Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

jeudi 31 juillet 2008

Il y a la fumée mais y a-t-il un feu ?

J’ai l’impression de négliger Le Passe-Mot, mon lien privilégié entre lecteurs passionnés. J’ai des raisons mais se tiennent-elles vraiment ?!


Premièrement, mes lectures avancent à pas de souris … non, un instant, c'est vite une souris, à pas de tortue serait plus juste. Une brève histoire d’un tracteur en Ukraine est amusante et nous nous amusons puisque c’est le livre élu « lecture à voix haute avant de se coucher ». J’ai franchement l’impression de jouer une pièce de théâtre. J’ai à incarner des personnages ukrainiens qui hachurent le français, disons que c’est quelque chose et je crois qu’entendre ce roman, au lieu de le lire, lui donne une perspective différente. J’imagine qu’une lecture nichée dans la tête aurait une vitesse… de souris justement. De l’humour, cela s’avale goulûment, sans même mastiquer parfois. Avec ma lecture maladroite à voix haute, on a le temps de la mastiquer. Elle se digère très bien d’ailleurs.

Ma lecture personnelle va vers La Recrue "Compter jusqu'à cent" de Mélanie Gélinas. Donc, motus et bouche cousus car, je me connais, si je dis un mot, j’en dirais cent et peut-être mille. Je me tais donc.

Pour ceux et celles qui ont remarqué l’icône « Pile de livres » avec en dessous la remarque « En attente d’une décision » eh bien, oui, je suis toujours en attente. D’une décision peut-être pas, elle est prise, je me meurs de lire « Champagne » de Monique Proulx et je cours encore après. Que tous les citadins, vous savez ces gens de qui j’étais jadis, qui ont à la portée du pas une librairie ou une bouquinerie, ne rient pas de moi. Quand on habite un village, la distance a de l’importance, encore plus quand on croit au précieux du temps et de la gazoline (me semble que l’on dit plus jamais gazoline …), donc je n’ai pas encore ce bouquin que j’aimerais tellement lire avant de rencontrer l’auteure pendant les Correspondances d’Eastman. Et ça ne me laisse pas tant de temps, pour être très précise, jusqu’au vendredi, 8 août 16 heures. Je compte assister au Café littéraire « Randonneurs du monde » et elle y sera, sur la Terrasse (couverte !) de La Marjolaine. Si vous désirez en savoir plus long, c’est par ici les détails.

J'en profite pour vous dire que si vous aimez beaucoup cette auteure, elle a la générosité d’offrir à l’encan silencieux une page manuscrite de son dernier roman Champagne ou le privilège qu’un des personnages de sa prochaine œuvre de fiction porte votre nom. C’est deux nouveaux lots, et ce ne sont pas les seuls, la liste complète est ici.

Bon, je ne voulais surtout pas que certains s’imaginent que mon silence a un quelconque lien avec ma découverte de Facebook … Ah, ces rumeurs, qui se répandent dans l’air comme une traînée de fumée …pour ceux intéressés à vérifier s’il y a du feu … http://www.facebook.com/profile.php?id=1363407128

lundi 28 juillet 2008

Équilibrer le donner et le recevoir

Je nage dans une mer de questions ces temps-ci. Premièrement, vous l’avez bien vu, pardon, bien lu, j’en avais au sujet du phénomène Facebook. Parce que s’en est un phénomène et beaucoup plus important que je ne le croyais. Une porte s’entrouvre et je découvre un vaste rassemblement morcelé de petites chambres d’amis où il fait bon échanger sur la quotidienneté de la vie. C’est ce que j’y ais vu jusqu’à date, ce plaisir de la convivialité qui nous fait se coucher le soir en se disant que les êtres humains mangent tous à la même soupière. Qu'ils baignent tous dans la même tentation d’être heureux.

Ma mini-enquête a dévoilé 8 personnes inscrites à Facebook contre 4 qui ne veulent rien savoir. Je ne tirerais pas de conclusion, c’est trop minimaliste comme réponse, à savoir si c’est un guet-apens, si la dépense "temps" est rentabilisée, parce que tout est une question d'équilibre entre le « donner/recevoir » finalement.

Par contre, j’ai réalisé une chose dont je ne me doutais pas, l’on peut y inscrire un livre. Compter jusqu’à cent, de Mélanie Gélinas, La Recrue du mois d’août y est inscrit depuis sa parution. Pourquoi résister à une tribune aussi puissante qu’instantanée, aussi facile que gratuite ? http://www.facebook.com/group.php?gid=8723173564

Qui sait, peut-être est-ce une amorce de réponse pour la question que Nicolas Dickner soulève dans sa chronique Hors champ du Voir : Un écrivain peut-il gagner sa vie au Québec ? Si ça vous tente d’apprendre qu’est-ce qu’en pense l’auteur du très primé Nikolski (Alto), c’est ici.
Je vous disais que je nageais dans le questionnement, j'ai donc une autre question pour vous. Je me demandais si vous saviez que le site « Le libraire » nous renvoie à 81 sites web d’écrivains. Pas moins. Vous avez de la difficulté à me croire ou vous êtes curieux de vérifier si votre écrivain préféré y est, c'est ici

Êtes-vous intéressés à lire un écrivain que vous aimez en dehors de ses livres ?
Pendant que j’écrivais ce mot en forme de point d’interrogation, j’ai reçu une réponse dans ma boîte aux lettres. Elle était de Denis Thériault à qui j’avais acheminé voici un mois deux billets du Passe-Mot sur ses romans « L’Iguane » et « Le facteur émotif ». Il m’a répondu. Il se disait touché de mon appréciation et ça paraissait.
Je parlais d'équilibre entre donner et recevoir ... ma balance vient de se rééquilibrer. La sienne aussi, j'espère.

samedi 26 juillet 2008

Se faire un ami

Il y a toujours chez Jean Coutu où l’on peut s’en faire. Surtout depuis qu’ils prolifèrent à grande vitesse publicitaire. Mais il se fait réellement mieux pour grandir, croître, élargir à grandeur planétaire son réseau d’amis. Si je vous parle du trombinoscope, est-ce que ça vous dit quelque chose ? Non. Si je définis le trombinoscope comme étant un opuscule contenant le portrait, la photographie des membres d'une assemblée, d'un comité, d'une grande école, est-ce que ça vous aiguille un peu plus ? C’est encore vague ?

Si je dis Facebook, je me fais mieux comprendre, n’est-ce pas ? Qui ne sait pas ou n’a pas entendu parler de Facebook ? Malgré tout, au cas où la chose resterait un peu abstraite, allons-y de la très complète et instructive définition de Wikipédia :

« C’est un site web de réseau social destiné à rassembler des personnes proches ou inconnues, en priorité dans les pays anglophones En mars 2008, il rassemblait plus de 80 millions de membres à travers le monde, il est le 8e site le plus visité d'après Alexa Internet. Facebook est né à Harvard. En effet, il est à l'origine le réseau social fermé des étudiants d'Harvard avant de devenir accessible aux autres universités américaines. La vérification de la provenance de l'utilisateur se faisait alors par une vérification de l’adresse électronique de l'étudiant. Le site est ouvert à tous depuis septembre 2006 ».

La dernière affirmation m’a frappée, somme toute, c'est un phénomène assez récent. Son entrée dans nos mœurs comme une tonne de briques ne m'aurait pas laissé deviner ce 2006. Tout individu qui tirerait avantage à se faire connaître pointe spontanément ce moyen gratuit et efficace. L’ami de l’ami de l’ami qui devient ton ami, cela peut être payant. Cela n'enlève pas le sympathique mobile de renouer avec l’ami d’enfance perdu dans le labyrinthe de nos vies.

