’a le plus captivée.

Le style de Jérome Lafond va de l’avant, alerte et léger, convient bien à des thèmes jeunesse, un enchaînement des plus naturel entre les dialogues et le texte descriptif. Je me suis demandé si ce roman intéresserait les jeunes, si jamais il est sélectionné pour le Prix des Collégiens, je serai bien heureuse pour l’opportunité de lire leurs opinions.

Note : Le roman en tant qu'objet est une réussite pour l'oeil ... et la main ! J'ai adoré particulièrement les coins arrondis et la qualité du papier. Bravo à la maison d'édition Marchand de feuilles !

dimanche 12 septembre 2010

Les Troutman volants - Miriam Toews

Incroyable mais vrai, je vais enfin vous glisser quelques mots sur le roman avec lequel j’ai entamé mes vacances d’une semaine en Gaspésie. On associe souvent les vacances à une lecture. Au cours de notre quotidien, un souvenir de lecture se détache moins. Cette fois, j’ai fait de la route avec la famille Troutman, littéralement parlant, puisque la presque totalité du roman se déroule dans une fourgonnette !

Je vous situe. L’équilibre d’une maman bascule (elle avait des antécédents), on doit l’entrer d’urgence dans une aile psychiatrique. Son fils, Logan, 16 ans et sa fille, Thebes, 11 ans se retrouvent seuls. Leur tante Hattie, larguée par son chum, quitte Paris et se retrouve coincée devant une évidence, il n’y a qu’elle pour prendre en charge ces enfants-là. Se sentant confusément piégée, elle s’accroche à cette question « Où est leur père ? » dans l’espoir – pas pleinement avoué - qu’il reprenne et s’occupe de ses enfants. On suit le parcours de cette bizarre équipe d’enquêteurs qui, sans beaucoup d’indice, parte à la recherche du paternel éclipsé aux États-Unis. Logan, récalcitrant à l’idée de ce voyage, et plutôt intuitif, met en doute que cette quête réponde au désir de sa mère exprimé à sa tante.

J’ai d’abord été déroutée, éprouvant la vague impression d’entendre une traduction au cinéma avec cette fausseté de ton qui agace. C’est effectivement une traduction de l’anglais, puisque l’auteure est Canadienne, et comme le style est très cinématographique, mon impression pourrait s’expliquer ainsi.

Le visuel est toujours en activité, parsemé de soubresauts, comme pour s’assurer de ne jamais endormir le lecteur avec du linéaire. Très loin du roman d’ambiance ou d’intériorité, plutôt une enfilade rythmée de tirades du tac au tac. Allergique à dialogues abondants, s’abstenir ! On ne s’ennuie pas, avec cet humour faussement léger. Il y a du sourire et du rire jaunes à profusion. Certaines motivations qui m’apparaissaient bizarres au départ se précisent et ont fini par s’éclaircir au fil de la route. J’ai particulièrement aimé la divulgation naturelle de la motivation des personnages, particulièrement celle de la tante, comme un déshabillage morceau par morceau.

Thèbes est toute qu’un numéro, intelligente, extravagante et donc distrayante et c’est, à mon avis, le caractère le plus fouillé de ce roman. On apprend bien sûr, à connaître l’histoire de la maman, même si elle repose dans un hôpital. Les infos sont divulguées habilement, l’auteure faufile délicatement l’ourlet et on ne voit pas les coutures qui tiennent les parties.

Un roman distrayant, idéal pour tous ceux qui aiment une littérature qui donne dans l’image rythmée. Un moment de lecture qui éloigne de toute prise de tête torturante et, pourtant, on n’y aborde pas du superficiel, bien au contraire.

La librairie Vaugeois a tellement aimé que ça m'a incité à acheter ce roman.

lundi 6 septembre 2010

La mort attendra - André Malavoy

Finalement, La Mort attendra a attendu mon commentaire (lu voici plus d’un mois). Il ne sera donc pas à chaud. Ce n’est pas un roman, et ce n’est pas un récit à l’eau de rose, on s’en doute. C’est une partie de la vie d’André Malavoy, membre d’un des tout premiers réseaux de la Résistance française. Quant à moi, je parlerai plus d’un récit sur la résistance, point. La résistance de l’être humain à ce qu’il lui parait à prime abord insurmontable. C’est ce que je retiens de ce texte, une grande leçon, un modèle inspirant pour ma vie.

N’aurait été de la recommandation de Tristan Malavoy Racine, son petit-fils, et de l’assurance d’une « fin heureuse », ce rajout judicieux de textes sélectionnés par la famille, je serai certes passé à côté de ce pourtant très bel ouvrage. Il me semblait, comme à plusieurs, que j’en avais suffisamment entendu sur le sujet. Et pourtant ! La bêtise humaine est à découvrir sous tous ses angles, comme l’amour. Vous allez me dire qu’on se lasse moins d’entendre disserter sur l’amour, que ça coule de source, eh bien, André Malavoy, s’il a pu se rendre à l’âge respectable de 90 ans, malgré les traces laissées par les privations et les mauvais traitements, c’est qu’il était empli d’amour. D’espoir aussi, cet oxygène vivifiant qu’il a continué à respirer entre les murs suintants la mort des prisons et camps de concentration. Comment ? Oui, comment on fait pour passer au travers de la cruauté, du défaitisme ambiant, du profond désespoir des autres autour de soi ? Si vous vous posez cette question, vous allez trouver une réponse, en lisant ce témoignage. C’est la beauté intrinsèque de ce récit, et je ne crois pas me tromper en disant que, si l’auteur a consenti à descendre dans le cachot de ses souvenirs, c’est pour nous offrir de la lumière, ne serait-ce que celle de la solidarité.

