Faites comme chez vous

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c'est recevant !

vendredi 14 novembre 2008

Connaissez-vous votre littérature québécoise ?

Il y a toujours un QUIZ à la fin de Bazzo.tv et hier soir, il portait sur la littérature québécoise. J’étais fébrile, toute excitée mais finalement, ils ont eu le temps de poser peu de questions. Qu’à cela ne tienne, la balance était sur le site. Vous avez toute la fin de semaine pour mesurer vos connaissances – avec ou sans appui – parce que finalement ce qui compte c’est d’apprendre. Lundi, j’irai quêter les réponses chez Bazzo.tv ... elles n’y sont pas en ce moment, donc pas de tricherie possible !

Juste avant de vous enfoncer dans la malle de votre mémoire, deux mots sur le Club de lecture (aux 2 semaines). Il y a une rotation dans les critiques et hier c’était Réjean Thomas, Pascale Navarro et Jean Barbe ou plutôt, Jean Barbe d’un côté et les autres, de l'autre. Les livres en jeu : Mégot mégot petite mitaine de Johanne Alice Côté et La Ritournelle de la faim de J.M.G Le Cléziot. Jean Barbe a dû mettre du feu et de la flamme pour défendre son opinion, ils étaient tous contre lui avec leur « pour ». Pour le premier, il a parlé de « scolaire et faire ses gammes" et pour le deuxième, une déclaration assassine pour un Nobel 2008 (!) : « une élégante façon de s’ennuyer ».

Il y avait de la fureur dans l’air, oublions le calme ici, même Dany Laferrière (qui les avait lus) n’a pas pu mettre son grain de poivre. Il s’est fait coupé la parole frette net sec. Il y avait un duel au bout de la table. J’aime bien ces discussions même si hier soir, j’ai eu l’impression qu’il y avait trois personnalités en jeu, pas seulement des bouquins. Je répète "l'impression", parce que tout le monde sait maintenant combien j'ai d'imagination que parfois je prends pour de l'intuition.

Allez, on a un QUIZ sur la table ! À la fouille et moi, ce ne sera pas seulement la mémoire !

Q. Dans quel roman publié en 1916 une femme hésite-t-elle entre trois soupirants (dont François Paradis) ?
Q. Quel sont le titre et l’auteur de ce roman du terroir se déroulant au Chenal du Moine ? Écrit en 1945, il a fait l’objet d’adaptations à la radio et au cinéma.
Q. Ce roman historique en deux tomes relate la révolte des Patriotes à travers le regard de la femme de leur chef.
Q. Quel personnage de bande dessinée québécoise fête cette année ses 25 ans ? Son auteur a écrit sa première bd à 10 ans. Comment s'appelle-t-il ?
Q. Quel guide du vin publie sa vingt-huitième édition cette année ?
Q. Quelle maison d’édition célèbre ses 50 ans cette année ?
Q. Quel éditeur a lancé un disque en début d’année ?
Q. Son roman La Sablière fut porté au grand écran sous le titre Mario.
Q. Elle a crée Mademoiselle Charlotte, héroïne des jeunes
Q. Quel auteur a remporté le prestigieux prix Man Booker Prize en 2002 ? Pour quel roman ?
Q. Qui était derrière Les Insolences du frère Untel ?
Q. Elle a 20 ans en 1968 à Montréal, c’est la première héroïne de Francine Noël.
Q. Qui signe la préface de la biographie de Réjean Thomas ?
Q. Dans quelle région se déroule Un homme et son pêché ?
Q. Sur quel crustacé Jean Barbe s’est-il penché dernièrement ?
Q. Quel crustacé est illustré sur le plus récent roman d’Éric Dupont ?
Q. Pour quel roman Anne Hébert a-t-elle remporté le prix Fémina en 1982 ?
Q. Quel classique de la littérature québécoise vient, à 50 ans, d’être adapté en bande dessinée ?
Q. Quel roman de Michel Tremblay fut à la fois adapté au cinéma et à la télévision ?

Questions et photos sont tirées du site de Bazzo.tv

ATTENTION, CERTAINES RÉPONSES SONT DANS LES COMMENTAIRES ... SINON MÊME TOUTES !

mercredi 12 novembre 2008

L'étiquette des Prix

C’est utile des Prix. C’est souvent ce qui fait qu’un écrivain arrive à payer le prix de son dernier jeans, sa lisière de billets de métro, sa coupe de cheveux et surtout sa cartouche d’encre …

Finalistes Prix du gouverneur général
Ce qui me frappe ?
Sur 5 nominés : Aucune femme poétesse
Sur 5 nominés : Un seul homme écrivain livre jeunesse

Grand prix du livre de Montréal:
Marie-Claire Blais pour Naissance de Rebecca à l’ère des tourments (Boréal),
Rawi Hage pour Cockroach (House of Anansi Press),
Dany Laferrière pour Je suis un écrivain japonais (Boréal),
Catherine Mavrikakis pour Le ciel de Bay City (Héliotrope)
Monique Proulx pour Champagne (Boréal)
Ce qui me frappe ?
3 Boréal et un titre d'une maison d'édition ontarienne House of Anansi Press. Cockroach qui sortira en français chez Alto en 2009 sous le titre « Le Cafard », est-ce que cela sous-entend que l’année prochaine, la version éditée au Québec ne pourra être en nomination parce que la maison d’édition ontarienne l’a inscrit avant ? Pour le Grand Prix du livre de Montréal, ça fait un peu spécial quand même.

Les Prix en vrac
Prix Médicis à Jean-Marie Blas de Roblès - Là où les tigres sont chez eux (Éditions Zulma)
Médicis Étranger à Alain Claude Sulzer - Un garçon parfait (Éditions Jacqueline Chambon).
Prix France-Québec à Christine Eddie - Les carnets de Douglas (Alto)
Prix Robert-Cliche à Danielle Trussard - Le train pour Samarcande.
Ce qui me frappe ?
J’ai déjà lu un Prix Robert-Cliche, Balade en train sur les genoux d’un dictateur et je me pose maintenant la très sérieuse question : Est-ce que le truc pour gagner ce Prix est de parler de train ? Prière de ne pas me répondre svp … :-)

Prix que l'on court
L'écrivain afghan Atiq Rahimi a reçu, le 10 novembre à Paris, le prestigieux prix Goncourt. Il est récompensé pour son tout premier roman écrit directement en français, Syngué sabour (P.O.L.). Ses lecteurs montréalais devraient pouvoir le féliciter de vive voix, Atiq Rahimi ayant récemment confirmé sa présence au Salon du livre de montréal, qui débute le 19 novembre. (tiré du Voir, Tristan Malavoy-Racine)
Ce qui me frappe ?
Un Goncourt pour un premier roman. Chapeau !

Une primeur d'hier - 11 novembre à 22 h 00 :
Le Prix Giller (50,000 $) est remporté par Joseph Boyden pour son second roman, Through Black Spruce.
Ce qui me frappe ?
Cockroach de Rawi Hage n’a pas gagné. C’est assez fantaisiste ce que je dis puisque j’en ai lu aucun. C’est juste pour éviter de dire que rien ne me frappe.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu le très intéressant article sur Jacques Poulin en lien avec le Prix Gilles-Corbeil (100,000 $)
Ce qui me frappe ?
Avec l’anecdote de s’inquiéter de la faim de la journaliste, de lui remettre des carrés aux dattes pour son voyage en bus, on peut supposer qu’il est aussi tendre que son écriture.

Et, finalement, ce qui me frappe le plus, plus, plus ?
Mon doux qu’il y en a des Prix ! De quoi perdre ses paris et attention, il y a ici une tentative de jeux de mots , et même manquer (à) l’étiquette.
S’cusez-la, il fallait bien que je justifie mon titre.

lundi 10 novembre 2008

La danse de la méduse – Laurence Prud’homme

Cette histoire d’une mère « impossible » (quatrième de couverture) commence par un prologue de neuf pages qui situe une famille "dysfonctionnelle" dans un style très prometteur. Le chapitre 1 ouvre sur Lucie qui arrive dans un chalet déserté de sa mère, disparue. Sa mission, fermer le chalet, puisque cette dernière disparition semble être la bonne. Au grand soulagement de tous.

Qu’est-ce qu’elle avait de si terrible cette mère pour que les enfants la fuient et souhaitent même sa disparition définitive ? C’est la trame principale de l’histoire et c’est en ouvrant l’album de famille bien large que les secrets s’y dévoileront.

J’ai réalisé une fois de plus combien il n’est pas évident de rendre le monde clos de l’enfance (jeux, cachotteries, effrois, attractions) surtout quand on fait connaissance avec les enfants avant les adultes. Un peu comme si, aussitôt les pieds chez un étranger, il s’appliquerait à vous entretenir avec force détails de son enfance, photos réalistes à l’appui. Il s'impose de dire que l’histoire est mitraillée de flashs « présent-passé » et je m’y suis égarée par moments. Je manque facilement de sens d’orientation, dans la vie, alors pourquoi pas dans mes lectures !? "Où suis-je donc et quel âge a Lucie, Judith, Samuel, Simon, Hirondelle ?" En plus, une voix narrative se faufile de temps en temps (qui est-ce ?) ce qui rajoutait à mon embrouille.