Je m’étais à peu près juré de ne jamais mettre la patte dans l’engrenage, par peur de passer ma vie derrière un écran à échanger avec de faux amis en négligeant les vrais. Quand s’est rajoutée la menace de la dent vorace des entreprises mercantiles attirées par la manne d’informations privées, je me suis félicité de ne pas me sentir concernée.

Et puis me voilà inscrite sur Facebook depuis aujourd’hui. Grosse nouvelle n’est-ce pas ? Pour moi, oui, en tout cas. Cela a commencé par le site La Recrue que Catherine a inscrit et La Recrue bien sûr se cherche des amis. Suis-je une amie de La Recrue ? Quand on se fait poser cette question et que suit rapidement celle si je suis l’amie de Maxime, de Catherine, d’Éric ... J’ai répondu « oui » à tous. Qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour le très noble but de promouvoir les premières œuvres d’écrivains québécois ?!

Me voilà donc faisant partie de ce « méchant » gros album tentaculaire où ma photo se reconnaît à une enveloppe tendue d’une main audacieuse qui n'est même pas la mienne. Il n’y a que la main qui a un semblant d'audace, ma figure, elle, reste sur son quant-à-soi. Tout de même, j'avoue être moins craintive qu’au départ ayant bien réalisé que rien ne nous oblige à donner nos informations personnelles. On peut s’en tenir au strict minimum.

Je suis curieuse de vous entendre là-dessus : Comment vous positionnez-vous vis-à-vis le phénomène Facebook ? Êtes-vous inscrit, seriez-vous tenté ? Avez-vous déjà été faire un tour par curiosité ? Et soyez bien certain que c’est par pur intérêt amical que je vous le demande :-D

Votre amie

jeudi 24 juillet 2008

De quoi t’ennuies-tu, Éveline ?

… suivi de Ély ! Ély ! Ély !, une nouvelle de Gabrielle Roy. De quoi t’ennuies-tu, Éveline ?, une brève histoire d’à peine cent pages, écrite en 1960 et rééditée après sa mort. Semblerait-il que toute sa vie, Gabrielle Roy a transporté dans ses cartons le grandiose projet d’une saga sur le personnage d’Éveline. Finalement, le message à dire aurait pris d’autres formes que celle-là.

Ce personnage d’Éveline est empreint de la mémoire de sa mère, tout en étant intimement lié à l’intériorité de Gabrielle Roy. Moi, qui ai beaucoup lu sur la vie de cette écrivaine (voyez mes archives !), en lisant cette histoire à peu d’action et beaucoup de contemplation, j’ai reconnu son besoin fondamental d’un entourage aux petits soins avec elle.

Cette histoire est celle d’une dame âgée qui entreprend un long voyage en autobus pour rejoindre son frère dont elle ne connaît pas l’état : malade, mourant ou en pleine forme. Elle est partie suite à son télégramme, accompagné d’un chèque pour défrayer le coût du voyage. Tout au long de cette longue route pour se rendre en Californie, les passagers de l’autobus prendront soin d’elle. J’ai eu l’impression de lire un fantasme, vous savez quand on se prend en flagrant délit d’idéalisation de la race humaine ! En plus que tout le monde soit prévenant, indulgent (son apparence est particulière), à un moment donné, Éveline commence à raconter des anecdotes sur son frère ce qui déclenche chez les autres un irrésistible besoin de raconter. Tout cela dans une ambiance de précieux respect et d’amusement.

L’autre partie est l’arrivée chez le frère où elle découvrira une famille élargie qui vit autour du frère dans un village conçu pour eux. Tout le monde s’entend à merveille, c’est idyllique et tous entoure et adore la vieille dame …

Avec la nouvelle Ély ! Ély ! Ély !, nous revenons sur notre bonne vielle Terre avec ses tensions et dissensions entre êtres humains. Écrite à la fin des années 1978, ce sont des souvenirs de voyage quand elle était journaliste dans Les Prairies en 1942. Souvenirs très crédibles de la femme qui aboutit dans un lieu perdu, par train la nuit, pour poser des questions à un groupe d’hommes. Le milieu étranger et fermé au départ se transforme, brusquement, en plus familier.

Deux histoires idéales pour quiconque éprouve le vif besoin d’une détente de lecture qui fait quasiment l’effet de certaines poésies « fleur bleue ».

lundi 21 juillet 2008

Sans rien ni personne de Marie Laberge

J'ai trouvé Marie Laberge téméraire de vouloir se lancer dans le genre polar, ou ce qui y ressemble. D'emblée, l’audace attire ma sympathie. En plus, me suis-je dit, comme je ne suis pas une lectrice assidue du polar, pourquoi ne pas commencer avec une auteure qui n’écrit pas assidument du polar ?

Elle a opté pour une histoire extrêmement complexe tablant beaucoup, ou même tout, sur les ramifications tordues et extrêmement noires de la psychologie humaine. Elle y a ajouté un tandem de détectives « Québécoise-Français » et les a mis en scène dans d’interminables discussions pointilleuses, au point d’en être redondantes, sur une enquête vieille de 35 ans. Ce qu’on y découvre, strate après strate, supposition après supposition, hypothèse après hypothèse est le « jackpot » du meurtre. Elle en a tellement mis, elle a tout mis ! J’imagine que c’est de l’ordre du réflexe de débutant qui veut en faire beaucoup de peur de ne pas en faire suffisamment.

J'ai eu l'impression que l’écrivaine entendait et voyait l’histoire, qu’une trame cinématographique se déroulait dans sa tête et qu’elle essayait de la rendre. Et tant qu'à faire des hypothèses, allons jusqu’à supposer que l’auteure a été influencée par des films policiers plus que par des polars.

J’éprouvais une certaine curiosité, malgré tout, pour cette histoire abracadabrante que j'ai aussi abordée sous l’angle de l’observation d’une écrivaine qui tente de faire de l’enquête. J’en suis même arrivée à développer une sympathie pour son imagination, ses excès, ses maladresses. Et si je suis restée ferrée à sa trame policière, c’est qu’il y a tellement de personnages, que ça devient un jeu de voir jusqu’où l’imagination va les pousser. Mais en ce qui concerne la crédibilité, la démarche ne passe pas l’examen. Recalé !

Aussi, je me permets de répéter ce que (presque) tout le monde a dit : « De grâce, madame Laberge, revenez-nous en terrain connu ! »

dimanche 20 juillet 2008

Cocktail virtuel "Fruit de la passion"

L’équipe de rédaction de La Recrue : Jules, Catherine, Lucie, Maxime, Danaée, Caro(line) Carole, Éric et Venise vous convient au Lancement virtuel du site de La Recrue transformé, amélioré et ... Déménagé !

Il y en a qui sauvent les meubles, pour LA RECRUE, c’est la mission :
« Donner une visibilité plus grande aux premiers ouvrages de fiction d’auteurs québécois »
. La motivation pour ce lifting en profondeur est d’offrir une vitrine plus aguichante, mieux ordonnée, qui donne le goût d’entrer pour s’y promener le sourire aux lèvres parce que l’on y trouve ce que l’on cherche … et même plus ! Quant à avoir travaillé fort pour se donner un site plus satisfaisant - vous auriez dû voir le conciliabule de centaines de courriels pour y arriver ! - nous en profitons pour élargir La Recrue à des recrues. En plus de celle avec son grand « R », le 15 du mois, se rajoute l’activité de repêchage de premières œuvres québécoises. Malgré que nous tentons de jouter notre rôle de fins limiers avec diligence, si un commentaire de lecture d’une première œuvre québécoise nous échappait, nous vous invitons à la porter à notre attention que nous puissions y ajouter le lien.

