Faites comme chez vous

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c'est recevant !

jeudi 31 mai 2012

Débranchement

Bonjour à tous !

Le temps me manque pour rédiger mes habituels commentaires de lecture. Aujourd’hui, je stoppe le temps, délaisse les boites à remplir (déménagement oblige !), pour vous aviser que dans environ une heure, je serai débranchée d’Internet jusqu’au 6 juin. Axion, mon câblo-distributeur offre ce service une seule fois par mois, à la fin de celui-ci. À noter que le 6 juin, je vous écrirai de Cowansville.

Nous avons vendu officiellement la maison aujourd’hui, nous achetons l'élue de notre coeur officiellement lundi et déménageons mardi, le 5 juin. Monsieur Vidéotron viendra nous brancher le 6. Voilà ! Vous voyez que ces temps-ci, notre vie se résume en chiffres plus qu’en mots ! D’ailleurs, pour en ajouter un, un chiffre, nous en sommes à 80 boites et nous atteindrons le chiffre fatidique de 100 boites, c’est certain. Voilà ce que ça donne d’avoir 5 bibliothèques dans une maison !

Je lis toujours, presque autant qu'en temps normal, c’est le temps de rédiger qui me manque. J’ai pris du retard dans mes commentaires, plus qu’il n’y parait car, en plus des 3 titres à droite, j’ai terminé Tous les corps naissent étrangers, premier roman de Hugo Léger et Quelque chose comme une odeur de printemps, premier roman de Annie-Claude Thériault. En ce moment, je suis à lire le deuxième roman de Nadia Gosselin, L’amour n’est rien.

Ensuite, je me payerai la traite avec deux auteures de la région, entamant le deuxième de la trilogie Dragonville « Encre » de Michèle Plomer, puis, suivra de près, Yukonnaise de Mylène Gilbert-Dumas.

Cowansville est une ville à la limite de l’Estrie et de la Montérégie, 12,000 habitants, un hôpital, un lac, une prison, une rivière, une rue partiellement patrimoniale (nous l’habiterons dans sa partie non patrimoniale), une MRC, un Palais de justice, deux vignobles, un Festival de musique, un golf, un centre de la nature, des arbres centenaires.... et hop, le reste, nous le découvrirons !

J’ai très hâte de vous réécrire, ce qui voudra dire que le plus gros du cafouillis, barda, bouleversement, sera dernière nous, et surtout ce fameux stress d'arriver en même temps que les camionneurs !

J'ai hâte de me déballer, car incroyable, comment c'est plus emballant ! On construit, au lieu de déconstruire.

Ah oui ! J'oubliais. L'actualité m'interpelle beaucoup ces temps-ci ...hum, pas la seule n'est-ce pas ? Un texte @Voir Chez Venise "Plusieurs mains sur le volant".

À bientôt chers amis lecteurs !

jeudi 24 mai 2012

Quand j'en aurai fini avec toi - Jean Philippe Bernié

Dans ce roman qui se veut le premier d’une série, le projecteur éclaire les jeux de pouvoir dans les couloirs d’une université. Des étudiants en fin de parcours, en rédaction de mémoire sont en scène. On y découvre les ficelles de la manipulation, dont une marionnette articulée par la chef du département des matériaux, une étudiante particulièrement brillante qui fait une découverte importante. Sa supérieure immédiate, Claire Laniel, mue par un moteur puissant, l’ambition, semble de ce genre de femme avec une roche à la place du cœur. Une rumeur persiste à l’université qu’elle est le diable en personne et tous, sans exception, ont une dent contre elle.

Une partie de pouvoir se jouera sur l’échiquier du département des matériaux. Les collègues de travail de Claire Laniel préparent un coup, la bibliothécaire du département est de la partie, l’étudiante Monica, un pion important. Quant à la reine, sa réputation diabolique devance chacun de ses déplacements sur la planche du jeu.

« Huis clos haletant sur les dessous de la vie universitaire », peut-on lire sur la quatrième de couverture. Sans m’attendre à une séquestration, je me préparais à ressentir un certain étouffement entre les murs de l’université, quand en fait, je n’ai ressenti rien de tel. L’action tourne autour de la vie universitaire mais fait de nombreux allers et retours sur la vie privée de Monica, via son frère et grand-père, et de Claire Laniel, via sa belle-sœur qu’elle déteste.

Cette Claire Laniel, le cœur de l’histoire, se présente des pieds à la tête uniformément colorée « noir foncé ». Le lecteur sait d’avance qu’elle va toujours choisir le plus diabolique des plans. Je conçois que certains lecteurs aiment ce genre de personnages quasiment caricaturaux mais, personnellement, je les préfère plus nuancés. Ce qui fait que j’ai manqué le coche, faisant mentir la quatrième de couverture qui nous assure que nous prendrons plaisir à la haïr. J’ai laissé les personnages du roman l’haïr à ma place, ce qu’ils font très bien d’ailleurs. Peut-être parce que sa méchanceté m’est apparue un peu désincarnée, j’ai fini par me demander, comment était-il possible qu’elle occupe depuis aussi longtemps un poste d’autorité ? Certains êtres beaux ont un ascendant naturel chez les gens, et peut-être que l’auteur en la disant très belle comptait sur cette donnée, mais c’est plutôt sa sévérité qui est mise de l’avant dans les descriptions de sa personne.

J’ai cependant vu grandir, page après page, mon espoir de la voir acculée au mur. Le cas de Monica, personnage plus nuancé m’a tenue à cœur. Le suspense tient la route, même si j’ai trouvé certains hasards un peu tirés par les cheveux.

Peut-être que le tome deux saura approfondir les personnages et me convaincre avec plus d’éclat.

vendredi 18 mai 2012

La romance des ogres - Stéphane Choquette

Comment rendre avec justesse un roman qui se déploie généreusement (491 p), assez audacieux pour voguer du passé au présent, de la réalité à la fiction et ce, y intercalant correspondance, fable et roman ? En constatant qu’un des personnages centraux était une écrivaine, j’appréhendais ma lecture, pour la surabondance de premiers romans développant ce thème.

Quelle agréable surprise ce fut alors d’être happée malgré, mais peut-être grâce, à certains égarements qui entretenaient mon qui-vive. Persistait la sensation d’errer sous les toits de chambres sombres, d’où l’on ne discerne pas les pourtours du pouvoir que l’amour peut générer sur l’autre.

Il y a bien ce Simon et cette Noémie, deux inconnus au départ, qui se rencontrent en terre étrangère, le Japon, détaillés parce qu’exposés à la clarté de néons de restos et de couloirs d’hôtel. Une étincelle surgit entre leurs vies, mises entre parenthèses, mais le passé de Simon s’interpose. Une part de ce passé, qui tient dans une main a la forme du roman de l’écrivaine de renom Ellen Cleary, Un théâtre de marionnettes. Très jeune homme, il a vécu une histoire tortueuse avec cette femme, que l’on peut sans peine traiter d’ogresse.

Cet amour dévorant m’a interpelée au point où je brûlais d’enfiler l’histoire d’une traite, mais l’auteur aime faire languir, joue avec les ficelles des histoires et du temps. Et c’est un art qu’il maîtrise ! Cette grande dame de l’écriture, en surface, n’est qu’une écrivaine à succès, mais les coulisses de sa vie sont fascinantes. C’est par Simon, qui y a joué un rôle primordial pour lui (mais combien importante pour elle ?) qu’on y a accès.

Une fable s’insère également, écrite par Ellen Cleary ; je la prenais sans en faire grand cas, une épice piquante relevant le degré d’anxiété. La crise de couple que vit Samuel, médecin chercheur et père, s’intercale régulièrement, mais nous resterons sur notre faim jusqu’à la fin. Ce n’était peut-être pas l’essentiel du propos mais le lien entre son passé et ce présent aurait pu être clarifié.

