Faites comme chez vous

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c'est recevant !

lundi 1 février 2010

Du jamais vu pour un bédéiste de chez nous !

J’avais dans l’idée aujourd'hui d’enfin pondre mon commentaire sur La traversée des sentiments de Michel Tremblay et puis voilà que l’actualité s’impose dans toute sa splendeur. Je ne vais pas m’obstiner plus longtemps avec elle, je lui laisse l’antenne, surtout quand la nouvelle est aussi bonne.

J’aime la façon dont le libraire Éric Bouchard en fait mention dans Le délivré de la Librairie Monet :

Le miracle Rabagliati

Alléluïa ! Notre Paul national a remporté le Prix du Public FNAC-SNCF pour ses aventures à Québec ! Mais l’événement prend des allures de miracle, car le livre n’avait même pas encore été mis en marché en France… On sent la grogne et la perplexité chez certains bédéphiles français qui tempêtent sur les forums. Mais qu’à cela ne tienne : le Prix du public est le résultat d’un vote populaire réalisé sur Internet ; cependant, son pouvoir s’arrête au décret des cinq finalistes, le gagnant étant élu par le jury.
Bien sûr, les votes populaires se prêteront toujours aux critiques (ne songeons qu’au MétroStar ou aux Jutra, qui ramènent chaque année les mêmes discussions) Mais ce qu’il sera intéressant de remarquer, c’est la «nouvelle» influence d’Internet et des réseaux sociaux. En effet, la sollicitation rapide des internautes-fans au vote peut peser lourd dans la balance pour la détermination des finalistes.

Mais chipoterons-nous sur cette reconnaissance ?

* * *

Faut se lever de bonne heure ...


... pour répondre aux questions de René Homier-Roy à C’est bien meilleur le matin. « C'est le plus gros prix de la bande dessinée francophone, c'est les Oscar. » déclare sur un ton fébrile, Michel Rabagliati. Monsieur Homier-Roy a une idée pour un album à venir : Paul à Paris. Le bédéiste ne dit pas non, mais il devra auparavant s’occuper de sa peur de voyager en avion. Il risque donc d’avoir auparavant un album « Paul, j’ai phobie zéro » ! Tout ça, bien sûr, ayant été dit sur le ton de la blague. Mais qui sait ...
Si vous voulez entendre l’échange, il ne dure même pas 3 minutes.

Une première dans l'histoire de la bande dessinée au Québec!
Pour ceux et celles qui s’interrogent encore sur le côté vraiment surprenant qu’un album du Québec gagne un prix sans même être sorti en France, peut-être que ce dialogue relevé chez Facebook, sous la page de La Pastèque pourrait vous aider à mieux comprendre.

Klare Lijn :
Félicitations à Michel Rabagliati et à ses éditeurs. Il y a quand même une bizarrerie dans cette récompense ô combien méritée. Elle vient saluer une bande dessinée qui n'est pas encore diffusée en France ! Est-ce donc un public québecois qui se serait manifesté en masse dans cette consultation ? Mystère !

La Pastèque
Oui ça peut paraître étrange, mais nous savons que des passionnées de Paul en France ont voté pour ce titre en se basant sur la série. Et il faut dire que ce n'est pas le vote seul qui a fait la différence, puisque au final un jury choisissait parmi les 5 finalistes (eux ayant obtenus le plus de votes). Aussi, à noter que le vote avait aussi lieu dans l'espace FNAC du festival ou le livre était disponible à la lecture.

Maël Rannou
Salut à vous ! J'ai eu la chance de faire partie des 7 jurés qui, après les votes, ont départagé les 5 albums en tête des votes internet. J'en parlerai plus en détail dans un article à venir mais sachez que le vote pour Paul a été fait à 6 voix contre une, et encore une dernière voix contente quand même. Autant dire une belle unanimité. Je raconterai plus de détails bientôt sur Du9 mais vraiment bravo, ça m'a fait tellement plaisir ! Dommage que vous n'ayez pas été là.

* * *
Toutes nos Félicitations à Michel Rabagliati et à la maison d’édition La Pastèque ; nous sommes vraiment très fiers !

vendredi 29 janvier 2010

Le train de Suzanne

Avez-vous vu passé le train de Suzanne ? Le train de la Plume québécoise ? Il passe tranquillement pas vite sur la voie de ma liste de blogues. Et s'arrête à chaque gare où il y a la passion de rencontrer notre littérature québécoise bien portante. Et, peut-être, qui sait, en profiter pour se délester de certains lourds bagages, les préjugés.

Ou encore mieux, faire une vraie rencontre, celle qui entraine avec elle plusieurs autres voyages. Quel beau moment, quand on s’écrie après avoir lu la première œuvre d’un écrivain: « Je veux lire tout ce qu’il écrit ou a écrit ». Retourner en arrière, observer son parcours, se mettre à date avec lui et attendre patiemment le moment de décoller dans ses vies parallèles. Quand on y pense, toutes ces vies que les écrivains nous offrent à vivre ! Mais je m’égare ... Hi Hi... comment je fais mon compte, dans un train pourtant, un train qui sait où il va : destination littérature québécoise.

Suzanne, une grande lectrice en général et de québécois en particulier a lancé ce défi qui ressemble à une invitation : lire quatre écrivains québécois par année. On peut rajouter, si on aime les défis corsés « Découvrir » quatre écrivains québécois. Mais en fait, l'invitation est à la mesure de chacun, pour certains, ils n'auront qu’à tendre la main vers leur pile, d’autres devront emprunter, aller à la bibliothèque, fouiller les blogues, s’informer à des amis, pour lire d’autres titres que Michel Tremblay (moi, qui vient de terminer son petit dernier !) ou Marie Laberge.

« Génial ! » me suis-je exclamé à l’éclosion de l’idée. Quelques jours ont passé, et maintenant c’est plus que génial, plein de gens montent dans le train !!! Des passagers, il y en a, on va faire un beau voyage. Je jubile !

Suivez le train, ou montez, le quai, c’est ici !

mardi 26 janvier 2010

VRAC Sucré Salé

Deux jours que je passe à un poil d’écrire ce VRAC. La vie, c’est prenant n’est-ce pas ? Il y a la vie oui, mais pour être tout à fait honnête, il y a que plus je lis, moins j’écris. Personne n’a encore trouvé moyen de faire les deux en même temps !

Cri de ralliement
J’ai lu un cri de ralliement envers la littérature québécoise. Ne comptez pas sur moi pour le passer sous silence ... malgré le contexte dans lequel il a été écrit (je m’explique à la suite).

Ouvrez n’importe lequel de ces livres à n’importe quelle page : Dickner n’écrit pas comme Plomer. Laverdure et Pellerin, ça n’a rien à voir. Entre Allard et Fortier, impossible de se tromper. Tous ces jeunauteurs (sic) ont une plume distincte, une personnalité propre. Et ça se passe dans l’Arctique, dans les Caraïbes, à Rivière-du-Loup, Tokyo, Saint-Élie de Caxton, Saint-Pétersbourg, Bay City, Hong Kong, Laval, dans un dépanneur Couche-tard… Qui a dit que la jeune littérature était centrée sur elle-même et ne parlait que du Plateau-Mont-Royal ?

Mots de Stéphane Dompierre dont le dernier roman Morlante est en nomination pour le Grand Prix littéraire Archambault. Dans « Côté Blogue, chaque auteur en nomination écrit un billet. En parlant de Archambault ...

Mon dernier achat
J’ai commandé un jouet chez Archambault et un malentendu a fait que je n’ai pas été averti de son arrivée et ils ont eu la gentillesse de le recommander. Comme je l’ai grandement apprécié, je me suis dit, achetons Les révolutions de Marina (ils le tenaient) et quant à y être, Vu d’ici tout est petit de Nicolas Chalifour. J’ai demandé l’aide d’une commis*, j’étais pressée et parfois, le roman n’est pas bien rangé. Je lui ai dit que ce titre était finaliste du Prix des Libraires. J’ai dû le répéter trois fois, elle comprenait toujours Grand Prix Archambault. Je lui ai donc appris l’existence du Prix des libraires qu’elle ne connaissait pas du tout, non plus l’Association des libraires. Je lui ai recommandé de s’informer, que les libraires d’Archambault votaient dans le cadre de ce Prix.

Je n’en reviens pas encore qu'elle n'avait aucune idée de tout cela ! Marc me dit, elle est jeune, sois clémente (parce que patiente, je l’ai été !), elle vient peut-être d’arriver dans cette section. Peut-être oui, n’empêche que la responsabilité d’Archambault serait au minimum d’informer ces libraires. (Je l'ai appelé commis », pas libraire).

Une de nos auteures, fer de lance de Michel Lafon
Michel Lafon, pas Robert Lafond. J’ai été un moment à les confondre.

« Le plus gros succès d'édition de la maison Michel Lafon, c'est chez vous que je l'ai trouvé. C'est avec Anne Robillard, qui a vendu un million huit cent mille exemplaires. Je fais le tour de la France avec Mme Robillard et les admirateurs arrivent habillés en chevaliers. »

Impressionnant n’est-ce-pas ces mots cueillis de la bouche de M. Lafon ? Si vous voulez mieux connaître cet éditeur qui proclame ne vraiment pas aimer l'élitisme, le voici en entrevue avec Christiane Charette.