Dans l'objectif poursuivi de toujours plus de convivialité, l’idée nous est naturellement venue de vous offrir une mini bannière. Installée sur votre blogue, vous n’avez plus à y toucher, le changement mensuel est automatique (La formule magique sous « Promotion »).

Vous avez toutes les raisons du monde de ne pas manquer ce lancement ... Retardataires acceptés !

R

Invitation pour assister au cocktail virtuel

« Fruit de la passion »

Donné par La Recrue et son équipe de rédaction

Servi dimanche, le 20 juillet, dès 8 h 00.

Lieu de rencontre : www.larecrue.net

Aucune réservation, place illimitée, accueil garanti …

jeudi 17 juillet 2008

Lettres au crocodile

Lettres au crocodile, il y a de quoi intrigué, vous ne trouvez pas ? J’ai fait une recherche Internet (qu’est-ce qu’on faisait avant d’avoir Internet !?) et j’ai déniché un extrait explicatif et subjectif du chroniqueur Bernard Frank du Nouvel Observateur. Cela m’a situé et surtout donné le goût d’assister au spectacle dans le cadre des Correspondances d'Eastman (détails à la fin) :

«C'est du Simone de Beauvoir, du pur Simone de Beauvoir, traduit de l'anglais et annoté par sa fille d'adoption, Sylvie Le Bon-de Beauvoir. C'est sous-titré «Un amour transatlantique, 1947-1964». Elle avait 39 ans (et lui 38) quand ils se sont rencontrés, ce qui était un bon âge. Elle en avait 56 quand elle lui envoyait sa dernière lettre. «Donnez de vos nouvelles, chère vieille bête, dit-elle en conclusion, à moins que vous ne soyez trop occupé à vous habiller beau. Comme toujours, avec grand amour. Votre Simone.»

La préfacière nous indique que les lettres de Simone de Beauvoir à Nelson Algren, écrites en anglais (Algren ignorait tout du français quand il l'a connue et ne devait pas en savoir beaucoup plus quand il l'a quittée), ont été acquises par l'Université de Columbus, dans l'Ohio, après la mort de l'écrivain américain en 1981. Simone de Beauvoir, qui avait gardé toute la correspondance de N. A., fut touchée, presque surprise que l'Américain ait conservé ses lettres.

Une grosse correspondance, ces trois cent quatre lettres à «Nelson, mon amour», «mon crocodile bien-aimé», «mon mari», «mon chéri, mon très doux». On retrouve dans cette correspondance tout Simone de Beauvoir. Cette spontanéité qui la rendait si peu philosophe et en même temps qui rendait sa philosophie un peu comique. Cette façon de se jeter à l'eau. Elle disait parfois n'importe quoi mais elle le disait vite, sans barguigner. Elle nous faisait comprendre à toute allure ce qu'elle aimait et ce qu'elle n'aimait pas. Sans appel. Avec lui, Simone de Beauvoir a un merveilleux public, quelqu'un à qui il faut tout expliquer. Il est le grand public qui ne connaît rien des Sartre, de l'existentialisme, de la littérature, de la France, du monde, sauf l'article qu'il a pu lire dans un malheureux journal. Elle va lui expliquer avec tout son talent, tout son coeur. Elle est motivée. C'est l'amour, la séduction qui la guide. Et dans un sens les «Lettres à Nelson Algren», c'est la même chose mais en bien mieux que «l'Amérique au jour le jour», «les Mandarins», les Mémoires. C'est le moteur de l'affaire".

La chronique de Bernard Frank - Source : «Le Nouvel Observateur» le 18/03/1999

Simone de Beauvoir : Lettres au crocodile

Spectacle littéraire. Théâtre La Marjolaine, vendredi 8 août, 20 h 00 - Extraits de la correspondance de Simone de Beauvoir à son amant américain Nelson Algren, à qui elle adressa des centaines de lettres entre 1947 et 1964. Un voyage au cœur des amours transatlantiques du « Castor » parisien avec un « Crocodile » de Chicago. Avec Monique Mercure et Brigitte Poupart. *Jessica Vigneault, chant et piano*. Mise en lecture : Alexia Bürger. Collage : Marc-Antoine Cyr. Recherche : Suzanne Roy.
Admission : 28 $ régulier / 25 $ étudiants et aînés / 23 $ Amis des Correspondances

Le spectacle sera suivi d’une réception pour ceux et celles qui ont acheté un billet « Soirée bénéfice » disponible au coût de 150 $.

mardi 15 juillet 2008

Convergence des titres

Ça y est six chats sortent du sac ... en même temps à La Recrue. Déjà que la relation entre une histoire et un lecteur diffère beaucoup d'un lecteur à l'autre, imaginez-vous donc quand c'est six lecteurs différents vis à vis douze petites histoires différentes !

Ce sont les titres de nos compte-rendus de lecture qui remportent le prix de la convergence ; quatre sur six ont un jeu de mots sur le chat dans son titre : Chatisfaction (plus ou moins) garantie - Petites histoires à pattes de velours - Les chats ne retombent pas toujours sur leurs pattes - Quand le chat se fait charme. Conclusion : le chat attirerait-il le jeu ... de mots ?

Quand le chat se fait charme

Il était une fois douze petites histoires sur fond “chat”, sauf une. Je dis « petites » histoires car ce sont réellement de petites histoires, dans le sens de courtes, oui, mais pour leur apparente légèreté aussi. Si on gratte un peu ce style simple, dans le sens d’un peu ordinaire, on touche à des réalités assez lourdes, ce qui m’amène à dire que cette légèreté est trompeuse. Le ton ne sonne pas faux pour autant et une intéressante diversité se présente dans cette palette aux « je » masculin, féminin, ado ou même névrotique. L’uniformité se retrouve plus dans une constante de ton et de style, que de personnages, ainsi que dans la connivence de l’apparition du « chat » dans les histoires.

Comme pour tout recueil de nouvelles, l’on en aime certaines plus que d’autres, et le hasard (est-ce le hasard ?) a fait en sorte que les meilleures se sont retrouvées à la fin pour moi. Je fouille encore pour trouver une explication ; est-ce que je me serais habituée au style que je trouvais plutôt anodin au début, ou les histoires ont-elles vraiment pris de l’étoffe ?

Cela s’approcherait même d’une escalade grimpant lestement jusqu’à ma préférée, la toute dernière Lettres of love, Bobby Bibbo se fait kidnapper, la sixième nouvelle, jouant le rôle de point de virage pour passer de l’ordinaire à plus particulier. « La mort d’un chat » m’a aussi beaucoup captivé, peut-être trop puisque la fin a proportionnellement déçu mes attentes. Cette nouvelle contenait-elle trop de profondeur ? Sa fin, plus qu’un aboutissement ou un éblouissement, a ressemblé à un roman avorté. « Extra vierge » et « Traitement pour les puces » ont une part d’originalité appréciable, ne serait-ce que par leur titre, en égard à certaines autres.

