Faites comme chez vous

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c'est recevant !

mardi 28 juin 2011

Ben, Danse toujours - Daniel Shelton

Qui dit été, dit léger. Par les fringues assurément, par la lecture, disent certains, alors pourquoi ne pas saisir ce prétexte de légèreté pour vous parler de Ben, de mon Ben ? J’ai attendu le sixième tome de cette série de bandes dessinées pour vous présenter Ben qui, au premier tome, commence sa vie au premier jour de sa retraite en compagnie de sa femme Olivia. « À la retraite ? » ... ça ne veut justement pas dire ne rien faire ? Comment parler avec amusement d’un couple qui regarde ses pissenlits pousser jusqu’au moment d’aller les rejoindre par la racine ?

Avant d’affirmer que c’est par le seul talent de Daniel Shelton*, j’explique le contexte. C’est un couple fort occupé par une fonction qu’il place en priorité dans leur vie, grands-parents. Leur fille unique, Linda peut difficilement leur reprocher un manque de support, et son conjoint Nathan, travailleur pigiste à la maison est le premier à bénéficier de ces avantages familiaux. Mais la question demeure, comment Daniel Shelton arrive-t-il, par la bande dessinée à quatre cases - avec ou non un suivi - à faire sourire ou même rire mais à distraire à coup sûr ? Par une fine observation de la vie, ceci est indéniable, un regard de biais qui taquine le quotidien et les règles de société, bien sûr, mais je rajouterais en puisant dans son propre vécu. L’auteur remercie ses quatre enfants qui portent le même prénom que ceux de l’album dans le même ordre d’arrivée au monde et, comme par hasard (!), le père, Nathan est pigiste travaillant à la maison, comme l'auteur.

Ben est attachant parce que enfantin et sans malice. Par son potentiel d’insouciance, cette nature de bon vivant peut finir par rendre envieux. Cet homme apprécie au plus haut point sa retraite. Quand il s’ennuie, il fait une sieste, et donne envie à qui que ce soit d’en prendre une tellement cette activité semble jouissive ! Sa femme est sereine mais de nature moins insouciante, elle lève souvent les yeux au ciel devant les comportements infantiles et par là, surprenants, de son mari bedonnant et débonnaire. Mais ce couple ont du temps pour s’aimer, ce qui dans notre siècle de stress et de performance est un régal à voir.

Malgré toute l’exploitation judicieuse de ce couple au caractère distinct, sans la vie en parallèle d’une jeune famille en plein cœur du plus trépident de leur vie, peut-être que l’auteur manquerait d’inspiration. Mais des garçonnets, de un et de quatre ans, à garder régulièrement, une fille fébrile qui se pose des milliers de questions sur l’épanouissement d’une femme « mère » vivant au côté d’un homme qui s’acharne à travailler malgré les imprévus de la vie familiale, ça donne de la matière à anecdotes savoureuses. Ce couple essaie de garder le cap sur leur épanouissement, tout en conciliant la famille, sujet de l’heure. Malgré les mille tracas et désagréments, ils sont prêts à avoir un troisième enfant.

Pas facile de résumer six tomes que j’ai tous aimés autant par le fond que par la forme. Ce sont toujours les mêmes personnages mais la vie bouge, évolue puisque les anecdotes se calquent sur l’actualité. Les grands-parents résignés à vivre avec l’air du temps s’achètent un ordinateur en est un exemple parmi tant d’autres.

Tout tient dans cet art de l’anecdote concise qui se boucle en quatre cases. Il arrive que les bandes (strips) s’additionnent jusqu’à former une anecdote plus longue et j’aime tout autant. Je me souviens que ce fut le cas à la visite du père et de la mère de Nathan, ces grands-parents froids pour qui des enfants sont et doivent rester de jolis bibelots. Quel contraste avec Ben qui n’hésite pas à faire le cheval et à huer pour faire rire ses adorés petits-enfants !

Pour tout dire sans trop en dire, c’est une histoire d’amour solide et solidaire entre trois générations. Et Daniel Shelton est le magicien qui fait apparaitre cet amour par flashs, si bien représentés, que les mots coulent comme l’eau vive dans le lit du fleuve tranquille qu’est la vie.

Tome 1 : Ben, les plus belles années
Tome 2 : Ben, l'envers de la retraite
Tome 3 : Ben, un air de famille
Tome 4 : Ben, le repos du guerrier
Tome 5 : Ben, à deux c'est mieux
Tome 6 : Ben, danse toujours

* Qui est Daniel Shelton ? Né le 2 avril 1965 à Sherbrooke, il a étudié à la Joe Kubert School of Cartoon and Graphic Art en 1986, après quoi il a poursuivi ses études à la School of Visual Arts de New York jusqu'en 1989. Il cumule ensuite les carrières d'auteur de bande dessinée et d'illustrateur pigiste pour enfin se consacrer depuis octobre 1986 à sa série Ben publiée au Canada, aux États-Unis et aux Philippines.

Ben, danse toujours - Éditions Les 400 Coups, 104 pages noir et blanc. 15,95$. Paru le 15 février 2011.

mercredi 22 juin 2011

Voyage au Maghreb - Louis Gauthier

J’ai fini par comprendre – après ma lecture - que ce récit est le quatrième sur le thème du voyage initiatique. Le premier Un voyage en Irlande avec un parapluie (1984), Le pont de Londres et Voyage au Portugal avec un Allemand (2002) ont été réunis dans un même recueil Voyage en Inde avec un grand détour (2005).

Dans celui-ci, nous entrons dans la tête et dans le cœur d’un voyageur débonnaire, aussi sondeur que songeur, qui poursuit le vague but de se rendre en Inde, en passant par le Maghreb. Aucun sens pratique pour son itinéraire qui se trame au gré de ses humeurs. Tout donne l'impression qu’il ne sait pas quoi faire de sa vie, et donc qu’il fait du temps. Gérer sa vie de voyageur l’occupe.

Son itinéraire s’improvise au gré des rencontres, des événements, des chambres disponibles et de la température. Le lecteur voit par les yeux d’un être qui ne sait pas toujours comment se comporter devant l’inconnu, ne sait pas exactement comment décoder les us et coutumes, et en plus ne sait pas jusqu’où il peut compter sur lui-même, ou sur les autres. Faire preuve de confiance ou de méfiance ? De nombreuses et ahurissantes expériences le font hésiter entre les deux. Il jauge ses feelings, avance sur la route escarpée des nouvelles réalités qu’il se donne à vivre. Et régulièrement, ramène son esprit au Québec : quand va-t-il y revenir ?

J’ai beaucoup appris de ma lecture, faut dire que je partais de loin ne sachant même pas que le Maghreb désignait le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Ma connaissance de ces trois pays passait par le prisme de ce qu’on en dit aux nouvelles télévisées. On s’entend que ce n’est pas connaître un pays !

De l’intérieur, un pays dégage l’odeur du quotidien et la sueur de l’habitant peinant pour assurer sa survie. Louis Gauthier nous amène avec lui vivre ce quotidien et rencontrer cet habitant. Il réussit à créer un lien avec les restaurants, les routes, les gites, les trains, les bus, les autres voyageurs et en parle sur un ton intime. Il aurait aimé qu'on ne le prenne pas pour un touriste mais un être humain dans un autre pays que le sien. Il vivra quelques déconvenues. Faut dire que nous avons affaire à un être qui pose et se repose des questions, doute, hésite, bafouille son itinéraire. J'aurais donné la vingtaine au personnage ! C’est une quête de sens à la vie qui part du dédale de décisions de celui qui avale des kilomètres sans trop savoir où ça va le mener.

En plein cœur du voyage, j’ai commencé à me passer cette remarque « il est bien chanceux d’avoir les fonds pour faire autant de route ! » L’auteur touchera cette question cruciale qui deviendra un vrai suspense, celui qui m’a le plus tenu en haleine. L’errance dans des pays étrangers, d’où le touriste est par définition un être qui a de l’argent, se transforme en aventures rocambolesques quand les moyens financiers viennent à manquer.