Stéphane Choquette a tiré plusieurs ficelles et je salue encore sa hardiesse. Son roman m’a transformée en ogresse voulant avaler l’histoire d’une seule bouchée, prenant le risque de m’étouffer, tellement mon plaisir était grand.

dimanche 13 mai 2012

L'heure du choix : Prix des libraires

Je viens de découvrir que l'Aire Libre présente chacun des finalistes par la voix de Brigitte Lafleur la nouvelle porte-parole. Installée, soit à la librairie Monet, soit à la librairie Paulines, elle nous lit un extrait d'à peine deux minutes. Parfois, un enfant crie à l'arrière fond de la librairie, mais la comédienne ne se laisse pas déconcentrer. Nous voyons les clients tâter du livre en arrière-plan.

Juste avant la lecture des extraits, la représentante du comité des libraires, Caroline Le Gal expose brièvement les raisons de leurs choix. À la suite de sa présentation, je vais me compromettre pour une prédiction, même si je n'ai lu qu'un titre et deux-tiers sur cinq. Selon moi, c'est Arvida de Samuel Archibald qui va remporter l'honneur.

Voilà, c'est demain soir, lundi le 14 mai, que nous saurons (cérémonie à 19 h 00 au Lion d'Or) si j'ai eu raison ! C'est toujours un suspense qui me tient à chaque année. Ce Prix m'intéresse plus que d'autres, peut-être parce que le comité est composé de personnes que je fréquente et respecte : les libraires.

* * *

Sous Béton Karoline Georges


Le Sablier des solitudes - Jean-Simon Desrochers


Arvida - Samuel Archibald


La marche en forêt - Catherine Leroux


Hongrie-Hollywood Express - Éric Plamondon

mercredi 9 mai 2012

Sous béton - Karoline Georges

Vraiment rare que je commente un roman abandonné puisque j’en abandonne si peu. Pour les compter en année, ce serait un. Désolée que ce soit celui-ci. Je serai toujours désolée d’abandonner un roman, car pour moi ça équivaut à couper la parole à quelqu’un qui s’adresse à moi. Je suis encore plus désolée pour Sous béton, puisque je le trouvais fort bien écrit. Efficace même, et peut-être trop efficace pour moi, vous verrez. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis rendu aux deux tiers. Le style y est savamment poétique !

C’est le sujet qui m’a fait frémir. Si efficacement cernée que je me suis moi-même senti cernée. Emprisonnée, serait le mot. Emprisonnée dans la cellule de cet édifice de béton où vivent des familles qui ne se voient pas, qui ne se fréquentent pas, puisqu’il est défendu de sortir de cette cage bétonnière. Ces milliers de familles séparées par des murs de béton sont épiées, surveillées, astreintes à des travaux via des écrans. Les surveillants sont des êtres violents, sans l’ombre d’une émotion, robotisés.

Comment se passe le quotidien à l'intérieur de cet étrange lieu clos ? On mange sans plaisir puisqu’on avale des suppléments alimentaires. La vie est réglée au quart de tour ; sommeil, consommation de suppléments, travail ou apprentissage. Sans émotion, autres que certaines négatives incontrôlées et incontrôlables qui surviennent sans avertissement. Le père rageur qui s’abrutit (avec des abrutissants), et ne croit plus à rien. La mère, pas abrutie, mais qui va de crise en crise d’angoisse, comme si le choix offert était l’abrutissement ou l’angoisse douloureuse. Elle est morte de peur d’être expulsée de cet endroit qui la rend malheureuse. Les enfants perturbent le couple, ils sont dérangeants, et on leur fait sentir de manière violente. Mais le pire est l’absence totale de sensualité et de la moindre vision à long terme, du moindre espoir, puisqu’au-delà de cette tour de milliers d’étages, il n’y aurait rien.

Mais l’enfant, lui, celui par qui cette histoire existe, n’est pas encore complètement atteint. Une lueur luit chez lui, sans que l’on ne sache clairement pourquoi. Il questionne son monde et se questionne. Témoin de cette vie violente à huis clos, il se laisse massacrer par son père, en attendant de comprendre.

Présentée au premier degré, l’histoire est étouffante et abrutissante de violence. Il y a sûrement un deuxième degré puisque le style est poétique par ses forts symboles. Une allégorie qui accuserait notre société frigide qui vit sans plus d’échanges humains, notre société rodée au quart de tour dans une productivité performante. Je conçois le deuxième sens, cependant, le premier générait une telle souffrance en moi que j’ai décidé, contrairement aux personnages de tout simplement m’enfuir.

* * *
Heureusement, plusieurs l'ont terminé et aimé, Sylvianne Blanchette de la Librairie Vaugeois en fait une critique édifiante et ... et ... et ... ce roman est finaliste du Prix des libraires.

vendredi 4 mai 2012

VRAC : Rendez-vous

Ah, si je vivais à Montréal ...
Je ne manquerais pas cet entretien en compagnie de deux bédéistes chéris du Québec. Nul autre que Michel Rabagliati et Zviane. Si vous le pouvez, pour moi, allez-y, vous m’en donnerez des nouvelles. C'est à la Librairie Monet, fidèle dans ses habitudes de rencontres avec ces grands de notre monde littéraires. Animation, le très callé, pas en cheveux mais en bande dessinées : Éric Bouchard

Rv : jeudi le 10 mai, à 19 h 30 – Réservez votre place : evenements@librairiemonet.com ou 514-337-4083

Vivre un printemps meurtrier à Knowlton
Nous avons notre printemps érable et nous avons aussi notre Printemps meurtrier initié par l'auteure Johanne Seymour. Entre les deux, je ne saurais choisir, car le premier est à mon avis difficile à contourner, et le deuxième, c’est un choix, un plaisir, une récréation que l’on s’offre parce qu’on s’aime et qu’on aime la littérature policière, polar, noire ... cette littérature pour laquelle on aime frémir, deviner, avaler les pages pour mourir de plaisir ! Cette première édition a pour invités d’honneur : Chrystine Brouillet (Québec), R. J. Ellory (Angleterre), et Martin Winckler(France/Québec).:

Voici les finalistes du Prix TENEBRIS :
*** Reproduction en résine du bronze, Équilibre renversé de la sculpteure québécoise, Francine Laurin.
  • Adieu de Jacques Expert, publié chez Sonatine
  • L'Infortune des biens nantis de Maxime Houde, publié chez Alire
  • Les mémoires d'un oeuf de Sylvain Meunier, publié à La Courte échelle
  • La géométrie du tueur de Laura Sadowski, publié chez Odile Jacob
  • L'Armée furieuse de Fred Vargas, publié chez Viviane Hamy

Rv : À Knowlton - Vendredi au dimanche 18 au 20 mai – Sur le site, vous trouverez le programme complet et même des propositions pour vous loger dans cette superbe région.

Sur le qui-vivre
Le Prix des Libraires ? Faut pas les oublier ceux-là. Je n’ai pas fait couler beaucoup d’encre pour eux cette année. Est-il trop tard pour réserver pour assister à la Remise des Prix ? Est-il trop tard pour tenter une gageure sur le gagnant-e ? Vous êtes comme moi et avez besoin d’un rappel du nom des 5 finalistes ? Ça vous tente de les voir et de les entendre autour d’un lit converti en table ? À la nouvelle émission Lit et rature de L’AireLibre.Tv, c’est possible, Elsa Pepin les accueille. LienTOUR DE LIT (table)
Éric Plamondon, Hongrie-Hollywood Express, Quartanier
Catherine Leroux, La marche en forêt, Alto
Samuel Archibald, Arvida, Quartanier
Jean-Simon Desrochers, Le Sablier des solitudes, Herbes rouges
Karoline Georges, Sous béton, Alto

Rv : Au Lion D’or, à compter de 18h30 - cérémonie à 19h00.
Réservation avant le 4 mai : info@prixdeslibraires.qc.ca ou 514-526-3349 # 21

Le gosier de la masse silencieuse s'ouvre
Une prise de paroles chez les citoyens, ça bouge au Québec !