J’ai certainement eu plus de plaisir à vivre parmi les adultes, matante Roulotte et matante Gaby y compris. La MOM est certainement tout un personnage, le principal. C’est un être présenté sous son côté exécrable, la voix narrative (ou les voix !) ne la jugent pas. Les actions se présentent au lecteur pour que, lui, s’offre l’odieux de la condamner, la culpabilité offerte en prime. C’est intéressant parce qu’ambigu. D’ailleurs, le style de Laurence Prud’homme palpite aussitôt qu’il s’éloigne du prosaïque réalisme. L’inspiration est grande quand on s’approche du symbolisme, du sublime de la nature et même de l’étrangeté. Parce que, oui, la mystérieuse voix narrative qui se dévoile d’une manière presque coquine, aurait pu être intéressante, si le procédé avait été poussé. Il est trop parsemé pour que le récit s’en trouve fortifié. Ou jouer plus régulièrement avec le côté flash « photo ». Et l'image forte de la mère méduse aurait pu être encore plus développée, à mon avis.

En bout de pages, une histoire que j’ai eu l’impression de voler à l’auteure, tellement elle semblait lui appartenir à elle et à sa famille. Remarquez bien, j’ai dit « impression », peut-être est-ce voulu ainsi. Et peut-être aussi, et cette question il faut absolument se la poser, que je manque d’ouverture pour les histoires de famille à partir de la prime enfance.

De temps en temps, il laisse s’échapper une volée de grosses bulles vers la surface. L’air court sous la glace, formant des cellules translucides qui se séparent et se rejoignent en un ballet mouvant. Au-dessus de sa tête, le vitrail d’un bleu profond, balafré, cassé, révèle la violence de la révolte contre l’hiver. Le lac hérissé, figé dans une expression de surprise et de colère. Sous le ciel, la neige a adouci les signes de la lutte mais ici, dans la pénombre, les cristaux forment des assemblages acérés, des concrétions, des stalactites vivantes, criblées de bulles minuscules arrangées en vrilles scintillantes. (p. 171)

La danse de la méduse, Laurence Prud’homme, Québec Amérique, 196 p. 19.95 $

samedi 8 novembre 2008

Reconnaissance

Je savais que le roman « Les Carnets de Douglas » de Christine Eddie, mon “Coup de Coeur” et celui de La Recrue, s’apprêtait à être publié en France. Ce que j’apprends est qu’il a aussi gagné le Prix littéraire France-Québec. Une belle reconnaissance. C’est toujours une sensation un peu étrange de venir se faire dire ; votre goût est celui de bien d’autres aussi. Le jour où me suis exclamé sur cette oeuvre, j’avoue ne pas avoir pressenti qu’elle se rendrait aussi loin. C’est un joyau qui ne m’appartient plus, le trésor va se partager entre tous, et c’est de la bonne nouvelle. Pour l’auteure, évidemment, et pour nous, pour moi, car cela nous assure d’en lire d’autres ! Voici ce que les pontifes du Prix Littéraire France-Québec en ont pensé :
"L’histoire met en scène des personnages singuliers, écorchés que la vie se chargera de métamorphoser. Malgré sa gravité, Les Carnets de Douglas demeure aérien grâce à la légèreté d’une écriture empreinte de tendresse et de poésie. »

Quant à être dans le sujet reconnaissance, je le vide, ce qui me pousse à revenir sur mon dernier billet « Ce qui me frappe ». La nouvelle qui a frappé n’est pas du tout celle que j’avais escomptée. L’échange a été chaud et prolifique autour de Jacques Poulin, lui, qui désire par-dessus tout passer inaperçu. Ça porte à philosopher, je trouve. Il y a des auteurs qui vendraient leur chat et leur âme en extra pour faire parler d’eux, et les médias les tamisent à l’ombre de leur œuvre. Et ce sont les écrivains les plus discrets qui font le plus parler d'eux. Pensons aussi à Réjean Ducharme et dernièrement Sylvain Trudel (La mer de la tranquilité). C’en est quasiment du ressort de la leçon de vie. On dit, faire parler en mal, mais faire parler, je n’en suis plus aussi sûre.

L’autre question litigieuse est la source financière du Prix Gilles Corbeil, à même la Fondation Émile-Nelligan. Les litiges ont ceci de bon qu'ils nous obligent à s’informer. Je suis allé lire l’historique de la Fondation qui donne de précieux renseignements mais sans répondre à la question lancée hier, il faudrait examiner les livres comptables pour le faire !

J’y ai tout de même appris que la Fondation est née grâce aux droits d’auteur de 40,000 $ d’Émile Nelligan dont les versements ont débuté en 1979. Le chiffre parle, c’est un montant substantiel qui révèle une reconnaissance incontestée du talent d’Émile-Nelligan. On fait allusion au testament de Gilles Corbeil, neveu du poète, où il aurait légué en 1986 une part de sa fortune pour le Prix littéraire Gilles Corbeil. Mais quelle part ? Aucun chiffre n’est avancé.

Comme les chiffres ne parlent pas aussi bien que les mots, j’ai pensé que la meilleure des reconnaissances à offrir à Émile Nelligan serait de publier un poème que j’aime beaucoup. Sous un titre un peu trompeur, c’est de missive qu’il s’agit et comme j’aime la correspondance des mots et au-delà des mots …

La Garde-Malade

Elle était au couvent depuis deux mois déjà
Et le désir divin grandissait dans son être
Lorsqu’un soir, se posant au bord de sa fenêtre,
Un bel oiseau bâtit son nid, et s’y logea.

Ce fut là qu’il vécut longtemps et qu’il mangea,
Mais comme elle sentait souvent l’ennui renaître
La garde, au cou, lui mit par caprice une lettre
L’oiseau ne revint plus, elle s’en affligea.

La vieillesse neigeant sur la Visitandine
Fit qu’elle rendit l’âme une nuit anodine
Les yeux aux ciels levés, par l’extase agrandis.

Or comme elle y montait au bruit d’un chœur étrange
Elle vit, demandant sa place au Paradis,
L’oiseau qui remettait sa lettre aux mains d’un ange

ÉMILE NELLIGAN – avril 1941

jeudi 6 novembre 2008

Ce qui me frappe

Le Salon du livre en chiffres : Neuf cents stands, 1400 auteurs, 1500 éditeurs, tout ça multiplié par 125 000 visiteurs en 2007. La grande innovation du 31e SLM est Le Cercle des intimes où vous pouvez gagner un 5 à 7 avec un auteur parmi 20. Article complet chez Cyperpresse.

Ce qui me frappe ?

Plus d’éditeurs que d’auteurs

Le Cercle des intimes

Ce qui me frappe ?
Aucun auteur québécois me tente assez pour participer au concours.

Je ferais bien une encoche à ma mission québécoise juste pour rencontrer Jacques Salomé, ce psychologue que j’admire tant pour la tendresse qu’il voue à l’humain. Et ayant lu plusieurs de ses livres, je pourrais un peu échanger, malgré que j’aurais tendance à répéter « Vous avez raison, comme vous avez raison, vous avez donc raison … »
Soyez curieux de connaître le nom des auteurs qui s’offrent à vous pour un 5 à 7.

Jacques Poulin ne se présente pas pour recevoir le Prix Gilles Corbeil

Ce qui me frappe ?
Robert Lévesque a qualifié cette absence comme une «haute exigence de la tendresse» - Voyons donc ! J’ai beau me prétendre tendre, comment l’être suffisamment pour ne pas me présenter à un Prix honorifique accoté d’un 100,000 $ ?

Éditions XYZ vendues à Hurtubise HMH***

Ce qui me frappe ?
Qu’est-ce que ça change au juste puisque la ligne éditoriale sera toujours sous la responsabilité du tandem Vanasse - Lévesque et que les bureaux demeureront à la même adresse ?

Des comptes à rendre parce que des comptes à partager ? C’est à peu près ça, j’imagine, et j’y rajoute la peur diffuse que le petit se fasse avalé par le grand et qu’il perde de sa saveur à la longue. C’est peut-être le « à la longue » le plus gros du changement.

***La petite Histoire :
Fondées en 1985, les éditions XYZ viennent d’être cédées à Hervé Foulon, président des éditions Hurtubise HMH. André Vanasse et Gaétan Lévesque, cofondateurs et copropriétaires, continueront d’y assurer le suivi et la direction éditoriale, ainsi que de rester sur la rue Saint-Hubert. XYZ éditeur produit 35 titres chaque année depuis plus de 20 ans et se consacre presque exclusivement à la littérature. La maison publie des romans, des essais, des biographies présentées sous forme de récits qui se démarquent par leur grande qualité littéraire. Ses auteurs ont été maintes fois récompensés.

