Faites comme chez vous

Faites comme chez vous
c'est recevant !

jeudi 11 novembre 2010

Un Prix pour chaque livre

Un Prix pour notre professeur !

Notre prof d’atelier d’écriture, Michèle Plomer, ne va pas que voyager en Chine, avec cette nouvelle fraîche, la France l’attend ! Comment le dire mieux que Sylvianne Blanchette de la Librairie Vaugeois :

Nous ne pouvions passer sous le silence que l'auteure de HKPQ, notre chouchou par excellence s'il en faut un, a reçu le Prix littéraire France-Québec! Ce prix, accompagné d'une bourse de 5000 euros, aide à diffuser et à mieux faire connaître en France les romans publiés au Québec. Si ce n'est pas déjà fait, nous vous suggérons fortement la lecture de ce sympathique roman. Nous le recommandons chaudement à nos clients depuis presque deux ans maintenant et nous ne nous en lassons pas! Merci à Mme Plomer d'avoir créé de si charmants personnages comme Poissonne et de nous faire visiter Hong Kong à travers ce sublime récit!

Prix en argent sonnant

Les cinq finalistes du Grand Prix du livre de Montréal de l’édition 2010 viennent d’être annoncés. Voici les cinq potentiels récipiendaires de la bourse de 15 000 $ :

¤ Marie-Claire Blais, Marie au bal des prédateurs (Boréal)
¤ Louis Hamelin, La constellation du lynx (Boréal)
¤ Perrine LeBlanc, L’homme blanc (Le Quartanier)
¤ Miguel Syjuco, Ilustrado (Penguin)
¤ Élise Turcotte, Ce qu’elle voit (Noroît)

C’est le 16 novembre que nous connaîtrons le lauréat de la bourse de 15,000 $. Je ne voudrais pas décourager personne en le disant, mais se frotter à La constellation du lynx, hum ... ce sera pas évident de s’en tirer gagnant. Même si j’essaie d’éviter les pavés (600 pages), je vais être « obligé » de le lire celui-là !

Prix en devenir

Aujourd’hui est la première journée de délibération du jury pour le Prix des Libraires. C’est mon prix chouchou, sans vraiment trop savoir pourquoi. Peut-être parce que je le sens plus près de moi, peut-être est-ce parce qu’il m’apparait avoir une incidence plus marquée sur les ventes, peut-être parce que l’opinion des libraires m’importe ... enfin, j’imagine que c’est pour tout ça !
Donc, une palpitante histoire à suivre pour moi et ... pour nous ?

C’est pas chouette !!! - - -Tiré du magazine Le Libraire :

Un scandale aussi tragique qu’absurde a éclaté la semaine dernière en Inde. Selon le ministre de l’Environnement du pays, Jairam Ramesh, le succès d’Harry Potter menacerait en effet la population de chouettes d’Inde.

Dans Harry Potter à l'école des sorciers, une chouette au plumage blanc nommée Hedwige est offerte à Harry pour son 11e anniversaire. L’oiseau majestueux devient, jusqu’au dernier tome de la série, le fidèle compagnon du jeune magicien.
Or, la fascination pour la saga de J.K. Rowling pousserait les jeunes lecteurs du monde entier à exiger leur propre chouette Hedwige, faisant accroître de façon inquiétante la contrebande d’oiseaux provenant de l’Inde.

Pour le ministre de l'Environnement, la chute de la population de chouettes serait ainsi causée par la vente de ces volatiles offerts aux enfants en guise de cadeau d'anniversaire.
Informée de la situation, Rowling en personne est intervenue pour demander au peuple de cesser cette exportation, rappelant l’aspect cruel de ce commerce.

Illustration tiré de ce site

lundi 8 novembre 2010

Je ne veux pas mourir seul - Gil Courtemanche

“À la première femme qui parce qu’elle est la première devient la dernière femme » - Cet exergue donne un indice révélateur ; ce roman autofictif parle plus d’amour que de mort.

Sous ce titre, Gil Courtemanche, journaliste et romancier reconnu pour son franc-parler et son côté dénicheur de réalités méconnues, fait plus que s’épancher, il se confesse. Et je vous prie de me croire que je n’abuse pas du mot « confesser ».

Il recevra le congédiement de celle qui l'aime depuis huit ans, par courriel. Ça donne un choc : « La mort est plus subtile, c’est un cancer qui s’annonce, un courriel qui dit « Je te quitte ». Et quelques raisons suivent. Elle est en Afrique, moi en Europe. Je croyais que nous étions heureux et me voici mort ou presque par un simple courriel. » Cet homme, qui a reçu sa première condamnation par courriel, en recevra une autre : cancer du larynx. C’est à prendre ou à laisser ! L’option de « prendre ou laisser », il la jaugera tout au long du roman divisé par chapitres qui alternent entre la vie et la mort. Peu de différences entre les deux qui se côtoient intimement dans sa situation d’homme réalisant dans la souffrance l’ampleur de l’amour qu’il portait pour Violaine.

C’est la déclaration d’amour la plus troublante que j’ai lue jusqu’à date, puisque je n’y ai trouvé aucune culpabilité malsaine, ou ton plaintif, ou état de victime à défendre. S’entend le cri douloureux de l’éveil de l’homme réalisant combien il a raté d'occasions d’exprimer l’intensité de son amour, et pour toutes sortes de raisons sottes ... qu’il confesse sans se ménager. Je me suis bien sûr demandé si cet acte de lucidité et d’humilité n’était pas un dernier cri lancé à l’aimée. Qu’elle entende au moins la clameur vibrante de son amour qui survit, et même grandit, à son départ.

Le récit s’intensifie de cette bataille pour garder sauve sa vie, tandis que Gil Courtemanche n’y tient pas. Voici le cœur même du drame. « Car, dans ce testament, je ne veux léguer qu’une chose : cet amour absolu qu’elle n’a jamais compris. [...] Des mots, même inspirés par la mort qui rôde autour du stylo, ne seront toujours que des mots qu’elle ne lira qu’après mon décès. Peut-on léguer une douce caresse, un regard admiratif, l’ennui d’un parfum ? »

Eh bien, oui, on le peut, monsieur Courtemanche, on le peut, puisque vous l’avez fait. Cependant, votre lègue ne sera peut-être pas relevée par la personne visée, mais à d’innombrables autres. Et je l’espère, pas seulement aux femmes, aux hommes aussi. « Le besoin n’est pas la dépendance, ma chérie, c’est la reconnaissance de la force et de la richesse de l’autre. Ce n’est pas non plus un jugement négatif sur soi, un aveu de faiblesse, c’est l’acceptation du fait qu’exister seul et sans besoin d’un autre est une forme de pauvreté ou d’orgueil mal placé. »

Et sa déclaration d’amour posthume de continuer de vivre au-delà du temps :

« Avant toi, je ne savais pas que l’on pouvait mourir du souvenir d’une crème du matin au parfum d’amande. Je ne savais pas que le bruit des pas qui reviennent à la maison pouvait enchanter plus que toutes les récompenses et les prix du monde ».