Il fallait trouver le ton, je ne sais pas s’il l’a cherché longuement, mais ce que j’ai lu avait un ton juste, où je n’ai pas senti poindre d’apitoiement, de larmoiement, ou ce ton moralisateur qui joue avec la culpabilité de celui, convaincu qu’il n’y serait pas arrivé, lui. Et si la description des tortures brutes ou de celles plus insidieuses avait été trop brutale, j’aurais abandonné ma lecture. C’était le pacte fait avec moi-même ! Pour être tout à fait franche, une seule fois, j’ai tourné rapidement la page.

Par la voix de ce seul homme, j’ai appris sur l’Histoire par le détail du quotidien des prisons, sur le pouvoir bête et aveugle, sur la terreur, sur les Allemands zombis, sur la solidarité, ne serait-ce que ça, se serait déjà beaucoup mais, surtout, j’en retire la certitude que nos réserves physiques dépendent de notre attitude. De notre état d’esprit. Dans ce témoignage donné sans prétention, on apprend que l’ennemi de première ligne, quand tu pâtis à ce point, c’est toi. Ne jamais laisser tomber les bras, ils seraient trop lourd de les relever ensuite. Pour cela, André Malavoy a découvert une discipline et s’y est astreinte avec acharnement, jour après jour, seconde après seconde. Combattre l’ennemi devant lequel il ne voulait pas rendre les armes, la folie.

Vous imaginez bien que la dernière partie « Fin heureuse » est un baume sur la plaie qui a été ouverte devant nous. C’est aussi l’assurance que c’est bien vrai, cet homme a résisté et en est sorti indemne. C’est beau de s’en sortir vivant, mais si c’est avec des séquelles handicapantes ! Sa foi, son ingéniosité, sa force de volonté, sa discipline, son sens du devoir, son amour pour les autres l’ont fait traverser l'horrible épreuve sans entacher son équilibre mental. Aberrant, incroyable, mais vrai !

La famille, dont sa fille Marie Malavoy et bien sûr Tristan Malavoy-Racine, en nous offrant pour la première fois, dans cette édition TYPO, des textes de son "après"* arrivent à nous faire sentir l'apaisement qu'a ressenti André Malavoy. Et on trouve de tout en lisant cette Fin heureuse, pas seulement des bouquets de pensées, également des textes qui bouclent, complètent, pansent le témoignage de celui qui a résisté, ne laissant pas le plus beau de sa vie dans un cachot.

* « Je consacrerai aujourd'hui, comme je le fais souvent, un bon moment à une chose essentielle, faire des bouquets » tiré de la deuxième partie "Fin heureuse", p. 160.

vendredi 3 septembre 2010

Vrac de chaleur

L’été se prolonge, mes idées ne s’échauffent pas pour autant, gèlent plutôt, paralysent, se condensent pour ensuite se vaporiser dans la blogosphère. Malgré tout, j'espère que vous avez remarqué que j'ai porté au bout mon objectif de couvrir les spectacles et Cafés auxquels j’ai assisté aux Correspondances d’Eastman.

Ceci fait, je suis contente de bientôt passer à mes commentaires de lecture, (voir les 5 titres à droite) ça coïncidera avec la fin des grosses chaleurs, je l’espère. Ce n’est pas un ordre à dame nature, un souhait ... j’aime l’automne.

J’ai pensé, qu’en attendant, lancer un « Vrac » serait d’adon pour faire la transition ... pas bête hein ?

Cerises sur sundaes
Je commence par vous aviser que les lettres des gagnants et gagnantes de la Poste Restante sont en ligne. Ceux et celles qui ne les auraient pas encore lues, j'insiste, ces missives valent la lecture. Je ne vous cacherai pas plus longtemps que je connais une des gagnantes, de son nom de blogueuse ; Anne Desocreries, de son nom de gagnante ; Anne Langlois. Si vous voulez entendre son son de vie, passez donc par chez elle car lorsque ça lui triture, elle en cause !

Les souvenirs macèrent
Chez l’auteure d’Enthéos, Julie Gravel Richard qui, à une ou deux exceptions près a assisté à tous les Cafés littéraires et spectacles a rédigé un bilan souvenir sur son blogue. Je l’ai bien sûr savouré à petites gorgées, comme le meilleur des digestifs de ce festin de la lettre que fut Les Correspondances.


Un blogue en devenir

Marsi est à nous concocter un blogue sur Wordpress. Je garde le suspense mais chatouille votre imagination en vous révélant aussi ce que j’ai déjà dit sur facebook comme indices :
Marsi nous concocte de l'amphibien.
Indice : Je vends sa salade
Je peux rajouter exclusivement pour vous, mes chers assidus, qu'il est à peu près temps que ce personnage sorte de ses tiroirs ... je craque devant sa candeur à saveur intellectuelle !

Et quant à parler de mon auteur de bandes dessinées « maison », l’album collectif dans lequel vous trouverez 7 de ses planches sur le thème « Partie de pêche » sortira fin octobre chez Glénat Québec qui vous présente ces talentueux : André-Philippe Côté, Jonathan Côté et Orbie, Philippe Girard, Myriam Roy, Zviane, Marsi.