Le style de Louis Gauthier m’a beaucoup plu, il fait corps avec son personnage. La vulnérabilité du voyageur transparait dans un style simplement intelligent. C’est avec un naturel désarmant qu’il nous donne accès à ce journal qui regorge de détails pratiques. Finalement, tout ce qui n’est pas dit dans les agences de voyage se révèle sous la plume de Gauthier qui, je vous en avise, a réellement fait ce voyage. Dans l’entrevue avec Le Libraire, dont je vous conseille vivement la lecture, il révèle s’être basé sur les notes d’un voyage effectué en 1980.

Avec ses nombreux tâtonnements d’itinéraires et d’opinions, il était nécessaire que l’auteur tienne les guides serrées dans l’ordonnance des sujets, ce qu’il a réussi à merveille, donnant du tonus à ce périple de quelques mois en Afrique du Nord.

Voyage au Maghreb en l’an mil quatre cent de l’hégire, Louis Gauthier, 192 p. Édition Fides

vendredi 17 juin 2011

Lettre du premier ministre

Vous vous rappelez bien sûr des 100 lettres de Yann Martel expédiées au premier ministre fédéral, Monsieur Stephen Harper ? Lettres volubiles toutes accompagnées d'un livre. Aucune réponse en quatre ans. Aucun merci.

Eh bien, être monsieur Yann Martel, je serais mortellement jalouse ! La directrice des Correspondances d'Eastman a envoyé Polynie de Mélanie Vincelette à ce même premier ministre et il lui a répondu ! Je vous avoue qu'en découvrant cette lettre aujourd'hui, j'étais estomaquée !

Je l'ai lu sur la page facebook des Correspondances d'Eastman et comme c'était une numérisation, les caractères étaient petits et difficiles à lire, je l'ai donc transcrite pour vous :

Le 27 mai 2011

(adresse)

Madame,

Je vous remercie de votre lettre attentionnée du 18 avril.

C’est très aimable à vous de me faire connaître l’œuvre de madame Mélanie Vincelette. Il est évident que vous avez beaucoup d’admiration pour madame Vincellette, et j’apprécie que vous ayez pris le temps le temps de me faire parvenir sa première nouvelle. Polynie sera un ajout bienvenu à notre bibliothèque familiale.

Sur une note plus personnelle, je dirais que le fait de diriger un festival littéraire doit vous rendre très fière de pouvoir présenter de nouveaux talents. Je suis persuadé que grâce à vos efforts, de nombreux nouveaux auteurs trouvent un lectorat qu’ils n’auraient peut-être pas rejoint autrement.

Je vous remercie encore une fois de votre gentillesse et je vous prie d’accepter mes sincères salutations.

(signature)

Le très hon*. Stephen Harper, C. P. député
Premier ministre du Canada


* À ma première lecture rapide et un peu énervée, j'ai lu "bon" !!!

Une petite erreur s'est glissée, ce n'est pas la première oeuvre de Mélanie Vincelette qui a "Crimes horticoles" à son actif. Et puis ce n'est pas une nouvelle comme il est mentionné dans la lettre mais bel et bien un roman. Et même pas moyen de confondre avec une novella puisque Polynie fait son 200 pages bien comptées.

Je vais d'ailleurs le commenter bientôt. Difficile de trouver mieux comme entrée en matière !

jeudi 16 juin 2011

Le charme discret du café filtre - Amélie Panneton

Voulez-vous monter les étages de ce bloc appartement de trois étages avec Amélie Panneton ? De singuliers personnages vous y attendent. Certains dans leur 2½, d’autres dans leur 4½, mais tous en rupture de compromis. Intrinsèquement intègres par ce qu’ils portent en eux d’étrangeté que l'on pourrait aussi résumer par « être soi sans fausseté ». Si la fausseté s’affiche, ce sera aux yeux des autres personnages, mais certainement pas aux yeux du lecteur invité à voir du vrai.

Par quel prisme verrons-nous et apprendrons-nous ce qui se passe dans cet édifice, sis au cœur du quartier Saint-Rock à Québec ? Là est toute la question, prisonniers de la plume de la jeune auteure qu’est Amélie Panneton pour visiter un appartement après l’autre. Eh bien, quelle agréable surprise, et le mot « surprise » n’est pas à prendre à la légère ! Chaque chapitre équivaut à une rencontre, avec Félix, Pénélope, Anne, Philippe ou Rodrigue (pour ne nommer que ceux-là) et égare sainement le neurone. Ces explorations de vies nous amènent, je ne sais pas où exactement, mais ailleurs. Un juste dosage d’intrigue est ajouté à chaque regard, à chaque univers. Je suis sortie convaincue, plus que jamais, que la gent humaine est particulière, tout en étant normale.

Colocation oblige, l’auteure dépeint les relations entre certains, et on apprend à connaître par une interrelation obligatoire par le partage d’aires communes, la cour arrière par exemple. Les relations sont complexes, sans être tordues. L’équilibre dans le ton s’installe, servi par une plume qui virevolte et s’accorde aussi bien sous le « tu », le « nous », le « vous », le « je ». Quelle aisance dans cet exercice de style remarquablement réussi !

Ce qui m’a amenée à me demander : comment peut-on avoir autant d’assurance et de maturité quand on est en début de carrière et de vingtaine ? Le talent, le travail, un tour de magie ? Les trois, sûrement les trois.

Auteure à suivre absolument pour son unicité nous entraînant dans les chambres d'un « imprévisible » décliné avec subtilité et poésie. Histoire de vous en donner un avant-goût, cette phrase que j’ai savourée « Il neige un peu et l’espace entre les flocons semble être habité par de délicates pochettes de silence ».

Le charme discret du café filtre, Amélie Panneton, 160 pages, 2011, Collection Parking des éditions de La Bagnole

mercredi 15 juin 2011

La huitième gorgée - Valérie Carreau

Résumons ! * Si vous aimez recevoir des nouvelles de femmes fortes, en voici dix, brèves, des portraits d’actions de femmes, modernes et sans complexes, derrière lesquelles se profilent aussi des compagnons de vie. Pour neuf des nouvelles, les hommes restent en arrière-plan, se superposent à l’action principale, excepté « À un cheveu » où c’est carrément l’inverse.

Ces femmes ont des besoins à combler : de sexe, d’enfants à porter, de nourriture, ce qui expliquerait l’allusion au « besoin des femmes d’être pleines » lu en quatrième de couverture. Le fruit de leurs entrailles occupe une place prédominante. À côté de la femme esclave parce que contrôleuse (« De biais ») à la femme rageuse devant les pleurs du nourrisson porté comme un lourd fardeau (« Le potage aux poireaux ») à une femme prête à tout pour être engrossé (« Le géniteur »), on trouve des femmes enclines sur la chose sexuelle, plus que leurs maris dans « L’en-cas » et la « Petite mort ».

Valérie Carreau aborde aussi les fins de vie : celui d’une femme libérée jusqu’à sa dernière minute (« Un bouquet de glaïeuls »), d’un homme nourri du passé et dorloté par une aidante (« À sa mémoire »). La nouvelle des « Bulles » fait l’apologie du mensonge et de la grossesse. « De toute cœur » termine par une fin, là où une femme médecin dévouée doit intervenir.

L'opinion ! * Ce n’est pas tant le désir de la gent féminine de se sentir rempli que j’ai retenu de ces dix nouvelles que la maitrise, l’aplomb, le contrôle qu’exercent ces femmes sur leur entourage et leur destin. Un mari froid et indifférent ? On s’auto-satisfait ou l’on se paye, littéralement parlant, un amant efficace, évitant ainsi des demandes inopportunes au mari. Dans la littérature (et dans la vie ?), les rôles sont souvent inversés, l’homme accordant « le privilège » à sa femme d’être tiède ou d’avoir mal à la tête. Audacieux ou précurseur ? Difficile de trancher, mais ces nouvelles peuvent assurément être appréciées pour leur modernisme.