Rendez-vous Chez Venise @ Voir .... aucune réservation requise, prérequis : de la curiosité et une envie de lire la parole des autres !

jeudi 26 avril 2012

Et au pire, on se mariera – Sophie Bienvenu

J’avais hâte de lire ce roman dont on disait beaucoup de bien.

Le lecteur tombe directement dans un monologue déjà entamé. Il doit donc faire sa place, trouver le fil. Avec un minimum de déduction, il suppose que cette voix qui monologue est celle d’une adolescente. Qu’a-t-elle fait ? Est-elle dans un interrogatoire policier ? Ou chez la travailleuse sociale, la psy ? En tout cas, quelqu’un l’écoute et lui réplique. Mais ces répliques seront tues au lecteur, procédé que j’ai trouvé intéressant.

La jeune Aïcha en a beaucoup à dire, son langage est crédible parce que franchement direct, naturel, et rempli juste ce qu’il faut de frustration pour qu’on ne s’en lasse pas. Les gens qui déblatèrent continuellement sur la note de l’ire aigüe, ça peut avoir un effet usant à la longue. On vient qu’on n’y croit plus, ou de moins en moins. C’était ma crainte au départ. Dans la musique, comme dans la vie, il faut du contraste, donc des pauses pour reprendre son souffle, et ce rythme est bien tenu dans cette histoire.

Vous vous en doutez, les informations sur sa vie, et sur ce qui l’amène à se confier, vont nous être divulguées progressivement. Un dosage contrôlé qui garde le suspense bien en vie. La jeune fille, on s’y attache, mais pas trop et pas tout de suite. Elle nous intrigue, par contre. Elle est un peu comme cet animal de laboratoire dont on étudie le comportement. En tout cas, j’ai éprouvé cette émotion, jusqu’à que je la connaisse mieux. Que je situe ce qu’elle a vécu, qu’un sens soit donné à sa révolte et surtout à son refrain haineux vis à vis sa mère, qui nous apparait pourtant si aimable.

Si ce roman arrive à se complexifier par une voix unique de seulement 14 ans de vécu, qui réclame de l’amour à grands frais de gestes désespérés, c'est parce que la manière de raconter est habile. Sophie Bienvenu fait confiance à son lecteur, lui laisse de l’espace pour supposer, imaginer, compléter, ce qui me laisse entendre qu’elle fait confiance à son style et abandonne le contrôle de ce que nous en comprendrons.

Le bouquet d'émotions dans ce roman est touffu ; sentiment maternel, confusion, ambiguïté, jalousie, exclusivité, mal d’amour, abus de confiance, amour/haine, conquête, couronné d’un thème  : combien la jeunesse est manipulable. 
Ce roman est venu me chercher, moi qui partais de loin par mon manque de disposition pour entendre une voix d’adolescente saturée de récriminations.

lundi 23 avril 2012

Quartier populeux au Salon du livre de Québec

Le Passe-Mot a 5 ans aujourd’hui en cette Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Mon bénévolat se prolonge grâce à la cueillette de précieuses reconnaissances de la vie, ou ce que j’appelle des subventions personnelles ! Si ça vous tente de comprendre plus clairement ce que j’insinue, je vous propose un rendez-vous télévisuel sur écran Radio-Canadien, mardi le 24 avril à 17 h 30 pour visionner le quiz Connivences où Marsi et moi sommes des concurrents. Sur ce, quelle meilleure manière de fêter que de poursuivre ma randonnée au Salon du livre de Québec :

Louange à un auteur de premier roman
Je serrais « La romance des ogres » entre mes mains, me retenant de ne pas aller me nicher dans un petit coin pour lire les dernières trente pages. Comme je le relatais dans mon précédent billet, une directrice littéraire de Québec-Amérique m’a conduit devant l’auteur, Stéphane Choquette. J’arrivais comme un cheveu sur la soupe, interrompant son importante tâche de signer une pile de romans. Un petit attroupement, j’ai cru comprendre que c’était des proches de l’auteur, l’entourait. Avec l’intimidante sensation de passer devant tous et de me faire regarder par tous, je commençais « à tenter » d’exprimer ce que je pensais de ce premier roman. Debout devant moi, il me regarde, m’écoute, ne dit mot. Je continue, bafouille, je sens le regard de Marc à mes côtés, j’essaie de me reprendre, j’en mets plus, j’en mets beaucoup, j’en mets trop. L’auteur m’écoute toujours, attentivement, intensément, mais prononce peu de mots, sinon pas du tout. C’est en lisant sa dédicace que j’ai compris qu’il avait compris et que j’ai aussi compris qu’il était encore plus impressionné que moi.

Agenouillé devant des Bédéistes
Au Salon du livre de Québec, les auteurs de bande dessinée s’agglomèrent dans le même quartier. C’est un quartier populeux de fanatiques et de curieux, mais surtout des fanas. Peu d’allées, donc de la congestion possible, avec espace réduit pour se garer. Malgré certains bouchons – ou bulles – la circulation est fluide et patiente, chaque fanatique respectant l’autre, reconnu comme son reflet dans un miroir. J’ai traversé, me suis arrêtée, pour obtenir une dédicace de François Lapierre (il dessine sur la photo) pour Chroniques Sauvages, dans ce monde patient où règne une effervescence concentrée. N’allons pas jusqu’à parler de religion, mais quand même, fait cocasse, pour se mettre à la hauteur de la dédicace (dessin de parfois 15 minutes !) et la figure de l’auteur, ils s’agenouillent (photo : Marsi agenouillé)
J’ai 8 ans et j’aime Paul
Gageons que cette demoiselle de 8 ans sera parmi cette file dans quelques années. Elle assistait à la rencontre à midi d’auteurs – Michel Rabagliati et Pascal Girard ! – pour entendre, et surtout voir le père des Paul. Son père a passé la remarque qu’elle lisait et aimait les Paul. Elle y trouve son compte, c’est tout de même remarquable. J’ai demandé la permission de la prendre en photo (revêtue d’un chandail rose).

Gagner ses dédicaces
Dans le quartier de la bande dessinée, j’étais accompagnée de mon grand ami, Pierre-Greg Luneau, explorateur BD de la Lucarne à Luneau (photo ci-contre, T-Shirt orange - Jacques Lamontagne au dessin). Je tenais à parler de mon ami, absolument. Comme c’est un compilateur et professeur, je lui ai posé cette question : « Veux-tu s'il te plait me faire un topo de tes chiffres du Salon ? ». Voici sa réponse, que je vous transmets intégralement :
• 21 heures de pied de grue (c'est dur pour les jambes)
• 22 dédicaces (6½ albums européens, 15 ½ albums québécois... la demie, c'est pour Tristan Roulot, un Français qui a des albums édités en Europe... mais qui habite ici)
• 24 bédéistes rencontrés (7 ½ Européens, 16½ Québécois... toujours la même demie!) dont
• 9 ou 10 à qui mon nom ou celui de la Lucarne à Luneau disait sérieusement quelque chose... plus
• 3 ou 4 autres qui s'y sont montrés intéressés!
• une vingtaine de fans finis, que je risque de croiser souvent dans les prochaines années, dont 1 ou 2 avec qui j'ai bien socialisé et avec qui je souhaite garder contact.
• Que 6 achats (j'ai été très sage)... mais plus de vingt-cinq albums, déjà en ma possession, que j'ai traînés pour fin de dédicace (c'est dur pour le dos!!)
• 3 Cafés-rencontres et 3 Tables rondes auxquels j'ai assisté partiellement, souvent en même temps que je faisais une file d'attente.