Et c’est un homme qui en a reçus qui l’affirme.

mercredi 3 novembre 2010

D'un pont à l'autre

Parce que du plus personnel m’occupe, le Passe-Mot ne passe pas le mot très souvent. Ce soir, je le refile à la plus silencieuse des Babillardes qui s'éveille pour vous conter fleurette et sa vie de château*. Si ça vous intéresse, passez la visiter, elle adore !
Peux quand même pas me sauver sans un mot sur la littérature, non mais quand même, je sais vivre !
Il me reste que quelques pages à lire de « Je ne veux pas mourir seul » de Gil Courtemanche. Je suis déjà à même de dire que je comprends tout à fait qu’il soit en lice (titres ci-dessous) pour le Prix du public du Salon du livre de Montréal :
Nelly Arcan, Paradis clef en main (Coups de tête)
Gil Courtemanche, Je ne veux pas mourir seul (Boréal)
Michel David, Un bonheur si fragile (Hurtubise)
Delaf et Dubuc, Les Nombrils - Duel de belles (Dupuis)
Nadine Descheneaux, Les Secrets du divan rose - Oui, non… peut-être? (Boomerang)
India Desjardins, Le Journal d’Aurélie Laflamme (Intouchables)
Dany Laferrière, L’énigme du retour (Boréal)
Jean-Jacques Pelletier, La faim de la terre (Alire)
Michel Rabagliati, Paul à Québec (La Pastèque)
Louise Tremblay-D’Essiambre, Mémoires d’un quartier (Guy Saint-Jean)
Fait notable, sur les dix finalistes : deux auteurs disparus et deux bandes dessinées. Et quant à être dans le sujet, bande dessinée/salon du livre de Montréal, Marsi y sera doublement cette année.
Le samedi 20 novembre, grosse journée pour Marsi ! Au kiosque Glénat-Québec, il donnera une séance de signatures pour « Une partie de pêche » à 13 h, avant même que cet album (collectif) soit lancé quelques heures plus tard à 17 h. Suivra au kiosque La Pastèque, à 18 h 30, une séance de dédicaces pour Miam miam fléau qui continue son petit bonhomme de chemin. Petit bonhomme ira loin ! Je pêche pour ma paroisse bien sûr, et ça ne fait de mal à personne, puisque toutes les paroisses sont bienvenues !
À notre retour de Québec, en mission de repérage pour Colis 22, le projet dans lequel Marsi travaille fort, je vous donnerai mon impression du roman très personnel de Gil Courtemanche « Je ne veux pas mourir seul ».
À très bientôt !
* Photo du Château de Frontenac que j'ai été dans l'impossibilité de rajouter à La Babillarde.

samedi 30 octobre 2010

Nos échoueries - Jean-François Caron

La Recrue du mois.
À visiter ... on s'est mis beau ! Et nous sommes maintenant un webzine.

Avec du Gilles Vigneault en exergue, je m’attendais à un style poétique et sur ce point, pas de déception.

En fait, je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi je devais forcer mon attention pour ne pas quitter Sainte-Euphrasie, puisque je n’avais rien, tout au contraire, à reprocher à une langue de très haute qualité.

Serait-ce parce que l’auteur nous confine dans un village et que nous y naviguons, non par le cœur des gens, mais par la langue justement, et ses très nombreuses descriptions ? Pourtant, je ne suis pas du genre à sauter les descriptions pour passer à l’action quand je suis tenue par une intrigue mais, à un moment, comme dans n’importe quoi, trop c’est trop.

Malgré tout, ma réponse à ma difficulté à me concentrer, certains diraient embarquer, m’apparaît incomplète. Je me souviens d’ailleurs où j’ai commencé à décrocher ; un certain chapitre où le nouvel arrivant au village vole un matelas abondamment souillé abandonné derrière l’hôtel voisin. Qu’il soit si troublé de voler un déchet m’a franchement égarée. C’est dans la maison de son enfance vidée qu’il couchera sur ce qu’il nomme « son matelas de suicidé ». Suis-je passée à côté d’une part de la symbolique; les personnages importants de son exil disparaissent et je n’ai pas su en comprendre le sens, pas plus que la symbolique du matelas, du feu, de la Farouche en Marie.

Cependant, j’ai cédé à l’intrigue de la relation avec sa Marie, à qui il s’adresse tout au long du récit. Cette part m’apparaissait claire, malgré un questionnement intense et les nombreuses nuances. D’ailleurs, la fin m’est apparue forte.

Je le répète, j’ai apprécié la justesse de la langue, trouvé original l’emploi du futur projeté dans le présent du récit et suis resté coite d’admiration devant l’esthétique de certains phrasés. Cependant, m’a irrémédiablement manqué une relation plus directe avec les personnages, avec cette impression dérangeante qu’un filtre m’empêchait de les rencontrer.

Et si l’option était de nous faire ressentir l’ennui de vivre dans ce village qui se meurt à petit feu, eh bien, mission réussie, je me suis identifiée au personnage heureux de le quitter !

Quatre autres opinions à La Recrue, une présentation de l'auteur et des questions. Nous y allons à fond. Vous saurez tout ... ou presque !

mercredi 27 octobre 2010

Écriture quand tu nous tiens

Bon, me voilà ! Pas mal occupée ces temps-ci, je me suis enfin attelée à un projet d’écriture personnelle. Et ce ne sera pas un roman, plutôt un récit, appelons ça un témoignage. J’en ai pour au moins un an à l’écrire et il y a une excellente raison pour cela, que je ne peux et ne veux pas dévoiler tout de suite. Un peu comme l’embryon dans le ventre, certaines mères l’annoncent haut et fort dès les premiers jours du « oui », d’autres attendent et c’est souvent des personnes qui ont peur de la fausse couche. J’ai peur de la fausse couche. Pour une fois que je suis décidé à coucher mes mots dans un projet de longue haleine !

Et de un !

De deux, je me suis jointe à un atelier d’écriture avec Michèle Plomer. Quand une de tes écrivaines préférées, habitant à une quinzaine de kilomètres de ta demeure part un atelier intitulé « Terre à terre », d’une durée de six semaines, tu ne te fais pas prier. En plus, j’ai un bonus, Marsi y participe aussi ! En cette première soirée de rencontre hier, Marsi a été le bonus mâle pour huit femmes. Les femmes sont lectrices et sont écrivaines, les femmes aiment les mots, qui dira le contraire !

Pour mon plus grand plaisir, Marsi s’est senti très à l’aise. Submergé par un projet de roman graphique, ça tombe en plein dans ses préoccupations du moment. Et puis, il faut le dire, le groupe est très sympathique. Des femmes allumées ! Certaines forment déjà un groupe qui se rencontrent régulièrement pour s’encourager, s’aider mutuellement, et c’est chacune leur tour qu’elles remplissent le rôle d’animatrice. J’ai aimé voir le respect se dégager des unes envers les autres.

Et l’auteure, elle, Michèle Plomer ? Elle a une manière de nous faire travailler, en ne nous martelant pas son savoir, nous aidant plutôt à aller chercher nos réponses. Elle réussit à passer son message, comme si on l’avait trouver toutes* ensemble. Ainsi, je me dis que l’info risque d’aller s’imprimer sur les méninges et d’y rester. En conclusion, je suis très contente de ce que j’ai vu et appris, qui s’annonce très différent de l’atelier « Comment entreprendre son premier roman » avec l’auteur, André Jacques , spécialiste du roman policier. Lequel j’avais aussi beaucoup apprécié. L’occasion de voir sous deux angles différents, c’est ce qui me plait.

En quittant pour mieux vous revenir, je précise que je mettrais bientôt en ligne ma critique sur Nos échoueries de Jean-François Caron. C’est La Recrue du mois d’octobre, mais je ne l’ai pas encore amenée par ici comme je le faisais auparavant. C’était mon astuce pour vous amener à aller vous balader sur notre site renouvelé de fond en comble. J’ai terminé la lecture de la prochaine œuvre sur la sellette le 15 novembre, nous devons maintenant remettre nos « papiers » deux semaines à l’avance. Le suspense demeure entier, webzine oblige !

* pour la circonstance, je fais gagner le féminin sur le masculin !

lundi 25 octobre 2010

Éparpillé de Benoit Roberge

Vous filez pour du léger, très léger, pour de la « chick lit » masculine, vous aimez l’humour en général et l’humour caustique en particulier, cette histoire d’un coup de foudre au cœur d’un été montréalais est peut-être pour vous.

Mais il n’était pas pour moi.

Je commence à conclure que moi et l’humour de Benoit Roberge, nous nous accordons moins que plus. Ce qui me permet de l’avancer est ce Cas Roberge, film que j’ai vu au cinéma. J’ai réalisé qu’à la toute fin qu’il s’agissait du même Benoit Roberge, réalisateur, scénariste et maintenant romancier (son premier).

J’ai écouté l’homme en entrevue, je le trouve sympathique, mais un peu brouillon. Éparpillé est à son image. Je ne nie pas avoir savouré quelques unes de ses critiques sociales bien tournées, surtout avant que la foudre transperce son cœur de bord en bord. Le personnage nommé Louis de Gonzague tombe éperdument amoureux d’une serveuse qu’il lui sert un jour son café dans une Croissanterie. Et qui disparait, s’éclipse, ne revient plus jamais travailler à ce Café. Qu’il regrettera d’avoir manqué l’occasion de se faire valoir à ses yeux ! Il lui a cependant laissé un petit message sur papier blanc.