Le mâle n’occupe définitivement pas le haut du pavé, excepté dans « À un cheveu » où il vole la vedette. J’ai été jusqu’à me demander : pour que la femme prenne sa place, est-ce qu’il faut nécessairement que l’homme soit effacé, réservé ou indifférent ? C’est une question un brin philosophique pour de la littérature si bien tournée, j’en conviens ! Voyons-le plutôt comme une suite de photographies de femmes aux contours nets, avec une option assumée de l’auteure de garder l’homme à l’arrière-plan. Le style, en maître absolu, nous renvoie des phrases sûres, placardées comme des vérités assumées, que je me suis souvent arrêtée pour admirer. Une belle constance que l’on ne retrouve pas si souvent dans les recueils de nouvelles, une unité dans le style, permis sans l’ennui qui va de pair avec l’homogénéité, considérant la variété des portraits et des situations.

Les deux nouvelles sur les personnes âgées m’ont enchantée. J’avais le fond de la gorge étranglée à ma relecture d’Un bouquet de glaïeuls, parce que oui, je l’ai relue, celle-là et plusieurs autres. La deuxième nouvelle sur la fin de la trajectoire « vie » nous présente un homme vieilli et dépendant et, en définitive, le seul homme aimant de ces histoires, d’une vulnérabilité attendrissante, devant une femme généreuse qui vient pallier ses carences avec une infinie délicatesse. Mine de rien, une autre femme ayant le dessus sur l’homme !

Dix nouvelles efficaces qui s’avalent et s’absorbent rapidement, par une auteure qui, ma foi, a tous les atouts en mains pour se démarquer dans cette jungle littéraire.

* J'ai séparé mon opinion du résumé, ce que je ne fais pas habituellement, parce qu'il est question de La Recrue du mois et j'étais en charge du résumé pour tous, ou pour être plus juste, pour toutes !
Qui a bu boira - Anick Arsenault
Le goût de vivre - Mylène Durand
De la voracité des femmes - Caroline Verstaen
La face cachée des femmes - Julie Tetrault

Ne manquez pas le questionnaire afin de connaître cette auteure très prometteuse : Valérie Carreau - La huitième gorgée, Éditions Marchand de feuilles 2010, 112 p.

lundi 13 juin 2011

Les Prix ne sont pas tous sur des étiquettes !

Titre un peu folichon pour amener votre attention à se poser sur des Prix reçus ou, à recevoir, rimant toujours avec espoir. Commençons par ce tout nouveau créé en 2011 par l’association des libraires du Québec (ALQ), ce prix Jeunesse accordé par des libraires ceux-là même qui proposent, suggèrent, conseillent la clientèle. À mon humble avis, les libraires jouent un rôle incitatif à la vente de tel ou tel titre, plus que les critiques. Le 8 juin - vous savez la journée hyper chaude ? - les finalistes ont été proclamés par la porte-parole, la comédienne et grande lectrice, Catherine Trudeau.

0-4 ans
. Le roi de la Patate, Rogé, Dominique et compagnie
. Roselyne Rutabaga remue ciel et terre!, Marie-Louise Gay, Dominique et compagnie
. Sans toi! Geneviève Côté, Scholastic

5 - 11 ans
. Ma petite amie, Alain M. Bergeron, Ill. Sampar, Soulières éditeur
. Mémère et ses cinq monstres, Christiane Duchesne, Ill. François Thisdale, Hurtubise
. Mesures de guerre, André Marois, Boréal

12 - 17 ans
. 21 jours en octobre, Magali Favre, Boréal
. La fille d'en face, Linda Amyot, Leméac
. Une bougie à la main, Gisèle Desroches, Boréal

Le comité de sélection : Jacqueline Chavignot (Librairie Clément Morin, Trois-Rivières), Katia Courteau (Librairie Monet, Montréal), Martine Lamontagne (Librairie Paulines, Montréal), Tania Massault (Librairie Pantoute, Québec) et Nathalie Tremblay (Librairie Alire, Longueuil) - - -
Avez-vous remarqué ? - Seulement des libraires de sexe féminin.

Lesquels de ces titres (trois, un dans chaque catégorie d'âge) franchiront la ligne d’arrivée le 18 septembre prochain ? À suivre ... Laissons maintenant l’ensemble des librairies ; indépendantes, coop milieu scolaire, groupe Archambault, Renaud-Bray, Indigo, voter en leur âme et conscience.

Prix à caractère maritime
L’écrivaine québécoise Dominique Fortier a reçu le prix Gens de Mer pour son roman Du bon usage des étoiles (éditions Alto au Québec, Table ronde en France). Il a été remis dans le cadre du festival Étonnants Voyageurs qui récompensait un auteur contemporain pour une œuvre à caractère maritime « au sens large ».

Si on y regarde de près, ça doit être drôlement plaisant pour une auteure de recevoir un prix pour son roman sorti en 2008 et, qui plus est, son premier ! Il a fait du chemin celui-là, et ce n’est pas tout, un jour, vous le verrez au cinéma ... Oui, oui, c’est Jean-Marc Vallée qui a acquis les droits cinématographique, un réalisateur assez sérieux, et talentueux, pour qu’on y croit.

Des prix qui font l’unanimité
La seconde édition du Marché aux livres organisé en fin de semaine à la Grande Bibliothèque a eu un succès fou, à tel point qu’il ne restait aucun livre à vendre dimanche. L’événement a permis de soulager Les Archives nationales du Québec d’environ 22 000 livres : essais, guides de voyage, bandes dessinées, livres jeunesse et CD, plus du double de l'an dernier. On se défaisait de titres disponibles en plusieurs exemplaires, défraîchis ou remplacés par des parutions plus récentes à des prix à un, deux, cinq ou dix dollars. Qui dit mieux ?


+ photo de Dominique Fortier avec son gigantesque chèque (!) tirée du site Ouest-France.fr

jeudi 9 juin 2011

Récréation : L'histoire dans une histoire

Depuis septembre 2009 que Miam miam fléau est sorti en librairie, je n’ai pas demandé de dédicaces à Marsi, mon mari, l'auteur de cette bande dessinée à laquelle j'ai pourtant collaborée, à la couleur, entre autres. Il y a bien quelques albums dans un fond de boite, mais je n’ai pas le sentiment qu’ils m’appartiennent. Mais depuis hier, les choses ont changé et ce ne fut pas simple du tout.

Voici environ un mois, nous avons soupé avec notre explorateur BD, PG Luneau de la Lucarne à Luneau. Celui-ci, profitant de l’absence de Marsi, me glisse à l’oreille qu’il a vu dans une bouquinerie un album dédicacé. Je vois que PG parle à voix étouffée (lui, qui a habituellement une voix tonitruante), j’en déduis qu'il est désolé qu'une personne se soit débarrassée d'un album agrémenté d'un superbe dessin que Marsi ajoutait en guise de dédicace. Il prend garde que cette info n'arrive pas aux oreilles du créateur. De mon côté, je n’avais qu’une curiosité ; connaître le nom de la personne qui avait vendu son album. Rien à faire, PG ne s’en souvenait pas, il lui semblait même qu’il n’avait pas vu de nom accompagnant le dessin, signé Marsi. Pas de nom ? Il venait de me donner un indice majeur. Il n’y avait que les albums destinés aux libraires qui étaient restés anonymes. Fébrile, je lui demande à quoi ressemblait la dédicace. Je sens mon ami perplexe ; à quoi ça sert, comment se rappeler d'une dédicace quand on en a dessiné près de deux cents ! Il s’aventure à une description, un peu surpris de voir que je m’y intéresse à ce point. Il y avait des enfants, plusieurs enfants, qu’il lui semble. Ça me dit quelque chose, je crois m’en souvenir, et si c'est celle que je pense, c’en est une que j’aimais particulièrement. Je trouvais chanceux celui ou celle qui allait la recevoir. Quand mon mari réapparait, je lui explique le cas, il est un peu surpris mais pas offusqué et, surtout, il est affirmatif, c’en est une tirée du lot destiné aux acheteurs dans les librairies.