Le charme de ce recueil, parce qu’il en a un, est le lien « chat » et, pourquoi pas le souligner, sa si attrayante couverture. Ce n’est pas une quantité négligeable, le charme. L’intérêt, lui, va pour ce glissement sur la surface d’événements graves, avec énormément de naturel, il y a là un art que l’on ne saurait passer sous silence.

dimanche 13 juillet 2008

Est-ce qu’on se fait la leçon ?

La leçon de français, je veux dire.
Il y a toujours à apprendre avec elle. Elle porte bien son nom de vivante. Elle est si vivante, qu'elle me tient en vie. Il n’y a pas une journée où je me couche sans avoir appris un petit quelque chose à son sujet. Elle se révèle petit à petit, mot à mot, accent par accent.
Faisons un petit tour chez moi. Je prends mon bain à tous les soirs. Ça, c’est correct. Mais si je dis, regardez mon bain, comme il est spacieux … eh bien là, je me goure, je devrais dire « Regardez, comme ma baignoire est spacieuse. Et de un !
L’année passée, nous sommes revenus avec un magnétoscope tout neuf et Marc, patiemment, l’a connecté au téléviseur. Ça c’est correct. Mais si le même Marc veut le connecter dans la prise murale pour que ça paraisse que nous avons fait l’acquisition d’un beau magnétoscope neuf, eh bien, là on se goure, car il doit le brancher dans la prise murale et, non, le connecter. Et de deux !
Je ne sais pas si vous le saviez mais Marc et moi aimons décorer, comme bien des gens d’ailleurs. Ayant au-dessus de nos têtes, un toit "cathédrale", les pans de murs ne manquent pas et comme nous n’avons pas les moyens de s’acheter des tableaux de grands maîtres, pour tromper la nudité des murs, j’utilise nos plus belles photos et je les encadre. Je suis donc abonnée chez Omer De Serre où il se vend de jolis cadres. Ça, c’est correct, c’est linguistique et économique. Un appareil photographique performant, une famille photogénique et beaucoup d'enthousiasme font que nous possédons maintenant une belle collection de cadres sur nos murs. Et bien là, attention, le cadre est ce qui entoure la photo, on ne doit donc pas désigner l’ensemble cadre et photo par le mot cadre. Est-ce qu’on appelle cet ensemble photo et cadre "tableau" ? Là, j’avoue que je n’en ai aucune espèce d’idée. Le bulletin « Pour tout dire » de Jacques Laurin n’en glisse pas un mot, c’est pour dire qu’il ne dit pas tout !
Cet été, il ne fait pas très chaud, il faut donc parfois enfiler des bas sous nos sandales. Ce n’est pas correct. Et pas seulement parce que c’est laid ! Si j’ai les pieds qui commencent à refroidir et que je vais de ce pas enfiler mes chaussettes, alors là, en plein dans le mille ! Mais s'il vente très fort et que je suis une personne particulièrement frileuse, que mon mollet est frigorifié jusqu’aux genoux et si malgré l’été, je déniche une paire de bas dans mes tiroirs, alors là, tous les linguistes de la Terre crieront « Chapeau bas ! ».
Amusant n'est-ce pas ?
Maintenant, un petit test de connaissance, histoire de ne pas perdre (sa) connaissance ?
Au besoin, remplacez ou corrigez les mots en caractères gras :
1. Ces derniers cinq mois ont été un pur ravissement.
2. Cette tâche semble beaucoup trop fatiguante pour toi.
3. D'ailleurs, Jean-Paul siège sur le comité depuis trois ans.
4. Avais-tu remarqué ces superbes châles indigo en solde?
5. Ses cheveux châtains clairs...
6. Il s'agit, en fait, d'un fabriquant de jouets réputé.
(Adaptés de « Ma Grammaire », par Roland Jacob et Jacques Laurin, Éditions de l'Homme)
Réponses demain, à moins que quelqu’un ait tout bon ... ce qui risque fort de se produire.

vendredi 11 juillet 2008

Ce n'est pas une façon de dire adieu

De Stéphani Meunier, jeune auteure, déjà à sa troisième œuvre de fiction et je dirai que ça paraît. Je lui ai trouvé un style simple et sûr, assez terre-à-terre, une caméra à l’œil perçant qui grossit le détail qui nous fait dire : « j’ai déjà éprouvé cette sensation ». Heureusement, que les descriptions sont captivantes car elles abondent, si on inclut la description des humeurs intérieures de trois personnages, deux hommes, une femme.

La part d’originalité de ce roman est que les trois personnages se donnent la parole de narration à tour de rôle. D’un chapitre à l’autre, on change de voix, on s’engage dans une autre voie, assez pour se demander pendant quelques lignes qui parle. J’ai aimé cet égarement qui nous garde alerte, puisqu'il y a peu d’actions retentissantes. Attention, je n’insinue pas que l'histoire ne nous tient pas en haleine pour autant, le talent pour la description des émotions, nous projette à l’intérieur des personnages, ils sont fouillés de fond en comble ce qui, par la suite, rend leurs moindres gestes très intéressants. Ah oui, j’oubliais, le chien Lennon est quasiment un personnage en soi, ne serait-ce parce qu’il représente aussi tout l’amour de la musique qui passe dans ce roman. Particulièrement des Beatles, avis aux intéressés !

L’action se passe principalement à New York, mais les personnages voyageront, et la mer sera décrite sur tous ses angles. Il est clair que l’auteure lui voue une admiration sans borne et est très inspirée par les îles, les concrètes que l’on atteint en traversant l’eau mais celle du « moi » humain aussi. D’ailleurs, cette manière de laisser connaître les personnages, en leur donnant la parole (narration) à tour de rôle sert l'approche du moi humain, en tant qu'île. Évidemment qu'en tant que tels, les personnages éprouvent une importante difficulté à jeter des passerelles pour être rejoint. N’allez pas vous imaginer que c’est déprimant, c’est plutôt attristant, une nuance à faire ici.

Tout l’art de Stéphani Meunier est justement dans cette constance du ton qui tisse une ambiance empreinte de regret. Le roman, surtout dans ses deux premiers tiers, nous rejoint par une douce légèreté. L’aurez-vous deviné, j’ai un peu moins apprécié la tangente que l’auteure a fait prendre à l’histoire au dernier tiers, mais en préférant, égoïstement, un dénouement différent, j’aurais sûrement brisé l’ambiance nostalgique si bien installée.

N’importe quand, je relirais cette auteure qui m’a fait passer un bon moment. J’ai lu les 213 pages avec avidité et une certaine délectation.

« Ce n’est pas une façon de dire adieu » Stéphani Meunier, Boréal Compact, 213 p.

mardi 8 juillet 2008

Votre nom dans la prochaine œuvre de Michel Tremblay ?

Ou votre nom dans la prochaine œuvre de Monique Proulx ? Ou encore une page manuscrite d’un roman inédit de D. Y. Béchard, auteur de Vandal Love ? Un besoin d’amour plus que de postérité ? Dans ce cas, une lettre d’amour destinée à une personne de votre choix, écrite de la main de Pierre Szalowski, auteur "Le froid modifie la trajectoire des poissons".

Si vous êtes plus du genre à vouloir bavarder avec l’auteur, je veux dire pour la peine, tout en partageant un bon repas avec lui et cinq de vos amis (on ne sait jamais, des fois que vous seriez intimidé!) : Francine Ruel, François Barcelo, Normand Chouinard (comédien) s’y prêtent avec un généreux appétit de vivre. Et attention, ce n’est pas vous qui prépareriez le repas, encore moins la « vedette », plutôt un service de traiteur expérimenté. Je commence à délirer ? Non, non, tout cela est possible dans le cadre d’un encan. Encore plus mystérieux ?

