jeudi 16 octobre 2008

Un personnage de mère

Je vous raconte ce qui m’arrive, peut-être cela vous intéressera-t-il. Je travaille du texte, le décortique, creuse, fouille, faisant voler en éclat sa surface lisse. Et ce n’est pas un roman, voilà l’intérêt de la nouveauté. C’est une pièce de théâtre.

Elle s’est présentée à moi, je ne l’ai pas choisie. Même pas. On m’a appelé de bon matin, et la voix disait au téléphone « on vous a choisi pour votre face » Mais qu’a-t-elle donc ma face qu’une autre comédienne n’aurait pas ? Elle aurait, paraîtrait-il, du maternel à revendre. Je ne sais pas qu’est-ce que mes enfants en penseraient.

J’ai donc obtenu ce rôle emblématique de mère, celle qui représente toutes les mères de la Terre. C’est la pièce qui le veut ainsi, pas moi. Je la jouerai donc sur la place publique, pas plus tard que dimanche. Chez Auguste à Sherbrooke et, oui, pourquoi pas, chez Auguste à Sherbrooke. Les billets sont déjà tous vendus, ce qui donne un signe au Théâtre du Double Signe que les brunchs dominicaux autour d’une lecture de pièce flambant neuve, obtiennent la faveur du citadin. La pièce s’intitule « Le trapèze » et elle coule d’une source fraîche, Isabelle Gosselin, auteure à sa première oeuvre.

J’en viens enfin à ce qui a rejoint la lectrice en moi, et aussi loin que jusqu’à la moelle de son os. Une première œuvre se casse, comme un soulier de cuir verni. Se travaille, se modèle, se module. En ce moment même où je vous parle, sa charpente est tâtée de tous côtés par, bien sûr, Lilie Bergeron, la metteure en scène et aussi par Normand Chouinard. J’ai découvert en ce comédien un archéologue, fouilleur en profondeur des symboles, intentions, motivations, son état d’exaltation en prime. J’avais les yeux grands jusqu’au front de le voir triturer un texte comme une boule de pâte crue et encore molle. J’ai vu les mots se faire palper avec audace et dextérité, sans peur de rester les mains collées sur la pâte. J’en ais tout de suite pris pour mon rhume, même si je n’avais pas le moindre reniflement.

Le lien s’est tout à coup tiré comme un trait surligné : Une pièce de théâtre, c’est ni plus ni moins qu’une histoire toute de dialogue vêtue, et enduite de puissance dramaturgique. Et qu’est-ce que la dramaturgie, cette substance enflammée qui fait parfois cruellement défaut dans certains romans qui parlent pour ne rien dire ? Elle se façonne d’idées diamétralement opposées qui se lancent des défis de duel sanguinaire. De ce sang qui coule parce que la carapace des mots s’est ouverte, et bât, prête à être bu par la bouche du comédien.

En termes plus limpides et légèrement plus prosaïques, la dualité (les masques rit et pleure en sont un symbole fort) donne de la dimension au personnage, nourrit sa chair, son sang, ses os, pas seulement sa peau trop visible à l’œil nu. Ce qui se vit au Théâtre, exacerbé, pourrait se transmettre un peu, et pourquoi pas beaucoup, aux personnages de roman. Pour leur donner du tonus. Delà à dire que le roman a à apprendre du théâtre, il n'y a qu'un pas et je le franchis !

Bon. Je me calme, je me calme. Je souffle un peu sur ce déchaînement d’enthousiasme pour ces trouvailles. La principale, étant la conviction que ce rôle de mère universelle m’aidera à mieux me pencher pour prendre et comprendre un texte de roman.

Le (com)prendre, sans le serrer trop fort, à l’étouffer … (ah, les mères !)

9 commentaires:

Laurence a dit...

Venise! Venise! Quelle aventure tu vis! Le théâtre, c'est l'immédiateté, le contact tangible entre le lecteur-comédien qui incarne véritablement les mots et le lecteur-public qui renvoie instantanément son énergie vers la scène. Le théâtre est venu avant le roman, plaisir solitaire s'il en est un, parce que spontanément, on a besoin de contacts humains, de chaleur, de réactions! On a besoin de se faire raconter des histoires par un conteur qui leur donne vie. C'est une chose unique, le théâtre: un peu cinéma, un peu livre, un peu musique. Le seul médium littéraire qui requière une présence réelle d'esprit et de chaire. J'espère qu'il y en aura d'autres pour toi, des lectures de ce genre, et que j'aurai l'occasion d'y assister!!!

Danaée a dit...

Ça ne m'étonne pas que ton visage t'ait valu ce rôle. Moi aussi, j'ai toujours trouvé que tu dégageais une aura maternelle, même avant de te rencontrer en personne.

C'est un projet absolument excitant, cette pièce! Moi qui suis une amateure de théâtre, ça m'aurait intéressée d'assister à ta performance.

Quant au rapport au texte... Le théâtre est en effet basé sur les dialogues, mais pas uniquement. Le monologue est souvent utilisé. Il s'apparente parfois à la narration des romans. Il peut être d'une grande intensité, en tout cas.

J'espère que tu auras une belle expérience de contact direct public-acteur. Je te dis m... (et tu ne dois pas dire "merci"!)

:)

Lucie a dit...

C'est bizarre, mais ce matin je m'interrogeais justement sur le théâtre, après avoir été repêché des pièces de Racine dans ma bibliothèque et là, pouf, ton billet... Vive les synchronicités! Et je t'envoie toutes sortes de bonnes ondes pour cette lecture publique!

réjean a dit...

Belle expérience en vue ! Bonne chance !

Carine a dit...

Moi non plus, cela ne m'étonne pas que tu aies eu ce rôle ... je pense que cela doit t'aller à merveille ...

Bonne chance pour la pièce !

Suzanne a dit...

Ah mais quelle belle nouvelle! Et ...le mot de Cambronne dame Venise.

Jules a dit...

Bonne chance Venise! Tu seras parfaite dans ce rôle! Chez Auguste en plus, j'entends beaucoup de bien au sujet de ce restaurant...

Beo a dit...

Quelle belle aventure que voilà!

Bonne chance et je m'attends bien à ce que tu nous en reparles après-coup! ;)

Maxime a dit...

Merde, j'arrive trop tard pour te souhaite... merde. haha. Je vais lire la suite pour voir si ça s'est bien passé!