Quelques jours plus tard, je reviens à la charge auprès de PG, j'ai réfléchi, je ne veux pas laisser moisir cette "oeuvre d'art" dans un bac de bouquinerie ! Où a-t-il vu cette bande dessinée ? Il fouille sa mémoire, me donne le nom d’une des trois bouquineries qu’il a visité ce soir-là. Je m’empresse d’appeler. Le libraire va vérifier, il connait cette bande dessinée (wow, comme Marsi est connu !). Il revient avec cette réponse "Non, je ne l'ai pas. Mais êtes-vous Venise ?" Je me dis qu’il va m’apprendre qu’il lit Le Passe-Mot. Non, il ne connait malheureusement pas le Passe-Mot mais il connait Marc Simard, le MARSI en question, puisqu’il était à son mariage. À notre mariage donc !?! Un collègue illustrateur que Marsi avait perdu de vue. Quand même incroyable ! J'ai trouvé plus que ce que je cherchais !

Mais ça ne me donne pas l’album convoité. Je reviens à la charge auprès de PG qui, entre-temps a réfléchi et réalisé son erreur. Il ne m'a pas donné la bonne librairie. Il rectifie le tir. Cette fois, je n'ai pas le temps d'appeler, qu'il me réécrit, il s'est encore trompé, c'est une autre et il en est maintenant certain. J'appelle. Enfin, quel fameux hasard (!), le libraire m’annonce fièrement qu’il a ce titre, m'en fait l'éloge, elle est à l’état de neuf. Je lui demande de l’ouvrir et de vérifier s’il y a une dédicace. Il me répond qu’il n’en voit pas mais qu’il y a un dessin. Hum ... Je lui demande qu’est-ce que le dessin représente. Des enfants ... c'est ça, des enfants, pour le reste, il n’est pas sûr (en fait, c'est madame Crapette qui prend la fuite et on ne voit que la moitié de son corps). Parfait ! Est-ce que peux la payer via le téléphone, pour ne pas qu’elle m’échappe, j'habite Eastman et ne vais pas à Montréal régulièrement. Il refuse, me demande plutôt de renouveler mes vœux de réservation à toutes les semaines, jusqu’au jour où j'irai la chercher. Ce que je fis pendant trois semaines.

Ce jour fut hier. Nous avions affaire à Montréal, j’avais une figuration dans L'auberge du chien noir. Marsi est allé acheter son album pour moi.

Je suis fière de mon acquisition. Chaque livre renferme une histoire mais quand le livre qui renferme une histoire a une histoire, alors j’aime beaucoup !

À moins que je sois tout simplement sentimentale ...

lundi 6 juin 2011

Sac-au-vrac

Coucou ! En attendant ma prochaine critique qui sera sans contredit « Voyage au Maghreb » de Louis Gauthier, je pige dans le sac au vrac :

Mes lectures / mon blogue
Avez-vous remarqué, en vous fiant sur la colonne de droite annonçant mes lectures, que je ne respecte pas toujours l’ordre ? Par exemple, Le charme discret du café filtre disparaitra bientôt sans que vous n’ayez lu ma critique. Pourquoi ? C’est un repêchage pour le webzine La Recrue, la critique sort donc le 15 du mois. Pour La huitième gorgée, roman lu par 5 personnes, rendez-vous le 15. Nous sommes cinq à l'avoir lu.

Je ne sais plus où donner de la tête, mes tablettes débordent au point que des livres tombent par terre. Je pourrais peut-être choisir ceux-là qui me démontrent leur empressement à être lus ... mais non, je tiens bon. Déjà que La Recrue suggère, les maisons d’édition proposent (en m’envoyant des exemplaires), se rajoute Les Correspondances d’Eastman (j’aime avoir lu les auteurs présents), ça diminue déjà la quantité de livres reflétant mon goût pur et dur, je ne vais pas en plus laisser le hasard choisir !

Mon blogue, qu’est-ce que j’ai à dire sur ce véhicule pour ma pensée ? Je ne me trouve pas très régulière. En plus, quand je lance trois critiques consécutives, j’ai l’impression de perdre le fil entre vous et moi.

Je suis de près le blogue de Jean-François. Lisée et lors d’une entrevue commémorant sa deuxième année d’existence, il a révélé qu'avant de partir son blogue, il s’est informé auprès d’un doyen, Patrick Lagacé qui lui a suggéré ce que j’appelle des « récréations ». Pour P.L, il la nomme sa pause Kit-Kat, pour J.F.L. c’est le « Gag de 15 h 15 ». Quand la recette est bonne et qu’elle fait notre affaire, pourquoi ne pas la copier ? Je pense appeler ces moments « La récréation » tout simplement ... à moins que vous ayez d’autres suggestions !

Prix rétroactif
Qu’est-ce qu’il ne faut pas voir et entendre ! Ça fait vraiment bizarre, pour ceux qui ne le saurait pas, la récipiendaire du Prix Robert Cliche 2010, Louise Lacasse, auteure de « Éteignez, il n’y a plus personne » se voit obliger de remettre son prix et sa bourse de 10,000 $ à un des finalistes Simon Lambert.

Mme Lacasse a caché au comité qu’il s’agissait de son second roman (premier roman « Et même le dimanche ! » écrit sous le nom de Louise Lamarre), alors que les règlements du concours sont clairs ; seuls les écrivains non publiés sont admissibles.
Après une nouvelle délibération du jury, Simon Lambert se retrouve avec 10,000 $ de plus en poche, plus le prix. Pour la publication de son roman, La chambre l’était déjà chez VLB. Je me demande comment cette dame a pu penser que le pot aux roses ne serait jamais découvert. Il devient aberrant de l'entendre dans cette entrevue L'impact d'un prix au Libraire, elle et sa difficulté d'être publiée. Je n'ai pas trouvé de trace de son premier roman. Heureusement, elle n’aurait pas dépensé la somme, elle pourra donc la remettre à VLB, qui la remettra au nouveau lauréat.

Encan dans le silence

Est de retour l’activité bénéfice pour Les Correspondances d’Eastman, l’encan virtuel dans le silence de vos foyers. Vingt-un lots pour les amateurs de vin, d’œuvres d’art, de théâtre, de bouffe, et bien sûr de littérature.

Ce sont des entreprises ou des personnes généreuses qui font don de ces lots, il y a un prix de réserve variant de 30 $ à 300 $ (la moyenne étant 60 $). Les montants accumulés vont dans les coffres des Correspondances d’Eastman pour la poursuite de leur mission en ces jours de disette dans le domaine de la culture.


Valeurs sûres de Danielle Laurin
J’en profite pour préciser que madame Danielle Laurin sera aux Correspondances d’Eastman cette année, en tant qu’intervieweuse et aussi interviewée. En attendant, elle s’est exprimée sur les valeurs sûres de l’été, raisons à l’appui, et son premier en lice est Rivière Tremblante d'Andrée A. Michaud que je viens à peine de commenter.

samedi 4 juin 2011

Lancement des Correspondances d'Eastman

La neuvième édition a été lancée jeudi au resto bistro Les trois Grâces. J’ai été vos yeux et vos oreilles.

Une quarantaine d’invités participeront à l’événement du 4 au 7 août, et cette année, on a le bonheur de compter sur une passionnée de lecture, Pascale Montpetit, pour diriger nos mots vers les médias.


La présidente des Correspondances, Francine Grégoire a rapidement cédé sa place à un trio d’écrivaines, assises bien sagement en avant, attendant leur tour de nous lire un extrait de leurs œuvres : Élise Turcotte, Mélanie Vincelette, Michèle Plomer. Nous retrouverons bien sûr chacune de ces dames dans un Café littéraire, je dirais même plus, Élise Turcotte y sera à deux, avis à ses nombreux admirateurs.

Deux écrivains de la région de l’Estrie, des spécialistes du polar, ce genre sur lequel je désire me pencher : André Jacques et Johanne Seymour. Celle-ci était à la veille de son départ pour Victoria BC, puisqu’en nomination une cinquième fois pour la récompense aux prix Arthur Ellis.