Cyberpresse ouvre son premier blogue littéraire

Ce qui me frappe ?
C’est Chantal Guy, directrice du cahier « lectures » de La Presse qui l’inaugure, pas plus tard qu’aujourd’hui. Soyez des pionniers, allez lui révéler qu’est-ce que vous lisez. Si vous l’avez lue, vous savez déjà qu’elle est très articulée, qu'elle ne mâche pas ses mots. De beaux échanges de points de vue sont à prévoir.

mardi 4 novembre 2008

Au passage - Emmanuel Bouchard

Ces brèves nouvelles sont dix-sept incursions dans le coeur de Québec mais surtout au cœur de la poésie. Poésie, pas tant par le style que par les situations, les mises en place des personnages qui déambulent, aériens, touchant à peine le sol. J’ai éprouvé une sensation d’irréalité par les ambiances, un contraste intéressant avec le style qui détaille avec une précision d’horloger.

Dès la première phrase, nous sommes là où l’histoire va se passer. L’auteur a ce talent, et heureusement, puisque ces nouvelles sont extrêmement brèves. On a vraiment l’impression de se laisser conduire par un auteur qui sait où il s’en va. Phrases et paragraphes se découpent, battant une rythmique ordonnée et posée. Toutes ces qualités remarquables pour mener une histoire du point A au point Z ont un revers, arrivés au point Z, il nous a semblé, parfois, qu’il y manquait une petite information. Avions-nous lu trop rapidement, échappant le petit indice qui éluciderait le mystère ? Ou, simplement, le mystère nous était généreusement offert afin qu’on l’élucide soi-même. Un incipit devant la nouvelle « Point d’orgue » corroborerait mon hypothèse :
"Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié"(Voltaire)
Un mystère poétique certain se dégage et malgré certains dénouements un peu nébuleux, pour nous en tout cas, nous avions toujours aussi hâte d’entamer la prochaine. J'y rajouterais une saveur surannée se dégageant de l’ensemble, ne serait-ce que par les prénoms « Cyprien, Néhémie, Baptiste, Hermione, Achille » mais pas seulement eux, un style retenu et recherché déliant des coulées élégantes, prend la pose, et se dépose avec noblesse.

Six des dix-sept nouvelles avaient déjà été publiées dans des revues ce qui n’est pas surprenant. Le pouvoir de cet auteur est sa constance, pas seulement dans le ton et les ambiances, mais dans l'intensité soutenue de chacune de ses histoires. Ce qui demeure remarquable dans un recueil qui, assez souvent, donne le vertige des montagnes russes.

Un plaisir pour les oreilles de les entendre, un délice pour les yeux de les voir, et une réjouissance pour l’esprit de les sentir.

Au passage, Emmanuel Bouchard, Collection Hamac, 132 p. 16.95 $

dimanche 2 novembre 2008

Valium de Christian Mistral

Ce Valium, je crois l’avoir lu deux fois et demie si je calcule mes relectures lors du tournage et les autres pour relever des perles d’envolées littéraires. Et il y en a ! Assez que je me désespère encore ; vais-je en étaler des extraits, ou non. Quand on en sélectionne, selon sa propre mixture émotive, on laisse quand même supposer que les autres sont moins bonnes …

Cette histoire est racontée d’une manière, je dirais assez particulière et c’est bien seulement pour éviter de dire unique. Il y a le narrateur, que je préfère personnellement appeler le conteur, Mistral. Il gère l’histoire qu’il commence sur le mode détendu, nous présentant Elvire, la coloc mystérieusement glauque. Un profil inquiétant. Arrive ensuite le complice et sage Léo, personnage que j’ai tout simplement adoré. Sur cette toile de fond nous est racontée la vie médiatique d’un écrivain ; séances de signature au Salon du livre (pour Vamp), entrevues et vie quotidienne bien arrosée. L’action avance très doucement et à un moment un personnage « Fantasio » surgit, le narrateur nous raconte son aventure ailleurs. Pourquoi ? Par sentimentalisme peut-être pour cette personne connue de l'auteur, quant à moi, il a participé à un certain égarement. Jusqu’à la fin, je me suis demandé, quel était son apport. Finalement, il reviendra sous forme de lettre.

Mais revenons à l’essentiel, et parlons-en des lettres car elles abondent tout au long du roman. Des lettres d’amours enflammées destinées au personnage de l’écrivain. De Jo, et surtout de Marie Rasberry Scott. À partir du moment où une femme, et puis l’autre, font leur entrée, le narrateur, malgré quelques apartés*, se tasse laissant la place à son personnage d’écrivain dans cette histoire de triangle. Si au volant de sa vie, l'écrivain avait tenu compte du code de la route : Les triangles de la signalisation routière annoncent un danger, il aurait probablement mis la pédale douce. Ou il aurait freiné à temps. Ou bifurquer pour éviter les obstacles.

Mais justement, l’art de vivre impose de ne pas savoir à l’avance, même quand un complice et ami, Léo, nous met en garde par images couvertes et silences à découvert. Quand on a besoin de ne pas savoir, on pèse sur l’accélérateur et on fonce.

Je n’ai pas vu venir la fin. Pas même une fraction de seconde. J’étais complètement abandonnée à l’histoire, paralysée même, tellement suspendue à ce triangle amoureux qui fait sauter en l’air tous les interdits. Il m’a fallu deux jours pour m’en remettre … et encore, en suis-je remise ? Comme le genre est ce qu’on tend à nommer de l’autofiction, le malaise est grand. Est-ce possible ? Dans quelle mesure cette histoire est arrivée à Christian Mistral ?

J’en reste là, car je n’ai même pas encore parlé de ce qui m’a frappé de plein fouet et en pleine figure, jusqu’à la larme … l’alarme aussi : Le style de Christian Mistral.

Mistral se fait souvent comparer à un vent fort, une bourrasque. Aujourd’hui, je vais l’associer à un torrent. Un torrent de mots qui soulève de la ligne, te projette haut et loin, et quand tu accostes par un ressac qui te secoue, tu te demandes : mais qu’est-ce qui m’est arrivé donc ? Et là, tu essaies de comprendre parce qu’un cerveau a cette vilaine manie et pour ça, tu replonges dans le torrent qui t’emporte encore plus loin. Et ainsi de suite.

Le style de Mistral, c’est vigoureux, fougueux, impétueux et ça te laisse jamais tranquille.

* exemple d’un aparté Brechtien : "Comme la plupart des bouts d’histoires qui composent ce livre, celui qui suit me trouve Gros-Jean comme devant, perplexe quant à la formule à choisir, ému devant la rougeur qui me monte au visage et m’enflamme le front et se reflète mauve dans l’écran de l’ordinateur". (p. 345)

* exemple d'un torrent : "Les femmes chantées, imaginées, remémorées, ces souples et soyeuses hantises immortelles comme des vampires qui volettent sous forme de chauves-souris dans le grenier du cœur des mâles, un lieu vaste, étouffant, damné, qui embaume l’embaumement. Les femmes dont les noms et les rires émaillent le souvenir jusqu’à couvrir toutes les aires vierges, comme une lèpre de l’âme euphorisante, comme une maladie honteuse qui déroule ses volutes autour des meubles de votre crâne et au-delà, s’insinuant sous les couvertures, fouillant les tiroirs verrouillés, léchant la plante de vos pieds, épaississant comme une fumée d’absinthe dans les membranes de votre gorge et les muqueuses de votre nez, assassinant sans un bruit les morceaux garrochés de ce qui fut une volonté comme dans une chasse à courre filmée par Louis Lumière, vous promettant en retour l’ineffable volupté de la folie douce". (p 347)

Valium, Christian Mistral, Boréal Compact, 371 pages, 15.95 $

Les enfants ont mérité leurs bonbons

Les bonbons, le bon français, et la fête de l’Halloween peuvent faire bon ménage. En tout cas, je pense, l’expérience a été tentée. Vendredi soir, Line Richer, des Correspondances attendaient l’équipée d’enfants qui passent au village déguisés en sorcière en pirate ou en princesse (les classiques). Elle m’a appelé et m’a expliqué le lien que je pourrais avoir avec la situation. J'ai accepté, la proposition était plus que irrésistible.

On aime faire plaisir aux enfants et leur donner des bonbons. En autant que l’on soit équipée de deux tubes de pâtes à dents, un rendez-vous chez le dentiste, la corde à danser à portée de la main, histoire de les encourager à dépenser leur dose de sucre en sautillant gaiement au lieu de saccager les pitons, je veux dire les boutons, genre pitons. Pensez-y, tout le pitonnage possible dans une maison maintenant. Nous nous pensions à l’ère du verseau, c'est à l'ère du piton que nous sommes.

Mais revenons à nos bonbons en cette soirée de l’Halloween où Line s’apprête à donner aux enfants des bonbons, un crayon-carnet (je crois !) accompagné du test « mâle/femelle ». Et bien sûr, l’adresse du Passe-Mot pour les réponses. Ce qui fait que la fée des étoiles a reçu les enfants chez elle, en leur ouvrant sa porte virtuelle. Pas de courant d’air, juste le meilleur de l’imagination.

Eh oui, j'ai fait une fée des étoiles de moi-même pendant que Marc incarnait à merveille une Baba Babouska, mémé russe dotée d'un sale caractère. Il était craquant autant que marrant. Je pourrais même rajouter la photo puisqu’il y est on ne peut plus anonyme mais je vais quand même lui demander avant, je ne voudrais pas qu’il me poursuive, je vous laisse imaginer jusqu'où.