Le fait qu’il passera sa vie à l’imaginer, la rêver, la chercher m’a lassé. Il en met tant et tant sur cette femme (évidemment le propre de la chick lit), que ça en devient pathétique. Son humour rase-mottes ne soulevant plus que de la nostalgie et de l’apitoiement, il devient une victime, et une victime porte moins bien l’humour mordant, vous ne trouvez pas. Peut-être que son esprit drolatiquement spirituel aurait sonné autrement n’aurait été de ce grand coup du destin.

Il ira la chercher dans tous les coins et, même en Europe, sa serveuse londonienne aux lunettes surdimensionnées. Je vous donne une idée de cette apparition de ses rêves :

« Pour se tenir en équilibre et se mouvoir avec fluidité dans l’espace, elle porte des souliers plats du genre petite Chinoise soumise. Aux pieds d’une granola défraîchie, ces mocassins provoqueraient en moi une profonde répulsion, mais elle, elle les porte divinement bien. L’ouverture sur le dessus laisse deviner un pied blanc et tendre au bout duquel fleurit un crescendo d’orteils savoureux et morphologiquement parfaits. Pour la saveur, je sais, j’anticipe effrontément. Mais comme j’aime anticiper, je dirais nougat suisse et miel d’Orient. Les chevilles sont fines. Mais je devrais les qualifier autrement, parce que des chevilles fines, on entend ça tous les jours. C’est commun, des chevilles fines. C’est banal. C’est comme des joues creuses, des nez aquilins et des mentons proéminents. »

Service de presse
- Éparpillé de Benoit Roberge, Éditions Les Malins, 196 p.

jeudi 21 octobre 2010

Il y était une fois les blogueurs

Samedi, le 9 octobre, j’ai vécu une grosse soirée. Ce genre de moment qui rallie la vie virtuelle, dans laquelle je passe énormément de temps, avec la réelle.

Cette soirée est venue du désir de Sandra Gordon à son premier roman, Les Corpuscules de Krause, d’un lancement sans prétention et flafla, juste du réchauffement de cœurs. Cette Sandra, avec son blogue La Cour à Scrap, s’est attiré plusieurs adeptes virtuels. Dont, moi. Dans son espace, qui m’intimidait au début, je stationne régulièrement mon imagination, il y règne cette liberté d’expression qui sonne comme une invitation.

Ce lancement a trainé dans son sillage deux événements; la rencontre d’une vingtaine de blogueurs autour d’helenablue, grande blogueuse devant l’éternel, venue expressément de Lille en France pour y assister (!!!), suivi de près par la prestation musicale de Masatak (L’homme renversé). Cet happening livre qui unit, réunit, fait la fête, n’aurait pas atteint cette réussite sans un tisseur de liens, Christian Mistral, que j’ai eu, enfin, le plaisir de rencontrer. Il était à peu près temps !

Justement, le plus frappant pour moi fut de rencontrer des personnes dont, pour la grande majorité, j’avais rencontrées dans l’antichambre de leurs mots seulement. En général, c’est la méfiance dans ce genre de « blind party » ; comment faire confiance à des gens camouflés derrière des écrans, le risque est grand de s’y aventurer sans ceinture de fausseté. C’est vrai que tout aurait pu arriver, qu’on se regarde de travers, que des tensions pointent jusqu’à prendre des chocs électriques, et presque pire, que le son sonne faux. Eh bien, désolé de décevoir les plus pessimistes : non, tellement non ! Il régnait dans ce Bar l’Absinthe plus que du respect, c'est l’admiration qui circulait d’une tête à l’autre, et l’association des pseudos avec cette tête qui le porte s’accompagnait de sourires heureux et victorieux « C’est lui ! C’est elle ! ». Même exclamation qu’à la découverte d’un trésor ! Et c'était ça aussi qu'on découvrait, des trésors.

S’aimer déjà avant de se rencontrer, n’est-ce pas un peu magique ? Ça donne toute la valeur aux mots, serviteurs de l’esprit. L’apparence ne précédant pas l’esprit, elle ne fait pas sa loi instantanée parce que conditionnée. J’aime l’idée. Elle me fait penser à la frappante histoire de Cyrano de Bergerac qui a passé à côté de l’amour de sa vie, à ne pas assez faire confiance à ses mots d’esprit.

Ce ne fut pas pour autant une soirée de mots, non justement, il s’en était déjà tellement échangés, et depuis si longtemps, ce fut plutôt une soirée de regards. Une soirée où se voyait de l’assouvissement dans les yeux qui regardent la forme de l’autre pour s’en repaître. Réaliser que les quelques déguisements derrière les écrans en sont des heureux, des imaginatifs, où l’auteur d’un personnage dépasse son personnage. De voir s’articuler les auteurs de blogues, d’entendre leurs échos de voix résonner dans un joyeux brouhaha, m’a nourrie. D’un mouvement lent et concentré, le virtuel rejoignait le réel, et les deux s’unifiaient. S’unifiaient mes deux vies. Je me suis vue et vécue dans un seul morceau cette soirée-là.

Marsi était présent, lui qui navigue peu dans les eaux virtuelles, mais il était loin d’être le seul, je pense au conjoint d’helenablue, au conjoint de Maxime, à la conjointe de Christian Mistral. Ces fidèles compagnes, compagnons, j’ai cru les voir boire à même notre folie effervescente.

Bien entendu, je ne suis pas la première à parler de cette soirée mémorable, plutôt même la dernière ! Si vous êtes curieux de nous surprendre en pays de reconnaissance, de un, Christian a créé un montage avec les photos de Patrick Natier, conjoint d'helenablue qui, bien sûr nous entretient de son expérience québécoise de quatre jours avec verve et émotion. Eh là, là juste avant de mettre en ligne, je découvre un montage à la touche personnelle helenablue, un Carnet de voyage qui prend au coeur, illustre son propos et rejoint le mien.

Et bien évidemment à lire absolument les commentaires de Sandra Gordon par qui tout a commencé ...

Et continue !

* * *
Photos, regardez-y les yeux :
1. Sandra Gordon dédicace sous trois paires de yeux passionnés, ceux de sa soeurette, les miens et ceux de Maxime.
2. Christian Mistral, une tête au-dessus, l'oeil heureux !
3. helenablue, femme si comblée par une poutine, qu'elle s'en ferme les yeux (pour ne pas voir le gras j'imagine) !
4. Ces blogueuses ne s'étaient jamais vues : Mc Doodle et Sandra. Elles se dévorent des yeux.
5. Les yeux du si précieux photographe, Patrick Natier.

lundi 18 octobre 2010

Lancement collectif : 42 auteurs

Je l’ai promis de vous glisser deux mots sur le sprint de ma présentation de 42 auteur-es, et bien sûr que dans mon cas, deux mots égalent deux cents. Minimum !

Je vous raconte. Nous arrivons au Salon du livre de l’Estrie un peu avant 18 h, nous nous dirigeons vers le kiosque de l’Association des auteurs (AaaCe), très bien situé cette année, occupant un coin et plus espacé que l’an passé. Ce n’est pas un luxe si l’on considère la quantité d’auteurs exposés, la majorité des maisons d’édition en ont rarement autant. Marsi s'installe, prenant la place de July Giguère qui finissait une séance de dédicaces pour son recueil de poésie « Rouge, presque noir ». Pour les deux ; aucune visite, aucune vente. C’est que le Salon était, à cette heure, assez désertique. Pendant que Marsi attend sa visite bien calé dans un fauteuil bas, tout petit derrière sa table, et qu'Hélène en charge du kiosque se désâme pour attirer les visiteurs, je suis partie à la recherche de la Salle Alfred Desrochers. Arrivée trop tôt, pas un chat, que le technicien au fond de la salle, je rebrousse chemin, reluquant au passage des kiosques pleins de livres et vides de monde. Je retrouve Marsi en discussion animée avec Mylène Dumas-Gilbert, une fidèle au poste, campant presqu’au Salon, tellement elle tient de séances de signature dans diverses maisons d'édition.