À un moment donné, l’impétueuse Pascale Montpetit a stoppé son allocution pour pointer une personne dans l’assistance. Nous nous sommes tous retournés en même temps pour découvrir ce qui faisait briller ses yeux et avons découvert un homme, un peu surpris mais ravi : Pierre Jasmin, le pianiste qui va l’accompagner sur scène pour une lecture-concert « Nuages », au théâtre la Marjolaine. Un théâtre aux murs qui ont des oreilles depuis plus de 50 ans !

Et puis, ce fut rapidement la fin, à l’image des conférences de presse des Correspondances d’Eastman jamais farcies de longs discours et de remerciements ampoulés. Cette simplicité, selon moi, on la doit principalement à la directrice générale, Line Richer (ci-contre) une femme qui porte l’événement sur ses épaules depuis le début, en toute modestie, redirigeant le spot vers les écrivains.

Je ne pense pas que les journalistes se plaignent de cette concision, en autant qu'ils peuvent respirer la fébrilité, cet oxygène des passionnées. Et la photographier. Comme je l’ai fait moi-même ...

Notez bien que la neuvième programmation des Correspondances d’Eastman, sous le thème « Les commencements-recommencements est déjà en ligne.

Photos de gauche à droite :
1) 1er rangée : Line Richer, Danièle Bombardier, Nicole Fontaine. Deuxième rangée : Francine Grégoire, Pascale Montpetit, Pierre Jasmin, Mélanie Vincelette, Michèle Plomer, Élise Turcotte.
2) Élise Turcotte
3) Mélanie Vincellette
4) Michèle Plomer
5) Pascale Montpetit

6) Pierre Jasmin7) Line Richer, Patricia Lamy
8) Pascale Montpetit

lundi 30 mai 2011

Rivière Tremblante - Andrée A. Michaud

Mon premier roman de cette auteure qui en a déjà écrit dix. Il est dédié à « Tous les enfants qui ne sont pas rentrés pour souper ». Ça donne froid dans le dos, dans le mien en tout cas. Sujet extrêmement sensible ; la disparition d’un enfant, alors que dire de deux, et même trois.

Première disparition, celle de Billie, fillette de 8 ans adorée de son papa. En sortant de l’école, où elle tenait à se rendre seule à un cours de ballet imposée par sa mère, elle disparait. Une enquête se met en branle à la face de parents, bien sûr anéantis.

En parallèle, l’auteure nous mène droit à une autre disparition, cette fois d'un garçon de 12 ans, en pleine forêt, pendant un orage et sous les yeux de sa meilleure amie, Marnie. Cette inexplicable disparition a lieu à la campagne, autour d’un cours d’eau. La troisième disparition unira les deux premières, si je peux m’exprimer ainsi, afin de ménager l'intrigue.

Évidemment, c’est un roman qui se veut à suspense. Un roman à ambiance teintée, ne prenez surtout pas peur, d'un zeste d’horreur déposé sur l'ensemble, juste ce qu'il faut pour nous garder inconfortable. J’ai trouvé cette approche de l’auteure non dénuée d’habileté, un efficace amplificateur de la détresse, de l’angoisse, du désespoir qu'entraîne inévitablement la disparition d'enfants.

L’auteure sait y faire, l’expérience se sent, se voit, elle nous mène là où elle veut. Elle a su grandement m’attendrir devant la petite Billie décrite par son père. Une relation unique, un enfant incomparable, attachante, tout pour qu’on sente monter la rage de l’impuissance devant l’incompétence crasse des policiers. Ils n’ont pas le beau rôle, ces messieurs les détectives. Et dans les deux cas. Ils arrivent à traiter le père, somme toute une pauvre victime de l’enlèvement de sa fille, en coupable. On le soupçonne et on le soupçonnera. Même chose pour Marnie, l’enfant témoin de la disparition de son ami dans la forêt. À force de la confronter, soupçonner, harceler, le village finit par l’ostraciser, assez pour que le père l’emmène loin du village.

L’auteure nous fait suivre avec art les sentiments intimes du père et ceux de Marnie (qui vieillira de trente ans sous nos yeux), ces personnes se présentent comme les plus souffrantes face à l’infernale situation. Elles sont acculées à la culpabilité avec son C majuscule, cependant cette culpabilité ne vient pas de leur intérieur comme de l’extérieur. Le regard accusateur des gens et l’attitude brusque des enquêteurs me sont apparus aberrants. L’étau se referme, et ce n’est pas étouffant, comme révoltant, pour le côté peu plausible.

Quoi faire avec sa révolte quand on est confiné, impuissant, derrière les pages d'un roman ?!

On réécrit l’histoire ! Chose certaine, je ne l’aurais pas écrit de cette façon. Je n’aurais sûrement pas abordé la culpabilité sous cet angle. Je n'en vois toujours pas le sens. Suis-je ignare, mais je n’ai jamais entendu de cas où on bousculait les émotions des parents éplorés devant ce qui peut leur arriver de pire ; ne pas savoir si leur enfant vit encore. La troisième disparition, vers la fin, m’est apparue plus « normale », parce qu'on assiste à l’enquête sans nous présenter les parents, le regard des autres sur eux est resté absent.

Je pense que je n’ai pas besoin de souligner que j’ai été entrainée par le mystère, même si je fus quelque peu déçue. Déconvenue, puisque j’attendais un dénouement à de la matière qui n'a existé que dans ma tête. Ça arrive que voulez-vous !

Chose certaine, je salue l’audace d’Andrée A. Michaud, d'aborder un sujet aussi délicat, aussi noir, aussi révoltant. Et elle y va à fond, je vous l’assure.

Rivière Tremblante, Andrée A. Michaud, Québec Amérique, 368 pages, 30 mars 2011.

mercredi 25 mai 2011

Derrière la neige - Audrey Guiller

Il n’y a vraiment plus de neige au Québec ? J’espère ! J’ai attendu avant de vous présenter mon commentaire de lecture, mon intention n’étant pas de vous déprimer en répétant le mot "neige". Alors même si le soleil est plutôt cachottier et mère nature un peu encline à nous laver sans essorer, il faut ce qu’il faut, je me lance.

Sur la page couverture, on ne lit pas seulement le titre, mais cette précision « Les 4 saisons d’une famille française au Québec ». L’auteure est une journaliste bretonne, a deux enfants et un mari. Elle n’en est pas à son premier voyage : Japon, Estonie, Cap-Vert, Inde, États-Unis, elle peut maintenant rajouter : Québec.

Le livre se présente comme une enfilade de chroniques « tranches de vie » que je suis même tenté de nommer capsules, tellement certaines sont brèves. Le ton est léger et se veut humoristique. D’ailleurs, au début de ma lecture, j’ai été quelque peu agacé par ce qui m’a semblé un désir de faire rire à tout prix. L’aspect bref des « capsules » fait particulièrement cet effet. Par contre, quand l’auteure approfondit, explique et raconte, je mordais plus à l’hameçon. Progressivement, j’ai fait connaissance avec l’auteure, que l’on a avantage à mieux connaître, pour corriger la première impression de superficialité. C’est une personne qui a décidément un franc sens de l’humour, une ironie et un sarcasme de bon aloi. Ça semble être plus fort qu’elle.

Ce que j’ai particulièrement apprécié est de ne pas seulement mieux connaître nos moeurs à travers son regard, mais surtout mieux connaître les mœurs françaises. Elle compare mais subtilement, a l'art d'aller dans les détails saugrenus. Il est question de constater, pas de critiquer, et plusieurs de ses constatations tournent à notre avantage. Si je n'avais pas déjà habité le Québec, j'y serais déménagé !!