À ces chiffres si révélateurs, je rajouterai qu’un certain bédéiste de renom Guarnido faisait tirer 15 dédicaces parmi les premiers arrivés au Salon et qu’ensuite, si temps et circonstances le permettaient, en tirait quelques autres parmi la file aux heures planifiées. Pierre-Greg Luneau et Arsenul furent des heureux élus.

mardi 17 avril 2012

Tournée du Salon du livre à Québec - partie 1

Une présence de 6 h 15 débordante de rencontres imprévues et d’émotions, tellement que je dois la relater en deux parties. Le samedi à midi Marsi se demandait à son arrivée; comment occuper toute une journée dans un Salon du livre avec un petit budget ? De mon côté, ma pile à lire est si haute, que j’allais y chercher des gens plus que des livres, j’ai donc été servie à souhait ! J’irai en désordre (au diable la chronologie !) et en condensant le plus possible !

J’ai été émue de découvrir Jocelyne Saucier, seule à sa table ronde, toute petite, toute simple, ses romans en éventail devant elle. Je lui ai dit combien j’avais aimé Il pleuvait des oiseaux, (j’ai appris plus tard que le Prix des Collégiens lui a été remis au Salon) et au détour de la conversation, elle a su que je venais d’Eastman. Je pensais qu'elle me parlerait des Correspondances d'Eastman mais non, elle m’a alors appris que son roman avait été choisi pour l’activité « Un livre, un village » : 75 copies circuleront dans mon village. Je n’en revenais pas de l’apprendre de sa bouche, et qui plus est au Salon de Québec, au lieu de l’apprendre dans mon village !! C'était pour le moins cocasse.

J’ai rencontré les auteures Audrey Parily et Sylvie Gaydos. En fait, je venais rencontrer l’auteure d’Impasse. Depuis le temps qu’on se le promettait ! Ça fait environ deux ans que je suis une fidèle lectrice de son blogue. Notre affinité est à fleur de mots, je fus nullement surprise de tout de suite aimer celle qui a tout d’abord été Karuna. Je venais de terminer Impasse, Sylvie ne savait pas encore ce que j’en avais pensé, mais tel ne fut pas le sujet de conversation mais plutôt l’amitié, le monde de l’au-delà, le prochain roman, et tout simplement la vie !

Mon mari, Marsi s’est dirigé vers C'était au temps des mammouths laineux , il désirait un exemplaire pour un ami et un autre pour lui. Un hasard, l’auteur, Serge Bouchard était justement présent. J’ai fait mon chien de poche, j’ai suivi Marsi, ne voulant rien manquer de cette rencontre qui a renforci mon impression que côtoyer Serge Bouchard est un privilège. Cet homme est directement lui, ne passe pas par divers miroirs ou masques. En plus, je le soupçonne d'être doté d’une bonne dose d’intuition puisqu’il a écrit des dédicaces si appropriées que nous sommes retournés pour le lui faire remarquer et l’en remercier.

Jean-François Beauchemin, un de mes auteurs favoris. En fait, il serait plus juste de dire parmi les êtres humains que je privilégie, qui s'adonne à être un auteur que je lis assidûment. Il est si près de ses écrits, aimer ses textes, c’est l’aimer, pas plus compliqué que ça. Il était sur le point de quitter après une séance de dédicaces. Nous avons bavardé et quand je dis « nous », j’étais heureuse que Marsi y soit. Monsieur Beauchemin s’est d’ailleurs procuré Miam miam fléau au kiosque La Pastèque tout à côté, et Marsi, l'auteur, lui a dessiné un gigantesque Borbo. Précieuse rencontre. J’ai en possession Le hasard et la volonté, son petit-dernier que j’ai très hâte de lire.

Plusieurs rencontres, plus rapides mais intenses, de directrices littéraires ou d’éditrices : Geneviève Thibault – Édition La mèche. On a parlé particulièrement de « Quand j’en aurai fini avec toi », premier roman de Jean-Philippe Bernié. Je l’ai terminé, mon commentaire sortira simultanément ici et à La Recrue du mois.

Quant à être dans les premiers romans et les directrices littéraires, j’en ai rencontré une de Québec Amérique, dont je tairais le nom .... puisque je ne l’ai pas retenu ! Par contre, elle a eu la bonne idée de m'amener jusqu'à Stéphane Choquette, dont je parlerai à partie 2. C’est, à mon avis, l'anecdote la plus amusante de mon expérience "Salon".

dimanche 15 avril 2012

Impasse - Sylvie Gaydos

Ce premier roman de Sylvie Gaydos pousse l'exploration des liens familiaux au-delà de la mort.

Philippe est tout sauf une entité libre. Décédé sur le coup d’un accident, il continuera à veiller sur sa filleule, Sarah, à laquelle il est attaché, pour ne pas dire ligoté. Cette histoire nous amène à réaliser que, dans le domaine de l’attachement, les règles de l’invisible diffèrent peu de celles du visible. L’âme continuerait de disposer de son libre arbitre au-delà de la vie terrestre, et qui dit liberté, dit aussi possibilité de se mettre dans le trouble. Et cela malgré la présence d’anges gardiens qui dispensent des conseils ! La question se pose : se mettre dans le trouble par entêtement ou par générosité ? Il faut lire pour tirer ses propres conclusions.

Mais revenons sur terre, puisque Sarah, elle, a une vie à y vivre. Éduquée par une mère froide et autoritaire, elle n’a pas le choix d’être une enfant modèle. Le père effacé, la grand-mère faisant corps avec sa fille, c’est le monde matriarcal qui prévaut, assez que je me suis cru dans les années cinquante ! La mère est dure avec Sarah mais le destin l’est encore plus. Les malheurs surgissent de toutes parts, ou sont évités de justesse. J’ai fini par trouver que ça faisait beaucoup pour une seule personne.

J’imagine que l’auteure avait « besoin » de ces drames intenses à répétition pour mettre en scène la bienveillance extra-terrestre du parrain. Pour ma part, à chaque fois qu’une histoire se charge d’éléments excessifs et peu nuancés, j’ai tendance à décrocher. Je suis une lectrice qui se plait dans la subtilité. Par exemple, les émotions à ce point cadenassées de la mère m’ont gardée un certain temps en marge. J’ai refusé de croire à cet effluve de Cendrillon de notre époque moderne. Mais, heureusement, les personnages évoluent et plus ils évoluaient, plus ils se nuançaient et plus j’y croyais. Les personnages principaux sont intéressants, l’histoire est bonne et a une originalité certaine, mais, à mon avis, elle gagnerait à être concentrée pour plus d’efficacité.

Quiconque est ouvert à tous les possibles a toutes les chances d’apprécier l’histoire de Sarah. Ce roman va loin dans ce qui nous lie les uns aux autres : cela demeure sa plus grande force.

Personnellement, l'histoire m'a convaincue parce qu'elle résonnait en moi pour ma croyance à une vie qui se prolonge dans l'au-delà.

jeudi 12 avril 2012

VRAC en stock

Qui est-ce ?
Je me revois jeune, je revois le grand ciel bleu au-delà des réservoirs d’essence de la Shell, je me souviens de mon amour des orages et du vent, de mon amour des chiens, de la vie et de l’hiver. Et nous pensions alors que nos mains étaient faites pour prendre, que nos jambes étaient faites pour courir, que nos bouches étaient faites pour parler.
C’était au temps des mammouths laineux
Pour les inconditionnels de ce grand philosophe conteur : Serge Bouchard. Venez entendre sa manière inimitable, sur le ton de la confidence. Il jettera un regard sensible et nostalgique sur son enfance, son métier d’anthropologue, sa fascination pour les cultures autochtones, pour celle des truckers, son amour de l’écriture.
Où ?
À la Librairie Monet - 2752, de Salaberry - Galeries Normandie - Jeudi 19 avril à 19h.
Réservations : annepascale@librairiemonet.com ou 514-337-4083

Librairie et bibliothèque les plus engagés
Pour l'initiative qui revient à tous les ans : Lecture en cadeau
Librairie Le Fureteur a versé plus de 1 000 $ à La lecture en cadeau grâce à la générosité de sa clientèle, mais aussi grâce au dynamisme et à l'ingéniosité de son équipe. En effet, pendant les Fêtes de l'an passé, les clients utilisant le service d'emballage cadeau de la librairie étaient invités à faire un don au profit de La lecture en cadeau. Cette belle initiative a permis de doubler les fonds amassés par rapport à l'an dernier.
Bibliothèque de Charlesbourg : Avec 234 livres amassés, cette bibliothèque de Québec, se classe pour une deuxième année consécutive en première place du palmarès des bibliothèques québécoises participantes à La lecture en cadeau! Et dire que la première année, seuls quatre livres avaient été recueillis!

