lundi 20 octobre 2008

Spleen du lendemain

*** (phot0)
Me voici au coeur du petit spleen inévitable après avoir vécu autant d'intensité. Le corps est gourmand de sensations fortes, le siège émotif aussi. Il me reste aujourd’hui l’intensité du souvenir que je vais partager avec vous.

La mère que j’ai portée en pleine lumière à 11 heures du matin a été accueillie à bras ouverts. J’avais oublié qu’elle ne serait pas seule. J’ai senti l’assistance tendre l’oreille. Je les ai vus même, puisque personne n’était à l’ombre de personne. J’en ai été nourrie et la mère que j’incarnais sur scène s’est mise à grandir sous mes yeux. Tout le monde sait qu’être aimé fait grandir.

C’était une tannante de mère pourtant. Est-ce un vieux modèle de mère (j’ai reçu des commentaires disant que ça existe quasiment plus des mères comme ça … à voir !), elle vivait complètement à travers sa fille. Elle avait besoin de cette osmose. À l’hôpital, devant sa fille dans le coma, elle le démontre, ensuite l’explique par un retour dans ses souvenirs. On comprend pourquoi l'enfant s’est enfui loin de cette mère qui confond aimer et posséder. Aimer, implique d’avoir quelque chose à offrir, c’est plus exigeant que posséder.

Tout ça pour vous dire que cette mère n’était pas à proprement parler cool et sympa. J’ai recueilli les commentaires après, des confirmations en fait, car je l’avais senti, cette mère a été aimée, malgré ses importantes aberrations affectives.

C’est une victoire pour moi. Ça veut dire beaucoup. Je suis arrivée à montrer sa vulnérabilité à travers sa superficialité. Et c’est ce que je voulais faire et c’est ce qu’on m’a laissé faire. Le plus merveilleux est que la directrice d’acteur, Lilie Bergeron, a eu le cœur et le jugement de me faire confiance. À la dernière répète, elle m’a dit à peu près ceci : "Tu sais ce que nous avons placé dans ta « grosse » scène là, tu peux un peu oublier ça, vas-y, comme tu la sens. Ça va être moins plaqué, j’en suis sûre". C’était les paroles qu’il fallait prononcer avec moi. Le soir même, je m’attelais encore à sonder et nuancer les motivations émotions, contradictions, d’une phrase à l’autre. Ensuite, il faut oublier. La tête doit oublier tout ça pour se souvenir par le coeur seulement. Comme dans la vie finalement quand on relate un moment de notre vécu, intense, on ne pense pas à mettre de l’émotion à chaque mot. Ça se fait tout seul.

Disons-le encore une fois : La confiance est le levier pour soulever toutes les montagnes.
Et c’est ce que je retiens le plus de mon expérience, la confiance que l’on m’a offerte comme un cadeau de bienvenue.

Et le dessert est la reconnaissance. J’en ai eue, j’ai même des noms de contact pour faire savoir que j’existe au milieu théâtral sherbrookois. J’ai aussi les larmes de l’auteure, bouleversée par « sa » mère. Elle m’a confié qu’elle aimerait que ce soit moi la mère si la pièce est montée avec tous ses artifices de scène. Mais, à ce chapitre, j’éprouve une déception remplie de consternation : on n’a pas filmé, ni même enregistré cet exercice public. Surprenant pour une pièce qui veut se jouer, s’offrir et disons-le, se vendre. En avoir été l’auteure, j’aurais tablé sur ce puissant outil de promotion.

Était-ce par manque de confiance en elle, en sa pièce ? Isabelle Gosselin est venue nous rencontrer une quinzaine de minutes avant l’entrée et elle était plus nerveuse que les sept comédiens réunis. Elle a même avoué avoir failli manquer de courage pour venir !

Dommage. Je vais quand même essayer de la rejoindre pour lui demander qu’est-ce qu’elle compte faire maintenant. Hier, ce n’était pas le temps, en plus de prendre le pouls du public en général, j’étais avec ma douzaine d’amis en particulier. (Une parenthèse : nous avons mangé chez Auguste et la réputation du chef n’est pas surfaite : Suc-cu-lent !)

Aujourd’hui, pas de différence avec la littérature, même après un livre que l’on a adoré, on attend l’autre qui l’accotera.

*** La photo a été prise juste avant de commencer. On m’avait demandé de porter mes cheveux en chignon et je devais, bien sûr, porter mes lunettes de lecture. Je suis aux côtés de Patrick Quintal, directeur artistique du Double Signe.

6 commentaires:

Beo a dit...

Mais ce que t'es belle!

C'est vrai que quand on se donne à fond, qu'en plus le public est là, tout près en face et que les critiques sont instantannées: c'est merveilleux mais ça laisse un spleen oui!

Je suis tout à fait d'accord avec toi que ça aurait pu être filmé, pour la postérité. De nos jours, on filme tout et rien alors???? Dommage.

Quoique; c'est peut-être un signe que t'auras à reprendre le collier plus vite que tu ne le crois! Je te le souhaite vivement!

Carine a dit...

Dommage effectivement qu'il n'y ait pas le souvenir vidéo.. aussi bien pour vous tous qui avez participé mais aussi pour "vendre" la pièce comme tu le soulignes...

Et pis, j'aurai bien aimé te voir dans la peau de cette mère ...

Bonne chance pour la suite :)

Laurence a dit...

"Aimer, implique d’avoir quelque chose à offrir, c’est plus exigeant que posséder..."

Tes mots me touchent énormément, Venise!!

J'ai hâte de te voir sur scène! Mon petit doigt me dit que ça ne sera pas long avant que l'occasion se présente...

Suzanne a dit...

Je suis bouche bée debant une si belle description de «l'après». Tout comme Laurence, je ressens beaucoup de tes mots. Donc, à très bientôt pour que je puisse te voir et t'entendre sur scène. J'y crois fortement.

Venise a dit...

Merci à toutes (4 femmes !) pour vos bons mots. Je les relis ce matin où je me sens mieux. Hier, j'étais un peu perturbée, c'était la fatigue, je le réalise maintenant qu'elle s'est dissipée.

La fatigue a ça de bon parfois, le billet a été écrit sous le mode émotif. Et les motifs de l'émotif sont vastes ...

Maxime a dit...

Comme j'aurais aimé aller voir ça! Ça m'apprendra à faire une pause blogue pour cause de surcharge de travail!