La description de sa première neige m’a fait sourire.
« À 16 h, quelqu’un a penché vers nous l’arrosoir à flocons. Il y en a partout. Des petits. Mais déjà plus gros que tous les spécimens déjà croisés jusque là à Rennes. Dans ma tête aussi, c’est l’arrosoir, l’arrosoir à questions « Ce calibre de flocons nécessite-t-il déjà l’équipement maximal ? Ne verrait-on plus l’herbe avant mai ? Est-ce que les vélos ont des pneus d’hiver ? À personne, je n’ai osé les poser. Alors j’ai gardé mon sourire béat. Et niais. Pablo et Sencha sont sortis, emmitouflés, gober le ciel en poudre ».
Mais attention, elle n’y relate pas que des histoires de neige, nous avons 4 saisons, vous vous rappelez que nous avons 4 saisons ? (j’avoue qu’il faut de la mémoire pour s’en rappeler ces temps-ci !). Au finale, sous ce dehors léger et amusant, j’en ai appris un peu plus sur le Québec et, par ricochet, un peu plus sur la France. Ça se prend bien parce que l'auteure est plutôt originale. Il y a du cliché, on s'en sort difficilement, mais j'y ai aussi trouvé de l'originalité.

Mais comme tout bonne chose a une fin :
"La France ne niera pas ce bout de Canada qui est en moi. Je n’ai pas rêvé. Regardez, j’ai des preuves, mon gel de douche est bilingue. J’ai emballé mes dollars dans des sacs transparents. Comme des pièces à conviction. J’ai mis de côté mes adaptateurs de prises, comme si c’étaient des fossiles. J’ai recommencé à dire « de rien » comme si c’était normal. Dedans, j’ai un peu changé et dessus, je tartine de beurre de peanut, juste pour me le rappeler".
Merci aux éditions Goélette de m’avoir expédié ce livre, 191 pages.

lundi 23 mai 2011

Vrac-o-joie

Enfin, je peux écrire un vrac puisque je termine d’écrire. J’ai enfin le loisir d’écrire, après avoir écrit pour mettre du beurre de pinotte crémeux sur mon pain 7 grains !

Commencements-recommencements
Mine de rien, l’événement Les Correspondances d’Eastman est à se fabriquer ici, dans les têtes et dans les cœurs. Spécialement pour vous. La liste des invités s’allonge et elle est affriolante. Parce que oui je suis dans le secret des dieux. Mais comme je ne suis pas dieu, il faudra patienter jusqu’au 1er juin que se lance cette 9e édition au Café bistro Les Trois Grâces pour tout connaître de la programmation et des invités.

C’est un moment qui me met en joie pour la hâte que j’éprouve à chaque fois de tout vous transmettre pour qu’ainsi vous soyez les premiers à réserver vos Cafés littéraires, ou spectacles. Ils partent plus vite qu’ils ne partaient, les billets. C’est le bouche à oreille, qu’est-ce que vous voulez. Et je suis loin d'être la seule bouche à en parler. Par exemple, Pascale Montpetit, la porte-parole de l’événement ! Pour l’heure, il s’agit de retenir ces dates : 4 au 7 août. Les précisions vont suivre très bientôt .... promis !

Alto : sur la note haute
Maison d’édition que j’aime parce qu’à hauteur d’homme (Antoine Tanguay ci- contre) et qui a commencé avec la foi qui bouge les montagnes ou secoue les forêts d’arbres, pour imprimer son lot de romans particuliers.

Qu'est-ce qui arrive quand les auteures sortent de la Belle province ...
  • Attraction terrestre d'Hélène Vachon est finaliste du Prix France-Québec 2011. Eh bien oui ! Le fameux prix avec lequel j’ai d’intimes affinités. Ceux qui me suivent savent que mes coups de cœurs coïncident souvent avec les vainqueurs !
  • Depuis avril, la France découvre le roman de Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, qui est publié dans la collection Vermillon des Éditions de la Table Ronde. Et si on se rappelle que les droits cinématographiques du roman Du bon usage des étoiles ont été acquis par Jean-Marc Vallée (réalisateur de C.R.A.Z.Y.), ce roman n’a pas fini de faire parler de lui.
  • Le Maleficium de Martine Desjardins, en cours de traduction en anglais pour le Canada, paraîtra chez Talonbooks qui édite Michel Tremblay, Lise Tremblay et Marie-Claire Blais.
... eh bien, c'est la joie !

Monet et monnaie
Bizarre de titre, exprès pour vous intriguer. Une manière de vous présenter un événement heureux pour Marsi et moi. Nous avons participé à un concours via facebook. Pour être tout à fait juste, comme d’habitude, j’ai dit à Marsi « Va vite participer à ce concours, on peut gagner des certificats pour acheter des livres ! ». Ça marche à tous les coups ! Il saute sur sa souris et clique. C'était vraiment pas difficile, il fallait seulement écrire pourquoi on aime la librairie Monet et ses libraires, quand c'est vrai, ça sort tout seul. Le hasard a favorisé Marsi, son nom est sorti du chapeau. Il a gagné 100 $ en certificat cadeaux échangeable à la librairie Monet, puisque c’était leur initiative afin de souligner la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Un cent dollars à dépenser dans une librairie, un rêve en même temps qu’une torture !! Une torture partagée puisque Marsi, en gentleman, a séparé le montant avec moi. Finalement, en fouillant deux heures dans la librairie, et en nous retenant à deux mains, nous avons dépensé 163 $. Un trou de 63 $ dans le budget et un de moins dans nos bibliothèques !

Vous me demandez qu’est-ce que j’ai acheté ? Bais coudonc, vous êtes donc bien curieux ! ... Ah ... vous dites que vous allez finir par le savoir de toutes manières ? J’avoue que l’argument se tient. Je vous avertis, je n’ai acheté aucun roman ... je dis ça, mais il y en a un qui est une moitié de roman ... Des mets & des mots

La photo du tirage a été prise par la libraire Alice de la librairie Monet. Le stratège pour garder l'anonymat de celui qui a fait un heureux est très réussi ;-)

mardi 17 mai 2011

L'homme errata - Jean François Casabonne

L’histoire d’Alex commence dans un cachot en compagnie de Beny son bourreau. Un bourreau assez particulier puisqu’il conseille son détenu et semble partager sa cellule sinon même ses pensées. Pourquoi Alex est-il dans ce cachot ? Je n’ai pas su le comprendre (est-ce même mentionné ?) ou comment il s’en est évadé pour aboutir dans la jungle.

L’action s’apparente à un mouvement de l’esprit, on se doit donc de rester concentré. Les pensées flottent sur l’air agité d’un rêve particulièrement brouillon. Les événements surgissent on ne sait d’où, les personnages aussi, par exemple Beny le bourreau est présent dans la jungle mais sans voir Alex. Comptons aussi sur les symboles, comme cet enfant au corps de serpent, appelé Zac.

Une conversation s’amorce entre Zac et Alex. Il n’est pas évident de comprendre, que Zac serait le futur enfant d’Alex (en autant qu’il naisse !). On assiste à un échange entre un sage et un rebelle, l’enfant étant le sage qui fait la leçon à son père. La discussion tourne autour du principe de la liberté, ce qui ne m’a pas sauté aux yeux avant la lecture du quatrième de couverture. Dans ce dialogue, entrechoqué des pensées d’Alex qui courent dans tous les sens, il est aussi question de la future mère de Zac – donc conjointe d’Alex. Cette histoire du passé est complexe et comme elle est entrecoupée d’élans oniriques qui surgissent à tout moment, je ne suis pas certaine d’avoir saisi tous les enjeux, à part la présence d’un autre homme dans la vie de la mère.

Ces voyages incessants de la pensée, où le présent aux allures de rêve retourne dans le passé et explore le futur, n’étaient pas faciles à démêler. Le côté intemporel est venu à bout de ma patience, le manque d’ancrage dans du connu aussi. J’ai manqué de points de repères, même celui de l’attachement essentiel à au moins un personnage, même si éthéré. Je me suis accrochée à quelques rares envolées poétiques. Le vocabulaire très recherché, à un point tel que je me suis demandé si on ne voulait pas jeter de la poudre aux yeux, n’a pas aidé cette histoire déjà assez nébuleuse.