Je rajoute un indice de taille : Vous aimez les voyages ?

Des destinations dans le but avoué, et approuvé, de passer une soirée au théâtre, à Québec, ou à Montréal. Aucune obligation de revenir à la maison après la soirée, le coucher dans un grand hôtel mis à votre disposition. Pour un dépaysement plus complet : on parlera de Paris. Un « 7 jours » pour deux dans un studio du 14e arrondissement, en face du Parc Montsouris.
Et si vous insistez pour choisir votre destination, il y a toujours la possibilité de miser sur un crédit dans une agence de voyage.

Voyage … Voyage … Voyage … ! Est-ce que votre esprit a atterri sur le résultat de l’énigme? Le voyage, le thème des Correspondances d'Eastman cette année. Il est question de certains des lots parmi une série de lots originaux de la cuvée 2008. Même les amateurs de sport ne seront pas en reste avec la possibilité d’assister à une partie des Canadiens dans une loge (10 personnes) – stationnement et consommations compris. Ou vivre le souvenir d’un Coupe Rogers, confortablement installé dans une loge pour 2 personnes, tout en dégustant un repas VIP.

Sincèrement, ce sont des lots qui en valent la peine et j’aimerais que vous puissiez en profiter, voilà pourquoi je vous en parle. Le mieux est encore de vous rendre à la source même des détails et de la procédure : ici.

Des rêves à la portée de la bourse parce qu’on ne sait jamais le cadeau que peut nous réserver un encan silencieux*

*encan silencieux : les mises se déclinent par l’écrit. Sur autant de feuilles que de lots, vous prenez connaissance de la dernière mise et à vous de renchérir.

lundi 7 juillet 2008

Le chant des mouches de Sébastien Chabot

Voici un livre assurément différent, à part, unique en son genre. Oubliez les conventions, mettez de côté vos points de repères, vos ancrages, et laissez-vous dériver dans l’imaginaire de Sébastien Chabot. Vous allez lire et surtout vivre quelque chose. Toutes sortes d’émotions se sont emparées de moi, à commencer par me sentir intéressée mais déroutée. Émerveillée mais dégoutée. Perplexe mais rassasiée. Bon, c’est bien beau de parler de mes réactions mais qu’en est-il de cette histoire, comment la rendre plus concrète à votre esprit ?

Le mot clé pour ouvrir la porte de cet univers serait « conte ». Un conte pas du tout banal, tissé à même une critique sociale acerbe, infiltrée par des personnages assez symboliques (« Statue » « Patron » « Tête-Triste » « Pile-Poil » « Petite-Mouche » et j’en passe), que l’on retrouve, soit dans le clan des Torpilleurs ou des Flotteurs. Une querelle déchirante autour de l’origine du Trou qui scinde le village, qui déchire la populace. Et qui dit « Trou » dit mouches, ce qui laisse supposer que cette ouverture béante n’a rien de nette.

Qui détient la Vérité à propos du Trou dans le village nommé St-Souffrance et habité par des Souffretins ? Sûrement pas les Zeureux, trop optimistes-positifs pour sonner vrai. « Chez les Zeureux, ça sonne creux ! » … pardon, je m’emporte. Est-ce que cette fresque de personnages authentiquement imaginaires va s’engager sur le Pont de la Réconciliation ?

Ne comptez pas sur moi pour vous révéler ce qui se lit, plus que ne se dit.

Est-ce que vous vous demandez toujours si j’ai aimé ? Moi aussi ! Je blague un peu, j’ai aimé l’expérience mais si c’était à refaire, je le lirais plus rapidement. Pour mieux savourer la fébrilité, l’urgence du propos. Morceler la lecture comme je l’ai fait n’aide pas un style déjanté qui se plaît à égarer l’esprit. Je suis restée trop longtemps perdue. Malgré la sensation de se promener dans un monde sans queue ni tête, au fil des pages, l'histoire se révèle avoir une charpente solide. J’avoue que ce qui me manque toujours dans ce genre de roman est de m’attacher aux personnages, même si j’ai réussi à m’attacher à cette critique sociale bien menée par la ventilation excessive de l’imagination, la présence d'une fibre humaine, comme la mienne, m’a manquée.

Amoureux d’imaginaire, de conte à plusieurs sens, de critique sociale déguisée, d’originalité et de sensations inusitées, à vos calepins de note : « Le chant des mouches » bourdonne déjà à vos oreilles !

Le Chant des mouches, Sébastien Chabot, Éditions Alto, 162 p.

samedi 5 juillet 2008

Le facteur émotif ou ce voyeur des correspondances

Denis Thériault que j’ai beaucoup aimé dans l’Iguane, j'ai voulu le connaître un peu plus étant donné qu’il m’avait fait vivre des émotions fortes. En plus, c’est une histoire de facteur et de son amour de la lettre et comme chacun connaît mon amour pour « Les Correspondances … ».

Le facteur, un personnage unique en son genre exécute son travail avec beaucoup de sentiment ce qui est à contre-courant dans l’histoire et, oserais-je l’affirmer, à notre époque de consommation plus que de dégustation. Il est heureux, parce qu’il fait le plus beau métier du monde. Il aurait un seul petit défaut, aux yeux de Postes Canada en tout cas, il apporte chez lui et ouvre avec infiniment de respect les lettres de certaines correspondances. Avec le temps, il a développé une méthode aussi délicate qu'efficace pour le faire : il les lit, les photocopie et les rajoute à ses filières de correspondances. La seule conséquence pour son destinataire, se dit-il, 24 heures de retard dont il ne sera même pas conscient.

Il s’intéresse à plusieurs et à une particulièrement, celle de Ségolène, une Guadeloupéenne qui l’intrigue grandement pour la constance dans ses feuillets, toujours parcourus de trois lignes seulement :

Tourbillonnant comme l’eau

contre le rocher

le temps fait des boucles

Irrésistiblement mystérieux pour ce voyeur de correspondance, il finit par découvrir qu’il s’agit d’un Haïtus : un poème classique japonais de trois vers dont le premier et le troisième ont cinq syllabes et le deuxième, trois.

Jusqu’où peut mener le voyeurisme épistolaire ? C’est le début d'une intrigue amoureuse qui ne sera pas banale mais alors, vraiment pas et, en plus, on apprendra beaucoup sur l’art du Haïkus. On ne se surprendra pas que son auteur ait reçu l’honneur du Prix littéraire « Canada Japon 2006 » pour ce roman.

À découvrir pour qui aime la sensualité, l’art japonais, la correspondance, l’idéalisme versus la réalité, le tâtonnement littéraire, le mystère ésotérique et, finalement, apprécie de cueillir en bonus une langue imagée, élégante, enveloppée de rêve et de symbole, cette langue se jouant à plusieurs niveaux.