Mon chroniqueur préféré
Je sais que plusieurs le suivent. Je laisse traîner le lien ici, seulement pour ceux qui ne le suivraient pas, à mes yeux sa dernière chronique est de toute beauté ; un ton senti, plein de noblesse et de justesse. Je l’aime autant comme chroniqueur, ou même sinon plus comme chroniqueur que comme écrivain, et je nomme Nicolas Dickner, lui aussi finaliste du Grand Prix Archambault.

Directrice littéraire ou marraine aimante ?
Une histoire d’amour derrière l’histoire de Miss Pissenlit. Une belle histoire d’autant plus que vraie, entre une écrivaine - Andrée Poulin et sa directrice littéraire, Marie-Josée Lacharité de chez Québec Amérique.

jeudi 21 janvier 2010

Finalistes du Prix des libraires 2010

Je reviendrais à mon dernier billet, l'actualité littéraire prend le dessus aujourd'hui par cette annonce faite dans le cadre d'une conférence de presse donnée par l'Association des libraires du Québec (ALQ) ce matin à la Grande Bibliothèque :


CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS


Vu d’ici tout est petit, Nicolas Chalifour, Héliotrope ***
Maleficium, Martine Desjardins, Alto
L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
L’oeil de Marquise, Monique LaRue, Boréal
La foi du braconnier, Marc Séguin, Leméac


CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC

Vendetta, R.J. Ellory, Sonatine
L.A. Story, James Frey, Flammarion Québec
Jan Karski, Yannick Haenel, Gallimard
Exit le fantôme, Philip Roth, Gallimard
Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson, Gallimard


Le comité de sélection composé uniquement de libraires :

Robert Boulerice (Librairie Le Parchemin, Montréal),
Geneviève Caron (Librairie Renaud-Bray, Montréal),
Martin Gagnon (Librairie Au Carrefour, St-Jean-sur-Richelieu),
Anne-Marie Genest (Librairie Pantoute, Québec),
Caroline Le Gal (Librairie Monet, Montréal),
René Paquin (LibrairieClément Morin, Trois-Rivières)
Franck Vignal (Librairie Gallimard, Montréal)

Prochaine étape, l'ensemble des libraires du Québec éliront le 10 mai prochain le gagnant dans chacune des deux catégories. Quand il est dit l’ensemble des libraires du Québec, on entend, bien entendu, les librairies indépendantes, s'y rajoutent celles du Groupe Archambault, du Groupe Indigo – Livres & musique, du Groupe Renaud-Bray, des coopératives en milieu scolaire, etc.. Près de 200 libraires vont se prévaloir de leur droit de vote.

Bonne chance aux coureurs et au prochain rendez-vous le 10 mai. (ce sera le printemps, il y aura des feuilles aux arbres !)

***Je vais certainement me procurer « Vu d’ici tout est petit », puisque c’est le seul que je n’ai pas sur mes tablettes, à lire ou déjà lu.

mercredi 20 janvier 2010

La renarde et le mal peigné - Pauline Julien et Gérald Godin

Ça fait deux jours que je me promène avec ce petit livre. J’en suis encore fortement imprégnée. Il contient les fragments de la correspondance amoureuse de géants : Gérald Godin, journaliste, écrivain, professeur, poète, politicien qui a été ministre et a battu Robert Bourassa dans Mercier. Pauline Julien, interprète, écrivaine, auteure qui a enregistré vingt disques solos et signé plus de trente chansons. De passionnants passionnés qui ont été au bout du monde, au bout de leurs vies, et au bout de leurs envies.

Ces lettres dormaient dans un coffre depuis dix ans et ont été réveillées par la fille de Pauline Julien. Elle a hésité avant de présenter cet échange intime entre deux passionnels de la chair et du cœur. C’est qu’ils vont loin dans leurs épanchements. Un petit trésor d’impudique nous est offert. Et quand je dis « trésor » je n’exagère pas, autant pour la forme que pour le fond. N’oublions pas que nous avons affaire à un homme de mots, une femme de paroles, ajoutez-y le torride de l’amour, de l’éloquence, de l’élégance (assez souvent, ils se vouvoient), une réflexion avant-gardiste sur l’amour, des dissensions, des remises en questions, des doutes (Pauline, la spécialiste), mais surtout trente-six mille manières enflammées, ou tendres, de dire : « Tu es l’amour de ma vie ».

Ce sont les plus belles lettres d’amour que j’ai lues de ma vie. Pour le désir. Des lettres chaudes de désir, même après vingt ans, trente ans de vie...j'allais dire commune - on ne désire que ce que l’on n’a pas –et justement, ils partageaient si peu de la vie commune.

Un tel échange de sentiments servis par des mots vibrants pique la curiosité. La curiosité entraîne encore plus de curiosité. J’en suis venue à désirer qu’ils s’écrivent même quand ils étaient ensemble, tellement je voulais saisir ce couple insaisissable. Tant de démesure dans l’absence, à chacun leur carrière florissante, à chacun leur continent ; comment trouver l’entente au-niveau de l’abstinence encourue ? Heureusement, ils étaient avant-gardistes, ces enfants terribles, qui, jusqu’à la mort seront restés fidèles ... à leur manière.

Cette correspondance a des trous de mémoire du temps, mais le fil de la passion est si visible, si solide, qu’on le suit, malgré les bonds. Dans les premières lettres, on accompagne la résistance de Gérald à sa Pauline, éprise au point d’être presque soumise, on sent la puissance du sentiment retenu, jusqu’à ce qu’il plonge... si profondément, que l'on comprends la prime hésitation. Une fois la flamme du poète allumée, elle ne s'éteindra plus, même pendant les dix années où il vivra avec un cancer du cerveau (il était trépané).

Si vous aimez les destins vécus par des personnalités marquantes, si vous aimez l’amour dénudé de pudeur, si vous aimez l'épistolaire au mode passionnel, à ras-la-vie et à fleur de peau, ce serait fou de passer à côté de cet recueil épistolaire. Oui, ce serait fou. Et si je ne suis toujours pas arrivée à vous en convaincre, ça se peut pour mon manque de distance vis-à-vis à cette lecture, j’appelle à l’aide ... Louis Hamelin, l'écrivain et chroniqueur. Il vous présentera le côté social et politique de ce celui qu'il appelle le matou, il couvrira certains aspects que j’ai escamotés. La journaliste Catherine Lalonde ajoute du contexte, faisant parler la fille de Pauline, elle a assis cette correspondance sur quelques juteuses anecdotes et citations. J’y rajoute une Monique Giroux qui résume et encense Pauline Julien d'une jolie manière. J’ai trouvé peu d’informations pertinentes sur Gérald Godin, heureusement qu’un documentaire sur sa vie se trame.

samedi 16 janvier 2010

Une flamme, chez moi

J’interromps mes activités de petite bourgeoise qui reçoit de la visite, entre mon sucre à la crème et mon gâteau « fondant au chocolat », pour communiquer. Eh oui, toujours communiquer, cet acte si essentiel à la vie, et au peuple Haïtien, essentiel à la survie.

Bien évidemment je pense énormément à eux, je voudrais les oublier qu’une flamme, chez moi (photo ci-dessus au côté du Nègre Marron – réf. Fin du billet) me ramène inlassablement à ce qu’ils vivent. Je ne nourris pas de culpabilité d’être là où je suis, ça ne les aiderait même pas, je les remercie plutôt de nous apporter un état d’esprit précieux : relativiser nos malheurs.

Les mots que l’on emploie pour décrire ce cataclysme sont importants. Dany Laferrière nous donne sa vision et je l’aime cette vision, et je dirais même plus, je l’adopte.

Lorsque l'ambassade du Canada m'a proposé d'embarquer vendredi, j'ai accepté car je craignais que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d'employer ce terme de malédiction. C'est un mot insultant qui sous-entend qu'Haïti a fait quelque chose de mal et qu'il le paye.

C'est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n'y a pas eu de tremblement de terre d'une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c'était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j'ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s'entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l'Etat soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors de grâce, cessez d'employer le terme de malédiction, Haïti n'a rien fait, ne paye rien, c'est une catastrophe qui pourrait arriver n'importe où.

(...)

Les Haïtiens espèrent beaucoup de la communauté internationale. Si des choses sont décidées à un très haut niveau, dans le cadre d'un vaste plan de reconstruction, alors les Haïtiens sont prêts à accepter cette dernière souffrance. La représentation de l'Etat, à travers le gouvernement décimé, étant touchée, c'est le moment d'aller droit vers le peuple et de faire enfin quelque chose d'audacieux pour ce pays.
L’article au complet

Il a une attitude de grand seigneur. Avant, je l’admirais, maintenant il m’impressionne. Quelle élégance d’esprit dans sa grande simplicité. Le positivisme d’un homme qui vit les yeux grand ouverts. Conscient. Continuer à être positif et être conscient, alors là, chapeau !

Il représente à merveille cette flamme qui bouge sur mes murs à côté d’une statuette nommée « Nègre marron », une réplique de celle qui était encore en face du palais national à Port-au-Prince avant d’être détruite. La statue s'est effondrée mais pas ce qu'elle représente.
(Si vous voulez en savoir plus long sur cette oeuvre du sculpteur Albert Mangonès, en 1959, symbole de toute une nation et de toute une race - ici).

