Attention, billet faussement littéraire. Ceux qui y sont allergiques, veuillez tout de suite vous prémunir de votre clic de souris. Demain, je devais normalement commenter soit, Le chant des mouches de Sébastien Chabot que nous terminons ce soir. Notez bien que le « nous » n’est pas une inclinaison soudaine à la pédanterie, puisque j’ai lu ce roman à haute voix pour Marc, nous faisons donc un vrai « nous » de nous-mêmes. Mon autre, lu à voix basse, comme une messe intérieure, est Le facteur émotif de Denis Thériault que je devrais terminer aussi ce soir.
La grosse nouvelle dans tout ça, ce qui est absolument anti-billet littéraire est que je ne les commenterai ni un ni l’autre demain. Pourquoi ? Je vous rappelle à mon titre qui signifie quelque chose (habituellement en tout cas !), je serai à Repentigny demain, dans un faux restaurant à faire une fausse cliente, pétillante, pour meubler le décor de la télésérie « Les hauts et les bas … » de miss petite bombe explosive, Sophie Paquin.
Je suis contente, un peu excitée même, je dois avouer que j’aime cette série et j’ai bien hâte de connaître mon sort de voyeuse ; qui vais-je voir à l’œuvre ? Les figurant(e)s, une bande de voyeurs finalement ! Des voyeurs rétribués pour faire semblant de parler. Il ne faut surtout pas entendre un son sortir de notre bouche en tant que clients. On fait les poissons et des poissons qui ont l’air de se dire des choses passionnantes. On fait aussi semblant de manger, en tout cas jusqu’à ce qu’on laisse les répètes. Il faut étudier soigneusement le contenu de son assiette, pour les raccords de scène, il faut manger avec concentration, et parfois dégoût, si l’on considère que les mets sont des accessoires. Figés, froids, oui. Frais ? On l’espère. Déformation professionnelle (!), je regarde maintenant les comédiens manger à la télévision et je surveille leur mimique. Est-ce que cela va paraître qu’il mange du ragout « Cordon Bleu » (quel bel pub !) ? Surtout que pendant les tournages, on nous gave. En dehors du plateau, s’entend. Dans les salles d’attente, on trouve moult nourriture. Il paraît que c’est une tactique, psychologiquement, l’homo sapiens est plus patient repu. N’oublions pas que sommes plusieurs, parfois des centaines, il ne faudrait pas qu'il y en ai un qui pète les plombs. Calculons qu’un tournage dure en moyenne 12 heures, c’est d’ailleurs ce qui est prévu demain, c’est long longtemps à attendre car là-dessus, si tu passes 2-3 heures sur le plateau, c’est beau. Sur le plateau, ça bouge, c’est là que ton métier est spécialiste écornifleuse et que tu dois te tenir à l'affût de tout signal. C'est très chorégraphique être figurant.
Demain, je suis chanceuse, il devait commencer à 6 h 45, et on m’a rappelé pour me dire qu’il commencera une heure plus tard. J’ai lancé un cri de joie, une fois le téléphone raccroché. Que c’est précieux ce sommeil du matin pour une couche-tard comme moi ! Donc, je partirai avec ma valise de cliente de resto, de type « Plateau Mont-Royal », portant de préférence du un peu chic sans en avoir l’air, coloré et pétillant, m’a recommandé le costumier. C’est rare la demande de pétillement chez les figurants de qui on s’attend plutôt de se fondre dans le décor afin que la vedette ressorte et brille de tous ses feux de vedette. Ça tombe bien, je suis une femme colorée, j’ai donc l’outillage nécessaire dans mon garde-robe, même si la demande m’a quelque peu déconcertée au départ. C’est toujours plus facile de répondre par réflexe : du classique, beige, brun, vert foncé. Voilà l’essentiel de la toilette d’une bonne figurante qui doit faire bonne figure. Le noir ? Dangereux, il y en a trop et nous devenons une masse noire, un décor sans fond. Le blanc, ça éblouit. Les motifs, attention, les motifs, ça égare l’esprit du caméraman qui, devient émotif ! Ça le fait sursauter, l’image bouge (je dis un peu n’importe quoi, mais c’est vrai que c’est accepté avec circonspection). Bref, une sobriété classique est généralement de rigueur mais, heureusement, qu’il y a des émissions éclatées qui nous permettent un peu de fantaisie. Et vive les Sophie et ses hauts et ses bas … rayés, picotés, pigmentés !
« Ce n’est pas une façon de dire adieu » est le livre que j’apporte pour meubler mes nombreuses et longues attentes, en dehors du plateau. Stéphani Meunier, une écrivaine jeune, finaliste du Prix des Collégiens, un style qui m’est apparu vivant, sans prétention par ces quelques lignes volées à la librairie. Et puis, Maxime Jobin a beaucoup aimé !
Je sais, ce n’est pas une façon de dire adieu, alors je vous dis : "à demain !" Et si vous êtes nombreux à vous montrer intéressés à un compte-rendu de tournage avant d’avaler les comptes-rendus de lecture, je me plierai à votre volonté sans me faire prier, parce qu’après tout, je ne joue pas pas à la vedette …