Bientôt 19 h, je retourne à la Salle, empressée de vérifier ma longue liste de huit pages avec Francine qui avait monté les fiches de chaque auteur accompagné d’une photo de leur œuvre sur écran géant. En fait, c’est cette liste que j'ai mise à ma main (et à ma vue !) qui m’a sauvée du bafouillage et des hésitations et m’a permise de m’abandonner à la salle et aux écrivains qui se levaient quand je les nommais. L’assistance a vite compris que les applaudissements iraient aux écrivains présents, pas les absents, ce qui fait que la cérémonie s’est vu accélérée. On m’avait demandé de ne pas outrepasser 45 minutes, et même 30 si possible, j’ai accompli le tout en 18 minutes ! On m’en a félicité puisque la cérémonie a commencé 15 minutes plus tard. On attendait, entre autres, le photographe .... Le photographe improvisé, nul autre que mon Marsi qui est arrivé à la rescousse palliant au fait que personne n'avait d'appareil photo. Une fois mon homme assis dans l’assistance, il ne pouvait plus rien m’arriver ! J’attendais mon tour, en écoutant le discours de la présidente, Suzanne Pouliot, assise confortablement sur un sofa sur la scène, ce qui m’a aidé grandement à rester calme. Comme si j'étais dans mon salon !

Heureusement que le lancement des 42 auteurs s’est déroulée prestement, puisque les deux présidents de jury des six oeuvres finalistes, trois pour le Prix Alfred-DesRochers :

Les chevaux approximatifs - un hommage aux formes de Michel Garneau
Feu blanc – Contes de la lune d’Éric Gauthier
Nous ne vieillirons pas de Patrick Nicol

Et trois pour le Prix Alphonse Desjardins :

Le tombeau de Carlo Michelstaedter de Jacques Beaudry
Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont
Archiver l’anarchie : le Capital de 1969 de Jacques Julien

ont tous deux donné une appréciation étoffée de chacune des œuvres en lice. Mais, il fallait des gagnants et les derniers furent les premiers !

Prix Alfred-DesRochers : Nous ne vieillirons pas de Patrick Nicol
Prix Alphonse Desjardins : Archiver l’arnachie de Jacques Julien

Fait assez cocasse, Jacques Julien (à gauche sur la photo) a déjà été le professeur de littérature de Patrick Nicol (à droite).

* * *

Malgré ma fierté d'avoir sorti mon épingle du jeu, je suis partie bien désolé du manque de dynamisme que j’ai cru percevoir dans ce Salon du livre de l’Estrie ce soir-là ... un vendredi quand même ! L’utilité d’un Salon à notre ère est une toute autre question et certains dans le milieu se la posent.

jeudi 14 octobre 2010

15 OCTOBRE

Demain est un grand jour. Quasiment trop grand pour moi.

Premièrement, il y a le nouveau site de la Recrue et toutes les surprises qu’il recèle. Il est prêt. Mais je ne l’ai pas vérifié personnellement ... il est verrouillé ! Un peu comme les futurs mariés qui ne se voient pas la veille, histoire de mieux se retrouver, habillés dans du beau et du nouveau. Depuis presque un mois, il est sous clé, pour préserver l’entièreté de la surprise.

Alors, demain, je découvrirai La Recrue en même temps que vous. C’est ça l’idée, ne pas lire à l’avance ce que les autres rédacteurs ont écrit. J’ai hâte. Vraiment, vraiment hâte. Un dodo et puis ça y est !

On va s’en reparler n’est-ce pas ? Vous me direz qu’est-ce que vous en pensez, si nos changements vous plaisent.

Et de UN !

De DEUX maintenant. En ce 15 octobre se rallient deux de mes passions : la scène et la littérature. En effet, je présenterai La Grande Cuvée : 42 œuvres d’auteurs des Cantons de l’Est au Salon de L’Estrie qui s’illustre cette année. Comme je fais partie du conseil d’administration de l’Association des auteures et auteurs des Cantons de l’Est (AaaCe), on me l’a demandé et j’ai accepté avec plaisir. Malheureusement peu de temps est alloué à chaque auteur Imaginez-vous un lancement collectif de 42 auteurs !! et dans la même cérémonie, deux distributions de Prix, Alfred-DesRochers et Alphonse-Desjardins. Il y aura six finalistes dans la salle - trois pour un et trois pour l’autre - assis sur des charbons ardents.

Je vous tiendrai au courant, je vais être en première ligne de l'information.

Demain, c’est aussi l’anniversaire du départ de ma chère maman. Alors, ce fameux 15, une journée chargée dans mon cœur et dans mon corps.

Je voulais vous le dire.

À plus !

mercredi 13 octobre 2010

Abandon de lecture (et Marsi à Pyramide)

J’ai branlé dans le manche avant de vous écrire ce billet. Premièrement, par manque de temps, l’excuse classique. Et là me voici à l’extrême limite ; dans moins d’une heure, une des nouvelles sera passée date ! Alors, celle-là, je vous la dis tout de suite : Marsi passe (ou passera) à l’émission Pyramide à 17 h (nous sommes mercredi, le 13 octobre). Il est un des concurrents, alors si ça vous tente de lui voir la binette quand il est stressé, vous avez beau !

Ma deuxième nouvelle peut prendre des tournures de sondage. Êtes-vous au courant que certains blogues littéraires, comme le mien par exemple, reçoivent des livres en service de presse ? Si vous vous en doutez sans en être certains, je vous le confirme là, tout de suite, dans l’instant, c’est oui.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est qu’après réflexion, j’ai une question à vous poser : est-ce que ça vous intéresserait que je rajoute cette info à la fin du billet : « service de presse » ? Bien plus que ça, je devrais, toujours si ça vous intéresse, rajouter « service de presse approuvé » (par moi), puisque je reçois aussi des surprises, ce qui fait une nette différence pour moi. Quand il est approuvé, c’est que le livre m’attire, quand il ne l’est pas, je serais probablement passé à côté. Je fais des trouvailles intéressantes bien sûr, mais l’inverse est aussi vrai, je peux être déçue, entendre par là que je peine à terminer le roman. Je suis peut-être plus catholique que le pape mais je me suis toujours fait, jusqu’à date, un honneur de lire chaque service de presse. Mais ... mais... je commence à penser à me rajouter de la latitude ; quand je n’ai pas approuvé un service de presse, j’ai l’intention de me donner la permission de l’abandonner, si la lecture est le moindrement ardue. Je vais vous dire pourquoi. Pendant ce temps, certaines de mes lectures choisies ou reçus en cadeau et certains services de presse approuvés attendent sur une tablette qui commence à caler vers le bas, courbée dans un dangereux rictus. Pauvre tablette ! ...

Je ne transposerai pas toute l’émotion sur ma tablette ... non, il y a aussi du « pauvre moi », de ce moi qui tient à conserver intact son plaisir pour la lecture, et le commentaire de lecture.

L’abandon en soi est une forme de commentaire de lecture, malgré tout, je compte y rajouter le « pourquoi » qui ouvre sur l’horizon de possibles lecteurs qui seront stimulés de vérifier s’ils partagent ma vision. Je n’ai pas vraiment apprécié ma dernière lecture, vous l’avez probablement remarqué, mais avez-vous aussi remarqué que ça a donné à deux personnes l’envie d’aller vérifier si elles partageront mon avis après l'avoir lu. J’ai particulièrement apprécié ces prises de position qui sont venues compléter l’amorce de ma réflexion. Et c’est sans compter ceux et celles qui auront terminé ce roman, que moi j’aurais abandonné, ça offre l'espace pour l’exprimer.

Donc voilà, tout ça pour vous dire que je vais commencer à me permettre l’abandon de certains livres. Savez-vous que ça va me demander un effort, au début à tout le moins ? J’ai mis tellement d’énergie à terminer certains romans parfois, en me répétant que c’est le respect que je dois à un livre que je traite comme une personne, et je ne choisis bien sûr pas de couper la parole à une personne. Alors voilà pourquoi mon dilemme n’était pas facile à résoudre.

N’oubliez pas de vous exprimer à savoir si l’info « Service de presse approuvé (par moi) » vous intéresse !

Bon, j’avais un autre sujet, j’y reviendrais car sinon, mon premier sujet « Marsi » à Pyramide sera non pas passé date, mais passé l’heure ...