Tout est affaire de silence, de patience et de connaissance du lieu mais surtout du poisson. Une partie de pêche, ça ne s’improvise pas, tous les pêcheurs vous le diront. Alors le temps est venu de sortir le matériel, de fourbir les appâts, de rameuter les copains et de se préparer à vivre des instants mémorables. Car il n’y a rien de plus savoureux à raconter aux amis qu’une histoire de pêche réussie.

L’avenir de La Recrue du mois
Saviez-vous que l’équipe de La Recrue du mois, dont je fais partie pour ceux qui ne le sauraient pas, est à vous jouer dans le dos depuis quelques mois ? Pour la bonne cause ! Je vous assure qu’il y aura du changement pour la peine. Le vent est dans nos voiles ... J’ai vraiment mais vraiment hâte que vous voyez ça !

lundi 30 août 2010

Hommage à Marie Laberge

Retour dans le temps pour cette populaire dame de la littérature québécoise qu’est Marie Laberge. C’est une invitée d’honneur, l’hommage se respire à plein nez dans ce lieu idéal pour les retours dans le temps : Le théâtre La Marjolaine (50 ans d’existence).

Danièle Bombardier, dont c’était l’anniversaire de naissance ce jour-là, entame avec les présentations d’usage, rapidement suivies de ces chiffres nous rappelant combien l’écrivaine est lue :

* 33 ans de vie professionnelle (allez souffler sur ses bougies !)
* 22 pièces de théâtre écrites, jouées et traduites
* Écriture de 2,000 pages en moins d’un an ; premier jet Le goût du bonheur – avant les corrections et modifications
* Premier roman « Juillet » : 7,000 lectrices-teurs
* Deuxième « Quelques adieux » 14,000 lectrices (teurs) doublant ainsi la mise jusqu’aux ...
* 700,000 lectrices-teurs pour la saga « Le goût du bonheur ».
* Plus de 41,000 lectrices-teurs de Martha, roman épistolaire divisé en 26 lettres postées à chacune et chacun qui s’y abonne. Poursuite en 2011.
* Elle en est au maniement de son 10° roman (étape avancée – manuscrit *)

Encore des chiffres, et des mots
À l’approche de 50 ans, elle a quitté le milieu du théâtre, pour rester heureuse dit-elle, évitant ainsi l’apitoiement de l’âge (pas arrivé à comprendre pourquoi le théâtre ne la rendait plus heureuse). « Casser le monologue intérieur de l’esseulé », il me semble avoir entendu une déclaration semblable, mais ne me laissez pas mettre la main au feu, j’en ai trop besoin pour écrire !
Quand « Gabrielle » (tome 1- Le goût du bonheur) a connu son premier succès, 5,000 lecteurs à sa sortie, elle nous laisse imaginer l’augmentation de la pression sur ses épaules, afin que Florent tome 3 soit à la hauteur (finalement, 75,000 lectrices-teurs)

Portrait à grands traits esquissés
  • Son père a haï (entendez-la mordre dans le mot haï) sa première pièce.
  • Sa mère lui a déjà dit que pour une « fille de party », c’est effrayant d’écrire des affaires de même.
  • Elle doit s’isoler pour l’écriture – elle stationne dans une bulle.
  • Quand l’encre n’est pas encore sèche, déteste ce qu’elle vient d’écrire.
  • Elle en arrache autant que ses lecteurs quand elle écrit ; descend dans son sous-sol émotif.
  • Ce qui vaut plus qu’une récompense (médaille) ou excellente critique journalistique ; trouver dans une bibliothèque un exemplaire d’Annabelle qui tient « de peur », tellement il est abîmé par les mains de ses lectrices-teurs.
  • Elle avoue ne pas arriver à lire les lettres qu'on lui envoie en abondance suite à ses envois Martha, se dit trop bouleversée par la détresse de la solitude qu'elle y sent.

Clou de la rencontre
Marie Laberge a fait un cadeau à ses lectrices-teurs. Vraiment un cadeau, si on considère qu’il n’est pas facile de se présenter sur une scène avec son manuscrit abondamment annoté entre les mains ... et le lire ! Même élégamment vêtue, Marie Laberge s'est dénudée. Ça implique d’accepter de se montrer vulnérable, j’ai admiré ce geste.

Lui a été remis une plume artisanale en bois qu’elle a semblé bien appréciée, des fleurs, des sourires, de l’admiration qu’elle a le loisir de transformer en affection. Elle m’est apparue très reconnaissante, je dirais même affectueuse vis-à-vis ses lectrices-teurs.

Incontestablement une grande dame de notre littérature et là, j’oserai rajouter quelques mots qui me vaudront peut-être certaines escarmouches verbales ... même si elle est populaire.

vendredi 27 août 2010

Les grandes rencontres

Je ne peux pas croire que j’y suis. Enfin. À ce moment magique parce qu’inespéré. Si je devais identifier une rencontre inespérée pour moi, aux Correspondances, ce serait celle-là, parce que je n’avais pas du tout prévu voir le tangible d'une amitié entre deux écrivains, deux continents. Il y a de ces offrandes adressées à la tête mais celle-là l'était, au cœur. Je veux dire par là qu'ils n’ont pas proféré des vérités à réfléchir longuement, c'est leur complicité, offerte, comme si nous étions des amis qui m'a séduite. D’ailleurs Alain Mabanckou se targuait bien que tout ce qui se passait là sous nos yeux resterait entre nous, les Correspondances d’Eastman étant encore un événement à hauteur d’homme.