Maison d’édition l’Hameçon
Dans le milieu cinématographique et théâtral, on parle de rôles anticastings. Un comédien qui a le physique de l’emploi de policier sera souvent appelé pour des rôles de détectives, de juges, de gardiens de prison.... Ça a tendance à user la créativité de toujours endosser les mêmes genres.

Eh bien, il en serait de même pour les romanciers. Pouvez-vous imaginer India Desjardins écrire à la manière noire « Massacre à l’exacto » ? Ou Patrick Senecal se lancer dans la chick lit pour les 11 à 15 ans avec Cupcake à la vanille ?

Ça brasserait les neurones ! La nouvelle maison d’édition L’Hameçon a eu ce courage, chaudement applaudi par Jean Fugère :
Enfin de l'audace, de la folie, de l'invention dans l'édition québécoise ! Enfin une nouvelle maison qui témoigne de notre identité débridée et de l'imaginaire décoiffant de nos auteurs !
J’ai seulement été déçu en lisant ceci .... mais, j’ai tout de même ri de bon coeur !

Plus sérieusement
Le Québec : territoire incertain des éditions Septentrion vient de se démarquer en remportant le 1er Prix de la Présidence de l'Assemblée nationale 2012. Comme le livre aborde des sujets chauds tels le Plan Nord, le développement de l'hydro-électrique au Labrador et les ressources pétrolières dans le golfe du Saint-Laurent, il est encore d'actualité.

Chronique au je
Je serai au Salon du livre de Québec samedi, déambulant dans les allées. Nous croyons que Marsi aurait le temps de terminer son Colis 22 mais, nenni. Faut dire que nous courrons après les subventions. Aujourd’hui par exemple, nous avons participé à l’émission Connivences. L'émission recommence début mai, je vous ferai savoir quel jour elle passera, promis. Présentement, je suis sous serment et ne peux dévoiler si nous avons gagné !

Connivences
Pendant que je me faisais maquiller, j'avais avec moi le roman «La chambre des ogres » . J'en ai parlé, un peu en bafouillant, mon idée n’étant pas encore très claire, et malgré tout, j’ai réussi à le "vendre". Cette dame, dont je ne sais même pas le nom a méticuleusement pris en note le nom de l’auteur Stéphane Choquette. Faut dire que ma crédibilité a grandi à ses yeux quand je lui ai révélé qu’un de mes auteurs préférés était Jean-François Beauchemin, elle qui avait lu tous ses livres dont son dernier Le hasard et la volonté. De la « vraie » littérature, déclare-t-elle, pas du téléroman.

@Voir Chez Venise
Dans mon dernier billet, Moisson mensuelle, j'ai abordé la question des services de presse que je reçois régulièrement. Cliquez, cliquez ... c’est mon salaire ! Je vais bientôt recevoir un chèque de 30.04 $ pour 6007 pages vues !

jeudi 5 avril 2012

Guyana - Élise Turcotte

Je tiens ce bon souvenir de lecture entre mes mains : Guyana. Ça fait déjà plus d’un mois que je l’ai terminé. La mémoire d’une histoire ou non, ce que j’appelle son empreinte, sert de test ; est-ce que les mots lus résonneront en moi au-delà du temps qui s’écoule ?

C’est oui pour Guyana. Avec le temps, je pense avoir compris pourquoi. Cette histoire n’est pas racontée à l’horizontal mais à la vertical. L’horizon se forme de lignes faites de mots filant d’un point A se rendant au point Z. Le vertical creuse de haut en bas, les âmes, les cœurs, les causes. Autant la cause des gestes posés que celle des pensées émises et des réactions surprises.

Voilà ce qui arrive à Ana, une réaction surprise, une réaction qui ne s’explique pas. Pas tout de suite en tout cas. Sa « petite coiffeuse », comme elle l’appelle affectueusement est trouvée morte. Pourquoi ? Le pourquoi se pose doublement : pourquoi est-elle morte et pourquoi cette mort d’une presque étrangère l’interpelle autant ? Pourquoi ne pas passer outre, pourquoi vouloir autant comprendre, pourquoi mener une enquête ? Peut-être pas une enquête en règle, mais en intensité oui, aux côtés d’un inspecteur aux allures, à ses heures, de père bienveillant.

Il y a Philippe aussi, son fils qui a perdu son père depuis peu. Que voilà donc un couple étrange que cette mère et ce fils tous deux en deuil. En deuil sévère, si j’en juge par leur relation vécue en huis clos. J’ai étouffé devant leur douleur drapée de la mante d’un respect enveloppant leurs silences, leurs mots dits ou sous-entendus. J’avais le choix entre trouver l’enfant beaucoup trop « adulte » pour son âge, ou la mère trop respectueuse d’un fils en si bas âge (10 ans, je crois). Un fils presque étrange à force d’être perspicace. Je l’ai souvent trouvé trop perspicace, assez pour me dire qu’un adulte se cache sous cette apparence d’enfance. Il en devenait, en surface seulement, le père de sa mère, mais Ana restait maternellement la couveuse. Les vérités affleurent continuellement les consciences dans ce roman aux multiples facettes où une ambiance ésotérique plane.

Quand on parle de la mort, il arrive que l’on doive chuchoter, surtout si des circonstances graves se trament sous des événements faussement anodins. Il en est ainsi du style d’Élise Turcotte. Ses mots survolent mais ne contournent rien, observant les faits bien en face, s’habillant de teintes poétiques. Elle fait la démonstration que les histoires de mort se racontent aussi bien que des histoires de vie.

Si j’avais un jour à me faire raconter ma mort, je choisirai Élise Turcotte pour le faire.

mardi 3 avril 2012

VraCarré rouge

Écoutez ces écrivains s'exprimant en 120 caractères



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Où l'on meurt de plaisir!

Un nouveau festival à l'honneur dans ma région, dont le logo est tellement joli et la statuette du Prix TENEBRIS tellement originale ! Cette première édition de ce qui se veut un festival international de littérature policière, Les Printemps meurtriers de Knowlton, aura lieu du 18 au 20 mai 2012. Par le nom de l'événement, on devine mais pas nécessairement grâce à qui ...
C'est, investie de trois missions, que j'ai créé Les Printemps meurtriers de Knowlton. La première était une mission professionnelle: celle de créer une plateforme internationale, où auteurs de la francophonie et auteurs de langue étrangère traduits en français seraient assis à une même table. Ma seconde mission était une mission économique et touristique pour ma région d'adoption et, finalement, la troisième était de devenir, à mon tour, «pusher» de littérature. Car après les gestes d'écrire et de lire, il n'y a rien qui m'anime davantage que le geste de donner... le goût de lire. - - - Johanne Seymours

3 jours de festivités autour de la littérature policière
12 auteurs- dont les invités d'honneur Chrystine Brouillet (Québec), R. J. Ellory (Angleterre), et Martin Winckler (France/Québec).

Une 20taine d’activités : causeries littéraires, quiz, course aux indices, enquête en direct, classes de maîtres, projections de films issus de la littérature policière et un... Killer Martini !