Merci de me suivre assidument, je l’apprécie, et à tous les jours.

samedi 9 octobre 2010

Tuer Lamarre de Simon Girard

Deuxième roman de Simon Girard, auteur de Dawson Kid en 2007. Je suis assez curieuse de voir la suite des choses pour un jeune auteur. Son premier roman s’est fait qualifier de roman « coup de poing », pour Tuer Lamarre se lit sur le quatrième de couverture la même épithète « roman coup de poing », portant sur des sujets très dissemblables. Dans cette histoire brève qu’on peut quasiment qualifier de novella, il s’agit d’abus sexuels au pluriel, celle du père quand il était enfant, et celle du fils de ce père.

J’ai embarqué dans la partie du début où il est question de l’abus perpétré sur le père, même si étonnante, j’ai cru à cette histoire de dame âgée qui abuse de l’innocence d’un garçonnet. Là où j’ai commencé à décrocher est quand l’homme, maintenant en couple et père lui aussi d’un enfant, réalise en lisant dans les yeux de son fiston, que son garçon vit la même chose qu’il a vécu, à la différence près que l'abuseur est un homme. Comme l’abus vécu par le père n’a jamais été assimilé, encore moins accepté, il devient un très mauvais conseiller pour son fils. Attention, quand je dis un « mauvais conseiller », je sors déjà du résumé qui se voudrait objectif, et je tombe au cœur de ma propre subjectivité, parce que je suis loin d’être sûre que l’auteur ait voulu démontrer que ce père était un pitoyable conseiller. Une aura de victoire ressort plutôt du tandem père-fils devenu une force mue par leur complicité vengeresse.

Mais ce sont les lois du fictif, et l'auteur en est le roi absolu, aussi le problème ne se situe pas à ce niveau mais plutôt que la lectrice que je suis n’ai pas du tout cru à cette histoire de père qui se laisse téléguider par l’esprit de vengeance de son fils. Cette froide et cruelle vengeance du fils, qui jamais ne dira un seul mot sur ce qu’il a vécu avec son abuseur, m’est apparue tellement improbable ! Si encore, il avait été question d’un adulte, mais un enfant de 11 ans, quand il a été abusé sur une longue période ne devient pas du jour au lendemain le dominateur impitoyable d’une situation dont il a été victime. Assez pour que son père se fasse un devoir de mettre à exécution chaque désir exprimé par l’enfant. Et toujours, sans un mot, sans une confession, seulement sous l’effet d’échanges de regards, l'entente tacite surgit assez pour que le duo se mette en état de marche.

Vient se rajouter l’histoire du couple homme et femme (père et mère du fils). Cette fois, c’est le père qui entraine le fils dans sa vengeance d’homme qui se sent victime d’une femme trop « contrôlante ». Que le fils soit mêlé à l’histoire du couple ne m’a pas seulement mise mal à l’aise mais plus grave encore, c’est mon impossibilité de croire qu’un enfant venant de dévoiler un si terrible secret (même si dans le silence de la complicité), au lieu de s'effondrer reste jusqu’au bout le témoin complice de la vengeance du père, perdant du coup la consolation et la compréhension de sa mère.

La vengeance est le leitmotiv de cette histoire. La seule cohérence que je peux y voir est qu’encore une fois la démonstration est faite que l’absence de mots pousse à poser des gestes violents. Mais si encore j’y avais cru, cela aurait sonné plus juste.

lundi 4 octobre 2010

Les Jérémiades - Simon Boulerice

Ce roman, c’est l'auteur lui-même qui m’a donné le goût de le lire. J’avais retenu de sa présentation aux Correspondances d'Eastman qu’on y parlait des amours de l’enfance aussi intenses que celles à l’âge adulte. C’était peu dire. Plus intenses que ça, tu meurs !

Les jérémiades, dans le sens propre du mot (plaintes sans fin qui importunent) de Jérémie 9 ans en est la forme mais le fond, lui, cerne le sentiment amoureux, l’ultime, celui dans lequel on se fond et se perd dans l’autre à force de vouloir lui plaire. Comment expliquer à un enfant la maturité pour rester soi-même devant le regard gourmand d’un ado, roux par-dessus le marché ? Et les parents là-dedans, peuvent-ils le conseiller ? Bien sûr que non, tout de même pas assez fou pour se montrer au grand jour, le petit Jérémie. De jouer avec l’interdit, d’avoir à mentir et faire semblant, lui retire peu à peu de son innocence.

Ce roman va très loin, repousse les préjugés et les conventions comme des broussailles encombrants un sentier fait pour avancer vers l’avant. Un pré-requis absolu pour le recevoir de cœur à cœur ; l’ouverture. Beaucoup, beaucoup d’ouverture pour accepter qu’éprouver l’amour à cet âge, ça fait grandir vite, trop vite. Si on s’attend que des enfants, ça ne fait que jouer et aimer les bonbons, si on n’arrive pas à se débarrasser d’une morale conventionnelle, on risque d’être choqué des propos tenus ici.

J’ai moi-même marché sur la corde tendue de mes principes me demandant parfois si j’allais basculer dans l’indignation du « ça se fait pas ». Les lois du fictif me ramenait à l’ordre ; Simon Boulerice est justement un romancier à l’état pur, il magnifie, se laisse emporter par l’exagération, s’abandonne à l’outrancier, ne se censure pas. Si on se laisse décoller, chevauchant la grandeur des émotions dépassant les personnages, tant mieux. Sinon, eh bien, on reste par terre en risquant de passer son temps à rouspéter !

J’ai aimé que les personnages ne s’appartiennent plus - surtout Jérémie ! - ça m’a fait réaliser que ce n’est plus si courant finalement. C’est une force cette capacité de s’abandonner à ses personnages et, à mon avis, ça va mener loin cet auteur, en même temps que son style déluré au rythme presque dansant. Les dialogues sonnent sans jamais une fausse note.

À voir la fin et son extravagance m’a rappelé que ce créateur est un homme qui aime le théâtre et ses envers du décor.

J'ai aimé ce roman pour sa qualité et aussi, pour l'exercice qu'il m'a forcé à accomplir : me dépasser comme lectrice.

vendredi 1 octobre 2010

J'ai eu peur d'un quartier autrefois - Patrick Drolet

J’étais intriguée. Un comédien qui me fascine dont on dit que la facture du roman est spéciale. Et très spéciale, selon les dires d’une Christiane Charrette. Quelque chose dans l’intonation de CC est venu me chercher ; spécial comment ? Pour être tout à fait franche, ne pas avoir lu ces mots de Tristan Malavoy-Racine : « Ouvrir ce très réussi petit livre, c'est accepter de passer une heure ou deux en compagnie d'un être qui nous ressemble, au fond, la carapace en moins » ; aurais-je accepter d’entrer dans le monde de ce comédien qui incarne assez souvent d’étranges personnages ? Comme j’atteins rapidement (trop ?) mon quota d’étrangeté, le « qui nous ressemble » de Tristan M.-R. m’a rassuré assez pour m’y aventurer.

Et quelle aventure ! Je suis entrée dans l’étrangeté par une voix qui arrive à mettre des mots sur l’anxiété, la peur, l’angoisse d’un personnage. L’angoisse est une émotion si intime qu’elle est difficile à décrire. Et il y arrive haut la main. Chaque angoisse laisse une empreinte unique sur la peau fébrile d’un esprit. C’est le roman le plus anti-cliché sur la peur que j’ai lu jusqu’à date !

Matériellement parlant, qu’est-ce qui est rassurant dans la vie ? Sa niche, sa maison, son quartier. Le narrateur voit les menaces rôder, voit la mort errer, voit les esprits malins vagabonder autour de la maison voisine de la sienne. Qu’est-ce qui a brisé son équilibre : son voisin est décédé à l’intérieur de cette maison. Depuis ce moment, il nourrit la peur et la peur se nourrit de lui, il vit dans la terreur sans la fuir. Il reste, observe, scrute, puis compile ses observations dont il nous fait part avec une minutie du détail qui nous revoie à un imaginaire inquiétant. On perd donc pied, nous aussi, spectateurs de son monde.

Ce traqueur des ombres de la mort se sonde. Cette introspection le pousse impulsivement à sortir de son quartier, quitter une certaine sécurité, à la quête d’une réappropriation de son enfance. Il cherche à renouer avec un frère qui lui a enseigné et avec qui il a eu un échange épistolaire déterminant.