« Je suis un germe doué de délitescence. J’écume la lie que mon esprit engendre ; une pensée robuste rôde, indolore, sur la lunule de mon sacrum, et Python me lutine un charabia que lui seul sait étoiler. »

* * *
Pour qui ne connaîtrait pas Jean François Casabonne :

Présent sur toutes les grandes scènes de Montréal, il a participé à plus d'une cinquantaine de productions théâtrales. En 2001, il a publié le récit Du cœur aux pieds aux Éditions Fides et Jésus de Chicoutimi, une perséide de Damas aux Éditions du Silence. En 2003, paraissait chez Dramaturges Éditeurs, une pièce de théâtre intitulée La traversée, oratorio pour voix humaines et, en 2005, un recueil de poèmes, Il lui tient la main avec son nez de cerf, aux Éditions du Silence.

L’homme errata - Jean François Casabonne, Fides, 2010, 120 p.

lundi 16 mai 2011

La Dévorante - Lynda Dion

Bouche Béante
Rarement un titre aura été aussi juste. La femme qui habite cette histoire se sent seule et, du coup, vide, avec cet urgent besoin qu’on la remplisse. À peu près tout le monde a déjà éprouvé un tel sentiment, mais a-t-on fait l’exercice de déplacer au-dessus une puissante loupe? Lynda Dion l’a fait et l’a bien fait. J’ose dire « bien » puisque c’est de cette manière que j’explique l’intérêt que j’ai pris à goûter son histoire. Pourtant, ces temps-ci, je vis une surdose de romans à l’odeur de « je », à la concentration si forte que je n’en sens même plus la mienne !

La connivence que j’ai développée avec cette forte personnalité désemparée ne s’est pas établie dès les premières pages. Comme dans la vie, les rencontres ne sont pas toutes des coups de foudre. Il y a un apprivoisement, mais qui se passe rapidement, tellement l’auteure nous laisse pénétrer chez elle sans détour. Elle n’est pas là pour s’entendre bien écrire mais pour exprimer son besoin urgent d’exister. De s’exprimer. Les mots n’ont qu’à bien se tenir, prêts à servir son urgence de dire.

Le thème de la femme seule qui aime mais trop par son vif désir d’être aimée est presque éculé tellement il a été visité. Et pourtant ! Comme les chansons d’amour, tout dépend de l’angle, du ton, de la vérité pour qu’on soit rejoint sur son île.

L’angle se prend par la chronique, chacune semant des graines poussant dans l’instant, ou quelques chapitres plus tard. Quoiqu’il en soit, les chroniques « chapitres » nous abandonnent presque à chaque fois sur un sain qui-vive. Le style est gourmand, il avale tout sur son passage, même les signes de ponctuation ! Mais la vérité du personnage reste la principale force d’attraction. Le bouquet de la complexité, de la nuance et de la dualité de l’être est placé à l’avant-scène. L’exposition sans complexe des faiblesses de la narratrice est une voie rapide menant au lecteur. Celui-ci peut cheminer et se dire que pour cueillir l’amour de l’autre, il faut tout d’abord s’en porter. L’angoisse de la solitude est décrite sans larmoiement, plutôt dans la quotidienneté, ce qui m’a assurément rejointe.

Vous dire que je n’ai jamais buté sur le défilement des mots sans le repère de la ponctuation serait mentir. À certains moments, le jet roule dans la vitesse et l’harmonie et à d’autres, même ma relecture était ardue ! C’est un défaut dont j’ai su m’accommoder par amitié pour ce personnage attachant qui fait l’histoire.

Quatre autres regards :

Mylène : Dévorer ou être dévoré, telle est la question
Catherine : Femme cherche amour à croquer
Philippe : Chronique d'une solitude
Lucie : Exercice de style

La dévorante - Lynda Dion, Collection Hamac, 230 p. Parution février 2011.

dimanche 15 mai 2011

Voulez-vous la connaître ?

Outre la littérature, quelles autres formes artistiques vous intéressent?

La musique la peinture la sculpture la danse le théâtre m’inspirent pour écrire. Les créateurs surtout. Leur démarche. Je lis beaucoup de biographies. Dans la vie des créateurs il y a toute l’œuvre en substance. On a dit que la forme de La Dévorante empruntait au cubisme. Je suis d’accord. L’histoire est dévoilée en éclats. Chacun des 95 fragments (dé)compose l’image figée que la narratrice a d’elle-même. Comme pour ces femmes assises de Picasso.

Quel est l’auteur dont vous avez lu tous les livres?

La liste est longue. Je n’arriverai pas à choisir. Quand j’aime un auteur je lis tout. Ça commence au collégial avec Balzac et Albert Camus. Après il y a Anne Hébert Anaïs Nin Simone de Beauvoir Marie Cardinal Marguerite Duras Tahar Ben Jelloun Christian Bobin Esther Croft Jacques Poulin Dany Laferrière. Je suis boulimique de lecture.

Avez-vous fait lire votre manuscrit à des proches avant sa publication?

Je veux bien les nommer ici parce que j’ai oublié de les remercier dans le livre. Pierrette Denault et Bruno Lemieux. Sans eux j’aurais avorté encore une fois. Ils m’ont lue au quotidien cet été-là. Ils ont calmé mes angoisses. Fait taire le Grand Doute. Le temps d’en finir avec les pages à écrire. Je travaille en ce moment un deuxième roman. Je dois me faire violence. Pour ne pas abuser de leur gentillesse encore une fois.

Qu’est-ce que l’écriture vous apporte? Quelle est sa place dans votre vie?

L’écriture donne un sens à ma vie. J’ai besoin d’écrire. Je ne peux pas passer une journée sans le faire. Toujours il y a des phrases qui s’écrivent dans ma tête. Enfant j’avais l’impression que ma vie était un film j’étais vue à l’écran. Plus tard j’ai commencé à tenir un journal intime. Pendant des années je n’ai pas su faire la différence entre vivre et écrire. La vie est un roman il me semble. La mienne en tout cas. Dans ses Lettres à un jeune poète Rainer Maria Rilke pose cette question essentielle devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ça a été longtemps ma seule certitude.

Y a-t-il une citation que vous pourriez considérer être comme votre maxime?

Rilke toujours. Cet extrait que je peux réciter de mémoire. « Un an ne compte pas : dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps sans craindre que l’été ne puisse pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout. »

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui ont l’ambition d’écrire et aimeraient être publiés?

Un an ne compte pas. Dix ans ne sont rien. Il faut savoir compter avec le temps. Patience est tout. Et ne jamais se laisser décourager. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis. Écrire ce n’est pas une partie de plaisir. Même si c’est bon. Les heures assises devant l’écran sont exigeantes. Comme le disait Boileau Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Le texte n’est jamais fini. Même si la publication est une belle récompense il n’y a jamais rien de gagné. Un nombre considérable d’œuvres sont publiées chaque année. Être lue par quelqu’un de parfaitement inconnu pour moi c’est ça le vrai miracle. J’étais loin de me douter que j’y prendrais goût autant.

Cette dame pétillante et toute en franchise, c'est Lynda Dion, notre Recrue du mois de mai. Lucie Renaud lui a proposé 40 questions, elle a choisi ces 6 ci-dessus. Et en plus d'avoir écrit La Dévorante et d'être déjà attelée à son deuxième, imaginez-vous, elle a une vie :-) ...
... habite les Cantons-de-l’Est, où elle enseigne le français. Elle est également fondatrice du concours littéraire Sors de ta bulle! qui, chaque année, permet à de jeunes lauréats du secondaire de publier une première oeuvre.
Ma critique de La Dévorante demain, mais si jamais vous ne pouviez attendre jusque là, nous sommes le 15 du mois ..

mercredi 11 mai 2011

L'escapade sans retour de Sophie Parent de Mylène Gilbert-Dumas

Première fois que je lis Mylène Gilbert-Dumas, cette auteure pourtant prolifique.

Sophie Parent pourrait être ma voisine, mon amie, ma cousine. C’est ce genre de femme qui s’efface parce qu’elle ne veut pas de trouble dans sa vie, esclave de son besoin d’harmonie. Elle ne veut déplaire à personne, ni à sa mère, ni même à sa soeur. Est-ce parce qu’elle n’a pas de caractère, les nerfs comme on dit, pour s’affirmer ? C’est ce que nous verrons en suivant de près son escapade.