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Chantal Guy nous sort un ces papiers de journaliste, non ...non, je ne dirai justement pas de journaliste. Un papier d’être humain ébranlé, intitulé "N'y allez pas qu'ils disaient" qui n’utilise pas le ton neutre. Parce que dans certains cas, moi, ce ton de journaliste – qui plane au-dessus des choses – m’agace. Eh bien, ici, ce n’est pas le cas, pas le cas du tout, je vous invite à la lire.

vendredi 15 janvier 2010

Les murs - Olivia Tapiero

Ce mois-ci, l'équipe de La Recrue a lu le Prix Robert Cliche 2009. Les avis divergent. Je dirais même qu'il y en a qui sont diamétralement opposés, c'est à dire que ce qu'une personne a aimé, c'est ce que l'autre n'a pas aimé. Vu comme ça, la critique littéraire prend tout son sens. Pour moi, en tout cas. Personne ne détient LA vérité, nous détenons NOTRE vérité et en voici neuf :


Un tourbillon autodestructif - Jules
Spirale de la douleur - Mylène
Vouloir tuer son corps - Phil
Chapeau bas, madame - Catherine
Vouloir s'oublier jusqu'à en disparaitre - Maxime
Mourir. Seulement mourir. C'est tout. - Caroline
La mort sans excuse - Marc-Antoine
Transgresser le mal à dire - Claudio

Comme un Mantra - Venise

J'avais un rendez-vous avec une jeune femme qui voulait s’effacer de la vie, je le savais, et n’avais pas particulièrement le goût d’aller à sa rencontre. Une histoire nous prend là où on est, le lecteur, et je venais de terminer un roman se déroulant entre les murs d’un asile. Tout ça pour dire que l’auteure avait un chemin plus long à faire pour venir me chercher. Objectif réussi, je suis embarquée dans cet univers clinique, pas de gaité de cœur, mais j’ai suivi cette fille qui tenait tant à disparaître, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi.

Il n’y a pas que son corps qui est entre les murs de sa chair, nous lecteurs, sommes confinés entre les murs des observations obsessives qui résonnent dans notre tête comme un mantra. Les descriptions précises et efficaces de son enveloppe de chair, des entrées et des sorties de la nourriture, m’ont absorbée.

Pour qu’un être dans la fleur de l’âge désire s’effacer jusqu’à ne plus exister laisse imaginer une grande souffrance intérieure. J’ai supposé cette douleur, une équation qu’a fait mon cerveau en mettant les maux ensemble, mais je ne la sentais pas, la projetais seulement. Comprenez bien que c’est la personne folle qui décrit elle-même sa folie. Entendons-nous que cette distance crée une difficulté, la compassion est difficile à naître. Mon intérêt est resté au niveau clinique, je voulais comprendre la démarche thérapeutique de cet établissement de soins qui m’apparaissait complètement inadéquat. La rigidité d’une discipline serait thérapeutique ? Difficile à croire. Je mettais beaucoup d’espoir dans les rencontres avec la psychologue mais on ne s’y attarde pas, et de l’effet de la thérapie sur la malade, encore moins. Ça m’a manquée. Je ne connais pas plus cette femme qu’au début du récit.

Il me reste pourtant une impression forte de l’ensemble. Serait-ce le ciblage inlassable du sujet qui a finalement eu raison de mes résistances ? En tout cas, l’histoire est restée imprimée sur ma matière grise.

mercredi 13 janvier 2010

Festival "Étonnants Voyageurs" en Haïti

Je sais qu’on en parle partout et beaucoup de cette catastrophe qui donne envie de crier sa révolte. Mais se révolter contre quoi ? Mère nature ? On le sait bien que ça fait peu de sens. Ça ne fait que nourrir le sentiment d’impuissance.

Je ne sais pas si vous saviez que plusieurs de nos écrivains devaient partir tôt ce matin pour Port-au-Prince, entre autres : Nicolas Dickner, Michel Vézina, Stanley Péan. Ils se joignaient à un Festival littéraire : Étonnants Voyageurs. TV5 Monde titre ... Un Festival littéraire pour projeter une autre image du pays. Aujourd’hui, cet article sonne un glas pathétique :
Environ 50 écrivains haïtiens et étrangers, dont le prix Médicis 2009 le Canadien d'origine haïtienne Dany Laferrière, prendront part aux activités qui se dérouleront dans onze villes du pays du 14 au 17 janvier..

Pour la responsable de la Direction nationale du livre Emely Prophète, la deuxième édition en Haïti de cet événement littéraire "prolonge l'enthousiasme des prix littéraires décrochés par près de dix écrivains haïtiens en 2009".


Le président du festival, l'écrivain français Michel Lebris, voit ces distinctions comme "les signes d'une reconnaissance par le reste du monde de la formidable créativité littéraire d'Haïti, de sa diversité, de sa capacité à parler au monde entier".


"Le festival littéraire permet d'imposer Haïti dans les salles de rédaction de la Francophonie", croit encore Emely Prophète poétesse. "

C'est une occasion pour les auteurs consacrés et les écrivains d'avenir de faire rayonner Haïti, mal connu à l'étranger", estime pour sa part le journaliste-poète Dominique Batraville.


... si vous voulez l'article au complet, passez par ici.

Chantal Guy, ma journaliste littéraire préférée (bof ... j’envoie promener la diplomatie !), engagée, d’une intelligence qui va au-delà du convenu, nantie d’un humour qui me réjouit, était déjà à Port-au-Prince. Je lui avais même souhaité bon voyage sur Facebook, lui conseillant d’en profiter (!!!), à la suite de sa déclaration (qu’on appelle statut) disant qu’elle éprouvait un certain trac. La veille du séisme, elle disait avoir fait un tour touristique de la ville avec un guide merveilleux : Dany Laferrière. Alors, imaginez-moi sur Facebook, environ une heure après la catastrophe, inquiète au point d’être incapable de penser à autre chose, jusqu’à ce que Patrick Lagacé nous rassure. Toujours sur Facebook. Dans le cas de Nicolas Dickner, c’est lui-même qui est venu nous rassurer, nous disant qu'il était toujours à Montréal, et Stanley Péan, quelques heures plus tard.
Rajout : Soudain, le chaos (reportage de Chantal Guy - 13-01)
Vidéo où les écrivains Ivanoh Demers et Chantal Guy expriment leur désarroi, en attente d'aide.

On a le choix des malaises autour d’une telle horreur : se sentir mesquin de s’inquiéter à ce point pour une poignée de personnes « en visite » pendant que les habitants, eux, vont rester avec leurs pertes insoutenables, leurs deuils cruels, éprouver du malaise de parler d’autre chose, de rire ou de se plaindre. Ou de donner l’impression de ne pas être assez affecté. Ou de ne pas donner de l'argent sonnant. La liste est longue.

Aujourd’hui, les statuts Facebook ont repris à peu près leur cours normal, on reparle de sa propre vie qui n’attend rien d’autre que de continuer son (long ?) cours. On peut aller déposer quelques dollars à La Croix Rouge, pour s’en donner la permission. Ça peut sonner amer ce que je dis là, je ne le suis pas pourtant, je me sens plutôt triste, pour mon impuissance, mais en même temps remplie d’indulgence, au nom de la liberté de réagir comme on l'entend. Ma réaction est de m’attacher plus que jamais à l’indulgence, une forme d’amour de la vie dans ce qu’elle a de plus humain. L’indulgence est un fleuve à la vague forte qui mène sûrement à la compassion. Et la compassion n’est pas un sentiment que l’on endosse comme un vêtement du dimanche pour certaines Causes avec de grands C, pour s’en dévêtir aussitôt revenu à sa vie « normale ».

Je nous souhaite la compassion, un état d’esprit à temps plein pour son voisin, près et lointain.

mardi 12 janvier 2010

Le Vrac à Venise

Permission accordée : vous pouvez lire un livre en avion !
Lisez ... elle est forte celle-là. On peut soigner un individu de la paranoïa mais pas un pays !

Amis canadiens, vous pourrez finalement vous rendre à Los Angeles un livre à la main. Transport Canada a annoncé que l’interdiction d’amener des livres dans ses bagages à main n’était qu’un simple malentendu. Ainsi, les agents de sécurité des aéroports ne pourront plus refuser les bouquins des voyageurs en direction des États-Unis.
Après la tentative d’attentat du 25 décembre, Transport Canada avait augmenté les mesures de sécurité dans les aéroports. Les autorités avaient notamment dressé une liste restreignant les articles pouvant être mis dans les bagages à main. Une liste incluant ordinateurs portatifs et autres caméras, mais excluant les livres. Aussitôt, des groupes de pression, sur Facebook et ailleurs, avaient critiqué la décision de Transport Canada. Mission accomplie.

(tiré du Libraire)

Je ne le lis pas, je le vis
Avez-vous remarqué le titre que je lis ? Maleficium. À voix haute ! Eh bien, pour la première fois de ma vie, j’ai demandé à Marc de terminer la fin du chapitre en silence, j’étais trop dégoûtée. Je considère que je fais un honneur à Martine Desjardins, en arrivant pas à me raisonner, ça proclame combien c'est bien écrit ! Alors hier, quand j’ai déniché cette entrevue signée Elsa Pépin (collaboratrice spéciale La Presse) avec l'auteure, je me suis dit : mission accomplie !