La fée des étoiles, c’était hier, party où les adultes étaient costumés devant des enfants qui se marraient, ou s’effrayaient, devant le "mon oncle" qu’ils reconnaissaient à peine en cette baba grognon maniant son bâton et son inintelligible Russe. Je vois encore la frimousse soulagée d’une bambine de 2 ans découvrir Marc derrière la terrifiante baba ! Ouf … elle l'avait échappée bel, elle pouvait continuer de vivre. Ça tient à la vie, ces petits enfants-là !

Il y avait aussi deux sorcières et donc plein de balais à la guimauve. Quand ça s’est terminé, nous étions tous fous comme des balais …

… et on a sorti la corde à danser.

vendredi 31 octobre 2008

Réponses : avez-vous tout bon ?

Voici les réponses. La première, j'avoue que j'ai diablement le goût de la contester. C'est un peu pour ça que je l'ai inscrite. Voyez vous-même et on s'en reparle en bout de réponses :
1. Au lieu de escorte, call-girls (!!!)
2. Boire à la fontaine

Mâle-Femelle
:
3. Je suis le mâle d'une oie : Jars
4. Je suis la femelle du faisan : Faisane
5. Je suis le mâle de la chouette : Chouette
6. Je suis la femelle du sanglier : Laie
7. Je suis la femelle du lièvre : Hase
8. Je suis un veau femelle : Génisse
9. Je suis la femelle du corbeau : Corbeau
10. Je suis la femelle du chevreuil :
Chevrelle

Pour cette dernière catégorie c'est, une fois de plus, la démonstration que nous en savons peu sur le "Mâle-Femelle" ... et englobez-y tous les sous-entendus si ça vous chante !

En toute honnêteté qui a eu tout bon ? Que vous soyez mâle ou femelle, levez-vous que l'on vous voit et vous applaudisse !

Escorte maintenant. Y paraît que :

Escorte
est un cortège d’honneur ou encore un groupe de personnes, parfois armées, qui accompagnent quelqu’un pour le protéger. Escorte désigne aussi un ou des navires de guerre protégeant des navires de transport. Par exemple, les gardes du corps du premier ministre constituent son escorte. (Référence "Pour tout dire")

Je veux bien. Mais le remplacer par call-girls, je sais pas. Ça rentre pas dans mon ciboulot. Mais, enfin ... tout en sachant ce qui est béni des maîtres contestables de la langue, modulons avec notre langue en bouche. Parce que notre langue, elle nous appartient, surtout qu'en tant qu'habitante d'un palais, elle a sa royauté. Après tout, nous ne sommes pas toujours sous le lorgnon d'un Pivot qui tend son piège de dictée honorifique.

Mais ne disons pas pour autant fontaine, je ne boirai pas de ton eau parce qu'y paraît que :

Un abreuvoir est un lieu ou une installation où boivent les animaux. • Soir et matin, les vaches vont à l’abreuvoir. Quand les gens ont soif, ils vont plutôt boire à la fontaine. Notez qu’on ne s’abreuve pas à une fontaine, on y boit. (Référence "Pour tout dire")

Me voilà désaltérée de mots certifiés jusqu'à la prochaine fois.

jeudi 30 octobre 2008

Vrac en bon français

Je reviens avec la leçon de français que certains avaient bien aimée et qui se termine par un Test de connaissance.

Parlons d'argent !

Voyez si vous utilisez-vous un peu trop souvent le mot « montant » :
Un montant est un nombre auquel s’élève un compte, c’est le total de ce compte.
• Quel est le montant de ces dépenses?
Une somme est le résultat d’une addition, une quantité déterminée d’argent, un ensemble de choses qui s’ajoutent.
• La somme de deux et trois est cinq.
• Il dépense des sommes folles.
• Elle a reçu une grosse somme (et non un gros montant) en guise de dédommagement.
Attention! La locution « au montant de » est un anglicisme, d’ailleurs superflu.
• Vous trouverez ci-joint un chèque de 100 $ (et non un chèque au montant de 100 $)

Passons à la monnaie!
Monétaire est un adjectif qui se rapporte à la monnaie ou aux monnaies.
• Le marché monétaire.
• La masse monétaire.
• L’unité monétaire du Canada est le dollar.
Monétaire, au sens de salarial, pécuniaire, financier, est un anglicisme.
• Le syndicat a accepté les nouvelles clauses salariales (et non les nouvelles clauses monétaires).
• Il a abandonné son projet pour des raisons financières (et non pour des raisons monétaires).

TEST qui fait perdre connaissance tout en en gagnant (10 questions) :
  1. Un homme d’affaires atterrit au Québec et aimerait se faire accompagné par une escorte. En considérant que dans ce sens-là « escorte » est un anglicisme (ayez foi en Jacques Laurin), par quelle expression remplaceriez-vous escorte ?
  2. Dans un parc, une fillette a soif. Pour se désaltérer ira-t-elle
Boire à l’abreuvoir
S’abreuver à la fontaine
Boire à la fontaine

Pour cet exercice « Mâle-Femelle » attachez vos tuques, moi je l’ai perdue et il ne ventait même pas. Et pour une juste mesure de vos connaissances, défense de fouiller !

3. Je suis le mâle d'une oie :
4. Je suis la femelle du faisan :
5. Je suis le mâle de la chouette :
6. Je suis la femelle du sanglier :
7. Je suis la femelle du lièvre :
8. Je suis un veau femelle :
9. Je suis la femelle du corbeau :
10. Je suis la femelle du chevreuil :

Réponses demain. Juré !

Tiré du bulletin mensuel Pour tout dire - septembre et octobre 2008 - Jacques Laurin.

mardi 28 octobre 2008

Journée de tournage exemplaire

J’ai pensé de rajouter à mes chroniques littéraires, quelques unes du milieu cinématographique. Vous me direz si ça vous intéresse. Je ne vous en farcirai pas à outrance car vous allez vite constater qu’il y a peu à dire puisque ça revient assez souvent au même. Aujourd’hui est une journée exemplaire dans le sens que, comme d’habitude, l’illogisme de l’organisation a frappé fort.

Cette nuit, à 5 h 30, départ pour St-Constant. Arrivée là-bas en catastrophe puisqu’en retard. En fait, je me suis perdue. Consolation ; je n’étais pas la seule, les indications n’étaient pas claires du tout.

La costumière, la veille, m’avait appelé me demandant d’apporter un seul costume (les figurants fournissent leurs costumes) supposant par là que les scènes seraient tournées dans un seul moment et lieu. Chose rare. Une petite voix m’a parlé fort « n’écoute pas la costumière et apporte d’autres vêtements ». Confirmant que les petites voix sont là pour parler mais pas pour être écoutées, j’appris qu'il y avait malentendu, que l'information ne s'était pas rendue et qu'il y avait aussi plusieurs scènes à l’intérieur du restaurant. Je n’avais donc pas les vêtements parfaitement adéquats pour celles-là, c'est à dire de la bonne couleur et de la bonne épaisseur ... pour l'été !

Par contre, pour le tournage à l’extérieur - passagers autour d’une gare - toujours durant une journée chaude d’été … il faut de l’imagination au cinéma ... impliquait l’ajout de combinaison sous les vêtements d’été, le manteau entre les prises. J’avais tout prévu et la costumière s’en est montrée parfaitement satisfaite.

Nous avons commencé la journée par les scènes de resto et dès la première, j’étais brûlée. Non, je n’avais pas chaud et je n’étais pas exténuée, le terme « brûlé » signifiant que l’on m’avait assez vue et qu'on ne pouvait plus décemment me placer en avant-plan. Le responsable m’a donc installée dans un petit coin. Pas de problème, j’ai sorti « Valium ». Quelques tours de manivelles plus tard, il revient me dire que finalement on m’aperçoit à travers l’ouverture du foyer central. Bon, d’accord, je peux continuer à lire ? Ça arrive quelqu’un qui lit en solitaire dans un resto, non ? Il pensait que oui mais n’en était pas certain ! En autant que je mange du pain tiens, pour que ça bouge à l’écran. Pourquoi pas, j’ai déjà mangé du pain en lisant.

Une fois la scène tournée de tous les bords et de tous les côtés, le troupeau figuration revient au bercail niché au deuxième étage. Là, ça m’impressionne toujours ces ententes tacites entre une vingtaine de figurants. Personne ne se consulte pourtant mais s’attablent ensemble ceux qui bavardent fort de politique, potins et autres (cette fois-ci, ils ont fait des mots croisés en collectif !) tandis que l’autre table sert de dortoir bibliothèque : quatre personnes contorsionnées, ou vautrées, dorment (il y en a même un qui a chanté en rêvant !) et les autres, moi, principalement, lisent.