Mon attirance pour cet auteur s’est ravivée, je le suis et le suivrai aussi longtemps qu’il voudra bien partager son grand talent avec nous. Et si je donne, ne serait-ce qu’à une seule personne, l’envie de le lire, je serai contente.

jeudi 3 juillet 2008

Les Hauts et les bas de Sophie Paquin

Attention, billet faussement littéraire. Ceux qui y sont allergiques, veuillez tout de suite vous prémunir de votre clic de souris. Demain, je devais normalement commenter soit, Le chant des mouches de Sébastien Chabot que nous terminons ce soir. Notez bien que le « nous » n’est pas une inclinaison soudaine à la pédanterie, puisque j’ai lu ce roman à haute voix pour Marc, nous faisons donc un vrai « nous » de nous-mêmes. Mon autre, lu à voix basse, comme une messe intérieure, est Le facteur émotif de Denis Thériault que je devrais terminer aussi ce soir.
La grosse nouvelle dans tout ça, ce qui est absolument anti-billet littéraire est que je ne les commenterai ni un ni l’autre demain. Pourquoi ? Je vous rappelle à mon titre qui signifie quelque chose (habituellement en tout cas !), je serai à Repentigny demain, dans un faux restaurant à faire une fausse cliente, pétillante, pour meubler le décor de la télésérie « Les hauts et les bas … » de miss petite bombe explosive, Sophie Paquin.
Je suis contente, un peu excitée même, je dois avouer que j’aime cette série et j’ai bien hâte de connaître mon sort de voyeuse ; qui vais-je voir à l’œuvre ? Les figurant(e)s, une bande de voyeurs finalement ! Des voyeurs rétribués pour faire semblant de parler. Il ne faut surtout pas entendre un son sortir de notre bouche en tant que clients. On fait les poissons et des poissons qui ont l’air de se dire des choses passionnantes. On fait aussi semblant de manger, en tout cas jusqu’à ce qu’on laisse les répètes. Il faut étudier soigneusement le contenu de son assiette, pour les raccords de scène, il faut manger avec concentration, et parfois dégoût, si l’on considère que les mets sont des accessoires. Figés, froids, oui. Frais ? On l’espère. Déformation professionnelle (!), je regarde maintenant les comédiens manger à la télévision et je surveille leur mimique. Est-ce que cela va paraître qu’il mange du ragout « Cordon Bleu » (quel bel pub !) ? Surtout que pendant les tournages, on nous gave. En dehors du plateau, s’entend. Dans les salles d’attente, on trouve moult nourriture. Il paraît que c’est une tactique, psychologiquement, l’homo sapiens est plus patient repu. N’oublions pas que sommes plusieurs, parfois des centaines, il ne faudrait pas qu'il y en ai un qui pète les plombs. Calculons qu’un tournage dure en moyenne 12 heures, c’est d’ailleurs ce qui est prévu demain, c’est long longtemps à attendre car là-dessus, si tu passes 2-3 heures sur le plateau, c’est beau. Sur le plateau, ça bouge, c’est là que ton métier est spécialiste écornifleuse et que tu dois te tenir à l'affût de tout signal. C'est très chorégraphique être figurant.
Demain, je suis chanceuse, il devait commencer à 6 h 45, et on m’a rappelé pour me dire qu’il commencera une heure plus tard. J’ai lancé un cri de joie, une fois le téléphone raccroché. Que c’est précieux ce sommeil du matin pour une couche-tard comme moi ! Donc, je partirai avec ma valise de cliente de resto, de type « Plateau Mont-Royal », portant de préférence du un peu chic sans en avoir l’air, coloré et pétillant, m’a recommandé le costumier. C’est rare la demande de pétillement chez les figurants de qui on s’attend plutôt de se fondre dans le décor afin que la vedette ressorte et brille de tous ses feux de vedette. Ça tombe bien, je suis une femme colorée, j’ai donc l’outillage nécessaire dans mon garde-robe, même si la demande m’a quelque peu déconcertée au départ. C’est toujours plus facile de répondre par réflexe : du classique, beige, brun, vert foncé. Voilà l’essentiel de la toilette d’une bonne figurante qui doit faire bonne figure. Le noir ? Dangereux, il y en a trop et nous devenons une masse noire, un décor sans fond. Le blanc, ça éblouit. Les motifs, attention, les motifs, ça égare l’esprit du caméraman qui, devient émotif ! Ça le fait sursauter, l’image bouge (je dis un peu n’importe quoi, mais c’est vrai que c’est accepté avec circonspection). Bref, une sobriété classique est généralement de rigueur mais, heureusement, qu’il y a des émissions éclatées qui nous permettent un peu de fantaisie. Et vive les Sophie et ses hauts et ses bas … rayés, picotés, pigmentés !
« Ce n’est pas une façon de dire adieu » est le livre que j’apporte pour meubler mes nombreuses et longues attentes, en dehors du plateau. Stéphani Meunier, une écrivaine jeune, finaliste du Prix des Collégiens, un style qui m’est apparu vivant, sans prétention par ces quelques lignes volées à la librairie. Et puis, Maxime Jobin a beaucoup aimé !
Je sais, ce n’est pas une façon de dire adieu, alors je vous dis : "à demain !" Et si vous êtes nombreux à vous montrer intéressés à un compte-rendu de tournage avant d’avaler les comptes-rendus de lecture, je me plierai à votre volonté sans me faire prier, parce qu’après tout, je ne joue pas pas à la vedette …

mercredi 2 juillet 2008

La Place des lettres

Bon, j’arrive de ma descente jusqu’au village. Et quand je dis « descente » le mot est presque faible. On pourrait quasiment parler de glissage jusqu’au village, si on voulait un peu exagérer. Mais je ne veux pas exagérer, vous me connaissez, ce n’est pas mon genre ! Juste un peu conteuse sur les bords !

Je me suis premièrement rendue au Bureau de Poste pour poster ma lettre à Tristan Malavoy. Vous vous rappelez, je vous en ai parlé ici, c’est une initiative des Correspondances, une lettre de vous, de moi, à un auteur ou à un animateur.

Si vous n’êtes pas encore tout à fait décidé, dites-vous qu’il reste du temps (jusqu’au 15 juillet) et qu’en plus, c’est se faire plaisir que faire plaisir à un auteur qu’on aime. Je me mets toujours à la place de l’autre et comment voulez-vous qu’une lettre manuscrite ne touche pas, ne serait-ce que par sa rareté ? D’ailleurs, ma main était surprise que je lui impose ce traçage et tremblante de peur de la terrifiante rature, d’onduler ma ligne, ou d’être illisible. Et connaissez-vous quelqu’un qui trouve son écriture belle ?!

Sans traitement de texte, je me sens vulnérable car j’expose mes imperfections, surtout que j’ai jadis suivi des cours de graphologie, alors au fur et à mesure que j’écris, je me juge ! J’ai failli tricher en saisissant ma lettre sur mon clavier, mais ça tombe bien mal, je lis « Le facteur émotif » de Denis Thériault et il fait une apologie attendrissante sur la beauté de la lettre manuscrite. Comme je lui ai donné raison en le lisant, je ne me sentais pas une âme de traitre. Une âme de conteuse mais pas de traitre !

Une fois fait, c’est d’un pas décidé que je me suis dirigée vers « La Place des Lettres » où j’ai été accueillie par la réceptionniste des Correspondances d'Eastman. Comme je disais à Tristan Malavoy dans ma lettre que nous irions le voir, le jeudi 7 août au Théâtre de La Marjolaine dans son spectacle « Quai no 5 », il était temps de ne pas me faire mentir ! Conteuse mais pas menteuse.

Pourquoi celui-là particulièrement ? Vous allez comprendre :

Quai No 5
Sur le quai d’un terminus d'autobus, qui pourrait aussi être une gare, un aéroport, l’heure du départ a sonné. Les artistes-voyageurs s’approchent. Avec, pour tout bagage, des mots et de la musique. Un voyage littéraire autant que musical.
Avec
Mara Tremblay, Ivy, Tristan Malavoy, Alexis Martin et Yves Labonté, contrebassiste. Conseillère artistique : Monique Giroux.