«J'écris pour la même raison que je lis. Je n'ai pas envie de me retrouver dans la cuisine de ma voisine. J'aime apprendre des choses, m'évader. J'ai une vie très tranquille et l'écriture est pour moi une activité d'imaginaire. J'essaie d'arriver à écrire un livre qui ne pourrait être écrit que par moi.» J'ai un faible pour les bizarreries littéraires. Mon ambition était d'écrire une curiosité littéraire.»

Chantal Guy n’a jamais si bien dit !
"Bref, la personne qui donne un livre se dévoile autant qu'elle croit dévoiler celui ou celle qu'elle gâte. D'où le caractère intime du présent, beaucoup plus intime que ces huiles de bain tellement à la mode dans les échanges de cadeaux. On cherche souvent la neutralité dans ce type d'échange, mais elle est impossible lorsqu'il s'agit d'un livre. On dit forcément quelque chose en offrant des mots, qu'ils soient ou pas les nôtres. C'est là tout le périlleux et la beauté de la chose. C'est aussi le meilleur exemple de la complexité de l'autre, qui devient plus évidente à mesure que l'on vieillit".
L'art de donner un livre - cyberpresse - Chantal Guy

Les « meilleurs vendeurs » d’une librairie à l’autre
Après une petite recherche hier - en passant, peu de librairies indépendantes ont des sites Internet - je m'interroge toujours autant sur ce qui fait la différence entre ces listes.

Pantoute (Québec)
1. Ru, Kim Thuy, Libre expression
2. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
3. La canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers, Herbes Rouges
4. La traversée des sentiments, Michel Tremblay
5. Le monde, le lézard et moi, Gil Courtemanche, Boréal

Gallimard (Montréal)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. Le Ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis, Boréal
3. Paul à Québec, Michel Rabagliati, La Pastèque
4. Tarmac, Nicolas Dickner, Alto
5. Cœur rouge dans la glace, Robert Lalonde, Boréal

Biblairie GGC (Sherbrooke)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. Paradis, clef en main, Nelly Arcan, Coups de tête
3. Le Cocon, Janette Bertrand, Libre expression
4. La traversée des sentiments, Michel Tremblay, Leméac/Acte Sud
5. Faim de la terre, Jean-Jacques Pelletier, Alire

Librairie Vaugeois (Québec)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. HKPQ, Michèle Plomer, Marchand de feuilles
3. La traversée des sentiments, Michel Tremblay, Leméac/Actes Sud
4. La faim de la Terre 1, Jean-Jacques Pelletier, Alire
5. Le monde, le lézard et moi, Gil Courtemanche, Boréal
6. Paradis, clef en main, Nelly Arcan, Coups de tête
7. Maleficium, Martine Desjardins, Alto

Je termine par la Librairie Vaugeois, et ce n’est pas un hasard. Ça m’apparait évident que la littérature québécoise y est mise de l’avant. Parce que ce je n’ai pas dit, c’est que chez Gallimard par exemple, le 5ième rang est en fait au 16e rang, si on compte les romans d’ailleurs et autres œuvres non fictives. Je reste convaincue qu’un libraire qui s’implique a un pouvoir sur le choix de lecture de sa clientèle, delà certaines disparités.

Hier, j’ai pris le temps de me pencher sur le blogue de la Librairie Vaugeois (voilà pourquoi ce billet a tardé !) et j’y ai découvert tellement de liens intéressants. C’est une mine d’informations sur la littérature, et qui est fréquemment mise à jour. Bien entendu, je rajoute ce lien à ma liste !

Mon agenda

J'ai un nouvel agenda (coudonc, grosse nouvelle !), et j'y retrouve des citations sur la littérature à chaque semaine, je partage celle de cette semaine :

Les romanciers sont plus à nu dans leurs oeuvres de fiction que dans leur autobiographie.
Madame de Staël

Jolie illustration du titre trouvée ici.

samedi 9 janvier 2010

Branches blanches, feuilles blanches

Cette feuille-ci n’est déjà plus blanche puisque je vous écris, les branches à nos fenêtres, elles, le restent (photo ci-contre : vue de notre balcon). Nos arbres ne ploient pas, ils tendent leurs bois pour accueillir les flocons lumineux. Au retour d’un Montréal gris hier, j’ai été surprise et me suis dit, on dirait deux pays éloigné, pourtant à une heure et demie de route.

Mais tout ça ne dit pas où en suis-je dans mes lectures. C’est que je vois bien que je suis au ralenti dans l’envoi de mes billets. Suis-je suspendue sur une branche comme un motton de neige gelée ? Non, c’est presque le contraire, je bouge beaucoup en corps et en esprit, butine des lignes ici et là (des albums BD, des livres pour enfants), ce qui fait que ma lecture principale avance lentement. Je suis en ce moment avec « Les murs » d’Olivia Tapiero, jeune auteure de 19 ans. Il y a de ces lectures qui ne s’avalent pas goulûment, surtout si elles traitent de l’anorexie. Vous en saurez plus long bientôt puisque ce Prix Robert Cliche 2009 est la vedette du mois - La Recrue.

Je ne vous parle pas de La Recrue bien, bien souvent. Et pourtant, elle ne tourne pas toute seule cette vitrine pour les premières œuvres fictives québécoises, d’innombrables consultations et discussions ont cours par courriels entre la dizaine de rédacteurs que nous sommes. Pourtant, certains rédacteurs ne se sont jamais rencontrés en chair et en os (Anick habite la Gaspésie, Caroline, Paris !), bientôt une réunion aura cours et cette situation changera pour certains. Si vous n’avez jamais été vérifié comment nous fonctionnons, je le jette tout cuit dans votre bec d’oiseau curieux puisqu'après deux années et quart d’existence, ce mois-ci, le bulletin de L’UNEQ (Journal de l’union des écrivaines et des écrivains québécois) parle de nous par la bouche d’un des rédacteurs, Philippe :

" La Recrue Du Mois, c’est une équipe de dix personnes bénévoles qui ont toutes un intérêt marqué pour la littérature et en particulier pour la relève littéraire québécoise. Nous choisissons chaque mois de mettre en avant un auteur et sa première œuvre de fiction (roman ou recueil de nouvelles). Nous votons parmi les publications récentes et la recrue du mois bénéficie d’une visibilité sur notre site pendant un mois. Nous mettons des liens vers les commentaires et critiques déjà parus. Nous publions un questionnaire auquel l’auteur-e a accepté de répondre. Nous avons parfois la possibilité de réaliser une entrevue avec l’auteur-e. Enfin, le 15 de chaque mois, chaque membre de notre équipe publie un commentaire sur le livre en question. Nous avons aussi une catégorie que nous appelons le repêchage. Il se peut que certains livres ne rallient pas les suffrages de la majorité de l’équipe. Dans ce cas, les personnes intéressées peuvent tout de même lire et commenter le livre en question. Donc, même si un auteur ne bénéficie pas du statut de recrue, il peut avoir une certaine visibilité via le repêchage. "

Isabelle Gaumont, responsable de l’article a demandé à Philippe ce qui l’avait incité à participer : « J’ai récemment découvert la littérature québécoise (je suis un immigrant français) et elle compte énormément de talents. C’est pourquoi j’ai eu envie de contribuer à ma manière à la relève littéraire en apportant mon regard sur de nouveaux auteurs. Et je dois dire que je ne suis pas déçu, le niveau des livres que j’ai lus dans le cadre de la Recrue Du Mois est très bon. »
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C'est une mozaille de bonne habitude à prendre de suivre le site de La Recrue du mois, et pas seulement le 15, aussi pour ces diverses catégories :

  • Commentaires de lecture - Repêchage
  • Les entrevues
  • Les médias en parlent
  • Notre site fait parler de lui
  • Nouvelles et Actualités
  • Sur les autres blogues.

Bon, je retourne à ma lecture, Les Murs, que j’achève, et ensuite ce sera le difficile et excitant choix de l’heureux élu parmi la trentaine d'impatients romans québécois qui poireautent sur une tablette de moins en moins planche !

mardi 5 janvier 2010

Sonate en fou mineur - Éloi Paré

Ce roman a traversé l’année avec moi. J’avais un peu le trac quand je l’ai commencé, j’en avais pour 338 pages gros format. Un peu surprise du style au début : d’une grande fluidité, tout simple, direct, avec du dialogue, j’ose dire en abondance (il me semble qu’il y a moins de dialogues dans les romans ... que je lis en tout cas), cette absence de prétention à la « regardez-j’écris-bien » est finalement venu me chercher.

Grosso modo, c’est un compositeur méconnu courant après l’inspiration pour LA création du siècle mais qui, comme tout le monde, doit gagner sa vie. Il entre comme gardien de nuit dans un asile, emploi idéal pour composer. Pensez-vous que nous étions, pendant quelques centaines de pages, pour le regarder composer, alerte et inspiré ? Évidemment que non. C’est Tristan qui va venir le chercher sur sa planète de grand compositeur assez nombriliste. Plusieurs personnages vont venir se greffer : Le grand manitou de l’institut psychiatrique ; grandiloquent et borné. La mécène frustrée et laide de jalousie, Rachel, la juvénile Agathe qui se révèlera plus mâture qu’à prime abord. Je n’oublie pas sa Cour masculine car, semblerait-il qu’elle soit irrésistible cette demoiselle, excepté pour notre virtuose, Pascal.