Avant de partir pour dîner, j’apprends que malgré mon super équipement béni par la costumière, je ne ferai pas partie de l’extérieur « gare ». Je n’étais pas la seule, nous étions une poignée à nous en réjouir pour cause d'évitement de la flotte et du vent. Au retour, j’ai repris ma table quitte à relire certains paragraphes jusqu’à 3 fois (toujours Valium), cause proximité table bruyante, attendant toujours notre scène à tourner. Finalement, au retour de l’équipe « gare », on nous annonce que nous sommes tous « wrappé » (je ne sais pas si ce mot existe en anglais mais de toutes manières, depuis que je fais de la figuration, c’est mon préféré).

Vous voyez maintenant ce que je veux dire par l’illogisme de l’organisation ? On m’a fait tourner seulement des scènes pour lesquelles je n’étais pas adéquatement costumée et ensuite, on nous a envoyé dîner deux heures, à nos frais, puis fait attendre trois heures seulement pour nous faire entendre le mot « wrappé ». Un scénario courant, tellement courant que tous les figurants ont abandonné l’idée d’essayer de comprendre, un royal désabusement étant plutôt le lot commun.

Tous les figurants ont donc quitté laissant derrière eux six comédiens (Danielle Proulx, Guy Nadon, Maxime Denommée, Catherine Proulx-Lemay, Steve Laplante et une ?) à l’étroit dans des toilettes et un couloir puisque c’est là que se tournaient les scènes jusqu’à environ 20 heures. Ce qui faisait la joie d’au moins une personne, la propriétaire. Son resto serait une vedette belle et reconnaissable quand "Les aveux" ferait leur apparition sur nos écrans en février 2009.

Flûte ! Je réalise que c’est long résumer une journée de tournage !

lundi 27 octobre 2008

L'entrevue surprise

Ça fait un petit bout de temps que je veux vous en toucher un mot. C’est assez cocasse et ça met de l’avant mon côté légèrement innocent. Une connaissance m’a approchée par courriel me demandant si je pouvais aider sa fille pour une entrevue rédigée dans le cadre d’un travail universitaire en littérature. Comme j’avais donné un coup de main à sa mère pour la rédaction de son dépliant, je me suis dit « Tiens, elle veut que je l’aide à rédiger l’entrevue ». J’en étais un peu surprise, je le concède, ce qui ne m’a pas empêché d’accepter.

Un échange de courriels s’en suivit et je lui demandais comment on procéderait. Elle m’assura que j’aurais droit de regard sur les questions. Bon, évidemment, me dis-je. Je posais toutes sortes de questions mais jamais la bonne, à savoir qui allait-on interviewer. J’en déduisis qu’il s’agissait de questions générales qu’elle adapterait à l’invité.

Elle me confia aussi qu'elle en était à passer au travers du Passe-Mot (ah ? ce qu’elle est consciencieuse, elle veut mieux me connaître avant que je l’aide !). Elle m’exprimait de la reconnaissance et je n’avais pourtant encore rien fait. Elle m’offrait de venir me rencontrer dans un endroit tranquille, prête à se rendre jusqu'à Eastman.

Certains doutes ont commencé à effleurer mon esprit, il y a toujours bien des limites à l’innocence. Mon nom est crevette rose, si elle n’est pas à se comporter comme si c’était moi qu’elle voulait interroger. Mais dans ma tête, la question retentissait dans toute son intensité : À quel titre, ma foi du bon dieu mais à quel titre ! Je n’osais pourtant pas poser la question pour ne pas avoir l’air fou (!). Je misais sur la surprise. C’est le fun les surprises, non ?

La journée de l’Action de Grâce, elle se présenta chez moi, un mini magnéto à la main et une feuille remplie de 20 questions. Et elles étaient fin prêtes les questions ... et, oui, elles m’étaient destinées ! J’ai donc rempli une cassette d'une heure de réponses et je n’ai sorti aucune « cassette » puisque c’était la première fois de ma vie que l’on m’interrogeait sur la littérature. Je ne me souviens d’à peu près 5% de ce que j’ai dit. Je me souviens surtout que j’étais volubile et inspirée. Et qu’elle semblait contente, et la remarque qui m’a fait le plus plaisir : « Aille, mon prof dit la même chose que vous ! ». Disons que ça fait un petit velours et que ça donne de l’élan pour continuer.

Elle doit maintenant transcrire mot à mot (my god !) tout ce que j’ai dit, ce qui devrait couvrir 20 pages, d’après elle. Le condensé sera remis au prof fin novembre. Quant à moi, je vais recevoir les deux documents. Vous imaginez combien j’ai hâte de lire cette entrevue !

Quant à être dans le sujet "entrevue", j'en ai cueillie deux pour vous. Hier, Jean Barbe est revenu sur la question du « passé simple » abordée à TLMEP. Il précise sa pensée dans cette entrevue menée par Chantal Guy. L'entrevue aborde Le travail de l'huître son quatrième roman et "son" prix à payer pour être écrivain. Attention au paragraphe qui commence par « C’est exactement ce que vit son personnage … », pour ceux qui n’apprécient pas, la journaliste dévoile des punchs, pourquoi ne pas le sauter, le reste vaut vraiment la peine. Si cette question du passé simple vous interpelle, il y a aussi le blogue « J’ai lu » qui a mené un mini débat, toujours suite au passé simple de Jean Barbe. Le billet de Grominou est bien tourné.

Et pour compléter le panorama entrevue, il y en a une très complète pour ceux qui aiment bien Stéphane Bourguignon. L’auteur s’est prêté généreusement aux questions de l’écrivain (en instance d’être publié) et blogueuse Audrey Parily.

samedi 25 octobre 2008

Les Accoucheuses - tome 3 d'Anne-Marie Sicotte

Je ferme le couvercle sur 2,600 pages si j’inclus le tome 1 et 2. Après La fierté, la Révolte, le tome 3 est baptisé « La déroute ». Je m’attendais donc au pire, l’auteure nous y préparait et même pas subtilement. À quoi bon la subtilité puisque cette saga s’appuie sur l’Histoire avec son grand H et que tout le monde sait que les sages-femmes n’ont pas gagné la partie auprès de ces non sages médecins ? Je laisse la parole à Anne-Marie Sicotte parce qu’elle se la donne en fin de livre pour expliquer sa démarche appuyée de toutes ses sources (tiré de 5 pages):
« C’est donc ainsi qu’il faut interpréter l’Histoire telle qu’elle se retrouve dans cette série : de réels lieux, mœurs, coutumes et événements collectifs (du moins telle que cette vérité nous parvient), dans lesquels évoluent des personnages inventés, mais ancrés dans l’authenticité »

J’étais contente de les retrouver, ces personnages inventés, là où leur vie m’avait quittée. C’était en pleine débâcle. Flavie fuyait son mari et courait rejoindre son amie aux Etats-Unis dans « The Oneida Community dirigé par John Humphrey Noyes". Une chance que je savais que cette commune aux idées très larges, et même encore pour aujourd’hui, avait vraiment existé, sinon, j’aurais eu de la difficulté à y croire. La moitié du bouquin est consacré à cette épopée où tout est mis en commun, femmes, homme et enfants. Je n'ai jamais tant entendu parler de sexualité et de continence dans un même temps. Il ne fallait pas surpeuplée indûment la commune. On n'engrosse pas la femme mais elle continue à être considérée comme ayant absolument besoin de l’homme pour s’élever près de Dieu. J’ai trouvé intéressant cette aire ouverte sur le fonctionnement en détail d’une communauté de l’époque, tellement intéressant que je lisais avec un certain ennui les incursions régulières et abondantes à Montréal pour retrouver la mère, Léonie, et la Société compatissante. Toujours les mêmes enjeux. Toujours la même guerre à mener contre la religion et les médecins. La routine quoi !

L’autre partie du volume (accordons-lui le titre de volume avec ses 850 pages !) avance assez lentement. Il y a des longueurs surprenantes. Et cela, malgré les drames. Drame que j’ai d'ailleurs eu de la difficulté à sortir d’entre ses feuilles ne pouvant m’empêcher de penser que ce n’est pas ainsi qu’une vraie Léonie l’aurait vécue. La Léonie que j’ai dans la tête, celle que je me suis inventée au fil de la saga. C’est très discutable, évidemment. Mais quand tout à coup, s'effrite le lien avec un personnage et que l’on commence à se dire, serait-ce un personnage de papier, on met un peu l’histoire en état de danger.

Par contre, les (environ) 200 dernières pages m’ont happées toute entière. J’y ai retrouvé la plus haute effervescence du meilleur des deux autres tomes.

Pour ramasser ces 850 pages, je m’avance à dire : oui, incontournable, et cela malgré les longueurs, pour tous ceux qui ont embarqué dans les deux premiers. Quand des personnages deviennent un peu comme des amis, on veut absolument savoir qu’est-ce qui arrive dans leur vie. À la fin, nous quittons Flavie, elle n’a même pas 30 ans, il pourrait y avoir un quatrième tome mais je suis certaine qu’il n’y en aura pas. On a l’impression que tout a été dit de cette bataille qu’ont menée les sages-femmes de cette époque.

jeudi 23 octobre 2008

Le regard de l'auteur

À mes débuts du Passe-Mot, je ne savais pas qu’est-ce qui m’attendait. En tout cas, j’aurais bien été incapable de prévoir que les auteurs eux-mêmes viendraient, parfois, lire mes comptes rendus. Finalement, le « parfois » est de plus en plus souvent et je ne m’en plains pas. Pour n’en nommer que quelques uns : Jean-François Beauchemin, Louise Portal, Bruno Hébert, Christian Mistral, Denis Thériault, Julie Gravel-Racine, Christine Eddie, Pierre Szalowski.