Ils nous ont raconté l’histoire de leur amitié. L’origine se situe en 1999 à un salon du livre (où ? en France, je crois) où leurs kiosques se côtoyaient. A.M. sortait un premier livre, de la poésie, et les personnes déambulaient devant lui, sans même y jeter un coup d’œil, et Dany Laferrière l’entendait persifler « Ce sont tous mes futurs lecteurs, ils ne le savent pas c'est tout ... et le plus drôle est qu’il avait raison ! Ce qui a frappé A.M. est la simplicité sans prétention de D.L., qui l’a pris en considération, le traitant comme s’il était déjà un écrivain en pleine gloire. La sympathie s’est prolongée par un échange épistolier, puisque n’habitant pas le même pays. C’est A.M. qui l’aurait amorcé et toujours Dany Laferrière de lui répliquer par de longues lettres bien senties. Un échange chargé d’humour et de réflexion, on ose bien l’imaginer. D’ailleurs, tout probable qu’un jour nous n’aurons plus à l’imaginer, nous la lirons, cette correspondance. Ils ne demandent que cela, la publier. Une question à régler avec leurs éditeurs mais pour eux, assurément, un prétexte en or de se rejoindre dans un même lieu et passer de bons moments ensemble.

Quand, mais quand commence-t-on à nommer « amitié » une relation épistolaire rajoutée au plaisir de se croiser quand la circonstance, rare, s’y prête ? D.L. a avoué que A.M. a certainement pris une longueur d’avance mais qu’un jour, il a bien dû se rendre à l’évidence, le mot « amitié » collait à leur relation. Dany a parlé de Alain M. comme étant un ami loyal et entreprenant, prenant les devants. Il ne manque pas une occasion de parler de lui dans son blogue, et même s'il le faut, il prend sa défense. Une anecdote a été relevée à ce sujet, mon souvenir est trop vague pour vous la relater. Désormais, ils se suivent de près - par la correspondance, pas physiquement! - et à ce titre, quand A.M. a lu le manuscrit « L’énigme du retour », il fut un des premiers (sinon le premier !) à dire que ce le livre en était un à part, pleinement abouti et que, dans ce sens, il comprenait tous les autres.

J’ai trouvé si tendre leur fraternité affectueuse frappée de sourires, de sous-entendus, de blagues, de taquineries, de souvenirs et, bien sûr, d’anecdotes. Parce que pour les anecdotes, vous imaginez bien qu’ils ne donnent pas leur place ! Ils nous en ont racontées, et plusieurs. On le sait, Dany Laferrière n’a pas besoin d’être grandement stimulé pour avoir de l’esprit, la répartie intelligente lui étant assez naturelle, imaginez en compagnie d’un complice ricaneur, d’une intelligence fine et généreuse ! Pour qui s’ouvre à l’invisible, devant nous, se vivait une détente provoquant ce genre d’abandon pas si courant devant une assistance. Pour vous dire bien franchement, et avec tout le respect que je dois à l’expertise de l’animatrice (Danièle Bombardier), je ne me souviens d’aucune de ses interventions. Ils se sont pour ainsi dire animés seuls. Elle a assumé une discrète présence et c’était, à mes yeux, le comportement intelligent à adopter que de les laisser se donner la réplique.

Je ne peux terminer sans parler d’une tierce personne, Ghila Sroka présente dans l’assistance. Dany L. l’a déclarée sa grande amie, rendant hommage à son action sociale acharnée, et cela même si une grande emmerdeuse notoire (sic). Avec un dynamisme de bon aloi, elle nous a distribué à chacun une invitation pour le lancement du livre « Conversations avec Dany Laferrière » - interviews menés par Ghila Sroka

Ce dernier Café a eu, pour moi, une saveur crémeuse et bien sucrée, à laisser dissoudre longuement sur les papilles de ma mémoire.

jeudi 26 août 2010

Histoires de livres

Ah, ces intermèdes vacances qui nous font nous demander par quoi REcommencer! Et encore plus quand la mer de la Gaspésie t'appelle pendant que tu es à couvrir, en différé, les Correspondances d’Eastman arrivé à sa dernière journée, le 8 août. Aujourd’hui, chaque cellule du corps aérée par le vent du large, j’y plonge. Mais avant de prendre mon élan, j’offre à qui en veut un ultra bref bilan de mes lectures de vacances. Deux livres et demi : Les Troutman volants (complété) Agaguk et Monsieur Julot. Ce peu de titres laisse imaginer que je n’ai pas donné ma place pour contempler l’eau et le temps qui coulent ! Ce qui n'empêche pas ma hâte d'être grande de partager avec vous mes commentaires de lecture dont un : « beaucoup » aimé, un « moyen » aimé et un « moyen plus » aimé (pas dans l’ordre).

Comment serait-il possible de sauter « Histoires de livres » et ces quatre auteurs : Dominique Fortier (D.F), Naïm Kattan (N.K.), Dany Laferrière (D.L.) et Yvon Rivard (Y.R.) ? L’animateur, Jacques Allard a entamé avec celle qu’il a traité de jeune auteure, Dominique Fortier, faisant probablement allusion au fait qu’elle a été l’élève d’Yvon Rivard. Monsieur Allard a été à fond dans la présentation de son deuxième roman Les larmes de st-laurent, la chose apparaissant évidente qu’il l’avait énormément aimé. Son enthousiasme l’a poussé à raconter l’histoire en en dévoilant les secrets. D.F. a réagi, et comme j’ai aimé qu’elle réagisse, étayant avec conviction, toujours de sa voix ténue à force d’être douce, que c’est son respect infini pour le lecteur qui lui faisait défendre le mystère entourant ses histoires. Bien sûr, je ne vous dirai pas ce qu’il a dévoilé, mais croyez-moi si je vous dis que c’était consistant ! Il a continué de plus bel dans le dévoilement, elle a finalement laissé échapper un « Je suis résignée » pendant qu’il a compris un "Vous êtes pardonné". Assez cocasse, merci.