L’histoire file, on ne s’accroche pas à de longues descriptions qui sont plutôt habilement intégrées à l’action. J’ai vraiment beaucoup aimé tout ce qui se passe à l’Institut, je me suis grandement attachée à Tristan, ou plutôt à leur relation très spéciale. Imaginez, Tristan est enfermé et bourré de médicaments depuis l’âge de 16 ans, et après 7 ans de ce régime, une flamme de vie vacille encore en lui. Il s’accroche donc désespérément à ce gardien de nuit qui n’a pourtant pas le droit de lui parler, ce qui crée des tensions palpitantes. Tristan vit à travers les yeux de Pascal qui lui raconte son quotidien qui devient des aventures trépidantes pour un incarcéré. Même en tant que lectrice libre, je me suis aussi intéressée à ces histoires, c’est pour dire qu’elles sont bien menées. Je me suis fait prendre à ce jeu au point que mon attention se relâchait à l’extérieur des murs.

Je ne suis pas juste là, la relation de Pascal avec Agathe m’a aussi intéressée, même si un peu plus banale. La relation avec sa mécène m’a fortement intriguée au départ et puis, ce personnage m’est apparu tellement tiré par les cheveux et la réaction de Pascal à cette vile femme aussi. J’ai un peu décrochée. Mon seul petit problème, si c’en est un, est que le personnage principal, le compositeur m’intéressait en autant qu’il soit en relation. Sa ferveur vis-à-vis la musique, son ambition démesurée, m’est passé comme de l’eau sur le dos d’une cane. Je ne l’ai pas pris à cœur comme l’auteur l’aurait désiré, je crois. Mais qu’importe puisque Pascal a passé 338 pages à être en relation !

Cependant, j’ai un « mais » : la fin. À partir d’un lancement littéraire qui sent le dénouement à plein nez, une escalade d’actions débridées, pour ne pas dire complètement folles m’ont perdue. Pourtant, encore là, j’imagine que j’aurais dû trembler de peur mais trop, c’est trop. J’ai trouvé la scène maladroite de A à Z assez pour sortir de l’histoire et regarder l’auteur écrire. Ce qui n’est pas bon signe. Et en passant, quant à parler de fin, on a appelé épilogue un chapitre mais le dernier (long) paragraphe serait un réel épilogue mais la balance serait plutôt, à mon sens, une suite à la fin de la fin. C’est un détail.

Donc en gros, j’ai apprécié cette lecture et je garde un souvenir indélébile de la relation Pascal-Tristan et de cet asile assez barbare, en ayant apprécié la critique sociale – dans l’humour – sur le bourrage des cerveaux par les médicaments et la prétention outrancière des soignants en chef.

Je vous invite à visiter le passionnant site de l'auteur, Éloi Paré

En nomination pour le Prix de la Relève Archambault : Sonate en fou mineur, Éloi Paré - Éditeur Guy Saint-Jean, 338 p.

jeudi 31 décembre 2009

Ma rétrospective et mes voeux

Une décennie s’achève. Quand je pense à ce dix ans, je ne peux pas tout comprendre, tout englober, il y aurait trop à dire bien sûr, juste de penser aux événements mondiaux. Je ne veux pas trop m’y attarder, est-ce vraiment l’heure de le faire, le mousseux ferait moins de bulles ce soir.

À moindre échelle, cette décennie m'a démontré combien le besoin de ne pas être seul est criant. Plus les gens sont indépendants, ne parlant pas à leur voisin de pallier, plus les familles sont restreintes (fini les douzaines d’enfants), plus les centres urbains fourmillent de monde, plus le « magasin général » a été remplacé par le « Smart Center », moins il y a de conversations animées sur les parvis d’église et plus la blogosphère s’enfle, plus Facebook fait fureur, plus Twitter trépigne de liens. Le téléphone nous suit partout, on y parle devant la caissière à l’épicerie, on « texto » devant le chauffeur de taxi, on apporte sa « vie » qui tient dans un creux de main : portable, IPod (des personnes m’ont dit que tout le précieux de leur vie était compilé là). MP3 pour transporter sa discothèque, et j’en passe, parce que je suis loin d’être techno ! Mais à moins d’avoir les yeux fermés ben dur, on réalise que la communication s’est transformée par les moyens mis à notre disposition. Est-ce les moyens qui ont transformé la communication ou la communication qui avait besoin de ces moyens pour se transformer ?

Je suis aussi frappée par le mouvement. Quand les gens se déplacent ils veulent transporter leur chez soi. Comme les tortues ! Cellulaire, agenda électronique, portable, MP3 ... faut dire que les carapaces sont de plus en plus légères. Tout est léger maintenant. Les premiers cellulaires, deux fois plus volumineux que notre téléphone sans fil porte à rire, assez lourds pour assommer quelqu'un !

J'en conclus que l’être humain démontre d'une autre manière son côté grégaire, qu'il veut absolument faire partie d’un tout ; famille, village, ville, communauté Facebook ou humanité. Si une communauté disparaît, elle est vite remplacée par une autre. On entre plus souvent en contact mais pas avec la personne devant soi, à celle qui pourrait nous regarder dans le blanc des yeux et nous rejeter sans écran. On se protège avant de se lancer dans une relation de chair et de sentiment et ça, c'est si on se lance ! On a maintenant besoin d’être encadré pour se rencontrer, les occasions « naturelles » se faisant de plus en plus rares. On s’étudie beaucoup, on prend moins de risque sur le rejet, on aime les miroirs qui nous renvoient notre reflet, de toutes manières on est sécurité avec la quantité : si c'est pas avec cette personne qu'un lien sera développé, tant d'autres sont accessibles en pesant sur un bouton. Et on contrôle de plus en plus son image.

Ceci n'est pas une critique, c'est une constatation de changement, je ne me place pas au-dessus de ces changements, par exemple, j’aime fréquenter la communauté Facebook. Je fais de l’esprit sans être obligé de me déplacer. On m’applaudit ou me commente, ou m'ignore, je socialise avec des étrangers, toujours dans ma robe de chambre et je connais des détails sur eux que je ne sais même pas de mes amis. Ça m'amuse et me stimule, c'est un jeu de communication. Tout ça pour dire que mon idée ici n'est pas de tout remettre en questions, je tente de tirer, en cette dernière journée de la décennie, une photographie du tournant qu'a pris la communication. Faut dire que je suis essentiellement une femme de communication. C’est là où je place ma passion des mots et mon désir de justice et de justesse.

Bref, de 2000 à 2010, la communication a énormément changé mais pas ce besoin fondamental: le besoin d'être aimé. Je nous souhaite donc un vent doux d’amour qui traverse nos vies, nos têtes, nos cœurs. Je nous souhaite d’aimer et d’être aimé.

lundi 28 décembre 2009

Palmarès Plaisir de lecture

Éric Simard l'a fait le premier (à mon su et vu en tout cas), Catherine l'a suivi de près. Intéressant. Le palmarès situe, englobe, synthétise, cerne. Il me semble que tout à coup, je comprenais mieux leurs lectures.

Je me suis alors dit, pourquoi pas moi !

Je ne m'attendais pas à ce que l'exercice soit si difficile ! Si difficile que je me serais bien échappé du casse-tête par plusieurs ex aequo. Finalement, quand j'aimais également, j'ai devancé le titre qui avait reçu le moins d'attention. Entendons-nous bien, je n'ai pas tenu compte du niveau de difficulté du roman, je laisse ce critère aux juges des hautes instances littéraires, j'ai seulement jaugé mon plaisir de lecture.

1 33, Chemin de la Baleine - Myriam Beaudoin
Parce que rarement une lecture m'empêche de dormir. Je me suis levé la nuit pour le lire. Le coeur m'arrêtait de battre à certains passages. J'ai pris à coeur l'attente de cette femme qui aime trop d'une manière qui m'a moi-même surprise.

2 HKPQ - Michèle Plomer
Il m'a tenu sur une vague d'ambiance douce, sensuelle, spirituelle et j'aurais voulu à jamais qu'elle se poursuivre. Je lisais lentement et relisais de peur que le roman se termine trop vite.

3 Mademoiselle Personne – Marie Christine Bernard
Le souffle court, béate d'admiration, les yeux écarquillés devant tant d'intensité autour d'un personnage. Tant d'ingéniosité aussi pour la structure du roman. Et quel style rythmé !

4 Les filles - Lori Lansens
Je refuse qu'elles n'existent pas, elles m'accompagnent encore. Se sont des amies, ces filles jumelles par la tête mais pas du tout par le coeur. Le plus grand traquenard de faux vrai que j'ai lu jusqu'à date.

5 La louée – Françoise Bouffière
Une histoire qui m'a enfiévrée. Éprise par le coeur d'un trop-plein d'émotions devant cette femme forte traitée en victime. Pour ma compassion à toutes les femmes qui ont un jour vécu de ce pareil au même de voir leur corps loué, au nom de la maternité.

6 Almanach des exils – Stéphanie Filion et Isabelle Décarie
Pour mes haussements de sourcils devant le charme de ces écritures féminines. Tant de soin à écrire la poésie qui sort par les pores du quotidien. Un bel échange d'amitié, à travers les antipodes de deux pays, le Canada et le Brésil.