De finaliste à gagnant

• La nuit des morts-vivants, François Blais, L’instant même
Parapluies, Christine Eddie, Éditions Alto
Les Cœurs tigrés, Yves Morin, Éditions du Septentrion (Collection Hamac classique)

De ces 3 titres le Prix de création littéraire de la Ville de Québec, doté d’une bourse de 5 000 $ a été décerné à Les cœurs tigrés, un de mes coups de cœur 2011 (4e sur 10). De l’avis du jury, Les cœurs tigrés est une réussite tant sur le plan du style que de la trame et des ressorts dramatiques, en plus de s’avérer d’une grande richesse sur le plan de la documentation et de la recherche. Un livre d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un premier roman – mais un roman vraisemblablement longuement mûri et qui a bénéficié du point de vue privilégié de son auteur sur un épisode marquant de l’histoire de la ville de Québec. »

Toujours plus haut

Qui ne rêverait pas de monter plusieurs fois par jour sur une pyramide de livres ! J'adore ce genre d'idées mêlant l'utile à la beauté.

samedi 31 mars 2012

Un village, Eastman

Je l’habite depuis 6 ans et demi. Je suis partie de la ville de Montréal, j'ai monté un petit mont en face d’un autre, majestueux, nommé "Mont Orford". Il me regarde ou je le regarde, c’est selon l’angle de la maison ou de la saison.

Le village d'Eastman, qui compte environ 1700 habitants a une pharmacie quand habituellement, un village se mérite sa pharmacie quand il en a 5,000, une épicerie qui s’est agrandie, une quincaillerie qui vend trop cher, quelques restos de trop, puisqu’ils ferment leurs portes en basse saison pour parfois de ne plus les rouvrir. Certains durent et perdurent, et je nommerai ici un Café de village, Les Trois Grâces auquel je suis fidèle depuis qu'il est né. Un autre, Le Petit Eastman est un café théâtre, tandis que le réputé théâtre La Marjolaine a son café et son Piano Rouge en haute saison. Impossible de mentionner le mot Eastman sans parler de ses fameuses Correspondances qui m’ont attirée ici, entre autres attraits, et qui en sont à leur 10e édition en août. Ne les manquez pas, ça vaut le détour !

Eastman, c’est aussi 3 lacs, dont un d’Argent, celui que je vois par mes fenêtres, le même qui a enseveli les corps de 43 personnes handicapées quand un autobus a plongé en ses eaux. On y pense encore, même si ça date de 1978, quand on fait notre marche pour atteindre les boites de casiers postaux où je trouve souvent – avec surprise et plaisir - des livres.

À Eastman, les activités ne manquent pas, et il en faut car ce petit village abrite deux Pâtisseries. Une beignerie, appelée Dora, en l’honneur de celle qui a eu l’idée de vendre ses beignes « maison » à partir de sa maison. Au-dessus de la porte d’entrée, on se laisse convaincre par l'adage « L’abus n’exclut pas l’usage ». Il s’y vend maintenant à peu près tout ce qui se mange : de la fève au lard au creton, de la tourtière à la lasagne, les confitures, et hop plein de gâteaux et de pâtisseries. Aux Avelines, la pâtisserie se fait plus Européenne, le produit vient de plus loin que chez la voisine. Les deux, avec leurs spécialités sont aussi bonnes une que l’autre. Pensez-y, dans un petit village : DEUX commerces pour les gloutons !

On dénombre bien sûr à Eastman plusieurs gîtes, jolis, tranquilles, accueillants et pas dispendieux mais, à mon avis, « Entre Cimes et Racines » cet écogîte en forêt se distingue entre tous. On ne vous y offre pas qu’un toit mais un domaine où le retour dans le passé se fait le plus naturellement du monde. Vous expérimenterez ce que vos ancêtres prenaient pour la vie, sans la traiter de pure ou de dure. J'ai visité ce domaine pendant les Correspondances d’Eastman mais je me promets d’habiter une de ses maisonnettes, idéalement la Troglo, pour Hobbit seulement ;-). Attention, celle-ci fait fureur, il faut réserver quelques mois à l’avance !

Quelques magasins d’antiquité vous font de l’œil et à tous les mois d’octobre, depuis vingt ans, une exposition d’antiquités attire juste ce qu’il faut de monde pour que Eastman fasse la belle. Revient à chaque année pendant le temps des fêtes le Salon du cadeau, Les Fioritures en offre à l'année et Le plus fou des deux fait dans le meuble sur mesure. En parlant du sur mesure, Letiga habille élégamment l'homme sous ses pantalons. Vous ne perdez pas de vue que nous sommes toujours dans le même village de 1700 personnes ? D'accord, on continue.

Eastman s'est nanti dernièrement d'un terrain de tennis l’été, d'une patinoire l’hiver. Après le sport, c'est le SPA. Vous n'avez pas oublié le réputé SPA Eastman dont le nom projette dans un bien-être instantané ? Comme si ce n’était pas assez, nous avons une cabane à sucre et son activité saisonnière Arbres Aventures. C’est vrai, j'oubliais qu'une charmante boutique de produits naturels en vrac « Au poids Vert » vous offre de prendre soin de votre santé.

Même si c'est déjà beaucoup pour une si petite population se rajoute une entreprise, et non la moindre, la dynamique savonnerie artisanale, la Savonnerie des Diligences. Un couple d’entrepreneurs a compris que pour attirer la clientèle, il faut innover, prendre des risques, imaginer et surtout donner un produit de qualité irréprochable. Leur dernière idée est de baptiser chaque savon par un personnage qui se raconte. À chaque savon, son personnage (dessiné par Éric Chouteau), à chaque personnage, sa légende. Je ne connaissais pas ce couple en arrivant ici, ils sont devenus des amis. Comment ne pas s’accoquiner avec des gens qui encouragent les artistes ? Marsi, bédéiste qui s’adonne aussi à être mon mari a dessiné une série d’étiquettes exclusives pour des savons à l’odeur de chacun des personnages de son album BD Miam miam fléau.

Je ne vous dirai pas qu’il y a un bureau de poste (ouvert le samedi et le dimanche pendant les Correspondances !), une église, un Club de l’âge d’Or, une maison des jeunes, mais je vous dirai que nous bénéficions d’une bibliothèque grâce au bénévolat de quelques personnes dévouées. Parce qu’il y a un club de lecture à Eastman, village des lettres oblige !

J’ai aimé les six années et demi que j’y ai vécues et je compte y revenir souvent en tant que visiteuse. Vous aussi, je l’espère !

mardi 20 mars 2012

Paul au Parc - Michel Rabagliati

J’aurais tant à dire ces temps-ci, que je ne sais plus où donner mon coup de pelle pour casser la glace de ce Passe-Mot qui se tait. Tous ces textes qui se n’écrivent pas faute de temps se murent en moi. Aujourd’hui, en ce printemps de calendrier qui se fait été en réalité, la glace a fondu et je me suis dit, commençons par un Paul au parc. Justement parce que cet album dégage une odeur de liberté estivale ressentie par les écoliers durant la saison chaude.

Le petit Paul a environ une dizaine d’années. C’est un gamin pas très fonceur, de nature obéissante, il entend ses désirs en sourdine. Il n’est pas certain de désirer se joindre aux scouts alors, prudemment, il ira les épier. Il se fera surprendre en flagrant délit d’espionnage par un des animateurs et il décidera d’embarquer dans la galère.

L’album nous renvoie des anecdotes de cette vie chez les scouts, animateurs et scouts confondus. Je connaissais vaguement la vie des scouts, maintenant je saurais de quoi il en retourne avec cet album qui nous la relate sous forme de chroniques amusantes et bien racontées. Ma lecture m’a fait vivre un retour aux anciennes valeurs d’entraide, de dévouement, de bénévolat. Certainement que l’on réalise qu’à cette époque des années 70, le temps tournait à une autre vitesse. Rabagliati décrit toujours aussi bien la vie de famille et cette fois la proximité avec la parenté crée des situations cocasses. C’est l’œil adulte qui regarde le tableau, pas celui de l’enfant qui, lui, ne trouve que des avantages à être entouré de près par sa tante, son oncle et sa grand-mère.

J’ai retiré un plaisir tranquille à suivre ces chroniques et son fil conducteur. J’ai d’ailleurs eu le temps de me passer la remarque qu’on n’y retrouvait pas l’intensité dramatique d’un Paul à Québec.