Il y a une personne qui sait jusqu’à quel point les écrivains ont besoin de se savoir lu, compris, apprécié et elle jette des ponts entre eux et moi. Hier, par exemple, de lire mon billet et les commentaires encourageants ont réchauffé le cœur de Monique Proulx. Le travail de l’écrivain est solitaire. Il doit quitter momentanément son univers rempli de points de repère pour plonger dans ses entrailles et y ramener du plus que vivant. Une auteure comme Monique Proulx qui prend environ 5-6 ans pour sortir son roman, doit renouveler sa motivation, qu’elle reste vive comme une vie qui bat la chamade. Ses personnages lui en donnent de la motivation mais ils sont si dépendants d’elle !

Au début, le fait que l’auteur lui-même me lise était dans l’ordre du exceptionnel. Je reprenais le collier en me disant, continuons de se placoter ça entre lecteurs. Maintenant, c’est autre chose, je fais mes classes. Je me suis donné comme règle absolue de toujours écrire mes comptes rendus comme si l’écrivain lisait au-dessus de mon épaule. Exigeant, vous allez me dire. Oui, ce l’est mais c’est incontournable pour moi maintenant. Dès la lecture du bouquin, je me mets dans cet état d’être en mesure d’exposer clairement ce que je ressens. Ce que je ressens importe peu en bout de ligne, puisque mon codage personnel est justement personnel alors est-ce vraiment discutable, mais d’arriver à bien le transmettre, voilà ce qui est primordial.

Il m’est arrivé de ne pas être cent pour cent honnête, par négligence peut-être. S’expliquer exige effort et courage. Je me suis déjà compromis dans un compte-rendu, prétendant avoir eu de la difficulté avec tel personnage, tel décor ou tel ambiance, quant en fait, c’était autre chose. C’était plus émotif comme raison et je ne l’ai pas abordée. Je le regrette encore.

C’est humain, oui, ce l’est. Pareil aux rencontres de la vie, on nous présente une personne et on ne sait pas pourquoi, on ne l’aime pas. On ne cherche pas à savoir pourquoi, en fait. Pour un roman, c’est plus facile de tenter de savoir pourquoi, les pages ne te sautent pas dans la figure pour t’agresser (!), on peut faire de l’introspection, débroussailler ses humeurs, et ensuite essayer d’exposer les faits, tout en identifiant sa propre émotion qui s’en est emparée.

À mon avis, du coup, on rend non seulement un service à l’écrivain, qui a le droit au meilleur de notre lecture, mais à soi. On apprend à se connaître.

"Le Trapèze" : Rectifier le tir

Dans mon billet « Spleen du lendemain » j’écrivais ceci : « Dommage. Je vais quand même essayer de la (Isabelle Gosselin, l’auteure) rejoindre pour lui demander qu’est-ce qu’elle compte faire maintenant. »

Je lui ai parlé hier soir. J’aurais aimé le faire avant mais je n’avais aucune de ses coordonnés. Elle m’a tout de suite donné l’heure juste : il y avait effectivement une caméra au fond de la salle. Je ne l’ai donc pas vue. Est-ce que c’était trop loin, est-ce que les images seront claires ? Elle ne le savait pas encore. Elle l’espère fortement en tout cas, car elle y tient. Il me semblait bien aussi ! Pourquoi le fond de la salle alors ? C’est une question pratico-pratique, à la dernière minute, de concert avec notre coach, elles ne sont pas arrivées à déterminer l’endroit où l’installer sans déranger personne, y compris les comédiens.

En bavardant avec elle, j’ai réalisé que son « J’ai failli ne pas venir » était une blague que j’ai prise au premier degré. Vous savez comme il est facile parfois de confondre quand on ne connaît pas la personne.

Voilà, j’ai rectifié les faussetés dites par manque d’information. Il me fait plaisir de le faire par respect pour Isabelle Gosselin qui, à ma suggestion, a lu mon billet et en a été déçue.

« « « « « @ » » » » »

Curieusement, ces jours-ci, j’étais justement en réflexion par rapport au regard de l’auteur qui se pose sur mes comptes rendu de lecture. Exemple, Monique Proulx a lu mon billet sur « Champagne ».

J’y reviens dans un autre billet qui suivra celui-ci de près. Je ne voudrais pas créer de confusion, mes points d’interrogation se sont pointés bien avant hier.

mardi 21 octobre 2008

Champagne de Monique Proulx

Marc* et moi sommes cois d’admiration devant le style de cette auteure. Je suis incapable de m’imaginer un plus grand hommage littéraire rendu à la nature.

Sa langue est extrêmement précise, coule, emporte, enchante. J’ai appris plein de détails sur la vie des insectes, animaux, champignons, poissons, végétaux. Une part de documentaire s’est infiltré très discrètement dans cette histoire. Il y a aussi une ligne éditoriale, le roman prend position sur l’inconscience de l’Homme vis-à-vis la Nature, sans moraliser, ce qui aurait bien sûr tout gâché. Seulement en articulant ses personnages autour d’un paradis champêtre.
"Elle vit cette vieille dame qu’elle serait un jour, sautillant sur les rochers glissants d’un pas aérien, environnée de mouches noires qui ne la touchent pas".
On parle ici de Lila Szach qui, dès l’entrée en histoire, se présente en défenderesse opiniâtre de son domaine. Je l’ai crue être le personnage principal et puis, non, c’est Simon qui a pris le relais, ensuite, l’enfant Jérémy. Aussi Violette. Et de temps en temps, Claire. Je l’ai finalement débusqué ce personnage principal, entre deux fourrés, c’est le lac entouré de sa vie animale et végétale. Les personnages tournent autour avec chacun leur trame de vie. Des histoires qui avancent aussi lentement que le kayak de Simon, à petits coups de pagaie donnés sur un lac lisse en surface mais riche par sa profondeur.

La structure de ce roman est très particulière. Elle me fait presque penser à des nouvelles plantées dans le même décor, à la grande différence près qu’il y a des liens entre les personnages. Ils se côtoient.

En bout de piste, de ne pas savoir sur qui centrer mon regard m’a un peu dérangé. Ça comporte des inconvénients, on s’attache au personnage, on le suit de très près et tout à coup, on l’abandonne à son sort pour en prendre un autre. Remarquez que l’avoir su à l’avance, peut-être aurais-je moins réagi. J’étais déstabilisée. Le pire pour nous a été le cas de Simon et Violette, l’histoire était forte, chargée de drame et elle s’est accostée sur la rive. L’auteure n’est jamais revenue tendre la main à Simon, pourtant un personnage liant et très présent. On peut dire qu’il est disparu avec son dénouement sous le bras.

C’est sur la campagne que Monique Proulx pose son regard aiguisé et d’une souveraine constance, pas sur l’univers de l’humain. La nature étant la vedette par excellence, les histoires humaines s’en ressentent. Elles sont intéressantes, non dépourvues de suspense mais elles avancent très lentement, intercalées par des chroniques naturalistes abondantes.

Pour apprécier, je vous conseille de cultiver l’état contemplatif, gens fébriles en quête d’actions et de sensations fortes, s’abstenir. Un roman essentiellement relaxant, inspirant et instructif.
Et pour les passionnés de la nature, c’est une bible. À relire même, car si riche dans sa langue que le goût s’impose d’y déposer les mots pour les déguster à nouveau. Comme du champagne !
* Roman lu à voix haute à Marc (mon chum de mari !)

INFO IMPORTANTE À RAJOUTER :
Les finalistes des prix GG - catégorie romans et nouvelles en français :
Jean-François Beauchemin, Ceci est mon corps (Québec Amérique)
Marie-Claire Blais, Naissance de Rebecca à l’ère des tourments (Boréal)
Guillaume Corbeil, L’art de la fugue (L’instant même)
Monique Proulx, Champagne (Boréal)
Jean-Pierre Trépanier, Colomia (Sémaphore)

Organisé par le Conseil des Arts du Canada, les Prix littéraires du Gouverneur général offrent une bourse de 25 000 $ à chaque lauréat. De plus, l’éditeur de chaque ouvrage gagnant reçcoit une subvention de 3 000 $ pour ses activités promotionnelles. Enfin, une somme de 1 000 $ est remise à tous les finalistes non lauréats. Les noms des lauréats seront dévoilés le mardi 18 novembre.

UN SINCÈRE BONNE CHANCE À MONIQUE PROULX !

lundi 20 octobre 2008

Spleen du lendemain

*** (phot0)
Me voici au coeur du petit spleen inévitable après avoir vécu autant d'intensité. Le corps est gourmand de sensations fortes, le siège émotif aussi. Il me reste aujourd’hui l’intensité du souvenir que je vais partager avec vous.