J’ai tenté pour vous de rendre un peu le fond de cette histoire qui est finalement rien sans sa forme. La forme prime, la *texture* se densifie et certains phrasées m’ont ramenés à la même émotion que j’éprouve devant un texte poétique. Une poésie d’action rebelle et dynamique.

J’ai été dépassée par le fond et impressionnée par cette forme :

La moustiquaire servait de rideau de fer contre les vents hurlants et leurs ombres. Je devais attendre, m’étais-je dit. Après plus d’une quarantaine d’heures, le sang, la neige, le sperme du désespoir et le corps du voisin dormaient devant chez moi.
[...]

Après avoir été témoin du sacrifice, j’avais passé quelques heures sous la douche. J’avais voulu tremper la vision arrêtée de la dernière respiration de mon voisin. Rien ne disparaissait sur ma peau. J’avais emmagasiné le long-métrage, dans l’éternité de mon corps.

J'ai eu peur d'un quartier autrefois, Patrick Drolet, Hurtubise, Collection *Texture*, 94 p.

lundi 27 septembre 2010

Vrac : trois pour un

Sanfroy vous vend sa salade

Il se trame du nouveau. Du nouveau virtuel qui sonne réel, tellement c’est près de moi. Deux sites.

Le premier, c’est Marsi qui s’est compromis. Vous savez ces artistes de l’image comme ils sont besoin d’espace ? Eh bien, il s’en est créé un où tout le monde est invité à visiter le pays de l’Amphibie.

L’Amphibie est un univers et y habite un être qui m’est familier, Sanfroy. La salamandre. Elle habite avec nous depuis un certain temps. Mais elle n’était pas encore prête à sortir de dessous sa roche. Pourquoi ? J’ai creusé un peu et je soupçonne que c’est parce que cette drôle de bestiole, avec sa réflexion de philosophe naturaliste et ses tempêtes intérieures, ressemblent trop à son créateur. Ça a en devenait indécent.

Le site, en fait, pour le plaisir de l’interactivité un blogue, s’appelle « Salades d’Amphibie ». S’y niche déjà deux bandes dessinées (strips). Il devrait en sortir minimum une par semaine.
Voici qui était pour le premier nouveau-né. Passons au deuxième maintenant.


Une Renaissance

L’autre, eh bien, sa REnaissance est prévue pour le 15 octobre. Il ne faut pas le brusquer pour lui laisser le temps d’arriver à termes. Dans ses nouvelles rondeurs.

Je parle de La Recrue du mois.

En ce moment, si vous cliquez sur l’adresse URL, la vitrine est brouillée de noir sur blanc pour garder son mystère. Ne pas se dévoiler pendant sa mutation. Pour que le passant en lisant l'affiche s'interroge. Mais qu'est-ce qui se trame ici ...


De l’étrange s’en vient

Drôle de titre mais c’est toujours le mot « étrange » qui me vient spontanément quand je pense au prochain livre que je vais commenter « J’ai eu peur d’un quartier autrefois » de Patrick Drolet. Pour ceux qui connaisse ce comédien savent qu'il endosse souvent des rôles étranges ... hum, je me demande de moins en moins pourquoi. Histoire à suivre ...

mercredi 22 septembre 2010

Monsieur Julot - Marie Christine Bernard

Voici une réédition de ce premier roman de cette auteure chevronnée. Est-ce la mission de La Recrue qui m’influence, mais j’aime bien aller fouiller du côté des premières fois.

Roman très vivant, avec à la fois sa part d’épistolaire et de journal exutoire. Celle qui le tient a beaucoup à dire puisqu’elle est atteinte d’un cancer pour une seconde fois avec tout ce qui s’enchaîne ; la chimio, la perte de cheveux, la perte d’autonomie. Mais le pire est peut-être de ne plus avoir la force d’être une maman pour son petit garçon qui est devant l’impossible à comprendre.

J’ai traité ce roman de vivant et c’est ce qui m’a beaucoup plu. Peut-être qu’à frôler la mort de si près, l’élan de vie surgit comme un cri. J’ai su qu’il y a une part autobiographique, ce qui donne au récit une dimension encore plus troublante.

Pourtant, je suis restée sur le pas de la porte pendant à peu près les trente premières pages. Et c’est la faute à Monsieur Julot. Qui est-il par rapport à Véronique, atteinte du cancer ? Pourquoi lui écrit-elle à lui ? C’est le fils d’une vieille dame atteinte de cancer en phase terminale, compagne de soin à l’hôpital, et qui réclame celui qu’elle a élevé, Henri ... Julot. Véronique se mettra en tête de convaincre le fils de venir pardonner à la vieille dame qui a posé envers lui énormément de gestes et de paroles répréhensibles. Cette histoire en parallèle est intéressante et bien intégrée, ce n’est pas ce qui m’a dérangée. C’est le ton du début qui résonnait faux dans ma tête. Décider de se confier à un pur étranger sur un ton de grande intimité, comme à un vieil ami, j’ai éprouvé de la difficulté à y croire, surtout quand la personne ne répond pas. Il en faut de la motivation !! C’est ma raison qui parle mais un moment donné, le cœur s’est mis de la partie, j’ai oublié le plausible, le vraisemblable, puisque le propos était captivant. Jusqu’à que cette correspondance aille de soi, parce que je suis devenue Monsieur Julot. Cela a été facile de prendre sa place, puisqu’il se faisait si absent.

Ce récit découpé en lettres, je l’ai suivi avec passion et compassion. Je peux dire que maintenant je saurais mieux comment aborder ou fréquenter un cancéreux. Véronique nous décrit très bien tout ce qui est à éviter de faire, de dire, même avec la meilleure bonne volonté du monde. Le thème du regard des autres revient et j’ai aimé la manière de voir de Véronique à ce sujet, peut-être parce que j'ai senti que c'était la manière de l’auteure aussi. D'après moi, il faut presque être passé par là pour écrire un livre aussi percutant.

Bon. J’aimerais tout vous dire de ce récit, pour que vous compreniez bien qu’il est profondément humain, pas déprimant une miette (tout au contraire !), vivant, franc, direct, rempli d’humour, de sens de la répartie et du sens du pardon. Livre idéal à offrir aux personnes qui vivent auprès d’une personne qui est aux prises avec ce dur combat. Je suis vraiment contente de l’avoir lu, avec cette impression que je n’oublierais jamais.

Je partage l'opinion d'Éléonore Côté (Voir Saguenay-Alma) décrétée en 2005 (alors édition Stanké) ;
Par l'entremise de la verve de Véronique Février, on entend la voix distincte de la plume de Marie Christine Bernard. L'humour à l'arsenic de l'écrivaine (elle dira que c'est son héritage gaspésien), la délicieuse érudition qui pointe au détour d'une phrase à l'air de rien, ce style familier dans lequel on croirait entendre une bonne copine, mais truffé de fines trouvailles langagières, parsemé de clins d'œil - elle connaît ses classiques, la dame! -, ce rythme dans le phrasé... Ce roman sur la souffrance humaine, débordant de vie dans toutes ses pages, est écrit par quelqu'un qui sait écrire.

Monsieur Julot, Marie Christine Bernard, Réédition chez BQ (Fides), 190 pages. 10.95 $

dimanche 19 septembre 2010

Agaguk - Yves Thériault

Me voici impressionnée de casser la glace, avec cette tenace impression de m’attaquer à un icône. Attaquer, le terme est un peu fort c’est vrai, mais de la faire traverser le filtre de ma subjectivité équivaut à me l’approprier. C’est le respect que je porte à l’oeuvre, qui peut porter fièrement son titre de classique quant à moi, qui me fait m’avancer avec circonspection. Pourtant, il ne s’agit pas d’une œuvre parfaite, mais forte, ce qui est encore plus grand à mes yeux.

Mon film intérieur s’est braqué sur le couple Agaguk et Iriook, en mode survie dans l’immensité de la toundra, je pourrais dire ces êtres seuls, mais je dirai plutôt marginaux. Parce que s’ils avaient été seuls, l’histoire aurait perdu une dimension importante : la vie en collectivité. La vie dans ce village qu’ils ont quitté, qui semble très loin de leur habitat (igloo 8 mois, hutte 4 mois), tellement les distances s’étirent par les intempéries qui sévissent régulièrement. Les règles barbares et rustres de la tribu, dont le chef est le père d’Agaguk, m’ont servies de repère pour mesurer le degré d’évolution de ce couple que l'on peut traiter d’avant-gardiste.