Ce n’est pas tous les jours que se retrouvent autant de talents sur une scène, et d’un très charmant Théâtre en plus ! Pour 28 $, 25 $ étudiants et aînés ou 23 $ si vous êtes un Ami des Correspondances d'Eastman. Si vous vous demander comment vous comporter en « Ami » (!), il en coûte 20 $ par année avec plein d’avantages, dont les rabais sur toute la programmation.

Et en prime, la conscience d’aider un événement littéraire qui prend l’air !

dimanche 29 juin 2008

L'ANGE DE PIERRE

Ça y est, j’ai goûté à un classique canadien écrit en 1964 et qui est maintenant traduit au Québec par Alto. Semblerait-il que cette auteure soit un pilier de la littérature canadienne et ce roman son plus marquant, pendant les cinquante premières pages, j’avoue que je n’étais pas certaine de comprendre. Maintenant, oui.

Pourtant, dès le départ, la langue alerte et imagée m’a tout de suite accrochée, c’est plutôt la dureté de l’enfance d’une femme de 90 ans que j’ai due apprivoiser. N’étant pas encore attachée à l’aïeule, j’éprouvais de la réticence à me plonger dans la misère et je n’appréciais pas encore le ton « humour ambigüe » de l’auteure. Et puis, je ne savais pas où donner de la tête entre l’incessant aller-retour du présent au passé.

Progressivement, j’ai fait la connaissance de la femme forte qu’est Hagar qui jamais ne s’en laissera imposer, ce qui peut pousser un être humain au seuil de sa tolérance. On peut être forte de caractère, malgré la vulnérabilité de l’âge et de la maladie et c’est l’expérience palpitante que l’on fait en lisant cette histoire. Je dis « lire » et tout de suite, je trouve le mot faiblard ; « vivre » cette histoire. Je l’ai vécue et tremblée d'émotions. Attention, ce n’est pas un récit nostalgique, poétique, sensible mais plutôt d’une dureté réaliste, sans mièvrerie, ni descente aux enfers de la déprime.

Pour vivre une histoire, il faut que naisse l'attachement à un personnage, le mien a été intense et passionné pour Hagar, l’ancêtre récalcitrante. C’est déjà quelque chose de rester vive et animée quand ton corps de quatre-vingt dix ans abandonne peu à peu ton esprit, mais être récalcitrante, il faut le faire ! Et Hagar le fait magistralement !

Ce qui est prodigieux est que cette femme de caractère, criblée de défauts et qui a fait d’importantes « erreurs » de parcours (les défauts nous exposent à l’erreur!) pourrait être rebutante. Et tout au contraire, on s’y attache, ce n’est pas un personnage de papier et je pourrais maintenant avancer, « Hagar disait, Hagar faisait, d’après Hagar… ». Je vous assure que les retours dans le passé ont fini par me passionner, au même titre que l'on se passionne du passé de qui on aime afin de mieux comprendre son présent.

La structure de ce roman est exemplaire, Margaret Laurence a poussé l’audace jusqu’à faire des parallèles entre le passé et le présent en ce sens que les actions différaient mais la similitude d’émotions prévalait. Ce qui fait très clairement comprendre comment le passé influe sur le présent, fait à ne surtout pas oublier dans notre inévitable fréquentation des personnes âgées.

On dit que c’est une œuvre majeure et encore d'actualité, j’appuie sans aucune réserve. À lire pour vivre avec une femme fière qui prouve que notre vie nous appartient jusqu’à notre dernier souffle.

L'ANGE DE PIERRE, Le cycle de Manawaka, Margaret Laurence, 444 p. - Alto

jeudi 26 juin 2008

En vrac et contre tous !

En vrac et contre tous est mon facile jeu de mots pour vous présenter mon billet de sujets hétéroclites. C’est très pratique quand je manque de temps et qu’il faut retirer un billet, en l’occurrence, Fleur de lis, se mariant difficilement à une autre fête qui s’en vient à grand pas. Et c’est aussi une bonne manière de laisser parler les événements.

Fernand Ouellette reçoit le Prix Léopold-Sédar-Senghor

Le poète Fernand Ouellette a reçu le 23 juin, à Paris, le Grand Prix international de poésie de langue française Léopold-Sédar-Senghor. La prestigieuse distinction, créée il y a trois ans en l’honneur de l’homme de lettres et premier président du Sénégal, souligne l’ensemble de l’œuvre d’un poète.
Une citation intelligente :
"Le roman", écrivait Julio Cortazar, "n'obéit à aucune loi sinon celle qui empêche la gravité de le faire tomber des mains du lecteur."
Qui est le maître du jeu ?
Je n’avais pas nécessairement l’intention de lire « Je suis un écrivain japonais » de Dany Laferrière mais, cet article de Anne-Marie Cameron est si explicite, si enthousiaste que je branle dans le manche.
Changement chez Le Passe-Mot
Le Passe-Mot de Venise a fait des changements de présentation, minimes mais tout de même notables. Sa rédactrice ose maintenant annoncer ses lectures en cours, (couvertures dans la colonne de droite), jusqu’à l’occurrence de trois. Avez-vous remarqué que présentement elle lit « L’ange de pierre » de Margaret Laurence, un classique canadien traduit chez Alto ? Pendant les cinquante premières pages, elle a dû l’apprivoiser mais maintenant elle est attachée à la dame de 90 ans, un pré-requis pour approcher cette lecture dans le plaisir. Le chant des mouches de Sébastien Chabot est le roman le plus bizarre qu'elle dit avoir lu dans sa vie. Elle se propose de vous en parler plus en profondeur bientôt.
Autre nouvelle, Le Passe-Mot a été courtisé par Publicationsweb qui lui a offert gracieusement un espace pour s’afficher, lui prêtant même le titre de blogue accrédité ! Pourquoi ? La blogueuse, Venise, ne comprend toujours pas clairement le pourquoi du comment mais quand c’est gratuit, avouons-le, on essaie moins de comprendre. Si vous êtes intrigués pas Publicationsweb, il est ici ce site dont le champ d'action couvre le Canada tout entier. Venise Landry va jusqu'à supposer que cette entreprise désire se donner une image « dans le coup » en se rajoutant une liste de blogues.
Nota bene : Pour apprécier la pleine teneur de ce billet, se rappeler les mots clé de la définition du Vrac : Pêle-mêle, en désordre, au poids.

mardi 24 juin 2008

La fleur de lis ... et plus !

La fleur de lis, un des plus anciens emblèmes
La fleur de lis qui apparaît sur le drapeau du Québec est l'un des plus anciens emblèmes du monde. Trois mille ans avant notre ère, on l'utilisait déjà chez les Assyriens comme emblème ou motif décoratif. On la voit ensuite en Inde, puis en Égypte, en Grèce, à Rome et en Gaule. Certains l'ont fait dériver de l'iris, fleur jaune qui croissait sur les rives de la Lys, cours d'eau de Belgique. D'autres y reconnaissent un trident ou une pointe de flèche.
BONNE ST-JEAN !
Si vous avez le goût de mesurer vos connaissances sur drapeau, emblèmes, histoire, etc ... j'ai trouvé un jeu de 8 questions très simples à répondre (vrai ou faux) et très facile à vérifier sur un site qui recèle son lot d'informations intéressantes et qui, ma foi, est très bien fait.
www.drapeau.gouv.qc.ca/jeu/jeu.html

Dans le courant du 24, j'ai dégoté un autre gadget intéressant sur cyberpresse, un vidéo-photos représentant 71 items typiquement québécois. Notre histoire en 71 photos et pour qui aime tester ses connaissances, il est possible de camoufler la description et essayer de deviner personnes, mets, objets, végétaux, animaux et ... tout le hétéroclite de l'affaire ! Une petite promenade chez "nous" . Le lien est cliquable ...

http://galeriedephotos.cyberpresse.ca/index.php?t=Black&a=4876&m=cp

lundi 23 juin 2008

Le hasard a besoin d'aide

Isabelle Richer, pas la comédienne mais la journaliste judiciaire à Radio-Canada est une boulimique de lecture. C’est donc à ce titre (qui n’en est pas un !) qu’elle devient chroniqueuse littéraire à l’émission Sans Détour qui remplace celle de Christiane Charrette tout l’été.