La mère que j’ai portée en pleine lumière à 11 heures du matin a été accueillie à bras ouverts. J’avais oublié qu’elle ne serait pas seule. J’ai senti l’assistance tendre l’oreille. Je les ai vus même, puisque personne n’était à l’ombre de personne. J’en ai été nourrie et la mère que j’incarnais sur scène s’est mise à grandir sous mes yeux. Tout le monde sait qu’être aimé fait grandir.

C’était une tannante de mère pourtant. Est-ce un vieux modèle de mère (j’ai reçu des commentaires disant que ça existe quasiment plus des mères comme ça … à voir !), elle vivait complètement à travers sa fille. Elle avait besoin de cette osmose. À l’hôpital, devant sa fille dans le coma, elle le démontre, ensuite l’explique par un retour dans ses souvenirs. On comprend pourquoi l'enfant s’est enfui loin de cette mère qui confond aimer et posséder. Aimer, implique d’avoir quelque chose à offrir, c’est plus exigeant que posséder.

Tout ça pour vous dire que cette mère n’était pas à proprement parler cool et sympa. J’ai recueilli les commentaires après, des confirmations en fait, car je l’avais senti, cette mère a été aimée, malgré ses importantes aberrations affectives.

C’est une victoire pour moi. Ça veut dire beaucoup. Je suis arrivée à montrer sa vulnérabilité à travers sa superficialité. Et c’est ce que je voulais faire et c’est ce qu’on m’a laissé faire. Le plus merveilleux est que la directrice d’acteur, Lilie Bergeron, a eu le cœur et le jugement de me faire confiance. À la dernière répète, elle m’a dit à peu près ceci : "Tu sais ce que nous avons placé dans ta « grosse » scène là, tu peux un peu oublier ça, vas-y, comme tu la sens. Ça va être moins plaqué, j’en suis sûre". C’était les paroles qu’il fallait prononcer avec moi. Le soir même, je m’attelais encore à sonder et nuancer les motivations émotions, contradictions, d’une phrase à l’autre. Ensuite, il faut oublier. La tête doit oublier tout ça pour se souvenir par le coeur seulement. Comme dans la vie finalement quand on relate un moment de notre vécu, intense, on ne pense pas à mettre de l’émotion à chaque mot. Ça se fait tout seul.

Disons-le encore une fois : La confiance est le levier pour soulever toutes les montagnes.
Et c’est ce que je retiens le plus de mon expérience, la confiance que l’on m’a offerte comme un cadeau de bienvenue.

Et le dessert est la reconnaissance. J’en ai eue, j’ai même des noms de contact pour faire savoir que j’existe au milieu théâtral sherbrookois. J’ai aussi les larmes de l’auteure, bouleversée par « sa » mère. Elle m’a confié qu’elle aimerait que ce soit moi la mère si la pièce est montée avec tous ses artifices de scène. Mais, à ce chapitre, j’éprouve une déception remplie de consternation : on n’a pas filmé, ni même enregistré cet exercice public. Surprenant pour une pièce qui veut se jouer, s’offrir et disons-le, se vendre. En avoir été l’auteure, j’aurais tablé sur ce puissant outil de promotion.

Était-ce par manque de confiance en elle, en sa pièce ? Isabelle Gosselin est venue nous rencontrer une quinzaine de minutes avant l’entrée et elle était plus nerveuse que les sept comédiens réunis. Elle a même avoué avoir failli manquer de courage pour venir !

Dommage. Je vais quand même essayer de la rejoindre pour lui demander qu’est-ce qu’elle compte faire maintenant. Hier, ce n’était pas le temps, en plus de prendre le pouls du public en général, j’étais avec ma douzaine d’amis en particulier. (Une parenthèse : nous avons mangé chez Auguste et la réputation du chef n’est pas surfaite : Suc-cu-lent !)

Aujourd’hui, pas de différence avec la littérature, même après un livre que l’on a adoré, on attend l’autre qui l’accotera.

*** La photo a été prise juste avant de commencer. On m’avait demandé de porter mes cheveux en chignon et je devais, bien sûr, porter mes lunettes de lecture. Je suis aux côtés de Patrick Quintal, directeur artistique du Double Signe.

samedi 18 octobre 2008

Passage au Salon

Je me suis contredis moi-même, ça m’arrive. J’avais dit que je ne passerais pas au Salon du livre de l’Estrie. Je m’attendais au pire, je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs, et puis non, c’est un Salon vivant qui ressemble au Salon de Montréal en évidemment plus petit. Ce qui fait le principal de son vivant sont les familles qui y entrent à flot. Ça fait plaisir à voir.

Nous avons commencé par Septentrion (certains comprendront pourquoi …). Je désirais m’offrir Chronique d’une mère indigne (décidément, les mères et moi ces temps-ci !) avant que Caroline Allard n’accouche du deuxième. Je me suis contredis moi-même, ça m’arrive, et je suis sortie avec Dictionnaire des canadianismes - acadianismes, amérindianismes, anglicismes, archaïsmes, québécismes.
Pourquoi me suis-je laissé gagner ?
Pour le 9000 mots ; plusieurs exemples et synonymes ; relève les incorrections courantes ; indique, à l’aide d’une carte, les aires d’emploi des régionalismes.
Pourquoi je me suis laissé charmer ?
Pour le volume du livre, pour son « tout du long* », agréable à tenir, à posséder, à reluquer.
Auteur : *Gaston Dulong

J’ai une anecdote.
Un livre m’a littéralement sauté dessus. Bien sûr, il était tenu par une main. La main d’un homme, au verbe haut et fort qui déboulait les mots, de peur que je m’enfuie entre deux virgules. Je ne le répéterai pas est son livre, un roman. En le rédigeant, l'auteur s’est donné une contrainte ; ne jamais répéter un mot, excepté les adverbes de la négation (ne et pas). Il m’assure avec anxiété et ferveur, qu’il y a un roman passionnant, malgré cette contrainte. Une dame très âgée est à mes côtés, elle a un sourire en coin, me confie qu’elle l’a acheté et que c’est riche. L’homme était convaincant, fébrile, j’ai commencé à fléchir. Quand il m’a révélé le prix du mince opuscule, j’ai commencé à reculer. Il a baissé le prix de 5 $. Il voulait beaucoup. Comprenez une chose, cet auteur est son éditeur et son distributeur. Ça compte dans la conviction d’une vente, non ? Je n’avais pas d’argent comptant, je suis allé en chercher aux guichets. Au retour, il m’a donné mon change et il a dit, je vais même vous le dédicacer parce que vous êtes une femme charmante : « Pour Venise. Un corps est peau et poésie ». Le « Pour Venise » sont certes des mots qu’il écrivait pour la première fois dans une dédicace, pour les autres ... Je suis partie avec mon livre, pour ne pas dire mon livret. C’était au tour de Marc de se gâter. Évidemment, il s’est acheté une BD et on a voulu la payer comptant. J’ai réalisé que j’avais 20 $ de trop dans mon portemonnaie, l’explication nous sauta aux yeux : je n’avais pas payé mon « Je ne le répéterai pas » de G. Lévesque. J’y suis retournée, (c’était la troisième fois) car, sinon, j’aurais été payé 5 $ pour le lire, puisqu’il m’avait donné mon change. Quand il me vit arriver avec 20 $ en mains, il a déclaré que j’étais une dame spéciale.
Je ne sais pas si je suis spéciale mais cet achat l’a été. Le roman le sera-t-il, lui ?

Le fin mot de l’histoire, je le dirai bientôt car il n’y a que 101 pages dans ce livre de 3’ par 6’ et que j’en ai déjà 10 de lus. Je ne le répéterai pas – bientôt sur mon écran et non, c’est sûr, je ne le répéterai pas.

Tout le piquant de la vie de Salon est de ne pas savoir quel livre nous y attend.

@@@@

Je l’annonce officiellement pour calmer le temps qui s'impatiente, nous avons terminé « Champagne ». Il faut que me penche sérieusement sur ce commentaire de lecture, c’est un livre de grande valeur, je ne veux pas dire les choses n’importe comment.

Et présentement, mon esprit est dans une autre tête (ça fait quasiment film d’horreur …).

jeudi 16 octobre 2008

Un personnage de mère

Je vous raconte ce qui m’arrive, peut-être cela vous intéressera-t-il. Je travaille du texte, le décortique, creuse, fouille, faisant voler en éclat sa surface lisse. Et ce n’est pas un roman, voilà l’intérêt de la nouveauté. C’est une pièce de théâtre.

Elle s’est présentée à moi, je ne l’ai pas choisie. Même pas. On m’a appelé de bon matin, et la voix disait au téléphone « on vous a choisi pour votre face » Mais qu’a-t-elle donc ma face qu’une autre comédienne n’aurait pas ? Elle aurait, paraîtrait-il, du maternel à revendre. Je ne sais pas qu’est-ce que mes enfants en penseraient.