J’ai été extrêmement frappée d’assister à leur progressive et constante évolution. Au commencement était l’instinct à peine dompté et, au fur et à mesure de cette vie quotidienne, faite de chasse et de débrouillardise, j’ai vu grandir l’apprivoisement des corps par l’esprit. Un peu moins de silence, un peu plus de parole. À ce jeu, la femme, Iriook, même si, dans les faits, suit et obéit, marche un pas devant son homme. J’ai retiré un immense plaisir, qu'Yves Thériault me laisse vivre leurs us et coutumes, en ce qui a trait à la nourriture, la conservation des denrées, l’habitat, et considéré comme un privilège d’assister à leur amour charnel, à l’accouchement, à la transformation de leur relation par l’enfant né comme un fruit mûr.

Mais il y a tant encore dans ce roman ! Les mœurs des Inuits sont exposées, comme si nous y étions et y avions toujours été. Leurs habitudes de vie est passionnante à découvrir. L’action se déroule sur un terrain inconnu d’une civilisée, comme moi, qui va chercher son steak haché maigre chez IGA ! Toute description s’avale goulûment, on veut savoir, on veut apprendre, comprendre, et respirer de grands espaces blancs.

Je reviens à la vie de village, cette dimension non négligeable car s’y trame une enquête policière féroce, suite au meurtre perpétré sur un Blanc. Pour le commerce des peaux, l’abus des Blancs est légendaire, gardant le peuple Inuit dans une pauvreté crasse, ce qui part bien mal l’enquête du policier de race blanche qui arrive dans la bourgade pour faire respecter sa loi. Il en découlera un tortueux jeu de pouvoir entre le chef de la police et le chef des Inuits. Même si cette histoire se déroule en parallèle de la vie du couple, un élément les relie ... je n’en dis pas plus.

Yves Thériault mérite mon admiration pour cette histoire qui reste accrochée au cœur. Il y a ajouté une symbolique qui imprime l’imaginaire d’une force qui traverse le temps. La description du cadre de vie est si précise, si ancrée dans une réalité, n’ayant en cela rien à envier à tout documentaire peaufiné, mais qui, pourtant, reste vouée au seul but de prêter vie éternelle aux personnages.

Agaguk, Yves Thériault, TYPO, 346 pages. (Première édition Bernard Grasset Paris-Québec en 1958)

mercredi 15 septembre 2010

Brigitte des colères - Jérôme Lafond

Et hop, déjà le 15 du mois !
Nous sommes, pour le moment, six à commenter ce premier roman "Recrue du mois".

Les hauts et les bas de Brigitte des Colères par Mylène Durand
Destroy su'l'bord d'une fosse à purin par Catherine
En dents de scie par Lucie
Le feu couve par Phil
Je suis une sorte de poème-révolte par Anick


Sujet à l'étude par Venise

Jérôme Lafond visite les turbulences de l’adolescence par l’insolente et l’insolite Brigitte, 15 ans. Qu’à l’adolescence, l’intérieur s’oppose constamment avec l’extérieur (parents, profs, système) est bien démontrée, et tout au long de la narration, on mesure l’espace, que dis-je, le cratère entre les deux mondes, la façade de l’ado et ce qu’elle vit de l’intérieur. J’ai trouvé le profond décalage entre les deux habilement exposé, convaincant autant qu’amusant.

Au départ, je me suis posé la question « pourquoi « des colères » ? Je la trouvais franchement beaucoup plus étrange que colérique, imprévisible par son imaginaire unique et disjonctée. Pour tout dire, je l’ai trouvée assez étrange pour l’estampiller « être très inquiétant », malgré le ton qui se voulait franchement humoristique. Découvrir par inadvertance la correspondance de ma fille et réaliser qu’elle écrit à un meurtrier qu’elle appelle son amoureux, je l’aurais incitée à libérer son trop-plein d’agressivité en compagnie d’ un psychologue. Mais ça, c’est la réalité et nous sommes dans le fictif, me direz-vous, ce qui m’amène à classer ce roman dans la catégorie « léger ». Et pourtant, cette légèreté sera un moment donné trahie, et j’en resterai perplexe. Je m’interroge aussi comment une jeune fille si frondeuse, si catégorique et si sûre d’elle peut subitement se perdre entièrement dans le sentiment amoureux. Ce sont vraiment, à mon sens, les éléments de la fin qui grincent le plus.

Ce qui m’a également rendu perplexe est ma difficulté à faire la part entre les scènes réelles et celles qu’elle imagine. Je suppose que vous commencez à comprendre que mon intérêt a tiré sa source à étudier cette intempestive, plus qu'à m’y attacher. J’ai aimé l’expérience de cinéma expérimental entre les amies, c’est la partie qui m’a le plus captivée.

Le style de Jérome Lafond va de l’avant, alerte et léger, convient bien à des thèmes jeunesse, un enchaînement des plus naturel entre les dialogues et le texte descriptif. Je me suis demandé si ce roman intéresserait les jeunes, si jamais il est sélectionné pour le Prix des Collégiens, je serai bien heureuse pour l’opportunité de lire leurs opinions.

Note : Le roman en tant qu'objet est une réussite pour l'oeil ... et la main ! J'ai adoré particulièrement les coins arrondis et la qualité du papier. Bravo à la maison d'édition Marchand de feuilles !

dimanche 12 septembre 2010

Les Troutman volants - Miriam Toews

Incroyable mais vrai, je vais enfin vous glisser quelques mots sur le roman avec lequel j’ai entamé mes vacances d’une semaine en Gaspésie. On associe souvent les vacances à une lecture. Au cours de notre quotidien, un souvenir de lecture se détache moins. Cette fois, j’ai fait de la route avec la famille Troutman, littéralement parlant, puisque la presque totalité du roman se déroule dans une fourgonnette !

Je vous situe. L’équilibre d’une maman bascule (elle avait des antécédents), on doit l’entrer d’urgence dans une aile psychiatrique. Son fils, Logan, 16 ans et sa fille, Thebes, 11 ans se retrouvent seuls. Leur tante Hattie, larguée par son chum, quitte Paris et se retrouve coincée devant une évidence, il n’y a qu’elle pour prendre en charge ces enfants-là. Se sentant confusément piégée, elle s’accroche à cette question « Où est leur père ? » dans l’espoir – pas pleinement avoué - qu’il reprenne et s’occupe de ses enfants. On suit le parcours de cette bizarre équipe d’enquêteurs qui, sans beaucoup d’indice, parte à la recherche du paternel éclipsé aux États-Unis. Logan, récalcitrant à l’idée de ce voyage, et plutôt intuitif, met en doute que cette quête réponde au désir de sa mère exprimé à sa tante.

J’ai d’abord été déroutée, éprouvant la vague impression d’entendre une traduction au cinéma avec cette fausseté de ton qui agace. C’est effectivement une traduction de l’anglais, puisque l’auteure est Canadienne, et comme le style est très cinématographique, mon impression pourrait s’expliquer ainsi.

Le visuel est toujours en activité, parsemé de soubresauts, comme pour s’assurer de ne jamais endormir le lecteur avec du linéaire. Très loin du roman d’ambiance ou d’intériorité, plutôt une enfilade rythmée de tirades du tac au tac. Allergique à dialogues abondants, s’abstenir ! On ne s’ennuie pas, avec cet humour faussement léger. Il y a du sourire et du rire jaunes à profusion. Certaines motivations qui m’apparaissaient bizarres au départ se précisent et ont fini par s’éclaircir au fil de la route. J’ai particulièrement aimé la divulgation naturelle de la motivation des personnages, particulièrement celle de la tante, comme un déshabillage morceau par morceau.

Thèbes est toute qu’un numéro, intelligente, extravagante et donc distrayante et c’est, à mon avis, le caractère le plus fouillé de ce roman. On apprend bien sûr, à connaître l’histoire de la maman, même si elle repose dans un hôpital. Les infos sont divulguées habilement, l’auteure faufile délicatement l’ourlet et on ne voit pas les coutures qui tiennent les parties.