7 Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri
Pour m'avoir fait entrer dans un village sans contours précis où la folie rode sans contour précis, avec une écriture précise à couper au couteau.

8 Paul à Québec – Michel Rabagliati
Pour une histoire qui sent le Québec. Pour une histoire qui repose sur la progression de l'attachement. Pour cet art rare de raconter par la complémentarité parfaite entre le mot et l'image. Parce que j'ai éclaté en sanglot, ce qui ne m'arrive jamais en lisant.

9 La traversée du continent – Michel Tremblay
Pour avoir voyager à travers les yeux d'une gamine de 12 ans et d'avoir éprouvé toutes ses frousses, tous ses espoirs. Pour me reconnaître par la voie du passé de ma mère.

10 Tarmac – Nicolas Dickner
Pour le contrôle du dit, pour la divulguation de l'histoire avec une maîtrise esthétique. Pour ses personnages qui survivent à la fin du monde et au point final. Pour l'admiration du concept des 99 chapitres titrés. Pour un style unique, identifiable.

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Avez-vous fait le vôtre ?

jeudi 24 décembre 2009

Merci aux Mères et Pères Noël !

Une autre tague, de Noël cette fois, et transmise par Karine :). Je réalise combien la tague est contagieuse. Alors, je me suis dit pourquoi ne pas profiter de cette pause littéraire pour y répondre, surtout que ça parle de courses de veille de Noël, de réveillon, d'imaginaire ...

Q : Nous sommes le 24, il fait froid, il pleut, il vente, il neige. Vous êtes dans les transports, sur le point d'arriver chez vous après une dure journée de courses de dernière minute. Enfer et damnation ! Vous vous apercevez du fait que vous avez complètement oublié le plat principal et le livre collector en édition ultra limitée dont vous rêviez depuis des mois et qui est sur le point d'être épuisé. L'ennui, c'est qu'il ne vous reste qu'une heure pour préparer le réveillon et que vous aurez tout juste le temps de faire l'une des deux courses. D'ailleurs, rien n'est moins sûr ! Et puis, il faut avouer que votre journée vous a achevé(e). Que faites-vous ?

R: J’appelle toute de suite mon Père Noël personnel sur le cellulaire, et je deviens deux. Ça s’appelle communément la vie de couple.

Q : Vous voilà enfin chez vous ou chez les personnes chez qui vous réveillonnez. Cette année vous avez décidé que l'oncle Fred ferait le Père Noël. Malheureusement, il vient d'appeler pour vous dire qu'il avait rencontré l'amour de sa vie à 80 ans et partait en Indonésie pour sa lune de miel, avec une dulcinée connue deux mois auparavant à son entrée en maison de retraite. Heureusement, vous connaissez des gens célèbres, acteurs, chanteurs, sportifs ou autres (morts ou vivants) qui se couperaient en quatre par amitié pour vous. Qui choisissez-vous pour jouer Santa Claus ?

R : Au risque d’insulter un ami, René, qui fait un des plus beaux « vrai » Père Noël que je connaisse, par ses yeux pétillants de joie et sa joue rebondie et rose, je ferai venir d’outre-ciel, le Capitaine bonhomme. Et tant pis pour ceux qui seront confondus dus dus dus dus .... HO HO, j’adore jouer des tours !

Q : C'est l'heure de distribuer les crackers (biscuits de fortune) je me demande ce qui est inscrit sur le vôtre...

R : « Vous aurez besoin de respirer par le nez – même bouché – pour rester calme pour arriver à Noël en même temps que tout le monde».

Q : Les enfants sont enfin couchés ! Après avoir bien bu et bien mangé, vous décidez de finir la soirée en beauté en faisant une petite séance de spiritisme. Vous commencez en riant bien, mais soudain le tonnerre gronde, la lumière s'éteint, une lueur bleue vaporeuse s'élève au dessus de la table et vous sentez quelque chose de froid et mou se poser sur votre épaule. Que faites-vous ?

R : Je suis d’une banalité sans nom puisque je défonce le tympan de quelqu’un en hurlant sur une note stridente. Tout le monde décampe, en se bouchant les oreilles, laissé à moi-même, je ris jaune foncé. Et pour finir, j’essaie d’atteindre l’interrupteur (de tourner en rond), et m’enfarge dans les pieds du snoreau qui m’a joué le coup du rouleau de pâte à tarte sur l’épaule.

Q : Et au fait, on pourrait connaître l'identité du fantôme, vrai ou farceur ?

R : Le bonhomme Pillsbury.

Q : Enfin vous voilà le 25 au matin et vous allez déballer les cadeaux qui vous attendent depuis quelques heures sous le sapin. Quel est le cadeau inespéré que vous ne pensiez jamais recevoir et qui est là, devant vos yeux ébahis ?


R : C’est dans une enveloppe enrubannée rouge, je l’ouvre, très intriguée, pensant peut-être à des billets en destination de Venise et je découvre ce que je n’attendais plus : une garantie d’un an sur mon enveloppe corporelle avec en bonus l’assurance d’un système immunitaire boosté, repoussant tous virus ou microbes, me donnant de l’énergie à revendre et à dépenser pour continuer à aimer tangiblement tout mon entourage immédiat : bloguesque, amical, familial ... et même planétaire !


JOYEUX NOËL ! À TOUS, EN COMPAGNIE DES PERSONNES QUE VOUS AIMEZ. Je vous souhaite pas seulement un échange de cadeaux, un échange d'amour.

N.B. : Comme la fête de Noël est une date qui expire en 24 heures, cette tague s'évanouiera d'elle-même le 26 à minuit et une.

mardi 22 décembre 2009

Marie-Tempête - Dominique Demers

Je me fais rare, happée par le temps des fêtes qui nous offre tout, sauf du temps ! Et comme si j’en avais le temps, j’ai un vilain rhume. Je ne suis pas comme nos grands-mères qui disaient : Pas le temps d’être malade !

Il me semble que ça va me faire du bien de me libérer de ce roman qui a traîné si longtemps sur la table de chevet. Cette réédition de 2008 contient trois romans destinés aux adolescents :
« Les grands sapins ne meurent pas » 1993
« Ils dansent dans la tempête » 1994
« Un hiver de tourmente » 1998
Au titre de la préface de Jacques Allard « Marie-Tempête, un vrai roman », je me permets d'ajouter : un vrai roman ... pour ado !

À prime abord, je n’étais pas attirée par Marie-Tempête, un peu plus par sa suite pour adultes : « Pour rallumer les étoiles » (je craque pour le titre !). Dominique Demers, docteure en littérature jeunesse, écrivaine, animatrice, scénariste, conteuse et directrice littéraire, tous ses titres bien affichés sur la quatrième de couverture donne de la crédibilité. C’est probablement ce que s’est dit l’ami qui m’a offert les deux bouquins en cadeau de fête.

Les thèmes choisis sont typiquement ados : la révolte contre les parents, surtout la mère, le « que je suis malheureuse, aucun adulte ne me comprends », le je-m’en-foutisme des histoires d’adulte », l'amour exalté pour un garçon et tout faire pour le repousser. J’ai été jusqu’à avoir l’impression que l’auteure faisait tout pour la rendre malheureuse, juste pour nous donner des émotions fortes. Très peu d’émotions fortes pour moi, puisque je ne l’ai pas prise au sérieux. J’avais plutôt le goût de lui secouer les puces ! Et en passant, son père, aussi présent pour sa fille qu’un coloc !

Marc lui a laissé une chance. En plus, il trouvait le style, surtout quand elle décrit la nature, très réussie. Je lui donne tout à fait raison sur ce point. Des descriptions que les ados n’ont pas dû sauter puisque D. Demers manie habilement l’art de mêler les humeurs de la nature avec les émotions exaltées d’une Marie-Lune de 15 ans. Aux deux premiers romans, il y a beaucoup d’actions, ce que Marc appréciait, il restait accroché (c’est important pour celle qui lit à voix haute !) mais au troisième, est-ce parce qu’il a été écrit quatre ans plus tard, l’histoire se présente comme une île qui se serait décrochée de ses continents. En gros, c’est la détresse absolue de Marie-Lune suite à une autre fatalité du destin (il s’acharne vraiment sur elle mais ça me semble tellement évitable), la fuite et la retraite dans le bois chez les sœurs cloîtrées. Une première prise de contact avec le silence et Dieu. Contrairement à Marc, j’ai préféré ces préoccupations moins typiquement adolescentes, moins clichés, sans pour autant digérer sa personnalité de jeune demoiselle qui s’acharne à tout faire pour se mettre dans le trouble. Pourtant le destin s’occupe déjà très bien de le faire.

J’suis méchante avec Marie-Lune, n’est-ce-pas ? C’est vrai. Comprenez par là qu’il y a une réussite de l’auteure qui a créé une adolescente « pure fibre ». Parce que l’on va se le dire tout à fait entre nous, parfois ils sont quand même un peu ... euh, comment dire, énervants non ? Donc, il est à gager que lu par ceux à qui s’adressent ce roman, ça doit chanter un autre air que le mien. Autre point un peu dérangeant, ça sentait le désuet (années 1993-94) surtout dans la relation parent/enfant ; pas assez en arrière de soi encore pour y trouver un réel charme.