Naïm Kattan et ses 41 publications inspire le respect, ne trouvez-vous pas ? S’il y a une personne chez qui on peut être tenter de croire qu’il détient une vérité, ce serait lui. Justement, parce qu’il ne se l’approprie pas. Il est un transmetteur, au plus, un veilleur. Je me souviens qu’en sa compagnie, on a parlé de l’identité, de la source originelle du texte, par exemple, La Bible. Revenir au texte, sans y projeter nos visions, nos opinions, le prendre au pied de la lettre. Faut dire que « Le veilleur » est l’histoire d’un rabbin exilé « Il sera rabbin et apportera aide, secours et réconfort non plus au corps mais à l'âme de l'autre »
Il nous a raconté l’anecdote d’une personne qui, à chaque soir, lisait le Time et y trouvait une ou des fautes et l’apportait à l’attention de la rédaction et le jour où ils n’ont plus entendu parler de lui, le veilleur de langue était mort. Pour terminer, je relève une de mes notes sans son contexte (désolé !) : Si le temps est réversible ; Kafka a influencé ses prédécesseurs.

Dany Laferrière est un inépuisable puits à anecdotes. Sa vie en serait remplie plus qu’un autre, ou bien, possède-t-il cette exceptionnelle mémoire qui photographie par les mots ? Optons pour les deux. Il nous a illustré son ardente soif de lire par ce souvenir d'avoir donné 10 centimes à sa sœur, qu’elle lui serve de bâton d’aveugle pendant l’aller-retour à l’école pour qu’il puisse lire en marchant. Sa raison principale d’écrire est pour dire que dans la vie existe les livres. Tout bouge autour de moi aurait été écrit dans l'urgence de l'instant. D’après lui, il donne seulement l’impression de parler d’Haïti quand pourtant il dit parler du monde entier sous le prétexte Haïtien. La table a été mise sur un point qui enchantait chacun des auteurs présents ; la poésie et D.L., spécialiste des déclarations imagées ; quand entend-on dire j’ai dévoré un recueil de poésie ? Jamais. On savoure et laisse infuser la poésie.

Ce que j’ai retenu d’Yvon Rivard ? Un professeur dans toute la fibre de son être ; il expose et explique. Son petit dernier Une idée simple est classé « essai littéraire ». Une personne, qui m’a semblé honnête en avouant d’emblée que son élève, Dominique Fortier, avait depuis longtemps dépassé le maître. Il exposait et admirait grandement l'approche poétique de D.F.

Aussi, un homme qui parlait non seulement de la mort mais de sa mort. Quand D.L. l’a réalisé, il l’a taquiné : « Plus une personne en parle, plus il y a de chance qu’elle nous enterre tous ! », enchaînant avec « Il faut un malheur pour écrire, mais pas obligé que ce soit le sien ! » Y.R. a rapporté ce qu’il répondait à ses étudiants qui, parfois, lui confiaient manqué d’imagination : Prenez note de vos rêves trois nuits de suite, vous allez voir que vous en avez. Y.R., une figure importante de notre littérature qui, fait surprenant, me fait dire « je devrais » le lire et non pas, « je désire » le lire.

Somme toute, un Café littéraire riche, et le plus long (2 heures), pour donner la parole à ceux qui la prennent habituellement entre les feuilles des arbres.Ah oui ... j'oubliais ! C'est notre adorable et talentueuse Sophie Cadieux qui a lu les extraits sélectionnés par l'animateur, Jacques Allard.

mercredi 18 août 2010

Intermède vacances

Première nouvelle, comme à chaque année, nous voici à notre première escale : Nouvelle, en Gaspésie. Pour la précision, nous sommes à quelques kilomètres de Nouvelle, à Escuminac au Gite Wanta-Qo-Ti, endroit idyllique. Et je ne choisis pas le mot « idyllique » pour faire beau !

Je pense qu’il est à peu près temps que je vous situe sur mes lectures ... secrètes. Mais auparavant, je rectifie le tir, je n’ai pas terminé ma couverture des Correspondances d’Eastman. Il reste une journée très importante pour moi : le dimanche. Dernière journée que j’ai avalée comme un dessert. Les deux Cafés littéraires surtout, et l’événement s’est terminé sur une note populaire, un hommage à madame Marie Laberge.

Mais je reviens à mes lectures. J’ai lu en cachette ... de vous, c'est-à-dire que je non annoncé sur le Passe-Mot : La mort attendra d’André Malavoy qui se trouve à être le grand-père du rédacteur en chef du Voir, Tristan Malavoy-Racine, et donc le père de la politicienne Marie Malavoy. C’est son histoire, l’histoire d’un Résistant français de la guerre 39-45, qui a résisté .... à la mort. Son passage dans plusieurs prisons, dont celle de Fresnes en France, avant le camp de concentration, nous fait nous demander « mais de quel bois se chauffait cet homme ?! ». On l’apprend en lisant cette nouvelle édition TYPO où « La fin heureuse » a été rajoutée par ses descendants. J’y reviendrais bientôt. Ensuite, la lecture annoncée ci-contre « Ceci est mon corps » , je ne l’ai pas apportée dans mon bagage. Elle se fait à voix haute, pour Marsi, et c’est un peu embêtant dans un gîte n’est-ce pas ?