Un roman distrayant, idéal pour tous ceux qui aiment une littérature qui donne dans l’image rythmée. Un moment de lecture qui éloigne de toute prise de tête torturante et, pourtant, on n’y aborde pas du superficiel, bien au contraire.

La librairie Vaugeois a tellement aimé que ça m'a incité à acheter ce roman.

lundi 6 septembre 2010

La mort attendra - André Malavoy

Finalement, La Mort attendra a attendu mon commentaire (lu voici plus d’un mois). Il ne sera donc pas à chaud. Ce n’est pas un roman, et ce n’est pas un récit à l’eau de rose, on s’en doute. C’est une partie de la vie d’André Malavoy, membre d’un des tout premiers réseaux de la Résistance française. Quant à moi, je parlerai plus d’un récit sur la résistance, point. La résistance de l’être humain à ce qu’il lui parait à prime abord insurmontable. C’est ce que je retiens de ce texte, une grande leçon, un modèle inspirant pour ma vie.

N’aurait été de la recommandation de Tristan Malavoy Racine, son petit-fils, et de l’assurance d’une « fin heureuse », ce rajout judicieux de textes sélectionnés par la famille, je serai certes passé à côté de ce pourtant très bel ouvrage. Il me semblait, comme à plusieurs, que j’en avais suffisamment entendu sur le sujet. Et pourtant ! La bêtise humaine est à découvrir sous tous ses angles, comme l’amour. Vous allez me dire qu’on se lasse moins d’entendre disserter sur l’amour, que ça coule de source, eh bien, André Malavoy, s’il a pu se rendre à l’âge respectable de 90 ans, malgré les traces laissées par les privations et les mauvais traitements, c’est qu’il était empli d’amour. D’espoir aussi, cet oxygène vivifiant qu’il a continué à respirer entre les murs suintants la mort des prisons et camps de concentration. Comment ? Oui, comment on fait pour passer au travers de la cruauté, du défaitisme ambiant, du profond désespoir des autres autour de soi ? Si vous vous posez cette question, vous allez trouver une réponse, en lisant ce témoignage. C’est la beauté intrinsèque de ce récit, et je ne crois pas me tromper en disant que, si l’auteur a consenti à descendre dans le cachot de ses souvenirs, c’est pour nous offrir de la lumière, ne serait-ce que celle de la solidarité.

Il fallait trouver le ton, je ne sais pas s’il l’a cherché longuement, mais ce que j’ai lu avait un ton juste, où je n’ai pas senti poindre d’apitoiement, de larmoiement, ou ce ton moralisateur qui joue avec la culpabilité de celui, convaincu qu’il n’y serait pas arrivé, lui. Et si la description des tortures brutes ou de celles plus insidieuses avait été trop brutale, j’aurais abandonné ma lecture. C’était le pacte fait avec moi-même ! Pour être tout à fait franche, une seule fois, j’ai tourné rapidement la page.

Par la voix de ce seul homme, j’ai appris sur l’Histoire par le détail du quotidien des prisons, sur le pouvoir bête et aveugle, sur la terreur, sur les Allemands zombis, sur la solidarité, ne serait-ce que ça, se serait déjà beaucoup mais, surtout, j’en retire la certitude que nos réserves physiques dépendent de notre attitude. De notre état d’esprit. Dans ce témoignage donné sans prétention, on apprend que l’ennemi de première ligne, quand tu pâtis à ce point, c’est toi. Ne jamais laisser tomber les bras, ils seraient trop lourd de les relever ensuite. Pour cela, André Malavoy a découvert une discipline et s’y est astreinte avec acharnement, jour après jour, seconde après seconde. Combattre l’ennemi devant lequel il ne voulait pas rendre les armes, la folie.

Vous imaginez bien que la dernière partie « Fin heureuse » est un baume sur la plaie qui a été ouverte devant nous. C’est aussi l’assurance que c’est bien vrai, cet homme a résisté et en est sorti indemne. C’est beau de s’en sortir vivant, mais si c’est avec des séquelles handicapantes ! Sa foi, son ingéniosité, sa force de volonté, sa discipline, son sens du devoir, son amour pour les autres l’ont fait traverser l'horrible épreuve sans entacher son équilibre mental. Aberrant, incroyable, mais vrai !

La famille, dont sa fille Marie Malavoy et bien sûr Tristan Malavoy-Racine, en nous offrant pour la première fois, dans cette édition TYPO, des textes de son "après"* arrivent à nous faire sentir l'apaisement qu'a ressenti André Malavoy. Et on trouve de tout en lisant cette Fin heureuse, pas seulement des bouquets de pensées, également des textes qui bouclent, complètent, pansent le témoignage de celui qui a résisté, ne laissant pas le plus beau de sa vie dans un cachot.

* « Je consacrerai aujourd'hui, comme je le fais souvent, un bon moment à une chose essentielle, faire des bouquets » tiré de la deuxième partie "Fin heureuse", p. 160.

vendredi 3 septembre 2010

Vrac de chaleur

L’été se prolonge, mes idées ne s’échauffent pas pour autant, gèlent plutôt, paralysent, se condensent pour ensuite se vaporiser dans la blogosphère. Malgré tout, j'espère que vous avez remarqué que j'ai porté au bout mon objectif de couvrir les spectacles et Cafés auxquels j’ai assisté aux Correspondances d’Eastman.

Ceci fait, je suis contente de bientôt passer à mes commentaires de lecture, (voir les 5 titres à droite) ça coïncidera avec la fin des grosses chaleurs, je l’espère. Ce n’est pas un ordre à dame nature, un souhait ... j’aime l’automne.

J’ai pensé, qu’en attendant, lancer un « Vrac » serait d’adon pour faire la transition ... pas bête hein ?

Cerises sur sundaes
Je commence par vous aviser que les lettres des gagnants et gagnantes de la Poste Restante sont en ligne. Ceux et celles qui ne les auraient pas encore lues, j'insiste, ces missives valent la lecture. Je ne vous cacherai pas plus longtemps que je connais une des gagnantes, de son nom de blogueuse ; Anne Desocreries, de son nom de gagnante ; Anne Langlois. Si vous voulez entendre son son de vie, passez donc par chez elle car lorsque ça lui triture, elle en cause !

Les souvenirs macèrent
Chez l’auteure d’Enthéos, Julie Gravel Richard qui, à une ou deux exceptions près a assisté à tous les Cafés littéraires et spectacles a rédigé un bilan souvenir sur son blogue. Je l’ai bien sûr savouré à petites gorgées, comme le meilleur des digestifs de ce festin de la lettre que fut Les Correspondances.


Un blogue en devenir

Marsi est à nous concocter un blogue sur Wordpress. Je garde le suspense mais chatouille votre imagination en vous révélant aussi ce que j’ai déjà dit sur facebook comme indices :
Marsi nous concocte de l'amphibien.
Indice : Je vends sa salade
Je peux rajouter exclusivement pour vous, mes chers assidus, qu'il est à peu près temps que ce personnage sorte de ses tiroirs ... je craque devant sa candeur à saveur intellectuelle !

Et quant à parler de mon auteur de bandes dessinées « maison », l’album collectif dans lequel vous trouverez 7 de ses planches sur le thème « Partie de pêche » sortira fin octobre chez Glénat Québec qui vous présente ces talentueux : André-Philippe Côté, Jonathan Côté et Orbie, Philippe Girard, Myriam Roy, Zviane, Marsi.

Tout est affaire de silence, de patience et de connaissance du lieu mais surtout du poisson. Une partie de pêche, ça ne s’improvise pas, tous les pêcheurs vous le diront. Alors le temps est venu de sortir le matériel, de fourbir les appâts, de rameuter les copains et de se préparer à vivre des instants mémorables. Car il n’y a rien de plus savoureux à raconter aux amis qu’une histoire de pêche réussie.

L’avenir de La Recrue du mois
Saviez-vous que l’équipe de La Recrue du mois, dont je fais partie pour ceux qui ne le sauraient pas, est à vous jouer dans le dos depuis quelques mois ? Pour la bonne cause ! Je vous assure qu’il y aura du changement pour la peine. Le vent est dans nos voiles ... J’ai vraiment mais vraiment hâte que vous voyez ça !