C’est sous-estimé le sens inné de l’histoire de Michel Rabagliati que penser qu’il n’y a pas de lien qui attache solidement ces tranches de vie. Alors, un conseil, attachez vos tuques, la fin secoue et donne tout son sens à l’album.

vendredi 16 mars 2012

Désirs vertiges et autres folies - Elisabeth Locas

« C’est de la chick lit », a affirmé Elisabeth Locas lors d’une entrevue accordée à RDI. C’est de bon augure quand une auteure assume le genre dans lequel elle écrit. Elle a tout à fait raison de le dire, on y retrouve la facture chick lit.

La jeune femme que l’on suit dans chacun de ses déplacements de reporter est une héroïne comme il s’en fait dans le genre. Elle a une capacité herculéenne, mais ne le réalise pas. Elle peut travailler jusqu’à 18 heures par jour pour percer dans le milieu journalistique, sans que son statut de jolie femme blonde y soit pour quelque chose. Autant il existe le profil de la femme qui aime trop, celui de celle qui travaille trop prend sa source d’une confiance en soi déficiente. Comme dans l’amour, ça pousse une personne à se rendre indispensable. Évidemment dans ce cas-ci, ses patrons masculins en abuseront sans vergogne et, chick lit oblige, tous les hommes seront pendus à son charme et à sa beauté, alors qu’elle ne se trouve même pas jolie. Au fait, elle ne réalise pas grand chose, ce qui devient le principal levier soulevant les nombreux rebondissements de l’histoire.

Nous accompagnons donc Maxime, 27 ans, tout au long de son apprentissage vers l’intériorisation. Un paradoxe bien pensé que cette reporter qui, de par son métier, est toujours sur le qui-vive des événements extérieurs, passant à côté de sa vie intérieure. Elle se fuit. Aussitôt qu’elle ne travaille pas, elle remplit le temps. C’est le party, les rencontres avec ses amies, les bouffes avec un ami de toujours, ses visites réconfort chez une vieille dame. Sans oublier, ses parties de sexe, très captivantes d’ailleurs.

Même si, au départ, j’ai dû m’acclimater à l’étouffement procuré par ce face-à-face avec un être égocentrique, j’ai apprécié ma lecture et ce, pour plusieurs raisons. Pour les révélations sur la vie d’un reporter au journal télévisé. Pour les captivantes scènes de sexualité décrites sans mièvrerie ni vulgarité. Pour les clins d’œil à la littérature. Pour les valeurs qui percent à travers une histoire convenue qui peuvent pousser à une réflexion sur l’apparence et le sens de la vie. Mais je donne la palme au style rythmé, maîtrisé. On dirait que l’auteure a écrit des romans toute sa vie. J’y ai trouvé une habileté indéniable à découper les scènes par séquences. L’histoire est ordonnée et fourmille d’un visuel détaillé.

Fait notable, j’ai apprécié ma lecture jusqu’au bout, tout en sachant ce qui allait arriver. Ce qui me fait dire une fois de plus, qu’en littérature, les moyens utilisés comptent autant, sinon plus, que la fin.

mercredi 7 mars 2012

Textes de Venise

Oh, que j'ai pris du retard pour respecter mes promesses de publication ! Je manque de temps et pense qu’il serait à propos que je vous informe que le vent du changement souffle en la demeure. Notre maison est sur le point de se vendre. Nous quittons Eastman pour déménager à Québec ou Lévis, et pour plusieurs raisons. L’amour de la ville, ses commodités, et l’amour de cette ville, sa beauté. La proximité pour occuper un travail régulier, à temps partiel pour moi. Étant trop nerveuse pour conduire une auto, ce n'est pas très pratique de dépendre autant de mon chevalier servant ! Qui plus est, un rapprochement de la Gaspésie pour Marc, de mes garçons, pour moi. Une maison et un terrain plus modestes, réclamant moins d’argent et de temps seront de rigueur, on connait mieux nos besoins et nos capacités maintenant ! Voilà, c’est dit. Ça explique le rythme différent de publications au Passe-Mot. Je me demande d'ailleurs s’il n’en sera pas ainsi pour un certain temps encore. Tout n’est pas réglé, la future maison n’est pas trouvée ...

Mais revenons à nos brebis. Après le texte de Marc, je vous avais annoncé les miens. Le premier est adressé à Plus on est fous, plus on lit, pour répondre à leur question « Pourquoi me choisir en tant que membre du jury pour Le Combat des livre ? » Et l’autre, eh bien, c’est une recette, mais attention, pas n’importe quelle ! Elle vient de la mère de Monsieur B et j'y ai rajouté mon grain de sucre sur un site qui donne le goût par les mots : Synesthésie.

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Et voici ce que j'appellerai mon plaidoyer candide pour faire partie du jury :

"Je suis et aime Le combat des livres depuis ses débuts. Je crois à cette formule qui attire l’attention sur l’œuvre et l’écrivain d’une manière originale et dynamique. Elle va dans le même sens que la mission que je me suis donnée voici cinq ans au Passe-Mot de Venise, un carnet de littérature principalement québécoise.

Cette mission s’est imposée le jour où j’ai réalisé que l’on se souciait de plus en plus d’acheter localement, sans se soucier de lire de plus en plus localement. De se découvrir à travers nos auteurs Québécois ou Canadiens, avant de désirer qu’ils soient découverts universellement m’apparaissait également dans l’ordre des choses. Et, finalement, mon admiration pour la ferveur de l’écrivain, volant à sa vie chargée, du temps pour écrire une œuvre qui, si chanceux, se vendra à cinq cents exemplaires, a donné des ailes à ma plume.

On dit de moi que je suis une personne remarquable pour son ouverture sur l’autre. J’aime la communication, les ponts jetés entre l’autre et soi. Je me penche sur chaque roman comme si c’était un être humain qui me confiait les tréfonds de son âme. J’ai découvert au fil de ma vie que, plus on prend conscience de sa subjectivité, plus on peut tendre et prétendre à l’objectivité. En ce sens-là, il me tarde d’entendre ce que chacun des panélistes aura à dire, clamer, crier (!) sur les œuvres qu’ils défendront.

J’ai couramment participé à des expériences collectives, orales ou écrites, ce que je poursuis en rédigeant à La Recrue du mois, un webzine mirant les premières œuvres littéraires québécoises. Nous sommes plus d'une douzaine de rédacteurs-trices et nos commentaires de lecture sont si différents, qu'ils me démontrent combien une opinion a sa vérité. Cette expérience serait fort utile pour une prise de position à cinq têtes sans s’arracher les cheveux !

Je choisis, lis, commente, promeus la littérature québécoise dans le but qu’elle fasse partie intégrante de nos vies. J’y consacre beaucoup de temps et d’énergie et cette expérience de jury, je la prendrais comme une récompense « boomerang ». J’espère que vous réaliserez que vous avez devant vous une personne mûre pour être membre de votre jury, avec le temps, l’énergie et la motivation pour le faire !"

jeudi 1 mars 2012

Textes de Marc & Venise – partie 1

Marc et moi tentons parfois notre chance en participant à des concours. Ce fut le cas dernièrement pour le concours membre du jury – Combat des livres, j’en ai parlé dans mon dernier vrac. Je devais participer au concours de l’émission « Apparences trompeuses », avec ses super beaux prix, et je ne l’ai finalement pas fait. Marc, oui. Nous avons su hier qu’il n’a pas été sélectionné.

Une histoire demande toujours à être lue, alors pourquoi ne pas le mettre en ligne au Passe-Mot, me suis-je dit. En plus, ça me donne l’occasion de vous dire qu'ils ont besoin de vous. Chacun des cinq finalistes ont gagné 500 $ en certificats-cadeaux Renaud-Bray et le grand gagnant parmi les textes finalistes empochera 3,000 $. Et comment vont-ils déterminer la meilleure histoire ? Par vos votes, messieurs dames ! Il y a donc 5 textes de 450 à 600 mots à lire sur le site de Radio-Canada. J'en ai parlé Chez Venise, les participants étaient invités à raconter une histoire de famille, réelle ou fictive. L'originalité du récit, la richesse de la narration et la qualité du français étaient les critères qui guidaient le jury dans leurs choix.