Mais alors que diable suis-je à lire, et je rajouterais même, à achever ? Les Troutman volants de Miriam Toews (Boréal). Une Canadienne anglaise traduite par un couple québécois, Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Devons-nous considérer cette lecture comme une incartade de ma mission québécoise ? Peut-être, mais en vacances, j’ai entendu dire qu’on peut se le permettre, et de toutes manières, j’en mets la faute au blogue de la librairie Vaugeois qui en a parlé avec tant d’enthousiasme.

Pour me racheter, les autres livres emportés ne font qu’une exception à la règle, et c’est un album de bandes dessinées. Les fervents de lecture comprendront cette insécurité qui nous tombe dessus quand, sur le point de partir, on a à faire des choix. C’est pareil ou pire à une femme devant son garde-robe avant une soirée chic ; quoi apporter pour être confortable et (se) plaire.

Je vous présente donc ma garde-robe de livres :

Monsieur Julot – Marie-Christine Bernard (récemment acheté)
Quelques adieux – Marie Laberge (très récemment acheté)
Agaguk – Yves Thériault (donné par une amie)
J’ai eu peur d’un quartier autrefois – Patrick Drolet (donné par Marsi)
Tuer Lamarre – Simon Girard (en attente depuis longtemps)
Les fous de Bassan – Anne Hébert (acheté dans une bouquinerie)
Le Cristal qui pousse – Steve Proulx (jeunesse) – Très curieuse de lire ce journaliste que j’admire
Lydie – Jordi Lafebvre et Zidrou – bande dessinée pour adulte (pas québécois) – Parce que choisie, comme une grande, sans l’aide de personne. Elle attend mes vacances depuis quelques mois.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, s’y retrouvent deux classiques, lesquels j’ai moins l’occasion de lire au courant de l’année.

Il me reste 6 jours de vacances. Vais-je arriver à tout lire ? ... hum, hum ... bien sûr que non ! Mais est irremplaçable le sentiment de plénitude (de lourdeur aussi, mais ça ...), je suis certaine de ne pas en manquer, selon goût, humeur, temps et température.

Et puis, il faut le dire, on aime donc ça se casser la tête à choisir sa prochaine lecture ! J’ai donc traîné mon embarras du choix dans mes valises.

dimanche 15 août 2010

Le Proche et le lointain - Café littéraire

Me voici enfin à ce Café littéraire rafraichissant. Heureux contraste après le Café « théâtral » de figures à reconnaitre dans la rue. Ici, les trois écrivains s’exposent sous les jaquettes de roman : Max Férandon, Michèle Plomer et Hélène Rioux. Les connaissez-vous ? Personnellement, je connais les trois, mais j’ai lu que les « spécialistes » de la Chine : Michèle Plomer avec HKPQ et Max Férandon avec Monsieur Ho. C’est Hélène Rioux que je n’ai pas encore lu (à mon grand dam !).

Heureusement, Antoine Tanguay nous a mieux fait connaître la tétralogie romanesque « Fragments du monde » qu’Hélène Rioux a entrepris. Âmes en peine au paradis perdu (t.2) reprend là où nous avait laissé l'encensé Mercredi soir au bout du monde en 2007 (prix France-Québec, prix Ringuet, finaliste au Prix du Gouverneur général). Ce Mercredi soir au bout du monde me fait damner. Je joue de malchance pour mettre la main dessus. Encore cette fois, aucun exemplaire, et pendant que j’avais l’auteure sous les yeux ! En plus, j’ai appris que ce "bout du monde" est situé à deux pas où j’ai habité 18 ans, sur St-Vallier, coin St-Zotique. Ce casse-croute « Le Bout du monde » ouvert 24 sur 24 est maintenant lointain pour moi, mais il fut jadis proche ... hum, hum ...clin d’œil au thème du Café !

J’ai été frappée par plusieurs révélations de cette auteure aguerrie (14 livres au cours des 35 dernières années) mais celle que je retourne encore dans ma tête est qu’elle est incapable de commencer à écrire, même pas une ligne, avant que son titre ne soit trouvé. Elle ne prend pas ses titres à la légère, le tome 3 s’intitulera « Nuit blanche et jour de gloire », ce qui fait qu’elle se laisse imprégner par des films et des textes relatant des nuits blanches. On ne sera pas surpris qu’on dise d’elle qu’elle est une auteure d’ambiance. J’avais déjà hâte de la lire, mais depuis que je l’ai entendu dire que son obsession des derniers temps est « Comment on est lié avec le reste du monde », je suis sur les feux ardents.

J’espère que vous ne pensez pas que je vais négliger le tandem Chine. Probablement qu’ils seraient lasses de m’entendre avec ma « Chine » mais à ma défense, ce fut un thème majeur du Café pour eux. Faut dire qu’il est surprenant d’avoir devant soi un Max Férandon (à gauche) qui nous plonge en Chine, par son très fort personnage Monsieur Ho, sans jamais avoir vu le pays. Cet homme qui n’y a jamais mis les pieds nous fait voyager en Chine ! Voilà le merveilleux de la science fictive. De son côté, Michèle Plomer y a séjourné assez longtemps, et pas en touriste mais c'est elle qui s’exclame « L’imaginaire est ma seule vérité ! » Quand on s’entretient de HKPQ, on s’en sort pas, on parle poisson, traité avec dignité et mangé en entier, et poisson avec des mains ! (lisez HKPQ, si vous êtes intrigué !). Je me risque aussi à dire qu'on y parle des Chinois encore plus que la Chine. Mais il faut que vous sachiez que cette auteure, j’ai de la difficulté à en parler, je l’aime trop ! Regardez sa photo, vous ne trouvez pas qu’elle a l’air d’un ange ? Un ange avec une ferveur de passionnée ! Le plus grand hommage à lui rendre est de la lire, Jardin Sablier ou HKPQ... vous m’en donnerez des nouvelles !