J’ai donc obtenu ce rôle emblématique de mère, celle qui représente toutes les mères de la Terre. C’est la pièce qui le veut ainsi, pas moi. Je la jouerai donc sur la place publique, pas plus tard que dimanche. Chez Auguste à Sherbrooke et, oui, pourquoi pas, chez Auguste à Sherbrooke. Les billets sont déjà tous vendus, ce qui donne un signe au Théâtre du Double Signe que les brunchs dominicaux autour d’une lecture de pièce flambant neuve, obtiennent la faveur du citadin. La pièce s’intitule « Le trapèze » et elle coule d’une source fraîche, Isabelle Gosselin, auteure à sa première oeuvre.

J’en viens enfin à ce qui a rejoint la lectrice en moi, et aussi loin que jusqu’à la moelle de son os. Une première œuvre se casse, comme un soulier de cuir verni. Se travaille, se modèle, se module. En ce moment même où je vous parle, sa charpente est tâtée de tous côtés par, bien sûr, Lilie Bergeron, la metteure en scène et aussi par Normand Chouinard. J’ai découvert en ce comédien un archéologue, fouilleur en profondeur des symboles, intentions, motivations, son état d’exaltation en prime. J’avais les yeux grands jusqu’au front de le voir triturer un texte comme une boule de pâte crue et encore molle. J’ai vu les mots se faire palper avec audace et dextérité, sans peur de rester les mains collées sur la pâte. J’en ais tout de suite pris pour mon rhume, même si je n’avais pas le moindre reniflement.

Le lien s’est tout à coup tiré comme un trait surligné : Une pièce de théâtre, c’est ni plus ni moins qu’une histoire toute de dialogue vêtue, et enduite de puissance dramaturgique. Et qu’est-ce que la dramaturgie, cette substance enflammée qui fait parfois cruellement défaut dans certains romans qui parlent pour ne rien dire ? Elle se façonne d’idées diamétralement opposées qui se lancent des défis de duel sanguinaire. De ce sang qui coule parce que la carapace des mots s’est ouverte, et bât, prête à être bu par la bouche du comédien.

En termes plus limpides et légèrement plus prosaïques, la dualité (les masques rit et pleure en sont un symbole fort) donne de la dimension au personnage, nourrit sa chair, son sang, ses os, pas seulement sa peau trop visible à l’œil nu. Ce qui se vit au Théâtre, exacerbé, pourrait se transmettre un peu, et pourquoi pas beaucoup, aux personnages de roman. Pour leur donner du tonus. Delà à dire que le roman a à apprendre du théâtre, il n'y a qu'un pas et je le franchis !

Bon. Je me calme, je me calme. Je souffle un peu sur ce déchaînement d’enthousiasme pour ces trouvailles. La principale, étant la conviction que ce rôle de mère universelle m’aidera à mieux me pencher pour prendre et comprendre un texte de roman.

Le (com)prendre, sans le serrer trop fort, à l’étouffer … (ah, les mères !)

mercredi 15 octobre 2008

Enthéos - La vie remise en question

Ça y est l’heure a sonné de commenter Enthéos. C’est plus difficile, je trouve, et pas seulement parce que l’auteure est de La Recrue (6 autres commentaires) mais surtout pour toutes les autres critiques déjà parues. Le roman s’est déjà ouvert un chemin.
C’était le destin de Thomas d’être lu par plusieurs yeux. Il en serait bienheureux s’il existait car il aime la lecture, c’est une Nourriture terrestre et il s’y alimente, délaissant une nourriture plus céleste.

Nous entrons dans la vie de Thomas au cœur de sa crise existentielle. Il remet la Vie en questions et Dieu ce qu’il en a à la bouche de la question ! Pour ces êtres qui s’efforcent de nier Dieu dans leur vie, il arrive qu’il y ait des anges qui se déposent sur leur trajectoire et c’est Elsa, son professeur de grec. Et son directeur de maîtrise l’entourera de sa bienveillante compréhension. Aussi bien entouré, reviendra-t-il à lui-même ? C’est le principal suspense du roman, delà l’importance capitale de s’attacher à Thomas. Pour être tout à fait franche, je m’y suis intéressé plus qu’attaché. Il est pourtant dans un état de vulnérabilité qui, habituellement, me va droit au cœur. Est-ce que son questionnement existentiel rimait trop avec rationnel pour que je m’approche de ses émotions à l’état brut ? J’ai quand même pris contact avec sa douleur, celle qui nous dépasse, nous avale tout rond, par son inconscient, ses cauchemars.

J’ai vibré à l’intensité d’Elsa. J’en suis surprise puisque c’est un personnage qui projette un détachement hors du commun vis-à-vis la vie et sa vie. Pourtant le détachement n’ouvre pas sur la passion et je sentais sourdre un volcan de lave passionnelle en cette femme. J’ai aimé leur relation, extrêmement bien décrite à elle et Thomas. Le sentiment amoureux était justement rendu. C’est Elsa qui m’a ouvert le cœur de Thomas.

Je n’ai pas encore parlé du style. Je ne suis habituellement pas emballée par les styles hachurés qui m’apparaissent vouloir se donner du style justement. Mais, ici, il est entièrement vécu. C’est le souffle de l’auteure, sa respiration. J’entendais les silences, remplis à ras bord. J’ai conclu que, pour que ce soit aussi réussi, il est important de bien voir ce qui est décrit. Julie Gravel-Richard le voit très clairement et c’est une force inestimable. Ce sont des coups de ciseaux précis, justes, qui tombent dans la masse de mots, les ordonnent, leur conférant une force de frappe qui nous martèle l’histoire en tête.

C’est le roman de toutes les dualités : passion/raison, engagement/fuite, doute/foi, conscient/inconscient, vie/mort et le message porté par l’œuvre me ravissait au départ : l’enthousiasme, symptôme de la présence de Dieu en soi. Cette prémisse, je l’avalais déjà tout rond. J’en ai cependant apprécié la démonstration, malgré le côté assez prévisible pour moi, peut-être justement parce que j’y croyais tant.

Il y a la toute fin qui se ferme sur un mystère … il en faut quand on aborde la théologie !

dimanche 12 octobre 2008

Se rencontrer en vrai

Ça y est, la rencontre entre certaines blogueuses des Lecteurs québécois a eu lieu. Peu s’étaient déjà vus. Lus, oui, mais pas vus. Toujours un tantinet inquiétant de rencontrer une personne avec qui tu t’entends bien derrière deux écrans. Cette entente, cette idylle même parfois, résistera-t-elle au choc de la réalité ? Les énergies disparates s’entrechoqueront-elles ? Y aura-t-il de la synergie dans l’air ?

De faire connaissance avec quelqu’un par ses mots écrits permet de passer outre plein de facteurs qui, autrement, distraient : les voix, les manies, les comportements, les tics, les silences, les malaises. Quand on écrit un blogue, on gère son image. Ce qui nous fait souvent opter pour offrir le meilleur de soi. Les yeux lecteurs, se connectant directement à l’essence de la personne nullement déviée de son essentiel, peuvent se laisser à sublimer le blogueur si le cœur lui en dit.
Lors d’une rencontre dans le physique comme celle que nous avons vécue, le compteur se met à zéro, y ajoutant sûrement des points pour le préjudice favorable du souvenir de l’écrit. Malgré cela, ces face à face exigent de l’observation, de l’ouverture et de l’écoute pour s’apprivoiser dans son état de personnes bien en chair.

La fin de la rencontre m’a laissé sur ma faim. Est-ce que je suis arrivé à consolider chez chacun les mots écrits aux mots dits ? Non. Bien sûr que non. Par manque d’instants accordés par le temps.

Et pourtant, ce temps, nous l’avons bien employé : premièrement, au bistro « Le Petit-Eastman », devant des plats succulents … et ce n’est pas seulement moi qui le dit, il y avait unanimité ! Au dessert, Shirley-Carol a remis à Catherine un sac rempli de romans de science-fiction pour le meilleur commentaire (par vote) du concours BiblioLys. Dans un deuxième temps, j’ai tiré du creux d’une main le nom de Danaée, un livre lui sera remis en guise de reconnaissance pour sa participation. Et finalement, le tirage du gagnant du quiz sur Pierre-Léon Lalonde (Un taxi la nuit).

Ensuite, il faisait un temps à se donner du temps pour une longue marche sur le Chemin du théâtre qui a mené nos pas là où les couleurs s’affolent sous l'œil ébahi. Les arbres se sont pris pour les vedettes de l’instant, croqués à répétition par des appareils photos, petits ou jumbo (hein Catherine ?). Et Ludovic (10 ans) a eu toute une surprise en découvrant un escalier colimaçon en métal gris qui grimpait hardiment jusqu’au faîte d’un arbre géant. Il est nommé l’escalier des rêves, en fait, le rêve est surtout d’y apercevoir le chevreuil à abattre. Mais ça, on ne l’a pas dit à Ludovic.

Nous avons terminé notre escapade par une brève visite de mon nid ci-haut planté sur sa colline. Et c’est là que Carine, une lectrice assidue de nos blogues, a pris en photo mon petit coin de bureau (ma tag en retard !), l’endroit même d’où je m’adresse à vous, souvent, si souvent que j’en rêve la nuit.