La semaine dernière, elle a amorcé sa chronique en posant cette question aux auditeurs « Quel livre avez-vous le plus offert en cadeau ? ». Une question simple mais qui dévoile beaucoup et j’espère que vous aurez le goût d’y répondre. Cette semaine, ne reculant devant rien, l’animateur, François Bugingo et elle-même initient le « Livre-Passeur ». Vous imaginez bien qu’au Passe-Mot, il serait inadmissible de passer à côté !

Le « Livre Passeur » consiste à oublier volontairement un livre dans un endroit public avec, cette fois, les coordonnés de la Radio de Radio-Canada. Ils invitent celui qui en fera la trouvaille de le lire, de les rejoindre et d’en faire le compte-rendu. Isabelle Richer a laissé traîné La Promesse de l’Aube de Romain Gary et François Bugingo, Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel. L’intention est louable mais je doute fort qu’ils vont entendre parler de ces livres « bouteille-jetée-à-la-mer». Premièrement, même en raison de 2 livres par semaine, il n’y en a pas suffisamment, on en demande beaucoup au hasard, destin, providence, ces agents secrets des coulisses de la vie qui trament des surprises. Deuxièmement, et là il y a une belle part de naïveté, on demande au découvreur de trésor livresque de leur faire un compte-rendu trois semaines plus tard !

Bon, jouons le jeu, admettons que ce soit possible et que le livre tombe entre les mains d’un grand lecteur qui n’attendait que cette manne du ciel, encore faut-il qu’il ait le temps de le lire en 3 semaines et qu’il se sente suffisamment audacieux pour présenter « publiquement » son compte-rendu de lecture. Petite escalade du « si » qui nous mène rapidement à un mot en renfermant un gros « imposSIbilité ».

Vous me trouvez pessimiste, je me trouve réaliste. Le réalisme a ceci de très positif qu’il nous pousse à s’ajuster à la réalité. Pour donner un coup de pouce au hasard (vous ne trouvez pas qu’il en besoin parfois ?), j’aurais commencé par demander au « découvreur » de s’identifier ce qui, déjà, ne risque pas d’arriver à tout coup. Au bout de la ligne, en profiter pour lui demander s’il a l’intention de le lire. Évidemment, la question pourrait aussi se formuler par « Lisez-vous ? » mais restons diplomates. On pourrait rapidement y rajouter « ... des œuvres fictives ? » (éviter le mot roman, synonyme de futilité pour certains). Combien de personnes lisent que les journaux, ou les rapports financiers ou les livres documentaires ou les cas vécu. Je ne dénigre personne, c’est une réalité. Mais revenons au « découvreur » qui conserverait son droit de répondre « non » et en quel cas, on pourrait lui suggérer de l’offrir à quelqu’un qui lit des œuvres fictives. Un hasard secondé par un destin d'Homme, voilà !

Je crois que le hasard a besoin d'aide, ce pauvre incompris de moi. Oui, depuis le temps qu'il me boude, depuis le temps que j’attends de gagner un concours, n’importe lequel : une machine à laver, un voyage en Alaska … un livre.

Radio de Radio-Canada - Sans Détour (9 h à 11 h 30) avec François Bugingo, chronique à chaque vendredi : Isabelle Richer et ses livres. Deux compte-rendu de lecture, dont un polar (elle en est friande, je me demande bien pourquoi !).

samedi 21 juin 2008

La jalousie dévastatrice d'une soeur

J’ai hésité avant de me procurer « Au pays de Gabrielle Roy », premièrement, je ne pouvais pas le parcourir, seulement le commander. Ensuite, je me suis dit, j’en ais déjà beaucoup lu, vais-je en apprendre pour la peine d’Annette Saint-Pierre, éditrice manitobaine et fan finie de l’écrivaine.

Et, oui, elle m’en a appris, premièrement parce qu’elle a eu quelques rencontres avec GR à la fin de sa vie et qu’elle n’a pas été avare de détails. Ensuite, il y a des extraits de lettres de Gabrielle avec les membres proches de sa famille qui parcourent les nébuleuses cinq dernières années tenues loin des médias. Et finalement, c’est tout de même Annette St-Pierre qui a consacré dix ans de sa vie pour que la maison natale de GR au 375 rue Deschambault soit achetée, restaurée, transformée en musée hommage et finalement ouverte au public en 2003. Ce projet a été si accaparent qu’elle a même momentanément démissionné de sa fonction d’éditrice pour s’y consacrer entièrement. Le projet, qui devait initialement être un achat de 155,000 $ et une restauration tournant autour de 200,000 $ a finalement frôlé le million. Cette dame avait le cœur à l’ouvrage, des réunions à chaque semaine pour planifier les levées de fonds, les demandes à toutes les instances « aidantes » possibles. Une vraie saga dont elle fait état "Au pays de Gabrielle".

Ce que j’en ai retenu, qui me ramène à celle qui m’intéresse par-dessus tout, est cette lettre de GR demandant à A. St-Pierre de remettre à plus tard ce projet de maison familiale. On comprend qu’elle insinue ; après sa mort. Toute cette attention médiatique avait l’heur d’attiser le courroux de sa sœur Adèle consumée par une jalousie dévastatrice. Il faut savoir que le rêve de cette dernière était d’être écrivaine et disons, qu’elle est arrivée à faire éditer quelques titres, dont « Le pain de chez nous », le plus diffamatoire sur le compte de la famille mais surtout sur sa sœur cadette et « vedette ». Cette haine ne s’est jamais tarie et jusqu’à la mort de GR, sa sœur, Adèle (décédée à 104 ans !) essaiera par tous les moyens de lui nuire en noircissant sa réputation.

À toute personne qui s’interroge le moindrement sur les sources de la maladie, pourrait conclure que les sévères crises d’asthmes apparues à la fin de vie de GR, rajoutées à ses innombrables autres maux, avaient un lien direct avec l’émotivité exacerbée par cette rage d’une sœur qui t’en veux publiquement. Je me suis demandé si cela n’a pas joué sur les décisions de GR de refuser toutes apparitions publiques. Faut dire, et de cela Annette St-Pierre témoigne, en cinq ans, la femme avait pris ce que l’on appelle populairement un « coup de vieux » suffisant pour la rendre méconnaissable. Ce linge sale étalé sur la place publique aurait-il contribué à pousser GR dans ses quartiers généraux, ainsi que son apparence de plus en plus souffreteuse ?

C’est le côté sombre de l’affaire mais le plus lumineux est que cela a été le moteur puissant soutirant tout ce qui restait d’énergie à l’écrivaine pour rédiger une autobiographie (non terminée) « La détresse et l’enchantement » que je considère un chef d’œuvre.