Évidemment, l’envie était forte à la suite de ce très sympathique Café d’aller parler aux auteurs. Ils m’apparaissent tellement simples et disponibles, malgré une certaine timidité. C’est d’ailleurs le seul Café où je suis resté un moment à bavarder malgré le temps qui pressait. On doit une fière chandelle à l’animateur, Antoine Tanguay (ci-contre). Bien sûr, il pose des questions assez longues, là est son moindre défaut, mais le plus important à mes yeux, il fait des liens entre les auteurs. Il les amène à interagir, et je dirais même que c’est le seul animateur que j’ai vu qui réagit aux propos, ne serait-ce que par une ligne, une émotion, une interjection. Ça fait plus chaleureux que lorsque l’animateur reste cantonné dans son silence après de grosses révélations.

Question de goût, comme souvent dans la vie, passez voir ClaudeL qui a sa vision. Elle a assisté à quelques Cafés littéraires et a rédigé d'intéressants billets.

samedi 14 août 2010

L'attente de l'autre ... de la Terrasse au Théâtre

J’en suis à “L’attente de l’autre” (l’espéré), dont la popularité a été au-delà des espérances des Correspondances d’Eastman qui ont dû déménager les pénates de ce Café littéraire, de la Terrasse, au parterre et balcon du Théâtre. Tout cette file d'autos pour venir entendre des écrivains bavarder !!! Non mais ...

J’avais des appréhensions, en fait, pour tout vous dire, je manquais d’ouverture en partant. Je me voyais ailleurs. À 14 h 00, Louis Hamelin et Roméo Saganash se chuchotaient des secrets en pleine nature devant une vingtaine de personnes (finalement, 58). Je me serai bien tirer une bûche pour m’assoir à leur hauteur. "On ne peut pas tout faire dans la vie !" ; quelle mère ne l’a pas chanté sur tous les tons !

Mais le plus beau de l’histoire est que les trois écrivains sont venus me chercher là où j’étais, tellement même que je me suis levée pour poser une question. Pourtant, dans ma tête, j’ai tout de suite contesté le choix (et le conteste encore !) de la très détendue animatrice Myriam Wojcik, de donner la parole à tour de rôle. Avait-elle peur qu’ils parlent tous en même temps ?! Ça a donné comme effet qu’à certains moments, de plus en plus rares à mesure qu’avançaient les entrevues faut dire, un écrivain s’éteignait. Je veux dire qu’il semblait pas concerné, un peu ailleurs, en fait, je parle surtout de Marc Levy. Après ton tour, quand tu déposes ton micro et te croises les bras, ça donne l’impression (fausse ?) que ton travail est terminé. Mais ...mais, c’était sans compter sur l’étonnante Kim Thùy, devant qui il s'est vite penché, pour la voir, pas seulement entendre ses toujours fracassantes déclarations. Celle-ci continuait de plus belle à se diminuer, ne se prétendant pas écrivaine. Elle nous a aussi parlé du peu de temps qu’elle avait pour écrire, de sa relation accaparante avec son garçon de 8 ans, autiste. Elle revient souvent à ce séjour au Vietnam en tant qu’avocate aux côtés de grands avocats. Elle ne se sentait pas à sa place, on pourrait en conclure qu’elle ne se sent à sa place nulle part. Mais ne vous en faites surtout pas, cela lui va à ravir ! J’ai compris qu’elle voulait et appréciait cette sensation de liberté, ce pouvoir de partir sans rien emporter, lui sied. En fait, je le dis, j’ai très hâte d’en apprendre plus sur ses ressorts intérieurs à son prochain, qui donnera sur une note plus intime que son premier et excellent Ru.

Revenons sur scène, où nous attends une tendre et radieuse Louise Portal. Cette sereine sirène aime ses personnages, presque maternellement je dirais. Elle prend soin de leur détresse, après six ans dans cette suite de Cap-au-Renard, son personnage Murielle sort des cendres pour se recentrer, à l'aide de rencontres frappantes. La Promeneuse du Cap remet les pas dans ses traces par un pèlerinage en Gaspésie. Ainsi dévoilée tendrement par sa créatrice, elle fait envie de mieux la connaître, même si je la connais déjà. C’est dire qu’elle en parle bien !

Et Marc Levy ? Bon écolier, il répond respectueusement, aimablement aux questions, parle de son père, et tout à coup, une flammèche s’allume, le conteur s’éveille, et défile les anecdotes révélées sur un doux ton de confidence. Cet homme est aussi charmant que captivant. Il a du vécu, une sensibilité d'humain à humain. Si on veut pousser, et là ça adonne que je veux justement pousser, peut-être que ses visites dans un petit village contribue à le garder en contact avec les autres. Sans le faux-semblant de la gloriole. La gloire est un chapeau qu’il n’aime pas qu’on lui fasse porter. Il s’aime tête nue. Et quant à être dans ce qu'il porte ou pas, il porte des lunettes qui lui traversent le visage sans l’accrocher, porte le jeans comme un grand ado, et parle du petit-dernier (pas son bébé de 4 mois, malgré que ...) « Le voleur d’ombres » avec beaucoup de tendresse. Et quand il navigue dans les confidences, il nous avertit, sur un ton aussi amusé qu’attendri, qu’il est « surveillé » de près par les yeux et oreilles de sa femme (une Québécoise) dans la salle. Ça fait sympathique et intime. On se sent en famille.