Alors, sans plus tarder, voici le texte de Marc Simard :

Les mangeoires

Un visage flottait sur l’eau et c’était celui de Claire. C’était celui de l’enfant qu’elle avait été, c’était celui de tous ceux qu’elle avait perdus. Les cieux étaient noirs, les étoiles aussi. Son gros ventre plein ressortait à la surface de l’eau comme une île blanche. La nage sur le dos serait bénéfique, lui avait assuré une dame. Les oreilles calées, les yeux ouverts sur le ciel, elle regarda Saturne au loin et se souvint de sa journée.

Elle avait nourri les oiseaux. Deux mangeoires, une pour les passereaux, une autre pour les corneilles et les geais. Elle adorait nourrir ces êtres, participer à leur envolée et à leur atterrissage. Chaque matin, elle remplissait de graines et de gras les petits réservoirs et observait le passage affairé de ses hôtes. Puis, ce matin, elle commença sa journée par de simples mais épuisantes tâches qui allaient l’occuper tout le jour. Des tâches de maison qui l’obligeraient à rester enfermée sans autre temps pour réfléchir. Son mari l’avait à l’œil. Il était marchand. Un bon marchand qui ne savait faire que cela, tenir son dépanneur.

Il aimait Claire. Il l’avait toujours aimée. Cette femme était ce qui lui importait le plus au monde. Elle était un bien précieux qui lui procurait une jouissance rare. Pour cela et aussi parce qu’il la chérissait infiniment, il lui interdisait tant qu’il le pouvait ces élans qu’elle avait parfois de trop vouloir se lier d’amitié. Il la protégeait, se la réservait et allait, sans remords, jusqu’à la tenir à loin du monde. Et lorsque l’un des clients demandait à la voir, il amenait Claire comme l’on apporte un écrin, veillant bien à ce que la conversation qui s’engageait soit brève et anodine. Chacun estimait l’homme et peu faisait de cas de cette possessivité. Au contraire, les gens prenaient en exemple ce couple. Ils voyaient, dans cette passion, la manifestation d’un amour pur.

Depuis que Claire était enceinte, l’attitude du marchand s’était affutée. Plus question de tourmenter sa femme avec ces envies de la saluer ou de lui dire un bon mot. Non, il ferait lui-même les messages. Les gens comprenaient. Lui qui avait tant de fois tenté d’avoir un enfant, voilà que Claire était de nouveau pleine. Une sixième grossesse, s’ils savaient bien compter. D’accord, les autres fois, tout avait été de travers, mais celle-ci était la bonne. L’espoir reprenait ses droits. On verrait le minois de ce petit. Claire se laisserait enfin aller à sourire. Et leur marchand serait le plus heureux des pères.

Le visage de Claire flottait sur l’eau et son ventre se serrait de plus en plus. Elle avait passé la journée à astiquer ce plancher déjà si propre jusqu’à ce que la première douleur naisse. C’est ce que son mari lui avait toujours prescrit. Trente-neuf semaines, l’enfant était à point. Elle regarda Saturne qui scintillait et se souvint de cette mésange qui lui avait picoré le doigt ce matin. Et elle eut cette vision : elle était une mangeoire.

Ce monstre qu’elle aimait et qu’elle avait toujours aimé n’aurait pas à sortir l’enfant de ses entrailles cette fois. Puis il n’aurait pas à le tuer. Claire, qui ne s’aimait pas et ne s’était jamais aimée, n’aurait pas à le préparer, à le cuire et à le servir à son mari. Elle n’aurait plus à le regarder se délecter. L’ogre avait fini son œuvre.

Elle regarda Saturne et se laissa couler.


+ + +
à suivre : textes de Venise - Partie 2. (dans 2 jours !)

mardi 28 février 2012

Vrac bissextille

Combat des livres
Vous vous souvenez que par les années passées, je suivais le combat des livres chez Christiane Charrette. Fallait s’y attendre, gros changement en cette 9e édition, Christiane Charrette n’y étant plus, c’est Plus on est de fous, plus on lit qui prend la relève. Avec ce changement de mains vient une restructuration : 4 livres au lieu de 5 et la présence d’un jury pour arbitrer le combat. Ce jury est composé de lecteurs passionnés, sélectionnés parmi une marée de candidatures, dit-on. J’ai tenté ma chance mais mon nom n’a pas été retenu. Dommage, j’aurais bien aimé.

Vous vous mourrez de savoir quels livres seront défendus et par qui ?
# Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, défendu par Gildor Roy
# La petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie défendu par Yves Lamontagne
# Le sourire de la petite juive de Abla Farhoud, défendu par Nabila Ben Youssef
# La voleuse d'hommes de Margaret Atwood, défendu par Tasha Kheiriddin.

Je me mourrais de savoir qui avait été choisi comme jury :
Sébastien Corriveau ; Fanny Fennec ; Denis Gingras ; Ouanessa Younsi ; Charles Milliard

Début : le 26 mars. On s’en reparle !

BD - par la bande
Vous connaissez peut-être la pièce Le Dragon bleu de Robert Lepage et de Marie Michaud, mais saviez-vous qu’elle a été mise en images par Fred Jourdain et éditée chez Alto ? Heureuse initiative puisqu’elle est en nomination aux Prix Bédélys 2012 dans deux catégories dont une où il est le seul album québécois (Prix Bédélys Monde). Les gagnants seront annoncés le 4 avril 2012 à l’auditorium de la Grande Bibliothèque.

Un tout nouveau festival BD fait son apparition ... à Montréal (FBDM). Surprenant, mais il y en avait pas encore, tandis que celui à Québec : Festival de BD francophone au Québec fête ses 25 années d’existence ! Pour le FBDM, l’initiative revient à un libraire impliqué, passionné et je rajouterai, chaleureux, François Mayeux. Qui l’aime et aime la bande dessinée le suive ! Le Festival, à sa première édition aura lieu les 1er, 2 et 3 juin 2012 à l’Espace La Fontaine, au parc du même nom. Monsieur Mayeux est bien connu de la Planète BD, puisqu’il est en le libraire propriétaire ! Si vous êtes néophyte, vous voulez faire un cadeau, cette librairie déborde de bandes dessinées et vous pouvez compter sur un guide passionné. Les amateurs y accourent, ne serait-ce que pour les ex-libris qui sont remis avec l’achat d'une bande dessinée québécoise ... tant qu’il en reste.

Si la langue française m’était contée
Au hasard, j’ai sorti pour vous un mot de mon super beau dictionnaire « Si la langue française m’était contée ». Par « beau », j’entends épaisses pages glacées garnies d’amusantes illustrations. Et d’une clarté invitante. On y fouille la terre des mots pour y découvrir les racines.
LienChamade
n.f. : Aujourd’hui, c’est toujours le cœur qui bat la chamade. En effet, ce mot n’est plus guère utilisé que dans cette expression. En toscan, ciamata signifiait clamer. Le mot désignait en vocabulaire militaire le roulement de tambour ou la sonnerie de trompette qui annonçait aux assiégeants que l’on était prêt à capituler.

On lit plus : livres et e-book confondus
Les e-books représentent 10% des ventes de livres au Canada anglophone. La vente de livres imprimés est en hausse de 4% : comparaison entre la première semaine de 2012 et la première semaine de 2011.

Du côté des bibliothèques publiques, les e-books représentent 3% de la circulation totale. Les bibliothèques canadiennes enregistrent une hausse de la circulation globale (+9%), et une véritable explosion de la circulation de livres numériques (+50%).

Moi @ Voir
Je me suis encore trempé l’orteil hors de la sphère littéraire. Les décisions de Radio-Canada au secteur Information m’inquiète, je n'ai pas eu d'autres choix que de m'indigner.