Il est évidemment crucial de s’attacher au personnage ou, sinon, quel plaisir, ou quel désir, aurait-t-on de suivre ses péripéties ? Les sept premiers chapitres nous font visiter la prison plaquée or de cette enseignante, épouse et mère de deux adolescentes. Le mari est un goujat, les ados, des monstres d’égoïsme. On n’y va pas avec le dos de la cuillère, seulement 50% de ce régime et je gage que n’importe quelle femme avec une colonne prend les jambes à son cou ! Ça m’est apparu un peu gros. J’imagine qu’il était important d’installer cette situation intenable pour aller chercher l’assentiment complet du lecteur ; quoique Sophie fera, elle aura sa bénédiction.

La suite nous transporte dans une aventure rocambolesque, plus loin que le Canada et la routine. J’ai beaucoup aimé cette part de voyage initiatique en condensé et en intensité. J’avalais les pages, me laissant à peine le temps de les digérer, tellement ce qui arrivait à Sophie était trépident. Et montais en moi la peur blanche qu’elle retourne à sa case départ, fugitive frayeur cependant, puisque je n’avais qu’à me rappeler le « sans retour » du titre. J’interroge d’ailleurs cette indication explicite du « sans retour », j’aurais bien pris plus d’inquiétude encore !

Vient ensuite la plus grosse partie du roman, la réhabilitation de l’estime de Sophie Parent. À cette lecture, une phrase est née dans ma tête « Si Dieu pouvait donc prendre soin de ses ouailles aussi bien que Mylène Gilbert-Dumas prend soin de ses personnages ! ». J’ai trouvé apaisant, nourrissant même, d’être témoin de l’éclosion d’un moi, jadis si soumis, et le voir prendre de la vitesse sur la voie de l’indépendance sur des essieux bien huilés.

Ce qui amplifiait le plaisir de la lecture est le fond du décor où se dénoue le périple; un village solidaire. D’habiter ce lieu en compagnie de Sophie Parent, c'est plus que ravigotant, c’est enrichissant. On trouve moyen d’y apprendre les lois de la nature, qui sont tout, excepté tendres. On prend part au jardinage, au voisinage, au ménage, au « cuisinage » ! En compagnie d’une voisine au caractère fort, Sophie à qui on s’est intimement attachée, outrepassera allègrement les règles de l’indépendance.

Cette histoire démontre cette loi fondamentale ; le respect des autres se gagne par la force de l’élémentaire respect que l’on se doit. Et surprise, on découvre un délicieux bonus à la fin du volume, un cadeau gourmand de l’auteure !

Un succulent souvenir de lecture pour son côté aussi réconfortant que captivant.

L'escapade sans retour de Sophie Parent, Mylène Gilbert-Dumas, VLB Éditeur, date de parution mars 2011, 352 pages.

lundi 9 mai 2011

Prix des libraires ...et les lauréats sont ...

CATÉGORIE QUÉBEC
1 Je voudrais qu’on m’efface, Anaïs Barbeau-Lavalette (Hurtubise)
2 La canicule des pauvres, Jean-Simon DesRochers (Les Herbes rouges)
3 Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier (Boréal)
4 Petite armoire à coutellerie, Sabica Senez (Leméac)

Qui manque à l’appel ?
  • LA CONSTELLATION DU LYNX, LOUIS HAMELIN
Lauréat pour sa passionnante fresque !

En plus des milliers de félicitations qui vont fuser de toutes parts, à commencer par les miennes, Louis Hamelin recevra 2 000 $ du Conseil des arts et des lettres du Québec et une oeuvre de l'artiste Louis-Georges L'Écuyer. En plus, l'Association internationale des études québécoises (AIEQ) lui offre la possibilité d’effectuer une tournée de promotion dans l'un des pays étrangers où elle a des membres.

Commentaire de Caroline Le Gal de la Librairie Monet à Mtl :
«Avec sa plume acerbe et tranchée, Hamelin nous entraîne dans un tourbillon historique, où sont révélés des faits jusqu’ici cachés au public. Une fiction intense, saisissante de vérité. Une lecture obligatoire.»
CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC
1 Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Énard (Actes Sud/Leméac)
2 L’homme inquiet, Henning Mankell (Seuil)
3 Purge, Sofi Oksanen (Stock)
4 Sukkwan island, David Vann (Gallmeister)

Qui manque à l’appel ?
  • ROSA CANDIDA, AUDUR AVA ÓLAFSDÓTTIR (Éditions Zulma)
La lauréate pour son envoûtant roman !

Commentaire de Robert Boulerice de la Librairie Le Parchemin à Montréal :
«Un roman initiatique où les valeurs traditionnelles ne sont plus à rejeter, devenant même des catalyseurs pour acquérir la plénitude et, ce, sans clichés ni moralisme. Ce livre d'une belle candeur offre une expérience de lecture remplie d'une tendresse qui nous atteint profondément. C'est un magnifique hommage à la vie qui continue, malgré tout ce qui peut advenir.

PLACE À LA JEUNESSE !
Si vous désirez voir les couvertures, vous avez beau les reluquer sur le site du Prix des libraires du Québec (vous y découvrirez également les lauréats Hors Québec).

Albums 0 à 4 ans
Ce qui peut arriver quand Mélina et Chloé se font garder (Mon commentaire)
Texte: Martine Latulipe / Illustrations: Fil et Julie (De la bagnole)

Méchant Coco - Le journal secret de Jojo Sapino
Texte: Lucie Papineau / Illustrations: Philippe Béha (Dominique et compagnie)

Le roi de la Patate
Texte et illustrations: Rogé (Dominique et compagnie)

Sans toi! (mon commentaire)
Texte et illustrations: Geneviève Côté (Éditions Scholastic)

Floup et le bonhomme de neige
Texte: Carole Tremblay / Illustrations: Steve Beshwaty - (Éditions Imagine)

Le pire des papas
Texte: Danielle Simard / Illustrations: Bruno St-Aubin - (Éditions Imagine)

Roselyne Rutabaga remue ciel et terre !
Texte et illustrations: Marie-Louise Gay - (Dominique et compagnie)

Zut! Flûte a peur
Texte: Claire Chabot / Illustrations: Geneviève Després - (Dominique et compagnie)

Albums 5 à 11 ans
Ariane et son secret
Texte: Sylvie Frigon / Illustrations: Isabelle Malenfant - (Du remue-ménage)

L'école des gars
Maryse Peyskens (Dominique et compagnie)

Ma petite amie
Texte: Alain M. Bergeron / Illustrations: Sampar (Soulières éditeur)

Mesures de guerre
André Marois (Boréal)

Arthur et la sorcière du bout du lac
Texte: Johanne Mercier / Illustrations: Christian Daigle (Dominique et compagnie)

Les voyages de Philibert Tanguay: L'ère glaciaire dans la glacière
Texte: Sylvie Desrosiers / Illustrations: Rémy Simard (La courte échelle)

Mémère et ses cinq monstres
Texte: Christiane Duchesne / Illustrations: François Thisdale (Hurtubise)

La revanche du myope
Marc-André Pilon (De Mortagne)

Romans 12 à 17 ans
21 jours en octobre
Magali Favre (Boréal)

Daphné, enfin libre
Sandra Dussault (Vents d'Ouest)

La fille d'en face
Linda Amyot (Leméac)

Mademoiselle Adèle
Cécile Gagnon (Hurtubise)

Chronique d'une sorcière d'aujourd'hui 1- Isabelle
Angèle Delaunois (Michel Quintin)

Les disciples de Kaïros
Anthony Mak (Leméac)

La fille qui rêvait d'embrasser Bonnie Parker
Isabelle Gagnon (Du remue-ménage)

Une bougie à la main
Gisèle Desroches (Boréal)

Photo de Louis Hamelin et Nicolas Dickner prélevé du site officiel de Nicolas Dickner.