J’en mets beaucoup n’est-ce pas ? J’sais bien. Mais il n’arrive pas à me décevoir ce Marc Levy, ni les Louise Portal et les Kim Thùy, ni les Cafés pas du tout dans un Café, ni les auteurs qui parlent à tour de rôle au lieu de s’interrompre du trop-plein à dire. Serais-je une indécrottable amoureuse de la vie ?

Je vous laisse répondre.

vendredi 13 août 2010

L'Absent - Café littéraire Correspondances d'Eastman

Nous en sommes au Café littéraire du samedi matin, L’Absent, où je m’assois devant Alain Mabanckou (A.M.), Joël Des Rosiers (J.D.R), Hélène Dorion (H.D.), Dany Laferrière (D.L.). De grosses pointures. Il y a une fraîche odeur de poésie dans l’air, deux poètes nettement identifiés comme tels (J.D.R et H.D.), Dany Laferrière la courtise mais, ce matin-là, c’est la prose imagée et poétique d’Alain Mabanckou que j’allais découvrir. Pousser certaines idées hors du raisonnable et du raisonné m’apparait poétique, comme écrire les Mémoires d’un porc-épic. J’ai trouvé bien amusant que A.M. raconte la réception de ce roman en France accueilli par des « Oh » et des « Ah » d’effarement devant ce farfelu aberrant de donner le personnage principal à un porc-épic dans un roman pour adulte. Il a osé, et récolté Le Renaudot. Ce n’est pas rien, et maintenant que j'ai entendu ce conteur débordant d’humour imaginative, c'est plus facile à comprendre.

Joël Des Rosiers n’est pas que poète, il est chirurgien et psychiatre. Essayiste aussi. En 1999, il reçoit le Prix du Festival international de poésie et le Grand Prix du livre de Montréal pour Vétiver. Il a une renommée, comme on peut l’avoir en poésie devant public réduit. Même si je ne suis pas une fervente de poésie, j’ai tout de même son recueil « Savanes » dédicacé... que j’ai peiné à lire. J’ai aussi peiné à comprendre les théories qu’il nous a exposées en ce samedi matin. Je ne suis pas surprise que cet auteur soit essayiste, il aime expliquer et il explique longuement. Un être érudit, original, mais a-t-il le don de la communication ? Je n'en suis pas sûre ! J’ai même eu l’impression (j’ai bien dit l'impression !) que l’animatrice, Danièle Bombardier hésitait à lui redonner le micro, tellement il le tenait longtemps une fois qu'il l'avait. Un homme avec une belle prestance (vous me surprenez en flagrant délit de futilité !)

Dany Laferrière me surprend toujours par la justesse de ses interventions, assez que je finis par me demander ; mais lui arrive-t-il d’être à court d’inspiration ? Il jongle vite et efficacement dans sa tête. Il saisit le présent, les autres qui l'entourent en font partie , il prends de grandes inspirations de l’autre. Je me suis plu à l’observer "regardant" et l’observer "écoutant". J’étais fasciné et me disais, que va-t-il sortir, que prépare-t-il dans sa tête en cet instant ? Par exemple, il me semblait captivé par les propos d' Hélène Dorion et là, j’avoue le comprendre tout à fait. Cette dame m’a secouée (je l’ai gardée pour le dessert comme vous voyez !), coup de cœur des Correspondances, en tant qu’auteure possiblement, ce que je pourrais dire après l'avoir lu, mais en tant qu’être humain qui regarde la vie, oui. Si ses textes sont comme elle, ils vont plus loin que la poésie ; ses notions de la vie englobent la poésie, la comprennent. C'est évident que mon coup de cœur vient d’affinités de perceptions. Une poésie spirituelle, une poésie qui donne du sens par la voie des sens. Après le Café littéraire, mystère, tous ses livres étaient disparus. J’ai hâte de la lire, j’ai été à la librairie aujourd’hui, je n’ai trouvé aucun de ses titres. Sous l’arche du temps m’intéresse pour ce qu’on en dit : « ouvrage qui regroupe des essais autour de l’écriture, de la littérature et de la place de l’art dans la société ». Ou le récit «Jours de sable » pour lequel j'ai entendu plusieurs s'exclamer. Si vous êtes comme moi et la connaissez pas ou à peine, Hélène Dorion est traduite et publiée dans plus de quinze pays, son œuvre lui a mérité plusieurs distinctions et prix littéraires, dont le Prix du Gouverneur général du Canada, le Prix Alain-Grandbois, le Prix Aliénor, le Prix International de Poésie Wallonie-Bruxelles et le Prix du Festival International de Poésie de Roumanie.

Pour terminer en beauté sur dame poésie, cette mal aimée, souvent parce qu’elle fait peur, ce que Dany Laferrière a proféré peut être pris pour une banalité, mais elle m’a donnée toutes les permissions. Je vous la déclare en mes mots : ne lisez pas la poésie de bout en bout, elle se glane, se pécore, se savoure petite bouchée par petite bouchée ...