À part de ça, ça va bien ! Pour rallumer les étoiles, comme Marie-Lune est adulte, nous le lirons (quant à l’avoir !) afin de vérifier si elle a grandi en sagesse, autant qu’en âge. Mais pas tout de suite, non, non, pas tout de suite !!!

mercredi 16 décembre 2009

"C'est trop littéraire"

Il commence à flotter un air de vacances, écoutez ... écoutez, même dans le silence de ma montagne, je l’entends.

Alors, jasons.

Avant tout, un rappel. Un rappel de textes. Vous aimez vous exprimer par l’écrit et vous aimez Léonard Cohen, je vous rappelle que la date pour remettre vos textes est fin janvier. Les détails donnés dans le billet « Vous aimez Léonard Cohen ». N’hésitez pas, l’équipe Septentrion est clair, ils attendent encore vos textes. L’inspiration vous attend au pied de votre arbre de Noël, ça peut être le cadeau que vous vous faites. Ça fait vacances, avoir du temps pour écrire !

Je m’dis aussi que c’est beau lire, c’est se remplir lire, mais un moment donné, personnellement, j’éprouve le besoin d’évacuer. Alors, j’écris. Cela n’a pas besoin d’être estampillé « excellent », sinon, c’est le blocage. Enfant, nos parents, nous donnaient une feuille blanche et disaient « dessine ! ». L’enfant ne se disait pas, mais voyons, je ne sais pas dessiner ». Écrire, c’est s’exprimer en pouvant effacer sans que l’autre nous voit ! De vive-voix, c’est plus difficile de dire, attention tout le monde, je recommence ma phrase, elle était maladroite !

Ça m’amène à une de mes réflexions cette semaine qui ressemble à une question ; qu’est ce que ça veut dire un texte littéraire et donc, TROP littéraire ! Ceux qui me suivent de près, se souviendront qu’une personne s’est fait refuser un manuscrit sous le prétexte qu’il était trop littéraire. Ça parait insensé à prime abord. Quand je suis perplexe devant des expressions et leur côté péjoratif qui arrive dans notre langue sans crier « attention, j’arrive ! », je vais frapper à la porte du Petit Robert, un monsieur spécialiste de la base et il dit à ce sujet : expression littéraire : opposé à courant, familier, populaire, didactique.

Ça démêle un peu mes cartes. Hier, j’ai commencé à lire un roman en me posant cette question : est-il littéraire ? Ben voyons, Venise, tombes pas dans ce piège ! C’est de la littérature, c’est donc littéraire, non ? On dirait que trop simple. Ce que je voulais me signifier, c’est que l’écriture était familière, avec de l’humour, à la va comme je te parle, ça coulait, c’était amusant, l’histoire avançait. Dernièrement, j’ai dit à une amie, de la littérature légère. D’ailleurs, toute une discussion a suivi, il y aurait un côté péjoratif accolé à « léger ». Mais je reviens au roman « trop littéraire », j’imagine, (remarquez bien, j’ai dit j’imagine), on doit vouloir dire par là ; texte verbeux, lourd, parsemé, comme disaient nos aïeux, de mots à 30¢ placés là pour épater la galerie et, j’ose rajouter, une inertie dans l’action. Voilà mon interprétation du « trop littéraire » ... est-ce la vôtre, ça c’est une toute autre histoire. Le côté péjoratif a le désavantage que chacun y ajoute son interprétation et ça finit par faire un consensus tacite, dont on ne retrouve nulle part des traces (qui aura l’idée un jour de colliger un dictionnaire des mots à sens péjoratif ?)

Mais où je m’en vais avec mes cliques et mes claques moi là ? Je vous assure que je n’ai pas d’endroit précis où me rendre, je réfléchis à verbe haut devant vous, en ne sachant même pas d’ailleurs si c’est littéraire.

La Femme fragment et Le discours sur la tombe de l’idiot, ces deux derniers romans lus, je les ai trouvés très littéraires (pas trop, très), dans le meilleur sens du mot. Mais je me dis qu’un mot qui a son meilleur a sûrement son pire. Donc, trop littéraire, ça existe pour moi. Dans ma tête. En dehors de ma tête, je me demande qu’est-ce que ça a l’air ?

Comme pour vous, par exemple ...

mardi 15 décembre 2009

La Femme Fragment - Danielle Dumais

La cloche du 15 du mois à sonné ! À La Recrue, c'est La Femme Fragment qui passe au crible. Je dirais que ce qui ressort des critiques est du questionnement. Genre de roman idéal pour un club de lecture dont certains romans servent de prétexte pour ouvrir vers des horizons psychologiques ; la connaissance de soi qui mène tout droit à la connaissance de l'autre. Vous verrez, je suis (anormalement !) succincte dans ma critique, exprès pour vous laisser du temps pour aller lire mes pairs ...

Caroline, enfant insouciante, élevée par un père âpre et âgé déjà retiré de son parcours de vie, s’élève et grandit dans l’ignorance de ses racines. Enveloppée par l’infini amour de son père, elle est heureuse. Sa quête de soi commence par la procession de ses expériences amoureuses qui, mystérieusement échouent.

J’ai été subjuguée par la relation étroite entre ce père âgé, un coquillage fermé qui s’ouvre tout grand pour accueillir un bébé qui grandira sous son aile et éclairera sa vie. Malgré son côté rébarbatif, je me suis attaché à ce père, plus qu’à la fille. J’ai également beaucoup apprécié l’apport bien nuancé d'un personnage « ordinaire », Pauline, sans emploi du temps autre que vivre son état d’être humain sincère, fidèle et aimant.

J’ai suivi la fille, astre principal de l’histoire, captivée par les planètes qui tournent autour d’elle, les yeux écarquillés devant les couleurs franches et diversifiés des hommes qui traversent son ciel. J’ai beaucoup apprécié la parole donnée à chacun des personnages, micro sous leurs bouches ouvertes recueillant leurs pensées intimes et mon intérêt s’est rapidement transformé en hâte de recevoir la version de l’autre qui n’est pas Caroline. J’ai admiré l’habileté et la solidité des enchaînements.


Sous le ciblage d’une quête identitaire, cette histoire touchant plusieurs thèmes par ses personnages et situations laisse supposer une auteure qui a énormément de vécu et qui a voulu tout mettre dans son roman. J’avoue que ce « tout mettre » est réussi puisqu’il a maintenu mon intérêt qui s’est seulement un peu affaibli à la fin. La dernière histoire d’amour passionnel présentée comme une fatalité à traverser n’était peut-être pas bien servi par le ton distancié. C’est à cette étape que j’ai ressenti un peu de lassitude devant cette quête acharnée de s’analyser, peut-être parce qu’à la longue, l’idée qui en ressort n’est pas celle poursuivie : à ne pas connaître ses racines, on serait bien plus heureux qu’à les connaître !


J'oubliais de mentionner, peut-être le plus important pour moi, j'ai beaucoup apprécié le style. C'en est un où le verbe est fourni, on aime le mot, décrire est une passion, ce qui donne des passages succulents, certains que j'ai relus.
Je n'hésiterais pas une seconde à relire cette auteure.

La Femme Fragment, Danielle Dumais, Collection Première Impression, Québec Amérique, 416 p.

dimanche 13 décembre 2009

7 confidences dont un mensonge

Je me suis fait taguée par Blue qui, elle, s’était fait taguée par Anne. Blue continue de répandre le virus, en taguant Maxime. La tague, c’est contagieux et celle qui court est amusante : Déclarer un mensonge parmi 7 confidences et bien sûr tout le monde s’amuse à détecter le mensonge.


7 Confidences et 1 mensonge :

  • Je rêve (en dormant) souvent que je cherche un endroit pour dormir.
  • Depuis quelques années, je collectionne les signets
  • J’aimerais expérimenter une séance d’hypnotisme pour me faire passer mon goût du sucre.
  • Ma mère me surnommait « Sauterelle »
  • Je déteste manipuler de la terre.
  • Je ne peux porter de parfum floral, j’y suis allergique.
  • J’ai les cendres d’un étranger chez moi.

Je tague mes Pigeons chéris : Marsi, (quitte à lui prêter La Babillarde ! P.G. Luneau. J’y rajoute Claudel, Pierre H. Charron, Suzanne, Andrée Poulin et Étolane. En espérant qu’ils attrapent ce virus sympathique ... à moins qu’ils soient vaccinés !

vendredi 11 décembre 2009

Le discours sur la tombe de l'idiot - Julie Mazzieri

Ça y est, je l’ai lu ce fameux Prix du Gouverneur Général 2009 !

J'ai l’impression que j’aurai de la difficulté à vous rendre ce roman avec justesse, tellement d'ailleurs que j’en éprouve quasiment le trac. Dans ces moments-là, je m’accroche à la quatrième de couverture qui est justement très pertinente. J’avoue même qu’elle m’a aidée à situer la fin : « Si le roman possède une « essence policière » incontestable, il s’agit d’abord et avant tout d’un roman de la culpabilité. Tout en s’attachant au sort de Paul Barabé, le récit présente l’histoire de Chester « saisie du dedans » : une histoire commune non pas appréhendée dans la perspective rassurante des intentions et des actes, mais une histoire se rapportant plutôt aux faits principaux qui accablent ce village sans idiot ». (Cet extrait représente environ un quart du quatrième).

J’ai habité ce village quelques heures, vraiment habitée, j’y étais. Tout au long de mon séjour, les questions ont criblé mon esprit et j’ai ressenti une tension, en tout cas, je n’étais pas détendue. Habituellement, je trouve les villages rassurants, tout le monde se connaît, on en fait le tour rapidement, l’esprit le contient. Mais pas Chester dont l’ambiance dégage du mystère, pas celui qui est opaque, celui qui titille l’esprit, qui l’agace continuellement. L’histoire me laissait peu de temps pour réfléchir dans mon état de fébrilité d’en vouloir plus, toujours plus.

Pourtant, dès le départ, on connait les malfaisants qui se débarrassent de l’idiot. On ne cherche pas l’assassin mais on cherche quand même ; la vérité des personnages, d’y voir plus clair. Le style et la manière de raconter est à ce point efficace que j’ai monté un film dans ma tête ; c’était sombre, je n’y ai jamais vu le moindre rayon de soleil ! Certaines perles langagières me sautaient aux yeux et c’est bien la seule chose qui brillait dans cette noirceur ! De la noirceur, non pas celle qui appelle la déprime, le dégoût oui peut-être, mais surtout la dureté des sentiments, l’ignorance crasse, l’inconscience mais pas la candide, les victimes malignes, l’exploitation de la bonne volonté, la méfiance impitoyable vis-à-vis les étrangers. Et toujours ce vent de folie qui guette, qui rôde, qui peut s’emparer d’un esprit sain, même celui du lecteur ! Pris par l’effet d’entraînement, les secrets, la force vive de la rumeur, nous déambulons avec des personnages typés d'un village classique, mais représentés avec une unicité de langage concis, allant droit au but par l’appel de l’image.

Le monde de cette auteure est original, et c’est ce genre de roman qui me fait demander ; comment fait-elle pour vivre avec des histoires comme ça dans sa tête !? Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti de l’inquiétude, et la fin ne m’a pas replacée dans mon monde rassurant, je continue à me poser des questions. Et peut-être après tout que mon rationnel s’est fait avoir par les émotions, je ne m’en défends pas, ça signifierait qu’il a été pris en otage par une histoire à l’ambiance forte qui entraine tout sur son passage. Cette auteure n'est pas née d'hier, jamais je croirai ! Je l'imagine facilement avoir plusieurs embryons d’histoires dans ses tiroirs. Enfin, je l’espère !

Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri, Éditions José Corti, 245 p.

mardi 8 décembre 2009

La deuxième Vie de Clara Onyx - Sinclair Dumontais

Un roman que quelques personnes avaient prédit que j’aimerais. C’est vrai que d’emblée je me suis ouverte à la proposition de l’auteur qui réinvente les règles du jeu sur Terre. Je n’ose pas vous divulguer lesquelles puisque justement on les apprend progressivement en suivant le fil d’un interrogatoire avec divers personnages, tournant autour de l’emblématique, charismatique, ensorcelante chanteuse de tous les temps ; Clara Onyx. Avec son impresario, parolier et amant, Sydney Payne, ils seraient à l’origine s’un style musical « Gospel Next » qui a fait fureur. Une puissante vague ayant marqué une époque.

Voilà pour le fond. La forme, je l’ai dis, est un interrogatoire qui se démarque de tous les interrogatoires par les questions non dites, à nous de les deviner par les réponses. Un style fluide, extrêmement facile à lire et même s’il y a quelque chose, trop, il s’avale goulûment, loin de savourer, on mastique à peine. C’est le pendant d’avoir choisi la forme interrogatoire, forçant à un usage constant du dialogue. En considérant cette contrainte, l’auteur s’en sort très bien, c’est habile. La progression de la divulgation des renseignements est intéressante, on a le plaisir d’être perdu et qu’ensuite le tout s’éclaircisse. Les personnages sont typés, une belle brochette. Pour la réinvention des règles de la Vie, l’idée est intelligente et je l’aurais probablement plus appréciée si je n’avais vu le film « Benjamin Button ». En plus, les personnages étaient prévisibles au point que la fin le devenait. Pour moi, en tout cas.

J’ai eu de la difficulté à croire à la force de frappe du Gospel Next et à l’extrême popularité du couple. En fait, je devais même m’aider en pensant à Céline et René ! Je ne suis pas arrivé à les prendre au sérieux, mais peut-être est-ce voulu, peut-être que cette histoire n’est qu’une farce bien tournée. Et pourquoi pas ?

Histoire fantaisiste, bien menée que je compare à un bonbon qui fond rapidement sur la langue sans laisser de goût particulier.

La deuxième Vie de Clara Onyx, Sinclair Dumontais, Septentrion, Collection Hamac, 179 p.

samedi 5 décembre 2009

Vric à Vrac

Je n’en reviens pas, une autre bonne nouvelle ! Pour la Pastèque, pour nous Québécois, et bien sûr pour Michel Rabagliati :

Paul à Angoulême
Paul quitte Québec. Direction Angoulême, capitale mondiale de la BD. La maison d’édition La Pastèque annonce, avec une fierté tout à fait légitime, la présence de Paul à Québec parmi la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée. Jamais BD québécoise ne s’était retrouvée dans cette prestigieuse liste. L’événement existe pourtant depuis 1974 ...
(Suite de l’article, dans Le Libraire ...)

La Lucarne à Luneau
« Québec » « BD » «Casterman » « Collectif » ... s’cusez, je pense en tags maintenant (!) m’amène au Pigeonographe, directement dans La Lucarne à Luneau. Cette lucarne, où Luneau scrute les BDs à la loupe avec ce charmant mixte de sérieux et d’humour bon enfant (je comprends donc, c’est notre ami !). Sa Lucarne se présente maintenant plus clairement puisque notre webmestre, Maxime a apporté des améliorations notables. Les petites trappes de A à Z s’ouvrent et on peut piger dedans. Cette semaine : Québec, ville en quatre temps. Luneau a promené sa loupe au dessus de Québec, un détroit dans le fleuve où quatre duos scénariste/dessinateur présentent la ville de Québec chez Casterman. Juste à côté, chez sa voisine La Babillarde, il y a maintenant des tags, et des plus, plus, plus à découvrir. En passant, lundi, je vais y relater notre fin de semaine passée au Salon du Cadeau de Eastman (avec photos à l’appui) où Marsi offrira son album avec dédicace, entre autres.

Ça a pas de prix !
Bon, me semble que ça fait bien une semaine que je n’ai pas parlé de Prix littéraires. Ça n’a tout simplement pas de bon sens, je me néglige !! Ça fait pourtant quelques jours qu’ils sont sortis, et ils ont de différents qu’ils dépendent de nous. Des votes du public. Pas la catégorie La Relève cependant qui, elle, dépend d’un comité. Pour voterez si ça vous chante (il va y avoir des extraits, des fois que vous n’aurez pas tout lu ... hum, hum), j’apporte à votre attention les titres pour saisir l'occasion de se rafraîchir la mémoire à nos auteurs, en profiter pour en découvrir aussi, et pour la petite phrase folichonne qui les représente. Je me suis retenue de ne pas faire un quiz pour les accoler au bon auteur mais là, franchement, cela aurait trop dur. Quant à moi, je pense que j’aurais eu zéro, tellement c'est imprévisible.

PRIX DU PUBLIC - Archambault

Les chroniques d’une mère indigne
"Caroline Allard aime bien jouer des tours"

Le travail de l’huître
"Jean Barbe ne déteste pas se coucher tôt"

Êtes-vous marié à un psychopathe ?
"Nadine Bismuth ne partage en aucun cas son ordinateur."

Un enfant à ma porte
"Ying Chen aime bien paresser en lisant « À la recherche du temps perdu"

Tarmac
"Nicolas Dickner savoure la vision du gourou d’Apple"

Morlante
"Stéphane Dompierre dort mieux dans un cinq étoiles qu’à la belle étoile"

Du bon usage des étoiles
"Dominique Fortier a parfois tendance à perdre le nord"

Les 7 filles d’Avalon
"Isa-Belle Granger est une piétonne exemplaire"

LECTODÔME
"Bertrand Laverdure aime écrire en costume d’Adam"

Le ciel de Bay City
"Catherine Mavrikakis est désemparée devant la haute technologie"

L’arracheuse de temps
"Fred Pellerin peut faire des miracles avec du Boursin"

HKPQ
"Michèle Plomer rêve de découvrir une cure miraculeuse pour aider l’humanité"

PRIX DE LA RELÈVE - Archambault

Ilû - Lhomme venu de nulle part
"Pierre Barthe aimerait bien se ressourcer au Yukon."

Les traversées de Solange
"Peggy Bourque Ouellet use parfois de procrastination"

Peut-être que je connais l'exil
"Annick Charlebois rêve d’exploits équestres"

Le marais, allégorie d'une existence partielle
"Richard Dallaire a toujours des provisions de la sauce à Mama"

La vierge dans la cité
"Raja El Ouadili raffole de fine gastronomie"

Raphaëlle en miettes
"Diane Labrecque peut pondre des textes, mais pas encore des textos"

Extraits du carnet d'observation de la femme
"Rodolphe Lasnes encourage la compagnie du lézard comme animal domestique"

Un chien de ma chienne
Mandalian garde toujours les rouges pour la fin"

Sonate en fou Mineur
"Eloi Paré optera pour le boa constrictor lors de sa réincarnation"

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